Puis ce furent des terres identiques et d’identiques villages. Quelquefois, nous descendions au fond de vallées profondes et ces vallées étaient si droites qu’elles semblaient des avenues vers l’infini. Les eaux coulaient vers l’ouest, c’est-à-dire vers la Bénoué, mais presque toutes les rivières étaient à sec depuis quatre mois qu’il n’était pas tombé de pluie. La campagne était âpre, rude et sans grâce. Un village apparaissait : deux ou trois familles, chacune resserrée dans l’enceinte d’une haute palissade et isolée des autres familles par de grands espaces de terre noire, encombrés de racines noueuses. Un chien maigre aboyait sous un nété. On ne voyait personne, ou seulement une vieille accroupie au seuil d’une case et qui nous regardait passer avec des yeux mauvais.
Pauvres villages, bien différents des grandes fermes du Logone ; et pauvres gens, apeurés par la perpétuelle menace des Foulbés du Boubandjidda, traqués à chaque instant par ces terribles « razzieurs » qui périodiquement viennent ravager le pays et s’emparer des femmes et des enfants[6].
[6]En général, ces captifs lakas des Foulbés ne sont pas maltraités, et lorsqu’il leur arrive de revenir dans leur pays, ils n’ont qu’une idée en tête, c’est de retourner dans le pays foulbé qui leur offre les bienfaits d’une civilisation déjà beaucoup plus avancée. Cette civilisation, ils se l’assimilent si complètement que, de retour dans le pays laka, ils sont mal reçus et traités comme des étrangers. Aussi désirent-ils le plus souvent revenir auprès de leurs maîtres.
[6]En général, ces captifs lakas des Foulbés ne sont pas maltraités, et lorsqu’il leur arrive de revenir dans leur pays, ils n’ont qu’une idée en tête, c’est de retourner dans le pays foulbé qui leur offre les bienfaits d’une civilisation déjà beaucoup plus avancée. Cette civilisation, ils se l’assimilent si complètement que, de retour dans le pays laka, ils sont mal reçus et traités comme des étrangers. Aussi désirent-ils le plus souvent revenir auprès de leurs maîtres.
Au village de Gombaï, un de nos hommes a été blessé. Il était resté en arrière de la colonne, traînant un cabri qui sans doute avait excité la convoitise des gens de Gombaï. Je le vis arriver à notre camp, marchant plus vite que de coutume, les yeux fixés droit devant lui. Quand il fut devant moi, il tomba sur le sol comme une masse, sans dire un mot ; il avait une sagaie plantée dans l’omoplate, le bois de la lance cassé presque à hauteur du fer. Tous nos Bayas s’étaient rapprochés et contemplaient le malheureux, muets d’épouvante et n’osant pas tirer le fer de la blessure. Alors j’appelai Sama qui était du même village que lui et tous deux nous faisions l’extraction de la sagaie, tandis que le blessé poussait des cris horribles.
Quand la blessure fut lavée et pansée, Sama me dit, avec une voix farouche qui me surprit :
— Moi partir avec les hommes pour moi (les hommes de mon village), moi tuer les sauvages.
Je ne le croyais pas très guerrier, le petit Sama ; et pourtant j’eus alors le sentiment que, si je l’avais laissé partir, il se serait battu comme un désespéré contre ces grands diables, pour la plupart deux fois hauts comme lui, et beaucoup mieux armés.
Il était maintenant un petit sauvage, avec une flamme nouvelle dans le regard, rêvant de coups et de blessures, et je sentis encore une fois que son cœur m’était inconnu, et ses pensées.