Honour, valour, bonté, largesceEt loyalté duissent remeindre,Se pervertont de leur noblescePar covoitise ou par haltesce,De l’onour seculer atteindre,24090Ne say a qui me doy compleindre;Car cils qui sont du poeple meindreTous jours en sentent la destresce:588Si dieus les mals ne vuille exteindre,N’est qui de soy les puet enpeindreAu fin quela malice cesse.Ce veons bien, q’au temps presentLa guerre si commune esprent,Q’au paine y ad nul labourerLy quel a son mestier se prent:24100Le prestre laist le sacrementEt ly vilains le charner,Tous vont as armes travailler.Si dieus ne pense a l’amender,L’en puet doubter procheinementQe tout le mond doit reverser;Car qant commun se font lever,Lors suit maint inconvenient.Par orguil et par covoitiseL’en voit partout la guerre esprise.Helas! mais c’est des cristiens24111Dont est destruite sainte eglise,Et la justice en sa franchiseNe prent mais garde de les gens.Ore est le jour, ore est le tempsQe nousfaillont les bons regens,Et si nous falt la bone aprise,Siquesanz bouns governemensNous vienont les molestemens,Dont chascuns sente la reprise.24120Mais certes ne puet durer guereCil qui sustient la false guerreEt fait la bonne pees perir,Ou soit seignourqui ce fait fere,Ou consaillour de tiel affere,De malvois fin devont finir;Car ils tollont le sustenirDes povres et les font morir,Qui voldroiont lourpeas requere:Ne say q’apres doit avenir,24130Mais qui tieux mals nousfait venirEst trop maldit en nostre terre.O cristiene crualté,Q’es pleine de desloyalté,Qe si commune occisiounSicomme des bestes au marchéFais de les hommes sanz pité!O cuer plein de confusioun!O infernale illusioun,Qui tiele horrible abusioun,24140Q’est auci comme desnaturé,Fais de ton sanc l’effusioun!Ne say a quell conclusiounVoes dire quetu crois en dée.O Covoitise ove ton pilage,Di dont te vient ce vassellageDu pueple occire: car droitureNulle as, ainz vient de ton oultrageQe tu demeines tiele rage.Car dieus q’est sire de nature24150La terre ove tout le bien dessureFist a l’umeine creatureCommun; mais tu comme loup salvage,Pourpropre avoir plus quemesure,Occire fais a demesureCe quefist dieus a son ymage.Sovent je muse et muserayComment a dieu m’excuserayQu’il de sa loy m’ad defendu,Disant quel’omme n’occiray;24160Ainçois me dist quej’amerayCeaux qui se sont a luy rendu,Et ont baptesme et foy resçu:Ensi pensant je suy vencuQue l’excusacioun ne say.Mais ce que dieus de sa vertuCrea, je fils de BelzabuDe mon orguil destruieray?Sur tout se pleignt la gent menourEn disant quedu jour en jour24170Le siecle s’en vait enpirant;Mais qui voet dire la verrour,Ly chivaler de son errourEt l’escuier de meintenant,Ascuns qui s’en vont guerroiant,Ascuns a l’ostell sojournant,Le covoitous et l’orguillour,Sont en partie malfesant,Par quoy trestout le remenantDu siecle est mellé de folour.24180Ore q’il ad dit l’estat des chivalers et des gens d’armes, dirra de ceaux qui se nomont gens du loy.Une autre gent y ad, du quoyL’en poet oïr murmuren coy,Parles paiis communementChascuns se plaint endroit de soi;C’est une gent nomé du loy,Mais le noun portont vuidement;Car loy justice en soy comprent,Mais n’est celly qui garde en prent,589Ainz ont colour sanz bonne foy:Je prens tesmoign a celle gent,24190Si tort puet donner largement,Le droit ne gaignera que poy.Iceste gent, ce m’est avis,Pource qu’ils ont la loy apris,Par resoun duissont loy tenirEt sustenir en leur paiisLes drois; mais tant sont esbauldizDu lucre, comme l’en puet oïr,Q’ainçois la loy font pervertir,Dont font le povre droit perir:24200Car du poverte sont eschis,Mais ove le riche ont leur conspir,Et pour sa cause maintenirJustice et loy mettant au pris.Si la querelle false soit,Et ly plaidour ce sciet et voit,Qant doit pleder pourson client,Lors met engin comment porroitSon tort aider et l’autry droitAbatre, dont soubtilement24210Procure le deslayement;Et entre ce, ne say comment,De la cautele se pourvoitQ’il ad au fin le juggementPour soy. O dieus omnipotent,Vei la pledour de male endroit!Qant la gent povere au pledourvientPouravoir ce q’au loy partient,Et priont plaider en leur cas,Du charité ne luy sovient;24220Car povere droit, qui donne nient,Pournull clamour escoulte pas,Mais riche tort, qui parle bass,Vers luy se tret isnele pass,Escoulte, et de sa part devient:Car jammais pour tes ambesaasLa juste cause que tu asEncontre sisnes ne maintient.L’en dist en ces proverbials,‘L’un covoitous et l’autre fals24230Ils s’entracordont de leger.’Maldit soient tieux parigals,Car ja nuls ert si desloyals,S’il porra largement donner,Q’il meintenant pourson denierNe truist celluy qui voet plederA sustenir trestous ses mals,Dont font les povres exiler:Loy q’ensi se fait desloyerEsclandre donne as courtz roials.24240En leur pledant, ce m’est avis,Ils ont au point deux motz assisQ’a leur estat sont acordant;C’est ‘tort’ et ‘fort,’ dont sont malmisLes povres gens de leur paiisDu tort et fort qu’ils sont faisant:Car au tort faire ils sont sachant,Et au fort faire ils sont puissant,Et si le font partiel divisQe ja n’ert droit si apparant24250Qui contre tort ara guarant,Qant ils ont la querelle pris.Ore aguardetz la charitéDont ils se sont confederé;Car s’acun d’eaux soit en debatEnvers autry de la contrée,Qui n’est pas de leur faculté,Cil ara d’eux null advocat,Qui voet pleder pour son estat,Car ne pledont, ce diont plat,24260L’un contre l’autre en leur degré,Ensi se sont confederat:Maldit soient tiel potestat,Vers queux la loy n’ad poesté.‘Nul trop nous valt,’ sicomme l’en dist;Mais certes trop y sont malditDes tieux, qui scievont loy offendre,Et nepourqant ils ont l’abitDu loy: mais c’est un grant despitQant sabatiers envoit aprendre24270f. 133Son fils ce q’il ne puet comprendre;Car sa nature ne son gendreDe la justice n’est confit,Vilain le droit ne voet entendre:Maisq’il son lucre porra prendre,De la justice tient petit.Auci l’en puet trop mervailler,Car qui se puet ensi taillerQu’il le mantell tantsoulementD’ascun pledour porra porter24280Tanq’a la Court de Westmoustier,Il ert certain d’avancement:Car ja puis n’ert debatementEn son paiis du povre gent,Dont il ne serra parçonierEt d’une part la cause prent,Si gaigne pain et vestement:Maldit soient tiel soldoier.Phisicien d’enfermeté,Ly mires de la gent blescé,24290Sont leez, q’ensi gaigner porront:La gent du loy est auci lée,Qant voit les autres descordé,Car quiquese descorderont,Les gens du loy en gaigneront,590Et pour cela la joye font.O la senestre charité!Qui la justice guarderont,Et d’autry mal s’esjoyeront,N’ont pas la loy bien ordiné.24300Et molt sovent, sicomme le mireLa santé que l’enferm desireMet en soubtil deslayement,Dont il avient q’ainçois enpireLa maladie et la fait pireQ’il n’estoit au commencement,Pour plus gaigner du pacient,Ensi font leur pourloignementLes gens du loy, qui bien remire;Mettont en doubte leur client24310Pourplus gaigner de son argent:Si ce soit loy je ne say dire.Quiquedu perte se complaigne,Trestous les jours de la semaigneCes gens du loy ont lourencress,Car qui pres d’eaux vent ou bargaine,Maisquel’un perde et l’autre gaigne,De l’un et l’autre encore adesIls gaigneront, siquejammesN’est uns qui verra leur descress.24320Des toutes partz vient leur estraine,Quiconqueait guerre, ils en ont pes591En ceste siecle, mais apresNe say quel proufit leur remaine.Qui pour gabelle ou pourtaillageEstuet appaier le tollage,Ces gens du loy exempciounQuieront avoir, si q’avantageNuls puet avoir de leur gaignage;Ainz sont du franc condicioun24330Plus quen’est Conte ne Baroun.Car tous a la posiciounPaions, mais cils du loy sont sageEt ont si faite la resoun,Ne say ce q’est leur enchesoun,La loy ne gardont ne l’usage.Ma reson le me fait sentir,Maisquely Rois volt assentir,Puisqueplaidours et advocatzPar leur maltolt se font richir24340Del bien commun, q’ensi tollirLy Rois doit parsemblable casEt leur maltolt et leur pourchas:Ce q’ont gaigné de leur fallasAu bien commun doit revertir.O Rois, tu qui les guerres as,En tiels le tresor sercheras,Si sagement te voels tenir.C’est la coustumme a Westmoustier,Qui voet aprendre le mestier24350Du loy, lors falt en un estageDe les peccunes halt monter,C’est un estage pour conter:Bien acordant a celle usageSur les peccunes devient sage,Qu’il du peccune l’avantageEn temps suiant sache amasserPour son prou et l’autry damage:Sur les peccunes son corageAttorne a la peccune amer.24360Les apprentis en leur degréAu commencer sont encharnéA les assisses pour pleder;Et lors y pernont la quiréeDe l’argent que leur est donné,Q’ils tous jours puis pourle denierScievont bien courre sanz changer;Mais ne dy point sanz foloier,Car tort qui donne riche féeLeur tolt l’odour du droit sentier,24370Dont sovent les fait forsvoierEt courre loigns du charité.Et puis apres qant l’apprentisUn certain temps ara complis,Dont au pleder soit sufficant,Lors quiert q’il ait la coife assisDessur le chief, et pour son prisLe noun voet porter de sergant.Mais s’il ad esté pardevantEn une chose covoitant,24380Des Mill lors serra plus espris;Car lors devient si fameillant,Ne luy souffist un remenant,Ainz tout devoure le paiis.Mais ils ont une acoustummance,Qant l’aprentis ensi s’avanceA cell estat du sergantie,Luy falt donner une pitanceDel orr, q’ad grant signefiance:Car l’orr qu’il donne signefie24390Q’il doit apres toute sa vieReprendre l’orr a sa partie;Mais ce serra grande habondance,Qant pour donner la soule miePrent tout le pain, dont ne tient mieLe pois ovel en la balance.Mais qant a ce je truis escrit,En l’evangile dieus nous dist,Qe cil qui donne pour l’amourDe luy, ja ne soit si petit,24400Plus a centfois bien infinitReprendre doit; mais ly pledour,Ce m’est avis, au present jour,Qui pour le seculier honourDonnent, ne serront a ce plit:Mais ils nientmeinz ont le colour,Car plusq’ils n’ont donné de lour,Centfois resceivont de proufit.Mais le proufit dont sont empli,Ne vuil je dire ne ne dy24410Qe depardieu ce leur avient,Ainz c’est deparle siecle, a quiSe professont qant l’orr ensiLuy donnent, dont lourcoife vient:Qui sert au siecle, avoir covientLoer du siecle, u qu’il devient,Mais qant il ert au plussaisyDe son proufit, lors est tout nient;Car a sa part riens luy partientQue dieus promette a son amy.24420Sergantz du loy sont sourd et muAvant quel’orr eiont resçu,Que l’en leur baille prest au main:C’est un metall de grant vertu,Q’ensi les sens q’ils ont perduGuarist et les fait estre sainAu plée, ne chalt du quel bargain,Soit du gentil ou du vilain.La main ont toutdis estendu,Maisq’ils del orr soient certain,24430Ou soit de pres ou de longtain,Chascun serra le bienvenu.O comme le siecle ad poesté,Qant tiel miracle ad demoustréSur son sergant q’ensi l’orr donne:Car meintenant q’il l’ad donnée,Sa langue en ce devient dorré,Qe jammais puis sanz orr ne sonne.La langue q’ensi s’abandonneBien porra porter la coronne,24440Car un soul mot au bon marchéeValt d’un escut quel’en guerdonne.Ensi ly sergant nous rançonne:Vei la du loy la charité!Sergant, mal tiens en ton pourpensQe dieus t’ad donné tes cink sens,Et langue et reson de parler,Qant tes paroles si chier vens,Dont se compleignont toutez gens.Tu es plus vil quel’usurer,24450Car si tu vailles au plederA la montance d’un denier,Molt largement del orr en prens:592Si l’autre perde et tu gaignerPorras, bien te scies excuser,Qant tu en as les paiementz.593Rois Salomon ce tesmoigna,Qe cil qui peccune ameraN’est riens plus vil des tousmestiers:594Car comme ly boefs q’om vendera24460Cil est a vendre, et pour celaSavoir voldroie volentiersf. 134Parentre vous, o peccuniers,Qant vous vous estes pourdeniersVenduz, qui vous rechatera.Cil q’une fois vous ot si chiers,Qu’il parsa mort fuist rechatiers,N’est loy q’il autrefois morra.En une histoire des RomeinsSenec reconte et fuist certeins24470D’une aventure q’avint la:Un pledour, qant fuist tout souleins,Enfern veoit partout dedeins,U vist Nero, qui se baigna;Si dist au pledour, ‘Venetz ça,Car gent vendable yci serra;Vous vousvendetz a voz procheinsOultre mesure, et pour celaChascun de vous se baigneraEn cest estang ne plus ne meinz.’24480‘Way vous,’ ce dist saint Ysaïe,‘Q’ensi science avetz cuillie!En vostre Court le riche tortChascun de vous le justefiePour l’orr avoir; mais la partieQ’est povere, la justice dort.’He, comme les douns q’om vousapportVoz corps travaillont sanz desport!Dont peine avetz en ceste vieSanz joye avoir apres la mort.24490Quoi valt l’avoir, qant a sauf portNe puet venir ove la navie?Ne puet savoir qui n’ad aprisDu loy les termes ne les ditz,Tout porrons nousle droit savoir;Pource sont ils plus esbauldizPour remonter le tort en pris,Ainz q’om les puet aparcevoir.Tiels quide au point sa cause avoir,Mais qant le meulx de son avoir24500Ad despendu sur tieux amys,Lors sentira le decevoir:Ensi le droit pert son devoir,Dont ils confondont les paiis.Sicomme les reetz et les enginsSoubz les buissons en ces gardinsHom tent as petitz oisealx prendre,Ensi fait il de ses voisinsQui sciet pleder; car ly mastinsSoubtilement ses reetz fait tendre24510Pourattrapper et pour surprendre,Mandant ses briefs pourfaire entendreQe s’il n’ait part de leur florins,Il les ferra destruire ou pendre;Ensi se pourchace a despendreDes larges mess et des bons vins.O come saint Job de ceste gentJadis parla notablement,Disant queleur possessiounTienont en peas quietement,24520Des tous pernont, mais nuls reprent
Honour, valour, bonté, largesceEt loyalté duissent remeindre,Se pervertont de leur noblescePar covoitise ou par haltesce,De l’onour seculer atteindre,24090Ne say a qui me doy compleindre;Car cils qui sont du poeple meindreTous jours en sentent la destresce:588Si dieus les mals ne vuille exteindre,N’est qui de soy les puet enpeindreAu fin quela malice cesse.Ce veons bien, q’au temps presentLa guerre si commune esprent,Q’au paine y ad nul labourerLy quel a son mestier se prent:24100Le prestre laist le sacrementEt ly vilains le charner,Tous vont as armes travailler.Si dieus ne pense a l’amender,L’en puet doubter procheinementQe tout le mond doit reverser;Car qant commun se font lever,Lors suit maint inconvenient.Par orguil et par covoitiseL’en voit partout la guerre esprise.Helas! mais c’est des cristiens24111Dont est destruite sainte eglise,Et la justice en sa franchiseNe prent mais garde de les gens.Ore est le jour, ore est le tempsQe nousfaillont les bons regens,Et si nous falt la bone aprise,Siquesanz bouns governemensNous vienont les molestemens,Dont chascuns sente la reprise.24120Mais certes ne puet durer guereCil qui sustient la false guerreEt fait la bonne pees perir,Ou soit seignourqui ce fait fere,Ou consaillour de tiel affere,De malvois fin devont finir;Car ils tollont le sustenirDes povres et les font morir,Qui voldroiont lourpeas requere:Ne say q’apres doit avenir,24130Mais qui tieux mals nousfait venirEst trop maldit en nostre terre.O cristiene crualté,Q’es pleine de desloyalté,Qe si commune occisiounSicomme des bestes au marchéFais de les hommes sanz pité!O cuer plein de confusioun!O infernale illusioun,Qui tiele horrible abusioun,24140Q’est auci comme desnaturé,Fais de ton sanc l’effusioun!Ne say a quell conclusiounVoes dire quetu crois en dée.O Covoitise ove ton pilage,Di dont te vient ce vassellageDu pueple occire: car droitureNulle as, ainz vient de ton oultrageQe tu demeines tiele rage.Car dieus q’est sire de nature24150La terre ove tout le bien dessureFist a l’umeine creatureCommun; mais tu comme loup salvage,Pourpropre avoir plus quemesure,Occire fais a demesureCe quefist dieus a son ymage.Sovent je muse et muserayComment a dieu m’excuserayQu’il de sa loy m’ad defendu,Disant quel’omme n’occiray;24160Ainçois me dist quej’amerayCeaux qui se sont a luy rendu,Et ont baptesme et foy resçu:Ensi pensant je suy vencuQue l’excusacioun ne say.Mais ce que dieus de sa vertuCrea, je fils de BelzabuDe mon orguil destruieray?Sur tout se pleignt la gent menourEn disant quedu jour en jour24170Le siecle s’en vait enpirant;Mais qui voet dire la verrour,Ly chivaler de son errourEt l’escuier de meintenant,Ascuns qui s’en vont guerroiant,Ascuns a l’ostell sojournant,Le covoitous et l’orguillour,Sont en partie malfesant,Par quoy trestout le remenantDu siecle est mellé de folour.24180Ore q’il ad dit l’estat des chivalers et des gens d’armes, dirra de ceaux qui se nomont gens du loy.Une autre gent y ad, du quoyL’en poet oïr murmuren coy,Parles paiis communementChascuns se plaint endroit de soi;C’est une gent nomé du loy,Mais le noun portont vuidement;Car loy justice en soy comprent,Mais n’est celly qui garde en prent,589Ainz ont colour sanz bonne foy:Je prens tesmoign a celle gent,24190Si tort puet donner largement,Le droit ne gaignera que poy.Iceste gent, ce m’est avis,Pource qu’ils ont la loy apris,Par resoun duissont loy tenirEt sustenir en leur paiisLes drois; mais tant sont esbauldizDu lucre, comme l’en puet oïr,Q’ainçois la loy font pervertir,Dont font le povre droit perir:24200Car du poverte sont eschis,Mais ove le riche ont leur conspir,Et pour sa cause maintenirJustice et loy mettant au pris.Si la querelle false soit,Et ly plaidour ce sciet et voit,Qant doit pleder pourson client,Lors met engin comment porroitSon tort aider et l’autry droitAbatre, dont soubtilement24210Procure le deslayement;Et entre ce, ne say comment,De la cautele se pourvoitQ’il ad au fin le juggementPour soy. O dieus omnipotent,Vei la pledour de male endroit!Qant la gent povere au pledourvientPouravoir ce q’au loy partient,Et priont plaider en leur cas,Du charité ne luy sovient;24220Car povere droit, qui donne nient,Pournull clamour escoulte pas,Mais riche tort, qui parle bass,Vers luy se tret isnele pass,Escoulte, et de sa part devient:Car jammais pour tes ambesaasLa juste cause que tu asEncontre sisnes ne maintient.L’en dist en ces proverbials,‘L’un covoitous et l’autre fals24230Ils s’entracordont de leger.’Maldit soient tieux parigals,Car ja nuls ert si desloyals,S’il porra largement donner,Q’il meintenant pourson denierNe truist celluy qui voet plederA sustenir trestous ses mals,Dont font les povres exiler:Loy q’ensi se fait desloyerEsclandre donne as courtz roials.24240En leur pledant, ce m’est avis,Ils ont au point deux motz assisQ’a leur estat sont acordant;C’est ‘tort’ et ‘fort,’ dont sont malmisLes povres gens de leur paiisDu tort et fort qu’ils sont faisant:Car au tort faire ils sont sachant,Et au fort faire ils sont puissant,Et si le font partiel divisQe ja n’ert droit si apparant24250Qui contre tort ara guarant,Qant ils ont la querelle pris.Ore aguardetz la charitéDont ils se sont confederé;Car s’acun d’eaux soit en debatEnvers autry de la contrée,Qui n’est pas de leur faculté,Cil ara d’eux null advocat,Qui voet pleder pour son estat,Car ne pledont, ce diont plat,24260L’un contre l’autre en leur degré,Ensi se sont confederat:Maldit soient tiel potestat,Vers queux la loy n’ad poesté.‘Nul trop nous valt,’ sicomme l’en dist;Mais certes trop y sont malditDes tieux, qui scievont loy offendre,Et nepourqant ils ont l’abitDu loy: mais c’est un grant despitQant sabatiers envoit aprendre24270f. 133Son fils ce q’il ne puet comprendre;Car sa nature ne son gendreDe la justice n’est confit,Vilain le droit ne voet entendre:Maisq’il son lucre porra prendre,De la justice tient petit.Auci l’en puet trop mervailler,Car qui se puet ensi taillerQu’il le mantell tantsoulementD’ascun pledour porra porter24280Tanq’a la Court de Westmoustier,Il ert certain d’avancement:Car ja puis n’ert debatementEn son paiis du povre gent,Dont il ne serra parçonierEt d’une part la cause prent,Si gaigne pain et vestement:Maldit soient tiel soldoier.Phisicien d’enfermeté,Ly mires de la gent blescé,24290Sont leez, q’ensi gaigner porront:La gent du loy est auci lée,Qant voit les autres descordé,Car quiquese descorderont,Les gens du loy en gaigneront,590Et pour cela la joye font.O la senestre charité!Qui la justice guarderont,Et d’autry mal s’esjoyeront,N’ont pas la loy bien ordiné.24300Et molt sovent, sicomme le mireLa santé que l’enferm desireMet en soubtil deslayement,Dont il avient q’ainçois enpireLa maladie et la fait pireQ’il n’estoit au commencement,Pour plus gaigner du pacient,Ensi font leur pourloignementLes gens du loy, qui bien remire;Mettont en doubte leur client24310Pourplus gaigner de son argent:Si ce soit loy je ne say dire.Quiquedu perte se complaigne,Trestous les jours de la semaigneCes gens du loy ont lourencress,Car qui pres d’eaux vent ou bargaine,Maisquel’un perde et l’autre gaigne,De l’un et l’autre encore adesIls gaigneront, siquejammesN’est uns qui verra leur descress.24320Des toutes partz vient leur estraine,Quiconqueait guerre, ils en ont pes591En ceste siecle, mais apresNe say quel proufit leur remaine.Qui pour gabelle ou pourtaillageEstuet appaier le tollage,Ces gens du loy exempciounQuieront avoir, si q’avantageNuls puet avoir de leur gaignage;Ainz sont du franc condicioun24330Plus quen’est Conte ne Baroun.Car tous a la posiciounPaions, mais cils du loy sont sageEt ont si faite la resoun,Ne say ce q’est leur enchesoun,La loy ne gardont ne l’usage.Ma reson le me fait sentir,Maisquely Rois volt assentir,Puisqueplaidours et advocatzPar leur maltolt se font richir24340Del bien commun, q’ensi tollirLy Rois doit parsemblable casEt leur maltolt et leur pourchas:Ce q’ont gaigné de leur fallasAu bien commun doit revertir.O Rois, tu qui les guerres as,En tiels le tresor sercheras,Si sagement te voels tenir.C’est la coustumme a Westmoustier,Qui voet aprendre le mestier24350Du loy, lors falt en un estageDe les peccunes halt monter,C’est un estage pour conter:Bien acordant a celle usageSur les peccunes devient sage,Qu’il du peccune l’avantageEn temps suiant sache amasserPour son prou et l’autry damage:Sur les peccunes son corageAttorne a la peccune amer.24360Les apprentis en leur degréAu commencer sont encharnéA les assisses pour pleder;Et lors y pernont la quiréeDe l’argent que leur est donné,Q’ils tous jours puis pourle denierScievont bien courre sanz changer;Mais ne dy point sanz foloier,Car tort qui donne riche féeLeur tolt l’odour du droit sentier,24370Dont sovent les fait forsvoierEt courre loigns du charité.Et puis apres qant l’apprentisUn certain temps ara complis,Dont au pleder soit sufficant,Lors quiert q’il ait la coife assisDessur le chief, et pour son prisLe noun voet porter de sergant.Mais s’il ad esté pardevantEn une chose covoitant,24380Des Mill lors serra plus espris;Car lors devient si fameillant,Ne luy souffist un remenant,Ainz tout devoure le paiis.Mais ils ont une acoustummance,Qant l’aprentis ensi s’avanceA cell estat du sergantie,Luy falt donner une pitanceDel orr, q’ad grant signefiance:Car l’orr qu’il donne signefie24390Q’il doit apres toute sa vieReprendre l’orr a sa partie;Mais ce serra grande habondance,Qant pour donner la soule miePrent tout le pain, dont ne tient mieLe pois ovel en la balance.Mais qant a ce je truis escrit,En l’evangile dieus nous dist,Qe cil qui donne pour l’amourDe luy, ja ne soit si petit,24400Plus a centfois bien infinitReprendre doit; mais ly pledour,Ce m’est avis, au present jour,Qui pour le seculier honourDonnent, ne serront a ce plit:Mais ils nientmeinz ont le colour,Car plusq’ils n’ont donné de lour,Centfois resceivont de proufit.Mais le proufit dont sont empli,Ne vuil je dire ne ne dy24410Qe depardieu ce leur avient,Ainz c’est deparle siecle, a quiSe professont qant l’orr ensiLuy donnent, dont lourcoife vient:Qui sert au siecle, avoir covientLoer du siecle, u qu’il devient,Mais qant il ert au plussaisyDe son proufit, lors est tout nient;Car a sa part riens luy partientQue dieus promette a son amy.24420Sergantz du loy sont sourd et muAvant quel’orr eiont resçu,Que l’en leur baille prest au main:C’est un metall de grant vertu,Q’ensi les sens q’ils ont perduGuarist et les fait estre sainAu plée, ne chalt du quel bargain,Soit du gentil ou du vilain.La main ont toutdis estendu,Maisq’ils del orr soient certain,24430Ou soit de pres ou de longtain,Chascun serra le bienvenu.O comme le siecle ad poesté,Qant tiel miracle ad demoustréSur son sergant q’ensi l’orr donne:Car meintenant q’il l’ad donnée,Sa langue en ce devient dorré,Qe jammais puis sanz orr ne sonne.La langue q’ensi s’abandonneBien porra porter la coronne,24440Car un soul mot au bon marchéeValt d’un escut quel’en guerdonne.Ensi ly sergant nous rançonne:Vei la du loy la charité!Sergant, mal tiens en ton pourpensQe dieus t’ad donné tes cink sens,Et langue et reson de parler,Qant tes paroles si chier vens,Dont se compleignont toutez gens.Tu es plus vil quel’usurer,24450Car si tu vailles au plederA la montance d’un denier,Molt largement del orr en prens:592Si l’autre perde et tu gaignerPorras, bien te scies excuser,Qant tu en as les paiementz.593Rois Salomon ce tesmoigna,Qe cil qui peccune ameraN’est riens plus vil des tousmestiers:594Car comme ly boefs q’om vendera24460Cil est a vendre, et pour celaSavoir voldroie volentiersf. 134Parentre vous, o peccuniers,Qant vous vous estes pourdeniersVenduz, qui vous rechatera.Cil q’une fois vous ot si chiers,Qu’il parsa mort fuist rechatiers,N’est loy q’il autrefois morra.En une histoire des RomeinsSenec reconte et fuist certeins24470D’une aventure q’avint la:Un pledour, qant fuist tout souleins,Enfern veoit partout dedeins,U vist Nero, qui se baigna;Si dist au pledour, ‘Venetz ça,Car gent vendable yci serra;Vous vousvendetz a voz procheinsOultre mesure, et pour celaChascun de vous se baigneraEn cest estang ne plus ne meinz.’24480‘Way vous,’ ce dist saint Ysaïe,‘Q’ensi science avetz cuillie!En vostre Court le riche tortChascun de vous le justefiePour l’orr avoir; mais la partieQ’est povere, la justice dort.’He, comme les douns q’om vousapportVoz corps travaillont sanz desport!Dont peine avetz en ceste vieSanz joye avoir apres la mort.24490Quoi valt l’avoir, qant a sauf portNe puet venir ove la navie?Ne puet savoir qui n’ad aprisDu loy les termes ne les ditz,Tout porrons nousle droit savoir;Pource sont ils plus esbauldizPour remonter le tort en pris,Ainz q’om les puet aparcevoir.Tiels quide au point sa cause avoir,Mais qant le meulx de son avoir24500Ad despendu sur tieux amys,Lors sentira le decevoir:Ensi le droit pert son devoir,Dont ils confondont les paiis.Sicomme les reetz et les enginsSoubz les buissons en ces gardinsHom tent as petitz oisealx prendre,Ensi fait il de ses voisinsQui sciet pleder; car ly mastinsSoubtilement ses reetz fait tendre24510Pourattrapper et pour surprendre,Mandant ses briefs pourfaire entendreQe s’il n’ait part de leur florins,Il les ferra destruire ou pendre;Ensi se pourchace a despendreDes larges mess et des bons vins.O come saint Job de ceste gentJadis parla notablement,Disant queleur possessiounTienont en peas quietement,24520Des tous pernont, mais nuls reprent
Honour, valour, bonté, largesceEt loyalté duissent remeindre,Se pervertont de leur noblescePar covoitise ou par haltesce,De l’onour seculer atteindre,24090Ne say a qui me doy compleindre;Car cils qui sont du poeple meindreTous jours en sentent la destresce:588Si dieus les mals ne vuille exteindre,N’est qui de soy les puet enpeindreAu fin quela malice cesse.Ce veons bien, q’au temps presentLa guerre si commune esprent,Q’au paine y ad nul labourerLy quel a son mestier se prent:24100Le prestre laist le sacrementEt ly vilains le charner,Tous vont as armes travailler.Si dieus ne pense a l’amender,L’en puet doubter procheinementQe tout le mond doit reverser;Car qant commun se font lever,Lors suit maint inconvenient.Par orguil et par covoitiseL’en voit partout la guerre esprise.Helas! mais c’est des cristiens24111Dont est destruite sainte eglise,Et la justice en sa franchiseNe prent mais garde de les gens.Ore est le jour, ore est le tempsQe nousfaillont les bons regens,Et si nous falt la bone aprise,Siquesanz bouns governemensNous vienont les molestemens,Dont chascuns sente la reprise.24120Mais certes ne puet durer guereCil qui sustient la false guerreEt fait la bonne pees perir,Ou soit seignourqui ce fait fere,Ou consaillour de tiel affere,De malvois fin devont finir;Car ils tollont le sustenirDes povres et les font morir,Qui voldroiont lourpeas requere:Ne say q’apres doit avenir,24130Mais qui tieux mals nousfait venirEst trop maldit en nostre terre.O cristiene crualté,Q’es pleine de desloyalté,Qe si commune occisiounSicomme des bestes au marchéFais de les hommes sanz pité!O cuer plein de confusioun!O infernale illusioun,Qui tiele horrible abusioun,24140Q’est auci comme desnaturé,Fais de ton sanc l’effusioun!Ne say a quell conclusiounVoes dire quetu crois en dée.O Covoitise ove ton pilage,Di dont te vient ce vassellageDu pueple occire: car droitureNulle as, ainz vient de ton oultrageQe tu demeines tiele rage.Car dieus q’est sire de nature24150La terre ove tout le bien dessureFist a l’umeine creatureCommun; mais tu comme loup salvage,Pourpropre avoir plus quemesure,Occire fais a demesureCe quefist dieus a son ymage.Sovent je muse et muserayComment a dieu m’excuserayQu’il de sa loy m’ad defendu,Disant quel’omme n’occiray;24160Ainçois me dist quej’amerayCeaux qui se sont a luy rendu,Et ont baptesme et foy resçu:Ensi pensant je suy vencuQue l’excusacioun ne say.Mais ce que dieus de sa vertuCrea, je fils de BelzabuDe mon orguil destruieray?Sur tout se pleignt la gent menourEn disant quedu jour en jour24170Le siecle s’en vait enpirant;Mais qui voet dire la verrour,Ly chivaler de son errourEt l’escuier de meintenant,Ascuns qui s’en vont guerroiant,Ascuns a l’ostell sojournant,Le covoitous et l’orguillour,Sont en partie malfesant,Par quoy trestout le remenantDu siecle est mellé de folour.24180Ore q’il ad dit l’estat des chivalers et des gens d’armes, dirra de ceaux qui se nomont gens du loy.Une autre gent y ad, du quoyL’en poet oïr murmuren coy,Parles paiis communementChascuns se plaint endroit de soi;C’est une gent nomé du loy,Mais le noun portont vuidement;Car loy justice en soy comprent,Mais n’est celly qui garde en prent,589Ainz ont colour sanz bonne foy:Je prens tesmoign a celle gent,24190Si tort puet donner largement,Le droit ne gaignera que poy.Iceste gent, ce m’est avis,Pource qu’ils ont la loy apris,Par resoun duissont loy tenirEt sustenir en leur paiisLes drois; mais tant sont esbauldizDu lucre, comme l’en puet oïr,Q’ainçois la loy font pervertir,Dont font le povre droit perir:24200Car du poverte sont eschis,Mais ove le riche ont leur conspir,Et pour sa cause maintenirJustice et loy mettant au pris.Si la querelle false soit,Et ly plaidour ce sciet et voit,Qant doit pleder pourson client,Lors met engin comment porroitSon tort aider et l’autry droitAbatre, dont soubtilement24210Procure le deslayement;Et entre ce, ne say comment,De la cautele se pourvoitQ’il ad au fin le juggementPour soy. O dieus omnipotent,Vei la pledour de male endroit!Qant la gent povere au pledourvientPouravoir ce q’au loy partient,Et priont plaider en leur cas,Du charité ne luy sovient;24220Car povere droit, qui donne nient,Pournull clamour escoulte pas,Mais riche tort, qui parle bass,Vers luy se tret isnele pass,Escoulte, et de sa part devient:Car jammais pour tes ambesaasLa juste cause que tu asEncontre sisnes ne maintient.L’en dist en ces proverbials,‘L’un covoitous et l’autre fals24230Ils s’entracordont de leger.’Maldit soient tieux parigals,Car ja nuls ert si desloyals,S’il porra largement donner,Q’il meintenant pourson denierNe truist celluy qui voet plederA sustenir trestous ses mals,Dont font les povres exiler:Loy q’ensi se fait desloyerEsclandre donne as courtz roials.24240En leur pledant, ce m’est avis,Ils ont au point deux motz assisQ’a leur estat sont acordant;C’est ‘tort’ et ‘fort,’ dont sont malmisLes povres gens de leur paiisDu tort et fort qu’ils sont faisant:Car au tort faire ils sont sachant,Et au fort faire ils sont puissant,Et si le font partiel divisQe ja n’ert droit si apparant24250Qui contre tort ara guarant,Qant ils ont la querelle pris.Ore aguardetz la charitéDont ils se sont confederé;Car s’acun d’eaux soit en debatEnvers autry de la contrée,Qui n’est pas de leur faculté,Cil ara d’eux null advocat,Qui voet pleder pour son estat,Car ne pledont, ce diont plat,24260L’un contre l’autre en leur degré,Ensi se sont confederat:Maldit soient tiel potestat,Vers queux la loy n’ad poesté.‘Nul trop nous valt,’ sicomme l’en dist;Mais certes trop y sont malditDes tieux, qui scievont loy offendre,Et nepourqant ils ont l’abitDu loy: mais c’est un grant despitQant sabatiers envoit aprendre24270f. 133Son fils ce q’il ne puet comprendre;Car sa nature ne son gendreDe la justice n’est confit,Vilain le droit ne voet entendre:Maisq’il son lucre porra prendre,De la justice tient petit.Auci l’en puet trop mervailler,Car qui se puet ensi taillerQu’il le mantell tantsoulementD’ascun pledour porra porter24280Tanq’a la Court de Westmoustier,Il ert certain d’avancement:Car ja puis n’ert debatementEn son paiis du povre gent,Dont il ne serra parçonierEt d’une part la cause prent,Si gaigne pain et vestement:Maldit soient tiel soldoier.Phisicien d’enfermeté,Ly mires de la gent blescé,24290Sont leez, q’ensi gaigner porront:La gent du loy est auci lée,Qant voit les autres descordé,Car quiquese descorderont,Les gens du loy en gaigneront,590Et pour cela la joye font.O la senestre charité!Qui la justice guarderont,Et d’autry mal s’esjoyeront,N’ont pas la loy bien ordiné.24300Et molt sovent, sicomme le mireLa santé que l’enferm desireMet en soubtil deslayement,Dont il avient q’ainçois enpireLa maladie et la fait pireQ’il n’estoit au commencement,Pour plus gaigner du pacient,Ensi font leur pourloignementLes gens du loy, qui bien remire;Mettont en doubte leur client24310Pourplus gaigner de son argent:Si ce soit loy je ne say dire.Quiquedu perte se complaigne,Trestous les jours de la semaigneCes gens du loy ont lourencress,Car qui pres d’eaux vent ou bargaine,Maisquel’un perde et l’autre gaigne,De l’un et l’autre encore adesIls gaigneront, siquejammesN’est uns qui verra leur descress.24320Des toutes partz vient leur estraine,Quiconqueait guerre, ils en ont pes591En ceste siecle, mais apresNe say quel proufit leur remaine.Qui pour gabelle ou pourtaillageEstuet appaier le tollage,Ces gens du loy exempciounQuieront avoir, si q’avantageNuls puet avoir de leur gaignage;Ainz sont du franc condicioun24330Plus quen’est Conte ne Baroun.Car tous a la posiciounPaions, mais cils du loy sont sageEt ont si faite la resoun,Ne say ce q’est leur enchesoun,La loy ne gardont ne l’usage.Ma reson le me fait sentir,Maisquely Rois volt assentir,Puisqueplaidours et advocatzPar leur maltolt se font richir24340Del bien commun, q’ensi tollirLy Rois doit parsemblable casEt leur maltolt et leur pourchas:Ce q’ont gaigné de leur fallasAu bien commun doit revertir.O Rois, tu qui les guerres as,En tiels le tresor sercheras,Si sagement te voels tenir.C’est la coustumme a Westmoustier,Qui voet aprendre le mestier24350Du loy, lors falt en un estageDe les peccunes halt monter,C’est un estage pour conter:Bien acordant a celle usageSur les peccunes devient sage,Qu’il du peccune l’avantageEn temps suiant sache amasserPour son prou et l’autry damage:Sur les peccunes son corageAttorne a la peccune amer.24360Les apprentis en leur degréAu commencer sont encharnéA les assisses pour pleder;Et lors y pernont la quiréeDe l’argent que leur est donné,Q’ils tous jours puis pourle denierScievont bien courre sanz changer;Mais ne dy point sanz foloier,Car tort qui donne riche féeLeur tolt l’odour du droit sentier,24370Dont sovent les fait forsvoierEt courre loigns du charité.Et puis apres qant l’apprentisUn certain temps ara complis,Dont au pleder soit sufficant,Lors quiert q’il ait la coife assisDessur le chief, et pour son prisLe noun voet porter de sergant.Mais s’il ad esté pardevantEn une chose covoitant,24380Des Mill lors serra plus espris;Car lors devient si fameillant,Ne luy souffist un remenant,Ainz tout devoure le paiis.Mais ils ont une acoustummance,Qant l’aprentis ensi s’avanceA cell estat du sergantie,Luy falt donner une pitanceDel orr, q’ad grant signefiance:Car l’orr qu’il donne signefie24390Q’il doit apres toute sa vieReprendre l’orr a sa partie;Mais ce serra grande habondance,Qant pour donner la soule miePrent tout le pain, dont ne tient mieLe pois ovel en la balance.Mais qant a ce je truis escrit,En l’evangile dieus nous dist,Qe cil qui donne pour l’amourDe luy, ja ne soit si petit,24400Plus a centfois bien infinitReprendre doit; mais ly pledour,Ce m’est avis, au present jour,Qui pour le seculier honourDonnent, ne serront a ce plit:Mais ils nientmeinz ont le colour,Car plusq’ils n’ont donné de lour,Centfois resceivont de proufit.Mais le proufit dont sont empli,Ne vuil je dire ne ne dy24410Qe depardieu ce leur avient,Ainz c’est deparle siecle, a quiSe professont qant l’orr ensiLuy donnent, dont lourcoife vient:Qui sert au siecle, avoir covientLoer du siecle, u qu’il devient,Mais qant il ert au plussaisyDe son proufit, lors est tout nient;Car a sa part riens luy partientQue dieus promette a son amy.24420Sergantz du loy sont sourd et muAvant quel’orr eiont resçu,Que l’en leur baille prest au main:C’est un metall de grant vertu,Q’ensi les sens q’ils ont perduGuarist et les fait estre sainAu plée, ne chalt du quel bargain,Soit du gentil ou du vilain.La main ont toutdis estendu,Maisq’ils del orr soient certain,24430Ou soit de pres ou de longtain,Chascun serra le bienvenu.O comme le siecle ad poesté,Qant tiel miracle ad demoustréSur son sergant q’ensi l’orr donne:Car meintenant q’il l’ad donnée,Sa langue en ce devient dorré,Qe jammais puis sanz orr ne sonne.La langue q’ensi s’abandonneBien porra porter la coronne,24440Car un soul mot au bon marchéeValt d’un escut quel’en guerdonne.Ensi ly sergant nous rançonne:Vei la du loy la charité!Sergant, mal tiens en ton pourpensQe dieus t’ad donné tes cink sens,Et langue et reson de parler,Qant tes paroles si chier vens,Dont se compleignont toutez gens.Tu es plus vil quel’usurer,24450Car si tu vailles au plederA la montance d’un denier,Molt largement del orr en prens:592Si l’autre perde et tu gaignerPorras, bien te scies excuser,Qant tu en as les paiementz.593Rois Salomon ce tesmoigna,Qe cil qui peccune ameraN’est riens plus vil des tousmestiers:594Car comme ly boefs q’om vendera24460Cil est a vendre, et pour celaSavoir voldroie volentiersf. 134Parentre vous, o peccuniers,Qant vous vous estes pourdeniersVenduz, qui vous rechatera.Cil q’une fois vous ot si chiers,Qu’il parsa mort fuist rechatiers,N’est loy q’il autrefois morra.En une histoire des RomeinsSenec reconte et fuist certeins24470D’une aventure q’avint la:Un pledour, qant fuist tout souleins,Enfern veoit partout dedeins,U vist Nero, qui se baigna;Si dist au pledour, ‘Venetz ça,Car gent vendable yci serra;Vous vousvendetz a voz procheinsOultre mesure, et pour celaChascun de vous se baigneraEn cest estang ne plus ne meinz.’24480‘Way vous,’ ce dist saint Ysaïe,‘Q’ensi science avetz cuillie!En vostre Court le riche tortChascun de vous le justefiePour l’orr avoir; mais la partieQ’est povere, la justice dort.’He, comme les douns q’om vousapportVoz corps travaillont sanz desport!Dont peine avetz en ceste vieSanz joye avoir apres la mort.24490Quoi valt l’avoir, qant a sauf portNe puet venir ove la navie?Ne puet savoir qui n’ad aprisDu loy les termes ne les ditz,Tout porrons nousle droit savoir;Pource sont ils plus esbauldizPour remonter le tort en pris,Ainz q’om les puet aparcevoir.Tiels quide au point sa cause avoir,Mais qant le meulx de son avoir24500Ad despendu sur tieux amys,Lors sentira le decevoir:Ensi le droit pert son devoir,Dont ils confondont les paiis.Sicomme les reetz et les enginsSoubz les buissons en ces gardinsHom tent as petitz oisealx prendre,Ensi fait il de ses voisinsQui sciet pleder; car ly mastinsSoubtilement ses reetz fait tendre24510Pourattrapper et pour surprendre,Mandant ses briefs pourfaire entendreQe s’il n’ait part de leur florins,Il les ferra destruire ou pendre;Ensi se pourchace a despendreDes larges mess et des bons vins.O come saint Job de ceste gentJadis parla notablement,Disant queleur possessiounTienont en peas quietement,24520Des tous pernont, mais nuls reprent
Honour, valour, bonté, largesce
Et loyalté duissent remeindre,
Se pervertont de leur noblesce
Par covoitise ou par haltesce,
De l’onour seculer atteindre,24090
Ne say a qui me doy compleindre;
Car cils qui sont du poeple meindre
Tous jours en sentent la destresce:588
Si dieus les mals ne vuille exteindre,
N’est qui de soy les puet enpeindre
Au fin quela malice cesse.
Ce veons bien, q’au temps present
La guerre si commune esprent,
Q’au paine y ad nul labourer
Ly quel a son mestier se prent:24100
Le prestre laist le sacrement
Et ly vilains le charner,
Tous vont as armes travailler.
Si dieus ne pense a l’amender,
L’en puet doubter procheinement
Qe tout le mond doit reverser;
Car qant commun se font lever,
Lors suit maint inconvenient.
Par orguil et par covoitise
L’en voit partout la guerre esprise.
Helas! mais c’est des cristiens24111
Dont est destruite sainte eglise,
Et la justice en sa franchise
Ne prent mais garde de les gens.
Ore est le jour, ore est le temps
Qe nousfaillont les bons regens,
Et si nous falt la bone aprise,
Siquesanz bouns governemens
Nous vienont les molestemens,
Dont chascuns sente la reprise.24120
Mais certes ne puet durer guere
Cil qui sustient la false guerre
Et fait la bonne pees perir,
Ou soit seignourqui ce fait fere,
Ou consaillour de tiel affere,
De malvois fin devont finir;
Car ils tollont le sustenir
Des povres et les font morir,
Qui voldroiont lourpeas requere:
Ne say q’apres doit avenir,24130
Mais qui tieux mals nousfait venir
Est trop maldit en nostre terre.
O cristiene crualté,
Q’es pleine de desloyalté,
Qe si commune occisioun
Sicomme des bestes au marché
Fais de les hommes sanz pité!
O cuer plein de confusioun!
O infernale illusioun,
Qui tiele horrible abusioun,24140
Q’est auci comme desnaturé,
Fais de ton sanc l’effusioun!
Ne say a quell conclusioun
Voes dire quetu crois en dée.
O Covoitise ove ton pilage,
Di dont te vient ce vassellage
Du pueple occire: car droiture
Nulle as, ainz vient de ton oultrage
Qe tu demeines tiele rage.
Car dieus q’est sire de nature24150
La terre ove tout le bien dessure
Fist a l’umeine creature
Commun; mais tu comme loup salvage,
Pourpropre avoir plus quemesure,
Occire fais a demesure
Ce quefist dieus a son ymage.
Sovent je muse et museray
Comment a dieu m’excuseray
Qu’il de sa loy m’ad defendu,
Disant quel’omme n’occiray;24160
Ainçois me dist quej’ameray
Ceaux qui se sont a luy rendu,
Et ont baptesme et foy resçu:
Ensi pensant je suy vencu
Que l’excusacioun ne say.
Mais ce que dieus de sa vertu
Crea, je fils de Belzabu
De mon orguil destruieray?
Sur tout se pleignt la gent menour
En disant quedu jour en jour24170
Le siecle s’en vait enpirant;
Mais qui voet dire la verrour,
Ly chivaler de son errour
Et l’escuier de meintenant,
Ascuns qui s’en vont guerroiant,
Ascuns a l’ostell sojournant,
Le covoitous et l’orguillour,
Sont en partie malfesant,
Par quoy trestout le remenant
Du siecle est mellé de folour.24180
Ore q’il ad dit l’estat des chivalers et des gens d’armes, dirra de ceaux qui se nomont gens du loy.
Ore q’il ad dit l’estat des chivalers et des gens d’armes, dirra de ceaux qui se nomont gens du loy.
Une autre gent y ad, du quoy
L’en poet oïr murmuren coy,
Parles paiis communement
Chascuns se plaint endroit de soi;
C’est une gent nomé du loy,
Mais le noun portont vuidement;
Car loy justice en soy comprent,
Mais n’est celly qui garde en prent,589
Ainz ont colour sanz bonne foy:
Je prens tesmoign a celle gent,24190
Si tort puet donner largement,
Le droit ne gaignera que poy.
Iceste gent, ce m’est avis,
Pource qu’ils ont la loy apris,
Par resoun duissont loy tenir
Et sustenir en leur paiis
Les drois; mais tant sont esbauldiz
Du lucre, comme l’en puet oïr,
Q’ainçois la loy font pervertir,
Dont font le povre droit perir:24200
Car du poverte sont eschis,
Mais ove le riche ont leur conspir,
Et pour sa cause maintenir
Justice et loy mettant au pris.
Si la querelle false soit,
Et ly plaidour ce sciet et voit,
Qant doit pleder pourson client,
Lors met engin comment porroit
Son tort aider et l’autry droit
Abatre, dont soubtilement24210
Procure le deslayement;
Et entre ce, ne say comment,
De la cautele se pourvoit
Q’il ad au fin le juggement
Pour soy. O dieus omnipotent,
Vei la pledour de male endroit!
Qant la gent povere au pledourvient
Pouravoir ce q’au loy partient,
Et priont plaider en leur cas,
Du charité ne luy sovient;24220
Car povere droit, qui donne nient,
Pournull clamour escoulte pas,
Mais riche tort, qui parle bass,
Vers luy se tret isnele pass,
Escoulte, et de sa part devient:
Car jammais pour tes ambesaas
La juste cause que tu as
Encontre sisnes ne maintient.
L’en dist en ces proverbials,
‘L’un covoitous et l’autre fals24230
Ils s’entracordont de leger.’
Maldit soient tieux parigals,
Car ja nuls ert si desloyals,
S’il porra largement donner,
Q’il meintenant pourson denier
Ne truist celluy qui voet pleder
A sustenir trestous ses mals,
Dont font les povres exiler:
Loy q’ensi se fait desloyer
Esclandre donne as courtz roials.24240
En leur pledant, ce m’est avis,
Ils ont au point deux motz assis
Q’a leur estat sont acordant;
C’est ‘tort’ et ‘fort,’ dont sont malmis
Les povres gens de leur paiis
Du tort et fort qu’ils sont faisant:
Car au tort faire ils sont sachant,
Et au fort faire ils sont puissant,
Et si le font partiel divis
Qe ja n’ert droit si apparant24250
Qui contre tort ara guarant,
Qant ils ont la querelle pris.
Ore aguardetz la charité
Dont ils se sont confederé;
Car s’acun d’eaux soit en debat
Envers autry de la contrée,
Qui n’est pas de leur faculté,
Cil ara d’eux null advocat,
Qui voet pleder pour son estat,
Car ne pledont, ce diont plat,24260
L’un contre l’autre en leur degré,
Ensi se sont confederat:
Maldit soient tiel potestat,
Vers queux la loy n’ad poesté.
‘Nul trop nous valt,’ sicomme l’en dist;
Mais certes trop y sont maldit
Des tieux, qui scievont loy offendre,
Et nepourqant ils ont l’abit
Du loy: mais c’est un grant despit
Qant sabatiers envoit aprendre24270
f. 133
Son fils ce q’il ne puet comprendre;
Car sa nature ne son gendre
De la justice n’est confit,
Vilain le droit ne voet entendre:
Maisq’il son lucre porra prendre,
De la justice tient petit.
Auci l’en puet trop mervailler,
Car qui se puet ensi tailler
Qu’il le mantell tantsoulement
D’ascun pledour porra porter24280
Tanq’a la Court de Westmoustier,
Il ert certain d’avancement:
Car ja puis n’ert debatement
En son paiis du povre gent,
Dont il ne serra parçonier
Et d’une part la cause prent,
Si gaigne pain et vestement:
Maldit soient tiel soldoier.
Phisicien d’enfermeté,
Ly mires de la gent blescé,24290
Sont leez, q’ensi gaigner porront:
La gent du loy est auci lée,
Qant voit les autres descordé,
Car quiquese descorderont,
Les gens du loy en gaigneront,590
Et pour cela la joye font.
O la senestre charité!
Qui la justice guarderont,
Et d’autry mal s’esjoyeront,
N’ont pas la loy bien ordiné.24300
Et molt sovent, sicomme le mire
La santé que l’enferm desire
Met en soubtil deslayement,
Dont il avient q’ainçois enpire
La maladie et la fait pire
Q’il n’estoit au commencement,
Pour plus gaigner du pacient,
Ensi font leur pourloignement
Les gens du loy, qui bien remire;
Mettont en doubte leur client24310
Pourplus gaigner de son argent:
Si ce soit loy je ne say dire.
Quiquedu perte se complaigne,
Trestous les jours de la semaigne
Ces gens du loy ont lourencress,
Car qui pres d’eaux vent ou bargaine,
Maisquel’un perde et l’autre gaigne,
De l’un et l’autre encore ades
Ils gaigneront, siquejammes
N’est uns qui verra leur descress.24320
Des toutes partz vient leur estraine,
Quiconqueait guerre, ils en ont pes591
En ceste siecle, mais apres
Ne say quel proufit leur remaine.
Qui pour gabelle ou pourtaillage
Estuet appaier le tollage,
Ces gens du loy exempcioun
Quieront avoir, si q’avantage
Nuls puet avoir de leur gaignage;
Ainz sont du franc condicioun24330
Plus quen’est Conte ne Baroun.
Car tous a la posicioun
Paions, mais cils du loy sont sage
Et ont si faite la resoun,
Ne say ce q’est leur enchesoun,
La loy ne gardont ne l’usage.
Ma reson le me fait sentir,
Maisquely Rois volt assentir,
Puisqueplaidours et advocatz
Par leur maltolt se font richir24340
Del bien commun, q’ensi tollir
Ly Rois doit parsemblable cas
Et leur maltolt et leur pourchas:
Ce q’ont gaigné de leur fallas
Au bien commun doit revertir.
O Rois, tu qui les guerres as,
En tiels le tresor sercheras,
Si sagement te voels tenir.
C’est la coustumme a Westmoustier,
Qui voet aprendre le mestier24350
Du loy, lors falt en un estage
De les peccunes halt monter,
C’est un estage pour conter:
Bien acordant a celle usage
Sur les peccunes devient sage,
Qu’il du peccune l’avantage
En temps suiant sache amasser
Pour son prou et l’autry damage:
Sur les peccunes son corage
Attorne a la peccune amer.24360
Les apprentis en leur degré
Au commencer sont encharné
A les assisses pour pleder;
Et lors y pernont la quirée
De l’argent que leur est donné,
Q’ils tous jours puis pourle denier
Scievont bien courre sanz changer;
Mais ne dy point sanz foloier,
Car tort qui donne riche fée
Leur tolt l’odour du droit sentier,24370
Dont sovent les fait forsvoier
Et courre loigns du charité.
Et puis apres qant l’apprentis
Un certain temps ara complis,
Dont au pleder soit sufficant,
Lors quiert q’il ait la coife assis
Dessur le chief, et pour son pris
Le noun voet porter de sergant.
Mais s’il ad esté pardevant
En une chose covoitant,24380
Des Mill lors serra plus espris;
Car lors devient si fameillant,
Ne luy souffist un remenant,
Ainz tout devoure le paiis.
Mais ils ont une acoustummance,
Qant l’aprentis ensi s’avance
A cell estat du sergantie,
Luy falt donner une pitance
Del orr, q’ad grant signefiance:
Car l’orr qu’il donne signefie24390
Q’il doit apres toute sa vie
Reprendre l’orr a sa partie;
Mais ce serra grande habondance,
Qant pour donner la soule mie
Prent tout le pain, dont ne tient mie
Le pois ovel en la balance.
Mais qant a ce je truis escrit,
En l’evangile dieus nous dist,
Qe cil qui donne pour l’amour
De luy, ja ne soit si petit,24400
Plus a centfois bien infinit
Reprendre doit; mais ly pledour,
Ce m’est avis, au present jour,
Qui pour le seculier honour
Donnent, ne serront a ce plit:
Mais ils nientmeinz ont le colour,
Car plusq’ils n’ont donné de lour,
Centfois resceivont de proufit.
Mais le proufit dont sont empli,
Ne vuil je dire ne ne dy24410
Qe depardieu ce leur avient,
Ainz c’est deparle siecle, a qui
Se professont qant l’orr ensi
Luy donnent, dont lourcoife vient:
Qui sert au siecle, avoir covient
Loer du siecle, u qu’il devient,
Mais qant il ert au plussaisy
De son proufit, lors est tout nient;
Car a sa part riens luy partient
Que dieus promette a son amy.24420
Sergantz du loy sont sourd et mu
Avant quel’orr eiont resçu,
Que l’en leur baille prest au main:
C’est un metall de grant vertu,
Q’ensi les sens q’ils ont perdu
Guarist et les fait estre sain
Au plée, ne chalt du quel bargain,
Soit du gentil ou du vilain.
La main ont toutdis estendu,
Maisq’ils del orr soient certain,24430
Ou soit de pres ou de longtain,
Chascun serra le bienvenu.
O comme le siecle ad poesté,
Qant tiel miracle ad demoustré
Sur son sergant q’ensi l’orr donne:
Car meintenant q’il l’ad donnée,
Sa langue en ce devient dorré,
Qe jammais puis sanz orr ne sonne.
La langue q’ensi s’abandonne
Bien porra porter la coronne,24440
Car un soul mot au bon marchée
Valt d’un escut quel’en guerdonne.
Ensi ly sergant nous rançonne:
Vei la du loy la charité!
Sergant, mal tiens en ton pourpens
Qe dieus t’ad donné tes cink sens,
Et langue et reson de parler,
Qant tes paroles si chier vens,
Dont se compleignont toutez gens.
Tu es plus vil quel’usurer,24450
Car si tu vailles au pleder
A la montance d’un denier,
Molt largement del orr en prens:592
Si l’autre perde et tu gaigner
Porras, bien te scies excuser,
Qant tu en as les paiementz.593
Rois Salomon ce tesmoigna,
Qe cil qui peccune amera
N’est riens plus vil des tousmestiers:594
Car comme ly boefs q’om vendera24460
Cil est a vendre, et pour cela
Savoir voldroie volentiers
f. 134
Parentre vous, o peccuniers,
Qant vous vous estes pourdeniers
Venduz, qui vous rechatera.
Cil q’une fois vous ot si chiers,
Qu’il parsa mort fuist rechatiers,
N’est loy q’il autrefois morra.
En une histoire des Romeins
Senec reconte et fuist certeins24470
D’une aventure q’avint la:
Un pledour, qant fuist tout souleins,
Enfern veoit partout dedeins,
U vist Nero, qui se baigna;
Si dist au pledour, ‘Venetz ça,
Car gent vendable yci serra;
Vous vousvendetz a voz procheins
Oultre mesure, et pour cela
Chascun de vous se baignera
En cest estang ne plus ne meinz.’24480
‘Way vous,’ ce dist saint Ysaïe,
‘Q’ensi science avetz cuillie!
En vostre Court le riche tort
Chascun de vous le justefie
Pour l’orr avoir; mais la partie
Q’est povere, la justice dort.’
He, comme les douns q’om vousapport
Voz corps travaillont sanz desport!
Dont peine avetz en ceste vie
Sanz joye avoir apres la mort.24490
Quoi valt l’avoir, qant a sauf port
Ne puet venir ove la navie?
Ne puet savoir qui n’ad apris
Du loy les termes ne les ditz,
Tout porrons nousle droit savoir;
Pource sont ils plus esbauldiz
Pour remonter le tort en pris,
Ainz q’om les puet aparcevoir.
Tiels quide au point sa cause avoir,
Mais qant le meulx de son avoir24500
Ad despendu sur tieux amys,
Lors sentira le decevoir:
Ensi le droit pert son devoir,
Dont ils confondont les paiis.
Sicomme les reetz et les engins
Soubz les buissons en ces gardins
Hom tent as petitz oisealx prendre,
Ensi fait il de ses voisins
Qui sciet pleder; car ly mastins
Soubtilement ses reetz fait tendre24510
Pourattrapper et pour surprendre,
Mandant ses briefs pourfaire entendre
Qe s’il n’ait part de leur florins,
Il les ferra destruire ou pendre;
Ensi se pourchace a despendre
Des larges mess et des bons vins.
O come saint Job de ceste gent
Jadis parla notablement,
Disant queleur possessioun
Tienont en peas quietement,24520
Des tous pernont, mais nuls reprent