Chapter 15

[1]Lechapitre XXVIIIest le chapitre XXIII du manuscrit. Stendhal a mis par erreur le chiffre XXIII, au lieu de XXIV, et cette erreur se perpétue jusqu'à la fin de l'ouvrage.—Comprend les fol. 399 à 416.—Écrit à Rome, les 10, 11 et 12 janvier 1836.

[1]Lechapitre XXVIIIest le chapitre XXIII du manuscrit. Stendhal a mis par erreur le chiffre XXIII, au lieu de XXIV, et cette erreur se perpétue jusqu'à la fin de l'ouvrage.—Comprend les fol. 399 à 416.—Écrit à Rome, les 10, 11 et 12 janvier 1836.

[2]...ni l'insouciance ni le ... du gamin de Paris ...—Le mot est en blanc dans le manuscrit.

[2]...ni l'insouciance ni le ... du gamin de Paris ...—Le mot est en blanc dans le manuscrit.

[3]...à partir de la tombée de la nuit ousing ...—Ms.: «Saint.»

[3]...à partir de la tombée de la nuit ousing ...—Ms.: «Saint.»

[4]Cette famille avait reçu saint Bruno à la Grande-Chartreuse en ...—La date est en blanc.

[4]Cette famille avait reçu saint Bruno à la Grande-Chartreuse en ...—La date est en blanc.

[5]... àcause de la réception de Saint-Bruno, en 1080.—Date: Saint Bruno, mort en 1101 en Calabre. (Note de Stendhal.)—Cette date est exacte, mais c'est en 1084 seulement que saint Bruno vint à Grenoble et fonda la Grande-Chartreuse, dont l'église fut consacrée en 1085.

[5]... àcause de la réception de Saint-Bruno, en 1080.—Date: Saint Bruno, mort en 1101 en Calabre. (Note de Stendhal.)—Cette date est exacte, mais c'est en 1084 seulement que saint Bruno vint à Grenoble et fonda la Grande-Chartreuse, dont l'église fut consacrée en 1085.

[6]...scène plaisante racontée par Clara Gazul.—LeThéâtre de Clara Gazul, de Mérimée, a paru en 1825.—Mérimée est appelé, la plupart du temps,Clarapar Stendhal.

[6]...scène plaisante racontée par Clara Gazul.—LeThéâtre de Clara Gazul, de Mérimée, a paru en 1825.—Mérimée est appelé, la plupart du temps,Clarapar Stendhal.

[7]...j'y traçai une couronne de feuillage, et au milieu un V majuscule.—Suit un croquis de cette lettre ornée.—En face, au verso du fol. 403, Stendhal écrit: «Mettre ceci ici, coupé trop net, le placer en son temps, à 1806 ou 10. A l'un de mes voyages (retours) à Grenoble, vers 1806, une personne bien informée me dit que MlleVictorine était amoureuse. J'enviai fort la personne. Je supposais que c'était Félix Faure. Plus tard, une autre personne me dit: «MlleVictorine, me parlant de la personne qu'elle a aimé si longtemps, m'a dit: Il n'est peut-être pas beau, mais jamais on ne lui reproche sa laideur ... C'est l'homme qui a eu le plus d'esprit et d'amabilité parmi les jeunes gens de mon temps. En un mot, ajouta cette personne, c'est vous.»—10 janvier 1836.—Lu de Brosses.»

[7]...j'y traçai une couronne de feuillage, et au milieu un V majuscule.—Suit un croquis de cette lettre ornée.—En face, au verso du fol. 403, Stendhal écrit: «Mettre ceci ici, coupé trop net, le placer en son temps, à 1806 ou 10. A l'un de mes voyages (retours) à Grenoble, vers 1806, une personne bien informée me dit que MlleVictorine était amoureuse. J'enviai fort la personne. Je supposais que c'était Félix Faure. Plus tard, une autre personne me dit: «MlleVictorine, me parlant de la personne qu'elle a aimé si longtemps, m'a dit: Il n'est peut-être pas beau, mais jamais on ne lui reproche sa laideur ... C'est l'homme qui a eu le plus d'esprit et d'amabilité parmi les jeunes gens de mon temps. En un mot, ajouta cette personne, c'est vous.»—10 janvier 1836.—Lu de Brosses.»

[8]...ce trait de hauteur mit Victorine ...—Ms.: «Virginie.»—Ce mot est surmonté d'une croix.

[8]...ce trait de hauteur mit Victorine ...—Ms.: «Virginie.»—Ce mot est surmonté d'une croix.

[9]MM. Galle, La Bayette ...—Une ligne est restée en blanc après ces deux noms.

[9]MM. Galle, La Bayette ...—Une ligne est restée en blanc après ces deux noms.

[10]...la nouvelle place du Département.—Près du Jardin-de-Ville. Aujourd'hui place de Gordes. Cette place a été créée en 1791.—Au verso du fol. 406 est un plan de la place et de ses alentours.

[10]...la nouvelle place du Département.—Près du Jardin-de-Ville. Aujourd'hui place de Gordes. Cette place a été créée en 1791.—Au verso du fol. 406 est un plan de la place et de ses alentours.

[11]...La Bayette joignait une grande noblesse de sentiments et de manières ...—Nous faisions dans sa chambre des pique-niques, à cinq ou six sous par tête, pour manger ensemble duMont-d'Or, avec des griches, le tout arrosé d'un petit vin blanc qui nous semblait délicieux. La Bayette avait un charmant caractère: il était aimant et avait beaucoup d'expansion. (Note au crayon de R. Colomb.)

[11]...La Bayette joignait une grande noblesse de sentiments et de manières ...—Nous faisions dans sa chambre des pique-niques, à cinq ou six sous par tête, pour manger ensemble duMont-d'Or, avec des griches, le tout arrosé d'un petit vin blanc qui nous semblait délicieux. La Bayette avait un charmant caractère: il était aimant et avait beaucoup d'expansion. (Note au crayon de R. Colomb.)

[12]...lesMémoires secretsde Duclos ...—LesMémoires secrets sur les règnes de Louis XIV et de Louis XVfurent publiés en 1791, dix-neuf ans après la mort de Duclos.

[12]...lesMémoires secretsde Duclos ...—LesMémoires secrets sur les règnes de Louis XIV et de Louis XVfurent publiés en 1791, dix-neuf ans après la mort de Duclos.

[13]Vous êtes, lui dit-il, l'existence et l'essence, Simple ...—On lit en tête du fol. 411: «12 janvier 1836. Omar. Sirocco après trente ou quarante jours de froid infâme ...»

[13]Vous êtes, lui dit-il, l'existence et l'essence, Simple ...—On lit en tête du fol. 411: «12 janvier 1836. Omar. Sirocco après trente ou quarante jours de froid infâme ...»

[14]Sa mère, fort grande dame, c'était une Grolée ...—La famille de Grolée était l'une des familles les plus anciennes et les plus estimées du Dauphiné.

[14]Sa mère, fort grande dame, c'était une Grolée ...—La famille de Grolée était l'une des familles les plus anciennes et les plus estimées du Dauphiné.

[15]...près de la statue d'Hercule, au Jardin ...—Au Jardin-de-Ville. Au milieu du jardin se trouve une statue du connétable de Lesdiguières sous les traits d'Hercule, attribuée à Jacob Richier. Cette statue, primitivement érigée dans l'île de l'étang du château de Lesdiguières, à Vizille, a été acquise par la Ville de Grenoble en 1740.

[15]...près de la statue d'Hercule, au Jardin ...—Au Jardin-de-Ville. Au milieu du jardin se trouve une statue du connétable de Lesdiguières sous les traits d'Hercule, attribuée à Jacob Richier. Cette statue, primitivement érigée dans l'île de l'étang du château de Lesdiguières, à Vizille, a été acquise par la Ville de Grenoble en 1740.

[16]...Jeanne Dupéron, veuve Beyle ...—Jeanne Dupéron, fille de Pierre, banquier à Grenoble, et de Dominique Bérard, épousa le 14 septembre 1734 Pierre Beyle, procureur au Parlement. (Voir Ed. Maignien,La famille de Beyle-Stendhal, notes généalogiques.Grenoble, 1889.)

[16]...Jeanne Dupéron, veuve Beyle ...—Jeanne Dupéron, fille de Pierre, banquier à Grenoble, et de Dominique Bérard, épousa le 14 septembre 1734 Pierre Beyle, procureur au Parlement. (Voir Ed. Maignien,La famille de Beyle-Stendhal, notes généalogiques.Grenoble, 1889.)

[17]...les Cours impériales ...—Ms.: «Royales.»—M. de Barral fut Premier Président depuis 1804 jusqu'en décembre 1815.

[17]...les Cours impériales ...—Ms.: «Royales.»—M. de Barral fut Premier Président depuis 1804 jusqu'en décembre 1815.

[18]Ne pourrait-on pas réunir ...—Variante: «Avoir.»

[18]Ne pourrait-on pas réunir ...—Variante: «Avoir.»

[19]...ex-maire de Grenoble, jésuite ...—Ms.: «Tejé.»—Jean-François-Calixte, marquis de Pina, remplaça comme adjoint au maire de Grenoble, en 1816, Joseph-Chérubin Beyle. Il fut nommé maire la même année, resta en fonctions jusqu'au 13 octobre 1818. Puis il fut encore maire de Grenoble entre le 26 août 1824 et la révolution de 1830.

[19]...ex-maire de Grenoble, jésuite ...—Ms.: «Tejé.»—Jean-François-Calixte, marquis de Pina, remplaça comme adjoint au maire de Grenoble, en 1816, Joseph-Chérubin Beyle. Il fut nommé maire la même année, resta en fonctions jusqu'au 13 octobre 1818. Puis il fut encore maire de Grenoble entre le 26 août 1824 et la révolution de 1830.

Je ne voyais pas M. de Barral aussi en beau alors, il était la bête noire de mes parents pour avoir émigré.

La nécessité me rendant hypocrite (défaut dont je me suis trop corrigé et dont l'absence m'a tant nui, à Rome[2], par exemple), je citais à ma famille les noms de MM. de La Bayette et de Barrai, mes nouveaux amis.

«La Bayette! bonne famille, dit mon grand-père; son père était capitaine de vaisseau, son oncle, M. de ...[3], Président au Parlement. Pour Montferrat, c'est un plat.»

Il faut avouer qu'un matin, à deux heures du matin, des municipaux, et M. de Barral avec eux,étaient venus pour arrêter M. d'Anthon[4], ancien conseiller au Parlement, qui habitait le premier étage, et dont l'occupation constante était de se promener dans sa grande salle en se rongeant les ongles. Le pauvre diable perdait la vue et de plus était notoirement suspect, comme mon père. Il était dévot jusqu'au fanatisme, mais à cela près point méchant. On trouvait indigne dans M. de Barral d'être venu arrêter un des conseillers jadis ses camarades quand il était Président au Parlement[5].

Il faut convenir[6]que c'était un plaisant animal qu'un bourgeois de France vers 1794, quand j'ai pu commencer à le comprendre, se plaignant amèrement de la hauteur des nobles et entre eux n'estimant un homme absolument qu'à cause de sa naissance. La vertu, la bonté, la générosité n'y faisaient rien; même, plus un homme était distingué, plus fortement ils lui reprochaient le manque de naissance, et quelle naissance!

Vers 1803, quand mon oncle Romain Gagnon vint à Paris et logea chez moi, rue de Nemours, je ne le présentai pas chez Mmede Neuilly; il y avait une raison pour cela: cette dame n'existait pas. Choquée de cette absence de présentation, ma bonne tante Elisabeth dit:

«Il faut qu'il y ait quelque chose d'extraordinaire, autrement Henri aurait mené son oncle chezcette dame; on est bien aise de montrerqu'on n'est pas né sous un chou.»

C'est moi, s'il vous plaît, qui ne suis pas né sous un chou.

Et quand notre cousin Clet, horriblement laid, figure d'apothicaire et, de plus, apothicaire effectif, pharmacien militaire, fut sur le point de se marier en Italie, ma tante Elisabeth répondait au reproche de tournure abominable:

«Il faut convenir que c'est un vraiMargageat, disait quelqu'un.

—A la bonne heure, mais il y a la naissance! Cousin du premier médecin de Grenoble, n'est-ce rien?»

Le caractère de cette excellente[7]fille était un exemple bien frappant de la maxime:Noblesse oblige.Je ne connais rien de généreux, de noble, de difficile qui fût au-dessus d'elle et de son désintéressement[8]. C'est à elle en partie que je dois de bien parler; s'il m'échappait un mot bas, elle disait: «Ah! Henri!» Et sa figure exprimait un froid dédain dont le souvenir mehantait(me poursuivait longtemps).

J'ai connu des familles où l'on parlait aussi bien, mais pas une où l'on parlât mieux que dans la mienne. Ce n'est point à dire qu'on n'y fît pas communément les huit ou dix fautes dauphinoises.

Mais, si je me servais d'un mot peu précis ou prétentieux, à l'instant[9]une plaisanterie m'arrivait,et avec d'autant plus de bonheur, de la part de mon grand-père, que c'étaient à peu près les seules que la piété morose de ma tante Séraphie permît au pauvre homme. Il fallait, pour éviter le regard railleur de cet homme d'esprit, employer la tournure la plus simple et le mot propre, et toutefois il ne fallait pas s'aviser de se servir d'un mot bas.

J'ai vu les enfants, dans les familles riches de Paris, employer toujours la tournure la plus ambitieuse pour arriver au style noble, et les parents applaudir à cet essai d'emphase. Les jeunes Parisiens diraient volontierscoursierau lieu decheval; de là, leur admiration pour MM. de Salvandy, Chateaubriand, etc.

Il y avait d'ailleurs, en ce temps-là, une profondeur et une vérité de sentiment dans le jeune Dauphinois de quatorze ans que je n'ai jamais aperçues chez le jeune Parisien. En revanche, nous disions: J'étais auCour-se, où M.Passe-kin(Pasquin) m'a lu une pièce de ver-se, sur le voyage d'Anver-seà Calai-ce.

Ce n'est qu'en arrivant à Paris, en 1799, que je me suis douté qu'il y avait une autre prononciation. Dans la suite, j'ai pris des leçons du célèbre La Rive et de Dugazon pour chasser les derniers restes du parlertraînardde mon pays. Il ne me reste plus que deux ou trois mots (côte,kote, au lieu dekaute, petite élévation; le bon abbé Gattel a donc eu toute raison de noter la prononciation dans son bon dictionnaire, chose blâmée dernièrement par unnigaud d'homme de lettresde Paris), et l'accent ferme et passionné du Midi qui, décelant laforce du sentiment, la vigueur avec laquelle on aime ou on hait, est, sur-le-champ, singulier et partantvoisin du ridicule, à Paris.

C'est donc en disant chose au lieu de chause, cote au lieu de caute, Calai-ce au lieu de Kalai (Calais), que je faisais la conversation avec mes amis Bigillion, La Bavette, Galle, Barral.

Ce dernier venait, ce me semble, de La Tronche chaque matin passer la journée chez Pierre-Vincent Chalvet, professeur d'histoire, logé au collège sous la voûte[10]; vers B, il y avait une assez jolie allée de tilleuls, allée fort étroite, mais les tilleuls étaient vieux et touffus, quoique taillés, la vue était délicieuse; là je me promenais avec Barral, qui venait du point C, très voisin; M. Chalvet, occupé de ses catins, de sa v... et des livres qu'il fabriquait, et de plus le plus insouciant des hommes, le laissait volontiers s'échapper.

Je crois que c'est en nous promenant au point P[11]que nous rencontrâmes Michoud, figure de bœuf, mais homme excellent (qui n'a eu que le tort de mourir ministériel pourri, et conseiller à la Cour royale, vers 1827). Je croirais assez que cet excellent homme croyait que la probité n'est d'obligation qu'entre particuliers et qu'il est toujours permis de trahir ses devoirs de citoyen pour arracher quelque argent au Gouvernement. Je fais une énorme différenceentre lui et son camarade Félix Faure; celui-ci est né avec l'âme basse, aussi est-il pair de France et Premier Président de la Cour royale de Grenoble.

Mais quels qu'aient été les motifs du pauvre Michoud pour vendre la patrie aux désirs du Procureur général, vers 1795, c'était le meilleur, le plus naturel, le plus fin, mais le plus simple de cœur des camarades.

Je crois qu'il avait appris à lire avec Barral chez MlleChavand, ils parlaient souvent de leurs aventures dans cette petite classe. (Déjà les rivalités, les amitiés, les haines du monde!) Comme je les enviais! Je crois même que je mentis une fois ou deux en laissant entendre à d'autres de mes compagnons que moi aussi j'avais appris à lire chez MlleChavand.

Michoud m'a aimé jusqu'à sa mort, et il n'aimait pas un ingrat; j'avais la plus haute estime pour son bon sens et sa bonté. Une autre fois, nous nous donnâmes des coups de poing, et comme il était deux fois plus gros que moi, il me rossa.

Je me reprochai mon incartade, non pas à cause des coups reçus, mais comme ayant méconnu son extrême bonté. J'étais malin et je disais des bons mots qui m'ont valu force coups de poing, et ce même caractère m'a valu, en Italie et en Allemagne, à l'armée, quelque chose de mieux et, à Paris, des critiques acharnées dans la petite littérature.

Quand un mot me vient, je vois sa gentillesse et non sa méchanceté. Je suis toujours surpris de sa portée comme méchanceté, par exemple: C'est Ampère ou A. de Jussieu qui m'ont fait voir la portée du mot à ce faquin de vicomte de La Passe (Cività-Vecchia, septembre 1831 ou 1832): «Oserais-je vous demander votre nom?» que le La Passe ne pardonnera jamais.

Maintenant, par prudence, je ne dis plus ces mots, et, l'un de ces jours, Don Philippe Caetani me rendait cette justice que j'étais l'un des hommes les moins méchants qu'il eût jamais vus, quoique ma réputation fût homme d'infiniment d'esprit, mais bien méchant et encore plus immoral (immoral, parce que j'ai écrit sur les femmes dans l'Amouret parce que, malgré moi, je me moque des hypocrites, corps respectable à Paris, qui le croirait? plus encore qu'à Rome[12]).

Dernièrement, MmeToldi, deValle, dit, comme je sortais de chez elle, au prince Caetani:

«Mais c'est M. de S[tendhal], cet homme de tant d'esprit,si immoral.»

Une actrice qui a un bambin[13]du prince Léopold de Syracuse de Naples! Le bon Don Filippo me justifia fort sérieusement du reproche d'immoralité.

Même en racontant qu'un cabriolet jaune vient de passer dans la rue, j'ai le malheur d'offenser mortellement les hypocrites, et même lesniais.

Mais au fond, cher lecteur, je ne sais pas ce que je suis: bon, méchant, spirituel, sot. Ce que je sais parfaitement, ce sont les choses qui me font peine ou plaisir, que je désire ou que je hais.

Un salon de provinciaux enrichis, et qui étalent du luxe, est ma bête noire, par exemple. Ensuite, vient un salon de marquis et de grands-cordons de la Légion d'honneur, qui étalent de la morale.

Un salon de huit ou dix personnes dont toutes les femmes ont eu des amants, où la conversation est gaie, anecdotique, et où l'on prend du punch léger à minuit et demi, est l'endroit du monde où je me trouve le mieux; là, dans mon centre, j'aime infiniment mieux entendre parler un autre que de parler moi-même. Volontiers je tombe dans le silence dubonheuret, si je parle, ce n'est que pourpayer mon billet d'entrée, mot employé dans ce sens, que j'ai introduit dans la société de Paris; il est commefioriture(importé par moi) et que je rencontre sans cesse; je rencontre plus rarement, il faut en convenir, cristallisation[14](voir l'Amour). Mais je n'y tiens pas le moins du monde: si l'on trouve un meilleur mot, plus apparenté, dans la langue, pour la même idée, je serai le premier à y applaudir et à m'en servir.

[1]Lechapitre XXIXest le chapitre XXIV du manuscrit (fol. 416 à 431).—Écrit à Rome, les 12 et 13 janvier 1836.

[1]Lechapitre XXIXest le chapitre XXIV du manuscrit (fol. 416 à 431).—Écrit à Rome, les 12 et 13 janvier 1836.

[2]...dont l'absence m'a tant nui, à Rome ...—Ms.: «Omar.»

[2]...dont l'absence m'a tant nui, à Rome ...—Ms.: «Omar.»

[3]...son oncle, M. de ...—Le nom a été laissé en blanc.

[3]...son oncle, M. de ...—Le nom a été laissé en blanc.

[4]...M. d'Anthon ...—Jean-Jacques-Gabriel de Vidaud d'Anthon de La Tour, né le 28 mars 1745, avait été nommé conseiller au Parlement par lettres patentes du 2 juillet 1766.

[4]...M. d'Anthon ...—Jean-Jacques-Gabriel de Vidaud d'Anthon de La Tour, né le 28 mars 1745, avait été nommé conseiller au Parlement par lettres patentes du 2 juillet 1766.

[5]...quand il était Président au Parlement.—Le reste du feuillet est blanc, ainsi que tout le fol. 419.

[5]...quand il était Président au Parlement.—Le reste du feuillet est blanc, ainsi que tout le fol. 419.

[6]Il faut convenir ...—On lit en tête du fol. 419bis: «12 janvier 36. Omar.—13 janvier, sans feu après ce froid si long de 3 à 7 degrés.»

[6]Il faut convenir ...—On lit en tête du fol. 419bis: «12 janvier 36. Omar.—13 janvier, sans feu après ce froid si long de 3 à 7 degrés.»

[7]...cette excellente fille...—Variante: «Noble.»

[7]...cette excellente fille...—Variante: «Noble.»

[8]Je ne connais rien de généreux, de noble, de difficile, qui fût au-dessus d'elle et de son désintéressement.—Variante: «Aucun sacrifice n'eût été au-dessus de sa générosité et de son désintéressement.»

[8]Je ne connais rien de généreux, de noble, de difficile, qui fût au-dessus d'elle et de son désintéressement.—Variante: «Aucun sacrifice n'eût été au-dessus de sa générosité et de son désintéressement.»

[9]...un mot peu précis ou prétentieux, à l'instant ...—Variante: «Un mot peu précis ou prétendant à l'effet, sur-le-champ.»

[9]...un mot peu précis ou prétentieux, à l'instant ...—Variante: «Un mot peu précis ou prétendant à l'effet, sur-le-champ.»

[10]...au collège sous la voûte ...—Aujourd'hui passage du Lycée, allant de la rue du Lycée à la place Jean-Achard, celle-ci occupée à la fin du XVIIIesiècle par les remparts de la ville. Stendhal donne un croquis des lieux. B est l'allée de tilleuls, sur les remparts. (Voir notre plan de Grenoble en 1793.)

[10]...au collège sous la voûte ...—Aujourd'hui passage du Lycée, allant de la rue du Lycée à la place Jean-Achard, celle-ci occupée à la fin du XVIIIesiècle par les remparts de la ville. Stendhal donne un croquis des lieux. B est l'allée de tilleuls, sur les remparts. (Voir notre plan de Grenoble en 1793.)

[11]Je crois que c'est en nous promenant au point P ...—En face, au verso du fol. 425, est un plan des lieux. A l'extrémité de la rue des Mûriers, qui longeait le rempart et le derrière de l'École centrale est, en «P, commencement de la promenade de vieux tilleuls écourtés (maimed) par la taille;» entre la rue des Mûriers et la promenade, en «L, jardin en contrebas de M. de Plainville, commandant ou adjudant de la place, père de Plainville, l'ami de Barral». (Voir notre plan de Grenoble en 1793.)

[11]Je crois que c'est en nous promenant au point P ...—En face, au verso du fol. 425, est un plan des lieux. A l'extrémité de la rue des Mûriers, qui longeait le rempart et le derrière de l'École centrale est, en «P, commencement de la promenade de vieux tilleuls écourtés (maimed) par la taille;» entre la rue des Mûriers et la promenade, en «L, jardin en contrebas de M. de Plainville, commandant ou adjudant de la place, père de Plainville, l'ami de Barral». (Voir notre plan de Grenoble en 1793.)

[12]...plus encore qu'à Borne.—Ms.: «Omar.»

[12]...plus encore qu'à Borne.—Ms.: «Omar.»

[13]Une actrice qui a un bambin ...—Variante: «Bâtard.»

[13]Une actrice qui a un bambin ...—Variante: «Bâtard.»

[14]...il faut en convenir,cristallisation ...—Sorte de folie qui fait voir toutes les perfections et touttourner à perfectiondans l'objet qui fait effet sur la matrice.Il est pauvre, ah! que je l'en aime mieux!Il est riche, ah! que je l'en aime mieux! (Note de Stendhal.)

[14]...il faut en convenir,cristallisation ...—Sorte de folie qui fait voir toutes les perfections et touttourner à perfectiondans l'objet qui fait effet sur la matrice.Il est pauvre, ah! que je l'en aime mieux!Il est riche, ah! que je l'en aime mieux! (Note de Stendhal.)

Le premier volume du manuscrit (côté R 299) de laVie de Henri Brulardcommence par un testament:

«Je lègue et donne le présent volume à M. le chevalier Abraham Constantin (de Genève), peintre sur porcelaine. Si M. Constantin ne l'a pas fait imprimer dans les mille jours qui suivront celui de mon décès, je lègue et donne ce volume, successivement, à MM. Alphonse Levavasseur, libraire, n° 16, place Vendôme, Philarète Chasles, homme de lettres, Henry Fournier, libraire, rue de Seine, Paulin, libraire, Delaunay, libraire; et si aucun de ces Messieurs ne trouve son intérêt à faire imprimer dans les cinq ans qui suivront mon décès, je laisse ce volume au plus âgé des libraires habitant dans Londres et dont le nom commence par un C.

Cività-Vecchia, le 24 décembre 1835.»

On lit encore, sur un feuillet intercalé en face du fol. 8, le fragment suivant: «... de n'imprimer, si cela en vaut la peine, que quinze mois après mon décès. Rome, le 29 novembre 1835.H. Beyle.»

—Sur un autre feuillet, on lit:

«PETITS FAITS A PLACER

1. Mauvaise odeur de gens qui assistaient aux vêpres, à la Charité (M. Beyle, supérieur).

2. L'abbé Rey me fait entrer dans le chœur, à Saint-André. D'ordinaire, je me tenais tout près de la grande grille du chœur. Sermons.

Tout cela, avant la clôture des églises; mais à quelle époque furent-elles fermées à Grenoble?

3. Enterrement, ou plutôt obsèques, à Notre-Dame, de l'évêque intrus, appelé l'abbé Pouchot avec dédain par ma famille.»

Stendhal a pris soin de répéter le titre de son auto-biographie en tête de chacun des volumes de son manuscrit. Il y ajoute diverses indications destinées à dérouter les investigations possibles de la police, dont il avait une crainte maladive. Voici les diverses mentions placées sur les feuillets de garde des trois volumes:

TOME Ier

Vie de Henri Brulard.

A Messieurs de la Police. Ceci est un roman imité duVicaire de Wakefield.Le héros, Henri Brulard, écrit sa vie, à cinquante-deux ans, après la mort de sa femme, la célèbre Charlotte Corday.

TOME II

Vie de Henri Brulard, écrite par lui-même. Roman imité duVicaire de Wakefield, surtout pour la pureté des sentiments.

A Messieurs de la Police. Rien de politique. Le héros de ce roman finit par se faire prêtre, comme Jocelyn.

TOME III

Vie de Henri Brulard, écrite par lui-même. Roman à détails, imité duVicaire de Wakefield.

A Messieurs de la Police. Rien de politique dans ce roman. Le plan est un exalté dans tous les genres qui, dégoûté et éclairé peu à peu, finit par se consacrer au culte des hôtels (sic).

TABLE DES GRAVURES DU TOME PREMIERPortrait de StendhalReproduction du f° 69 du manuscritPortrait d'Henri GagnonLa maison natale de StendhalReproduction du f° 260 bis du manuscrit

TABLE DU TOME PREMIERNOTE DE L'ÉDITEURINTRODUCTION.—Le manuscrit de la Vie de Henri Brulard, par Henry DebrayeCHAPITRE IerCHAPITRE IICHAPITRE IIICHAPITRE IVCHAPITRE V.—Petits souvenirs de ma première enfanceCHAPITRE VICHAPITRE VIICHAPITRE VIIICHAPITRE IXCHAPITRE X.—Le maître DurantCHAPITRE XI.—Amar et JHerlinotCHAPITRE XII.—Billet CardonCHAPITRE XIII.—Premier voyage aux ÉchellesCHAPITRE XIV.—Mort du pauvre LambertCHAPITRE XVCHAPITRE XVICHAPITRE XVIICHAPITRE XVIII.—La première communionCHAPITRE XIXCHAPITRE XXCHAPITRE XXI

TABLE ALPHABÉTIQUE

La table alphabétique que nous donnons ici est très succincte et indique simplement les noms de personnes, sans aucun détail biographique. Une table alphabétique plus détaillée formera le dernier volume desŒuvres complètes de Stendhal.


Back to IndexNext