II.LETTER FROMPROF. UBAGHS TO THE CARDINAL ARCHBISHOP OF MALINES.Eminence Révérendissime,Je viens avant tout confirmer par écrit la déclaration, que j’ai eu l’honneur de vous faire oralement, de ma soumission entière et absolue aux décrets de la S. Congrégation de. l’Index[23]de 1843 et 1844 et à celui de Leurs Eminences les Cardinaux de l’Index et du Saint-Office, réunis le 21 septembre 1864, avec la promesse formelle de me conformer exactement à ces trois décrets.Ensuite, sans vouloir restreindre ou affaiblir en rien cette soumission complète, j’ai l’honneur de trasmettre à Votre Eminence les explications que j’ai demandé de pouvoir Lui présenter, afin de justifier ma bonne foi et de montrer que, si pendant vingt ans je n’ai pas satisfait aux décrets de la S. Congregation de l’Index, ce n’est point par manque de respect et de soumission aux jugements des Congrégations romaines, mais uniquement parce que, jusqu’au moment où le décret du 21 Septembre 1864 m’a été notifié, je croyais très-sincèrement m’y être conformé.Je déclare tout d’abord et d’une manière bien nette qu’en cela je me suis trompé; les deux Congrégations réunies ayant décidé que je n’avais pas satisfait, il ne saurait plus y avoir de doute à cet égard; aussi n’y en a-t-il aucun dans ma propre pensée ni dans ma conviction intime. Mes explications ont donc pour but unique de montrer que pendant vingt ans j’ai été dans une erreur absolument involontaire, et que jamais je n’ai éprouvé la moindre hésitation dans mes sentiments de respectueuse et entière soumission aux ordres, aux conseils et aux désirs du Saint-Siége, soumission que je considére comme le premier devoir de tout catholique.Pour qu’on puisse juger de ma bonne foi, Votre Eminence me permettra de rappeler quelques faits et de citer quelques documents.Au mois de Septembre 1843, mon ami,M.le comte Van der Vrecken, qui pendant l’été avait fait un voyage à Rome, m’apprit, dans une conversation particulière, que mes ouvrages étaient déférés à la S. Congrégation de l’Index. Craignant que mes principes n’eussent été mal exposés, je fis des démarches pour obtenir que les chefsd’accusation me fussent communiqués et qu’ainsi je pusse fournir des explications. Deux mois plus tard, je reçus de la part du secrétaire d’Etat, S. Em. le cardinal Lambruschini, par l’intermédiaire de Son Excellence le Nonce apostolique et Votre Eminence Révérendissime, les cinq propositions contenues dans le décret du 23 juin 1843.La pièce qui me fut communiquée ne renfermait point les mots: “Observationes S. Indicis Congregationis diei 23 junii 1843.Rev.D. Ubaghs in sua Theodicea, et interdum etiam in Logica, subsequentes propositiones docet, quas S. Congregatio Indici praeposita emendandas esse judicat”. Elle ne contenait pas non plus les mots suivants: “Hae sunt praecipuae sententiae quae in praedicto libro corrigendae videntur. Monet igitur S. CongregatioRev.Auctorem, ut nova aliqua editione librum suum emendandum curet, atque interim in scholasticis suis lectionibus ab iis sententiis dicendis abstinere velit”. La pièce qui me fut remise porte simplement: “Docet auctor in Theodicea et interdum etiam in Logica seqq. propositiones”, avec les cinq propositions.En recevant cette communication, j’ai compris que je devais fournir des explications et des éclaircissements au sujet de ces cinq propositions. Je croyais que la S. Congrégation de l’Index, ayant égard à ma position de professeur à l’Université catholique de Louvain, avait daigné m’appliquer le § 10 de la constitution de Benoit XIV,Sollicita ac provida, et n’avait pas voulu porter de jugement définitif avant de m’avoir entendu. C’est dans cette persuasion que je m’empressai de rédiger unMémoire explicatif et justificatif, que votre Eminence a bien voulu transmettre à Rome. Un telmémoire, en présence d’un jugement que j’aurais considéré comme définitif, aurait été de ma part un manque de respect. Ce n’est pas ainsi que la S.Congrégation l’a apprécié. Elle a daigné accueillir mes explications avec bienveillance comme en témoigne une lettre de Monseigneur Pecci, Nonce apostolique à Bruxelles: cette lettre accompagnait la communication du décret de 1844, et celle me fut transmise par Votre Eminence. En voici la teneur:“Bruxelles, Nonciature Apostolique, Nᵒ 227.“Eminence Révérendissime,“J’ai reçu de Rome la réponse qu’on attendait avec impatience en égard de l’ouvrage du professeur Ubaghs.—Quoique les explications que celui-ci avait remises aient été hautement appréciées, on a cru néanmoins qu’il serait prudent et nécessaire d’introduire dans la nouvelle réimpression les corrections qui sont marquées dans la feuille qui m’a été envoyée par le Secrétaire d’Etat, et que j’ai l’honneur de remettre ci-jointe à Son Eminence Votre Révérendissime, afin qu’elle daigne de la faire parvenir au susdit Professeur avec injonction de vouloir bien dans sa nouvelle publication se conformer aux désirs qui par la S. Congrégation ont été manifestés, de manière qu’elle soit réglée par les principes de sa religion et de sa probité, surtout quand il doit parler de ce qui est trés-essentiel, c’est-à-dire de l’existence de Dieu.“En portant à la connaissance de S. E. Votre Rᵐᵉ le résultat de cette affaire, je suis chargé de la part de S. Eminence le Secrétaired’Etat de déclarer que ç’a été précisément en egard de l’empressement et des recommandations trés-respectables de V. Eminence qu’on a tâché que le jugement attendu fut au plutôt prononcé pour en donner ensuite sans retardement la communication nécessaire.“En m’acquittant ainsi des ordres qui m’ont été donnes, j’ai l’honneur, etc., etc.“Bruxelles, 23 septembre 1844.“(Signe) ✠ J. Archevêque de Damiette, Nonce Apostolique.Dès que j’eus reçu le décret de 1844, que cette lettre accompagnait, je me hâtai de préparer une nouvelle édition de la Logique et de la Théodicée, en y introduisant les corrections que j’estimais nécessaires pour répondere aux désirs de la S. Congrégation de l’Index.Ces corrections n’ont pas été suffisantes. C’est un point qui est aujourd’hui définitivement jugé. Mais jusqu’au moment où j’ai eu connaissance du decret du 21 septembre 1864, j’ai cru tres-sincérement qu’elles l’étaient. Je prie Votre Eminence de me permettre d’entrer ici dans quelques details.Les faits que j’ai rappelés établissent comment j’ai été amenè à considerér le décret de 1844 commé étant le seul décret définitif rendu à mon égard. Quant à ce decret, il renferme, entre autres, les expressions suivantes: “Pauca quaedam loca in opere quod a cl. viro G. C. Ubaghs anno 1844 Lovanii editum est et inscribiturTheodiceae seu Theologiae naturalis elementaadnotanda esse videntur, ut doctissimus auctor, additis quibusdam illustrationibus, obortas circa eiusdem operis intelligentiam difficultates e medio tollere possit……—“In his omnibus mens doctissimi auctoris paulo clarius explicanda videtur, ne quis inde occasionem sumat vim elevandi argumentorum quae Dei existentiam demonstrant……—Plura alia eiusdem generis ibi obvia sunt quae contra mentem auctoris forte in alienos sensus torqueri possent”.—Ces termes me firent supposer que la S. Congrégation n’avait pas voulu me signaler des erreurs de doctrine à corriger, ni des principes faux à abandonner, mais qu’elle me demandait seulement des éclaircissements et des explications propres à faire mieux comprendre ma pensée. C’est là ce qui explique le langage que j’ai tenu dans la préface de ma Logique en 1844 et dans une lettre récente à Son Eminence le Cardinal Altieri, Préf. de la S. Congrégation de l’Index.En 1845 je remis à Monseigneur Pecci, Nonce Apostolique, deux exemplaires de la nouvelle édition de la Logique et de la Théodicée, en priant Son Excellence de vouloir bien les faire parvenir à Rome, afin que la S. Congrégation pût juger si les additions et les changements introduits répondaient entièrement aux voeux exprimés par elle. A plusieurs reprises je reçus des assurances qui me persuadérent que j’avais fait ce qui m’était demandé. Les documents dont je veux parler n’ayant pas été approuvés par la S. Congrégation ni surtout par le Souverain-Pontife, ils n’ont de valeur que pour justifier ma bonne foi; aussi c’est à ce titre seul que je les invoque. Parmi ces documents qu’il me soit permis de transcrire ici la lettre que m’addressa, en 1846, le T. R. P. Degola, secrétaire de la Congrégation de l’Index. La voici:Reverende Domine,Quamquam scio id Tibi ab aliis iam nuntiatum, quod ego hislitteris dicturus sum, attamen ut postulationi tuae, nec non Em. Card. praefecti mandato morem geram, libenter significo, declarationes illas atque varietates, quas monente S. Congregatione in novissima tuorum operumLogicaeacTheodiceaeeditione fideliter abundanterque effecisti, voto ac sententiae eiusdem S. Congregationis prorsus respondisse. Quam ob rem docilitati tuae, prout par est, gratulor, et ut de sacris humanisque doctrinis, pro tuo excellenti ingenio et religioni, bene mereri pergas, plurimum opto. Vale.Romae kal. Septembris 1846.Humill. devotis. servusFr. Th. Antoninus Degola, O. P.S. C. I. Secret.Finalement, je le déclare de nouveau, j’aurai le plus grand soin de me conformer scrupuleusement aux décrets émanes du Saint-Siége, et je m’empresserai de corriger, le plus tôt possible, mes ouvrages selon les prescriptions de ces décrets.J’ai la confiance, Eminence Révérendissime, que les explications dans les quelles je viens d’entrer suffiront pour montrer que je n’ai jamais varié dans mes sentiments de soumission absolue aux décrets du Siége apostolique, l’oracle de la vérité.Comme Votre Eminence a été chargée de me communiquer les susdits décrets, je serais heureux qu’Elle daignât aussi me servir d’intermédiaire pour faire parvenir aux pieds du Vicaire de Jésus-Christ l’expression de ma soumission la plus respectueuse et la plus complète.Véuillez agréer, Monseigneur, l’hommage des sentiments de profond respect avec lesquels j’ai l’honneur d’être.Louvain, le 14 November, 1864.De Votre Eminencele très-humble et très-obéissant serviteur,(Signé)G. C. Ubaghs.
II.
LETTER FROMPROF. UBAGHS TO THE CARDINAL ARCHBISHOP OF MALINES.
Eminence Révérendissime,Je viens avant tout confirmer par écrit la déclaration, que j’ai eu l’honneur de vous faire oralement, de ma soumission entière et absolue aux décrets de la S. Congrégation de. l’Index[23]de 1843 et 1844 et à celui de Leurs Eminences les Cardinaux de l’Index et du Saint-Office, réunis le 21 septembre 1864, avec la promesse formelle de me conformer exactement à ces trois décrets.Ensuite, sans vouloir restreindre ou affaiblir en rien cette soumission complète, j’ai l’honneur de trasmettre à Votre Eminence les explications que j’ai demandé de pouvoir Lui présenter, afin de justifier ma bonne foi et de montrer que, si pendant vingt ans je n’ai pas satisfait aux décrets de la S. Congregation de l’Index, ce n’est point par manque de respect et de soumission aux jugements des Congrégations romaines, mais uniquement parce que, jusqu’au moment où le décret du 21 Septembre 1864 m’a été notifié, je croyais très-sincèrement m’y être conformé.Je déclare tout d’abord et d’une manière bien nette qu’en cela je me suis trompé; les deux Congrégations réunies ayant décidé que je n’avais pas satisfait, il ne saurait plus y avoir de doute à cet égard; aussi n’y en a-t-il aucun dans ma propre pensée ni dans ma conviction intime. Mes explications ont donc pour but unique de montrer que pendant vingt ans j’ai été dans une erreur absolument involontaire, et que jamais je n’ai éprouvé la moindre hésitation dans mes sentiments de respectueuse et entière soumission aux ordres, aux conseils et aux désirs du Saint-Siége, soumission que je considére comme le premier devoir de tout catholique.Pour qu’on puisse juger de ma bonne foi, Votre Eminence me permettra de rappeler quelques faits et de citer quelques documents.Au mois de Septembre 1843, mon ami,M.le comte Van der Vrecken, qui pendant l’été avait fait un voyage à Rome, m’apprit, dans une conversation particulière, que mes ouvrages étaient déférés à la S. Congrégation de l’Index. Craignant que mes principes n’eussent été mal exposés, je fis des démarches pour obtenir que les chefsd’accusation me fussent communiqués et qu’ainsi je pusse fournir des explications. Deux mois plus tard, je reçus de la part du secrétaire d’Etat, S. Em. le cardinal Lambruschini, par l’intermédiaire de Son Excellence le Nonce apostolique et Votre Eminence Révérendissime, les cinq propositions contenues dans le décret du 23 juin 1843.La pièce qui me fut communiquée ne renfermait point les mots: “Observationes S. Indicis Congregationis diei 23 junii 1843.Rev.D. Ubaghs in sua Theodicea, et interdum etiam in Logica, subsequentes propositiones docet, quas S. Congregatio Indici praeposita emendandas esse judicat”. Elle ne contenait pas non plus les mots suivants: “Hae sunt praecipuae sententiae quae in praedicto libro corrigendae videntur. Monet igitur S. CongregatioRev.Auctorem, ut nova aliqua editione librum suum emendandum curet, atque interim in scholasticis suis lectionibus ab iis sententiis dicendis abstinere velit”. La pièce qui me fut remise porte simplement: “Docet auctor in Theodicea et interdum etiam in Logica seqq. propositiones”, avec les cinq propositions.En recevant cette communication, j’ai compris que je devais fournir des explications et des éclaircissements au sujet de ces cinq propositions. Je croyais que la S. Congrégation de l’Index, ayant égard à ma position de professeur à l’Université catholique de Louvain, avait daigné m’appliquer le § 10 de la constitution de Benoit XIV,Sollicita ac provida, et n’avait pas voulu porter de jugement définitif avant de m’avoir entendu. C’est dans cette persuasion que je m’empressai de rédiger unMémoire explicatif et justificatif, que votre Eminence a bien voulu transmettre à Rome. Un telmémoire, en présence d’un jugement que j’aurais considéré comme définitif, aurait été de ma part un manque de respect. Ce n’est pas ainsi que la S.Congrégation l’a apprécié. Elle a daigné accueillir mes explications avec bienveillance comme en témoigne une lettre de Monseigneur Pecci, Nonce apostolique à Bruxelles: cette lettre accompagnait la communication du décret de 1844, et celle me fut transmise par Votre Eminence. En voici la teneur:“Bruxelles, Nonciature Apostolique, Nᵒ 227.“Eminence Révérendissime,“J’ai reçu de Rome la réponse qu’on attendait avec impatience en égard de l’ouvrage du professeur Ubaghs.—Quoique les explications que celui-ci avait remises aient été hautement appréciées, on a cru néanmoins qu’il serait prudent et nécessaire d’introduire dans la nouvelle réimpression les corrections qui sont marquées dans la feuille qui m’a été envoyée par le Secrétaire d’Etat, et que j’ai l’honneur de remettre ci-jointe à Son Eminence Votre Révérendissime, afin qu’elle daigne de la faire parvenir au susdit Professeur avec injonction de vouloir bien dans sa nouvelle publication se conformer aux désirs qui par la S. Congrégation ont été manifestés, de manière qu’elle soit réglée par les principes de sa religion et de sa probité, surtout quand il doit parler de ce qui est trés-essentiel, c’est-à-dire de l’existence de Dieu.“En portant à la connaissance de S. E. Votre Rᵐᵉ le résultat de cette affaire, je suis chargé de la part de S. Eminence le Secrétaired’Etat de déclarer que ç’a été précisément en egard de l’empressement et des recommandations trés-respectables de V. Eminence qu’on a tâché que le jugement attendu fut au plutôt prononcé pour en donner ensuite sans retardement la communication nécessaire.“En m’acquittant ainsi des ordres qui m’ont été donnes, j’ai l’honneur, etc., etc.“Bruxelles, 23 septembre 1844.“(Signe) ✠ J. Archevêque de Damiette, Nonce Apostolique.Dès que j’eus reçu le décret de 1844, que cette lettre accompagnait, je me hâtai de préparer une nouvelle édition de la Logique et de la Théodicée, en y introduisant les corrections que j’estimais nécessaires pour répondere aux désirs de la S. Congrégation de l’Index.Ces corrections n’ont pas été suffisantes. C’est un point qui est aujourd’hui définitivement jugé. Mais jusqu’au moment où j’ai eu connaissance du decret du 21 septembre 1864, j’ai cru tres-sincérement qu’elles l’étaient. Je prie Votre Eminence de me permettre d’entrer ici dans quelques details.Les faits que j’ai rappelés établissent comment j’ai été amenè à considerér le décret de 1844 commé étant le seul décret définitif rendu à mon égard. Quant à ce decret, il renferme, entre autres, les expressions suivantes: “Pauca quaedam loca in opere quod a cl. viro G. C. Ubaghs anno 1844 Lovanii editum est et inscribiturTheodiceae seu Theologiae naturalis elementaadnotanda esse videntur, ut doctissimus auctor, additis quibusdam illustrationibus, obortas circa eiusdem operis intelligentiam difficultates e medio tollere possit……—“In his omnibus mens doctissimi auctoris paulo clarius explicanda videtur, ne quis inde occasionem sumat vim elevandi argumentorum quae Dei existentiam demonstrant……—Plura alia eiusdem generis ibi obvia sunt quae contra mentem auctoris forte in alienos sensus torqueri possent”.—Ces termes me firent supposer que la S. Congrégation n’avait pas voulu me signaler des erreurs de doctrine à corriger, ni des principes faux à abandonner, mais qu’elle me demandait seulement des éclaircissements et des explications propres à faire mieux comprendre ma pensée. C’est là ce qui explique le langage que j’ai tenu dans la préface de ma Logique en 1844 et dans une lettre récente à Son Eminence le Cardinal Altieri, Préf. de la S. Congrégation de l’Index.En 1845 je remis à Monseigneur Pecci, Nonce Apostolique, deux exemplaires de la nouvelle édition de la Logique et de la Théodicée, en priant Son Excellence de vouloir bien les faire parvenir à Rome, afin que la S. Congrégation pût juger si les additions et les changements introduits répondaient entièrement aux voeux exprimés par elle. A plusieurs reprises je reçus des assurances qui me persuadérent que j’avais fait ce qui m’était demandé. Les documents dont je veux parler n’ayant pas été approuvés par la S. Congrégation ni surtout par le Souverain-Pontife, ils n’ont de valeur que pour justifier ma bonne foi; aussi c’est à ce titre seul que je les invoque. Parmi ces documents qu’il me soit permis de transcrire ici la lettre que m’addressa, en 1846, le T. R. P. Degola, secrétaire de la Congrégation de l’Index. La voici:
Eminence Révérendissime,
Je viens avant tout confirmer par écrit la déclaration, que j’ai eu l’honneur de vous faire oralement, de ma soumission entière et absolue aux décrets de la S. Congrégation de. l’Index[23]de 1843 et 1844 et à celui de Leurs Eminences les Cardinaux de l’Index et du Saint-Office, réunis le 21 septembre 1864, avec la promesse formelle de me conformer exactement à ces trois décrets.
Ensuite, sans vouloir restreindre ou affaiblir en rien cette soumission complète, j’ai l’honneur de trasmettre à Votre Eminence les explications que j’ai demandé de pouvoir Lui présenter, afin de justifier ma bonne foi et de montrer que, si pendant vingt ans je n’ai pas satisfait aux décrets de la S. Congregation de l’Index, ce n’est point par manque de respect et de soumission aux jugements des Congrégations romaines, mais uniquement parce que, jusqu’au moment où le décret du 21 Septembre 1864 m’a été notifié, je croyais très-sincèrement m’y être conformé.
Je déclare tout d’abord et d’une manière bien nette qu’en cela je me suis trompé; les deux Congrégations réunies ayant décidé que je n’avais pas satisfait, il ne saurait plus y avoir de doute à cet égard; aussi n’y en a-t-il aucun dans ma propre pensée ni dans ma conviction intime. Mes explications ont donc pour but unique de montrer que pendant vingt ans j’ai été dans une erreur absolument involontaire, et que jamais je n’ai éprouvé la moindre hésitation dans mes sentiments de respectueuse et entière soumission aux ordres, aux conseils et aux désirs du Saint-Siége, soumission que je considére comme le premier devoir de tout catholique.
Pour qu’on puisse juger de ma bonne foi, Votre Eminence me permettra de rappeler quelques faits et de citer quelques documents.
Au mois de Septembre 1843, mon ami,M.le comte Van der Vrecken, qui pendant l’été avait fait un voyage à Rome, m’apprit, dans une conversation particulière, que mes ouvrages étaient déférés à la S. Congrégation de l’Index. Craignant que mes principes n’eussent été mal exposés, je fis des démarches pour obtenir que les chefsd’accusation me fussent communiqués et qu’ainsi je pusse fournir des explications. Deux mois plus tard, je reçus de la part du secrétaire d’Etat, S. Em. le cardinal Lambruschini, par l’intermédiaire de Son Excellence le Nonce apostolique et Votre Eminence Révérendissime, les cinq propositions contenues dans le décret du 23 juin 1843.
La pièce qui me fut communiquée ne renfermait point les mots: “Observationes S. Indicis Congregationis diei 23 junii 1843.Rev.D. Ubaghs in sua Theodicea, et interdum etiam in Logica, subsequentes propositiones docet, quas S. Congregatio Indici praeposita emendandas esse judicat”. Elle ne contenait pas non plus les mots suivants: “Hae sunt praecipuae sententiae quae in praedicto libro corrigendae videntur. Monet igitur S. CongregatioRev.Auctorem, ut nova aliqua editione librum suum emendandum curet, atque interim in scholasticis suis lectionibus ab iis sententiis dicendis abstinere velit”. La pièce qui me fut remise porte simplement: “Docet auctor in Theodicea et interdum etiam in Logica seqq. propositiones”, avec les cinq propositions.
En recevant cette communication, j’ai compris que je devais fournir des explications et des éclaircissements au sujet de ces cinq propositions. Je croyais que la S. Congrégation de l’Index, ayant égard à ma position de professeur à l’Université catholique de Louvain, avait daigné m’appliquer le § 10 de la constitution de Benoit XIV,Sollicita ac provida, et n’avait pas voulu porter de jugement définitif avant de m’avoir entendu. C’est dans cette persuasion que je m’empressai de rédiger unMémoire explicatif et justificatif, que votre Eminence a bien voulu transmettre à Rome. Un telmémoire, en présence d’un jugement que j’aurais considéré comme définitif, aurait été de ma part un manque de respect. Ce n’est pas ainsi que la S.Congrégation l’a apprécié. Elle a daigné accueillir mes explications avec bienveillance comme en témoigne une lettre de Monseigneur Pecci, Nonce apostolique à Bruxelles: cette lettre accompagnait la communication du décret de 1844, et celle me fut transmise par Votre Eminence. En voici la teneur:
“Bruxelles, Nonciature Apostolique, Nᵒ 227.
“Eminence Révérendissime,
“J’ai reçu de Rome la réponse qu’on attendait avec impatience en égard de l’ouvrage du professeur Ubaghs.—Quoique les explications que celui-ci avait remises aient été hautement appréciées, on a cru néanmoins qu’il serait prudent et nécessaire d’introduire dans la nouvelle réimpression les corrections qui sont marquées dans la feuille qui m’a été envoyée par le Secrétaire d’Etat, et que j’ai l’honneur de remettre ci-jointe à Son Eminence Votre Révérendissime, afin qu’elle daigne de la faire parvenir au susdit Professeur avec injonction de vouloir bien dans sa nouvelle publication se conformer aux désirs qui par la S. Congrégation ont été manifestés, de manière qu’elle soit réglée par les principes de sa religion et de sa probité, surtout quand il doit parler de ce qui est trés-essentiel, c’est-à-dire de l’existence de Dieu.
“En portant à la connaissance de S. E. Votre Rᵐᵉ le résultat de cette affaire, je suis chargé de la part de S. Eminence le Secrétaired’Etat de déclarer que ç’a été précisément en egard de l’empressement et des recommandations trés-respectables de V. Eminence qu’on a tâché que le jugement attendu fut au plutôt prononcé pour en donner ensuite sans retardement la communication nécessaire.
“En m’acquittant ainsi des ordres qui m’ont été donnes, j’ai l’honneur, etc., etc.
“Bruxelles, 23 septembre 1844.
“(Signe) ✠ J. Archevêque de Damiette, Nonce Apostolique.
Dès que j’eus reçu le décret de 1844, que cette lettre accompagnait, je me hâtai de préparer une nouvelle édition de la Logique et de la Théodicée, en y introduisant les corrections que j’estimais nécessaires pour répondere aux désirs de la S. Congrégation de l’Index.
Ces corrections n’ont pas été suffisantes. C’est un point qui est aujourd’hui définitivement jugé. Mais jusqu’au moment où j’ai eu connaissance du decret du 21 septembre 1864, j’ai cru tres-sincérement qu’elles l’étaient. Je prie Votre Eminence de me permettre d’entrer ici dans quelques details.
Les faits que j’ai rappelés établissent comment j’ai été amenè à considerér le décret de 1844 commé étant le seul décret définitif rendu à mon égard. Quant à ce decret, il renferme, entre autres, les expressions suivantes: “Pauca quaedam loca in opere quod a cl. viro G. C. Ubaghs anno 1844 Lovanii editum est et inscribiturTheodiceae seu Theologiae naturalis elementaadnotanda esse videntur, ut doctissimus auctor, additis quibusdam illustrationibus, obortas circa eiusdem operis intelligentiam difficultates e medio tollere possit……—“In his omnibus mens doctissimi auctoris paulo clarius explicanda videtur, ne quis inde occasionem sumat vim elevandi argumentorum quae Dei existentiam demonstrant……—Plura alia eiusdem generis ibi obvia sunt quae contra mentem auctoris forte in alienos sensus torqueri possent”.—Ces termes me firent supposer que la S. Congrégation n’avait pas voulu me signaler des erreurs de doctrine à corriger, ni des principes faux à abandonner, mais qu’elle me demandait seulement des éclaircissements et des explications propres à faire mieux comprendre ma pensée. C’est là ce qui explique le langage que j’ai tenu dans la préface de ma Logique en 1844 et dans une lettre récente à Son Eminence le Cardinal Altieri, Préf. de la S. Congrégation de l’Index.
En 1845 je remis à Monseigneur Pecci, Nonce Apostolique, deux exemplaires de la nouvelle édition de la Logique et de la Théodicée, en priant Son Excellence de vouloir bien les faire parvenir à Rome, afin que la S. Congrégation pût juger si les additions et les changements introduits répondaient entièrement aux voeux exprimés par elle. A plusieurs reprises je reçus des assurances qui me persuadérent que j’avais fait ce qui m’était demandé. Les documents dont je veux parler n’ayant pas été approuvés par la S. Congrégation ni surtout par le Souverain-Pontife, ils n’ont de valeur que pour justifier ma bonne foi; aussi c’est à ce titre seul que je les invoque. Parmi ces documents qu’il me soit permis de transcrire ici la lettre que m’addressa, en 1846, le T. R. P. Degola, secrétaire de la Congrégation de l’Index. La voici:
Reverende Domine,Quamquam scio id Tibi ab aliis iam nuntiatum, quod ego hislitteris dicturus sum, attamen ut postulationi tuae, nec non Em. Card. praefecti mandato morem geram, libenter significo, declarationes illas atque varietates, quas monente S. Congregatione in novissima tuorum operumLogicaeacTheodiceaeeditione fideliter abundanterque effecisti, voto ac sententiae eiusdem S. Congregationis prorsus respondisse. Quam ob rem docilitati tuae, prout par est, gratulor, et ut de sacris humanisque doctrinis, pro tuo excellenti ingenio et religioni, bene mereri pergas, plurimum opto. Vale.Romae kal. Septembris 1846.Humill. devotis. servusFr. Th. Antoninus Degola, O. P.S. C. I. Secret.
Reverende Domine,
Quamquam scio id Tibi ab aliis iam nuntiatum, quod ego hislitteris dicturus sum, attamen ut postulationi tuae, nec non Em. Card. praefecti mandato morem geram, libenter significo, declarationes illas atque varietates, quas monente S. Congregatione in novissima tuorum operumLogicaeacTheodiceaeeditione fideliter abundanterque effecisti, voto ac sententiae eiusdem S. Congregationis prorsus respondisse. Quam ob rem docilitati tuae, prout par est, gratulor, et ut de sacris humanisque doctrinis, pro tuo excellenti ingenio et religioni, bene mereri pergas, plurimum opto. Vale.
Romae kal. Septembris 1846.
Humill. devotis. servus
Fr. Th. Antoninus Degola, O. P.
S. C. I. Secret.
Finalement, je le déclare de nouveau, j’aurai le plus grand soin de me conformer scrupuleusement aux décrets émanes du Saint-Siége, et je m’empresserai de corriger, le plus tôt possible, mes ouvrages selon les prescriptions de ces décrets.J’ai la confiance, Eminence Révérendissime, que les explications dans les quelles je viens d’entrer suffiront pour montrer que je n’ai jamais varié dans mes sentiments de soumission absolue aux décrets du Siége apostolique, l’oracle de la vérité.Comme Votre Eminence a été chargée de me communiquer les susdits décrets, je serais heureux qu’Elle daignât aussi me servir d’intermédiaire pour faire parvenir aux pieds du Vicaire de Jésus-Christ l’expression de ma soumission la plus respectueuse et la plus complète.Véuillez agréer, Monseigneur, l’hommage des sentiments de profond respect avec lesquels j’ai l’honneur d’être.Louvain, le 14 November, 1864.De Votre Eminencele très-humble et très-obéissant serviteur,(Signé)G. C. Ubaghs.
Finalement, je le déclare de nouveau, j’aurai le plus grand soin de me conformer scrupuleusement aux décrets émanes du Saint-Siége, et je m’empresserai de corriger, le plus tôt possible, mes ouvrages selon les prescriptions de ces décrets.
J’ai la confiance, Eminence Révérendissime, que les explications dans les quelles je viens d’entrer suffiront pour montrer que je n’ai jamais varié dans mes sentiments de soumission absolue aux décrets du Siége apostolique, l’oracle de la vérité.
Comme Votre Eminence a été chargée de me communiquer les susdits décrets, je serais heureux qu’Elle daignât aussi me servir d’intermédiaire pour faire parvenir aux pieds du Vicaire de Jésus-Christ l’expression de ma soumission la plus respectueuse et la plus complète.
Véuillez agréer, Monseigneur, l’hommage des sentiments de profond respect avec lesquels j’ai l’honneur d’être.
Louvain, le 14 November, 1864.
De Votre Eminence
le très-humble et très-obéissant serviteur,
(Signé)G. C. Ubaghs.