Ie n'aurois iamais faict, si ie voulois recueillir tout ce qu'escriuent sur ce suiet vn grand nombre de personnes, dont la modestie me condamne au silence, autant que leur bon exemple m'obligeroit à en parler, si ie ne craignois de les offenser: c'est pour cette raison que ie me tais sur les saincts desirs de plusieurs Religieux, sur les fortes affectiõs qu'ont vn tres grand nombre de nos Peres, de venir trauailler en cette nouuelle vigne de nostre Seigneur, & défricher cette Barbarie: il est vray que ces volontez de viure & mourir en la Croix deIesvs, sont conformes à leur profession; mais c'est chose bien plus estonnante de voir des hommes attachez comme de grandes intelligences aux plus hautes spheres des affaires du monde, se délasser dans les soins de la Nouuelle France, tant ils la cherissent. Bien plus, il se trouue des Dames234qui veulent partager cette gloire auec eux, surmontant l'infirmité [17] de leur sexe par la generosité de leur courage.
Ie n'aurois iamais faict, si ie voulois recueillir tout ce qu'escriuent sur ce suiet vn grand nombre de personnes, dont la modestie me condamne au silence, autant que leur bon exemple m'obligeroit à en parler, si ie ne craignois de les offenser: c'est pour cette raison que ie me tais sur les saincts desirs de plusieurs Religieux, sur les fortes affectiõs qu'ont vn tres grand nombre de nos Peres, de venir trauailler en cette nouuelle vigne de nostre Seigneur, & défricher cette Barbarie: il est vray que ces volontez de viure & mourir en la Croix deIesvs, sont conformes à leur profession; mais c'est chose bien plus estonnante de voir des hommes attachez comme de grandes intelligences aux plus hautes spheres des affaires du monde, se délasser dans les soins de la Nouuelle France, tant ils la cherissent. Bien plus, il se trouue des Dames234qui veulent partager cette gloire auec eux, surmontant l'infirmité [17] de leur sexe par la generosité de leur courage.
I should never finish were I to review all that is written on this subject by a great number of persons, whose modesty condemns me to silence as much as their good example would oblige me to speak, if I did not fear to offend them. It is for this reason that I say nothing about the holy wishes of many Religious, and the strong desires which a great number of our Fathers have to come to work in this new vineyard of our Lord, and to clear this land of Barbarism. It is true that these desires to live and to die in the Cross ofJesusare in keeping with their profession; but it is a thing much more astonishing to see men who are engaged, because of their great abilities, in the highest spheres of the affairs of the world, take their recreation in working for New France, so dearly do they love her. Much more, there are foundsome Ladies who wish to share this glory with them, rising above the weakness [17] of their sex through the generosity of their courage.
I should never finish were I to review all that is written on this subject by a great number of persons, whose modesty condemns me to silence as much as their good example would oblige me to speak, if I did not fear to offend them. It is for this reason that I say nothing about the holy wishes of many Religious, and the strong desires which a great number of our Fathers have to come to work in this new vineyard of our Lord, and to clear this land of Barbarism. It is true that these desires to live and to die in the Cross ofJesusare in keeping with their profession; but it is a thing much more astonishing to see men who are engaged, because of their great abilities, in the highest spheres of the affairs of the world, take their recreation in working for New France, so dearly do they love her. Much more, there are foundsome Ladies who wish to share this glory with them, rising above the weakness [17] of their sex through the generosity of their courage.
Ie cherchois l'an passé vne ame courageuse qui peût arborer le grand estendart de la charité en ces contrées: ce grand Dieu des bontez y a pourueu. I'apprends que Madame de Combalet y veut mettre la main, & fonder vn Hospital en la Nouuelle France. Voicy comme il luy a pleu m'en donner aduis.Dieu m'ayant donné le desir d'aider au salut des pauures Sauuages, apres auoir leu la Relation que vous en auez faicte, il m'a semblé que ce que vous croyez qui puisse le plus seruir à leur conuersion, est l'establissement des Religieuses Hospitalieres dans la Nouuelle France; de sorte que ie me suis resoluë d'y enuoyer cette année six ouuriers, pour défricher des terres, & faire quelque logement pour ces bonnes Filles. Ie vous supplie de vouloir prendre soin de cét establissement: i'ay prié le P. Chastelain de vous en parler de ma part, & de vous declarer plus particulierement mes intentions: si ie puis contribuer quelque autre chose pour le salut de ces pauures gens, pour lesquels vous prenez tant de peine, ie m'estimeray bien-heureuse.Là dessus que diray-ie autre chose, si ce n'est que [18] tout le Ciel presente deuant le throsne de Dieu ces sainctes pensées, ces grandes resolutions, & que tous les Anges redoublent leurs Cantiques d'honneur & de loüanges pour vne si saincte entreprise; ce sont les actions de graces que nous faisons à cette illustre Dame, au nom de tous les saincts Anges gardiens de ces pauures Barbares, qui ne sçauroient comprendre la grandeur de l'amour qu'on leur porte. Ie leur ay faict entendre qu'vne grande Dame alloit faire dresser vne grande maison, où on receuroit tous leurs malades,236qu'on les coucheroit dans de bons lits, qu'on les nourriroit delicatement, qu'on leur donneroit des medecines & des onguens necessaires pour les guerir, & qu'on ne leur en demanderoit aucune recompense. Ils me respondent auec estonnement, que cela va bien: mais neantmoins ie cognois par leurs sousris, qu'ils ne croiront point ce miracle que par les yeux. En vn mot, ils ne sçauroient comprendre la grandeur de cette charité; suffit que le Dieu des cœurs, qui fait germer cette saincte pensée dans vn bon cœur, voit son diuin ouurage, & y prend [19] plaisir; certes il n'y a rien si puissant que cette inuention pour attirer ces pauures Barbares, voire mesme pour peupler parmy eux des seminaires de garçons & de filles. Nostre Seigneur soit beny dans les temps, & dans l'eternité.
Ie cherchois l'an passé vne ame courageuse qui peût arborer le grand estendart de la charité en ces contrées: ce grand Dieu des bontez y a pourueu. I'apprends que Madame de Combalet y veut mettre la main, & fonder vn Hospital en la Nouuelle France. Voicy comme il luy a pleu m'en donner aduis.Dieu m'ayant donné le desir d'aider au salut des pauures Sauuages, apres auoir leu la Relation que vous en auez faicte, il m'a semblé que ce que vous croyez qui puisse le plus seruir à leur conuersion, est l'establissement des Religieuses Hospitalieres dans la Nouuelle France; de sorte que ie me suis resoluë d'y enuoyer cette année six ouuriers, pour défricher des terres, & faire quelque logement pour ces bonnes Filles. Ie vous supplie de vouloir prendre soin de cét establissement: i'ay prié le P. Chastelain de vous en parler de ma part, & de vous declarer plus particulierement mes intentions: si ie puis contribuer quelque autre chose pour le salut de ces pauures gens, pour lesquels vous prenez tant de peine, ie m'estimeray bien-heureuse.Là dessus que diray-ie autre chose, si ce n'est que [18] tout le Ciel presente deuant le throsne de Dieu ces sainctes pensées, ces grandes resolutions, & que tous les Anges redoublent leurs Cantiques d'honneur & de loüanges pour vne si saincte entreprise; ce sont les actions de graces que nous faisons à cette illustre Dame, au nom de tous les saincts Anges gardiens de ces pauures Barbares, qui ne sçauroient comprendre la grandeur de l'amour qu'on leur porte. Ie leur ay faict entendre qu'vne grande Dame alloit faire dresser vne grande maison, où on receuroit tous leurs malades,236qu'on les coucheroit dans de bons lits, qu'on les nourriroit delicatement, qu'on leur donneroit des medecines & des onguens necessaires pour les guerir, & qu'on ne leur en demanderoit aucune recompense. Ils me respondent auec estonnement, que cela va bien: mais neantmoins ie cognois par leurs sousris, qu'ils ne croiront point ce miracle que par les yeux. En vn mot, ils ne sçauroient comprendre la grandeur de cette charité; suffit que le Dieu des cœurs, qui fait germer cette saincte pensée dans vn bon cœur, voit son diuin ouurage, & y prend [19] plaisir; certes il n'y a rien si puissant que cette inuention pour attirer ces pauures Barbares, voire mesme pour peupler parmy eux des seminaires de garçons & de filles. Nostre Seigneur soit beny dans les temps, & dans l'eternité.
I sought last year a brave soul who might plant the great standard of charity in these lands; the mighty God of bounties has provided one. I learn that Madame de Combalet wishes to put her hand to the work, and found a Hospital in New France.62See how it has pleased her to inform me of it:God having given me the desire to aid in the salvation of the poor Savages, it has seemed to me, after reading the Account which you have written of it, that what you consider can best serve for their conversion is the establishment in New France of Hospital Nuns. I have therefore resolved to send thither this year six workmen, to clear some land and to construct a lodging for these good Sisters. I entreat that you will take care of this establishment. I have asked Father Chastelain to speak to you about it for me, and to explain to you my plans more in detail. If I can do anything else for the salvation of these poor people, for whom you take so much trouble, I shall consider myself happy.With regard to that, what shall I say, save that [18] all Heaven presents before the throne of God these holy thoughts, these noble resolutions; and that all the Angels redouble their Chants of honor and praise for so holy an undertaking. These are the thanks that we render to this illustrious Lady, in the name of all the holy guardian Angels of these poor Barbarians, who cannot comprehend the greatness of the love that is felt for them. I informed them that a great Lady was about to erect a large house, where all their sick would be received; that they would be laid on soft beds, and daintily fed; that they would be supplied with the medicines andointments needed for their cure, and that no pay would be required for them. They answer me with astonishment that that is good; but, nevertheless, I know by their smiles that they will believe this miracle only with their eyes. In one word, they cannot understand the greatness of this charity; it is sufficient that the God of hearts, who causes this holy thought to spring up in a pious heart, sees his divine work and takes [19] pleasure therein. Verily there is nothing so powerful as this device to win these poor Barbarians, nay, even to fill among them the seminaries for boys and girls. Our Lord be blessed, through time and through eternity.
I sought last year a brave soul who might plant the great standard of charity in these lands; the mighty God of bounties has provided one. I learn that Madame de Combalet wishes to put her hand to the work, and found a Hospital in New France.62See how it has pleased her to inform me of it:God having given me the desire to aid in the salvation of the poor Savages, it has seemed to me, after reading the Account which you have written of it, that what you consider can best serve for their conversion is the establishment in New France of Hospital Nuns. I have therefore resolved to send thither this year six workmen, to clear some land and to construct a lodging for these good Sisters. I entreat that you will take care of this establishment. I have asked Father Chastelain to speak to you about it for me, and to explain to you my plans more in detail. If I can do anything else for the salvation of these poor people, for whom you take so much trouble, I shall consider myself happy.With regard to that, what shall I say, save that [18] all Heaven presents before the throne of God these holy thoughts, these noble resolutions; and that all the Angels redouble their Chants of honor and praise for so holy an undertaking. These are the thanks that we render to this illustrious Lady, in the name of all the holy guardian Angels of these poor Barbarians, who cannot comprehend the greatness of the love that is felt for them. I informed them that a great Lady was about to erect a large house, where all their sick would be received; that they would be laid on soft beds, and daintily fed; that they would be supplied with the medicines andointments needed for their cure, and that no pay would be required for them. They answer me with astonishment that that is good; but, nevertheless, I know by their smiles that they will believe this miracle only with their eyes. In one word, they cannot understand the greatness of this charity; it is sufficient that the God of hearts, who causes this holy thought to spring up in a pious heart, sees his divine work and takes [19] pleasure therein. Verily there is nothing so powerful as this device to win these poor Barbarians, nay, even to fill among them the seminaries for boys and girls. Our Lord be blessed, through time and through eternity.
Si ie m'engage plus auãt dans les sentimens de deuotiõ qu'vne infinité d'ames sainctes, qu'vn tres-grand nombre mesme de Religieuses nous tesmoignent auoir pour l'amplification de la foy en la Nouuelle France, ie passeray de beaucoup la iuste grandeur d'vn Chapitre; mais n'importe la charité couure tout. I'apprends qu'en l'Eglise de Mont-martre, lieu si sacré pour les despoüilles de tant de Martyrs, & par la presence de tant d'ames espurées, les Religieuses font à leur tour oraison iour & nuict pour solliciter & forcer le Ciel à respandre ses sainctes benedictions sur nos trauaux. Les Carmelites sont toutes en feu: les Vrsulines remplies de zele: les Religieuses de la Visitation n'ont point de paroles assez significatiues pour témoigner leur ardeur. Celles de Nostre Dame coniurent qu'on leur donne part aux souffrances qu'il faut subir parmy [20] ces Peuples; & les Hospitalieres238crient qu'on les passe dés l'année prochaine. La nature n'a point de souffles si sacrez, qui puissent allumer ces brasiers: ces flammes prouiennẽt d'vn feu tout diuin, d'vn feu increé & subsistant.Nous vous portons plus d'enuie, que de compassion dans vos souffrances, écriuent quelques vnes.Nous vous accompagnons de nos petites prieres, particulierement vers la saincte Vierge, à qui nous sommes dediées, & vers nostre Pere sainct Ioseph, & nostre Mere saincte Terese, & aux Anges du pays où vous estes, afin que leurs forces & leur puissance soient auec vous.O le grand secours!S'il estoit ausst facile, dit vn autre,de bastir vn Conuent de Carmelites, que de dresser vne Cabane de Sauuages, & que nous eussions autant de pouuoir, que d'impuissance & de foiblesse, vous trouueriez des à present grand nombre de Sœurs tres disposées de vous aller ayder.
Si ie m'engage plus auãt dans les sentimens de deuotiõ qu'vne infinité d'ames sainctes, qu'vn tres-grand nombre mesme de Religieuses nous tesmoignent auoir pour l'amplification de la foy en la Nouuelle France, ie passeray de beaucoup la iuste grandeur d'vn Chapitre; mais n'importe la charité couure tout. I'apprends qu'en l'Eglise de Mont-martre, lieu si sacré pour les despoüilles de tant de Martyrs, & par la presence de tant d'ames espurées, les Religieuses font à leur tour oraison iour & nuict pour solliciter & forcer le Ciel à respandre ses sainctes benedictions sur nos trauaux. Les Carmelites sont toutes en feu: les Vrsulines remplies de zele: les Religieuses de la Visitation n'ont point de paroles assez significatiues pour témoigner leur ardeur. Celles de Nostre Dame coniurent qu'on leur donne part aux souffrances qu'il faut subir parmy [20] ces Peuples; & les Hospitalieres238crient qu'on les passe dés l'année prochaine. La nature n'a point de souffles si sacrez, qui puissent allumer ces brasiers: ces flammes prouiennẽt d'vn feu tout diuin, d'vn feu increé & subsistant.Nous vous portons plus d'enuie, que de compassion dans vos souffrances, écriuent quelques vnes.Nous vous accompagnons de nos petites prieres, particulierement vers la saincte Vierge, à qui nous sommes dediées, & vers nostre Pere sainct Ioseph, & nostre Mere saincte Terese, & aux Anges du pays où vous estes, afin que leurs forces & leur puissance soient auec vous.O le grand secours!S'il estoit ausst facile, dit vn autre,de bastir vn Conuent de Carmelites, que de dresser vne Cabane de Sauuages, & que nous eussions autant de pouuoir, que d'impuissance & de foiblesse, vous trouueriez des à present grand nombre de Sœurs tres disposées de vous aller ayder.
If I were to occupy myself further with the sentiments of devotion manifested by a multitude of pious souls, and by a very great number even of Nuns, for the extension of the faith in New France, I would considerably exceed the proper length of a Chapter; but no matter, charity covereth all. I learn that in the Church of Mont-martre,63a place sacred as the depository of so many Martyrs and by the presence of so many purified souls, the Sisters take turns praying, by day and by night, to solicit and to constrain Heaven to bestow its holy benedictions upon our labors. The Carmelites are all on fire; the Ursulines are filled with zeal; the Nuns of the Visitation have no words significant enough to show their ardor; those of Nostre Dame implore permission to share in the sufferings which must be undergone among [20] these Peoples; and the Hospitalieres insist that they be brought over here next year.64Nature has no breath sacred enough to light these fires; these flamesarise from a fire all divine, from an increate and living fire.We bear you more envy than compassion in your sufferings, write some of them.We accompany you with our feeble prayers, particularly to the holy Virgin, to whom we are dedicated, and to our Father, saint Joseph, and our Mother, saint Theresa, and to the Angels of the country where you are, that they may be with you in their strength and power.Oh, what great help!If it were as easy, says another,to build a Carmelite Convent as it is to raise one of the Cabins of the Savages, and if we were as powerful as we are impotent and weak, you would find from now on a great many Sisters very ready to go to your aid.
If I were to occupy myself further with the sentiments of devotion manifested by a multitude of pious souls, and by a very great number even of Nuns, for the extension of the faith in New France, I would considerably exceed the proper length of a Chapter; but no matter, charity covereth all. I learn that in the Church of Mont-martre,63a place sacred as the depository of so many Martyrs and by the presence of so many purified souls, the Sisters take turns praying, by day and by night, to solicit and to constrain Heaven to bestow its holy benedictions upon our labors. The Carmelites are all on fire; the Ursulines are filled with zeal; the Nuns of the Visitation have no words significant enough to show their ardor; those of Nostre Dame implore permission to share in the sufferings which must be undergone among [20] these Peoples; and the Hospitalieres insist that they be brought over here next year.64Nature has no breath sacred enough to light these fires; these flamesarise from a fire all divine, from an increate and living fire.We bear you more envy than compassion in your sufferings, write some of them.We accompany you with our feeble prayers, particularly to the holy Virgin, to whom we are dedicated, and to our Father, saint Joseph, and our Mother, saint Theresa, and to the Angels of the country where you are, that they may be with you in their strength and power.Oh, what great help!If it were as easy, says another,to build a Carmelite Convent as it is to raise one of the Cabins of the Savages, and if we were as powerful as we are impotent and weak, you would find from now on a great many Sisters very ready to go to your aid.
Voicy les propres termes d'vne autre.Il faut que vous sçachiez que la Nouuelle France commence d'entrer dans les esprits de plusieurs personnes, ce qui me fait croire que Dieu la regarde d'vn œil fauorable. Helas! que diriés vous, mon R. Pere, [21]si sa diuine Majesté disposoit les affaires en sorte, que nous eussions bien tost le courage, & le moyen de vous aller trouuer. Ie vous diray que si telle est la volonté de Dieu, qu'il n'y a rien en ce monde, qui m'en puisse empescher, quand mesme ie deurois estre engloutie des ondes en chemin.
Voicy les propres termes d'vne autre.Il faut que vous sçachiez que la Nouuelle France commence d'entrer dans les esprits de plusieurs personnes, ce qui me fait croire que Dieu la regarde d'vn œil fauorable. Helas! que diriés vous, mon R. Pere, [21]si sa diuine Majesté disposoit les affaires en sorte, que nous eussions bien tost le courage, & le moyen de vous aller trouuer. Ie vous diray que si telle est la volonté de Dieu, qu'il n'y a rien en ce monde, qui m'en puisse empescher, quand mesme ie deurois estre engloutie des ondes en chemin.
Here are the exact words of another.You must know that New France is beginning to enter the minds of a great many people, which makes me think that God is looking upon it with a favorable eye. Ah, what would you say, my Reverend Father, [21]if his divine Majesty were so to shape events that we would soon have the courage and the means to go to you. I will tell you that if such be the will of God, there is nothing in this world that can prevent me, even if I were to be engulfed in the waves on the voyage.
Here are the exact words of another.You must know that New France is beginning to enter the minds of a great many people, which makes me think that God is looking upon it with a favorable eye. Ah, what would you say, my Reverend Father, [21]if his divine Majesty were so to shape events that we would soon have the courage and the means to go to you. I will tell you that if such be the will of God, there is nothing in this world that can prevent me, even if I were to be engulfed in the waves on the voyage.
Voila le cœur d'vne vraye Vrsuline, qui me va découurant les voyes par où son Ordre pourra vn iour passer en ces grandes forests. Pendant que i'écris cecy, i'ay deuant mes yeux les noms de treize Religieuses du mesme Ordre, qui protestent dans vne lettre commune enuoyée au R. P. Adam, qu'elles ont toutes le mesme dessein, & leur Superieure brusle du240mesme feu;I'ay laissé, dit-elle,prendre l'essor aux desirs de nos bonnes Sœurs, qu'elles ont couché sur ce papier selon leur ferueur; il n'y a rien de moy que l'approbation que i'en fay par l'apposition de mon nom, pour vous témoigner que ie n'en quitte pas la partie. Ie vous porte plus d'enuie que vous ne me faites de pitié dans les trauaux où vous allez entrer.Mais écoutons ces ames resoluës.Il n'y a point de difficultez qui nous épouuantent, & bien que la foiblesse & l'infirmité de nostre sexe[22]soit grande, nostre Seigneur fortifie, & rehausse si puissamment nostre courage, que nous nous enhardissons de dire auec sainct Paul, nous pouuons tout en celuy qui nous conforte; la mer ny les tempestes n'ont point assez d'horreur pour épouuanter des cœurs, qui n'ont ny vie, ny mouuemens, que pour celuy qui a mis la sienne pour les racheter, & qui ne desirent rien tant que de pouuoir donner la leur pour son amour, & pour le salut des Sauuages.N'est il pas vray de dire apres cela, que la parfaite amour bannit la crainte. Ie passe souz silence d'autres termes aussi pathetiques, & des affections aussi fortes que celles-cy, sorties des cœurs & de la bouche d'vn grand nombre de bonnes ames d'autres saincts Ordres, voire mesme de personnes engagées dans le monde.Si des femmes tendres & delicates pour ie ne sçay quels interests, disent quelques-vnes,se sont iettées courageusement dans le hazard des mers, nostre cœur blesmira-il à la veuë des mesmes dangers? puis que nous ne pretendons passer dans cette Barbarie, que pour honorer & benir le Dieu des mers? Celles qui pretendent passer les premieres, apres s'estre deffiées de leur foiblesse, disent tout [23] haut, que se confiant en Dieu, elles ne craignent plus rien, sinon que le trop grand delay. Or ie réponds aux vnes & aux autres, qu'elles ne sçauroient auoir242trop de deuotion, pour prier le Ciel de fauoriser cette entreprise; mais qu'elles pourroient auoir trop de precipitation, si elles passoient sans qu'on leur donnast aduis, que le Païs est en estat de les receuoir: chaques choses ont leur temps, Dieu prend le sien quand il luy plaist; c'est celuy qu'il faut attendre en patience & en douceur. Finissons, i'en ay assez dit pour faire voir que la Nouuelle France est bien auant dans le cœur de Dieu, puis qu'elle a si bonne place dans ceux de tant de personnes, qui luy sont si cheres.
Voila le cœur d'vne vraye Vrsuline, qui me va découurant les voyes par où son Ordre pourra vn iour passer en ces grandes forests. Pendant que i'écris cecy, i'ay deuant mes yeux les noms de treize Religieuses du mesme Ordre, qui protestent dans vne lettre commune enuoyée au R. P. Adam, qu'elles ont toutes le mesme dessein, & leur Superieure brusle du240mesme feu;I'ay laissé, dit-elle,prendre l'essor aux desirs de nos bonnes Sœurs, qu'elles ont couché sur ce papier selon leur ferueur; il n'y a rien de moy que l'approbation que i'en fay par l'apposition de mon nom, pour vous témoigner que ie n'en quitte pas la partie. Ie vous porte plus d'enuie que vous ne me faites de pitié dans les trauaux où vous allez entrer.Mais écoutons ces ames resoluës.Il n'y a point de difficultez qui nous épouuantent, & bien que la foiblesse & l'infirmité de nostre sexe[22]soit grande, nostre Seigneur fortifie, & rehausse si puissamment nostre courage, que nous nous enhardissons de dire auec sainct Paul, nous pouuons tout en celuy qui nous conforte; la mer ny les tempestes n'ont point assez d'horreur pour épouuanter des cœurs, qui n'ont ny vie, ny mouuemens, que pour celuy qui a mis la sienne pour les racheter, & qui ne desirent rien tant que de pouuoir donner la leur pour son amour, & pour le salut des Sauuages.N'est il pas vray de dire apres cela, que la parfaite amour bannit la crainte. Ie passe souz silence d'autres termes aussi pathetiques, & des affections aussi fortes que celles-cy, sorties des cœurs & de la bouche d'vn grand nombre de bonnes ames d'autres saincts Ordres, voire mesme de personnes engagées dans le monde.Si des femmes tendres & delicates pour ie ne sçay quels interests, disent quelques-vnes,se sont iettées courageusement dans le hazard des mers, nostre cœur blesmira-il à la veuë des mesmes dangers? puis que nous ne pretendons passer dans cette Barbarie, que pour honorer & benir le Dieu des mers? Celles qui pretendent passer les premieres, apres s'estre deffiées de leur foiblesse, disent tout [23] haut, que se confiant en Dieu, elles ne craignent plus rien, sinon que le trop grand delay. Or ie réponds aux vnes & aux autres, qu'elles ne sçauroient auoir242trop de deuotion, pour prier le Ciel de fauoriser cette entreprise; mais qu'elles pourroient auoir trop de precipitation, si elles passoient sans qu'on leur donnast aduis, que le Païs est en estat de les receuoir: chaques choses ont leur temps, Dieu prend le sien quand il luy plaist; c'est celuy qu'il faut attendre en patience & en douceur. Finissons, i'en ay assez dit pour faire voir que la Nouuelle France est bien auant dans le cœur de Dieu, puis qu'elle a si bonne place dans ceux de tant de personnes, qui luy sont si cheres.
This is the spirit shown by a true Ursuline, who goes on to show me in what ways her Order will some day be able to cross over into these great forests. While I am writing this, I have before my eyes the names of thirteen Sisters of the same Order, who protest, in a general letter sent to Reverend Father Adam, that they all have the same purpose and that their Superior burns with the same fire:I have allowed, says she,our good Sisters to give full scope to their desires which they have set down on this paper according to their zeal; there is nothing of myself in it, exceptthe approbation I show by affixing my name, as an evidence that I do not abandon the party. I envy you more than I pity you in the labors you are about to begin.But let us hear further from these resolute spirits:There are no difficulties which daunt us; and, although the weakness and infirmity of our sex[22]is great, our Lord so powerfully fortifies and enhances our courage, that we are emboldened to say with saint Paul, we can do all in him who strengtheneth us; neither the sea nor tempests have horrors enough to frighten hearts which live and throb only for him who has given his own to redeem them, and who desire nothing so much as to be able to give theirs for his love and for the salvation of the Savages. Is it not right to say, after that, that perfect love casteth out fear? I pass over in silence other words as touching, and expressions of interest as strong as these, uttered from the hearts and lips of many good souls of other holy Orders, yea even from people of the world.If delicate and refined women, actuated by we know not what interests, say some of them,have cast themselves bravely into the hazards of the deep, shall our hearts fail at the sight of the same dangers, since we do not claim to cross over into this land of Barbarism, except to honor and bless the God of the sea? Those women who expect to cross first, after having distrusted their own weakness, say quite [23] boldly that, trusting themselves to God, they no longer fear anything, unless it be the too great delay. Now I answer both that they cannot have too much devotion in praying Heaven to favor this enterprise; but that they can have too much haste, if they should come over here before being notified that the Country is in a condition to receive them. Everything in its time;God takes his as it pleases him, and it is upon him we must wait in patience and in meekness. Let us finish. I have said enough on this subject to show that New France is near to the heart of God, since it holds so good a place in those of so many persons who are so dear to him.
This is the spirit shown by a true Ursuline, who goes on to show me in what ways her Order will some day be able to cross over into these great forests. While I am writing this, I have before my eyes the names of thirteen Sisters of the same Order, who protest, in a general letter sent to Reverend Father Adam, that they all have the same purpose and that their Superior burns with the same fire:I have allowed, says she,our good Sisters to give full scope to their desires which they have set down on this paper according to their zeal; there is nothing of myself in it, exceptthe approbation I show by affixing my name, as an evidence that I do not abandon the party. I envy you more than I pity you in the labors you are about to begin.But let us hear further from these resolute spirits:There are no difficulties which daunt us; and, although the weakness and infirmity of our sex[22]is great, our Lord so powerfully fortifies and enhances our courage, that we are emboldened to say with saint Paul, we can do all in him who strengtheneth us; neither the sea nor tempests have horrors enough to frighten hearts which live and throb only for him who has given his own to redeem them, and who desire nothing so much as to be able to give theirs for his love and for the salvation of the Savages. Is it not right to say, after that, that perfect love casteth out fear? I pass over in silence other words as touching, and expressions of interest as strong as these, uttered from the hearts and lips of many good souls of other holy Orders, yea even from people of the world.If delicate and refined women, actuated by we know not what interests, say some of them,have cast themselves bravely into the hazards of the deep, shall our hearts fail at the sight of the same dangers, since we do not claim to cross over into this land of Barbarism, except to honor and bless the God of the sea? Those women who expect to cross first, after having distrusted their own weakness, say quite [23] boldly that, trusting themselves to God, they no longer fear anything, unless it be the too great delay. Now I answer both that they cannot have too much devotion in praying Heaven to favor this enterprise; but that they can have too much haste, if they should come over here before being notified that the Country is in a condition to receive them. Everything in its time;God takes his as it pleases him, and it is upon him we must wait in patience and in meekness. Let us finish. I have said enough on this subject to show that New France is near to the heart of God, since it holds so good a place in those of so many persons who are so dear to him.
244CHAPITRE II.DES SAUUAGES BAPTISEZ CETTE ANNÉE, & DE QUELQUES ENTERREMENS.IL semble que nostre Seigneur veüille authoriser la pureté de immaculée Conception de sa saincte Mere, par les [24] grands secours qu'il donne à ceux qui honnorent cette premiere grandeur de la Vierge. I'enuoyay l'an passé à V.R. la formule d'vn vœu, que nous fismes suiuans son conseil dans toutes nos Residences le huietiesme de Decembre, iour dedié a cette Conception sacrée; nous cachions cette deuotion, & V. R. l'a publiée la faisant imprimer en mesmes termes que nous l'auons voüée, & que nous la voüerons encore Dieu aydant tous les ans à mesme iour. La benediction que le ciel a versé sur nos petits trauaux depuis ce temps-là, est si sensible; que ie conuierois volontiers tous nos Peres de l'Ancienne France, voire de tout le monde, & toutes les bonnes ames qui cherissent la conuersiõ de ces Peuples, de s'allier de nous par ces saincts vœux, vnissant tous les ieusnes, toutes les prieres, toutes les souffrãces, toutes les saintes actions les plus secrettes de ceux qui entreront dans ces alliances, pour estre presentées à la Diuinité en l'honeur & en action de grace de l'immaculée Conception de la saincte Vierge: afin d'obtenir par son entremise l'application du sang de son Fils [25] à nos pauures Sauuages, l'entier dénuëment & l'amour de246Iesvsen la Croix, auec vne mort vrayment Chrestienne, à ceux qui procurent leur salut, & à tous les associez en la pratique de cette deuotion, dont la formule est à la fin de la Relation de l'an passé. I'écriuois dans cette Relation, que nous auions baptizé vingt deux personnes, nous en auons baptizé cette année plus d'vne centaine depuis ces vœux presentez à Dieu, & fort peu auparauant. En tout on a fait enfans de l'Eglise depuis le depart des Vaisseaux iusques à present cent quinze Sauuages. De plus, Dieu nous a donné de grandes ouuertures pour le salut de ces Peuples, les faisant resoudre à deux points, qui font voir que la foy entre dans leur ame. Le premier est, qu'ils ne sont pas marris qu'on baptize leurs enfans malades, voire ils nous appellent pour ce faire. Le deuxiesme, que les plus âgez mesmes commencent à desirer de mourir Chrestiens, demandans le baptesme en leurs maladies, pour ne point descendre dans les feux, dont on les menace. Bref nous auons obtenu ce que nous n'osions quasi demander, tant [26] nous les voyons alienez de ces pensées; c'est de donner quelques petites filles: mais ie parleray de cecy en son lieu. Toutes ces faueurs sont venuës du ciel par les merites de la sainte Vierge, & de son glorieux Espoux, depuis les vœux dont i'ay fait mention. Descendons en particulier, & suiuons l'ordre du temps de ces Baptesmes.
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DES SAUUAGES BAPTISEZ CETTE ANNÉE, & DE QUELQUES ENTERREMENS.
IL semble que nostre Seigneur veüille authoriser la pureté de immaculée Conception de sa saincte Mere, par les [24] grands secours qu'il donne à ceux qui honnorent cette premiere grandeur de la Vierge. I'enuoyay l'an passé à V.R. la formule d'vn vœu, que nous fismes suiuans son conseil dans toutes nos Residences le huietiesme de Decembre, iour dedié a cette Conception sacrée; nous cachions cette deuotion, & V. R. l'a publiée la faisant imprimer en mesmes termes que nous l'auons voüée, & que nous la voüerons encore Dieu aydant tous les ans à mesme iour. La benediction que le ciel a versé sur nos petits trauaux depuis ce temps-là, est si sensible; que ie conuierois volontiers tous nos Peres de l'Ancienne France, voire de tout le monde, & toutes les bonnes ames qui cherissent la conuersiõ de ces Peuples, de s'allier de nous par ces saincts vœux, vnissant tous les ieusnes, toutes les prieres, toutes les souffrãces, toutes les saintes actions les plus secrettes de ceux qui entreront dans ces alliances, pour estre presentées à la Diuinité en l'honeur & en action de grace de l'immaculée Conception de la saincte Vierge: afin d'obtenir par son entremise l'application du sang de son Fils [25] à nos pauures Sauuages, l'entier dénuëment & l'amour de246Iesvsen la Croix, auec vne mort vrayment Chrestienne, à ceux qui procurent leur salut, & à tous les associez en la pratique de cette deuotion, dont la formule est à la fin de la Relation de l'an passé. I'écriuois dans cette Relation, que nous auions baptizé vingt deux personnes, nous en auons baptizé cette année plus d'vne centaine depuis ces vœux presentez à Dieu, & fort peu auparauant. En tout on a fait enfans de l'Eglise depuis le depart des Vaisseaux iusques à present cent quinze Sauuages. De plus, Dieu nous a donné de grandes ouuertures pour le salut de ces Peuples, les faisant resoudre à deux points, qui font voir que la foy entre dans leur ame. Le premier est, qu'ils ne sont pas marris qu'on baptize leurs enfans malades, voire ils nous appellent pour ce faire. Le deuxiesme, que les plus âgez mesmes commencent à desirer de mourir Chrestiens, demandans le baptesme en leurs maladies, pour ne point descendre dans les feux, dont on les menace. Bref nous auons obtenu ce que nous n'osions quasi demander, tant [26] nous les voyons alienez de ces pensées; c'est de donner quelques petites filles: mais ie parleray de cecy en son lieu. Toutes ces faueurs sont venuës du ciel par les merites de la sainte Vierge, & de son glorieux Espoux, depuis les vœux dont i'ay fait mention. Descendons en particulier, & suiuons l'ordre du temps de ces Baptesmes.
CHAPTER II.OF THE SAVAGES BAPTIZED THIS YEAR, AND SOME BURIALS.IT seems that our Lord wishes to authorize the purity of the immaculate Conception of his holy Mother, by the [24] great assistance he gives to those who honor this chief dignity of the Virgin. I sent last year to Your Reverence the formula of a vow which we made according to your advice in all our Residences, on the eighth of December, a day dedicated to this sacred Conception. We concealed this act of devotion, and Your Reverence has published it, using the same words in which we made the vow, and in which we will pledge ourselves again, God helping, every year on the same day. The blessings that heaven has bestowed upon our insignificant labors, since that time, are so evident that I would like to urge upon all our Fathers of Old France, yea even of all the world, and all the good souls who cherish the conversion of these Tribes, to ally themselves with us through these holy vows, uniting all the fasts, all the prayers, all the sufferings, all the most secret acts of virtue, of those who will enter into this alliance, to be presented to the Divinity in honor of and as an act of thanks for the immaculate Conception of the holy Virgin, in order to obtain through her mediation the application of the blood of her Son [25] to our poor Savages, the entire abnegation and love forJesuson the Cross, with atruly Christian death, to those who procure their salvation and to all those associated in the practice of this act of devotion, the formula of which is given at the end of last year's Relation. I wrote in that Relation that we had baptized twenty-two persons; this year, since these vows were presented to God, we have baptized more than a hundred, and, before that, very few. In all, since the departure of the Ships up to the present, we have made one hundred and fifteen Savages children of the Church. Furthermore, God has given us great openings for the salvation of these Tribes, making them resolve upon two points which show that the faith has entered into their souls. The first is, that they are not vexed at us for baptizing their sick children; indeed, they even summon us to do this. The second is, that the more aged ones are likewise beginning to wish to die Christians, asking for baptism when they are sick, in order not to go down into the fires with which they are threatened. In short, we have obtained what we hardly dared to ask for, so greatly [26] do we see them alienated from their former inclinations; that is, the promise to give us some little girls, but I will speak of this in its place. All these favors have come from heaven, through the merits of the holy Virgin and of her glorious Spouse, since the vows which I have mentioned. Let us come down to particulars, and follow the order of time of these Baptisms.
OF THE SAVAGES BAPTIZED THIS YEAR, AND SOME BURIALS.
IT seems that our Lord wishes to authorize the purity of the immaculate Conception of his holy Mother, by the [24] great assistance he gives to those who honor this chief dignity of the Virgin. I sent last year to Your Reverence the formula of a vow which we made according to your advice in all our Residences, on the eighth of December, a day dedicated to this sacred Conception. We concealed this act of devotion, and Your Reverence has published it, using the same words in which we made the vow, and in which we will pledge ourselves again, God helping, every year on the same day. The blessings that heaven has bestowed upon our insignificant labors, since that time, are so evident that I would like to urge upon all our Fathers of Old France, yea even of all the world, and all the good souls who cherish the conversion of these Tribes, to ally themselves with us through these holy vows, uniting all the fasts, all the prayers, all the sufferings, all the most secret acts of virtue, of those who will enter into this alliance, to be presented to the Divinity in honor of and as an act of thanks for the immaculate Conception of the holy Virgin, in order to obtain through her mediation the application of the blood of her Son [25] to our poor Savages, the entire abnegation and love forJesuson the Cross, with atruly Christian death, to those who procure their salvation and to all those associated in the practice of this act of devotion, the formula of which is given at the end of last year's Relation. I wrote in that Relation that we had baptized twenty-two persons; this year, since these vows were presented to God, we have baptized more than a hundred, and, before that, very few. In all, since the departure of the Ships up to the present, we have made one hundred and fifteen Savages children of the Church. Furthermore, God has given us great openings for the salvation of these Tribes, making them resolve upon two points which show that the faith has entered into their souls. The first is, that they are not vexed at us for baptizing their sick children; indeed, they even summon us to do this. The second is, that the more aged ones are likewise beginning to wish to die Christians, asking for baptism when they are sick, in order not to go down into the fires with which they are threatened. In short, we have obtained what we hardly dared to ask for, so greatly [26] do we see them alienated from their former inclinations; that is, the promise to give us some little girls, but I will speak of this in its place. All these favors have come from heaven, through the merits of the holy Virgin and of her glorious Spouse, since the vows which I have mentioned. Let us come down to particulars, and follow the order of time of these Baptisms.
Le neufiesme de Decembre, iustement le lendemain de la feste de la Conceptiõ: Le sieur Iean Nicolet, Truchement pour les Algonquins aux trois Riuieres, vint donner aduis aux Peres, qui demeuroient en la Residence de la Conception, scize au mesme lieu, qu'vn ieune Algonquin se trouuoit mal, & qu'il seroit248à propos de le visiter. Les Peres se transportent incontinent en sa Cabane, demandant permission à son pere de l'instruire, Dieu sembloit auoir disposé les cœurs de ces Barbares, que nous luy auions presentez, faisant nos vœux le iour precedent. Ce pauure Barbare se monstre fort content du bien qu'on procuroit à son fils: le Pere Buteux l'instruit, & pource que le malade estant Algonquin n'entendoit qu'à demy la langue Montagnese, dont se [27] seruoit le Pere, vne femme Sauuage bien versee en ces deux langues, seruoit d'interprete, faisant couler par sa bouche la foy & les veritez Chrestiennes dans l'ame de ce pauure ieune garçon, sans les retenir pour soy: iustement à la façon de ces canaux, ou de ces aqueducs, qui versent les sources d'eau toutes entieres, sans rien reseruer pour eux. Enfin le douziesme du mois, voyant que leur malade abaissoit, ils le baptiserent apres l'auoir instruit, & luy donnerent nom Claude; il mourut bien tost apres, prononcant les saincts noms deIesvs& deMarie, ses parens demanderent aux Peres, s'ils ne seroient pas bien contents qu'on mist ce corps aupres des François; C'est bien nostre desir, repartent-ils. Nous luy ferõs vn honneur, leur dismes nous, que nous denierions au plus grãd Capitaine du mõde, s'il n'estoit Chrestiẽ. Hastez vous donc de preparer ce qui est necessaire pour l'enterrer à vostre mode, dirent-ils, puis qu'il est à vous. Il se fit vn beau conuoy de tous nos François, apres lesquels venoient les Sauuages deux à deux, auec vne modestie qui ne sentoit rien du Barbare. A l'issuë de l'enterrement le pere du defunct [28] fit vn festin aux Sauuages, pendant lequel, comme il ne mangeoit point selon leur coustume; tantost il chantoit, maintenant il discouroit; I'ay perdu l'esprit, disoit-il, la mort de250mon fils me tire hors de moy-mesme; ie me suis veu autrefois entre les mains de nos ennemis, tout prest d'estre mis en pieces, & d'estre déchiré à belles dents, iamais ie ne perdy courage, il ne faut pas que ie le perde maintenant; i'ay dequoy me consoler, puis que mon fils, s'il eust vescu, n'auroit pas manqué de tirer vengeance des Hiroquois. Et se tournant vers les Peres, Vous auez de beaucoup allegé ma douleur, rendans les derniers honneurs à mon fils. Voila la harangue de ce pauure Barbare, sur les funerailles de son fils, qui a bien d'autres pensées maintenant dans le ciel.
Le neufiesme de Decembre, iustement le lendemain de la feste de la Conceptiõ: Le sieur Iean Nicolet, Truchement pour les Algonquins aux trois Riuieres, vint donner aduis aux Peres, qui demeuroient en la Residence de la Conception, scize au mesme lieu, qu'vn ieune Algonquin se trouuoit mal, & qu'il seroit248à propos de le visiter. Les Peres se transportent incontinent en sa Cabane, demandant permission à son pere de l'instruire, Dieu sembloit auoir disposé les cœurs de ces Barbares, que nous luy auions presentez, faisant nos vœux le iour precedent. Ce pauure Barbare se monstre fort content du bien qu'on procuroit à son fils: le Pere Buteux l'instruit, & pource que le malade estant Algonquin n'entendoit qu'à demy la langue Montagnese, dont se [27] seruoit le Pere, vne femme Sauuage bien versee en ces deux langues, seruoit d'interprete, faisant couler par sa bouche la foy & les veritez Chrestiennes dans l'ame de ce pauure ieune garçon, sans les retenir pour soy: iustement à la façon de ces canaux, ou de ces aqueducs, qui versent les sources d'eau toutes entieres, sans rien reseruer pour eux. Enfin le douziesme du mois, voyant que leur malade abaissoit, ils le baptiserent apres l'auoir instruit, & luy donnerent nom Claude; il mourut bien tost apres, prononcant les saincts noms deIesvs& deMarie, ses parens demanderent aux Peres, s'ils ne seroient pas bien contents qu'on mist ce corps aupres des François; C'est bien nostre desir, repartent-ils. Nous luy ferõs vn honneur, leur dismes nous, que nous denierions au plus grãd Capitaine du mõde, s'il n'estoit Chrestiẽ. Hastez vous donc de preparer ce qui est necessaire pour l'enterrer à vostre mode, dirent-ils, puis qu'il est à vous. Il se fit vn beau conuoy de tous nos François, apres lesquels venoient les Sauuages deux à deux, auec vne modestie qui ne sentoit rien du Barbare. A l'issuë de l'enterrement le pere du defunct [28] fit vn festin aux Sauuages, pendant lequel, comme il ne mangeoit point selon leur coustume; tantost il chantoit, maintenant il discouroit; I'ay perdu l'esprit, disoit-il, la mort de250mon fils me tire hors de moy-mesme; ie me suis veu autrefois entre les mains de nos ennemis, tout prest d'estre mis en pieces, & d'estre déchiré à belles dents, iamais ie ne perdy courage, il ne faut pas que ie le perde maintenant; i'ay dequoy me consoler, puis que mon fils, s'il eust vescu, n'auroit pas manqué de tirer vengeance des Hiroquois. Et se tournant vers les Peres, Vous auez de beaucoup allegé ma douleur, rendans les derniers honneurs à mon fils. Voila la harangue de ce pauure Barbare, sur les funerailles de son fils, qui a bien d'autres pensées maintenant dans le ciel.
On the ninth of December, the very next day after the feast of the Conception, sieur Jean Nicolet,29Interpreter for the Algonquins at the three Rivers, came to inform the Fathers who lived in the Residence of the Conception, situated at the same place,that a young Algonquin was sick, and it would be well to visit him. The Fathers immediately hastened to his Cabin, and asked his father's permission to instruct him; God seemed to have prepared the hearts of these Barbarians, whom we had presented to him in our vows the day before. This poor Barbarian appeared very glad at the good that was being done to his son; Father Buteux instructed him; and, as the sick man was an Algonquin, and only half understood the Montagnese tongue, which [27] the Father used, a Savage woman, well versed in both these languages, served as interpreter, allowing the faith and Christian truths to flow from her lips into the soul of this poor young man without retaining them for herself,—precisely like those canals or aqueducts which discharge whole fountains of water, without reserving any for themselves. Finally, on the twelfth of the month, seeing their patient was sinking, they baptized him, after having given him instruction, and named him Claude; he died shortly afterwards, pronouncing the holy names ofJesusandMary. His parents asked the Fathers if they would not like to have his body placed near the French. "That is indeed our desire," they answered. "We will show him an honor," we told them, "that we would refuse to the greatest Captain in the world, if he were not a Christian." "Hasten then and prepare what is necessary to bury him in your way," they said, "since he is yours." A fine escort was formed, consisting of all our Frenchmen; and after them came the Savages, two by two, with a modesty which savored in no wise of Barbarians. After the burial, the father of the dead man [28] gave a feast to the Savages, during which,—as hedid not eat, according to their custom, now singing, now talking,—he said, "I have lost my courage, the death of my son has undone me; at other times I have seen myself in the hands of our enemies, about to be cut to pieces and torn by their teeth, and I have never lost courage; I ought not to lose it now, for I have something to console me, since my son, if he had lived, would not have failed to wreak vengeance upon the Hiroquois." And turning towards the Fathers, "You have greatly soothed my grief, by rendering the last honors to my son." Such was the discourse of this poor Barbarian at the obsequies of his son, whose thoughts are now quite different in heaven.
On the ninth of December, the very next day after the feast of the Conception, sieur Jean Nicolet,29Interpreter for the Algonquins at the three Rivers, came to inform the Fathers who lived in the Residence of the Conception, situated at the same place,that a young Algonquin was sick, and it would be well to visit him. The Fathers immediately hastened to his Cabin, and asked his father's permission to instruct him; God seemed to have prepared the hearts of these Barbarians, whom we had presented to him in our vows the day before. This poor Barbarian appeared very glad at the good that was being done to his son; Father Buteux instructed him; and, as the sick man was an Algonquin, and only half understood the Montagnese tongue, which [27] the Father used, a Savage woman, well versed in both these languages, served as interpreter, allowing the faith and Christian truths to flow from her lips into the soul of this poor young man without retaining them for herself,—precisely like those canals or aqueducts which discharge whole fountains of water, without reserving any for themselves. Finally, on the twelfth of the month, seeing their patient was sinking, they baptized him, after having given him instruction, and named him Claude; he died shortly afterwards, pronouncing the holy names ofJesusandMary. His parents asked the Fathers if they would not like to have his body placed near the French. "That is indeed our desire," they answered. "We will show him an honor," we told them, "that we would refuse to the greatest Captain in the world, if he were not a Christian." "Hasten then and prepare what is necessary to bury him in your way," they said, "since he is yours." A fine escort was formed, consisting of all our Frenchmen; and after them came the Savages, two by two, with a modesty which savored in no wise of Barbarians. After the burial, the father of the dead man [28] gave a feast to the Savages, during which,—as hedid not eat, according to their custom, now singing, now talking,—he said, "I have lost my courage, the death of my son has undone me; at other times I have seen myself in the hands of our enemies, about to be cut to pieces and torn by their teeth, and I have never lost courage; I ought not to lose it now, for I have something to console me, since my son, if he had lived, would not have failed to wreak vengeance upon the Hiroquois." And turning towards the Fathers, "You have greatly soothed my grief, by rendering the last honors to my son." Such was the discourse of this poor Barbarian at the obsequies of his son, whose thoughts are now quite different in heaven.
Le vingt-deuxiesme du mesme mois, les mesmes Peres ressentirent l'effect des bontez de la saincte Vierge, au baptesme d'vn ieune garçon âgé d'enuiron dix ans: cét enfant ne vouloit point du tout ouïr parler de nostre creance, s'imaginant qu'estre baptizé, & mourir incontinent apres, estoit la mesme chose. Et en effect [29] comme nous ne confions pas aisément ces eaux sacrées, sinon à ceux qu'on voit n'en deuoir point abuser pour estre voisins de la mort, ces Barbares ont eu pour vn temps cette pensée, que le Baptesme leur estoit fatal. Nous auions beau leur representer que nous estions tous baptisez, & que nous viuions plus long temps qu'eux: Ces eaux, disoient-ils, sont bonnes pour vous, mais non pas pour nous. Les Peres voyans ces resistances, s'addressent à nostre commune Mere, & luy demandent cette ame pour son Fils. Chose estrange! l'enfant non seulement ne les fuit plus, mais il demande d'estre porté en leur maison. Le Pere Quentin à ces paroles, le prend, l'embrasse, l'apporte tout languissant en sa252chambre, où il fut baptizé, & nommé André par Monsieur de Malapart, son parrain. Ce pauure petit estoit d'vne humeur si douce & si facile, qu'il se rendoit aymable à tout le monde: voila pourquoy le Pere Buteux l'ayant autrefois demandé à sa mere; Ie n'ay garde, fit-elle, de te le donner, ie l'ayme comme mon cœur. C'est vne prouidence bien particuliere du bon Dieu, que cette mere fust absente pendant [30] son instruction & son baptesme. Car il est croyable qu'elle y auoit apporté de l'empeschement, suiuant l'erreur qui les a tenu long-temps, que ce qui nous donne la vie leur cause la mort; on eut bien de la peine d'auoir le corps de ce petit innocent apres sa mort, comme ie vay dire tout maintenant.
Le vingt-deuxiesme du mesme mois, les mesmes Peres ressentirent l'effect des bontez de la saincte Vierge, au baptesme d'vn ieune garçon âgé d'enuiron dix ans: cét enfant ne vouloit point du tout ouïr parler de nostre creance, s'imaginant qu'estre baptizé, & mourir incontinent apres, estoit la mesme chose. Et en effect [29] comme nous ne confions pas aisément ces eaux sacrées, sinon à ceux qu'on voit n'en deuoir point abuser pour estre voisins de la mort, ces Barbares ont eu pour vn temps cette pensée, que le Baptesme leur estoit fatal. Nous auions beau leur representer que nous estions tous baptisez, & que nous viuions plus long temps qu'eux: Ces eaux, disoient-ils, sont bonnes pour vous, mais non pas pour nous. Les Peres voyans ces resistances, s'addressent à nostre commune Mere, & luy demandent cette ame pour son Fils. Chose estrange! l'enfant non seulement ne les fuit plus, mais il demande d'estre porté en leur maison. Le Pere Quentin à ces paroles, le prend, l'embrasse, l'apporte tout languissant en sa252chambre, où il fut baptizé, & nommé André par Monsieur de Malapart, son parrain. Ce pauure petit estoit d'vne humeur si douce & si facile, qu'il se rendoit aymable à tout le monde: voila pourquoy le Pere Buteux l'ayant autrefois demandé à sa mere; Ie n'ay garde, fit-elle, de te le donner, ie l'ayme comme mon cœur. C'est vne prouidence bien particuliere du bon Dieu, que cette mere fust absente pendant [30] son instruction & son baptesme. Car il est croyable qu'elle y auoit apporté de l'empeschement, suiuant l'erreur qui les a tenu long-temps, que ce qui nous donne la vie leur cause la mort; on eut bien de la peine d'auoir le corps de ce petit innocent apres sa mort, comme ie vay dire tout maintenant.
On the twenty-second of the same month, the same Fathers experienced the effects of the goodness of the holy Virgin, in the baptism of a young boy about ten years of age. This child did not wish to hear us speak of our belief at all, imagining that to be baptized and to die immediately after was the same thing. And, in fact, [29] as we do not readily bestow these sacred waters except upon those who we see are not going to abuse them, on account of their proximity to death, these Barbarians for a while had this idea that Baptism was fatal to them. We explained clearly to them that we were all baptized, and that we lived longer than they did. "These waters," they said, "are good for you, but not for us." Our Fathers, seeing this resistance, addressed themselves to our common Mother, and asked from her this soul for her Son. Wonderful thing! the child not only no longer avoids them, but he asks to be brought to their house. At these words, Father Quentin takes him in his arms, and carries him, weakand languid, into his own room, where he is baptized and named André, by Monsieur de Malapart,65his godfather. This poor child was of a disposition so sweet and gentle, that he made himself loved by every one; hence when Father Buteux once asked his mother for him, "I have no intention," said she, "of giving him to thee, I love him as my own heart." It is a very special providence of the good God that this mother was absent during [30] his instruction and baptism. For it is probable that she would have thrown some impediments in the way, in accordance with the error so long prevalent among them, that what gives life to us gives death to them. There was considerable trouble in getting the body of this little innocent after his death, as I am now going to relate.
On the twenty-second of the same month, the same Fathers experienced the effects of the goodness of the holy Virgin, in the baptism of a young boy about ten years of age. This child did not wish to hear us speak of our belief at all, imagining that to be baptized and to die immediately after was the same thing. And, in fact, [29] as we do not readily bestow these sacred waters except upon those who we see are not going to abuse them, on account of their proximity to death, these Barbarians for a while had this idea that Baptism was fatal to them. We explained clearly to them that we were all baptized, and that we lived longer than they did. "These waters," they said, "are good for you, but not for us." Our Fathers, seeing this resistance, addressed themselves to our common Mother, and asked from her this soul for her Son. Wonderful thing! the child not only no longer avoids them, but he asks to be brought to their house. At these words, Father Quentin takes him in his arms, and carries him, weakand languid, into his own room, where he is baptized and named André, by Monsieur de Malapart,65his godfather. This poor child was of a disposition so sweet and gentle, that he made himself loved by every one; hence when Father Buteux once asked his mother for him, "I have no intention," said she, "of giving him to thee, I love him as my own heart." It is a very special providence of the good God that this mother was absent during [30] his instruction and baptism. For it is probable that she would have thrown some impediments in the way, in accordance with the error so long prevalent among them, that what gives life to us gives death to them. There was considerable trouble in getting the body of this little innocent after his death, as I am now going to relate.
Le vingt-septiesme, Monsieur de Maupertuis donna le nom de Marie à vne petite fille âgée de deux ans, que les Peres baptizerent; elle estoit fille de defunct Capitanal, Capitaine des Sauuages, homme vaillant, & fort sage pour vn Barbare. Il auoit laissé trois enfans à sa femme, vn garçon âgé d'enuiron dix-sept ans, & deux petites filles: la plus petite de ces filles est au ciel, le garçon est mort tres-miserablement, comme ie diray cy apres. A mesme temps qu'il mourut, le petit André trespassa: or comme ils estoient parens, on les enterra dans vn mesme sepulchre, au desceu de nos Peres, qui en ayant eu le vent se vindrent plaindre à la grande mere d'André, de ce qu'on auoit enterré ce petit baptizé sans les aduertir. Le Pere Buteux prie qu'on leur rende le corps pour le placer auec nous: vn Sauuage [31] luy repart, Va-t'en, on ne t'entend pas; c'est vne réponse que nous font par fois les Sauuages, quand on les presse de faire vne chose qui ne leur agrée pas. Il est vray que254nous ne parlõs encore qu'en begayant, mais neantmoins quand nous leur disons quelque chose conforme à leurs desirs, iamais ils ne nous font ces reproches. Le Pere voyant cela va querir l'Interprete, on luy répond que l'affaire est faite, que l'enfant est enterré auec le fils du Capitanal, & que la femme du Capitanal s'offenseroit, si on foüilloit en la fosse de son fils. Le Pere la va trouuer, la prie de laisser tirer du sepulchre le corps de ce petit enfant, elle ne répond aucun mot: vn Capitaine se trouuant là dessus, prend la parole. Hé bien, dit-il, les deux corps sont à toy, porte les auec les François: mais ne les separe point, car il s'entr'ayment. Si sont-ils bien loing l'vn de l'autre, fit le Pere, l'vn a esté baptisé, & l'autre non, & par consequent l'vn est bien heureux, & l'autre gemit dans les flammes. Ne tient-il qu'à cela pour estre ensemble, & pour estre bien heureux, fit ce Sauuage, tu n'as point d'esprit, déuelope celuy qui n'est pas baptisé, & luy iette [32] tant d'eau sur la teste que tu voudras, & puis les enterre en mesme sepulchre. Le Pere se sousrit, & luy fit entendre que cela ne seruiroit de rien. Ce Barbare en fin acquiesça, & nos Peres tirerẽt le petit André du sepulchre profane, & le mirent en terre saincte.Vnus assumetur, & alter relinquetur.Apres l'enterrement la mere de celuy qui estoit mort sans Baptesme, voyant qu'on auoit rebuté son fils, cõme le corps d'vne ame damnée, pleuroit à chaudes larmes. Ah mon fils, disoit-elle, que ie suis marrie de ta mort: le Pere alors qui auoit veu les Iongleurs soufflans ce ieune garçon en sa maladie; luy dit, voila la guerison que ces badins promettoient à ton fils: ta petite fille est malade, donne toy bien de garde de les appeller, ny de la faire chanter. Iamais, dit-elle, ils n'en approcheront, si elle empire ie256vous appelleray: quelque temps apres les Peres la iugeant bien malade, la baptiserent au grand contentement de la mere.
Le vingt-septiesme, Monsieur de Maupertuis donna le nom de Marie à vne petite fille âgée de deux ans, que les Peres baptizerent; elle estoit fille de defunct Capitanal, Capitaine des Sauuages, homme vaillant, & fort sage pour vn Barbare. Il auoit laissé trois enfans à sa femme, vn garçon âgé d'enuiron dix-sept ans, & deux petites filles: la plus petite de ces filles est au ciel, le garçon est mort tres-miserablement, comme ie diray cy apres. A mesme temps qu'il mourut, le petit André trespassa: or comme ils estoient parens, on les enterra dans vn mesme sepulchre, au desceu de nos Peres, qui en ayant eu le vent se vindrent plaindre à la grande mere d'André, de ce qu'on auoit enterré ce petit baptizé sans les aduertir. Le Pere Buteux prie qu'on leur rende le corps pour le placer auec nous: vn Sauuage [31] luy repart, Va-t'en, on ne t'entend pas; c'est vne réponse que nous font par fois les Sauuages, quand on les presse de faire vne chose qui ne leur agrée pas. Il est vray que254nous ne parlõs encore qu'en begayant, mais neantmoins quand nous leur disons quelque chose conforme à leurs desirs, iamais ils ne nous font ces reproches. Le Pere voyant cela va querir l'Interprete, on luy répond que l'affaire est faite, que l'enfant est enterré auec le fils du Capitanal, & que la femme du Capitanal s'offenseroit, si on foüilloit en la fosse de son fils. Le Pere la va trouuer, la prie de laisser tirer du sepulchre le corps de ce petit enfant, elle ne répond aucun mot: vn Capitaine se trouuant là dessus, prend la parole. Hé bien, dit-il, les deux corps sont à toy, porte les auec les François: mais ne les separe point, car il s'entr'ayment. Si sont-ils bien loing l'vn de l'autre, fit le Pere, l'vn a esté baptisé, & l'autre non, & par consequent l'vn est bien heureux, & l'autre gemit dans les flammes. Ne tient-il qu'à cela pour estre ensemble, & pour estre bien heureux, fit ce Sauuage, tu n'as point d'esprit, déuelope celuy qui n'est pas baptisé, & luy iette [32] tant d'eau sur la teste que tu voudras, & puis les enterre en mesme sepulchre. Le Pere se sousrit, & luy fit entendre que cela ne seruiroit de rien. Ce Barbare en fin acquiesça, & nos Peres tirerẽt le petit André du sepulchre profane, & le mirent en terre saincte.Vnus assumetur, & alter relinquetur.Apres l'enterrement la mere de celuy qui estoit mort sans Baptesme, voyant qu'on auoit rebuté son fils, cõme le corps d'vne ame damnée, pleuroit à chaudes larmes. Ah mon fils, disoit-elle, que ie suis marrie de ta mort: le Pere alors qui auoit veu les Iongleurs soufflans ce ieune garçon en sa maladie; luy dit, voila la guerison que ces badins promettoient à ton fils: ta petite fille est malade, donne toy bien de garde de les appeller, ny de la faire chanter. Iamais, dit-elle, ils n'en approcheront, si elle empire ie256vous appelleray: quelque temps apres les Peres la iugeant bien malade, la baptiserent au grand contentement de la mere.
On the twenty-seventh, Monsieur de Maupertuis66gave the name Marie to a little girl two years old, whom the Fathers baptized; she was the daughter of the late Capitanal, Captain of the Savages,—a brave man and very wise for a Barbarian.67He had left his wife with three children, a boy of about seventeen years, and two little girls; the smaller of these girls is in heaven, the boy died very pitiably, as I shall tell hereafter. At the same time that he died, little André passed away; now, as they were relations, they were buried in the same grave, without our Fathers knowing it; they, when they had heard about it, went to André's grandmother to complain that this little baptized boy had been buried without their knowledge. Father Buteux begged them to give him the body to place in our cemetery; a Savage [31] answered him, "Go away, we do not understand thee." This is an answer that the Savages occasionallymake to us, when we urge them to do something that does not suit them. It is true that, as yet, we speak only stammeringly; but, still, when we say something which conforms to their wishes they never use these reproaches. The Father, seeing this, went in search of the Interpreter; he is told that the affair is ended, that the child is buried with Capitanal's son, and that Capitanal's wife would be offended if we were to ransack the grave of her son. The Father goes to see her, and begs her to allow them to take the body of this little child out of the grave; she answers not a word; a Captain who is present begins to talk. "Oh well," says he, "the two bodies belong to thee, take them to the French; but do not separate them, for they are fond of each other." "Yet they are quite distant from each other," said the Father; "the one has been baptized and the other has not, and consequently the one is happy and the other groans in the flames." "If that is all it depends upon to be together and to be happy," said this Savage, "thou hast no sense; take up the one who has not been baptized, and throw [32] as much water on his head as thou wishest, and then bury them in the same grave." The Father smiled, and gave him to understand that that would avail nothing. This Barbarian finally acquiesced; and our Fathers took little André from the profane grave, and placed him in holy ground.Unus assumetur, et alter relinquetur.After the burial, the mother of the one who died without Baptism, seeing her son had been discarded like the body of a lost soul, shed bitter tears. "Ah, my son," she said, "how sorry I am for thy death." Then the Father, who had seen the Jugglers blowing upon this youth in hissickness, said to her, "Behold the cure that these triflers promised to thy son; thy little girl is sick, be careful not to summon them nor have them sing to her." "Never," said she, "shall they come near her; if she grows worse, I will call you." Some time afterward the Fathers, deeming her very sick, baptized her, to the great satisfaction of the mother.
On the twenty-seventh, Monsieur de Maupertuis66gave the name Marie to a little girl two years old, whom the Fathers baptized; she was the daughter of the late Capitanal, Captain of the Savages,—a brave man and very wise for a Barbarian.67He had left his wife with three children, a boy of about seventeen years, and two little girls; the smaller of these girls is in heaven, the boy died very pitiably, as I shall tell hereafter. At the same time that he died, little André passed away; now, as they were relations, they were buried in the same grave, without our Fathers knowing it; they, when they had heard about it, went to André's grandmother to complain that this little baptized boy had been buried without their knowledge. Father Buteux begged them to give him the body to place in our cemetery; a Savage [31] answered him, "Go away, we do not understand thee." This is an answer that the Savages occasionallymake to us, when we urge them to do something that does not suit them. It is true that, as yet, we speak only stammeringly; but, still, when we say something which conforms to their wishes they never use these reproaches. The Father, seeing this, went in search of the Interpreter; he is told that the affair is ended, that the child is buried with Capitanal's son, and that Capitanal's wife would be offended if we were to ransack the grave of her son. The Father goes to see her, and begs her to allow them to take the body of this little child out of the grave; she answers not a word; a Captain who is present begins to talk. "Oh well," says he, "the two bodies belong to thee, take them to the French; but do not separate them, for they are fond of each other." "Yet they are quite distant from each other," said the Father; "the one has been baptized and the other has not, and consequently the one is happy and the other groans in the flames." "If that is all it depends upon to be together and to be happy," said this Savage, "thou hast no sense; take up the one who has not been baptized, and throw [32] as much water on his head as thou wishest, and then bury them in the same grave." The Father smiled, and gave him to understand that that would avail nothing. This Barbarian finally acquiesced; and our Fathers took little André from the profane grave, and placed him in holy ground.Unus assumetur, et alter relinquetur.After the burial, the mother of the one who died without Baptism, seeing her son had been discarded like the body of a lost soul, shed bitter tears. "Ah, my son," she said, "how sorry I am for thy death." Then the Father, who had seen the Jugglers blowing upon this youth in hissickness, said to her, "Behold the cure that these triflers promised to thy son; thy little girl is sick, be careful not to summon them nor have them sing to her." "Never," said she, "shall they come near her; if she grows worse, I will call you." Some time afterward the Fathers, deeming her very sick, baptized her, to the great satisfaction of the mother.
Le trente-vniesme vne fille âgée d'enuiron seize ans fut baptisée, & nommée Anne par vn de nos François. Le Pere Buteux l'instruisant luy dit, que si estant Chrestienne elle venoit à mourir, son [33] ame iroit au Ciel dãs les ioyes eternelles. A ce mot de mourir elle eut vne si grande frayeur, qu'elle ne voulut plus iamais prester l'oreille au Pere: on luy enuoya le Sieur Nicolet truchement, qui exerce volontiers semblables actions de charité, elle l'escoute paisiblement; mais comme ses occupations le diuertissent ailleurs, il ne la pouuoit visiter si souuent: c'est pourquoy le Pere Quentin s'efforça d'apprendre les premiers rudimens du Christianisme en Sauuage, afin de la pouuoir instruire: cela luy reüssit si bien, que cette pauure fille ayant pris goust à cette doctrine salutaire, desira le Baptesme, que le Pere luy accorda. La grace a plusieurs effects; on remarqua que cette fille fort desdaigneuse & altiere de son naturel, deuint fort douce & traittable estant Chrestienne.
Le trente-vniesme vne fille âgée d'enuiron seize ans fut baptisée, & nommée Anne par vn de nos François. Le Pere Buteux l'instruisant luy dit, que si estant Chrestienne elle venoit à mourir, son [33] ame iroit au Ciel dãs les ioyes eternelles. A ce mot de mourir elle eut vne si grande frayeur, qu'elle ne voulut plus iamais prester l'oreille au Pere: on luy enuoya le Sieur Nicolet truchement, qui exerce volontiers semblables actions de charité, elle l'escoute paisiblement; mais comme ses occupations le diuertissent ailleurs, il ne la pouuoit visiter si souuent: c'est pourquoy le Pere Quentin s'efforça d'apprendre les premiers rudimens du Christianisme en Sauuage, afin de la pouuoir instruire: cela luy reüssit si bien, que cette pauure fille ayant pris goust à cette doctrine salutaire, desira le Baptesme, que le Pere luy accorda. La grace a plusieurs effects; on remarqua que cette fille fort desdaigneuse & altiere de son naturel, deuint fort douce & traittable estant Chrestienne.
On the thirty-first a girl about sixteen years old was baptized and named Anne by one of our Frenchmen. Father Buteux while instructing her, told her that, if she were a Christian, when she came to die her [33] soul would go to Heaven to joys eternal. At this word, "to die," she was so frightened that she would no longer listen to the Father. Sieur Nicolet, the interpreter, who willingly performs such acts of charity, was sent to her, and she listened to him quietly; but, as his duties called him elsewhere, he could not visit her very often. Hence Father Quentin tried to learn the first rudiments of Christianity in the Savage tongue, in order to be able to instruct her; he succeeded in this so well that the poor girl, having tasted this wholesome doctrine, desired Baptism, which the Father granted her. Grace produces many results; it was remarked that this girl, naturally very disdainful and proud, grew very gentle and tractable on becoming a Christian.
On the thirty-first a girl about sixteen years old was baptized and named Anne by one of our Frenchmen. Father Buteux while instructing her, told her that, if she were a Christian, when she came to die her [33] soul would go to Heaven to joys eternal. At this word, "to die," she was so frightened that she would no longer listen to the Father. Sieur Nicolet, the interpreter, who willingly performs such acts of charity, was sent to her, and she listened to him quietly; but, as his duties called him elsewhere, he could not visit her very often. Hence Father Quentin tried to learn the first rudiments of Christianity in the Savage tongue, in order to be able to instruct her; he succeeded in this so well that the poor girl, having tasted this wholesome doctrine, desired Baptism, which the Father granted her. Grace produces many results; it was remarked that this girl, naturally very disdainful and proud, grew very gentle and tractable on becoming a Christian.
Le septiesme de Ianuier de cette année mil six cens trente six, le fils d'vn grand Sorcier ou Iongleur fut faict Chrestien, son pere s'y accordant apres de grandes resistances qu'il en fit: car comme nos Peres éuentoient ses mines, & le decreditoient, il ne pouuoit les supporter en sa Cabane. Cependant comme [34] son fils tiroit à la mort, ils prierent le sieur Nicolet de faire son possible pour sauuer cette ame: ils s'en vont donc le Pere Quentin & luy en cette maison d'écorce, pressent fortement ce Sauuage de consentir au baptesme de son petit fils: comme il faisoit la258sourde oreille, vne bonne vieille luy dit: Quoy pense-tu que l'eau que ietteront les Robes noires sur la teste de ton enfant, le fasse mourir? Ne vois tu pas qu'il est déja mort, & qu'à peine peut-il respirer? Si ces gens là te demandoient ta Pourcelaine, ou tes Castors, pour les offices de charité qu'ils veulent exercer enuers ton fils, tu aurois quelque excuse; mais ils donnent & ne demandent rien, tu sçay le soin qu'ils ont des malades, laisse les faire; si ce pauure petit meurt ils l'interreront mieux que tu ne sçaurois faire. Le malade fut donc baptizé, & nommé Adrien par le sieur du Chesne, Chirurgien de l'habitation; il mourut quelque temps apres. Le Pere Buteux le demanda pour l'enseuelir à nostre façon. Non, non, dirent les parens: tu ne l'auras pas tout nud, attends que nous l'ayons paré, & puis nous te le donnerons. Ils luy peignent la face de [35] bleu, de noir & de rouge; ils le vestent d'vn petit Capot rouge, puis l'enfourrent de deux peaux d'Ours, & d'vne robe de peau de Chat sauuage, & par dessus tout cela d'vn grand drap blanc, qu'ils auoient acheté au Magazin, ils accommodent ce petit corps dans tout ce bagage, en forme d'vn paquet bien lié de tous costez, & le mettent entre les mains du Pere, qui baise doucement ces sacrées dépoüilles pour témoigner aux Sauuages l'estime que nous faisons d'vn petit Ange baptizé. On l'enterra au Cimetiere de nos François, auec solemnité: ce qui plaist fort à ces Barbares, & qui les induit bien souuent à permettre qu'on face Chrestiens leurs enfans.
Le septiesme de Ianuier de cette année mil six cens trente six, le fils d'vn grand Sorcier ou Iongleur fut faict Chrestien, son pere s'y accordant apres de grandes resistances qu'il en fit: car comme nos Peres éuentoient ses mines, & le decreditoient, il ne pouuoit les supporter en sa Cabane. Cependant comme [34] son fils tiroit à la mort, ils prierent le sieur Nicolet de faire son possible pour sauuer cette ame: ils s'en vont donc le Pere Quentin & luy en cette maison d'écorce, pressent fortement ce Sauuage de consentir au baptesme de son petit fils: comme il faisoit la258sourde oreille, vne bonne vieille luy dit: Quoy pense-tu que l'eau que ietteront les Robes noires sur la teste de ton enfant, le fasse mourir? Ne vois tu pas qu'il est déja mort, & qu'à peine peut-il respirer? Si ces gens là te demandoient ta Pourcelaine, ou tes Castors, pour les offices de charité qu'ils veulent exercer enuers ton fils, tu aurois quelque excuse; mais ils donnent & ne demandent rien, tu sçay le soin qu'ils ont des malades, laisse les faire; si ce pauure petit meurt ils l'interreront mieux que tu ne sçaurois faire. Le malade fut donc baptizé, & nommé Adrien par le sieur du Chesne, Chirurgien de l'habitation; il mourut quelque temps apres. Le Pere Buteux le demanda pour l'enseuelir à nostre façon. Non, non, dirent les parens: tu ne l'auras pas tout nud, attends que nous l'ayons paré, & puis nous te le donnerons. Ils luy peignent la face de [35] bleu, de noir & de rouge; ils le vestent d'vn petit Capot rouge, puis l'enfourrent de deux peaux d'Ours, & d'vne robe de peau de Chat sauuage, & par dessus tout cela d'vn grand drap blanc, qu'ils auoient acheté au Magazin, ils accommodent ce petit corps dans tout ce bagage, en forme d'vn paquet bien lié de tous costez, & le mettent entre les mains du Pere, qui baise doucement ces sacrées dépoüilles pour témoigner aux Sauuages l'estime que nous faisons d'vn petit Ange baptizé. On l'enterra au Cimetiere de nos François, auec solemnité: ce qui plaist fort à ces Barbares, & qui les induit bien souuent à permettre qu'on face Chrestiens leurs enfans.
On the seventh of January of this year one thousand six hundred and thirty-six, the son of a great Sorcerer or Juggler was made a Christian, his father consenting to it after having offered a great deal of opposition; for, as our Fathers were revealing his schemes and throwing discredit upon him, he could not endure them in his Cabin. However, as [34] his son was on the verge of death, they begged sieur Nicoletto do all he could to save this soul. So they went, Father Quentin and he, to his bark house, and strongly urged this Savage to consent to the baptism of his little son; as he turned a deaf ear, a good old woman said: "What! dost thou think the water the black Robes will throw upon the head of thy child will make him die? Dost thou not see that he is already dead, and that he can hardly breathe? If these people were asking thy Porcelain or thy Beavers, for the charitable acts which they exercise towards thy son, thou wouldst have some excuse; but they give and ask nothing; thou knowest how they care for the sick, let them go on; if this poor little one dies, they will bury him better than thou couldst." So the sick child was baptized and named Adrien by sieur du Chesne,68Surgeon of the settlement; he died some time afterwards. Father Buteux asked for him, to bury him in our way. "No, no," said the parents, "thou canst not have him naked; wait until we have adorned him, and then we will give him to thee." They painted his face [35] blue, black, and red; they dressed him in a little red Cloak, and lined it with two Bear skins and a robe of wild Cat skin, and over all placed a large white sheet which they had bought at the Store. They arranged the little body in all this paraphernalia, in the form of a package tied closely on all sides, and placed it in the hands of the Father, who gently kissed these sacred remains, to show the Savages how greatly we esteemed a little baptized Angel. It was buried in our French Cemetery, with solemnity. This greatly pleases these Barbarians, and often influences them to allow their children to be made Christians.
On the seventh of January of this year one thousand six hundred and thirty-six, the son of a great Sorcerer or Juggler was made a Christian, his father consenting to it after having offered a great deal of opposition; for, as our Fathers were revealing his schemes and throwing discredit upon him, he could not endure them in his Cabin. However, as [34] his son was on the verge of death, they begged sieur Nicoletto do all he could to save this soul. So they went, Father Quentin and he, to his bark house, and strongly urged this Savage to consent to the baptism of his little son; as he turned a deaf ear, a good old woman said: "What! dost thou think the water the black Robes will throw upon the head of thy child will make him die? Dost thou not see that he is already dead, and that he can hardly breathe? If these people were asking thy Porcelain or thy Beavers, for the charitable acts which they exercise towards thy son, thou wouldst have some excuse; but they give and ask nothing; thou knowest how they care for the sick, let them go on; if this poor little one dies, they will bury him better than thou couldst." So the sick child was baptized and named Adrien by sieur du Chesne,68Surgeon of the settlement; he died some time afterwards. Father Buteux asked for him, to bury him in our way. "No, no," said the parents, "thou canst not have him naked; wait until we have adorned him, and then we will give him to thee." They painted his face [35] blue, black, and red; they dressed him in a little red Cloak, and lined it with two Bear skins and a robe of wild Cat skin, and over all placed a large white sheet which they had bought at the Store. They arranged the little body in all this paraphernalia, in the form of a package tied closely on all sides, and placed it in the hands of the Father, who gently kissed these sacred remains, to show the Savages how greatly we esteemed a little baptized Angel. It was buried in our French Cemetery, with solemnity. This greatly pleases these Barbarians, and often influences them to allow their children to be made Christians.
Le huictiesme du mesme mois de Ianuier, vne ieune fille vniquement aymée de ses parens, mais encor plus de Dieu, s'en alla au Ciel, apres auoir esté lauée260dans le sang de l'Agneau. Ie remarqueray en cét endroit les folies que fit son pauure pere pour la pouuoir guerir. Son beau frere luy vint dire qu'il auoit songé que sa niepce gueriroit, si on la faisoit coucher sur vne peau de mouton, variée de diuerses figures; on en cherche aussi [36] tost, on en trouua, on peint dessus mille grotesques, des canots, des auirons, des animaux, & chose semblable: les Peres qui n'auoient pas encore instruit cette fille, sont instance que ce remede est inu[ti]le: mais il le faut éprouuer. La malade repose sur ces peintures, & n'en reçoit aucune reelle guerison. Vn autre Charlatan fut d'auis, que si on donnoit à la malade vn drap blanc pour cheuet, sur lequel on auroit figuré des hommes chantans & dançans, que la maladie s'en iroit. On se met incontinent en deuoir de peindre des hommes sur vn drap; mais ils ne firent que des marmousets, tant ils sont bons Peintres: ce remede ne succeda non plus que le premier. La pauure fille se couche sur ce drap, sans reposer, ny sans guerir. Que ne peut l'affection naturelle des peres & des meres enuers leurs enfans? Ces bonnes gens cherchoient par tout la santé de leur fille, horsmis en celuy qui la pouuoit donner. Ils consultent vne fameuse Sorciere, c'est à dire vne fameuse badine. Cette femme dit qu'elle auoit appris, soit du Manitou, soit d'vn autre, ie m'en rapporte, qu'il falloit tuer vn chien, & que les hommes le mangeassent [37] en festin. De plus, qu'il falloit faire vne belle robe de peau de Cerf, l'enrichir de leurs matachias rouges faits de brins de Porc épic, la donner à la malade, & qu'elle en gueriroit. Comme on preparoit ce festin, vn Sauuage songea, que pour la guerison de cette fille, il falloit faire vn banquet262de vingt testes d'Elans: voila les parens de la fille bien en peine: car comme il n'y auoit gueres de neige, on ne pouuoit courre, encore moins prendre l'Eslan. Sur cette grande difficulté on consulte les Interpretes des songes, il fut conclud qu'il falloit changer ces vingt testes d'Orignac en vingt grãds pains tels qu'ils en achetent de nos François, & que cela auroit le mesme effect. Ils ne se tromperent pas, d'autant que ces pains & ce festin de chien, ne firent autre chose que remplir le ventre des Sauuages; c'est tout ce qu'auroient peu faire ces vingt testes d'Orignac: car pour guerir vn malade, ny les banquets, ny les belles robes ne seruent de rien.
Le huictiesme du mesme mois de Ianuier, vne ieune fille vniquement aymée de ses parens, mais encor plus de Dieu, s'en alla au Ciel, apres auoir esté lauée260dans le sang de l'Agneau. Ie remarqueray en cét endroit les folies que fit son pauure pere pour la pouuoir guerir. Son beau frere luy vint dire qu'il auoit songé que sa niepce gueriroit, si on la faisoit coucher sur vne peau de mouton, variée de diuerses figures; on en cherche aussi [36] tost, on en trouua, on peint dessus mille grotesques, des canots, des auirons, des animaux, & chose semblable: les Peres qui n'auoient pas encore instruit cette fille, sont instance que ce remede est inu[ti]le: mais il le faut éprouuer. La malade repose sur ces peintures, & n'en reçoit aucune reelle guerison. Vn autre Charlatan fut d'auis, que si on donnoit à la malade vn drap blanc pour cheuet, sur lequel on auroit figuré des hommes chantans & dançans, que la maladie s'en iroit. On se met incontinent en deuoir de peindre des hommes sur vn drap; mais ils ne firent que des marmousets, tant ils sont bons Peintres: ce remede ne succeda non plus que le premier. La pauure fille se couche sur ce drap, sans reposer, ny sans guerir. Que ne peut l'affection naturelle des peres & des meres enuers leurs enfans? Ces bonnes gens cherchoient par tout la santé de leur fille, horsmis en celuy qui la pouuoit donner. Ils consultent vne fameuse Sorciere, c'est à dire vne fameuse badine. Cette femme dit qu'elle auoit appris, soit du Manitou, soit d'vn autre, ie m'en rapporte, qu'il falloit tuer vn chien, & que les hommes le mangeassent [37] en festin. De plus, qu'il falloit faire vne belle robe de peau de Cerf, l'enrichir de leurs matachias rouges faits de brins de Porc épic, la donner à la malade, & qu'elle en gueriroit. Comme on preparoit ce festin, vn Sauuage songea, que pour la guerison de cette fille, il falloit faire vn banquet262de vingt testes d'Elans: voila les parens de la fille bien en peine: car comme il n'y auoit gueres de neige, on ne pouuoit courre, encore moins prendre l'Eslan. Sur cette grande difficulté on consulte les Interpretes des songes, il fut conclud qu'il falloit changer ces vingt testes d'Orignac en vingt grãds pains tels qu'ils en achetent de nos François, & que cela auroit le mesme effect. Ils ne se tromperent pas, d'autant que ces pains & ce festin de chien, ne firent autre chose que remplir le ventre des Sauuages; c'est tout ce qu'auroient peu faire ces vingt testes d'Orignac: car pour guerir vn malade, ny les banquets, ny les belles robes ne seruent de rien.