960bien et simplement viure sans trop enuelopper es voluptés dumonde ne aultrui deceuoir, ne que aultre les deçoiue, ce liuren’a mestier; et vrayement je aimeroie mieulx estre dupartdes opposites que de ses complices, car ie ay oppinion quemendre part en ait le loup. Et comme dit le bon preudomme[128]965qui composa la plaidoierie dessusdicte: “Pleust a dieu quetellerose n’eust oncques esté plantee ou jardin de chretienté,”combien que tu te dies estre desesdisciples; et puis que leveulx estre, si le soies. Quant a moy je renonce a sa discipline.Car ietempsa autre que ie cuide estre plus proffitable,970et qui mieulx m’est agreable; et si ne suis mie seule encelle oppinion, ne sçay pourquoy plus queauxaultres vous enprenez a moy entre vous ses disciples. Ce n’est mie honneursoy prendre a la plus foible partie; il y a si grant foison desages docteurs, dignes de foy et pleins de science, et vraiement975si y ail des grans princes de ce royaume et cheualiers, etnobles, et pluseurs aultres qui sont de la mesme opinion queie suis, et tienent que ce est lecture inutile et nonhonorable.Pourquoy entre vous n’alez vous desrompre la grosse tige del’arbre, et faire tant que il soitestirpéet esrachié, et la racine,980dont puet venir et sourdre la ceue et liqueur, soit toute amortie,non mie vous prendre aux petites branches par dessure,quin’ont forcenevertu; pour cuidiertout estirper(qui) vousen prenez a moy, qui ne suis fors comme la vois d’un petitgrisillon qui toute iour bat seseleteset fait grant noise et tout985est noyant enuers le hault chant delictable des gracieuxoisiaulx.Mais tu dis que tu ne te peux assez merueillier commentpersonne ose blasmer non pas seulement lui, mais ceulx quiprisent et aiment son liure de la Rose.Response.Je ne me990puis assez merueillier comment personne ose entreprendrealouer cellui liure, ouquel sont comprisesmaintesmateressouffisenteza mettre cuer humainoudampnableherreur.Tu dis que quant a toy, plus desires estre [fol. 102 vo. b]repris pour prisier et amer son liure que estre des trop soubtilz995blasmeurs. Tu ressembles en ceste partiecellequi dist quemieulx ameroit estre meretrix appellee decellui que elleaimeroit par amoursque estre roynecouronnee.[129]Si appertbien que les voulentez qui mieulx plaisent ne sont mie toutesraisonnables.1000Tu dis que sachent tuit que il reste encore .vii. mille, quisont tous prestz de le deffendre.Response.C’estriglegeneral que mauuaise secte acroist volentiers aussi comme lamauuaiseherbe, maisla plus grant quantité ne fait miepourtant a presumer estre meilleur. Et se dieux plaist a ja si1005grant assemblee n’en sera faicte. Ce n’est mie article de foy;tiengne chascun ce qu’il vouldra. Tu dis que, s’il eust estédu temps de entre nous qui le blasmons, tudeissesque nouseussions haine particuliere a sa personne. Mais nous ne leveismesoncques, dont tu ne peux ymaginer dont ce vient.1010Response.Pour ce que oncques ne le veismes, ne oncquesne nous meffist, as tu mieulx cause de penser que droictevraye pure verité nous meut, car le haineux ne doit estre creu.Se non, ce dis tu, qu’il viengne de la haultece du liure plushabile a receuoir les vens des soufflez enuieux, carignorance1015n’en est point cause de tel y a. Ce dis tu ce n’est pour causede pou lire le dit liure.Response.Tu pues estre certainque le bon preudomme qui le blasme, dont tu veulx dire quen’estmiepar ignorance, il n’a mie enuie sur cellui liure, car iecroy que la haultece de sa tres esleue[e] vie ne lui lairoit [fol.1020103 a]auoirenuie de plus digne chose. Quant est de moy,nonobstant mon ignorance,je te prometn’y ay aucune enuie.Et pourquoy aroye? Il ne me fait ne froit, ne chault, ne mal,ne bien, netoult, ne donne, ne il ne parlede l’estatdont iesoyeparquoyaye cause de indignacion? Car ie nesuismariee,1025ne espoir estre, ne religieuse, aussi n[ul]e chose qu’il die ne metouche. Je ne suis Bel Acueil, ne ie n’ay paour de la Vieille,ne boutons n’ay a garder. Et si te prometz que i’aime beaulxliures et soubtilz etbientraictiez,et les quiers et cerche, et leslis voulentiers, si rudement comme les sache entendre, et si1030n’aime point cellui de la Rose, la cause si est simplement etabsoluement pour ce que il est de tres mauuaise exortacion etdeshonneste lecture, et qui plus penetre en corage mal quebien. Et puet estre, selon mon iugement, cause dedampnacionet dampnement de vie a ceulx qui l’oient, et qui s’i delictent,1035etde trairea deshonnestes meurs. Si te iure sur moname et par ma creance que autre cause ne me meut. Et ceque tu dis aprés que puet estre que le blasmons pour donnerplus grant appetit de le veoir, et ainsi seroit nostre opinionbonne. Tu pueux estre certain que ce n’est pas nostre motif.1040Apres tout ce, tu me appelles de plus grant valeur que iene suis, tienne mercy; et dis que tu me pries que ie gardel’onneur que i’ay a garder; et que, se on m’a louee pour ceque i’ay tiré d’un voulet pardessus les tours de Nostre Dame,que ie netaschepas a ferir la luned’un bouchonpesant; et1045que me garde de ressembler le courbel, que pour ce que on[fol. 103 b] loua son chant, commença chanter plus hault etlaissa cheoir labuschete.Response.Vraiement je nepourroie d’aucune chose respondre si proprement comme de monpropre fait. Si puis en ceste partie tesmoingnier verité de1050certaine science. Tum’adioinsou accuses comme de presompcionde moy mesmes. Si te iure sur ma foy que oncques nepresumay auoir si haultlancécommesurles tours NostreDame. Ne sçay comment plus hault tascheroie ne pourcuidier hault chanter, ne me cherra iabuschete; car ie repute1055mon fait et mon sauoirchosede nulle grandeur. Aultrechose n’y a quelconques, fors tant je le puis bien dire veritablementquei’amel’estude et vie solitaire, et par frequenteretexcerciterycellui puet bien estre que g’i ay cueilli des bassesflouretes du jardin delicieux, non pas monté sur les haulx arbres1060pour cueillir de ce beau fruit odorant et sauoureux, non mieque l’appetit et la voulenté n’y soit grant, mais foibleced’entendement ne le me sueffre, et mesmes pour l’odeur desflourettes, dont j’ay fait graisles chappellez. Ceulx qui les ontvoulus auoir, a qui ne les osasse ne pensse veer,sesont1065esmerueillez de mon labour, non pour la grandeur qui ysoit,maispourle cas nouuel qui n’est acoustumé. Si ne s’en sontmie teus non obstant ait esté long temps celé. Et te prometque a ma requeste n’est manifestez. Et se veulz dire queaucunes choses aye faictes ou nom de singulieres personnes,1070ce a esté despuis que ia en estoit commune renommee. Ce nedis ie mie pour nulle excusance, car il n’en est besoing, maispour oster toute oppinion qui pourroit estre que en mon faitpresumasse aucune auctorité. Et supplie toy et tes consorsen oppinion, ne me sachiezmalgré pour cause [fol. 103 vo. a]1075de mes escriptures, et du present debat sus le liure de la Rose.Card’auentureauint le commencement et non miedevolentéproposee, quelque oppinion queg’y eusse, ainsi comme tu lepueux veoir en un petit traictié, ouiedeuisay le premiermotif et le derrenier terme de nostre debat. Et trop me seroit1080grief estre subgiette a tel seruitude que n’osasse respondrea autrui verité selon ma conscience delachose, qui ne puettourner a preiudice, ains puet auiser plus sagedeplus auantpenser que il n’a consideré par long temps, car comme dit uncommun prouerbe, a la fois auise un fol un sage. Et c’est neant1085que tu dis que l’eglise saincte, ou tant aeude vaillans hommesdepuis qu’il fu fait, l’a souffert par long temps sans reprendre,attendoitque moy et les autres le venissions reprochier; cartu sces que toutes choses sont meues a certain temps, ne riensn’est long enuers l’espace des ans. Et souuent auient que1090parunepointellete est curee une grant enfleure. Comment asouffert l’eglise saincte demourer si long temps l’oppinion dela concepcion de Nostre Dame, qui plus est chose notable sansen reprendre nullui; et n’agairesque ce quioncquesn’auoitesté debatu est venu auant par si grant esmeute, et si n’est ce1095pas article de foy, aussi n’est cecy. Si en croye chascun cequi lui plaist lemieulx. Et quant a moy, plus n’enpensefaire escripture, qui que m’en escrise, car ie n’ay pas empristoute Saine a boire. Ce que i’ay escript est escript.Non mietairé pour doubte de mesprendre quant a oppinion, combien1100que faulte d’engin et de sauoir me toult beau stile, mais mieulxmeplaistexcerciter en aultre matieremieulxa ma plaisance.Si pry tous ceulz qui mes petiz dictiez verront, que ilz vueillentsupploier le deffault de mon sauoir par [fol. 103 vo. b] consideracionde la personne, et prendre tout a bonne fin et entencion1105pure, sanz laquelle ne vouldroie aucune chose mettreauant. Si feray fin a mon dictié du debat non hayneux,commencié, continué, et finé par maniere de soulas sans indignaciona personne. Si pry la benoite Trinité Parfaicte etEnterine Sapience, qu’il vueille toy et tous ceulx par especial1110qui aiment science et noblece de bonnes meurs enluminer de sivraye clarté que estre puissentconduisa la ioyecelestiele.Amen.Escript et complet par moy Christine de Pizan le iie jourd’octobre l’an mil c.c.c.c. et deux.1115Ta bien vueillantamie de science,Christine.
960bien et simplement viure sans trop enuelopper es voluptés du
monde ne aultrui deceuoir, ne que aultre les deçoiue, ce liure
n’a mestier; et vrayement je aimeroie mieulx estre dupart
des opposites que de ses complices, car ie ay oppinion que
mendre part en ait le loup. Et comme dit le bon preudomme[128]
965qui composa la plaidoierie dessusdicte: “Pleust a dieu que
tellerose n’eust oncques esté plantee ou jardin de chretienté,”
combien que tu te dies estre desesdisciples; et puis que le
veulx estre, si le soies. Quant a moy je renonce a sa discipline.
Car ietempsa autre que ie cuide estre plus proffitable,
970et qui mieulx m’est agreable; et si ne suis mie seule en
celle oppinion, ne sçay pourquoy plus queauxaultres vous en
prenez a moy entre vous ses disciples. Ce n’est mie honneur
soy prendre a la plus foible partie; il y a si grant foison de
sages docteurs, dignes de foy et pleins de science, et vraiement
975si y ail des grans princes de ce royaume et cheualiers, et
nobles, et pluseurs aultres qui sont de la mesme opinion que
ie suis, et tienent que ce est lecture inutile et nonhonorable.
Pourquoy entre vous n’alez vous desrompre la grosse tige de
l’arbre, et faire tant que il soitestirpéet esrachié, et la racine,
980dont puet venir et sourdre la ceue et liqueur, soit toute amortie,
non mie vous prendre aux petites branches par dessure,
quin’ont forcenevertu; pour cuidiertout estirper(qui) vous
en prenez a moy, qui ne suis fors comme la vois d’un petit
grisillon qui toute iour bat seseleteset fait grant noise et tout
985est noyant enuers le hault chant delictable des gracieux
oisiaulx.
Mais tu dis que tu ne te peux assez merueillier comment
personne ose blasmer non pas seulement lui, mais ceulx qui
prisent et aiment son liure de la Rose.Response.Je ne me
990puis assez merueillier comment personne ose entreprendrea
louer cellui liure, ouquel sont comprisesmaintesmateres
souffisenteza mettre cuer humainoudampnableherreur.
Tu dis que quant a toy, plus desires estre [fol. 102 vo. b]
repris pour prisier et amer son liure que estre des trop soubtilz
995blasmeurs. Tu ressembles en ceste partiecellequi dist que
mieulx ameroit estre meretrix appellee decellui que elle
aimeroit par amoursque estre roynecouronnee.[129]Si appert
bien que les voulentez qui mieulx plaisent ne sont mie toutes
raisonnables.
1000Tu dis que sachent tuit que il reste encore .vii. mille, qui
sont tous prestz de le deffendre.Response.C’estrigle
general que mauuaise secte acroist volentiers aussi comme la
mauuaiseherbe, maisla plus grant quantité ne fait mie
pourtant a presumer estre meilleur. Et se dieux plaist a ja si
1005grant assemblee n’en sera faicte. Ce n’est mie article de foy;
tiengne chascun ce qu’il vouldra. Tu dis que, s’il eust esté
du temps de entre nous qui le blasmons, tudeissesque nous
eussions haine particuliere a sa personne. Mais nous ne le
veismesoncques, dont tu ne peux ymaginer dont ce vient.
1010Response.Pour ce que oncques ne le veismes, ne oncques
ne nous meffist, as tu mieulx cause de penser que droicte
vraye pure verité nous meut, car le haineux ne doit estre creu.
Se non, ce dis tu, qu’il viengne de la haultece du liure plus
habile a receuoir les vens des soufflez enuieux, carignorance
1015n’en est point cause de tel y a. Ce dis tu ce n’est pour cause
de pou lire le dit liure.Response.Tu pues estre certain
que le bon preudomme qui le blasme, dont tu veulx dire que
n’estmiepar ignorance, il n’a mie enuie sur cellui liure, car ie
croy que la haultece de sa tres esleue[e] vie ne lui lairoit [fol.
1020103 a]auoirenuie de plus digne chose. Quant est de moy,
nonobstant mon ignorance,je te prometn’y ay aucune enuie.
Et pourquoy aroye? Il ne me fait ne froit, ne chault, ne mal,
ne bien, netoult, ne donne, ne il ne parlede l’estatdont ie
soyeparquoyaye cause de indignacion? Car ie nesuismariee,
1025ne espoir estre, ne religieuse, aussi n[ul]e chose qu’il die ne me
touche. Je ne suis Bel Acueil, ne ie n’ay paour de la Vieille,
ne boutons n’ay a garder. Et si te prometz que i’aime beaulx
liures et soubtilz etbientraictiez,et les quiers et cerche, et les
lis voulentiers, si rudement comme les sache entendre, et si
1030n’aime point cellui de la Rose, la cause si est simplement et
absoluement pour ce que il est de tres mauuaise exortacion et
deshonneste lecture, et qui plus penetre en corage mal que
bien. Et puet estre, selon mon iugement, cause dedampnacion
et dampnement de vie a ceulx qui l’oient, et qui s’i delictent,
1035etde trairea deshonnestes meurs. Si te iure sur mon
ame et par ma creance que autre cause ne me meut. Et ce
que tu dis aprés que puet estre que le blasmons pour donner
plus grant appetit de le veoir, et ainsi seroit nostre opinion
bonne. Tu pueux estre certain que ce n’est pas nostre motif.
1040Apres tout ce, tu me appelles de plus grant valeur que ie
ne suis, tienne mercy; et dis que tu me pries que ie garde
l’onneur que i’ay a garder; et que, se on m’a louee pour ce
que i’ay tiré d’un voulet pardessus les tours de Nostre Dame,
que ie netaschepas a ferir la luned’un bouchonpesant; et
1045que me garde de ressembler le courbel, que pour ce que on
[fol. 103 b] loua son chant, commença chanter plus hault et
laissa cheoir labuschete.Response.Vraiement je ne
pourroie d’aucune chose respondre si proprement comme de mon
propre fait. Si puis en ceste partie tesmoingnier verité de
1050certaine science. Tum’adioinsou accuses comme de presompcion
de moy mesmes. Si te iure sur ma foy que oncques ne
presumay auoir si haultlancécommesurles tours Nostre
Dame. Ne sçay comment plus hault tascheroie ne pour
cuidier hault chanter, ne me cherra iabuschete; car ie repute
1055mon fait et mon sauoirchosede nulle grandeur. Aultre
chose n’y a quelconques, fors tant je le puis bien dire veritablement
quei’amel’estude et vie solitaire, et par frequenteret
excerciterycellui puet bien estre que g’i ay cueilli des basses
flouretes du jardin delicieux, non pas monté sur les haulx arbres
1060pour cueillir de ce beau fruit odorant et sauoureux, non mie
que l’appetit et la voulenté n’y soit grant, mais foiblece
d’entendement ne le me sueffre, et mesmes pour l’odeur des
flourettes, dont j’ay fait graisles chappellez. Ceulx qui les ont
voulus auoir, a qui ne les osasse ne pensse veer,sesont
1065esmerueillez de mon labour, non pour la grandeur qui ysoit,
maispourle cas nouuel qui n’est acoustumé. Si ne s’en sont
mie teus non obstant ait esté long temps celé. Et te promet
que a ma requeste n’est manifestez. Et se veulz dire que
aucunes choses aye faictes ou nom de singulieres personnes,
1070ce a esté despuis que ia en estoit commune renommee. Ce ne
dis ie mie pour nulle excusance, car il n’en est besoing, mais
pour oster toute oppinion qui pourroit estre que en mon fait
presumasse aucune auctorité. Et supplie toy et tes consors
en oppinion, ne me sachiezmalgré pour cause [fol. 103 vo. a]
1075de mes escriptures, et du present debat sus le liure de la Rose.
Card’auentureauint le commencement et non miedevolenté
proposee, quelque oppinion queg’y eusse, ainsi comme tu le
pueux veoir en un petit traictié, ouiedeuisay le premier
motif et le derrenier terme de nostre debat. Et trop me seroit
1080grief estre subgiette a tel seruitude que n’osasse respondre
a autrui verité selon ma conscience delachose, qui ne puet
tourner a preiudice, ains puet auiser plus sagedeplus auant
penser que il n’a consideré par long temps, car comme dit un
commun prouerbe, a la fois auise un fol un sage. Et c’est neant
1085que tu dis que l’eglise saincte, ou tant aeude vaillans hommes
depuis qu’il fu fait, l’a souffert par long temps sans reprendre,
attendoitque moy et les autres le venissions reprochier; car
tu sces que toutes choses sont meues a certain temps, ne riens
n’est long enuers l’espace des ans. Et souuent auient que
1090parunepointellete est curee une grant enfleure. Comment a
souffert l’eglise saincte demourer si long temps l’oppinion de
la concepcion de Nostre Dame, qui plus est chose notable sans
en reprendre nullui; et n’agairesque ce quioncquesn’auoit
esté debatu est venu auant par si grant esmeute, et si n’est ce
1095pas article de foy, aussi n’est cecy. Si en croye chascun ce
qui lui plaist lemieulx. Et quant a moy, plus n’enpense
faire escripture, qui que m’en escrise, car ie n’ay pas empris
toute Saine a boire. Ce que i’ay escript est escript.Non mie
tairé pour doubte de mesprendre quant a oppinion, combien
1100que faulte d’engin et de sauoir me toult beau stile, mais mieulx
meplaistexcerciter en aultre matieremieulxa ma plaisance.
Si pry tous ceulz qui mes petiz dictiez verront, que ilz vueillent
supploier le deffault de mon sauoir par [fol. 103 vo. b] consideracion
de la personne, et prendre tout a bonne fin et entencion
1105pure, sanz laquelle ne vouldroie aucune chose mettre
auant. Si feray fin a mon dictié du debat non hayneux,
commencié, continué, et finé par maniere de soulas sans indignacion
a personne. Si pry la benoite Trinité Parfaicte et
Enterine Sapience, qu’il vueille toy et tous ceulx par especial
1110qui aiment science et noblece de bonnes meurs enluminer de si
vraye clarté que estre puissentconduisa la ioyecelestiele.
Amen.
Escript et complet par moy Christine de Pizan le iie jour
d’octobre l’an mil c.c.c.c. et deux.
1115Ta bien vueillant
amie de science,Christine.