Chapter 12

960bien et simplement viure sans trop enuelopper es voluptés dumonde ne aultrui deceuoir, ne que aultre les deçoiue, ce liuren’a mestier; et vrayement je aimeroie mieulx estre dupartdes opposites que de ses complices, car ie ay oppinion quemendre part en ait le loup. Et comme dit le bon preudomme[128]965qui composa la plaidoierie dessusdicte: “Pleust a dieu quetellerose n’eust oncques esté plantee ou jardin de chretienté,”combien que tu te dies estre desesdisciples; et puis que leveulx estre, si le soies. Quant a moy je renonce a sa discipline.Car ietempsa autre que ie cuide estre plus proffitable,970et qui mieulx m’est agreable; et si ne suis mie seule encelle oppinion, ne sçay pourquoy plus queauxaultres vous enprenez a moy entre vous ses disciples. Ce n’est mie honneursoy prendre a la plus foible partie; il y a si grant foison desages docteurs, dignes de foy et pleins de science, et vraiement975si y ail des grans princes de ce royaume et cheualiers, etnobles, et pluseurs aultres qui sont de la mesme opinion queie suis, et tienent que ce est lecture inutile et nonhonorable.Pourquoy entre vous n’alez vous desrompre la grosse tige del’arbre, et faire tant que il soitestirpéet esrachié, et la racine,980dont puet venir et sourdre la ceue et liqueur, soit toute amortie,non mie vous prendre aux petites branches par dessure,quin’ont forcenevertu; pour cuidiertout estirper(qui) vousen prenez a moy, qui ne suis fors comme la vois d’un petitgrisillon qui toute iour bat seseleteset fait grant noise et tout985est noyant enuers le hault chant delictable des gracieuxoisiaulx.Mais tu dis que tu ne te peux assez merueillier commentpersonne ose blasmer non pas seulement lui, mais ceulx quiprisent et aiment son liure de la Rose.Response.Je ne me990puis assez merueillier comment personne ose entreprendrealouer cellui liure, ouquel sont comprisesmaintesmateressouffisenteza mettre cuer humainoudampnableherreur.Tu dis que quant a toy, plus desires estre [fol. 102 vo. b]repris pour prisier et amer son liure que estre des trop soubtilz995blasmeurs. Tu ressembles en ceste partiecellequi dist quemieulx ameroit estre meretrix appellee decellui que elleaimeroit par amoursque estre roynecouronnee.[129]Si appertbien que les voulentez qui mieulx plaisent ne sont mie toutesraisonnables.1000Tu dis que sachent tuit que il reste encore .vii. mille, quisont tous prestz de le deffendre.Response.C’estriglegeneral que mauuaise secte acroist volentiers aussi comme lamauuaiseherbe, maisla plus grant quantité ne fait miepourtant a presumer estre meilleur. Et se dieux plaist a ja si1005grant assemblee n’en sera faicte. Ce n’est mie article de foy;tiengne chascun ce qu’il vouldra. Tu dis que, s’il eust estédu temps de entre nous qui le blasmons, tudeissesque nouseussions haine particuliere a sa personne. Mais nous ne leveismesoncques, dont tu ne peux ymaginer dont ce vient.1010Response.Pour ce que oncques ne le veismes, ne oncquesne nous meffist, as tu mieulx cause de penser que droictevraye pure verité nous meut, car le haineux ne doit estre creu.Se non, ce dis tu, qu’il viengne de la haultece du liure plushabile a receuoir les vens des soufflez enuieux, carignorance1015n’en est point cause de tel y a. Ce dis tu ce n’est pour causede pou lire le dit liure.Response.Tu pues estre certainque le bon preudomme qui le blasme, dont tu veulx dire quen’estmiepar ignorance, il n’a mie enuie sur cellui liure, car iecroy que la haultece de sa tres esleue[e] vie ne lui lairoit [fol.1020103 a]auoirenuie de plus digne chose. Quant est de moy,nonobstant mon ignorance,je te prometn’y ay aucune enuie.Et pourquoy aroye? Il ne me fait ne froit, ne chault, ne mal,ne bien, netoult, ne donne, ne il ne parlede l’estatdont iesoyeparquoyaye cause de indignacion? Car ie nesuismariee,1025ne espoir estre, ne religieuse, aussi n[ul]e chose qu’il die ne metouche. Je ne suis Bel Acueil, ne ie n’ay paour de la Vieille,ne boutons n’ay a garder. Et si te prometz que i’aime beaulxliures et soubtilz etbientraictiez,et les quiers et cerche, et leslis voulentiers, si rudement comme les sache entendre, et si1030n’aime point cellui de la Rose, la cause si est simplement etabsoluement pour ce que il est de tres mauuaise exortacion etdeshonneste lecture, et qui plus penetre en corage mal quebien. Et puet estre, selon mon iugement, cause dedampnacionet dampnement de vie a ceulx qui l’oient, et qui s’i delictent,1035etde trairea deshonnestes meurs. Si te iure sur moname et par ma creance que autre cause ne me meut. Et ceque tu dis aprés que puet estre que le blasmons pour donnerplus grant appetit de le veoir, et ainsi seroit nostre opinionbonne. Tu pueux estre certain que ce n’est pas nostre motif.1040Apres tout ce, tu me appelles de plus grant valeur que iene suis, tienne mercy; et dis que tu me pries que ie gardel’onneur que i’ay a garder; et que, se on m’a louee pour ceque i’ay tiré d’un voulet pardessus les tours de Nostre Dame,que ie netaschepas a ferir la luned’un bouchonpesant; et1045que me garde de ressembler le courbel, que pour ce que on[fol. 103 b] loua son chant, commença chanter plus hault etlaissa cheoir labuschete.Response.Vraiement je nepourroie d’aucune chose respondre si proprement comme de monpropre fait. Si puis en ceste partie tesmoingnier verité de1050certaine science. Tum’adioinsou accuses comme de presompcionde moy mesmes. Si te iure sur ma foy que oncques nepresumay auoir si haultlancécommesurles tours NostreDame. Ne sçay comment plus hault tascheroie ne pourcuidier hault chanter, ne me cherra iabuschete; car ie repute1055mon fait et mon sauoirchosede nulle grandeur. Aultrechose n’y a quelconques, fors tant je le puis bien dire veritablementquei’amel’estude et vie solitaire, et par frequenteretexcerciterycellui puet bien estre que g’i ay cueilli des bassesflouretes du jardin delicieux, non pas monté sur les haulx arbres1060pour cueillir de ce beau fruit odorant et sauoureux, non mieque l’appetit et la voulenté n’y soit grant, mais foibleced’entendement ne le me sueffre, et mesmes pour l’odeur desflourettes, dont j’ay fait graisles chappellez. Ceulx qui les ontvoulus auoir, a qui ne les osasse ne pensse veer,sesont1065esmerueillez de mon labour, non pour la grandeur qui ysoit,maispourle cas nouuel qui n’est acoustumé. Si ne s’en sontmie teus non obstant ait esté long temps celé. Et te prometque a ma requeste n’est manifestez. Et se veulz dire queaucunes choses aye faictes ou nom de singulieres personnes,1070ce a esté despuis que ia en estoit commune renommee. Ce nedis ie mie pour nulle excusance, car il n’en est besoing, maispour oster toute oppinion qui pourroit estre que en mon faitpresumasse aucune auctorité. Et supplie toy et tes consorsen oppinion, ne me sachiezmalgré pour cause [fol. 103 vo. a]1075de mes escriptures, et du present debat sus le liure de la Rose.Card’auentureauint le commencement et non miedevolentéproposee, quelque oppinion queg’y eusse, ainsi comme tu lepueux veoir en un petit traictié, ouiedeuisay le premiermotif et le derrenier terme de nostre debat. Et trop me seroit1080grief estre subgiette a tel seruitude que n’osasse respondrea autrui verité selon ma conscience delachose, qui ne puettourner a preiudice, ains puet auiser plus sagedeplus auantpenser que il n’a consideré par long temps, car comme dit uncommun prouerbe, a la fois auise un fol un sage. Et c’est neant1085que tu dis que l’eglise saincte, ou tant aeude vaillans hommesdepuis qu’il fu fait, l’a souffert par long temps sans reprendre,attendoitque moy et les autres le venissions reprochier; cartu sces que toutes choses sont meues a certain temps, ne riensn’est long enuers l’espace des ans. Et souuent auient que1090parunepointellete est curee une grant enfleure. Comment asouffert l’eglise saincte demourer si long temps l’oppinion dela concepcion de Nostre Dame, qui plus est chose notable sansen reprendre nullui; et n’agairesque ce quioncquesn’auoitesté debatu est venu auant par si grant esmeute, et si n’est ce1095pas article de foy, aussi n’est cecy. Si en croye chascun cequi lui plaist lemieulx. Et quant a moy, plus n’enpensefaire escripture, qui que m’en escrise, car ie n’ay pas empristoute Saine a boire. Ce que i’ay escript est escript.Non mietairé pour doubte de mesprendre quant a oppinion, combien1100que faulte d’engin et de sauoir me toult beau stile, mais mieulxmeplaistexcerciter en aultre matieremieulxa ma plaisance.Si pry tous ceulz qui mes petiz dictiez verront, que ilz vueillentsupploier le deffault de mon sauoir par [fol. 103 vo. b] consideracionde la personne, et prendre tout a bonne fin et entencion1105pure, sanz laquelle ne vouldroie aucune chose mettreauant. Si feray fin a mon dictié du debat non hayneux,commencié, continué, et finé par maniere de soulas sans indignaciona personne. Si pry la benoite Trinité Parfaicte etEnterine Sapience, qu’il vueille toy et tous ceulx par especial1110qui aiment science et noblece de bonnes meurs enluminer de sivraye clarté que estre puissentconduisa la ioyecelestiele.Amen.Escript et complet par moy Christine de Pizan le iie jourd’octobre l’an mil c.c.c.c. et deux.1115Ta bien vueillantamie de science,Christine.

960bien et simplement viure sans trop enuelopper es voluptés du

monde ne aultrui deceuoir, ne que aultre les deçoiue, ce liure

n’a mestier; et vrayement je aimeroie mieulx estre dupart

des opposites que de ses complices, car ie ay oppinion que

mendre part en ait le loup. Et comme dit le bon preudomme[128]

965qui composa la plaidoierie dessusdicte: “Pleust a dieu que

tellerose n’eust oncques esté plantee ou jardin de chretienté,”

combien que tu te dies estre desesdisciples; et puis que le

veulx estre, si le soies. Quant a moy je renonce a sa discipline.

Car ietempsa autre que ie cuide estre plus proffitable,

970et qui mieulx m’est agreable; et si ne suis mie seule en

celle oppinion, ne sçay pourquoy plus queauxaultres vous en

prenez a moy entre vous ses disciples. Ce n’est mie honneur

soy prendre a la plus foible partie; il y a si grant foison de

sages docteurs, dignes de foy et pleins de science, et vraiement

975si y ail des grans princes de ce royaume et cheualiers, et

nobles, et pluseurs aultres qui sont de la mesme opinion que

ie suis, et tienent que ce est lecture inutile et nonhonorable.

Pourquoy entre vous n’alez vous desrompre la grosse tige de

l’arbre, et faire tant que il soitestirpéet esrachié, et la racine,

980dont puet venir et sourdre la ceue et liqueur, soit toute amortie,

non mie vous prendre aux petites branches par dessure,

quin’ont forcenevertu; pour cuidiertout estirper(qui) vous

en prenez a moy, qui ne suis fors comme la vois d’un petit

grisillon qui toute iour bat seseleteset fait grant noise et tout

985est noyant enuers le hault chant delictable des gracieux

oisiaulx.

Mais tu dis que tu ne te peux assez merueillier comment

personne ose blasmer non pas seulement lui, mais ceulx qui

prisent et aiment son liure de la Rose.Response.Je ne me

990puis assez merueillier comment personne ose entreprendrea

louer cellui liure, ouquel sont comprisesmaintesmateres

souffisenteza mettre cuer humainoudampnableherreur.

Tu dis que quant a toy, plus desires estre [fol. 102 vo. b]

repris pour prisier et amer son liure que estre des trop soubtilz

995blasmeurs. Tu ressembles en ceste partiecellequi dist que

mieulx ameroit estre meretrix appellee decellui que elle

aimeroit par amoursque estre roynecouronnee.[129]Si appert

bien que les voulentez qui mieulx plaisent ne sont mie toutes

raisonnables.

1000Tu dis que sachent tuit que il reste encore .vii. mille, qui

sont tous prestz de le deffendre.Response.C’estrigle

general que mauuaise secte acroist volentiers aussi comme la

mauuaiseherbe, maisla plus grant quantité ne fait mie

pourtant a presumer estre meilleur. Et se dieux plaist a ja si

1005grant assemblee n’en sera faicte. Ce n’est mie article de foy;

tiengne chascun ce qu’il vouldra. Tu dis que, s’il eust esté

du temps de entre nous qui le blasmons, tudeissesque nous

eussions haine particuliere a sa personne. Mais nous ne le

veismesoncques, dont tu ne peux ymaginer dont ce vient.

1010Response.Pour ce que oncques ne le veismes, ne oncques

ne nous meffist, as tu mieulx cause de penser que droicte

vraye pure verité nous meut, car le haineux ne doit estre creu.

Se non, ce dis tu, qu’il viengne de la haultece du liure plus

habile a receuoir les vens des soufflez enuieux, carignorance

1015n’en est point cause de tel y a. Ce dis tu ce n’est pour cause

de pou lire le dit liure.Response.Tu pues estre certain

que le bon preudomme qui le blasme, dont tu veulx dire que

n’estmiepar ignorance, il n’a mie enuie sur cellui liure, car ie

croy que la haultece de sa tres esleue[e] vie ne lui lairoit [fol.

1020103 a]auoirenuie de plus digne chose. Quant est de moy,

nonobstant mon ignorance,je te prometn’y ay aucune enuie.

Et pourquoy aroye? Il ne me fait ne froit, ne chault, ne mal,

ne bien, netoult, ne donne, ne il ne parlede l’estatdont ie

soyeparquoyaye cause de indignacion? Car ie nesuismariee,

1025ne espoir estre, ne religieuse, aussi n[ul]e chose qu’il die ne me

touche. Je ne suis Bel Acueil, ne ie n’ay paour de la Vieille,

ne boutons n’ay a garder. Et si te prometz que i’aime beaulx

liures et soubtilz etbientraictiez,et les quiers et cerche, et les

lis voulentiers, si rudement comme les sache entendre, et si

1030n’aime point cellui de la Rose, la cause si est simplement et

absoluement pour ce que il est de tres mauuaise exortacion et

deshonneste lecture, et qui plus penetre en corage mal que

bien. Et puet estre, selon mon iugement, cause dedampnacion

et dampnement de vie a ceulx qui l’oient, et qui s’i delictent,

1035etde trairea deshonnestes meurs. Si te iure sur mon

ame et par ma creance que autre cause ne me meut. Et ce

que tu dis aprés que puet estre que le blasmons pour donner

plus grant appetit de le veoir, et ainsi seroit nostre opinion

bonne. Tu pueux estre certain que ce n’est pas nostre motif.

1040Apres tout ce, tu me appelles de plus grant valeur que ie

ne suis, tienne mercy; et dis que tu me pries que ie garde

l’onneur que i’ay a garder; et que, se on m’a louee pour ce

que i’ay tiré d’un voulet pardessus les tours de Nostre Dame,

que ie netaschepas a ferir la luned’un bouchonpesant; et

1045que me garde de ressembler le courbel, que pour ce que on

[fol. 103 b] loua son chant, commença chanter plus hault et

laissa cheoir labuschete.Response.Vraiement je ne

pourroie d’aucune chose respondre si proprement comme de mon

propre fait. Si puis en ceste partie tesmoingnier verité de

1050certaine science. Tum’adioinsou accuses comme de presompcion

de moy mesmes. Si te iure sur ma foy que oncques ne

presumay auoir si haultlancécommesurles tours Nostre

Dame. Ne sçay comment plus hault tascheroie ne pour

cuidier hault chanter, ne me cherra iabuschete; car ie repute

1055mon fait et mon sauoirchosede nulle grandeur. Aultre

chose n’y a quelconques, fors tant je le puis bien dire veritablement

quei’amel’estude et vie solitaire, et par frequenteret

excerciterycellui puet bien estre que g’i ay cueilli des basses

flouretes du jardin delicieux, non pas monté sur les haulx arbres

1060pour cueillir de ce beau fruit odorant et sauoureux, non mie

que l’appetit et la voulenté n’y soit grant, mais foiblece

d’entendement ne le me sueffre, et mesmes pour l’odeur des

flourettes, dont j’ay fait graisles chappellez. Ceulx qui les ont

voulus auoir, a qui ne les osasse ne pensse veer,sesont

1065esmerueillez de mon labour, non pour la grandeur qui ysoit,

maispourle cas nouuel qui n’est acoustumé. Si ne s’en sont

mie teus non obstant ait esté long temps celé. Et te promet

que a ma requeste n’est manifestez. Et se veulz dire que

aucunes choses aye faictes ou nom de singulieres personnes,

1070ce a esté despuis que ia en estoit commune renommee. Ce ne

dis ie mie pour nulle excusance, car il n’en est besoing, mais

pour oster toute oppinion qui pourroit estre que en mon fait

presumasse aucune auctorité. Et supplie toy et tes consors

en oppinion, ne me sachiezmalgré pour cause [fol. 103 vo. a]

1075de mes escriptures, et du present debat sus le liure de la Rose.

Card’auentureauint le commencement et non miedevolenté

proposee, quelque oppinion queg’y eusse, ainsi comme tu le

pueux veoir en un petit traictié, ouiedeuisay le premier

motif et le derrenier terme de nostre debat. Et trop me seroit

1080grief estre subgiette a tel seruitude que n’osasse respondre

a autrui verité selon ma conscience delachose, qui ne puet

tourner a preiudice, ains puet auiser plus sagedeplus auant

penser que il n’a consideré par long temps, car comme dit un

commun prouerbe, a la fois auise un fol un sage. Et c’est neant

1085que tu dis que l’eglise saincte, ou tant aeude vaillans hommes

depuis qu’il fu fait, l’a souffert par long temps sans reprendre,

attendoitque moy et les autres le venissions reprochier; car

tu sces que toutes choses sont meues a certain temps, ne riens

n’est long enuers l’espace des ans. Et souuent auient que

1090parunepointellete est curee une grant enfleure. Comment a

souffert l’eglise saincte demourer si long temps l’oppinion de

la concepcion de Nostre Dame, qui plus est chose notable sans

en reprendre nullui; et n’agairesque ce quioncquesn’auoit

esté debatu est venu auant par si grant esmeute, et si n’est ce

1095pas article de foy, aussi n’est cecy. Si en croye chascun ce

qui lui plaist lemieulx. Et quant a moy, plus n’enpense

faire escripture, qui que m’en escrise, car ie n’ay pas empris

toute Saine a boire. Ce que i’ay escript est escript.Non mie

tairé pour doubte de mesprendre quant a oppinion, combien

1100que faulte d’engin et de sauoir me toult beau stile, mais mieulx

meplaistexcerciter en aultre matieremieulxa ma plaisance.

Si pry tous ceulz qui mes petiz dictiez verront, que ilz vueillent

supploier le deffault de mon sauoir par [fol. 103 vo. b] consideracion

de la personne, et prendre tout a bonne fin et entencion

1105pure, sanz laquelle ne vouldroie aucune chose mettre

auant. Si feray fin a mon dictié du debat non hayneux,

commencié, continué, et finé par maniere de soulas sans indignacion

a personne. Si pry la benoite Trinité Parfaicte et

Enterine Sapience, qu’il vueille toy et tous ceulx par especial

1110qui aiment science et noblece de bonnes meurs enluminer de si

vraye clarté que estre puissentconduisa la ioyecelestiele.

Amen.

Escript et complet par moy Christine de Pizan le iie jour

d’octobre l’an mil c.c.c.c. et deux.

1115Ta bien vueillant

amie de science,Christine.


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