Le malaise que j'éprouve est le plus grand que je connaisse. Mon premier trouble, quand nous fûmes prisonniers, ma frayeur, lorsque les loups parurent nous assaillir, les scènes lugubres de la mort et de la sépulture de mon grand-père ne m'ont pas fait souffrir autant que l'accablement où me voilà. C'est l'ennui que je sens! Je ne connaissais pas ce supplice, auquel la prière même ne peut m'arracher.
Tant que la chèvre aura une main pour la nourrir, elle ne s'inquiètera pas des videsqui se font autour d'elle; je lui suffis comme aurait fait mon grand-père, comme ferait un étranger. Elle a besoin de moi sans le savoir; elle profite de mes soins sans les reconnaître: je suis tenté quelquefois de le lui reprocher. Quelle folie! on ne peut pas être ingrat, quand on est sans intelligence.
Mais moi, qui suis éclairé de cette divine lumière, sais-je en faire l'usage pour lequel Dieu me l'a donnée? Suis-je plus reconnaissant que cette brute ignorante? Ah! malheureux, saurai-je me préserver seulement du murmure et du désespoir?
Marquons cette date dans mon cahier. Elle ne me laissera pas d'autre souvenir. Que suis-je devenu?
J'ai manqué de périr.... d'une mort soudaine, affreuse, et j'aurais été surpris au milieu de mon coupable abattement. Dois-je encore appeler ceci un miracle?—Eh! que m'importe de savoir comment Dieu agit, pourvu que je ressente l'heureux effet des événements dont il est le maître!
J'avais remarqué, depuis quelques jours, que le temps était beaucoup plus doux, et que la fumée montait moins facilement: aujourd'hui, vers deux heures après midi, j'ai entendu un bruit sourd, comme le roulement du tonnerre; il s'est approché rapidement; il est devenu terrible, et tout à coup j'ai ressenti une violente secousse.
J'ai poussé un cri. Quelques ustensiles étaient tombés; une épaisse poussière remplissait la cuisine: le craquement des poutres m'avait d'ailleurs averti que le chalet avait reçu un choc violent; cependant je voyais tout en bon état autour de moi.
Je suis allé faire une ronde dans les autres parties de la maison. A peine entré à l'étable, j'ai vu des traces effrayantes de l'accident; beaucoup de plâtras couvraient la terre; la muraille avait cédé; elle était visiblement sortie de l'aplomb, mais elle restait debout; une partie de la toiture avait été brisée du côté de la montagne. C'était tout, et j'ai dû en conclure que la masse qui avait causé le dommage s'était arrêtée contre le chalet. Était-ce une roche détachée de l'escarpement qui le domine? N'était-ce pas plutôt une avalanche quis'était formée un peu au-dessus, à la suite de l'adoucissement de la température, et qui, n'ayant pas encore assez de force et de volume, n'avait pu franchir l'obstacle opposé à sa chute?
Mon émotion a été grande; elle dure encore; je remercie avec ferveur le Tout-Puissant de l'avis qu'il a daigné me donner; puisse mon cœur se réveiller pour ne plus s'endormir! Oui, je le reconnais, cette nouvelle épreuve m'était nécessaire. Je tombais dans un lâche abattement; j'en suis heureusement délivré, et je vais en bénir mon Dieu sur la tombe de mon aïeul.
Le Seigneur m'envoie de nouveaux sujets d'inquiétude; la chèvre me donne moins de lait. J'avais cru le remarquer depuis quelques jours; à présent je ne peux plus en douter.
Mon grand-père a certainement prévu le cas où je resterais seul ici, et m'a donné plusieurs avis, pour m'aider à sortir d'embarras. Il me disait un jour: "Que ferions-noussi Blanchette cessait de nous donner du lait? Il faudrait absolument nous résoudre à la tuer, et nous en nourrir."
Puis il me donna des explications sur la manière dont nous devions nous y prendre pour conserver la chair.
En serai-je réduit à cette cruelle extrémité?
Si les choses n'empiraient pas, je pourrais être sans inquiétude. Blanchette me donne encore assez de lait pour ma nourriture. Je ne peux plus faire de fromage, il est vrai, mais j'en ai quelques-uns de provision. J'ai examiné ce qui me restait d'autres denrées, et j'ai passé le jour à calculer pour combien de temps elles suffiraient si je n'avais pas autre chose. Cela ne va pas à quinze jours.
Le lait diminue et la chèvre engraisse à mesure.
Ainsi, dans le cas où son lait me manquerait, la pauvre bête se prépare à me nourrir de sa chair.
Une seule idée m'occupe maintenant: serai-je réduit à la nécessité de me faire boucher? Faudra-t-il, pour soutenir ma triste vie, égorger celle qui m'a nourri jusqu'à présent? Je n'ai plus qu'une demi-ration de lait.
Hier le lait n'a pas diminué, mais cela m'a coûté trop cher; j'avais donné à la chèvre triple mesure de sel; elle avait bu davantage: je l'ai connu à la traire. Malheureusement il me serait impossible de continuer ainsi, car, si je dois tuer ma pauvre Blanchette, le sel me sera nécessaire. Tuer Blanchette!...
Aujourd'hui j'ai été plus économe de sel, aussi la quantité de lait s'est-elle trouvée bien moins considérable.
J'avais ouï dire que les poules trop grasses et trop bien nourries faisaient moins d'œufs, et j'ai imaginé ce matin réduire la quantité de foin que je donne à Blanchette, jugeant que peut-être j'obtiendrais un effetsemblable. J'ai bien mal réussi. Moins bien nourrie, elle m'a donné encore moins de lait que la veille. J'ai eu de plus le chagrin de l'entendre bêler tristement la moitié du jour.
J'ai fait une nouvelle expérience, aussi inutile que celle d'hier: j'ai voulu forcer Blanchette à manger de la paille en place de foin, imaginant que peut-être ce changement de régime amènerait un changement dans les effets de la nourriture. La chèvre ne s'est décidée que très-difficilement à ce que je voulais, et, soit dépit, soit souffrance, elle m'a donné à peine quelques gouttes de lait.
Je ne la tourmenterai plus; si je dois la tuer, je lui rendrai l'existence agréable jusqu'au dernier moment. Aujourd'hui elle a été abondamment repue: aussi a-t-elle été meilleure nourrice. Mais je n'espère pas que cela continue; je laisserai agir la nature. Après avoir fait tout mon possible pour éviter ce malheur, je tâcherai de m'y soumettre.
J'ai ajouté inutilement les prières au travail. Dieu ne m'exauce pas; il sait mieux que moi ce qui m'est avantageux, et je me résigne à son adorable volonté. Me siérait-il de murmurer, quand je vois la joie tranquille de cette pauvre bête, dont je vais faire ma victime? L'intelligence serait-elle pour moi un secours moins efficace que l'imprévoyance pour la brute?
Ce n'est plus la peine de traire Blanchette deux fois par jour; j'ai attendu jusqu'au soir, afin d'obtenir un peu plus de lait à la fois; mais elle se laisse approcher difficilement. Je la fais souffrir en pressant trop la mamelle; l'instinct l'avertit que je la traite mal; elle regimbe, et me refuse le peu qui lui reste à me donner. Hélas! si je la fatigue de mes efforts, c'est que je voudrais lui épargner le coup auquel elle ne s'attend pas.
J'avouerai ma faiblesse; j'ai versé des larmes aujourd'hui, en essayant inutilement une dernière fois de traire Blanchette, et de lui demander le tribut qu'elle m'a payési longtemps. Quand elle a vu que je m'arrêtais, elle m'a regardé avec défiance, comme se tenant sur ses gardes contre une nouvelle tentative. Alors j'ai jeté mon baquet; je me suis assis auprès de la pauvre bête; je l'ai embrassée et j'ai pleuré amèrement.
Elle n'en continuait pas moins son repas, qu'elle mêlait de bêlements entrecoupés et de regards caressants. On dit bien qu'une chèvre ne distingue personne, et qu'elle n'a pas l'amitié jalouse et dévouée d'un chien; mais enfin Blanchette est aimable pour son compagnon; elle se fie à lui; elle attend de moi la nourriture et les soins auxquels je l'ai accoutumée; et il faudra que je lui plante le couteau dans la gorge! Je la ferai souffrir sans doute, étant sans expérience; je la verrai se débattre sous mes coups!
Dieu a donné à l'homme les bêtes pour sa nourriture, je le sais; mais ce n'est pas l'offenser de nous attacher à celles qui furent nos bienfaitrices, et qu'il a douées d'une attrayante douceur: je reculerai donc le plus possible le moment de ce cruel sacrifice. Il me reste encore des alimentspour quelques jours, et je les ménagerai de mon mieux.
Il m'est impossible de tenir exactement mon journal, au milieu des angoisses où je vis. Les vivres s'épuisent; je ne peux me réduire à des rations plus chétives sans exposer ma santé; Blanchette, toujours plus grasse, semble s'offrir à moi comme une meilleure pâture: il s'en faut bien que cela me réjouisse; je ne l'ai jamais tant caressée, et je me rends toujours plus pénible la nécessité à laquelle je serai bientôt réduit.
J'ai fait de nouvelles recherches dans toute la maison, j'ai fouillé la terre dans plusieurs endroits, pour découvrir, s'il était possible, quelques provisions cachées: je n'ai réussi, par ce violent exercice, qu'à exciter chez moi la faim. L'idée que je ne pourrai bientôt plus la satisfaire, la rend, je crois, de jour en jour plus exigeante.
Je me suis dit: "Après quelque temps de repos, peut-être le lait de Blanchette sera-t-il revenu." L'apparence n'était guèrefavorable à cette supposition: la mamelle, si gonflée et si pleine, il y a quelque temps, s'est peu à peu réduite; cependant j'ai fait une tentative pour en tirer quelques gouttes de lait: peine inutile!
Le froid est devenu tellement vif depuis hier au soir, que j'ai besoin d'un feu continuel. Certes, avec cette température, je ne craindrais pas de serrer, sans autre précaution, la chair de ma pauvre victime à l'écurie, où il gèle très-fort; mais le temps peut se radoucir. Il faut donc que je me décide sans retard; il ne me reste plus que la provision de sel nécessaire à mon office de boucher!
Le froid est violent; il m'a rappelé le souvenir des loups. Rien ne les empêche maintenant de parcourir la montagne. Mon Dieu, dans la triste position où je suis, c'est la seule fin que je redoute. Si vous permettiez aujourd'hui qu'une avalanche vînt m'engloutir, je recevrais la mort comme une délivrance.
J'ai pris une grande résolution! Je quitterai demain le chalet. Avant de risquer ma vie, je veux écrire dans mon journal, que je laisserai sur cette table, comment je me suis décidé à prendre ce parti.
Hier matin les bêlements de Blanchette m'ont tiré d'un rêve affreux. Je me voyais, les mains ensanglantées, dépeçant les membres palpitants de ce pauvre animal; la tête gisait devant moi, et j'entendais cependant sortir de son gosier des bêlements douloureux. C'étaient ceux qui frappaient réellement mes oreilles. Je me suis réveillé, les joues toutes mouillées de pleurs. Quel plaisir de revoir Blanchette encore vivante! J'ai couru auprès d'elle: elle était plus caressante que jamais.... Ma joie n'a pas été de longue durée; j'ai réfléchi que mes vivres seraient épuisés dans deux jours: il fallait me résoudre. J'ai pris un couteau, et je me suis occupé à l'affiler sur le foyer. J'étais au désespoir; il me semblait que j'allais commettre un assassinat, et, après m'être avancé en chancelant pour frapper Blanchette, je me suis arrêté, saisi de remords.
Le froid me glaçait les mains: ce me fut une raison de différer encore cet acte, pour lequel j'avais tant de répugnance; j'allumai un bon feu; et me mis à rêver en me chauffant.
Si les loups peuvent marcher sur la neige, me suis-je dit tout à coup, pourquoi n'y marcherions-nous pas aussi?
Cette idée m'a fait tressaillir de joie; puis la crainte m'a saisi. J'irais me livrer à ces bêtes affamées, et, pour ne pas faire de Blanchette ma pâture, je m'exposerais à devenir celle des loups!
Et, si je tue la chèvre, me suis-je dit après, sais-je bien si la chair me suffira jusqu'au moment de ma délivrance? J'ai vu quelquefois le Jura tout blanc jusqu'à l'été: ne perdons pas l'occasion qui s'offre à moi, pendant que la neige est glacée!... Une attaque des loups pendant notre course n'est rien moins que certaine; car, si je pars, notre marche sera prompte; nous descendrons en traîneau!...
Je me suis levé en sursaut à cette pensée. Ma résolution était prise, et, dès ce moment, j'ai travaillé à l'exécution.
Deux jours m'ont suffi pour fabriquergrossièrement la voiture nécessaire à notre voyage. J'ai consacré à cet usage le meilleur bois qui me restait. J'ai donné aux bases du traîneau une grande largeur, pour éviter qu'il enfonce. Je me placerai sur le devant: j'attacherai la chèvre derrière moi, et je lui lierai les pieds, de manière à ne lui permettre aucun mouvement. Je me placerai sur le devant. Accoutumé, dans les jeux de mon enfance, à guider un traîneau sur des pentes rapides, j'espère, s'il ne survient pas d'accident, arriver bientôt dans la plaine.
Cependant je vais me coucher avec une grande émotion. Je regarde avec attendrissement cette prison où j'ai tant souffert, où je laisserai les cendres de mon grand-père! Je pense avec effroi à la distance du village; mais je ne reculerai pas. L'idée d'être bientôt certain du sort de mon père me donne une impatience incroyable. La voiture est prête. Voici la corde dont je lierai les pieds de Blanchette; voici la gerbe qui lui servira de lit et d'abri; la couverture dont je m'envelopperai; enfin, voici l'Imitation de Jésus-Christ. Je ne m'en séparerai plus: je veux qu'elle mesuive à la vie et à la mort. C'est avec elle que je dis dans ces derniers moments:
Seigneur, je suis arrivé a cette heure afin que votre gloire éclate, lorsque, ayant été dans une grande tribulation, vous m'en aurez délivré! Qu'il vous plaise, Seigneur, de m'en tirer, car que puis-je faire, pauvre comme je suis, et où irai-je, sans vous?... Aidez-moi, mon Dieu, et je ne craindrai rien.
Dans la maison de mon père.
Je suis auprès de lui. Il vient de relire mon journal, que je n'ai pas eu besoin de laisser dans le chalet, et il me presse d'écrire la conclusion. Le trouble où je suis encore, après une semaine de bonheur, ne me laissera pas les moyens de raconter avec beaucoup d'ordre la dernière scène de ma captivité. Les choses se sont passées bien autrement que je ne m'y attendais.
Le 21 février, le froid me parut encore plus rigoureux: je résolus donc de ne pas perdre un instant. Il fallait ouvrir un passagesuffisant pour le traîneau; mais je pouvais rejeter la neige dans le chalet, et cela me rendait le travail plus facile; je l'entrepris sur-le-champ, et m'y livrai avec tant d'ardeur, qu'enfin je me fatiguai. Je fus obligé de m'arrêter un instant. J'allumai du feu.
A peine la fumée venait-elle de s'élever, que j'entendis un grand bruit au dehors; ma première pensée fut, que les loups m'avaient aperçu, et qu'ils allaient me dévorer: je fermai vivement la porte. Ma frayeur ne dura pas longtemps; je m'entendis bientôt appeler distinctement par mon nom, et je crus même reconnaître la voix. Je répondis de toutes mes forces.
Des cris de joie me prouvèrent que j'avais été entendu.
Aussitôt il se fit, du côté de la porte, un bruit confus de voix, comme de gens qui s'animaient au travail. Au bout de quelques minutes, une ouverture assez large achevait l'ouvrage que j'avais commencé.
Mon père attendit à peine que le passage fût praticable; il s'élança dans le chalet, en poussant un cri. J'étais dans ses bras.
—Et ton grand-père? me dit-il.
J'étais trop saisi pour lui répondre. Je le conduisis dans la laiterie. Il se jeta à genoux sur la tombe; j'en fis autant, et comme j'essayais de lui raconter avec détail ce qui s'était passé, il vit, à mon émotion, que cette tentative était au-dessus de mes forces.
—Plus tard, mon enfant, me dit-il. Ne nous exposons pas à un nouveau malheur. Le temps nous presse; le retour ne sera pas facile.
Les hommes qui l'accompagnaient étaient entrés. C'étaient mes deux oncles, et Pierre, notre valet.
Tous m'embrassèrent. Ils virent mes préparatifs, qui furent approuvés. On décida de partir sur-le-champ. Mes libérateurs avaient placé sous leurs pieds des planchettes armées de petites pointes. Ils en avaient apporté deux paires de surplus. Hélas! il y en avait une d'inutile. Je me chaussai de l'autre.
Pierre fut chargé du traîneau. Les loups pouvaient venir, s'il leur plaisait: nous étions tous armés. Mon père me prit par la main, et me mit sur l'épaule un léger fusil.
—Ce n'est pas le moment, dit-il, d'emporter la dépouille mortelle de mon père. Nous reviendrons la chercher, aussitôt que la saison le permettra, pour lui rendre convenablement au village les derniers honneurs.
—Vous devinez, ai-je dit, la volonté de mon grand-père.
Alors nous sommes rentrés un moment dans la laiterie; mes oncles étaient avec nous. Après quelques instants de silence:
—Adieu! s'est écrié mon père tout éploré. Je fais ce que vous m'auriez ordonné sans doute, en éloignant d'ici le plus tôt possible cet enfant, qui ne vous a pas causé moins d'alarmes qu'à nous. Adieu, mon père!
Nous partîmes les larmes aux yeux. La descente fut rapide, mais fatigante. Je fus surtout ébloui de la lumière du soleil et de l'éclat de la neige. Le froid était rigoureux, et je ne m'en plaignais pas: c'était ce qui m'avait sauvé. Blanchette devait la vie à ce vent glacé qui la faisait grelotter sur son traîneau.
Après avoir cheminé sur la neige, sans autre accident que d'enfoncer un peu de temps en temps, nous arrivâmes à l'endroit,fort éloigné du village, jusqu'où l'on avait ouvert le chemin, pour essayer de venir à nous. Je fus frappé de voir l'immense travail qu'il avait dû coûter, et je compris que, sans la gelée, je n'aurais pu être délivré de bien longtemps.
—Vous l'auriez été dès le mois de décembre, si le froid s'était soutenu, m'a dit mon père; mais la neige s'est amollie, et il a fallu renoncer à ce travail. Apprends, mon cher Louis, que nos voisins n'ont manqué ni de charité ni de zèle; mais, de mémoire d'homme, il n'était tombé autant de neige. Quatre fois on a ouvert la route, et quatre fois elle a été fermée comme auparavant.
—Était-elle fermée dès le premier jour? ai-je dit ensuite.
Alors mon père m'apprit une circonstance bien malheureuse: il avait manqué de périr au milieu d'un éboulement de neige, en descendant de la montagne; on l'avait relevé mourant au bord d'un ravin, et, à quelques pas, on avait retrouvé le bâton de mon grand-père et ma bouteille.
On emporta mon père sans connaissance, et il fut trois jours dans ce fâcheux état. On avait perdu ce temps à nous chercherdans la neige au fond du ravin. Quand mon père fut revenu à lui, il était trop tard pour faire en notre faveur une tentative, qui eût été déjà fort dangereuse, sinon impossible, dès le premier jour.
Je ne parlerai pas des tourments de mon père ni de ses efforts pour nous sauver; on avait encore plus souffert au village qu'au chalet. Tous nos voisins, accourus à ma rencontre, m'ont témoigné leur affection, et je rougissais d'en avoir douté.
Chacun veut voir Blanchette; on lui fait mille caresses à cause de moi. On lui réserve le meilleur foin, la meilleure litière: elle sera la plus fêtée et la plus heureuse des chèvres.
Dieu m'a sauvé la vie, et je le bénis; il n'a pas permis que mon grand-père pût revoir sa famille: cet ami, que je pleure, m'a enseigné à ne jamais murmurer contre les décrets de la Providence. Mais elle n'exige de moi que la résignation, et n'est pas offensée de mes regrets. Mon Dieu, si je vous aime, je le dois à celui dont vous m'avez séparé: faites que je vous sois fidèle comme lui, afin de le rejoindre un jour dans le ciel.
FIN.
A NEW SERIESOFSTANDARDEDUCATIONAL WORKS,PRINCIPALLY FOR THE STUDY OFFOREIGN LANGUAGES,ALSO INCLUDING THE PUBLICATIONS OFS. R. URBINO, AND DE VRIES, IBARRA & CO.,BOSTON.
The object of this series is to furnish the American Student with cheap, neat and correct editions of the latest and most approved TEXT BOOKS and MODERN CLASSICAL WORKS, from the most elementary to the most advanced, for the study of Foreign Languages.
FRENCH.
OTTO'S FRENCH CONVERSATION GRAMMAR.A new and practical method of learning the French Language. By Rev. Dr. EMIL OTTO. Thoroughly revised byF. F. Bocher, Instructor in French at Harvard College. 12mo., cloth. Price $1.75.KEY TO OTTO'S FRENCH GRAMMAR.12mo. Price, 65 cents.L'INSTRUCTEUR DE L'ENFANCE.(A first Book for Children.) ByL. Boncoeur. 12mo., cloth. Price 90 cents.ELEMENTARY FRENCH READER; OR, LESSONS AND EXERCISES IN FRENCH PRONUNCIATION, for the use of American Schools. ByMad. M. Gibert. 12mo., boards. Price, 40 cents.THE PRACTICAL FRENCH INSTRUCTOR.Complete course. By Prof.P. W. Gengembre. Fourteenth edition, improved and enlarged. 8vo. Half morocco. Price, $1.25.FRENCH READING CHARTS.Six wall maps, in royal folio size, to facilitate the teaching of French Pronunciation, Reading, Spelling and Translation, in large classes. Arranged by Prof.P. W. Gengembre. Mounted, varnished, and secured by rollers. Price, $10.00 the set.THE PRACTICAL FRENCH READER.By Prof.P. W. Gengembre. Second Edition. 8vo., half bound. Price, $1.25.LUCIE; FAMILIAR CONVERSATIONSin French and English, for Children. 12mo., cloth. Price, 90 cents.NEW GUIDE TO MODERN CONVERSATION, in French and English, or Dialogues on ordinary and familiar subjects. ByBellenger. New edition, revised, corrected and augmented by dialogues on travelling, railways, steam vessels, etc. By C. andH. Witcomb. 16mo., cloth. Price, 75 cents.SADLER'SCOURS DE VERSIONS; or, Exercises for Translating English into French. First American from the fifteenth Paris Edition. Annotated and revised by Prof.C. F. Gillette. 16mo. Price, $1.25.NUGENT'S IMPROVED FRENCH AND ENGLISH AND ENGLISH AND FRENCH POCKET DICTIONARY, containing the French and English pronunciation, Coins, Weights and Measures, list of proper names, and Elements of French Grammar, etc., etc. BySmith. 1 vol., 32mo., cloth. Price, $1.50.
OTTO'S FRENCH CONVERSATION GRAMMAR.A new and practical method of learning the French Language. By Rev. Dr. EMIL OTTO. Thoroughly revised byF. F. Bocher, Instructor in French at Harvard College. 12mo., cloth. Price $1.75.
KEY TO OTTO'S FRENCH GRAMMAR.12mo. Price, 65 cents.
L'INSTRUCTEUR DE L'ENFANCE.(A first Book for Children.) ByL. Boncoeur. 12mo., cloth. Price 90 cents.
ELEMENTARY FRENCH READER; OR, LESSONS AND EXERCISES IN FRENCH PRONUNCIATION, for the use of American Schools. ByMad. M. Gibert. 12mo., boards. Price, 40 cents.
THE PRACTICAL FRENCH INSTRUCTOR.Complete course. By Prof.P. W. Gengembre. Fourteenth edition, improved and enlarged. 8vo. Half morocco. Price, $1.25.
FRENCH READING CHARTS.Six wall maps, in royal folio size, to facilitate the teaching of French Pronunciation, Reading, Spelling and Translation, in large classes. Arranged by Prof.P. W. Gengembre. Mounted, varnished, and secured by rollers. Price, $10.00 the set.
THE PRACTICAL FRENCH READER.By Prof.P. W. Gengembre. Second Edition. 8vo., half bound. Price, $1.25.
LUCIE; FAMILIAR CONVERSATIONSin French and English, for Children. 12mo., cloth. Price, 90 cents.
NEW GUIDE TO MODERN CONVERSATION, in French and English, or Dialogues on ordinary and familiar subjects. ByBellenger. New edition, revised, corrected and augmented by dialogues on travelling, railways, steam vessels, etc. By C. andH. Witcomb. 16mo., cloth. Price, 75 cents.
SADLER'SCOURS DE VERSIONS; or, Exercises for Translating English into French. First American from the fifteenth Paris Edition. Annotated and revised by Prof.C. F. Gillette. 16mo. Price, $1.25.
NUGENT'S IMPROVED FRENCH AND ENGLISH AND ENGLISH AND FRENCH POCKET DICTIONARY, containing the French and English pronunciation, Coins, Weights and Measures, list of proper names, and Elements of French Grammar, etc., etc. BySmith. 1 vol., 32mo., cloth. Price, $1.50.
LA MÈRE L'OIE.Poésies, Chansons et Rondes Enfantines. Avec Illustrations. 8vo. Price, $1.00.ÆSOP'S FABLES IN FRENCH; with a description of fifty Animals, mentioned therein, and a French and English Dictionary of all the words contained in the Work. New revised Edition. 18mo., cloth. Price, 75 cents.HISTOIRE DE LA MÈRE MICHEL ET DE SON CHAT.ParEmile de la Bedollierre. With a French and English Vocabulary. By MadameC. R. Corson. 16mo., cloth. Price, 75 cents.LE PETIT ROBINSON DE PARIS.ParMadame Eugenie Foa. 12mo., cloth. Price, 90 cents.TROIS MOIS SOUS LA NEIGE.Journal d'un Jeune Habitant du Jura. ParJacques Porchat. 16mo., Cloth. Price, 75 cents. Ouvrage couronné par l'Académie Française.CONTES BIOGRAPHIQUES.Par MadameEugenie Foa. 12mo. cloth. Price, $1.25.L'HISTOIRE DE FRANCE.Racontée à la Jeunesse. ParM. Lame Fleury. 16mo., cloth. Price, $1.50.GOUTTES DE ROSÉE.Petit Trésor poétique desJeunes Personnes. 18mo., cloth. Price, 75 cents.ROSA.Par MadameE. de Pressensé. 12 mo., cloth. Price, $1.25.AU COIN DU FEU.ParEmile Souvestre. 12mo., cloth. Price, $1.00.UN PHILOSOPHE SOUS LES TOITS.ParEmile Souvestre. 12 mo., cloth. Price, $1.00. Ouvrage couronné par l'Académie Française.
LA MÈRE L'OIE.Poésies, Chansons et Rondes Enfantines. Avec Illustrations. 8vo. Price, $1.00.
ÆSOP'S FABLES IN FRENCH; with a description of fifty Animals, mentioned therein, and a French and English Dictionary of all the words contained in the Work. New revised Edition. 18mo., cloth. Price, 75 cents.
HISTOIRE DE LA MÈRE MICHEL ET DE SON CHAT.ParEmile de la Bedollierre. With a French and English Vocabulary. By MadameC. R. Corson. 16mo., cloth. Price, 75 cents.
LE PETIT ROBINSON DE PARIS.ParMadame Eugenie Foa. 12mo., cloth. Price, 90 cents.
TROIS MOIS SOUS LA NEIGE.Journal d'un Jeune Habitant du Jura. ParJacques Porchat. 16mo., Cloth. Price, 75 cents. Ouvrage couronné par l'Académie Française.
CONTES BIOGRAPHIQUES.Par MadameEugenie Foa. 12mo. cloth. Price, $1.25.
L'HISTOIRE DE FRANCE.Racontée à la Jeunesse. ParM. Lame Fleury. 16mo., cloth. Price, $1.50.
GOUTTES DE ROSÉE.Petit Trésor poétique desJeunes Personnes. 18mo., cloth. Price, 75 cents.
ROSA.Par MadameE. de Pressensé. 12 mo., cloth. Price, $1.25.
AU COIN DU FEU.ParEmile Souvestre. 12mo., cloth. Price, $1.00.
UN PHILOSOPHE SOUS LES TOITS.ParEmile Souvestre. 12 mo., cloth. Price, $1.00. Ouvrage couronné par l'Académie Française.