Chapter 5

Il ne faut quelquefois qu'vn mot, quelquefois qu'vn songe, quelque fantaisie, ou la moindre pensée d'incommodité, pour faire dégrader ou mettre à terre, i'ose dire, pour faire massacrer vn hõme, ainsi qu'il arriua l'an passé à vn pauure Algõquain, qui fut abandonné en vn saut par son propre neueu: & il n'y a pas vn mois qu'vn pauure ieune homme aussi Algonquain, estant tombé dans le feu, fut tué auprés de nostre village par ceux de sa Nation, de peur qu'ils auoient [133] d'en estre incommodez dans le canot. Ce qui me persuade qu'ils l'assommerent, c'est la coustume qu'ils en ont; que les Hurons le disoient; & que le soir auparauant il mangeoit bien, & en bonne quantité de ce que nous luy donnions; outre que deux Algonquains nous asseurerent, qu'on estoit dans la pensée de le trépaner d'vn coup ou deux de hache. Vostre Reuerence a veu ou sceu de semblables cas en son hyuernement auec les Sauuages. En vn mot, il faut se resoudre à beaucoup de dangers euidens, & de grandes fatigues, qui veut venir icy. I'attribue neantmoins toutes ces difficultez extraordinaires à la maladie de nos Sauuages. Car nous sçauons assez combien les maladies alterent les humeurs, & les complexions mesmes des plus sociables. Ie ne sçay pas à quel prix nos François, & les Montagnais [134] en aurõt esté quittes. Biẽ sçay je que la pluspart des Mõtagnais qui estoient aux trois Riuieres quand nous-nous embarquasmes, estoient malades, & que plusieurs en mouroient; comme aussi, qu'il n'est quasi point reuenu de canot de la traitte, qui n'aye esté affligé de ceste contagiõ. Elle a esté si vniuerselle88parmy les Sauuages de nostre cognoissance, que ie ne sçay si aucun en a euité les atteintes. Tous ces pauures gents en ont esté fort incommodez, notamment pendant l'Automne, tant en leurs pesches qu'en leurs moissons. Plusieurs bleds sont demeurez sous les neiges, grand nombre de personnes sont mortes; il y en a encore à present qui ne sont pas gueris. Cette maladie commençoit par des ardeurs violentes, qui estoient suiuies d'vne espece de rougeolle, ou petite verolle, differente [135] toutesfois de celle de Frãce, accompagnée en plusieurs d'aueuglement pour quelques iours, ou obscurcissement de veuë, & en fin se terminoit en vn flux de ventre, qui en a conduit plusieurs, & en conduit encore quelques-vns au tombeau.

Il ne faut quelquefois qu'vn mot, quelquefois qu'vn songe, quelque fantaisie, ou la moindre pensée d'incommodité, pour faire dégrader ou mettre à terre, i'ose dire, pour faire massacrer vn hõme, ainsi qu'il arriua l'an passé à vn pauure Algõquain, qui fut abandonné en vn saut par son propre neueu: & il n'y a pas vn mois qu'vn pauure ieune homme aussi Algonquain, estant tombé dans le feu, fut tué auprés de nostre village par ceux de sa Nation, de peur qu'ils auoient [133] d'en estre incommodez dans le canot. Ce qui me persuade qu'ils l'assommerent, c'est la coustume qu'ils en ont; que les Hurons le disoient; & que le soir auparauant il mangeoit bien, & en bonne quantité de ce que nous luy donnions; outre que deux Algonquains nous asseurerent, qu'on estoit dans la pensée de le trépaner d'vn coup ou deux de hache. Vostre Reuerence a veu ou sceu de semblables cas en son hyuernement auec les Sauuages. En vn mot, il faut se resoudre à beaucoup de dangers euidens, & de grandes fatigues, qui veut venir icy. I'attribue neantmoins toutes ces difficultez extraordinaires à la maladie de nos Sauuages. Car nous sçauons assez combien les maladies alterent les humeurs, & les complexions mesmes des plus sociables. Ie ne sçay pas à quel prix nos François, & les Montagnais [134] en aurõt esté quittes. Biẽ sçay je que la pluspart des Mõtagnais qui estoient aux trois Riuieres quand nous-nous embarquasmes, estoient malades, & que plusieurs en mouroient; comme aussi, qu'il n'est quasi point reuenu de canot de la traitte, qui n'aye esté affligé de ceste contagiõ. Elle a esté si vniuerselle88parmy les Sauuages de nostre cognoissance, que ie ne sçay si aucun en a euité les atteintes. Tous ces pauures gents en ont esté fort incommodez, notamment pendant l'Automne, tant en leurs pesches qu'en leurs moissons. Plusieurs bleds sont demeurez sous les neiges, grand nombre de personnes sont mortes; il y en a encore à present qui ne sont pas gueris. Cette maladie commençoit par des ardeurs violentes, qui estoient suiuies d'vne espece de rougeolle, ou petite verolle, differente [135] toutesfois de celle de Frãce, accompagnée en plusieurs d'aueuglement pour quelques iours, ou obscurcissement de veuë, & en fin se terminoit en vn flux de ventre, qui en a conduit plusieurs, & en conduit encore quelques-vns au tombeau.

Sometimes a word, or a dream, or a fancy, or eventhe smallest sense of inconvenience, is enough to cause them to illtreat, or set ashore, and I dare say to murder one,—as happened last year to a poor Algonquain, who was abandoned in a rapid by his own nephew; and, not a month ago, a poor young man, also an Algonquain, having fallen into the fire, was killed near our village by his own Tribesmen, for fear he might [133] be an inconvenience in the canoe. What makes me believe they killed him is that it is the custom among them; that the Hurons said so; and that, the evening before, he ate heartily a good quantity of what we gave him; besides, two Algonquains assured us that they had a mind to brain him with one or two blows of an axe. Your Reverence has seen or known of similar cases in your winter's stay among the Savages. In a word, he who thinks of coming here must make up his mind to many obvious dangers and to great fatigues. I attribute, nevertheless, all these extraordinary difficulties to the sickness among our Savages. For we know very well how sickness alters the disposition and the inclinations even of the most sociable. I know not at what price our French and the Montagnais [134] will have become rid of it. I know, indeed, that the greater part of the Montagnais who were at the three Rivers when we embarked were sick, and that many of them died; and also that almost no one who returned by canoe from trading, was not afflicted with this contagion. It has been so universal among the Savages of our acquaintance that I do not know if one has escaped its attacks. All these poor people have been much inconvenienced by it, particularly during the Autumn, as much in their fishing as in their harvesting. Many crops are lying beneath thesnow; a large number of persons are dead; there are still some who have not recovered. This sickness began with violent fever, which was followed by a sort of measles or smallpox, different, [135] however, from that common in France, accompanied in several cases by blindness for some days, or by dimness of sight, and terminated at length by diarrhœa which has carried off many and is still bringing some to the grave.

Sometimes a word, or a dream, or a fancy, or eventhe smallest sense of inconvenience, is enough to cause them to illtreat, or set ashore, and I dare say to murder one,—as happened last year to a poor Algonquain, who was abandoned in a rapid by his own nephew; and, not a month ago, a poor young man, also an Algonquain, having fallen into the fire, was killed near our village by his own Tribesmen, for fear he might [133] be an inconvenience in the canoe. What makes me believe they killed him is that it is the custom among them; that the Hurons said so; and that, the evening before, he ate heartily a good quantity of what we gave him; besides, two Algonquains assured us that they had a mind to brain him with one or two blows of an axe. Your Reverence has seen or known of similar cases in your winter's stay among the Savages. In a word, he who thinks of coming here must make up his mind to many obvious dangers and to great fatigues. I attribute, nevertheless, all these extraordinary difficulties to the sickness among our Savages. For we know very well how sickness alters the disposition and the inclinations even of the most sociable. I know not at what price our French and the Montagnais [134] will have become rid of it. I know, indeed, that the greater part of the Montagnais who were at the three Rivers when we embarked were sick, and that many of them died; and also that almost no one who returned by canoe from trading, was not afflicted with this contagion. It has been so universal among the Savages of our acquaintance that I do not know if one has escaped its attacks. All these poor people have been much inconvenienced by it, particularly during the Autumn, as much in their fishing as in their harvesting. Many crops are lying beneath thesnow; a large number of persons are dead; there are still some who have not recovered. This sickness began with violent fever, which was followed by a sort of measles or smallpox, different, [135] however, from that common in France, accompanied in several cases by blindness for some days, or by dimness of sight, and terminated at length by diarrhœa which has carried off many and is still bringing some to the grave.

Parmy ces peines & dangers, nous auons de grandes obligations à la prouidence & bonté paternelle de nostre Seigneur: car ny par les chemins, ny dedans le Pays, pas vn de nous n'a esté pris de ce mal, ny cedé à la faim, ou perdu l'appétit. Quelques-vns ont eu du depuis quelque legere atteinte de maladie, mais cela s'est passé en peu de iours. Nostre Seigneur soit loüé à iamais, & la tres-immaculée Vierge, auec son tres-chaste Espoux, de cette singuliere faueur, qui nous a beaucoup aidé pour authoriser nostre Foy parmy ces Peuples.

Parmy ces peines & dangers, nous auons de grandes obligations à la prouidence & bonté paternelle de nostre Seigneur: car ny par les chemins, ny dedans le Pays, pas vn de nous n'a esté pris de ce mal, ny cedé à la faim, ou perdu l'appétit. Quelques-vns ont eu du depuis quelque legere atteinte de maladie, mais cela s'est passé en peu de iours. Nostre Seigneur soit loüé à iamais, & la tres-immaculée Vierge, auec son tres-chaste Espoux, de cette singuliere faueur, qui nous a beaucoup aidé pour authoriser nostre Foy parmy ces Peuples.

Among these troubles and dangers, we owe much to the care and fatherly goodness of our Lord; for neither on the journey hither, nor while in this Country, has one of us been taken with this sickness, nor yielded to hunger, nor lost appetite. Some have had since then light attacks of sickness, but they have passed away in a few days. Our Lord be forever praised, and the most immaculate Virgin with her most chaste Spouse, for this singular favor, which has aided us much in giving authority to our Faith among these Peoples.

Among these troubles and dangers, we owe much to the care and fatherly goodness of our Lord; for neither on the journey hither, nor while in this Country, has one of us been taken with this sickness, nor yielded to hunger, nor lost appetite. Some have had since then light attacks of sickness, but they have passed away in a few days. Our Lord be forever praised, and the most immaculate Virgin with her most chaste Spouse, for this singular favor, which has aided us much in giving authority to our Faith among these Peoples.

[136] I'arriué aux Hurons le cinquiesme d'Aoust, iour de nostre Dame des Neiges; ayant demeuré trente iours par les chemins, en continuel trauail, excepté vn iour de repos que nous prismes au pays des Bissiriniens. Tous les autres, excepté Robert le Coq & Dominique, demeurerent bien dauantage, quoy que d'ordinaire le voyage ne soit que de 20. iours ou enuiron. Ie pris terre au port du village de Toanché90ou deTeandeouïata, où autresfois nous estions habituez; mais ce fut auec vne petite disgrace, nostre Seigneur nous voulant faire cognoistre dés l'entrée, qu'il nous appelle icy afin d'y endurer. Mes Sauuages s'oublians des caresses que ie leur avois fait, & de l'assistance que ie leur auois rendu, pendant leurs maladies, & outre cela des belles paroles & promesses qu'ils m'auoient faites, apres m'auoir [137] debarqué, auec quelques ornemens d'Eglise, & quelque autre petit equipage, m'abandonnerent là tout seul, sans viures, ny sans cabane, & reprindrent leur route vers leurs villages, distans de quelques sept lieuës; le mal estoit, que le village de Toanché auoit changé depuis mon depart, & que ie ne sçauois pas bonnement en quel endroit il estoit situé, & que ce riuage n'estant plus hanté, ie ne pouuois pas bien m'asseurer du chemin, & que quand ie l'eusse sceu, ny ma foiblesse ne m'eust pas permis de porter tout mon petit bagage à la fois, ny le hazard du lieu d'en faire à deux. C'est pourquoy ie priois mes Sauuages de m'accompagner iusques au village, ou au moins de coucher en ce bord pour cette nuiét, & garder mes hardes tandis que i'irois prendre langue. Mais leurs oreilles estoient sourdes [138] à mes prieres, & à mes remonstrances. Pour toute consolation ils me dirent que quelqu'vn me viendroit trouuer là. Il fallut auoir patience: ils partent, & ie me prosterne aussitost à genoux, pour remercier Dieu, nostre Dame, & sainct Ioseph, des faueurs & des graces que i'auois receu durant le voyage. Ie saluay l'Ange tutelaire du Pays, & m'offris à nostre Seigneur, auec tous nos petits trauaux, pour le salut de ces pauures Peuples, prenant esperãce que Dieu ne m'abandonneroit point92là, puis qu'il m'auoit conserué & conduit auec tant de faueurs. Apres ayant consideré que cet abbord estoit desert, & que i'y pourrois bien demeurer longtemps, auant qu'aucun du village m'y vinst trouuer; ie caché mes pacquets dedans les bois, & prenant auec moy ce que i'auois de plus precieux, ie m'en allé chercher le [139] village, que ie rencontré heureusemẽt enuiron à trois quarts de lieuës, ayant en passant veu auec attendrissement & ressentiment le lieu où nous auions habité, & celebré le S. sacrifice de la Messe trois ans durant, cõuerty en vn beau champ; comme aussi la place du vieux village, où excepté vne cabane rien ne restoit que les ruines des autres. Ie vis pareillement l'endroit où le pauure Estienne Brulé auoit esté barbarement & traistreusement assommé; ce qui me fit pẽser que quelque iour on nous pourroit bien traitter de la sorte, & desirer au moins que ce fust en pourchassant la gloire de N. Seig. Dés aussi-tost que ie fus apperceu au village, & qu'on eust crié, voyla Echom reuenu, c'est ainsi qu'ils me nommẽt, tout le monde sortit pour me salüer & bienueigner, chacun m'appellant par mon nom, & me [140] disant: Quoy Echom, mon nepueu, mon frere, mon cousin, es tu donc reuenu? Mais sans m'arrester, parce que la nuict s'approchoit, ie prends logis, & m'y estant bien peu de temps rafraischy, ie sors aussi-tost auec vne bande de ieunes gens volontaires, pour aller reprendre mon petit bagage. Il estoit vne heure de nuict quand nous fusmes de retour au village. Ie me logeay chez vn nomméAouandoïé, lequel est, ou au moins a esté vn des plus riches des Hurons. Ce que ie fis à dessein, par ce qu'vn autre moins fort eust pû estre incommodé du grand nombre94de François que i'attendois, & qu'il falloit nourrir iusques à ce que nous fussions tous assemblez, & que nostre cabane fust faite. Vous pouuez vous loger où vous voulez, car ceste Nation entre toutes les autres, est fort hospitaliere enuers toute sorte [141] de personnes, mesmes enuers les Estrangers: & vous y demeurez tant qu'il vous plaist, tousiours bien traité à la façon du pays, & au partir de là vous en voyla quitte pour vn,ho, ho, ho, outoécti, ou vn grand mercy, au moins par entre-eux. Car des François ils attendent quelque recompense, à discretion toutesfois. Il est bien vray que tous ne sont pas également hospitaliers, il y a du plus & du moins. Mon hoste est des premiers en ceste vertu, & peut-estre est-ce pour ce sujet que Dieu l'a cõblé iusques à present de benedictiõs temporelles, & l'a preserué entre tous ses Concitoyens. Car leur village nomméTeandeouïhata, ayant esté bruslé par deux fois, il n'y a eu en toutes les deux fois, que sa seule maison exempte de l'embrasement. Quelques vns attribuent cela au fort; pour moy ie le rapporte à vne [142] cause plus noble; & si ie me souuiens d'vn bon trait, soit de prudence, soit d'humanité, dont il se seruit au premier embrasement; car l'enuie s'estant allumée contre luy, & quelques-vns voulant perdre sa cabane, que le feu auoit espargnée, aussi tost il fait mettre chaudiere haute, appreste vn bon festin, conuie tout le village, & les ayant assemblez, leur fait ceste harangue. Mes freres, i'ay vn tres-sensible déplaisir de l'accident qui est arriué; mais qu'y ferions nous, c'en est fait. Pour moy ie ne sçay pas ce que i'ay fait au Ciel, pour auoir esté espargné entre tous les autres. Or pour vous tesmoigner mon déplaisir, & le desir que i'ay de96participer à la calamité commune, voyla deux quaisses de bled (elles tenoient pour le moins cent ou six vingts boisseaux) i'en donne vne de bon cœur à tout le [143] village. Cette action appaisa l'enuie, & esteignit les mauuais desseins que l'on couuoit desia contre luy. C'est faire sagement, que de perdre vne partie pour sauuer le reste.

[136] I'arriué aux Hurons le cinquiesme d'Aoust, iour de nostre Dame des Neiges; ayant demeuré trente iours par les chemins, en continuel trauail, excepté vn iour de repos que nous prismes au pays des Bissiriniens. Tous les autres, excepté Robert le Coq & Dominique, demeurerent bien dauantage, quoy que d'ordinaire le voyage ne soit que de 20. iours ou enuiron. Ie pris terre au port du village de Toanché90ou deTeandeouïata, où autresfois nous estions habituez; mais ce fut auec vne petite disgrace, nostre Seigneur nous voulant faire cognoistre dés l'entrée, qu'il nous appelle icy afin d'y endurer. Mes Sauuages s'oublians des caresses que ie leur avois fait, & de l'assistance que ie leur auois rendu, pendant leurs maladies, & outre cela des belles paroles & promesses qu'ils m'auoient faites, apres m'auoir [137] debarqué, auec quelques ornemens d'Eglise, & quelque autre petit equipage, m'abandonnerent là tout seul, sans viures, ny sans cabane, & reprindrent leur route vers leurs villages, distans de quelques sept lieuës; le mal estoit, que le village de Toanché auoit changé depuis mon depart, & que ie ne sçauois pas bonnement en quel endroit il estoit situé, & que ce riuage n'estant plus hanté, ie ne pouuois pas bien m'asseurer du chemin, & que quand ie l'eusse sceu, ny ma foiblesse ne m'eust pas permis de porter tout mon petit bagage à la fois, ny le hazard du lieu d'en faire à deux. C'est pourquoy ie priois mes Sauuages de m'accompagner iusques au village, ou au moins de coucher en ce bord pour cette nuiét, & garder mes hardes tandis que i'irois prendre langue. Mais leurs oreilles estoient sourdes [138] à mes prieres, & à mes remonstrances. Pour toute consolation ils me dirent que quelqu'vn me viendroit trouuer là. Il fallut auoir patience: ils partent, & ie me prosterne aussitost à genoux, pour remercier Dieu, nostre Dame, & sainct Ioseph, des faueurs & des graces que i'auois receu durant le voyage. Ie saluay l'Ange tutelaire du Pays, & m'offris à nostre Seigneur, auec tous nos petits trauaux, pour le salut de ces pauures Peuples, prenant esperãce que Dieu ne m'abandonneroit point92là, puis qu'il m'auoit conserué & conduit auec tant de faueurs. Apres ayant consideré que cet abbord estoit desert, & que i'y pourrois bien demeurer longtemps, auant qu'aucun du village m'y vinst trouuer; ie caché mes pacquets dedans les bois, & prenant auec moy ce que i'auois de plus precieux, ie m'en allé chercher le [139] village, que ie rencontré heureusemẽt enuiron à trois quarts de lieuës, ayant en passant veu auec attendrissement & ressentiment le lieu où nous auions habité, & celebré le S. sacrifice de la Messe trois ans durant, cõuerty en vn beau champ; comme aussi la place du vieux village, où excepté vne cabane rien ne restoit que les ruines des autres. Ie vis pareillement l'endroit où le pauure Estienne Brulé auoit esté barbarement & traistreusement assommé; ce qui me fit pẽser que quelque iour on nous pourroit bien traitter de la sorte, & desirer au moins que ce fust en pourchassant la gloire de N. Seig. Dés aussi-tost que ie fus apperceu au village, & qu'on eust crié, voyla Echom reuenu, c'est ainsi qu'ils me nommẽt, tout le monde sortit pour me salüer & bienueigner, chacun m'appellant par mon nom, & me [140] disant: Quoy Echom, mon nepueu, mon frere, mon cousin, es tu donc reuenu? Mais sans m'arrester, parce que la nuict s'approchoit, ie prends logis, & m'y estant bien peu de temps rafraischy, ie sors aussi-tost auec vne bande de ieunes gens volontaires, pour aller reprendre mon petit bagage. Il estoit vne heure de nuict quand nous fusmes de retour au village. Ie me logeay chez vn nomméAouandoïé, lequel est, ou au moins a esté vn des plus riches des Hurons. Ce que ie fis à dessein, par ce qu'vn autre moins fort eust pû estre incommodé du grand nombre94de François que i'attendois, & qu'il falloit nourrir iusques à ce que nous fussions tous assemblez, & que nostre cabane fust faite. Vous pouuez vous loger où vous voulez, car ceste Nation entre toutes les autres, est fort hospitaliere enuers toute sorte [141] de personnes, mesmes enuers les Estrangers: & vous y demeurez tant qu'il vous plaist, tousiours bien traité à la façon du pays, & au partir de là vous en voyla quitte pour vn,ho, ho, ho, outoécti, ou vn grand mercy, au moins par entre-eux. Car des François ils attendent quelque recompense, à discretion toutesfois. Il est bien vray que tous ne sont pas également hospitaliers, il y a du plus & du moins. Mon hoste est des premiers en ceste vertu, & peut-estre est-ce pour ce sujet que Dieu l'a cõblé iusques à present de benedictiõs temporelles, & l'a preserué entre tous ses Concitoyens. Car leur village nomméTeandeouïhata, ayant esté bruslé par deux fois, il n'y a eu en toutes les deux fois, que sa seule maison exempte de l'embrasement. Quelques vns attribuent cela au fort; pour moy ie le rapporte à vne [142] cause plus noble; & si ie me souuiens d'vn bon trait, soit de prudence, soit d'humanité, dont il se seruit au premier embrasement; car l'enuie s'estant allumée contre luy, & quelques-vns voulant perdre sa cabane, que le feu auoit espargnée, aussi tost il fait mettre chaudiere haute, appreste vn bon festin, conuie tout le village, & les ayant assemblez, leur fait ceste harangue. Mes freres, i'ay vn tres-sensible déplaisir de l'accident qui est arriué; mais qu'y ferions nous, c'en est fait. Pour moy ie ne sçay pas ce que i'ay fait au Ciel, pour auoir esté espargné entre tous les autres. Or pour vous tesmoigner mon déplaisir, & le desir que i'ay de96participer à la calamité commune, voyla deux quaisses de bled (elles tenoient pour le moins cent ou six vingts boisseaux) i'en donne vne de bon cœur à tout le [143] village. Cette action appaisa l'enuie, & esteignit les mauuais desseins que l'on couuoit desia contre luy. C'est faire sagement, que de perdre vne partie pour sauuer le reste.

[136] I arrived among the Hurons on the fifth of August, the day of our Lady of the Snows, after being thirty days on the road in continual work, except one day of rest, which we took in the country of the Bissiriniens. All the others, except Robert le Coq and Dominique, took much longer; although usually the journey is only 20 days, or thereabout. I landed at the port of the village of Toanché or ofTeandeouïata, where we had formerly lived; but it was with a little misfortune, our Lord wishing us to recognize from the beginning that he is calling us here to suffer. My Savages,—forgetting the kindness I had lavished upon them and the help I had afforded them in their sickness, and notwithstandingall the fair words and promises they had given me,—after having [137] landed me with some Church ornaments and some other little outfit, left me there quite alone, without any provisions and without shelter, and resumed their route toward their villages, some seven leagues distant. My trouble was that the village of Toanché28had changed since my departure, and that I did not know precisely in what place it was situated. The shore being no longer frequented, I could not easily ascertain my way; and, if I had known it, I could not from weakness have carried all my little baggage at once; nor could I risk, in that place, doing this in two trips. That is why I entreated my Savages to accompany me as far as the village, or at least to sleep on the shore for the night, to watch my clothes while I went to make inquiries. But their ears were deaf [138] to my prayers and my remonstrances. The only consolation they gave me was to tell me that some one would find me there. I was obliged to be patient; they went away, and I prostrated myself at once upon my knees to thank God, our Lady, and saint Joseph, for the favors and mercies I had received during the voyage. I saluted the tutelary Angel of the Country, and offered myself to our Lord, with all our little labors, for the salvation of these poor Peoples, taking hope that God would not abandon me there, since he had preserved and led me with so many favors. Then, having considered that this shore was deserted, and that I might indeed remain there a long time before any one in the village would come to find me, I hid my packages in the woods; and, taking with me what was most precious, I set out to find the [139] village, which fortunately I came upon at aboutthree-quarters of a league,—having seen with tenderness and emotion, as I passed along, the place where we had lived, and had celebrated the Holy sacrifice of the Mass during three years, now turned into a fine field; and also the site of the old village, where, except one cabin, nothing remained but the ruins of the others. I saw likewise the spot where poor Estienne Brulé was barbarously and traitorously murdered, which made me think that perhaps some day they might treat us in the same manner, and to desire at least that it might be while we were earnestly seeking the glory of Our Lord. As soon as I was perceived in the village, some one cried out, "Why, there is Echom come again" (that is the name they give me); and at once every one came out to salute and welcome me, each calling me by name and [140] saying: "What, Echom, my nephew, my brother, my cousin, hast thou then come again?" But without stopping, for night was approaching, I found a place to lodge; and, having rested a short time, I quickly set out with a volunteer band of young people to bring my slender baggage. It was an hour after sunset when we returned to the village. I lodged with a man namedAouandoïé, who is, or at least was, one of the richest of the Hurons. I did this on purpose, because another with smaller means might have been inconvenienced with the large number of Frenchmen whom I was expecting, and who had to be provided with food and shelter until we had all gathered together, and our cabin was ready. You can lodge where you please; for this Nation above all others is exceedingly hospitable towards all sorts [141] of persons, even toward Strangers; and you may remain as long as you please, being alwayswell treated according to the fashion of the country. On going away, one acknowledges their hospitality by aho, ho, ho, outoécti, or "many thanks!" at least among themselves; but from Frenchmen they expect some recompense, always at one's discretion. It is quite true that not all are equally hospitable, there are some more and some less so. My host is one of the first in this virtue; and perhaps it is on this account that God has crowned him until now with temporal blessings, and has preserved him among all his Fellow Countrymen; for their village, namedTeandeouïhata, having been burned twice, each time his house alone escaped the conflagration. Some attribute this to chance; for myself, I ascribe it to a [142] nobler cause, and so I recall a fine trait, call it prudence or call it humanity, which he displayed on the occasion of the first conflagration. For jealousy having been enkindled against him, and some wishing to destroy his cabin that the fire had spared, at once he caused a large cauldron to be hung, prepared a good feast, invited the whole village, and, having assembled them, delivered this harangue: "My brethren, I am very deeply grieved at the misfortune that has happened; but what can we do about it? It is over. For myself, I know not what I have done for Heaven, to be spared before all others. Now, in order to testify to you my deep grief and my desire to share in the common misfortune, I have two bins of corn" (they held at least one hundred to one hundred and twenty bushels); "I give one of them freely to the whole [143] village." This action calmed their jealousy, and put an end to their wicked designs which they were already forming against him. It was a wise action, this losing a part to save the rest.

[136] I arrived among the Hurons on the fifth of August, the day of our Lady of the Snows, after being thirty days on the road in continual work, except one day of rest, which we took in the country of the Bissiriniens. All the others, except Robert le Coq and Dominique, took much longer; although usually the journey is only 20 days, or thereabout. I landed at the port of the village of Toanché or ofTeandeouïata, where we had formerly lived; but it was with a little misfortune, our Lord wishing us to recognize from the beginning that he is calling us here to suffer. My Savages,—forgetting the kindness I had lavished upon them and the help I had afforded them in their sickness, and notwithstandingall the fair words and promises they had given me,—after having [137] landed me with some Church ornaments and some other little outfit, left me there quite alone, without any provisions and without shelter, and resumed their route toward their villages, some seven leagues distant. My trouble was that the village of Toanché28had changed since my departure, and that I did not know precisely in what place it was situated. The shore being no longer frequented, I could not easily ascertain my way; and, if I had known it, I could not from weakness have carried all my little baggage at once; nor could I risk, in that place, doing this in two trips. That is why I entreated my Savages to accompany me as far as the village, or at least to sleep on the shore for the night, to watch my clothes while I went to make inquiries. But their ears were deaf [138] to my prayers and my remonstrances. The only consolation they gave me was to tell me that some one would find me there. I was obliged to be patient; they went away, and I prostrated myself at once upon my knees to thank God, our Lady, and saint Joseph, for the favors and mercies I had received during the voyage. I saluted the tutelary Angel of the Country, and offered myself to our Lord, with all our little labors, for the salvation of these poor Peoples, taking hope that God would not abandon me there, since he had preserved and led me with so many favors. Then, having considered that this shore was deserted, and that I might indeed remain there a long time before any one in the village would come to find me, I hid my packages in the woods; and, taking with me what was most precious, I set out to find the [139] village, which fortunately I came upon at aboutthree-quarters of a league,—having seen with tenderness and emotion, as I passed along, the place where we had lived, and had celebrated the Holy sacrifice of the Mass during three years, now turned into a fine field; and also the site of the old village, where, except one cabin, nothing remained but the ruins of the others. I saw likewise the spot where poor Estienne Brulé was barbarously and traitorously murdered, which made me think that perhaps some day they might treat us in the same manner, and to desire at least that it might be while we were earnestly seeking the glory of Our Lord. As soon as I was perceived in the village, some one cried out, "Why, there is Echom come again" (that is the name they give me); and at once every one came out to salute and welcome me, each calling me by name and [140] saying: "What, Echom, my nephew, my brother, my cousin, hast thou then come again?" But without stopping, for night was approaching, I found a place to lodge; and, having rested a short time, I quickly set out with a volunteer band of young people to bring my slender baggage. It was an hour after sunset when we returned to the village. I lodged with a man namedAouandoïé, who is, or at least was, one of the richest of the Hurons. I did this on purpose, because another with smaller means might have been inconvenienced with the large number of Frenchmen whom I was expecting, and who had to be provided with food and shelter until we had all gathered together, and our cabin was ready. You can lodge where you please; for this Nation above all others is exceedingly hospitable towards all sorts [141] of persons, even toward Strangers; and you may remain as long as you please, being alwayswell treated according to the fashion of the country. On going away, one acknowledges their hospitality by aho, ho, ho, outoécti, or "many thanks!" at least among themselves; but from Frenchmen they expect some recompense, always at one's discretion. It is quite true that not all are equally hospitable, there are some more and some less so. My host is one of the first in this virtue; and perhaps it is on this account that God has crowned him until now with temporal blessings, and has preserved him among all his Fellow Countrymen; for their village, namedTeandeouïhata, having been burned twice, each time his house alone escaped the conflagration. Some attribute this to chance; for myself, I ascribe it to a [142] nobler cause, and so I recall a fine trait, call it prudence or call it humanity, which he displayed on the occasion of the first conflagration. For jealousy having been enkindled against him, and some wishing to destroy his cabin that the fire had spared, at once he caused a large cauldron to be hung, prepared a good feast, invited the whole village, and, having assembled them, delivered this harangue: "My brethren, I am very deeply grieved at the misfortune that has happened; but what can we do about it? It is over. For myself, I know not what I have done for Heaven, to be spared before all others. Now, in order to testify to you my deep grief and my desire to share in the common misfortune, I have two bins of corn" (they held at least one hundred to one hundred and twenty bushels); "I give one of them freely to the whole [143] village." This action calmed their jealousy, and put an end to their wicked designs which they were already forming against him. It was a wise action, this losing a part to save the rest.

Ie me logeay donc chez cét homme, où ie demeuray auec nos deux Peres, & vn de nos gens, l'espace de plus d'vn mois & demy, iusques à ce que nous-nous transportasmes en nostre nouuelle cabane. Cependant ces pauures Sauuages nous faisoient toutes les caresses possibles, les vns portez par leur bon naturel, les autres par la consideration de quelques petits presens que ie leur auois fait, & l'esperance de quelques autres.

Ie me logeay donc chez cét homme, où ie demeuray auec nos deux Peres, & vn de nos gens, l'espace de plus d'vn mois & demy, iusques à ce que nous-nous transportasmes en nostre nouuelle cabane. Cependant ces pauures Sauuages nous faisoient toutes les caresses possibles, les vns portez par leur bon naturel, les autres par la consideration de quelques petits presens que ie leur auois fait, & l'esperance de quelques autres.

I lodged therefore with this man, and lived there with our two Fathers and one of our people, for the space of more than a month and a half, until we took possession of our new cabin. Yet these poor Savages lavished upon us all possible kindnesses,—some influenced by their good natural disposition; others, by a few trifling gifts I made them, and the hope of some others.

I lodged therefore with this man, and lived there with our two Fathers and one of our people, for the space of more than a month and a half, until we took possession of our new cabin. Yet these poor Savages lavished upon us all possible kindnesses,—some influenced by their good natural disposition; others, by a few trifling gifts I made them, and the hope of some others.

Ie departis le reste de nos gens en vne autre cabane, pour éuiter l'importunité & l'incommodité, si nous eussions esté tous en vn seul logis.

Ie departis le reste de nos gens en vne autre cabane, pour éuiter l'importunité & l'incommodité, si nous eussions esté tous en vn seul logis.

I distributed the rest of our people in another cabin, to avoid the annoyance and inconvenience of being all in one lodging.

I distributed the rest of our people in another cabin, to avoid the annoyance and inconvenience of being all in one lodging.

[144] Le soir & le lendemain se passa en caresses, visites, salutations & applaudissemens de tous ceux du village. Les iours suiuans plusieurs des autres villages, qui estoient de ma cognoissance, me vindrent veoir, & remporterent tous en eschange de leur visite quelques petits presens; c'est peu de chose en détail, mais tout mis en gros fait beaucoup, & monte assez haut pour les lieux. Les vns me disoient; Quoy Echom? és tu donc reuenu? A la bonne heure, nous te souhaittions & demandions grandement, adioustans les raisons telles qu'ils iugeoient, & nous fusmes fort resioüis, quand on nous dist que tu estois à Kebec à dessein de remonter icy. D'autres disoient. Nous voyla bien aises. Les bleds ne mourront plus,98pendant ton absence nous n'auions eu que famine. Et en effet, ie croy qu'à nostre arriuée, [145] il n'y auoit que deux familles en tout le village, qui eussent prouision de bled. Tout le reste en alloit acheter ailleurs, ce qui estoit commun à plusieurs autres villages. Depuis nostre arriuée il y en a eu tres-grande abondance par tout le Pays, quoy qu'au Printemps il aye fallu semer par trois fois, à l'occasion des gelées blanches, & des vers.

[144] Le soir & le lendemain se passa en caresses, visites, salutations & applaudissemens de tous ceux du village. Les iours suiuans plusieurs des autres villages, qui estoient de ma cognoissance, me vindrent veoir, & remporterent tous en eschange de leur visite quelques petits presens; c'est peu de chose en détail, mais tout mis en gros fait beaucoup, & monte assez haut pour les lieux. Les vns me disoient; Quoy Echom? és tu donc reuenu? A la bonne heure, nous te souhaittions & demandions grandement, adioustans les raisons telles qu'ils iugeoient, & nous fusmes fort resioüis, quand on nous dist que tu estois à Kebec à dessein de remonter icy. D'autres disoient. Nous voyla bien aises. Les bleds ne mourront plus,98pendant ton absence nous n'auions eu que famine. Et en effet, ie croy qu'à nostre arriuée, [145] il n'y auoit que deux familles en tout le village, qui eussent prouision de bled. Tout le reste en alloit acheter ailleurs, ce qui estoit commun à plusieurs autres villages. Depuis nostre arriuée il y en a eu tres-grande abondance par tout le Pays, quoy qu'au Printemps il aye fallu semer par trois fois, à l'occasion des gelées blanches, & des vers.

[144] That evening and the next day passed in the exchanges of affection, visits, salutations, and encouraging words from the whole village. On the following days, several from other villages, who were of my acquaintance, came to see me; and all took away with them, in exchange for their visit, some trifling presents. This is a small thing in detail, but on the whole it exerts a great influence and is of great importance in these regions. Some said to me: "What, Echom, and so thou hast come back! That's right; we were wishing and asking earnestly for thee" (adding their reasons), "and we were heartily glad when they told us that thou wert at Kebec, with the purpose of coming up here." Others said: "We are indeed very glad; the crops will no longer fail; during thy absence we have had nothing but famine." And, in truth, at our arrival there were, I believe, [145] only two families in the whole village who had a store of corn; all the others were going to buy elsewhere, and this was the case in several other villages. Since our arrival, there has been a verygreat abundance throughout the whole Country, although in the Spring it was necessary to sow three times by reason of white frosts and worms.

[144] That evening and the next day passed in the exchanges of affection, visits, salutations, and encouraging words from the whole village. On the following days, several from other villages, who were of my acquaintance, came to see me; and all took away with them, in exchange for their visit, some trifling presents. This is a small thing in detail, but on the whole it exerts a great influence and is of great importance in these regions. Some said to me: "What, Echom, and so thou hast come back! That's right; we were wishing and asking earnestly for thee" (adding their reasons), "and we were heartily glad when they told us that thou wert at Kebec, with the purpose of coming up here." Others said: "We are indeed very glad; the crops will no longer fail; during thy absence we have had nothing but famine." And, in truth, at our arrival there were, I believe, [145] only two families in the whole village who had a store of corn; all the others were going to buy elsewhere, and this was the case in several other villages. Since our arrival, there has been a verygreat abundance throughout the whole Country, although in the Spring it was necessary to sow three times by reason of white frosts and worms.

Bref ceux de nostre village me disoient, Si tu ne fusses reuenu, la traite des François estoit perduë pour nous: car les Algonquains, & mesmes les Hurons des autres villages, ne nous menaçoiẽt que de mort, si nous y allions, à cause du massacre de Brulé; mais maintenant nous irõs traiter sãs crainte. I'ay esté quelques quinze iours à visiter les villages, & à ramasser auec beaucoup de frais & de peine tout nostre monde, qui abordoit ça & là, & qui ne sçachant [146] pas la langue, n'eust pu venir nous trouuer qu'apres beaucoup d'ennuy. Il est vray qu'vn de nos hommes n'a pas laissé de venir sãs autre adresse, que de ces deux mots,Echom Ihonatiria, qui sont mon nom, & celuy de nostre village. Entre tous les François, ie n'en trouue point qui aye eu plus de peine que le P. Dauost & Baron. Le Pere pour le mauuais traitement de ses Sauuages, Baron pour la longueur du voyage. Il a demeuré quarante iours par les chemins, souuent il estoit luy seul auec vn Sauuage, à nager dans vn canot fort grand & fort chargé. Il luy falloit porter luy-mesme tous ses pacquets. Il a couru risque trois ou quatre fois dans les torrens, & pour comble de ses peines, on luy a dérobé beaucoup de ses marchandises.100Certes il faut icy auoir bien de la force & de la patience, & qui croira y venir [147] chercher autre que Dieu, n'y trouuera pas son conte.

Bref ceux de nostre village me disoient, Si tu ne fusses reuenu, la traite des François estoit perduë pour nous: car les Algonquains, & mesmes les Hurons des autres villages, ne nous menaçoiẽt que de mort, si nous y allions, à cause du massacre de Brulé; mais maintenant nous irõs traiter sãs crainte. I'ay esté quelques quinze iours à visiter les villages, & à ramasser auec beaucoup de frais & de peine tout nostre monde, qui abordoit ça & là, & qui ne sçachant [146] pas la langue, n'eust pu venir nous trouuer qu'apres beaucoup d'ennuy. Il est vray qu'vn de nos hommes n'a pas laissé de venir sãs autre adresse, que de ces deux mots,Echom Ihonatiria, qui sont mon nom, & celuy de nostre village. Entre tous les François, ie n'en trouue point qui aye eu plus de peine que le P. Dauost & Baron. Le Pere pour le mauuais traitement de ses Sauuages, Baron pour la longueur du voyage. Il a demeuré quarante iours par les chemins, souuent il estoit luy seul auec vn Sauuage, à nager dans vn canot fort grand & fort chargé. Il luy falloit porter luy-mesme tous ses pacquets. Il a couru risque trois ou quatre fois dans les torrens, & pour comble de ses peines, on luy a dérobé beaucoup de ses marchandises.100Certes il faut icy auoir bien de la force & de la patience, & qui croira y venir [147] chercher autre que Dieu, n'y trouuera pas son conte.

In short, those of our village told me, "If thou hadst not returned, the trade with the French was lost for us; for the Algonquains and even the Hurons of the other villages, threatened us with death if we went there on account of the murder of Brulé; but now we shall go to trade without fear." I was occupied some two weeks in visiting the villages, and bringing together, at much expense and trouble, all our party, who landed here and there, and who, not knowing [146] the language, could only have found us out after much toil. It is true that one of our men was able to come without any other address than these two words,Echom,Ihonatiria, which are my name and that of our village. Among all the French I do not find any who had more trouble than Father Davost and Baron; the Father from the wicked treatment of his Savages, Baron from the length of the journey. He occupied forty days on the road; often he was alone with a Savage, paddling in a canoe very large and very heavily laden. He had to carry all his packages himself; he had narrow escapes three or four times in the torrents; and, to crown his difficulties, much of his property was stolen. Truly, to come here much strength and patience are needed; and he who thinks of coming here [147] for any other than God, will have made a sad mistake.

In short, those of our village told me, "If thou hadst not returned, the trade with the French was lost for us; for the Algonquains and even the Hurons of the other villages, threatened us with death if we went there on account of the murder of Brulé; but now we shall go to trade without fear." I was occupied some two weeks in visiting the villages, and bringing together, at much expense and trouble, all our party, who landed here and there, and who, not knowing [146] the language, could only have found us out after much toil. It is true that one of our men was able to come without any other address than these two words,Echom,Ihonatiria, which are my name and that of our village. Among all the French I do not find any who had more trouble than Father Davost and Baron; the Father from the wicked treatment of his Savages, Baron from the length of the journey. He occupied forty days on the road; often he was alone with a Savage, paddling in a canoe very large and very heavily laden. He had to carry all his packages himself; he had narrow escapes three or four times in the torrents; and, to crown his difficulties, much of his property was stolen. Truly, to come here much strength and patience are needed; and he who thinks of coming here [147] for any other than God, will have made a sad mistake.

Iean Nicolet, en son voyage qu'il fit auec nous iusques à l'Isle, souffrit aussi tous les trauaux d'vn des plus robustes Sauuages. Estans en fin tous ralliez, nous prismes resolution de nous habituer icy àIhonatiria, & y bastir nostre cabane, pour les raisons suiuantes. La premiere est, qu'apres auoir serieusement recommandé cét affaire à Dieu, nous iugeasmes que telle estoit sa volonté, parce que la moisson des ames y est plus meure qu'en aucun-autre endroit, tant à cause de la cognoissance que i'ay auec les habitans du lieu, & de l'affection qu'ils m'ont tesmoignée autresfois, que pource qu'ils sont desia à demy instruits en la Foy. En effet nous y en auons baptizé huict, dont les sept sont allez au Ciel, auec la grace du Baptesme, [148] & tout le village est en telle disposition, qu'il ne tient qu'à nous de le baptiser. Mais nous attendons qu'ils soient mieux instruits, & qu'ils ayent quitté par effect leurs principales superstitions.

Iean Nicolet, en son voyage qu'il fit auec nous iusques à l'Isle, souffrit aussi tous les trauaux d'vn des plus robustes Sauuages. Estans en fin tous ralliez, nous prismes resolution de nous habituer icy àIhonatiria, & y bastir nostre cabane, pour les raisons suiuantes. La premiere est, qu'apres auoir serieusement recommandé cét affaire à Dieu, nous iugeasmes que telle estoit sa volonté, parce que la moisson des ames y est plus meure qu'en aucun-autre endroit, tant à cause de la cognoissance que i'ay auec les habitans du lieu, & de l'affection qu'ils m'ont tesmoignée autresfois, que pource qu'ils sont desia à demy instruits en la Foy. En effet nous y en auons baptizé huict, dont les sept sont allez au Ciel, auec la grace du Baptesme, [148] & tout le village est en telle disposition, qu'il ne tient qu'à nous de le baptiser. Mais nous attendons qu'ils soient mieux instruits, & qu'ils ayent quitté par effect leurs principales superstitions.

Jean Nicolet,29in the voyage that he made with us as far as the Island, suffered also all the hardships of one of the most robust Savages. Being at last all gathered together, we decided to dwell here atIhonatiria, and to build here our cabin, for the following reasons: First, after having earnestly recommendedthe matter to God, we judged that such was his will, because the harvest of souls is more ripe here than in any other place,—as much because of the acquaintance I have with the inhabitants of the place, and of the affection they showed for me formerly, as because they are already partly instructed in the Faith. In truth, we have baptized eight of them, of whom seven have gone to Heaven with the grace of Baptism, [148] and the whole village is of such a disposition that it is only a question of our readiness to baptize it. But we are waiting until they are better instructed, and until they have forsaken for good their principal superstitions.

Jean Nicolet,29in the voyage that he made with us as far as the Island, suffered also all the hardships of one of the most robust Savages. Being at last all gathered together, we decided to dwell here atIhonatiria, and to build here our cabin, for the following reasons: First, after having earnestly recommendedthe matter to God, we judged that such was his will, because the harvest of souls is more ripe here than in any other place,—as much because of the acquaintance I have with the inhabitants of the place, and of the affection they showed for me formerly, as because they are already partly instructed in the Faith. In truth, we have baptized eight of them, of whom seven have gone to Heaven with the grace of Baptism, [148] and the whole village is of such a disposition that it is only a question of our readiness to baptize it. But we are waiting until they are better instructed, and until they have forsaken for good their principal superstitions.

La seconde raison est, que horsmis ce village, il n'y auoit que la Rochelle où nous deussions auoir inclination de nous arrester; & ç'auoit esté nostre pensée dés l'an passé. Tous les habitans qui le desiroiẽt fort, nous y inuitoient, disans que nous serions comme au centre de la Nation, & adioutans d'autres motifs & raisons qui nous aggreoient assez. Mesme sur le chemin ie m'entretenois en ceste pensée, que ie ne quittay que long-temps apres estre icy arriué; si bien que nous laissasmes assez bon espace de temps à ce village de la Rochelle, les pacquets du Pere Daniel chez le Capitaine, qui [149] l'auoit accueilly dans son canot, en intention d'y faire porter les autres, & nous y loger.102Mais ayant consideré, qu'ils deuoient à ce Printemps changer de place, comme ils ont déja fait, nous ne voulusmes point bastir vne cabane pour vn hyuer. D'ailleurs, quoy qu'il nous soit fort à desirer, pour cueillir plus de fruit, d'auoir beaucoup d'auditeurs en nos assemblées, ce qui nous peut faire choisir les grand[s] villages, plustost que les petits; neantmoins pour le commencement, nous auons trouué plus à propos de nous tenir comme à l'ombre, prés d'vne petite bourgade, où les habitans sont déja faits à hanter les François, que de nous mettre tout à coup en vne grãde, où l'on ne fust point accoustumé à nos façous de faire. Autrement c'eust esté exposer des hommes nouueaux & ignorans en la langue, à vne [150] ieunesse nombreuse, qui par ses importunitez & mocqueries eust peû apporter quelque desordre. De plus si nous fussions allez ailleurs, ceux de ce village eussent creû estre encore en la disgrace des François, & eussent peut-estre abandonné le commerce auec eux, veu mesmement que cét Hyuer dernier le Borgne de l'Isle a fait icy courir le bruit, que Monsieur de Champlain n'en vouloit pas demeurer là, pour la mort de Brulé, & qu'il demandoit quatre testes; & il est croyable que si nous n'eussions esté icy, & si nous n'y demeurions comme pour gages, plusieurs craignans d'estre arrestez, soit pour leurs fautes, soit pour celles d'autruy, ne retourneroient plus à la traicte. En outre ces bonnes gents ont pretendu que nous deuiõs demeurer chez eux, s'il estoit vray que nous les aimassions: car, disoiẽt-ils, [151] si vous allez ailleurs, nõ seulemẽt nous aurions sujet de craindre pour nostre particulier, mais encore pour tout le Pays, nos interests estans vnis ensemble; mais maintenãt que vous nous prenez pour vos hostes,104nous n'auons plus que craindre comme nous eussions fait: car si vous eussiez choisi vn autre lieu, & que quelque meschant vous eust fait du mal, non seulement les François, mais encore les Hurons s'en fussent pris à nous. Ie pourrois encore icy alleguer quelques autres raisons & considerations qui ne sont pas à mépriser, comme seroit vne plus grãde commodité, tant pour le poisson & pour le gibier, comme pour l'embarquement. Mais la principale est la premiere que i'ay apportée, entre les villages qui nous ont voulu auoir, ceux d'Oënrioen ont fait plus d'instance. Ce petit village assez proche [152] du nostre, faisoit autresfois vne partie de celuy où nous estions iadis: mais nous n'auons pas iugé à propos de nous y arrester ceste fois, seulement ayant reconneu qu'il estoit expedient, que de ce village & du nostre il s'en fist vn en quelque autre part, tant pour leurs affaires communes, que pour nos fonctions & ministeres particuliers. Nous auons fait depuis peu quelques presens à tous les deux ensemble à cette fin. Nos presents sont de grande consideration parmy eux: neantmoins ils ne sont pas encore resolus. Ayant donc arresté de nous tenir où nous sommes, il fut question de bastir vne cabane. Les cabanes de ce pays, ne sont ny des Louures ny des Palais, ny rien de semblable aux riches bastimens de nostre France, nõ pas mesmes aux plus petites chaumines; c'est neantmoins quelque [153] chose de meilleur & plus commode, que les tandis des Montagnais. Ie ne vous sçaurois mieux exprimer la façon des demeures Huronnes, que de les comparer à des berceaux ou tonnelles de iardin; dont au lieu de branches & de verdure, quelques-vnes sont couuertes d'escorce de cedres, quelques autres de grosses escorces de106fresnes, d'orme & de sapin, ou perusse: & quoy que celles de cedres soient les meilleures, suiuant l'aduis & l'vsage le plus commun, il y a neantmoins ceste incommodité, qu'elles sont quasi aussi susceptibles du feu que des allumettes, d'où procede quantité d'embrasemens des bourgades entieres, & sans aller plus loing que ceste année, nous en auons veu en moins de dix iours deux grandes entierement consommées; & vne autre, qui est celle de Louys, bruslée [154] en partie. Nous auons veu aussi vne fois nostre propre cabane en feu; mais Dieu mercy nous l'esteignismes aussi tost. Il y a de ces cabanes ou berceaux de diuerse grandeur, les vnes de deux brasses en longueur, d'autres de dix, d'autres de vingt, de trente, & de quarante: la largeur ordinaire est d'enuiron quatre brasses, la hauteur est presque pareille. Il n'y a point de diuers estages; il ne se voit icy ny caue, ny chambre, ny grenier. On n'y veoit autre fenestre ny cheminée qu'vn meschant trou au haut de la cabane, qu'on y laisse à dessein pour chasser la fumée. C'est ainsi qu'on nous a basty la nostre.

La seconde raison est, que horsmis ce village, il n'y auoit que la Rochelle où nous deussions auoir inclination de nous arrester; & ç'auoit esté nostre pensée dés l'an passé. Tous les habitans qui le desiroiẽt fort, nous y inuitoient, disans que nous serions comme au centre de la Nation, & adioutans d'autres motifs & raisons qui nous aggreoient assez. Mesme sur le chemin ie m'entretenois en ceste pensée, que ie ne quittay que long-temps apres estre icy arriué; si bien que nous laissasmes assez bon espace de temps à ce village de la Rochelle, les pacquets du Pere Daniel chez le Capitaine, qui [149] l'auoit accueilly dans son canot, en intention d'y faire porter les autres, & nous y loger.102Mais ayant consideré, qu'ils deuoient à ce Printemps changer de place, comme ils ont déja fait, nous ne voulusmes point bastir vne cabane pour vn hyuer. D'ailleurs, quoy qu'il nous soit fort à desirer, pour cueillir plus de fruit, d'auoir beaucoup d'auditeurs en nos assemblées, ce qui nous peut faire choisir les grand[s] villages, plustost que les petits; neantmoins pour le commencement, nous auons trouué plus à propos de nous tenir comme à l'ombre, prés d'vne petite bourgade, où les habitans sont déja faits à hanter les François, que de nous mettre tout à coup en vne grãde, où l'on ne fust point accoustumé à nos façous de faire. Autrement c'eust esté exposer des hommes nouueaux & ignorans en la langue, à vne [150] ieunesse nombreuse, qui par ses importunitez & mocqueries eust peû apporter quelque desordre. De plus si nous fussions allez ailleurs, ceux de ce village eussent creû estre encore en la disgrace des François, & eussent peut-estre abandonné le commerce auec eux, veu mesmement que cét Hyuer dernier le Borgne de l'Isle a fait icy courir le bruit, que Monsieur de Champlain n'en vouloit pas demeurer là, pour la mort de Brulé, & qu'il demandoit quatre testes; & il est croyable que si nous n'eussions esté icy, & si nous n'y demeurions comme pour gages, plusieurs craignans d'estre arrestez, soit pour leurs fautes, soit pour celles d'autruy, ne retourneroient plus à la traicte. En outre ces bonnes gents ont pretendu que nous deuiõs demeurer chez eux, s'il estoit vray que nous les aimassions: car, disoiẽt-ils, [151] si vous allez ailleurs, nõ seulemẽt nous aurions sujet de craindre pour nostre particulier, mais encore pour tout le Pays, nos interests estans vnis ensemble; mais maintenãt que vous nous prenez pour vos hostes,104nous n'auons plus que craindre comme nous eussions fait: car si vous eussiez choisi vn autre lieu, & que quelque meschant vous eust fait du mal, non seulement les François, mais encore les Hurons s'en fussent pris à nous. Ie pourrois encore icy alleguer quelques autres raisons & considerations qui ne sont pas à mépriser, comme seroit vne plus grãde commodité, tant pour le poisson & pour le gibier, comme pour l'embarquement. Mais la principale est la premiere que i'ay apportée, entre les villages qui nous ont voulu auoir, ceux d'Oënrioen ont fait plus d'instance. Ce petit village assez proche [152] du nostre, faisoit autresfois vne partie de celuy où nous estions iadis: mais nous n'auons pas iugé à propos de nous y arrester ceste fois, seulement ayant reconneu qu'il estoit expedient, que de ce village & du nostre il s'en fist vn en quelque autre part, tant pour leurs affaires communes, que pour nos fonctions & ministeres particuliers. Nous auons fait depuis peu quelques presens à tous les deux ensemble à cette fin. Nos presents sont de grande consideration parmy eux: neantmoins ils ne sont pas encore resolus. Ayant donc arresté de nous tenir où nous sommes, il fut question de bastir vne cabane. Les cabanes de ce pays, ne sont ny des Louures ny des Palais, ny rien de semblable aux riches bastimens de nostre France, nõ pas mesmes aux plus petites chaumines; c'est neantmoins quelque [153] chose de meilleur & plus commode, que les tandis des Montagnais. Ie ne vous sçaurois mieux exprimer la façon des demeures Huronnes, que de les comparer à des berceaux ou tonnelles de iardin; dont au lieu de branches & de verdure, quelques-vnes sont couuertes d'escorce de cedres, quelques autres de grosses escorces de106fresnes, d'orme & de sapin, ou perusse: & quoy que celles de cedres soient les meilleures, suiuant l'aduis & l'vsage le plus commun, il y a neantmoins ceste incommodité, qu'elles sont quasi aussi susceptibles du feu que des allumettes, d'où procede quantité d'embrasemens des bourgades entieres, & sans aller plus loing que ceste année, nous en auons veu en moins de dix iours deux grandes entierement consommées; & vne autre, qui est celle de Louys, bruslée [154] en partie. Nous auons veu aussi vne fois nostre propre cabane en feu; mais Dieu mercy nous l'esteignismes aussi tost. Il y a de ces cabanes ou berceaux de diuerse grandeur, les vnes de deux brasses en longueur, d'autres de dix, d'autres de vingt, de trente, & de quarante: la largeur ordinaire est d'enuiron quatre brasses, la hauteur est presque pareille. Il n'y a point de diuers estages; il ne se voit icy ny caue, ny chambre, ny grenier. On n'y veoit autre fenestre ny cheminée qu'vn meschant trou au haut de la cabane, qu'on y laisse à dessein pour chasser la fumée. C'est ainsi qu'on nous a basty la nostre.

Secondly, except this village there was only la Rochelle at which we might have had any inclination to stop, and that had been our intention from last year. All the inhabitants desired it very much, and invited us there, saying that we would be, as it were, in the center of the Nation, and adding other motives and reasons which pleased us well. Even on the road I entertained this thought, and only laid it aside a long time after my arrival here,—so long, indeed, that we left for a considerable space of time the baggage of Father Daniel at this village of la Rochelle, with the Captain who [149] had received him into his canoe,—intending to carry the rest thither, and to abide there. But, having taken into account that they were intending this Spring to change the location of the place, as they have already done, we did not wish to build a cabin for one winter. Besides, although it is a desirable thing to gather more fruit, and to have more listeners in our assemblies, which would make us choose the large villages rather than the small, nevertheless, for a beginning we havethought it more suitable to keep in the shadow, as it were, near a little village where the inhabitants are already disposed to associate with the French, than to put ourselves suddenly in a great one, where the people are not accustomed to our mode of doing things. To do otherwise would have been to expose new men, ignorant of the language, to a [150] numerous youth, who by their annoyances and mockery would have brought about some disturbance. Besides, if we had gone elsewhere the people of this village would have thought themselves still in disgrace with the French, and perhaps would have abandoned trade with them,—especially as during this last Winter Le Borgne,30of the Island, spread the report that Monsieur de Champlain did not wish us to remain there, on account of the death of Brulé, and that he was demanding four heads; and it is probable that, if we had not been here, and if we had not remained as pledges, several, fearing to be arrested for their own faults or for those of others, would not have returned again to the trade. Besides, these good people have claimed that we ought to remain among them if it were true that we loved them; "for," said they, [151] "if you go elsewhere, not only shall we have cause to fear on our own account, but for the whole Country besides, our interests being bound together. But, now that you take us for your hosts, we have no longer to fear as we would; for if you had chosen another place, and if some wicked person had done you harm, not only the French but the Hurons also would have blamed us for it." I might bring forward some other reasons and considerations which are not to be despised,—as, for example, it would be a more convenient place, aswell for fish and game as for embarking. But the principal reason is the first I mentioned. Among the villages that wished to have us, the people ofOënrio31have entreated us most. This little village, quite near [152] ours, used to be a part of the one in which we were formerly; but we have not judged it expedient for us to stop there this time, simply having recognized it to be best that from this village and from ours one should be formed at some other place, both for their common interests and for our own special functions and ministrations. We made, not long ago, some presents to both of them at the same time, for this purpose. Our presents have great influence among them, nevertheless they have not yet decided the question. Having, therefore, determined to stay where we are, the question of building a cabin arose. The cabins of this country are neither Louvres nor Palaces, nor anything like the buildings of our France, not even like the smallest cottages. They are, nevertheless, somewhat [153] better and more commodious than the hovels of the Montagnais. I cannot better express the fashion of the Huron dwellings than to compare them to bowers or garden arbors,—some of which, in place of branches and vegetation, are covered with cedar bark, some others with large pieces of ash, elm, fir, or spruce bark; and although the cedar bark is best, according to common opinion and usage, there is, nevertheless, this inconvenience, that they are almost as susceptible to fire as matches. Hence arise many of the conflagrations of entire villages; and, without going farther than this year, we have seen in less than ten days two large ones entirely consumed, and another, that of Louys, partially burned. [154] We have alsoonce seen our own cabin on fire; but, thank God, we extinguished it immediately. There are cabins or arbors of various sizes, some two brasses in length, others of ten, others of twenty, of thirty, of forty; the usual width is about four brasses, their height is about the same. There are no different stories; there is no cellar, no chamber, no garret. It has neither window nor chimney, only a miserable hole in the top of the cabin, left to permit the smoke to escape. This is the way they built ours for us.

Secondly, except this village there was only la Rochelle at which we might have had any inclination to stop, and that had been our intention from last year. All the inhabitants desired it very much, and invited us there, saying that we would be, as it were, in the center of the Nation, and adding other motives and reasons which pleased us well. Even on the road I entertained this thought, and only laid it aside a long time after my arrival here,—so long, indeed, that we left for a considerable space of time the baggage of Father Daniel at this village of la Rochelle, with the Captain who [149] had received him into his canoe,—intending to carry the rest thither, and to abide there. But, having taken into account that they were intending this Spring to change the location of the place, as they have already done, we did not wish to build a cabin for one winter. Besides, although it is a desirable thing to gather more fruit, and to have more listeners in our assemblies, which would make us choose the large villages rather than the small, nevertheless, for a beginning we havethought it more suitable to keep in the shadow, as it were, near a little village where the inhabitants are already disposed to associate with the French, than to put ourselves suddenly in a great one, where the people are not accustomed to our mode of doing things. To do otherwise would have been to expose new men, ignorant of the language, to a [150] numerous youth, who by their annoyances and mockery would have brought about some disturbance. Besides, if we had gone elsewhere the people of this village would have thought themselves still in disgrace with the French, and perhaps would have abandoned trade with them,—especially as during this last Winter Le Borgne,30of the Island, spread the report that Monsieur de Champlain did not wish us to remain there, on account of the death of Brulé, and that he was demanding four heads; and it is probable that, if we had not been here, and if we had not remained as pledges, several, fearing to be arrested for their own faults or for those of others, would not have returned again to the trade. Besides, these good people have claimed that we ought to remain among them if it were true that we loved them; "for," said they, [151] "if you go elsewhere, not only shall we have cause to fear on our own account, but for the whole Country besides, our interests being bound together. But, now that you take us for your hosts, we have no longer to fear as we would; for if you had chosen another place, and if some wicked person had done you harm, not only the French but the Hurons also would have blamed us for it." I might bring forward some other reasons and considerations which are not to be despised,—as, for example, it would be a more convenient place, aswell for fish and game as for embarking. But the principal reason is the first I mentioned. Among the villages that wished to have us, the people ofOënrio31have entreated us most. This little village, quite near [152] ours, used to be a part of the one in which we were formerly; but we have not judged it expedient for us to stop there this time, simply having recognized it to be best that from this village and from ours one should be formed at some other place, both for their common interests and for our own special functions and ministrations. We made, not long ago, some presents to both of them at the same time, for this purpose. Our presents have great influence among them, nevertheless they have not yet decided the question. Having, therefore, determined to stay where we are, the question of building a cabin arose. The cabins of this country are neither Louvres nor Palaces, nor anything like the buildings of our France, not even like the smallest cottages. They are, nevertheless, somewhat [153] better and more commodious than the hovels of the Montagnais. I cannot better express the fashion of the Huron dwellings than to compare them to bowers or garden arbors,—some of which, in place of branches and vegetation, are covered with cedar bark, some others with large pieces of ash, elm, fir, or spruce bark; and although the cedar bark is best, according to common opinion and usage, there is, nevertheless, this inconvenience, that they are almost as susceptible to fire as matches. Hence arise many of the conflagrations of entire villages; and, without going farther than this year, we have seen in less than ten days two large ones entirely consumed, and another, that of Louys, partially burned. [154] We have alsoonce seen our own cabin on fire; but, thank God, we extinguished it immediately. There are cabins or arbors of various sizes, some two brasses in length, others of ten, others of twenty, of thirty, of forty; the usual width is about four brasses, their height is about the same. There are no different stories; there is no cellar, no chamber, no garret. It has neither window nor chimney, only a miserable hole in the top of the cabin, left to permit the smoke to escape. This is the way they built ours for us.

Ceux d'Oënrio & de nostre village s'y sont employez, au moyen de quelque present que nous leur fismes. Nous n'auons pas manqué d'exercice pour la faire acheuer, tant [155] à cause de la maladie vniuerselle de quasi tous les Sauuages, qu'à cause de la cooperation de ces deux villages. Car encore que l'ouurage ne fust pas grand; toutesfois ceux de nostre village, regardans ceux d'Oënrio, qui sous esperance de nous attirer à eux à la longue, ne faisoiẽt que s'amuser sans rien auãcer. Nous estions quasi au mois d'Octobre auant que nous fussions à couuert. Pour le dedans nous l'auons accõmodé nous mesmes; en sorte que bien que ce ne soit pas grand' chose, les Sauuages108ne laissent de la venir veoir, & la voyant de l'admirer. Nous l'auons separée en trois. La premiere partie du costé de la porte, sert d'antichambre, de briseuent, & de magazin pour nos prouisions de bled, à la façon des Sauuages. La seconde est, celle que nous habitons, & où est nostre cuisine, nostre [156] menuiserie, nostre moulin, ou lieu à battre le bled, nostre Refectoire, nostre salle, & nostre chambre. Aux deux costez à la façon des Hurons sont deux establies, qu'ils nommentEndicha, sur lesquelles sont des quaisses pour mettre nos habits & autres petites commoditez; mais au dessous, au lieu que les Hurons y logent leur bois, nous y auons pratiqué de petites cabanes pour nous coucher, & retirer quelque chose de nos hardes, hors de la main larronnesse des Hurons. Pour eux ils couchent auprés du feu: mais cependant eux & nous n'auons que la terre pour chalit; pour paillasse & pour matelats quelque escorce, ou quelque branchage couuert d'vne nate de ionc; car pour les linceuls & couuertes, nos habits & quelques peaux en font l'office. La troisiesme partie de nostre cabane est encore [157] diuisée en deux, par le moyen d'vn ouurage de menuiserie, qui luy donne assez bonne grace, & qui se fait admirer icy pour sa nouueauté. En l'vne est nostre petite Chapelle, où nous celebrons tous les iours la saincte Messe, & nous y retirons de iour pour prier Dieu. Il est vray que le bruit qu'on fait quasi continuellement nous en empesche d'ordinaire, horsmis le matin & le soir, que tout le monde est retiré, & nous contraint de gaigner le dehors pour faire nos prieres. En l'autre partie nous y mettons nos vtensiles. Toute la cabane n'a que six brasses de longueur, & enuiron trois & demie de large. Voyla comme nous sommes logez, non110sans doute si bien que nous n'ayons dedans ce logis assez bonne part à la pluye, à la neige, & au froid. Cependant, comme i'ay dict, on ne laisse pas de nous venir [158] visiter par admiration; principalement depuis que nous auons eu deux portes de menuiserie, & que nostre moulin & nostre horloge ont commencé à ioüer. On ne sçauroit dire les estonnemens de ces bonnes gens, & combien ils admirent l'esprit des François. Mais ils ont tout dit, quand ils ont dit qu'ils sontondaki, c'est à dire des Demons: & nous releuions bien ce mot à leur profit, quand nous leur disons. Or ça mes freres, vous auez veu cela; & l'auez admiré, & vous pensez auoir raison, voyant quelque chose d'extraordinaire, de direondaki; qu'il faut que ceux qui font tant de merueilles soient des Demons. Et qu'y a t'il d'admirable, comme la beauté du Ciel & du Soleil? qu'y a-t'il d'admirable, comme de voir tous les ans les arbres quasi morts durant l'Hyuer, tous nuds & défigurez, reprendre [159] sans mãquer à chaque Printemps vne nouuelle vie & vn nouuel habit? Le bled que vous semez pourrit, & de sa pourriture va poussant de si beaux tuyaux, & de meilleurs espics? Et ce pendant vous ne dites point, Il faut que celuy qui a fait tãt de beautez, & qui nous estalle tous les ans deuant les yeux tant de merueilles, soit quelque excellentoki; & quelque intelligẽce sureminẽte, &c. Il n'est venu persõne qui n'aye voulu tourner le moulin; neantmoins nous ne nous en seruons point, d'autãt que nous auõs par veu experiẽce que nos Sagamités sont meilleures estant pilées dedans des mortiers de bois, à la façon des Sauuages, que broyées dedans le moulin. Ie croy que c'est à cause que le moulin fait la farine trop fine. Pour ce qui est de l'horloge, il y auroit mille choses à dire.112Ils croyent tous [160] que c'est quelque chose viuante; car ils ne se peuuent imaginer comment elle sonne d'elle mesme, & quand elle vient à sonner, ils regardent si nous sommes tous là, & s'il n'y a pas quelqu'vn de caché, pour luy donner le branle.

Ceux d'Oënrio & de nostre village s'y sont employez, au moyen de quelque present que nous leur fismes. Nous n'auons pas manqué d'exercice pour la faire acheuer, tant [155] à cause de la maladie vniuerselle de quasi tous les Sauuages, qu'à cause de la cooperation de ces deux villages. Car encore que l'ouurage ne fust pas grand; toutesfois ceux de nostre village, regardans ceux d'Oënrio, qui sous esperance de nous attirer à eux à la longue, ne faisoiẽt que s'amuser sans rien auãcer. Nous estions quasi au mois d'Octobre auant que nous fussions à couuert. Pour le dedans nous l'auons accõmodé nous mesmes; en sorte que bien que ce ne soit pas grand' chose, les Sauuages108ne laissent de la venir veoir, & la voyant de l'admirer. Nous l'auons separée en trois. La premiere partie du costé de la porte, sert d'antichambre, de briseuent, & de magazin pour nos prouisions de bled, à la façon des Sauuages. La seconde est, celle que nous habitons, & où est nostre cuisine, nostre [156] menuiserie, nostre moulin, ou lieu à battre le bled, nostre Refectoire, nostre salle, & nostre chambre. Aux deux costez à la façon des Hurons sont deux establies, qu'ils nommentEndicha, sur lesquelles sont des quaisses pour mettre nos habits & autres petites commoditez; mais au dessous, au lieu que les Hurons y logent leur bois, nous y auons pratiqué de petites cabanes pour nous coucher, & retirer quelque chose de nos hardes, hors de la main larronnesse des Hurons. Pour eux ils couchent auprés du feu: mais cependant eux & nous n'auons que la terre pour chalit; pour paillasse & pour matelats quelque escorce, ou quelque branchage couuert d'vne nate de ionc; car pour les linceuls & couuertes, nos habits & quelques peaux en font l'office. La troisiesme partie de nostre cabane est encore [157] diuisée en deux, par le moyen d'vn ouurage de menuiserie, qui luy donne assez bonne grace, & qui se fait admirer icy pour sa nouueauté. En l'vne est nostre petite Chapelle, où nous celebrons tous les iours la saincte Messe, & nous y retirons de iour pour prier Dieu. Il est vray que le bruit qu'on fait quasi continuellement nous en empesche d'ordinaire, horsmis le matin & le soir, que tout le monde est retiré, & nous contraint de gaigner le dehors pour faire nos prieres. En l'autre partie nous y mettons nos vtensiles. Toute la cabane n'a que six brasses de longueur, & enuiron trois & demie de large. Voyla comme nous sommes logez, non110sans doute si bien que nous n'ayons dedans ce logis assez bonne part à la pluye, à la neige, & au froid. Cependant, comme i'ay dict, on ne laisse pas de nous venir [158] visiter par admiration; principalement depuis que nous auons eu deux portes de menuiserie, & que nostre moulin & nostre horloge ont commencé à ioüer. On ne sçauroit dire les estonnemens de ces bonnes gens, & combien ils admirent l'esprit des François. Mais ils ont tout dit, quand ils ont dit qu'ils sontondaki, c'est à dire des Demons: & nous releuions bien ce mot à leur profit, quand nous leur disons. Or ça mes freres, vous auez veu cela; & l'auez admiré, & vous pensez auoir raison, voyant quelque chose d'extraordinaire, de direondaki; qu'il faut que ceux qui font tant de merueilles soient des Demons. Et qu'y a t'il d'admirable, comme la beauté du Ciel & du Soleil? qu'y a-t'il d'admirable, comme de voir tous les ans les arbres quasi morts durant l'Hyuer, tous nuds & défigurez, reprendre [159] sans mãquer à chaque Printemps vne nouuelle vie & vn nouuel habit? Le bled que vous semez pourrit, & de sa pourriture va poussant de si beaux tuyaux, & de meilleurs espics? Et ce pendant vous ne dites point, Il faut que celuy qui a fait tãt de beautez, & qui nous estalle tous les ans deuant les yeux tant de merueilles, soit quelque excellentoki; & quelque intelligẽce sureminẽte, &c. Il n'est venu persõne qui n'aye voulu tourner le moulin; neantmoins nous ne nous en seruons point, d'autãt que nous auõs par veu experiẽce que nos Sagamités sont meilleures estant pilées dedans des mortiers de bois, à la façon des Sauuages, que broyées dedans le moulin. Ie croy que c'est à cause que le moulin fait la farine trop fine. Pour ce qui est de l'horloge, il y auroit mille choses à dire.112Ils croyent tous [160] que c'est quelque chose viuante; car ils ne se peuuent imaginer comment elle sonne d'elle mesme, & quand elle vient à sonner, ils regardent si nous sommes tous là, & s'il n'y a pas quelqu'vn de caché, pour luy donner le branle.

The people of Oënrio and of our village were employed at this, by means of presents given them. It has cost us much exertion to secure its completion, not only [155] on account of the epidemic, which affected almost all the Savages, but on account of the coöperation of these two villages; for although the work was not great, yet those of our village followed the example of those of Oënrio, who, in hopes of finally attracting us to their village, simply amused themselves without advancing the work; we were almost into October before we were under cover. As to the interior, we have suited ourselves; so that, even if it does not amount to much, the Savages never weary of coming to see it, and, seeing it, to admire it. We have divided it into three parts. The first compartment, nearest the door, serves as an antechamber, as a storm door, and as a storeroom for our provisions, in the fashion of the Savages. The second is that in which we live, and is our kitchen, our [156] carpenter shop, our mill, or place for grinding the wheat, our Refectory, our parlor and our bedroom. On both sides, in the fashion of the Hurons, are two benches which they callEndicha, on which are boxes to hold our clothes and other little conveniences;but below, in the place where the Hurons keep their wood, we have contrived some little bunks to sleep in, and to store away some of our clothing from the thievish hands of the Hurons. They sleep beside the fire, but still they and we have only the earth for bedstead; for mattress and pillows, some bark or boughs covered with a rush mat; for sheets and coverings, our clothes and some skins do duty. The third part of our cabin is also [157] divided into two parts by means of a bit of carpentry which gives it a fairly good appearance, and which is admired here for its novelty. In the one is our little Chapel, in which we celebrate every day holy Mass, and we retire there daily to pray to God. It is true that the almost continual noise they make usually hinders us,—except in the morning and evening, when everybody has gone away,—and compels us to go outside to say our prayers. In the other part we put our utensils. The whole cabin is only six brasses long, and about three and a half wide. That is how we are lodged, doubtless not so well that we may not have in this abode a good share of rain, snow, and cold. However, as I have said, they never cease coming [158] to visit us from admiration, especially since we have put on two doors, made by a carpenter, and since our mill and our clock have been set to work. It would be impossible to describe the astonishment of these good people, and how much they admire the intelligence of the French. But they have said all when they have said they areondaki, that is, Demons; and indeed we make profitable use of this word when we talk to them: "Now, my brothers, you have seen that and admired it, and you think you are right, when you see something extraordinary, in sayingondaki,to declare that those who make so many marvels must be Demons. And what is there so wonderful as the beauty of the Sky and the Sun? What is there so wonderful as to see every year the trees almost dead during the Winter, all bare and disfigured, resume [159] without fail, every Spring, a new life and a new dress? The corn that you plant rots, and from its decay spring up such beautiful stalks and better ears. And yet you do not say, 'He who made so many beauties, and who every year displays before our eyes so many marvels, must be some beneficentoki, and some supereminent intelligence,'" etc. No one has come who has not wished to turn the mill; nevertheless we have not used it, inasmuch as we have learned by experience that our Sagamités32are better pounded in a wooden mortar, in the fashion of the Savages, than ground within the mill. I believe it is because the mill makes the flour too fine. As to the clock, a thousand things are said of it. They all think [160] it is some living thing, for they cannot imagine how it sounds of itself; and, when it is going to strike, they look to see if we are all there and if some one has not hidden, in order to shake it.

The people of Oënrio and of our village were employed at this, by means of presents given them. It has cost us much exertion to secure its completion, not only [155] on account of the epidemic, which affected almost all the Savages, but on account of the coöperation of these two villages; for although the work was not great, yet those of our village followed the example of those of Oënrio, who, in hopes of finally attracting us to their village, simply amused themselves without advancing the work; we were almost into October before we were under cover. As to the interior, we have suited ourselves; so that, even if it does not amount to much, the Savages never weary of coming to see it, and, seeing it, to admire it. We have divided it into three parts. The first compartment, nearest the door, serves as an antechamber, as a storm door, and as a storeroom for our provisions, in the fashion of the Savages. The second is that in which we live, and is our kitchen, our [156] carpenter shop, our mill, or place for grinding the wheat, our Refectory, our parlor and our bedroom. On both sides, in the fashion of the Hurons, are two benches which they callEndicha, on which are boxes to hold our clothes and other little conveniences;but below, in the place where the Hurons keep their wood, we have contrived some little bunks to sleep in, and to store away some of our clothing from the thievish hands of the Hurons. They sleep beside the fire, but still they and we have only the earth for bedstead; for mattress and pillows, some bark or boughs covered with a rush mat; for sheets and coverings, our clothes and some skins do duty. The third part of our cabin is also [157] divided into two parts by means of a bit of carpentry which gives it a fairly good appearance, and which is admired here for its novelty. In the one is our little Chapel, in which we celebrate every day holy Mass, and we retire there daily to pray to God. It is true that the almost continual noise they make usually hinders us,—except in the morning and evening, when everybody has gone away,—and compels us to go outside to say our prayers. In the other part we put our utensils. The whole cabin is only six brasses long, and about three and a half wide. That is how we are lodged, doubtless not so well that we may not have in this abode a good share of rain, snow, and cold. However, as I have said, they never cease coming [158] to visit us from admiration, especially since we have put on two doors, made by a carpenter, and since our mill and our clock have been set to work. It would be impossible to describe the astonishment of these good people, and how much they admire the intelligence of the French. But they have said all when they have said they areondaki, that is, Demons; and indeed we make profitable use of this word when we talk to them: "Now, my brothers, you have seen that and admired it, and you think you are right, when you see something extraordinary, in sayingondaki,to declare that those who make so many marvels must be Demons. And what is there so wonderful as the beauty of the Sky and the Sun? What is there so wonderful as to see every year the trees almost dead during the Winter, all bare and disfigured, resume [159] without fail, every Spring, a new life and a new dress? The corn that you plant rots, and from its decay spring up such beautiful stalks and better ears. And yet you do not say, 'He who made so many beauties, and who every year displays before our eyes so many marvels, must be some beneficentoki, and some supereminent intelligence,'" etc. No one has come who has not wished to turn the mill; nevertheless we have not used it, inasmuch as we have learned by experience that our Sagamités32are better pounded in a wooden mortar, in the fashion of the Savages, than ground within the mill. I believe it is because the mill makes the flour too fine. As to the clock, a thousand things are said of it. They all think [160] it is some living thing, for they cannot imagine how it sounds of itself; and, when it is going to strike, they look to see if we are all there and if some one has not hidden, in order to shake it.

Ils ont pensé qu'il entendoit, principalement quand pour rire quelqu'vn de nos François s'escrioit au dernier coup de marteau, c'est assez sonné, & que tout aussi tost elle se taisoit. Ils l'appellent le Capitaine du iour. Quand elle sonne ils disent, qu'elle parle, & demandent quand ils nous viennent veoir, combien de fois le Capitaine a desia parlé. Ils nous interrogent de son manger. Ils demeurent les heures entieres, & quelquesfois plusieurs, afin de la pouuoir ouyr parler. Ils demandoient au commencement ce qu'elle disoit; on leur respondit deux [161] choses, qu'ils ont fort bien retenuës; l'vne que quand elle sonnoit à quatre heures du soir pendant l'hyuer, elle disoit, Sortez, allez vous en, afin que nous fermions la porte; car aussi tost ils leuent le siege, & s'en vont: l'autre qu'à midy elle disoityo eiouahaoua, c'est à dire, sus dressõs la chaudiere, & ils ont encore mieux retenu ce langage. Car il y a de ces écornifleurs, qui ne manquent point de venir à cette heure là, pour participer à nostre Sagamité. Ils mangent à toutes heures, quand ils ont dequoy. Cependant d'ordinaire ils ne font que manger deux chaudieres par iour, sçauoir est, au matin & au soir. Partant ils sont bien aises pendant le iour de prendre part à la nostre.

Ils ont pensé qu'il entendoit, principalement quand pour rire quelqu'vn de nos François s'escrioit au dernier coup de marteau, c'est assez sonné, & que tout aussi tost elle se taisoit. Ils l'appellent le Capitaine du iour. Quand elle sonne ils disent, qu'elle parle, & demandent quand ils nous viennent veoir, combien de fois le Capitaine a desia parlé. Ils nous interrogent de son manger. Ils demeurent les heures entieres, & quelquesfois plusieurs, afin de la pouuoir ouyr parler. Ils demandoient au commencement ce qu'elle disoit; on leur respondit deux [161] choses, qu'ils ont fort bien retenuës; l'vne que quand elle sonnoit à quatre heures du soir pendant l'hyuer, elle disoit, Sortez, allez vous en, afin que nous fermions la porte; car aussi tost ils leuent le siege, & s'en vont: l'autre qu'à midy elle disoityo eiouahaoua, c'est à dire, sus dressõs la chaudiere, & ils ont encore mieux retenu ce langage. Car il y a de ces écornifleurs, qui ne manquent point de venir à cette heure là, pour participer à nostre Sagamité. Ils mangent à toutes heures, quand ils ont dequoy. Cependant d'ordinaire ils ne font que manger deux chaudieres par iour, sçauoir est, au matin & au soir. Partant ils sont bien aises pendant le iour de prendre part à la nostre.


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