Dieus solonc la diversetéDes terres ad ses biens donné,A l’une leine, a l’autre soie,A l’une vin, a l’autre blée,25180Et ensi la commoditéDivide, mais u queje soie,Si je du resoun ne forsvoie,N’est une terre que je voieLa quelle de sa propretéDes tous ensemble se rejoye;Et c’est pour resonnable voieQe dieus ensi l’ad ordiné.Si une terre avoir porroitTous biens ensemble, lors serroit25190Trop orguillouse, et pour celaDieus establist, et au bon droit,Qe l’une terre en son endroitDel autry bien busoignera:Sur quoy marchant dieus ordina,Qui ce q’en l’une ne serraEn l’autre terre querre doit;Pour ce qui bien se gardera,Et loyalment marchandera,De dieu et homme il est benoit.25200La loy le voet et c’est droiture,Qe qui se met en aventureDe perdre doit auci gaigner,Qant sa fortune le procure:Pour ce vous dy, cil qui sa cureMettre voldra pour marchander,Et son argent aventurer,S’il gaigne, en ce n’est a blamer,Maisq’il le face par mesureSanz fraude; car pourle denier25210Qui son voisin quiert enginerN’ad pas sa conscience pure.Tous scievont bien q’om doit precherAs vices pour les amender,Non pourgloser du flaterieLes vertuous, car le blamerDes mals as bons est le priser;Et pour cela, si je voir dieAs fols ce q’est de leur folie,Ly sages oms ne se doit mye25220f. 138Par celle cause coroucer;Car foy d’encoste tricherieDu plus notable apparantie610Par son contraire est a louer.611Les bons sont bons, les mals sont mals;Dont si l’en preche as desloials,Pource ne doit il pas chaloirAs ceaux qui sont en soi loials;Car chascuns solonc ses travalsDoit son pris ou son blame avoir:25230Ne sont pas un, pour dire voir,Marchant qui pense a decevoirEt l’autre qui parses journalsEn loialté se fait movoir;Tout deux travaillont pourl’avoir,Mais ils ne sont pas parigals.Del un Marchant au jour presentL’en parle molt communement,Il ad noun Triche plein de guile,Qe pour sercher del orient25240Jusques au fin del occident,N’y ad cité ne bonne vileU Triche son avoir ne pile.Triche en Bourdeaux, Triche en Civile,Triche en Paris achat et vent;Triche ad ses niefs et sa famile,Et du richesce plus nobileTriche ad disz foitz plusq’autre gent.Triche a Florence et a VeniseAd son recet et sa franchise,25250Si ad a Brugges et a Gant;A son agard auci s’est miseLa noble Cité sur Tamise,La quelle Brutus fuist fondant;Mais Triche la vait confondant,Les biens de ses voisins tondant,Car il ne chalt parquelle guise,Ou soit derere ou soit devant,Son propre lucre vait querantEt le commun proufit despise.25260Ascune fois Triche est grossour,Mais il ad trop la foy menourEndroit de cell avoir du poisQuel il engrosse, et au retourLe vent parpois du meindre tourQ’il n’achata l’avoir ainçois,Dont pardeceipte le surcroisRetient, et l’autre en ad descrois:612Mais ce quechalt, car son amourTriche ad tourné tant sur la crois25270De l’esterling, q’as toutes foisIl quiert du bargaign le meillour.Triche auci de sa tricherieSoventesfois en mercerieDeceipte fait diversement,Q’il ad toutplein du queinterie,Des buffles et de musardie,Pour assoter la vaine gent,Dont porra gaigner lourargent:Et si parole bell et gent,25280Et fait leur bonne compaignieDu bouche, mais du pensementSon lucre quiert soubtilementSoubz l’ombre de sa courtoisie.Cil q’est estrait de ceste mueN’ad mye la parole mue,Ainz est crieys plus q’esperver:Qant voit la gent q’est desconue,Lors trait et tire, huche et hue,Si dist: ‘Venetz avant entrer!25290Des litz, courchiefs, penne ostricer,Cendals, satins, draps d’outre mer:Venetz, je vous dourray la vieue,Car si vous vuilletz achater,Ne vous estuet plus loigns aler;613Vecy le meilleur de la rue!’Mais bien t’avise d’une chose,Si voels entrer deinz la parclose,Qe d’achater soietz bien sage;Car Triche au point ne se desclose,Ainçois parsa coverte glose25301Te dourra craie pour fourmage.Tu quideretz parson languageQe celle urtie q’est salvageSoit une preciouse rose,Tant te ferra courtois visage;Mais si voels estre sanz damage,En son papir ne te repose.Ascune fois Triche est draper,Mais lors sciet il bien attrapper25310Les gens qui quieront la vesture.Le noun de dieu te voet jurer,Si tu le drap voes achater,La marché bonne et la mesureTe fra donner; mais je t’assure,Ce serra tout en aventure,S’il porra ton argent happer:Car combien q’il te dist et jure,Ja son mestier solonc droitureA toy n’a autre voet garder.25320Ce nous dist dieus, et je le croy,Qe cil q’est tenebrous en soyHiet et eschive la lumere:Pour ce qant je le draper voyDeinz sa maison, lors semble a moiQ’il n’ad pas conscience cliere:Car oscure ad la fenestrereLa q’il doit faire sa marchiere,Q’au paine om voit le vert du bloy:Il est auci de sa maniere25330Oscur, car nuls de la primereParole sciet du pris la foy.Au double pris parserementLe drap te met oscurement,Dont il par tiele oscuretéT’engine plus soubtilement,Et fait a croire voirementQu’il t’ad en ce fait ameisté,Qant il t’ara plus enginé:Car il dirra q’il t’ad donné25340Pour avoir ton aquointement,Siqu’il de toy n’ad riens gaigné;Mais la mesure et la marchéeDirront q’il est tout autrement.Si Triche est en son drap vendantAs deux deceiptes entendant,Il est enquore au double plusEn son office deceivant,Qant il des leines est marchant:Car lors est Triche a son dessus,25350Par les Cités il est resçus,Par les paiis il est conuz,Il vait les bargaigns pourpernant,Il ad ses brocours retenuz,Il fait tourner le sus en jusEt le derere il met devant.Triche ad sa cause trop mondeine,Car l’autry prou toutdis desdeigneEt quiert son propre lucre ades:Mais il ad trop soubtile aleine25360Qant il l’estaple de la leineGoverne, car de son encressLors trete et parle asses du pres;Quoiqueluy doit venir apres,Il prent yci tant large estreineDu malvois gaign, dont il jammes,Si dieus n’en face a luy reless,N’avra sa conscience seine.O leine, dame de noblesce,Tu es des marchantz la duesse,25370Pour toy servir tout sont enclin;De ta fortune et ta richesceLes uns fais monter en haltesce,Les uns fais ruer en declin;L’estaple, u quetu es voisin,N’est pas sanz fraude et mal engin,Dont om sa conscience blesce.O leine, ensi comme le cristin,Einsi paien et SarazinTe quiert avoir et te confesse.25380O leine, l’en ne doit pas tereQue tu fais en estrange terre;Car les marchantz des tous paiisEn temps du peas, en temps du guerre,Par grant amour te vienont querre;Car qui q’al autre est anemys,Tu n’es jammes sanz bons amys,Q’en ton service se sont mysPour le proufit de ton affere:Tu es partout le mond cheris,25390La terre dont tu es norrisPar toy puet grande chose fere.En tout le mond tu es menéParterre et mer, mais assenéTu es a la plus riche gent:614En Engleterre tu es née,Mais quetu es mal governé615L’en parle molt diversement;Car Triche, q’ad toutplein d’argent,De ton estaple est fait regent,25400Et le meine a sa volentéEn terre estrange, u proprementSon gaign pourchace, et tielementNous autres sumes damagé.O belle, o blanche, o bien delie,L’amour de toy tant point et lie,Que ne se porront deslierLes cuers qui font la marchandieDe toy; ainz mainte tricherieEt maint engin font compasser25410Comment te porront amasser:Et puis te font la mer passer,f. 139Comme celle q’es de leur navieLa droite dame, et pourgaignerLes gens te vienont bargainerPar covoitise et par envie.Eschange, usure et chevisance,O laine, soubz ta governanceVont en ta noble Court servir;Et Triche y fait lourpourvoiance,25420Qui d’Avarice l’aquointanceAttrait, et pourle gaign tenirIl fait les brocours retenir.Mais quiques’en voet abstenirDu fraude, Triche ades l’avance,Siq’en les laines maintenirJe voi plusours descontenirDu loyalté la viele usance.Mais gaigne qui voldra gaigner,L’en porra trop esmerveiller25430En nostre terre a mon avisDes Lumbardz, qui sont estranger,Q’est ce q’ils vuillont chalangerA demourer en noz paiisTout auci francs, auci cheris,Comme s’ils fuissent neez et norrizOvesquenous; mais pour guilerMoustront semblant come noz amis,Et soubz cela lourcuer ont mysDe nostre argent et orr piler.25440Ces Lombars nousfont mal bargain,Lourpaile eschangont pourno grain,Pourdeux biens nousfont quatre mals,Ils nousapportont leur fustain,Si nousvuidont du false mainNos riches nobles d’orr roialsEt l’esterlings des fins metals;C’est un des causes principalsDont nostre terre est trop baraign;Mais si l’en creroit mes consals,25450Ja dieus ne m’aid, si tiels vassalsNous serroient ensi prochain.Mais ils scievont de leur partieSi bien juer la jeupartie616Du brocage et procurement,Q’ils par deceipte et flaterieFont enginer la seignourieDe nostre terre a leur talent,Dont sont privez plusq’autre gent:Siquel’en dist communement25460Q’ils sont de no consail l’espie,Dont maint peril nousvient sovent,Et qui regarde au jour presentOverte en verra la folie.617Huy voy des tiels Lombars venirSicome garçon du povre atir,Qui ainz quesoit un an passéPar leur deceipte et leur conspirPlus noblement se font vestir618Qe les burgois de no Cité;25470Et s’ils eiont necessitéDu seigneurie ou d’ameisté,Ils se scievont ensi chevirDu fraude et de soubtilité,Qe leur querelle est avancéMalgré le nostre a leur plaisir.N’est pas resoun ce queje voi,Ainçois l’en doit bien dire avoiAs tiels seignours qui parbrocageDes douns avoir, ou grant ou poy,25480Vuillont donner credence ou foyAs tieles gens, qui no damageAguaitont pour lour avantage:Mais c’est grant honte au seignourage,Qui nous duissont garder la loy,De noz marchantz mettre en servage,Et enfranchir pour le pilageLes gens estranges trestout coy.Mais covoitise ad tout soubmis,Car cil qui donne avra d’amys25490Et puet son fait au fin mener,C’est la coustumme en mon paiis:Mais qui prent garde a mon avisDes toutes partz porra mirerEt du voisin et d’estrangerQe tricherie en marchanderToutdis nousvient devant le vis;Et d’autre part pour reguarderLes gens qui vivont de mestier,Trestout sont d’une escole apris.25500Ore dirra un petit comment Triche est associé et demoert entre ceaux qui vivont du mestier et d’artifice.Les gens qui vivont d’artefice,Si bien le font solonc justice,Au bien commun sont necessaire,Et mesmes dieu lourencherice,Mais s’ils trichent, c’est une viceQ’au bien commun est trop contraire:Et nepourqant plus quenotaire619L’en dist queTriche en secretaireEntre les autres tient office,Et partout guide, u q’il repaire,25510Des compaignons plus quevingt paire,620Qui tous servont dame Avarice.Triche est Orfevere au plus sovent,621Mais lors ne tient il pas covent,Qant il d’alconomie allieLe fin orr et le fin argent;Si fait quider a l’autre gentQe sa falsine soit verraie;Dont le vessell, ainz q’om l’essaie,Vent et reçoit la bonne paie25520De l’esterling, et tielementDel argent q’il corrompt et plaieSa pompe et son orguil desplaie,Et se contient trop richement.Je ne say point d’especialTout dire et nomer le metallQue Triche ove l’argent fait meller;Mais bien sai q’il fait trop de mal,Q’ensi l’argent fin et loyalDe sa mixture fait falser.25530Cil q’au buillon voldra baillerVessell d’argent pour monoier,Lors puet il savoir au finalQe triche ad esté vesseller;Car son vessell et le denierNe sont pas d’une touche egal.Si Triche t’ait coupe ou ceintureDe ton argent parfait, al hureJe loo queprest soies a prendre;Car d’une chose je t’assure,25540S’un autre vient en ta demureEt Triche en poet son gaign comprendre,622Il le fait comme son propre vendre;Mais il t’en fra depuis entendreQ’il l’ot bien fait, mais aventureLe fist quasser, dont falt attendre:Ensi te dist parole tendre,Et t’en deçoit par coverture.Si Triche t’ait de son ovreigneMis certain jour, molt ert grant peineSi deinz le mois avoir porras25551Q’il t’ad promis deinz la semeine:Ainz mainte guile et mainte treineT’en fra, et molt sovent parcasAu fin del tout tu failleras,Ou autrement tu plederas,Car si la loy ne luy constreigne,Du loyalté ne tient il pas.Ensi fait Triche son pourchasDu mestier qui l’orfevere meine.25560Et des jeualx avient auciQ’ascune fois Triche est saisi;Mais lors a les seignours s’en vait,623Et fait le moustre et jure ensi,Q’ainçois q’il d’eaux serra parti,Les grandes sommes il en trait624De leur argent. Mais lors malfait,Qant il la piere ad contrefait,Que ne valt point un parasi,Et pardeceipte et paraguait25570Le vent; car qui q’en soit desfaitNe chalt, maisq’il soit enrichi.Je ne say dire tout pour quoy,Que j’ay oÿ sovent en coyLes gens compleindre et murmurer,N’en say la cause ne ne voi,Mais quel’en dist avoy, avoi!625Qe sur tous autres le mestierDes perriers est a blamer.N’est Duc ne Conte ne Princer,25580Voir ne le propre corps du Roy,Qui s’en porront bien excuser;Trestous les ad fait enginerLy perriers ove son desroy.Om dist quedieus en trois partiesAd grandes vertus departies;Ce sont, sicomme l’en vait disant,Paroles, herbes et perries;Parceaux fait homme les mestriesEt les mervailles tout avant,25590Mais ore est autre quedevant,Les perriers sont plusplesantQe les saphirs ne les rubies;Mais je ne say pas nepourqantSi celle grace soit sourdantOu des vertus ou des soties.Triche est auci de nostre villeRiche Espicier; mais il avileAu plus sovent sa conscience,626Q’il sa balance ad trop soubtile25600
Dieus solonc la diversetéDes terres ad ses biens donné,A l’une leine, a l’autre soie,A l’une vin, a l’autre blée,25180Et ensi la commoditéDivide, mais u queje soie,Si je du resoun ne forsvoie,N’est une terre que je voieLa quelle de sa propretéDes tous ensemble se rejoye;Et c’est pour resonnable voieQe dieus ensi l’ad ordiné.Si une terre avoir porroitTous biens ensemble, lors serroit25190Trop orguillouse, et pour celaDieus establist, et au bon droit,Qe l’une terre en son endroitDel autry bien busoignera:Sur quoy marchant dieus ordina,Qui ce q’en l’une ne serraEn l’autre terre querre doit;Pour ce qui bien se gardera,Et loyalment marchandera,De dieu et homme il est benoit.25200La loy le voet et c’est droiture,Qe qui se met en aventureDe perdre doit auci gaigner,Qant sa fortune le procure:Pour ce vous dy, cil qui sa cureMettre voldra pour marchander,Et son argent aventurer,S’il gaigne, en ce n’est a blamer,Maisq’il le face par mesureSanz fraude; car pourle denier25210Qui son voisin quiert enginerN’ad pas sa conscience pure.Tous scievont bien q’om doit precherAs vices pour les amender,Non pourgloser du flaterieLes vertuous, car le blamerDes mals as bons est le priser;Et pour cela, si je voir dieAs fols ce q’est de leur folie,Ly sages oms ne se doit mye25220f. 138Par celle cause coroucer;Car foy d’encoste tricherieDu plus notable apparantie610Par son contraire est a louer.611Les bons sont bons, les mals sont mals;Dont si l’en preche as desloials,Pource ne doit il pas chaloirAs ceaux qui sont en soi loials;Car chascuns solonc ses travalsDoit son pris ou son blame avoir:25230Ne sont pas un, pour dire voir,Marchant qui pense a decevoirEt l’autre qui parses journalsEn loialté se fait movoir;Tout deux travaillont pourl’avoir,Mais ils ne sont pas parigals.Del un Marchant au jour presentL’en parle molt communement,Il ad noun Triche plein de guile,Qe pour sercher del orient25240Jusques au fin del occident,N’y ad cité ne bonne vileU Triche son avoir ne pile.Triche en Bourdeaux, Triche en Civile,Triche en Paris achat et vent;Triche ad ses niefs et sa famile,Et du richesce plus nobileTriche ad disz foitz plusq’autre gent.Triche a Florence et a VeniseAd son recet et sa franchise,25250Si ad a Brugges et a Gant;A son agard auci s’est miseLa noble Cité sur Tamise,La quelle Brutus fuist fondant;Mais Triche la vait confondant,Les biens de ses voisins tondant,Car il ne chalt parquelle guise,Ou soit derere ou soit devant,Son propre lucre vait querantEt le commun proufit despise.25260Ascune fois Triche est grossour,Mais il ad trop la foy menourEndroit de cell avoir du poisQuel il engrosse, et au retourLe vent parpois du meindre tourQ’il n’achata l’avoir ainçois,Dont pardeceipte le surcroisRetient, et l’autre en ad descrois:612Mais ce quechalt, car son amourTriche ad tourné tant sur la crois25270De l’esterling, q’as toutes foisIl quiert du bargaign le meillour.Triche auci de sa tricherieSoventesfois en mercerieDeceipte fait diversement,Q’il ad toutplein du queinterie,Des buffles et de musardie,Pour assoter la vaine gent,Dont porra gaigner lourargent:Et si parole bell et gent,25280Et fait leur bonne compaignieDu bouche, mais du pensementSon lucre quiert soubtilementSoubz l’ombre de sa courtoisie.Cil q’est estrait de ceste mueN’ad mye la parole mue,Ainz est crieys plus q’esperver:Qant voit la gent q’est desconue,Lors trait et tire, huche et hue,Si dist: ‘Venetz avant entrer!25290Des litz, courchiefs, penne ostricer,Cendals, satins, draps d’outre mer:Venetz, je vous dourray la vieue,Car si vous vuilletz achater,Ne vous estuet plus loigns aler;613Vecy le meilleur de la rue!’Mais bien t’avise d’une chose,Si voels entrer deinz la parclose,Qe d’achater soietz bien sage;Car Triche au point ne se desclose,Ainçois parsa coverte glose25301Te dourra craie pour fourmage.Tu quideretz parson languageQe celle urtie q’est salvageSoit une preciouse rose,Tant te ferra courtois visage;Mais si voels estre sanz damage,En son papir ne te repose.Ascune fois Triche est draper,Mais lors sciet il bien attrapper25310Les gens qui quieront la vesture.Le noun de dieu te voet jurer,Si tu le drap voes achater,La marché bonne et la mesureTe fra donner; mais je t’assure,Ce serra tout en aventure,S’il porra ton argent happer:Car combien q’il te dist et jure,Ja son mestier solonc droitureA toy n’a autre voet garder.25320Ce nous dist dieus, et je le croy,Qe cil q’est tenebrous en soyHiet et eschive la lumere:Pour ce qant je le draper voyDeinz sa maison, lors semble a moiQ’il n’ad pas conscience cliere:Car oscure ad la fenestrereLa q’il doit faire sa marchiere,Q’au paine om voit le vert du bloy:Il est auci de sa maniere25330Oscur, car nuls de la primereParole sciet du pris la foy.Au double pris parserementLe drap te met oscurement,Dont il par tiele oscuretéT’engine plus soubtilement,Et fait a croire voirementQu’il t’ad en ce fait ameisté,Qant il t’ara plus enginé:Car il dirra q’il t’ad donné25340Pour avoir ton aquointement,Siqu’il de toy n’ad riens gaigné;Mais la mesure et la marchéeDirront q’il est tout autrement.Si Triche est en son drap vendantAs deux deceiptes entendant,Il est enquore au double plusEn son office deceivant,Qant il des leines est marchant:Car lors est Triche a son dessus,25350Par les Cités il est resçus,Par les paiis il est conuz,Il vait les bargaigns pourpernant,Il ad ses brocours retenuz,Il fait tourner le sus en jusEt le derere il met devant.Triche ad sa cause trop mondeine,Car l’autry prou toutdis desdeigneEt quiert son propre lucre ades:Mais il ad trop soubtile aleine25360Qant il l’estaple de la leineGoverne, car de son encressLors trete et parle asses du pres;Quoiqueluy doit venir apres,Il prent yci tant large estreineDu malvois gaign, dont il jammes,Si dieus n’en face a luy reless,N’avra sa conscience seine.O leine, dame de noblesce,Tu es des marchantz la duesse,25370Pour toy servir tout sont enclin;De ta fortune et ta richesceLes uns fais monter en haltesce,Les uns fais ruer en declin;L’estaple, u quetu es voisin,N’est pas sanz fraude et mal engin,Dont om sa conscience blesce.O leine, ensi comme le cristin,Einsi paien et SarazinTe quiert avoir et te confesse.25380O leine, l’en ne doit pas tereQue tu fais en estrange terre;Car les marchantz des tous paiisEn temps du peas, en temps du guerre,Par grant amour te vienont querre;Car qui q’al autre est anemys,Tu n’es jammes sanz bons amys,Q’en ton service se sont mysPour le proufit de ton affere:Tu es partout le mond cheris,25390La terre dont tu es norrisPar toy puet grande chose fere.En tout le mond tu es menéParterre et mer, mais assenéTu es a la plus riche gent:614En Engleterre tu es née,Mais quetu es mal governé615L’en parle molt diversement;Car Triche, q’ad toutplein d’argent,De ton estaple est fait regent,25400Et le meine a sa volentéEn terre estrange, u proprementSon gaign pourchace, et tielementNous autres sumes damagé.O belle, o blanche, o bien delie,L’amour de toy tant point et lie,Que ne se porront deslierLes cuers qui font la marchandieDe toy; ainz mainte tricherieEt maint engin font compasser25410Comment te porront amasser:Et puis te font la mer passer,f. 139Comme celle q’es de leur navieLa droite dame, et pourgaignerLes gens te vienont bargainerPar covoitise et par envie.Eschange, usure et chevisance,O laine, soubz ta governanceVont en ta noble Court servir;Et Triche y fait lourpourvoiance,25420Qui d’Avarice l’aquointanceAttrait, et pourle gaign tenirIl fait les brocours retenir.Mais quiques’en voet abstenirDu fraude, Triche ades l’avance,Siq’en les laines maintenirJe voi plusours descontenirDu loyalté la viele usance.Mais gaigne qui voldra gaigner,L’en porra trop esmerveiller25430En nostre terre a mon avisDes Lumbardz, qui sont estranger,Q’est ce q’ils vuillont chalangerA demourer en noz paiisTout auci francs, auci cheris,Comme s’ils fuissent neez et norrizOvesquenous; mais pour guilerMoustront semblant come noz amis,Et soubz cela lourcuer ont mysDe nostre argent et orr piler.25440Ces Lombars nousfont mal bargain,Lourpaile eschangont pourno grain,Pourdeux biens nousfont quatre mals,Ils nousapportont leur fustain,Si nousvuidont du false mainNos riches nobles d’orr roialsEt l’esterlings des fins metals;C’est un des causes principalsDont nostre terre est trop baraign;Mais si l’en creroit mes consals,25450Ja dieus ne m’aid, si tiels vassalsNous serroient ensi prochain.Mais ils scievont de leur partieSi bien juer la jeupartie616Du brocage et procurement,Q’ils par deceipte et flaterieFont enginer la seignourieDe nostre terre a leur talent,Dont sont privez plusq’autre gent:Siquel’en dist communement25460Q’ils sont de no consail l’espie,Dont maint peril nousvient sovent,Et qui regarde au jour presentOverte en verra la folie.617Huy voy des tiels Lombars venirSicome garçon du povre atir,Qui ainz quesoit un an passéPar leur deceipte et leur conspirPlus noblement se font vestir618Qe les burgois de no Cité;25470Et s’ils eiont necessitéDu seigneurie ou d’ameisté,Ils se scievont ensi chevirDu fraude et de soubtilité,Qe leur querelle est avancéMalgré le nostre a leur plaisir.N’est pas resoun ce queje voi,Ainçois l’en doit bien dire avoiAs tiels seignours qui parbrocageDes douns avoir, ou grant ou poy,25480Vuillont donner credence ou foyAs tieles gens, qui no damageAguaitont pour lour avantage:Mais c’est grant honte au seignourage,Qui nous duissont garder la loy,De noz marchantz mettre en servage,Et enfranchir pour le pilageLes gens estranges trestout coy.Mais covoitise ad tout soubmis,Car cil qui donne avra d’amys25490Et puet son fait au fin mener,C’est la coustumme en mon paiis:Mais qui prent garde a mon avisDes toutes partz porra mirerEt du voisin et d’estrangerQe tricherie en marchanderToutdis nousvient devant le vis;Et d’autre part pour reguarderLes gens qui vivont de mestier,Trestout sont d’une escole apris.25500Ore dirra un petit comment Triche est associé et demoert entre ceaux qui vivont du mestier et d’artifice.Les gens qui vivont d’artefice,Si bien le font solonc justice,Au bien commun sont necessaire,Et mesmes dieu lourencherice,Mais s’ils trichent, c’est une viceQ’au bien commun est trop contraire:Et nepourqant plus quenotaire619L’en dist queTriche en secretaireEntre les autres tient office,Et partout guide, u q’il repaire,25510Des compaignons plus quevingt paire,620Qui tous servont dame Avarice.Triche est Orfevere au plus sovent,621Mais lors ne tient il pas covent,Qant il d’alconomie allieLe fin orr et le fin argent;Si fait quider a l’autre gentQe sa falsine soit verraie;Dont le vessell, ainz q’om l’essaie,Vent et reçoit la bonne paie25520De l’esterling, et tielementDel argent q’il corrompt et plaieSa pompe et son orguil desplaie,Et se contient trop richement.Je ne say point d’especialTout dire et nomer le metallQue Triche ove l’argent fait meller;Mais bien sai q’il fait trop de mal,Q’ensi l’argent fin et loyalDe sa mixture fait falser.25530Cil q’au buillon voldra baillerVessell d’argent pour monoier,Lors puet il savoir au finalQe triche ad esté vesseller;Car son vessell et le denierNe sont pas d’une touche egal.Si Triche t’ait coupe ou ceintureDe ton argent parfait, al hureJe loo queprest soies a prendre;Car d’une chose je t’assure,25540S’un autre vient en ta demureEt Triche en poet son gaign comprendre,622Il le fait comme son propre vendre;Mais il t’en fra depuis entendreQ’il l’ot bien fait, mais aventureLe fist quasser, dont falt attendre:Ensi te dist parole tendre,Et t’en deçoit par coverture.Si Triche t’ait de son ovreigneMis certain jour, molt ert grant peineSi deinz le mois avoir porras25551Q’il t’ad promis deinz la semeine:Ainz mainte guile et mainte treineT’en fra, et molt sovent parcasAu fin del tout tu failleras,Ou autrement tu plederas,Car si la loy ne luy constreigne,Du loyalté ne tient il pas.Ensi fait Triche son pourchasDu mestier qui l’orfevere meine.25560Et des jeualx avient auciQ’ascune fois Triche est saisi;Mais lors a les seignours s’en vait,623Et fait le moustre et jure ensi,Q’ainçois q’il d’eaux serra parti,Les grandes sommes il en trait624De leur argent. Mais lors malfait,Qant il la piere ad contrefait,Que ne valt point un parasi,Et pardeceipte et paraguait25570Le vent; car qui q’en soit desfaitNe chalt, maisq’il soit enrichi.Je ne say dire tout pour quoy,Que j’ay oÿ sovent en coyLes gens compleindre et murmurer,N’en say la cause ne ne voi,Mais quel’en dist avoy, avoi!625Qe sur tous autres le mestierDes perriers est a blamer.N’est Duc ne Conte ne Princer,25580Voir ne le propre corps du Roy,Qui s’en porront bien excuser;Trestous les ad fait enginerLy perriers ove son desroy.Om dist quedieus en trois partiesAd grandes vertus departies;Ce sont, sicomme l’en vait disant,Paroles, herbes et perries;Parceaux fait homme les mestriesEt les mervailles tout avant,25590Mais ore est autre quedevant,Les perriers sont plusplesantQe les saphirs ne les rubies;Mais je ne say pas nepourqantSi celle grace soit sourdantOu des vertus ou des soties.Triche est auci de nostre villeRiche Espicier; mais il avileAu plus sovent sa conscience,626Q’il sa balance ad trop soubtile25600
Dieus solonc la diversetéDes terres ad ses biens donné,A l’une leine, a l’autre soie,A l’une vin, a l’autre blée,25180Et ensi la commoditéDivide, mais u queje soie,Si je du resoun ne forsvoie,N’est une terre que je voieLa quelle de sa propretéDes tous ensemble se rejoye;Et c’est pour resonnable voieQe dieus ensi l’ad ordiné.Si une terre avoir porroitTous biens ensemble, lors serroit25190Trop orguillouse, et pour celaDieus establist, et au bon droit,Qe l’une terre en son endroitDel autry bien busoignera:Sur quoy marchant dieus ordina,Qui ce q’en l’une ne serraEn l’autre terre querre doit;Pour ce qui bien se gardera,Et loyalment marchandera,De dieu et homme il est benoit.25200La loy le voet et c’est droiture,Qe qui se met en aventureDe perdre doit auci gaigner,Qant sa fortune le procure:Pour ce vous dy, cil qui sa cureMettre voldra pour marchander,Et son argent aventurer,S’il gaigne, en ce n’est a blamer,Maisq’il le face par mesureSanz fraude; car pourle denier25210Qui son voisin quiert enginerN’ad pas sa conscience pure.Tous scievont bien q’om doit precherAs vices pour les amender,Non pourgloser du flaterieLes vertuous, car le blamerDes mals as bons est le priser;Et pour cela, si je voir dieAs fols ce q’est de leur folie,Ly sages oms ne se doit mye25220f. 138Par celle cause coroucer;Car foy d’encoste tricherieDu plus notable apparantie610Par son contraire est a louer.611Les bons sont bons, les mals sont mals;Dont si l’en preche as desloials,Pource ne doit il pas chaloirAs ceaux qui sont en soi loials;Car chascuns solonc ses travalsDoit son pris ou son blame avoir:25230Ne sont pas un, pour dire voir,Marchant qui pense a decevoirEt l’autre qui parses journalsEn loialté se fait movoir;Tout deux travaillont pourl’avoir,Mais ils ne sont pas parigals.Del un Marchant au jour presentL’en parle molt communement,Il ad noun Triche plein de guile,Qe pour sercher del orient25240Jusques au fin del occident,N’y ad cité ne bonne vileU Triche son avoir ne pile.Triche en Bourdeaux, Triche en Civile,Triche en Paris achat et vent;Triche ad ses niefs et sa famile,Et du richesce plus nobileTriche ad disz foitz plusq’autre gent.Triche a Florence et a VeniseAd son recet et sa franchise,25250Si ad a Brugges et a Gant;A son agard auci s’est miseLa noble Cité sur Tamise,La quelle Brutus fuist fondant;Mais Triche la vait confondant,Les biens de ses voisins tondant,Car il ne chalt parquelle guise,Ou soit derere ou soit devant,Son propre lucre vait querantEt le commun proufit despise.25260Ascune fois Triche est grossour,Mais il ad trop la foy menourEndroit de cell avoir du poisQuel il engrosse, et au retourLe vent parpois du meindre tourQ’il n’achata l’avoir ainçois,Dont pardeceipte le surcroisRetient, et l’autre en ad descrois:612Mais ce quechalt, car son amourTriche ad tourné tant sur la crois25270De l’esterling, q’as toutes foisIl quiert du bargaign le meillour.Triche auci de sa tricherieSoventesfois en mercerieDeceipte fait diversement,Q’il ad toutplein du queinterie,Des buffles et de musardie,Pour assoter la vaine gent,Dont porra gaigner lourargent:Et si parole bell et gent,25280Et fait leur bonne compaignieDu bouche, mais du pensementSon lucre quiert soubtilementSoubz l’ombre de sa courtoisie.Cil q’est estrait de ceste mueN’ad mye la parole mue,Ainz est crieys plus q’esperver:Qant voit la gent q’est desconue,Lors trait et tire, huche et hue,Si dist: ‘Venetz avant entrer!25290Des litz, courchiefs, penne ostricer,Cendals, satins, draps d’outre mer:Venetz, je vous dourray la vieue,Car si vous vuilletz achater,Ne vous estuet plus loigns aler;613Vecy le meilleur de la rue!’Mais bien t’avise d’une chose,Si voels entrer deinz la parclose,Qe d’achater soietz bien sage;Car Triche au point ne se desclose,Ainçois parsa coverte glose25301Te dourra craie pour fourmage.Tu quideretz parson languageQe celle urtie q’est salvageSoit une preciouse rose,Tant te ferra courtois visage;Mais si voels estre sanz damage,En son papir ne te repose.Ascune fois Triche est draper,Mais lors sciet il bien attrapper25310Les gens qui quieront la vesture.Le noun de dieu te voet jurer,Si tu le drap voes achater,La marché bonne et la mesureTe fra donner; mais je t’assure,Ce serra tout en aventure,S’il porra ton argent happer:Car combien q’il te dist et jure,Ja son mestier solonc droitureA toy n’a autre voet garder.25320Ce nous dist dieus, et je le croy,Qe cil q’est tenebrous en soyHiet et eschive la lumere:Pour ce qant je le draper voyDeinz sa maison, lors semble a moiQ’il n’ad pas conscience cliere:Car oscure ad la fenestrereLa q’il doit faire sa marchiere,Q’au paine om voit le vert du bloy:Il est auci de sa maniere25330Oscur, car nuls de la primereParole sciet du pris la foy.Au double pris parserementLe drap te met oscurement,Dont il par tiele oscuretéT’engine plus soubtilement,Et fait a croire voirementQu’il t’ad en ce fait ameisté,Qant il t’ara plus enginé:Car il dirra q’il t’ad donné25340Pour avoir ton aquointement,Siqu’il de toy n’ad riens gaigné;Mais la mesure et la marchéeDirront q’il est tout autrement.Si Triche est en son drap vendantAs deux deceiptes entendant,Il est enquore au double plusEn son office deceivant,Qant il des leines est marchant:Car lors est Triche a son dessus,25350Par les Cités il est resçus,Par les paiis il est conuz,Il vait les bargaigns pourpernant,Il ad ses brocours retenuz,Il fait tourner le sus en jusEt le derere il met devant.Triche ad sa cause trop mondeine,Car l’autry prou toutdis desdeigneEt quiert son propre lucre ades:Mais il ad trop soubtile aleine25360Qant il l’estaple de la leineGoverne, car de son encressLors trete et parle asses du pres;Quoiqueluy doit venir apres,Il prent yci tant large estreineDu malvois gaign, dont il jammes,Si dieus n’en face a luy reless,N’avra sa conscience seine.O leine, dame de noblesce,Tu es des marchantz la duesse,25370Pour toy servir tout sont enclin;De ta fortune et ta richesceLes uns fais monter en haltesce,Les uns fais ruer en declin;L’estaple, u quetu es voisin,N’est pas sanz fraude et mal engin,Dont om sa conscience blesce.O leine, ensi comme le cristin,Einsi paien et SarazinTe quiert avoir et te confesse.25380O leine, l’en ne doit pas tereQue tu fais en estrange terre;Car les marchantz des tous paiisEn temps du peas, en temps du guerre,Par grant amour te vienont querre;Car qui q’al autre est anemys,Tu n’es jammes sanz bons amys,Q’en ton service se sont mysPour le proufit de ton affere:Tu es partout le mond cheris,25390La terre dont tu es norrisPar toy puet grande chose fere.En tout le mond tu es menéParterre et mer, mais assenéTu es a la plus riche gent:614En Engleterre tu es née,Mais quetu es mal governé615L’en parle molt diversement;Car Triche, q’ad toutplein d’argent,De ton estaple est fait regent,25400Et le meine a sa volentéEn terre estrange, u proprementSon gaign pourchace, et tielementNous autres sumes damagé.O belle, o blanche, o bien delie,L’amour de toy tant point et lie,Que ne se porront deslierLes cuers qui font la marchandieDe toy; ainz mainte tricherieEt maint engin font compasser25410Comment te porront amasser:Et puis te font la mer passer,f. 139Comme celle q’es de leur navieLa droite dame, et pourgaignerLes gens te vienont bargainerPar covoitise et par envie.Eschange, usure et chevisance,O laine, soubz ta governanceVont en ta noble Court servir;Et Triche y fait lourpourvoiance,25420Qui d’Avarice l’aquointanceAttrait, et pourle gaign tenirIl fait les brocours retenir.Mais quiques’en voet abstenirDu fraude, Triche ades l’avance,Siq’en les laines maintenirJe voi plusours descontenirDu loyalté la viele usance.Mais gaigne qui voldra gaigner,L’en porra trop esmerveiller25430En nostre terre a mon avisDes Lumbardz, qui sont estranger,Q’est ce q’ils vuillont chalangerA demourer en noz paiisTout auci francs, auci cheris,Comme s’ils fuissent neez et norrizOvesquenous; mais pour guilerMoustront semblant come noz amis,Et soubz cela lourcuer ont mysDe nostre argent et orr piler.25440Ces Lombars nousfont mal bargain,Lourpaile eschangont pourno grain,Pourdeux biens nousfont quatre mals,Ils nousapportont leur fustain,Si nousvuidont du false mainNos riches nobles d’orr roialsEt l’esterlings des fins metals;C’est un des causes principalsDont nostre terre est trop baraign;Mais si l’en creroit mes consals,25450Ja dieus ne m’aid, si tiels vassalsNous serroient ensi prochain.Mais ils scievont de leur partieSi bien juer la jeupartie616Du brocage et procurement,Q’ils par deceipte et flaterieFont enginer la seignourieDe nostre terre a leur talent,Dont sont privez plusq’autre gent:Siquel’en dist communement25460Q’ils sont de no consail l’espie,Dont maint peril nousvient sovent,Et qui regarde au jour presentOverte en verra la folie.617Huy voy des tiels Lombars venirSicome garçon du povre atir,Qui ainz quesoit un an passéPar leur deceipte et leur conspirPlus noblement se font vestir618Qe les burgois de no Cité;25470Et s’ils eiont necessitéDu seigneurie ou d’ameisté,Ils se scievont ensi chevirDu fraude et de soubtilité,Qe leur querelle est avancéMalgré le nostre a leur plaisir.N’est pas resoun ce queje voi,Ainçois l’en doit bien dire avoiAs tiels seignours qui parbrocageDes douns avoir, ou grant ou poy,25480Vuillont donner credence ou foyAs tieles gens, qui no damageAguaitont pour lour avantage:Mais c’est grant honte au seignourage,Qui nous duissont garder la loy,De noz marchantz mettre en servage,Et enfranchir pour le pilageLes gens estranges trestout coy.Mais covoitise ad tout soubmis,Car cil qui donne avra d’amys25490Et puet son fait au fin mener,C’est la coustumme en mon paiis:Mais qui prent garde a mon avisDes toutes partz porra mirerEt du voisin et d’estrangerQe tricherie en marchanderToutdis nousvient devant le vis;Et d’autre part pour reguarderLes gens qui vivont de mestier,Trestout sont d’une escole apris.25500Ore dirra un petit comment Triche est associé et demoert entre ceaux qui vivont du mestier et d’artifice.Les gens qui vivont d’artefice,Si bien le font solonc justice,Au bien commun sont necessaire,Et mesmes dieu lourencherice,Mais s’ils trichent, c’est une viceQ’au bien commun est trop contraire:Et nepourqant plus quenotaire619L’en dist queTriche en secretaireEntre les autres tient office,Et partout guide, u q’il repaire,25510Des compaignons plus quevingt paire,620Qui tous servont dame Avarice.Triche est Orfevere au plus sovent,621Mais lors ne tient il pas covent,Qant il d’alconomie allieLe fin orr et le fin argent;Si fait quider a l’autre gentQe sa falsine soit verraie;Dont le vessell, ainz q’om l’essaie,Vent et reçoit la bonne paie25520De l’esterling, et tielementDel argent q’il corrompt et plaieSa pompe et son orguil desplaie,Et se contient trop richement.Je ne say point d’especialTout dire et nomer le metallQue Triche ove l’argent fait meller;Mais bien sai q’il fait trop de mal,Q’ensi l’argent fin et loyalDe sa mixture fait falser.25530Cil q’au buillon voldra baillerVessell d’argent pour monoier,Lors puet il savoir au finalQe triche ad esté vesseller;Car son vessell et le denierNe sont pas d’une touche egal.Si Triche t’ait coupe ou ceintureDe ton argent parfait, al hureJe loo queprest soies a prendre;Car d’une chose je t’assure,25540S’un autre vient en ta demureEt Triche en poet son gaign comprendre,622Il le fait comme son propre vendre;Mais il t’en fra depuis entendreQ’il l’ot bien fait, mais aventureLe fist quasser, dont falt attendre:Ensi te dist parole tendre,Et t’en deçoit par coverture.Si Triche t’ait de son ovreigneMis certain jour, molt ert grant peineSi deinz le mois avoir porras25551Q’il t’ad promis deinz la semeine:Ainz mainte guile et mainte treineT’en fra, et molt sovent parcasAu fin del tout tu failleras,Ou autrement tu plederas,Car si la loy ne luy constreigne,Du loyalté ne tient il pas.Ensi fait Triche son pourchasDu mestier qui l’orfevere meine.25560Et des jeualx avient auciQ’ascune fois Triche est saisi;Mais lors a les seignours s’en vait,623Et fait le moustre et jure ensi,Q’ainçois q’il d’eaux serra parti,Les grandes sommes il en trait624De leur argent. Mais lors malfait,Qant il la piere ad contrefait,Que ne valt point un parasi,Et pardeceipte et paraguait25570Le vent; car qui q’en soit desfaitNe chalt, maisq’il soit enrichi.Je ne say dire tout pour quoy,Que j’ay oÿ sovent en coyLes gens compleindre et murmurer,N’en say la cause ne ne voi,Mais quel’en dist avoy, avoi!625Qe sur tous autres le mestierDes perriers est a blamer.N’est Duc ne Conte ne Princer,25580Voir ne le propre corps du Roy,Qui s’en porront bien excuser;Trestous les ad fait enginerLy perriers ove son desroy.Om dist quedieus en trois partiesAd grandes vertus departies;Ce sont, sicomme l’en vait disant,Paroles, herbes et perries;Parceaux fait homme les mestriesEt les mervailles tout avant,25590Mais ore est autre quedevant,Les perriers sont plusplesantQe les saphirs ne les rubies;Mais je ne say pas nepourqantSi celle grace soit sourdantOu des vertus ou des soties.Triche est auci de nostre villeRiche Espicier; mais il avileAu plus sovent sa conscience,626Q’il sa balance ad trop soubtile25600
Dieus solonc la diverseté
Des terres ad ses biens donné,
A l’une leine, a l’autre soie,
A l’une vin, a l’autre blée,25180
Et ensi la commodité
Divide, mais u queje soie,
Si je du resoun ne forsvoie,
N’est une terre que je voie
La quelle de sa propreté
Des tous ensemble se rejoye;
Et c’est pour resonnable voie
Qe dieus ensi l’ad ordiné.
Si une terre avoir porroit
Tous biens ensemble, lors serroit25190
Trop orguillouse, et pour cela
Dieus establist, et au bon droit,
Qe l’une terre en son endroit
Del autry bien busoignera:
Sur quoy marchant dieus ordina,
Qui ce q’en l’une ne serra
En l’autre terre querre doit;
Pour ce qui bien se gardera,
Et loyalment marchandera,
De dieu et homme il est benoit.25200
La loy le voet et c’est droiture,
Qe qui se met en aventure
De perdre doit auci gaigner,
Qant sa fortune le procure:
Pour ce vous dy, cil qui sa cure
Mettre voldra pour marchander,
Et son argent aventurer,
S’il gaigne, en ce n’est a blamer,
Maisq’il le face par mesure
Sanz fraude; car pourle denier25210
Qui son voisin quiert enginer
N’ad pas sa conscience pure.
Tous scievont bien q’om doit precher
As vices pour les amender,
Non pourgloser du flaterie
Les vertuous, car le blamer
Des mals as bons est le priser;
Et pour cela, si je voir die
As fols ce q’est de leur folie,
Ly sages oms ne se doit mye25220
f. 138
Par celle cause coroucer;
Car foy d’encoste tricherie
Du plus notable apparantie610
Par son contraire est a louer.611
Les bons sont bons, les mals sont mals;
Dont si l’en preche as desloials,
Pource ne doit il pas chaloir
As ceaux qui sont en soi loials;
Car chascuns solonc ses travals
Doit son pris ou son blame avoir:25230
Ne sont pas un, pour dire voir,
Marchant qui pense a decevoir
Et l’autre qui parses journals
En loialté se fait movoir;
Tout deux travaillont pourl’avoir,
Mais ils ne sont pas parigals.
Del un Marchant au jour present
L’en parle molt communement,
Il ad noun Triche plein de guile,
Qe pour sercher del orient25240
Jusques au fin del occident,
N’y ad cité ne bonne vile
U Triche son avoir ne pile.
Triche en Bourdeaux, Triche en Civile,
Triche en Paris achat et vent;
Triche ad ses niefs et sa famile,
Et du richesce plus nobile
Triche ad disz foitz plusq’autre gent.
Triche a Florence et a Venise
Ad son recet et sa franchise,25250
Si ad a Brugges et a Gant;
A son agard auci s’est mise
La noble Cité sur Tamise,
La quelle Brutus fuist fondant;
Mais Triche la vait confondant,
Les biens de ses voisins tondant,
Car il ne chalt parquelle guise,
Ou soit derere ou soit devant,
Son propre lucre vait querant
Et le commun proufit despise.25260
Ascune fois Triche est grossour,
Mais il ad trop la foy menour
Endroit de cell avoir du pois
Quel il engrosse, et au retour
Le vent parpois du meindre tour
Q’il n’achata l’avoir ainçois,
Dont pardeceipte le surcrois
Retient, et l’autre en ad descrois:612
Mais ce quechalt, car son amour
Triche ad tourné tant sur la crois25270
De l’esterling, q’as toutes fois
Il quiert du bargaign le meillour.
Triche auci de sa tricherie
Soventesfois en mercerie
Deceipte fait diversement,
Q’il ad toutplein du queinterie,
Des buffles et de musardie,
Pour assoter la vaine gent,
Dont porra gaigner lourargent:
Et si parole bell et gent,25280
Et fait leur bonne compaignie
Du bouche, mais du pensement
Son lucre quiert soubtilement
Soubz l’ombre de sa courtoisie.
Cil q’est estrait de ceste mue
N’ad mye la parole mue,
Ainz est crieys plus q’esperver:
Qant voit la gent q’est desconue,
Lors trait et tire, huche et hue,
Si dist: ‘Venetz avant entrer!25290
Des litz, courchiefs, penne ostricer,
Cendals, satins, draps d’outre mer:
Venetz, je vous dourray la vieue,
Car si vous vuilletz achater,
Ne vous estuet plus loigns aler;613
Vecy le meilleur de la rue!’
Mais bien t’avise d’une chose,
Si voels entrer deinz la parclose,
Qe d’achater soietz bien sage;
Car Triche au point ne se desclose,
Ainçois parsa coverte glose25301
Te dourra craie pour fourmage.
Tu quideretz parson language
Qe celle urtie q’est salvage
Soit une preciouse rose,
Tant te ferra courtois visage;
Mais si voels estre sanz damage,
En son papir ne te repose.
Ascune fois Triche est draper,
Mais lors sciet il bien attrapper25310
Les gens qui quieront la vesture.
Le noun de dieu te voet jurer,
Si tu le drap voes achater,
La marché bonne et la mesure
Te fra donner; mais je t’assure,
Ce serra tout en aventure,
S’il porra ton argent happer:
Car combien q’il te dist et jure,
Ja son mestier solonc droiture
A toy n’a autre voet garder.25320
Ce nous dist dieus, et je le croy,
Qe cil q’est tenebrous en soy
Hiet et eschive la lumere:
Pour ce qant je le draper voy
Deinz sa maison, lors semble a moi
Q’il n’ad pas conscience cliere:
Car oscure ad la fenestrere
La q’il doit faire sa marchiere,
Q’au paine om voit le vert du bloy:
Il est auci de sa maniere25330
Oscur, car nuls de la primere
Parole sciet du pris la foy.
Au double pris parserement
Le drap te met oscurement,
Dont il par tiele oscureté
T’engine plus soubtilement,
Et fait a croire voirement
Qu’il t’ad en ce fait ameisté,
Qant il t’ara plus enginé:
Car il dirra q’il t’ad donné25340
Pour avoir ton aquointement,
Siqu’il de toy n’ad riens gaigné;
Mais la mesure et la marchée
Dirront q’il est tout autrement.
Si Triche est en son drap vendant
As deux deceiptes entendant,
Il est enquore au double plus
En son office deceivant,
Qant il des leines est marchant:
Car lors est Triche a son dessus,25350
Par les Cités il est resçus,
Par les paiis il est conuz,
Il vait les bargaigns pourpernant,
Il ad ses brocours retenuz,
Il fait tourner le sus en jus
Et le derere il met devant.
Triche ad sa cause trop mondeine,
Car l’autry prou toutdis desdeigne
Et quiert son propre lucre ades:
Mais il ad trop soubtile aleine25360
Qant il l’estaple de la leine
Governe, car de son encress
Lors trete et parle asses du pres;
Quoiqueluy doit venir apres,
Il prent yci tant large estreine
Du malvois gaign, dont il jammes,
Si dieus n’en face a luy reless,
N’avra sa conscience seine.
O leine, dame de noblesce,
Tu es des marchantz la duesse,25370
Pour toy servir tout sont enclin;
De ta fortune et ta richesce
Les uns fais monter en haltesce,
Les uns fais ruer en declin;
L’estaple, u quetu es voisin,
N’est pas sanz fraude et mal engin,
Dont om sa conscience blesce.
O leine, ensi comme le cristin,
Einsi paien et Sarazin
Te quiert avoir et te confesse.25380
O leine, l’en ne doit pas tere
Que tu fais en estrange terre;
Car les marchantz des tous paiis
En temps du peas, en temps du guerre,
Par grant amour te vienont querre;
Car qui q’al autre est anemys,
Tu n’es jammes sanz bons amys,
Q’en ton service se sont mys
Pour le proufit de ton affere:
Tu es partout le mond cheris,25390
La terre dont tu es norris
Par toy puet grande chose fere.
En tout le mond tu es mené
Parterre et mer, mais assené
Tu es a la plus riche gent:614
En Engleterre tu es née,
Mais quetu es mal governé615
L’en parle molt diversement;
Car Triche, q’ad toutplein d’argent,
De ton estaple est fait regent,25400
Et le meine a sa volenté
En terre estrange, u proprement
Son gaign pourchace, et tielement
Nous autres sumes damagé.
O belle, o blanche, o bien delie,
L’amour de toy tant point et lie,
Que ne se porront deslier
Les cuers qui font la marchandie
De toy; ainz mainte tricherie
Et maint engin font compasser25410
Comment te porront amasser:
Et puis te font la mer passer,
f. 139
Comme celle q’es de leur navie
La droite dame, et pourgaigner
Les gens te vienont bargainer
Par covoitise et par envie.
Eschange, usure et chevisance,
O laine, soubz ta governance
Vont en ta noble Court servir;
Et Triche y fait lourpourvoiance,25420
Qui d’Avarice l’aquointance
Attrait, et pourle gaign tenir
Il fait les brocours retenir.
Mais quiques’en voet abstenir
Du fraude, Triche ades l’avance,
Siq’en les laines maintenir
Je voi plusours descontenir
Du loyalté la viele usance.
Mais gaigne qui voldra gaigner,
L’en porra trop esmerveiller25430
En nostre terre a mon avis
Des Lumbardz, qui sont estranger,
Q’est ce q’ils vuillont chalanger
A demourer en noz paiis
Tout auci francs, auci cheris,
Comme s’ils fuissent neez et norriz
Ovesquenous; mais pour guiler
Moustront semblant come noz amis,
Et soubz cela lourcuer ont mys
De nostre argent et orr piler.25440
Ces Lombars nousfont mal bargain,
Lourpaile eschangont pourno grain,
Pourdeux biens nousfont quatre mals,
Ils nousapportont leur fustain,
Si nousvuidont du false main
Nos riches nobles d’orr roials
Et l’esterlings des fins metals;
C’est un des causes principals
Dont nostre terre est trop baraign;
Mais si l’en creroit mes consals,25450
Ja dieus ne m’aid, si tiels vassals
Nous serroient ensi prochain.
Mais ils scievont de leur partie
Si bien juer la jeupartie616
Du brocage et procurement,
Q’ils par deceipte et flaterie
Font enginer la seignourie
De nostre terre a leur talent,
Dont sont privez plusq’autre gent:
Siquel’en dist communement25460
Q’ils sont de no consail l’espie,
Dont maint peril nousvient sovent,
Et qui regarde au jour present
Overte en verra la folie.617
Huy voy des tiels Lombars venir
Sicome garçon du povre atir,
Qui ainz quesoit un an passé
Par leur deceipte et leur conspir
Plus noblement se font vestir618
Qe les burgois de no Cité;25470
Et s’ils eiont necessité
Du seigneurie ou d’ameisté,
Ils se scievont ensi chevir
Du fraude et de soubtilité,
Qe leur querelle est avancé
Malgré le nostre a leur plaisir.
N’est pas resoun ce queje voi,
Ainçois l’en doit bien dire avoi
As tiels seignours qui parbrocage
Des douns avoir, ou grant ou poy,25480
Vuillont donner credence ou foy
As tieles gens, qui no damage
Aguaitont pour lour avantage:
Mais c’est grant honte au seignourage,
Qui nous duissont garder la loy,
De noz marchantz mettre en servage,
Et enfranchir pour le pilage
Les gens estranges trestout coy.
Mais covoitise ad tout soubmis,
Car cil qui donne avra d’amys25490
Et puet son fait au fin mener,
C’est la coustumme en mon paiis:
Mais qui prent garde a mon avis
Des toutes partz porra mirer
Et du voisin et d’estranger
Qe tricherie en marchander
Toutdis nousvient devant le vis;
Et d’autre part pour reguarder
Les gens qui vivont de mestier,
Trestout sont d’une escole apris.25500
Ore dirra un petit comment Triche est associé et demoert entre ceaux qui vivont du mestier et d’artifice.
Ore dirra un petit comment Triche est associé et demoert entre ceaux qui vivont du mestier et d’artifice.
Les gens qui vivont d’artefice,
Si bien le font solonc justice,
Au bien commun sont necessaire,
Et mesmes dieu lourencherice,
Mais s’ils trichent, c’est une vice
Q’au bien commun est trop contraire:
Et nepourqant plus quenotaire619
L’en dist queTriche en secretaire
Entre les autres tient office,
Et partout guide, u q’il repaire,25510
Des compaignons plus quevingt paire,620
Qui tous servont dame Avarice.
Triche est Orfevere au plus sovent,621
Mais lors ne tient il pas covent,
Qant il d’alconomie allie
Le fin orr et le fin argent;
Si fait quider a l’autre gent
Qe sa falsine soit verraie;
Dont le vessell, ainz q’om l’essaie,
Vent et reçoit la bonne paie25520
De l’esterling, et tielement
Del argent q’il corrompt et plaie
Sa pompe et son orguil desplaie,
Et se contient trop richement.
Je ne say point d’especial
Tout dire et nomer le metall
Que Triche ove l’argent fait meller;
Mais bien sai q’il fait trop de mal,
Q’ensi l’argent fin et loyal
De sa mixture fait falser.25530
Cil q’au buillon voldra bailler
Vessell d’argent pour monoier,
Lors puet il savoir au final
Qe triche ad esté vesseller;
Car son vessell et le denier
Ne sont pas d’une touche egal.
Si Triche t’ait coupe ou ceinture
De ton argent parfait, al hure
Je loo queprest soies a prendre;
Car d’une chose je t’assure,25540
S’un autre vient en ta demure
Et Triche en poet son gaign comprendre,622
Il le fait comme son propre vendre;
Mais il t’en fra depuis entendre
Q’il l’ot bien fait, mais aventure
Le fist quasser, dont falt attendre:
Ensi te dist parole tendre,
Et t’en deçoit par coverture.
Si Triche t’ait de son ovreigne
Mis certain jour, molt ert grant peine
Si deinz le mois avoir porras25551
Q’il t’ad promis deinz la semeine:
Ainz mainte guile et mainte treine
T’en fra, et molt sovent parcas
Au fin del tout tu failleras,
Ou autrement tu plederas,
Car si la loy ne luy constreigne,
Du loyalté ne tient il pas.
Ensi fait Triche son pourchas
Du mestier qui l’orfevere meine.25560
Et des jeualx avient auci
Q’ascune fois Triche est saisi;
Mais lors a les seignours s’en vait,623
Et fait le moustre et jure ensi,
Q’ainçois q’il d’eaux serra parti,
Les grandes sommes il en trait624
De leur argent. Mais lors malfait,
Qant il la piere ad contrefait,
Que ne valt point un parasi,
Et pardeceipte et paraguait25570
Le vent; car qui q’en soit desfait
Ne chalt, maisq’il soit enrichi.
Je ne say dire tout pour quoy,
Que j’ay oÿ sovent en coy
Les gens compleindre et murmurer,
N’en say la cause ne ne voi,
Mais quel’en dist avoy, avoi!625
Qe sur tous autres le mestier
Des perriers est a blamer.
N’est Duc ne Conte ne Princer,25580
Voir ne le propre corps du Roy,
Qui s’en porront bien excuser;
Trestous les ad fait enginer
Ly perriers ove son desroy.
Om dist quedieus en trois parties
Ad grandes vertus departies;
Ce sont, sicomme l’en vait disant,
Paroles, herbes et perries;
Parceaux fait homme les mestries
Et les mervailles tout avant,25590
Mais ore est autre quedevant,
Les perriers sont plusplesant
Qe les saphirs ne les rubies;
Mais je ne say pas nepourqant
Si celle grace soit sourdant
Ou des vertus ou des soties.
Triche est auci de nostre ville
Riche Espicier; mais il avile
Au plus sovent sa conscience,626
Q’il sa balance ad trop soubtile25600