Chapter 9

[1]Lechapitre XIIIse trouve dans un cahier séparé, côté B 300 (Bibl. mun. de Grenoble), en même temps que les chapitres V et XV. Il va du feuillet 15 au feuillet 38, et porte une foliotation spéciale, de 1 à 24. En tête, Stendhal indique: «Dicter ceci et le faire écrire sur le papier blanc à la fin du 1er volume. Relier ce chapitre à la fin du second volume. 18 décembre.» Il ajoute: «Placer ce morceau vers 1792 à son rang, vers 1791.» Un feuillet intercalaire porte encore: «A placer à son époque, avant la conquête de la Savoie par le général Montesquiou, avant 1792. A faire copier sur le papier blanc. Placer a la fin du 1er volume.»—Le chapitre XIII a été écrit n Rome le 18 décembre 1835, par un «froid de chien».

[1]Lechapitre XIIIse trouve dans un cahier séparé, côté B 300 (Bibl. mun. de Grenoble), en même temps que les chapitres V et XV. Il va du feuillet 15 au feuillet 38, et porte une foliotation spéciale, de 1 à 24. En tête, Stendhal indique: «Dicter ceci et le faire écrire sur le papier blanc à la fin du 1er volume. Relier ce chapitre à la fin du second volume. 18 décembre.» Il ajoute: «Placer ce morceau vers 1792 à son rang, vers 1791.» Un feuillet intercalaire porte encore: «A placer à son époque, avant la conquête de la Savoie par le général Montesquiou, avant 1792. A faire copier sur le papier blanc. Placer a la fin du 1er volume.»—Le chapitre XIII a été écrit n Rome le 18 décembre 1835, par un «froid de chien».

[2]...le crépi sur lequel la fresque était peinte est tombé ...—On lit en tête du fol. 2: «18 décembre 1835. Omar. Froid de chien, avec nuages au ciel.»

[2]...le crépi sur lequel la fresque était peinte est tombé ...—On lit en tête du fol. 2: «18 décembre 1835. Omar. Froid de chien, avec nuages au ciel.»

[3]...triste façon de peindre le bonheur.—Variante: «Rendre.»

[3]...triste façon de peindre le bonheur.—Variante: «Rendre.»

[4]...qui alors séparait la France de la Savoie.—On lit en tête du fol. 5: «18 déc. Froid de loup près du feu.»

[4]...qui alors séparait la France de la Savoie.—On lit en tête du fol. 5: «18 déc. Froid de loup près du feu.»

[5]...le cher père ...—Lecture incertaine.

[5]...le cher père ...—Lecture incertaine.

[6]...du côté de Claix, au point A ...—En face, dans la marge, est un dessin représentant une coupe du pont de Claix. Le point A est sur la route, au sud du pont, sur la rive gauche du Drac.

[6]...du côté de Claix, au point A ...—En face, dans la marge, est un dessin représentant une coupe du pont de Claix. Le point A est sur la route, au sud du pont, sur la rive gauche du Drac.

[7]...J.-J. Rousseau (Confessions) ...—On lit en tête du fol. 7: «18 décembre 1835. Froid à deux pieds de mon feu. Omar.»

[7]...J.-J. Rousseau (Confessions) ...—On lit en tête du fol. 7: «18 décembre 1835. Froid à deux pieds de mon feu. Omar.»

[8]...entre la cheminée et le petit cabinet.—En face, est un plan de la chambre, avec la place du portrait, près de la cheminée.

[8]...entre la cheminée et le petit cabinet.—En face, est un plan de la chambre, avec la place du portrait, près de la cheminée.

[9]Donc la Terreur avait commencé ...—Variante: «Etait commencée.»

[9]Donc la Terreur avait commencé ...—Variante: «Etait commencée.»

[10]...un beau jeune homme, M ...—Le nom est en blanc.

[10]...un beau jeune homme, M ...—Le nom est en blanc.

[11]La mère de ma tante Camille et de Mlle ...—Le nom est en blanc. Il s'agit sans doute de Marie Poncet, sœur de madame Romain Gagnon.

[11]La mère de ma tante Camille et de Mlle ...—Le nom est en blanc. Il s'agit sans doute de Marie Poncet, sœur de madame Romain Gagnon.

[12]Sa maison, où je logeais ...—Plan des Échelles et de ses environs, avec la maison Poncet (M). «Aux points AA étaient les poteaux avec les armes de Savoie du cité de la rive droite.»

[12]Sa maison, où je logeais ...—Plan des Échelles et de ses environs, avec la maison Poncet (M). «Aux points AA étaient les poteaux avec les armes de Savoie du cité de la rive droite.»

[13]...par la digue du Guiers.—Ici, un plan de la maison Poncet, avec le jardin traversé par la digue du Guiers.

[13]...par la digue du Guiers.—Ici, un plan de la maison Poncet, avec le jardin traversé par la digue du Guiers.

[14]Voici le lieu de la scène ...—Suit un plan grossier de la scène: derrière une haie se trouve Beyle jetant des pierres aux dames, assises sur une «pente rapide en gazon». C'est une «pente de huit ou dix pieds où toutes ces dames étaient assises, On riait, on buvait du ratafia de Teisseire (Grenoble), les verres manquant, dans des dessus de tabatière d'écaillé». Plus haut est l'arbre M dans la fourche duquel fut placé Beyle, en O; tout près est un ruisseau, le long duquel il s'enfuit.

[14]Voici le lieu de la scène ...—Suit un plan grossier de la scène: derrière une haie se trouve Beyle jetant des pierres aux dames, assises sur une «pente rapide en gazon». C'est une «pente de huit ou dix pieds où toutes ces dames étaient assises, On riait, on buvait du ratafia de Teisseire (Grenoble), les verres manquant, dans des dessus de tabatière d'écaillé». Plus haut est l'arbre M dans la fourche duquel fut placé Beyle, en O; tout près est un ruisseau, le long duquel il s'enfuit.

[15]...revenant d'émigration à Turin.—En tête du fol. 17 on lit: «18 décembre 1835. Froid; jambe gauche gelée.»

[15]...revenant d'émigration à Turin.—En tête du fol. 17 on lit: «18 décembre 1835. Froid; jambe gauche gelée.»

[16]Que dirai-je d'un voyage à la Grotte?—Au verso du fol. 17 est un plan des environs des Échelles. La grotte y est figurée, avec son entrée sur la «route de Chambéry», non loin des «roches énormes coupées par Philibert-Emmanuel» et de la «coupure dans le roc par Napoléon». Y sont figurés l' «ancienne route» des Échelles, la «nouvelle route que je n'ai jamais vue, faite vers 1810», et le sentier conduisant, au «pont Jean-Lioud, à 100 pieds ou 80 au-dessus du torrent».—Au verso du fol. 18 est encore un plan du défilé de Chailles; Stendhal y a indiqué la situation de «Corbaron, domaine de M. de Corbeau». Dessous est un «détail des Portes de Chailles»: «là sont quatre diocèses».Le pont Jean-Lioud, que Stendhal orthographie Janliou, est jeté sur le Guiers-Mort, lequel avait son cours entièrement en France. C'est le Guiers-Vif qui servait de frontière entre la France et la Savoie.—Actuellement, le pont Jean-Lioud est une passerelle en bois, utilisée par le charmant chemin qui va d'Entre-deux-Guiers à Villette, près Saint-Laurent-du-Pont.]

[16]Que dirai-je d'un voyage à la Grotte?—Au verso du fol. 17 est un plan des environs des Échelles. La grotte y est figurée, avec son entrée sur la «route de Chambéry», non loin des «roches énormes coupées par Philibert-Emmanuel» et de la «coupure dans le roc par Napoléon». Y sont figurés l' «ancienne route» des Échelles, la «nouvelle route que je n'ai jamais vue, faite vers 1810», et le sentier conduisant, au «pont Jean-Lioud, à 100 pieds ou 80 au-dessus du torrent».—Au verso du fol. 18 est encore un plan du défilé de Chailles; Stendhal y a indiqué la situation de «Corbaron, domaine de M. de Corbeau». Dessous est un «détail des Portes de Chailles»: «là sont quatre diocèses».

Le pont Jean-Lioud, que Stendhal orthographie Janliou, est jeté sur le Guiers-Mort, lequel avait son cours entièrement en France. C'est le Guiers-Vif qui servait de frontière entre la France et la Savoie.—Actuellement, le pont Jean-Lioud est une passerelle en bois, utilisée par le charmant chemin qui va d'Entre-deux-Guiers à Villette, près Saint-Laurent-du-Pont.]

[17]...elle eût fait de moi un jésuite.—Ms.: «Tejé.»

[17]...elle eût fait de moi un jésuite.—Ms.: «Tejé.»

[18]...les Pairs ...—Ms.: «Sraip.»

[18]...les Pairs ...—Ms.: «Sraip.»

[19]...tous les généraux Pairs ...—Ms.: «Sairp.»

[19]...tous les généraux Pairs ...—Ms.: «Sairp.»

[20]...M. d'Houdetot ...—Ms.: «Detothou.»

[20]...M. d'Houdetot ...—Ms.: «Detothou.»

[21]...la truite de trois-quarts de livre ...—Suit une parenthèse comprenant trois ou quatre mots illisibles.

[21]...la truite de trois-quarts de livre ...—Suit une parenthèse comprenant trois ou quatre mots illisibles.

[22]Quelle joie pour moi!—Le chapitre est inachevé. On lit à la fin: «A 4 h. 50 m., manque de jour; je m'arrête.»

[22]Quelle joie pour moi!—Le chapitre est inachevé. On lit à la fin: «A 4 h. 50 m., manque de jour; je m'arrête.»

Je place ici, pour ne pas le perdre, un dessin[2]dont j'ai orné ce matin une lettre que j'écris à mon ami R. Colomb, qui à son âge, en homme prudent, a été mordu du chien de la Métromanie, ce qui l'a porté à me faire des reproches parce que j'ai écrit une préface pour la nouvelle édition de de Brosses; or, lui aussi avait fait une préface. Cette carte est faite pour répondre à Colomb, qui dit que je vais le mépriser.

J'ajoute: s'il y a un autre monde, j'irai vénérer Montesquieu, il me dira peut-être: «Mon pauvre ami, vous n'avez eu aucun talent dans l'autre inonde.» J'en serai fâché, mais point surpris: l'œil ne se voit pas lui-même.

Mais ma lettre à Colomb ne fera que blanchir tous les gens à argent; quand ils sont arrivés au bien-être, ils se mettent à haïr les gens qui ont été lus du public. Les commis des Affaires étrangères seraient bien aises de me donner quelque petit déboire dans mon métier. Cette maladie est plus maligne quand l'homme à argent, arrivé à cinquante ans, prend la manie de se faire écrivain. C'est comme les généraux de l'Empire qui, voyant, vers 1820, que la Restauration ne voulait pas d'eux, se mirent à aimerpassionnément, c'est-à-dire comme unpis aller, la musique.

Revenons à 1794 ou 95. Je proteste de nouveau que je ne prétends pas peindre les choses en elles-mêmes, mais seulement leur effet sur moi. Comment ne serais-je pas persuadé de cette vérité par cette simple observation: je ne me souviens pas de la physionomie de mes parents, par exemple de mon excellent grand-père, que j'ai regardé si souvent et avec toute l'affection dont un enfant ambitieux est capable.

Comme, d'après le système barbare adopté par mon père et Séraphie, je n'avais point d'ami ou de camarade de mon âge, masociabilité(inclination à parler librement de tout) s'était divisée en deux branches.

Mon grand-père était mon camarade sérieux et respectable.

Mon ami, auquel je disais tout, était un garçon fort intelligent, nommé Lambert, valet de chambre de mon grand-père. Mes confidences ennuyaient souvent Lambert et, quand je le serrais de trop près, il me donnait une petite calotte bien sèche et proportionnée à mon âge. Je ne l'en aimais que mieux. Son principal emploi, qui lui déplaisait fort, était d'aller chercher des pêches à Saint-Vincent (près le Fontanil), domaine de mon grand-père. Il y avait près de cette chaumière, que j'adorais, des espaliers fort bien exposés qui produisaient des pêches magnifiques. Il y avait des treilles qui produisaient d'excellentlardan(sorte de chasselas, celui de Fontainebleau n'en est que la copie). Tout cela arrivait à Grenoble dans deux paniers placés à l'extrémité d'un bâton plat, et ce bâton se balançait sur l'épaule de Lambert, qui devait faire ainsi[3]les quatre milles qui séparent Saint-Vincent de Grenoble.

Lambert avait de l'ambition, il était mécontent de son sort; pour l'améliorer, il entreprit d'élever des vers à soie, à l'exemple de ma tante Séraphie, qui s'abîmait la poitrine enfaisantdes vers à soie à Saint-Vincent. (Pendant ce temps je respirais, la maison de Grenoble, dirigée par mon grand-père et la sage Elisabeth, devenait agréable pour moi. Je me hasardais quelquefois à sortir sans l'indispensable compagnie de Lambert.)

Ce meilleur ami que j'eusse avait acheté un mûrier(près de Saint-Joseph), il élevait ses vers à soie dans la chambre de quelque maîtresse.

Enramassant(cueillant) lui-même les feuilles de ce mûrier, il tomba, on nous le rapporta sur une échelle. Mon grand-père le soigna comme un fils. Mais il y avait commotion au cerveau, la lumière ne faisait plus d'impression sur ses pupilles, il mourut au bout de trois jours. Il poussait dans le délire, qui ne le quitta jamais, des cris lamentables qui me perçaient le cœur.

Je connus la douleur pour la première fois de ma vie. Je pensai à la mort.

L'arrachement produit par la perte de ma mère avait été de la folie où il entrait, à ce qui me semble, beaucoup d'amour. La douleur de la mort de Lambert fut de la douleur comme je l'ai éprouvée tout le reste de ma vie, une douleur réfléchie, sèche, sans larmes, sans consolation. J'étais navré et sur le point de tomber (ce qui fut vertement blâmé par Séraphie) en entrant dix fois le jour dans la chambre de mon ami dont je regardais la belle figure, il était mourant et expirant.

Je n'oublierai jamais ses beaux sourcils noirs et cet air de force et de santé que son délire ne faisait qu'augmenter. Je le voyais saigner, après chaque saignée je voyais tenter l'expérience de la lumière devant les yeux (sensation qui me fut rappelée le soir de la bataille de Landshut, je crois, 1809).

J'ai vu une fois, en Italie, une figure de saint Jeanregardant crucifier son ami et son Dieu qui, tout-à-coup, me saisit par le souvenir de ce que j'avais éprouvé, vingt-cinq ans auparavant, à la mort dupauvre Lambert, c'est le nom qu'il prit dans la famille après sa mort. Je pourrais remplir encore cinq ou six pages de souvenirs clairs qui me restent de cette grande douleur. On le cloua dans sa bière, on l'emporta...

Sunt lacrimae rerum.

Le même côté de mon cœur est ému par certains accompagnements de Mozart dansDon Juan.

La chambre du pauvre Lambert était située sur le grand escalier, à côté de l'armoire aux liqueurs[4].

Huit jours après sa mort, Séraphie se mit fort justement en colère parce qu'on lui servit je ne sais quel potage (à Grenoble:soupe) dans une petite écuelle de faïence ébréchée, que je vois encore (quarante ans après l'événement), et qui avait servi à recevoir le sang de Lambert pendant une des saignées. Je fondis en larmes tout-à-coup, au point d'avoir des sanglots qui m'étouffaient. Je n'avais jamais pu pleurer à la mort de ma mère. Je ne commençai à pouvoir pleurer que plus d'un an après, seul, pendant la nuit, dans mon lit. Séraphie, en me voyant pleurer Lambert, me fit une scène. Je m'en allai à la cuisine en répétant à demi-voix et comme pour me venger: infâme! infâme!

Mes plus doux épanchements avec mon ami avaient lieu pendant qu'il travaillait à scier le bois au bûcher[5], séparé de la cour, en C, par une cloison à jours, formée de montants de noyer façonnés au tour, comme une balustrade de jardin[6].

Après sa mort, je me plaçais dans la galerie, au second étage de laquelle j'apercevais parfaitement les montants de la balustrade, qui me semblaient superbes pour faire des toupies. Quel âge pouvais-je avoir alors? Cette idée de toupie indique du moins l'âge de ma raison. Je pense à une chose, je puis faire rechercher l'extrait mortuaire du pauvre Lambert, maisLambertétait-il un nom de baptême ou de maison? Il me semble que son frère, qui tenait un petit café de mauvais ton, rue de Bonne, près de la caserne, s'appelait aussi Lambert. Mais quelle différence, grand Dieu! Je trouvais alors qu'il n'y avait rien de si commun que ce frère, chez lequel Lambert me conduisait quelquefois. Car, il faut l'avouer, malgré mes opinions parfaitement et foncièrement républicaines[7]mes parents m'avaient parfaitement communiqué leurs goûts aristocratiques et réservés. Ce défaut m'est resté et par exemple m'a empêché, il n'y a pas dix jours, de cueillir une bonne fortune. J'abhorre la canaille (pour avoir des communications avec), en même temps que sous le nom depeupleje désire passionnément son bonheur, et que je crois qu'on ne peut le procurer qu'en lui faisant des questions sur un objet important, c'est-à-direen l'appelant à se nommer des députés.

Mes amis, ou plutôt prétendus amis, partent de là pour mettre en doute mon sincère libéralisme. J'ai horreur de ce qui est sale, or le peuple est toujours sale à mes yeux. Il n'y a qu'une exception pour Rome, mais là la saleté est cachée par la férocité. (Par exemple, l'unique saleté du petit abbé sarde Crobras; mais mon respect sans bornes pour son énergie. Son procès de cinq ans avec ses chefs.Ubi missa, ibi menia.Peu d'hommes sont de cette force. Les princes Caetani savent parfaitement ces histoires de M. Crobras, de Sartène, je crois, en Sardaigne[8].)

Les .....[9]que je me donnais au point H sont incroyables. C'était au point de me faire éclater une veine. Je viens de me faire mal en lesmimiquantau moins quarante ans après. Qui se souvient de Lambert aujourd'hui, autre que le cœur de son ami!

J'irai plus loin, qui se souvient d'Alexandrine, morte en janvier 1815, il y a vingt ans?

Qui se souvient de Métilde, morte eu 1825? Ne sont-elles pas à moi, moi qui les aime mieux que tout le reste du monde? Moi qui pense passionnément à elles dix fois la semaine, et souvent deux heures de suite[10]?

[1]Lechapitre XIVest le chapitre XI du manuscrit (Bibl. de Grenoble, R 299, fol. 211 à 225).—Écrit à Rome, le 15 décembre 1835.

[1]Lechapitre XIVest le chapitre XI du manuscrit (Bibl. de Grenoble, R 299, fol. 211 à 225).—Écrit à Rome, le 15 décembre 1835.

[2]Je place ici ... un dessin ...—Ce dessin représente un carrefour où aboutissent quatre voies. Au centre, au point A, est lemoment de la naissance; à droite, horizontalement, laroute de la fortune par le commerce ou les places; au milieu et perpendiculairement, laroute de la considération: Félix Faure est fait pair de France; à gauche et obliquement, laroute de l'art de se faire lire; à gauche, horizontalement, laroute de la folie.

[2]Je place ici ... un dessin ...—Ce dessin représente un carrefour où aboutissent quatre voies. Au centre, au point A, est lemoment de la naissance; à droite, horizontalement, laroute de la fortune par le commerce ou les places; au milieu et perpendiculairement, laroute de la considération: Félix Faure est fait pair de France; à gauche et obliquement, laroute de l'art de se faire lire; à gauche, horizontalement, laroute de la folie.

[3]...Lambert, qui devait faire ainsi ...—Variante: «Qui faisait ainsi.»

[3]...Lambert, qui devait faire ainsi ...—Variante: «Qui faisait ainsi.»

[4]La chambre du pauvre Lambert était située ...—En face, est un plan d'une partie de l'appartement. On y voit la chambre de Lambert, voisine de la salle-à-manger, où se trouvait, dans un angle, l'armoire aux liqueurs. Cette chambre avait une «fenêtre éclairant mal, donnant sur l'escalier, mais fort grande et fort belle»; elle contenait une «grande armoire de noyer pour le linge de la famille. Le linge était regardé avec une sorte de respect». (Voir notre plan de l'appartement Gagnon.)

[4]La chambre du pauvre Lambert était située ...—En face, est un plan d'une partie de l'appartement. On y voit la chambre de Lambert, voisine de la salle-à-manger, où se trouvait, dans un angle, l'armoire aux liqueurs. Cette chambre avait une «fenêtre éclairant mal, donnant sur l'escalier, mais fort grande et fort belle»; elle contenait une «grande armoire de noyer pour le linge de la famille. Le linge était regardé avec une sorte de respect». (Voir notre plan de l'appartement Gagnon.)

[5]...scier le bois au bûchier ...—Plan du bûcher indiquant sa position au sud de la grande cour, près du grand escalier.

[5]...scier le bois au bûchier ...—Plan du bûcher indiquant sa position au sud de la grande cour, près du grand escalier.

[6]...séparé de la cour ...—Plan de la cour, avec le bûcher et la galerie. Stendhal y a joint des dessins représentant un chevalet avec une bûche, la scie de Lambert et les balustres du bûcher.

[6]...séparé de la cour ...—Plan de la cour, avec le bûcher et la galerie. Stendhal y a joint des dessins représentant un chevalet avec une bûche, la scie de Lambert et les balustres du bûcher.

[7]...mes opinions parfaitement et foncièrement républicaines ...—Ms.: «Kainesrépubli.»

[7]...mes opinions parfaitement et foncièrement républicaines ...—Ms.: «Kainesrépubli.»

[8]...M. Crobras, de Sartène, je crois, en Sardaigne.—Erreur: Sartène est en Corse.

[8]...M. Crobras, de Sartène, je crois, en Sardaigne.—Erreur: Sartène est en Corse.

[9]Les ... que je me donnais ...—Deux mots illisibles. Stendhal doit faire allusion ici à quelque grimace d'enfant. Dans un croquis du fol. 221 il indique le point H dans la galerie du second étage, qui longeait la grande cour de la maison Gagnon: «H, moi. De là, je contemplais les barreaux de bois du bûcher et je me donnais des (les mêmes mots, toujours illisibles) en portant le sang à la tête et ouvrant la bouche.»

[9]Les ... que je me donnais ...—Deux mots illisibles. Stendhal doit faire allusion ici à quelque grimace d'enfant. Dans un croquis du fol. 221 il indique le point H dans la galerie du second étage, qui longeait la grande cour de la maison Gagnon: «H, moi. De là, je contemplais les barreaux de bois du bûcher et je me donnais des (les mêmes mots, toujours illisibles) en portant le sang à la tête et ouvrant la bouche.»

[10]...souvent deux heures de suite?—On lit au verso du fol. 225: «Idée: Aller passer trois jours à Grenoble, et ne voir Crozet que le troisième jour. Aller seul incognito à Claix, à la Bastille, à La Tronche.»

[10]...souvent deux heures de suite?—On lit au verso du fol. 225: «Idée: Aller passer trois jours à Grenoble, et ne voir Crozet que le troisième jour. Aller seul incognito à Claix, à la Bastille, à La Tronche.»

Ma mère avait eu un rare talent pour le dessin, disait-on souvent dans la famille. «Hélas! que ne faisait-elle pas bien?» ajoutait-on avec un profond soupir. Après quoi, silence triste et long. Le fait est qu'avant la Révolution, qui changea tout dans ces provinces reculées, on enseignait le dessin à Grenoble aussi ridiculement que le latin. Dessiner, c'était faire avec de la sanguine des hachures bien parallèles et imitant la gravure; on donnait peu d'attention au contour.

Je trouvais souvent de grandes têtes à la sanguine dessinées par ma mère.

Mon grand-père allégua cet exemple, ce précédent tout-puissant, et malgré Séraphie j'allai apprendre à dessiner chez M. Le Roy. Ce fut un grand pointde gagné; comme M.Le Roydemeurait dans la maison Teisseire, avant le grand portail des Jacobins[2], peu à peu on me laissa aller seul chez lui et surtout revenir.

Cela était immense pour moi. Mes tyrans, je les appelais ainsi en voyant courir les autres enfants, souffraient que j'allasse seul de P en R[3]. Je compris qu'en allant fort vite, car on comptait les minutes, et la fenêtre de Séraphie donnait précisément sur la place Grenette, je pourrais faire un tour sur la place de la Halle, à laquelle on arrivait par le portail L. Je n'étais exposé que pendant le trajet de R en L. L'horloge de Saint-André, qui réglait la ville, sonnait les quarts, je devais sortir à trois heures et demie ou quatre heures (je ne me souviens pas bien lequel) de chez M. Le Roy et cinq minutes après être rentré. M. Le Roy, ou plutôt madame Le Roy, une diablesse de trente-cinq ans, fort piquante et avec des yeux charmants, était spécialement chargée sous menace, je pense, de perdre un élève payant bien, de ne me laisser sortir[4]qu'à trois heures et quart. Quelquefois, en montant, je m'arrêtais des quarts d'heure entiers, regardant par la fenêtre de l'escalier, en F, sans autre plaisir que de me sentir libre; dans ces rares moments, au lieu d'être employée à calculer les démarches de mes tyrans, mon imagination se mettait à jouir de tout.

Ma grande affaire fut bientôt de deviner si Séraphie serait à la maison à trois heures et demie, heurede ma rentrée. Ma bonne amie Marion (Marie Thomasset, de Vinay), servante de Molière et qui détestait Séraphie, m'aidait beaucoup. Un jour que Marion m'avait dit que Séraphie sortait après le café, vers trois heures, pour aller chez sa bonne amie madame Vignon,la boime[5], je me hasardai à aller au Jardin-de-Ville (rempli de petits polissons gamins). Pour cela, je traversai la place Grenette en passant derrière la baraque des châtaignes et la pompe, et en me glissant par la voûte du jardin.

Je fus aperçu, quelque ami ou protégé de Séraphie me trahit, scène le soir devant les grands-parents. Je mentis, comme de juste, sur la demande de Séraphie:

«As-tu été au Jardin-de-Ville?»

Là-dessus, mon grand-père me gronda doucement et poliment, mais ferme, pour le mensonge. Je sentais vivement ce que je ne savais exprimer. Mentir n'est-il pas la seule ressource des esclaves? Un vieux domestique, successeur du pauvre Lambert, sorte de La Rancune, fidèle exécuteur des ordres des parents et qui disait avec morosité en parlant de soi: «Je suis assassineur (sic) de pots-de-chambre», fut chargé de me conduire chez M. Le Roy. J'étais libre les jours où il allait à Saint-Vincent chercher des fruits.

Cette lueur de liberté me rendit furieux. «Que me feront-ils après tout, me dis-je, où est l'enfant de mon âge qui ne va pas seul?»

Plusieurs fois j'allai au Jardin-de-Ville; si l'on s'en apercevait on me grondait, mais je ne répondais pas. On menaça de supprimer le maître de dessin, mais je continuai mes courses. Alléché par un peu de liberté, j'étais devenu féroce. Mon père commençait à prendre sa grande passion pour l'agriculture et il allait souvent à Claix[6]. Je crus m'apercevoir qu'en son absence je commençais à faire peur à Séraphie. Ma tante Elisabeth, par fierté espagnole, n'ayant pas d'autorité légitime, restait neutre; mon grand-père, d'après son caractère à la Fontenelle, abhorrait les cris; Marion et ma sœur Pauline étaient hautement pour moi. Séraphie passait pour folle aux yeux de bien des gens, et par exemple aux yeux de nos cousines, mesdames Colomb et Romagnier, femmes excellentes. (J'ai pu les apprécier après que j'ai eu l'âge de raison et quelque expérience de la vie.) Dans ces temps-là un mot de MmeColomb me faisait rentrer en moi-même, ce qui me fait supposer qu'avec de la douceur on eût tout fait de moi, probablement unplatDauphinois bienretors.Je me mis à résister à Séraphie, j'avais à mon tour des accès de colère abominables.

«Tu n'iras plus chez M. Le Roy», disait-elle.

Il me semble, en y pensant bien, qu'il y eut une victoire de Séraphie, et par conséquent, interruption dans les leçons de dessin.

La Terreur était si douce à Grenoble que mon père, de temps à autre, allait habiter sa maison, rue desVieux-Jésuites. Là, je vois M. Le Roy me donnant leçon sur le grand bureau[7]noir du cabinet de mon père[8], et me disant à la fin de la leçon:

«Monsieur, dites à votrecherpère que je ne puis plus venir pour trente-cinq (ou quarante-cinq) francs par mois.»

Il s'agissait d'assignats quidégringolaientferme (terme du pays). Mais quelle date donner à cette image fort nette qui m'est revenue tout-à-coup? Peut-être était-ce beaucoup plus tard, à l'époque où je peignais à la gouache.

Les dessins de M. Le Roy étaient ce qui m'importait le moins. Ce maître me faisait faire[9]des yeux de profil et de face, et des oreilles à la sanguine d'après d'autres dessins gravés à la manière du crayon.

M. Le Roy était unParisienfort poli, sec et faible, vieilli par le libertinage le plus excessif (telle est mon impression, mais comment pouvais-je justifier ces mots: le plus excessif?), du reste poli, civilisé comme on l'est à Paris, ce qui me faisait l'effet de: excessivement poli, à moi accoutumé à l'air froid, mécontent, nullement civilisé qui fait la physionomie ordinaire de ces Dauphinois si fins. (Voir le caractère de Sorel père, dans leRouge, mais où diable sera leRougeen 1880?—Il aura passé les sombres bords.)

Un soir, à la nuit tombante, il faisait froid, j'eus l'audace de m'échapper, apparemment en allantrejoindre ma tante Elisabeth chez madame Colomb; j'osai entrer à la Société des Jacobins, qui tenait ses séances dans l'église de Saint-André. J'étais rempli des héros de l'histoire romaine, je me voyais un jour un Camille ou un Cincinnatus, ou tous les deux à la fois[10]. Dieu sait à quelle peine je m'expose, me disais-je, si quelque espion de Séraphie (c'est mon idée d'alors) m'aperçoit ici? Le président était en P, des femmes mal mises en F, moi en H[11].

On demandait la parole et on parlait avec assez de désordre. Mon grand-père se moquait habituellement, etgaiement, de leurs façons de parler. Il me sembla sur-le-champ que mon grand-père avait raison, l'impression fut peu favorable, je trouvai horriblement vulgaires ces gens que j'aurais voulu aimer[12]. Cette église étroite et haute était fort mal éclairée, j'y trouvai beaucoup de femmes de la dernière classe. En un mot, je fus alors comme aujourd'hui, j'aime le peuple, je déteste les oppresseurs, mais ce serait pour moi un supplice de tous les instants de vivre avec le peuple.

J'emprunterai pour un instant[13]la langue de Cabanis. J'ai la peau beaucoup trop fine, une peau de femme (plus tard j'avais toujours des ampoules après avoir tenu mon sabre pendant une heure), je m'écorche les doigts, que j'ai fort bien, pour un rien, en un mot la superficie de mon corps est de femme. De là peut-être une horreur incommensurable pour ce qui a l'airsale, ouhumide, ounoirâtre.Beaucoup de ces choses se trouvaient aux Jacobins de Saint-André.

En rentrant, une heure après, chez madame Colomb, ma tante au caractère espagnol me regarda d'un air fort sérieux. Nous sortîmes: quand nous fûmes seuls dans la rue, elle me dit:

«Si tu t'échappes ainsi, ton père s'en apercevra...

—Jamais de la vie, si Séraphie ne me dénonce pas.

—Laisse-moi parler... Et je ne me soucie pas d'avoir à parler de toi avec ton père. Je ne te mènerai plus chez MmeColomb.»

Ces paroles, dites avec beaucoup de simplicité, me touchèrent; la laideur des Jacobins m'avait frappé, je fus pensif le lendemain et les jours suivants: mon idole était ébranlée. Si mon grand-père avait deviné ma sensation, et je lui aurais tout dit s'il m'en eût parlé au moment où nous arrosions les fleurs sur la terrasse, il pouvait ridiculiser à jamais les Jacobins et me ramener au giron de l'Aristocratie(ainsi nommée alors, aujourd'hui parti légitimiste ou conservateur). Au lieu de diviniser les Jacobins, mon imagination eut été employée à se figurer et à exagérer la saleté de leur salle de Saint-André.

Cette saleté laissée à elle-même fut bientôt effacée par quelque récit de bataille gagnée qui faisait gémir ma famille.

Vers cette époque, les arts s'emparaient de monimagination, par la voie des sens, dirait un prédicateur. Il y avait dans l'atelier de M. Le Roy un grand et beau paysage: une montagne rapide très voisine de l'œil, garnie de grands arbres; au pied de cette montagne un ruisseau peu profond, mais large, limpide, coulait de gauche à droite au pied des derniers arbres. Là, trois femmes presque nues (ou sans presque) se baignaient gaiement. C'était presque le seul point clair dans cette toile de trois pieds et demi sur deux et demi.

Ce paysage, d'une verdure charmante, trouvant une imagination préparée parFélicia, devint pour moi l'idéal du bonheur. C'était un mélange de sentiments tendres et de douce volupté. Se baigner ainsi avec des femmes si aimables[14]!

L'eau était d'une limpidité qui faisait un beau contraste avec les puants ruisseaux desGranges, remplis de grenouilles et recouverts d'une pourriture verte. Je prenais la plante verte qui croît sur ces sales ruisseaux pour une corruption. Si mon grand-père m'eût dit: « C'est une plante, le moisi même qui gâte le pain est une plante», mon horreur eût rapidement cessé. Je ne l'ai surmontée tout-à-fait qu'après que M. Adrien de Jussieu, dans notre voyage à Naples (1832), (cet homme si naturel, si sage, si raisonnable, si digne d'être aimé), m'eut parlé au long de ces petites plantes, toujours un peu signes de pourriture à mes yeux, quoique je susse vaguement que c'étaient des plantes.

Je n'ai qu'un moyen d'empêcher mon imagination de me jouer des tours, c'est de marcher droit à l'objet. Je vis bien cela en marchant sur les deux pièces de canon (dont il est parlé dans le certificat du général Michaud)[15].

Plus tard, je veux dire vers 1805, à Marseille, j'eus le plaisir délicieux de voir ma maîtresse, supérieurement bien faite, se baigner dans l'Huveaune couronnée de grands arbres (dans la bastide de madame Roy).

Je me rappelai vivement le paysage de M. Le Roy, qui pendant quatre ou cinq ans avait été pour moi l'idéal du bonheur voluptueux. J'aurais pu m'écrier, comme je ne sais quel niais d'un des romans de 1832:Voilà mon idéal!

Tout cela, comme on sent, est fort indépendant du mérite du paysage, qui était probablement un plat d'épinards, sans perspective aérienne.

Plus tard, leTraité nul, opéra de Gaveau, fut pour moi le commencement de la passion qui s'est arrêtée auMatrimonio segreto, rencontré à Ivrée (fin de mai 1800), et àDon Juan.

[1]Chapitre XV.—Comme les chapitres V et XIII, le présent chapitre se trouve dans un cahier séparé côté R 300 à la bibliothèque municipale de Grenoble, fol. I à 14. Stendhal a indiqué en tête de ce chapitre, qu'il intitule «chapitre 13»: «A placerafter the death of poor Lambert.»—Écrit à Rome, le 17 décembre 1835; corrigé, à partir du fol. 11, le 25 décembre.—On lit en tête du fol. I: «17 déc. 35. Grand froid à la jambe gauche gelée.»

[1]Chapitre XV.—Comme les chapitres V et XIII, le présent chapitre se trouve dans un cahier séparé côté R 300 à la bibliothèque municipale de Grenoble, fol. I à 14. Stendhal a indiqué en tête de ce chapitre, qu'il intitule «chapitre 13»: «A placerafter the death of poor Lambert.»—Écrit à Rome, le 17 décembre 1835; corrigé, à partir du fol. 11, le 25 décembre.—On lit en tête du fol. I: «17 déc. 35. Grand froid à la jambe gauche gelée.»

[2]...M.Le Roydemeurait dans la maison Teisseire, avant le grand portail des Jacobins ...—Aujourd'hui, place Grenette, no 5, à l'angle de la rue de la République (autrefois rue de la Halle). La voûte qui séparait la rue de la Halle de la place Grenette a été démolie en 1908.

[2]...M.Le Roydemeurait dans la maison Teisseire, avant le grand portail des Jacobins ...—Aujourd'hui, place Grenette, no 5, à l'angle de la rue de la République (autrefois rue de la Halle). La voûte qui séparait la rue de la Halle de la place Grenette a été démolie en 1908.

[3]Mes tyrans ... souffraient que j'allasse seul de P en R ...—Au verso du fol. 2 est un plan des environs de la place Grenette. On y voit les «portes de la maison de M. Gagnon (il me semble jurer quand je dis: M. Gagnon).»

[3]Mes tyrans ... souffraient que j'allasse seul de P en R ...—Au verso du fol. 2 est un plan des environs de la place Grenette. On y voit les «portes de la maison de M. Gagnon (il me semble jurer quand je dis: M. Gagnon).»

[4]...de ne me laisser sortir ...—Variante: «De ne me lâcher.»

[4]...de ne me laisser sortir ...—Variante: «De ne me lâcher.»

[5]...la boime ...—Terme dauphinois, que Stendhal définit ainsi: «Boimeà Grenoble veut dire hypocrite, doucereuse, jésuite-femelle.» (Voir plus loin, chapitre XVII.)

[5]...la boime ...—Terme dauphinois, que Stendhal définit ainsi: «Boimeà Grenoble veut dire hypocrite, doucereuse, jésuite-femelle.» (Voir plus loin, chapitre XVII.)

[6]...il allait souvent à Claix.—En face, au verso du fol. 5, est une carte grossière de la campagne située au midi de Grenoble, avec les chemins suivis pour aller à Claix et au hameau de Furonières, où se trouvait la propriété des Beyle. Stendhal ajoute en note: «Pour aller à Claix, c'est-à-dire à Furonières, nous prenions le chemin Meney par O F, le Cours (appelé leCourse)[cours de Saint-André], le pont de Claix et les chemins R et R', quelquefois le chemin E du Moulin-de-Canel et le bac de Seyssins. Mon ami Crozet y a fait un pont en fil de fer vers 1826.»—Louis Crozet fut inspecteur divisionnaire des Ponts et Chaussées; il exerça les fonctions de maire de Grenoble entre 1853 et 1858.

[6]...il allait souvent à Claix.—En face, au verso du fol. 5, est une carte grossière de la campagne située au midi de Grenoble, avec les chemins suivis pour aller à Claix et au hameau de Furonières, où se trouvait la propriété des Beyle. Stendhal ajoute en note: «Pour aller à Claix, c'est-à-dire à Furonières, nous prenions le chemin Meney par O F, le Cours (appelé leCourse)[cours de Saint-André], le pont de Claix et les chemins R et R', quelquefois le chemin E du Moulin-de-Canel et le bac de Seyssins. Mon ami Crozet y a fait un pont en fil de fer vers 1826.»—Louis Crozet fut inspecteur divisionnaire des Ponts et Chaussées; il exerça les fonctions de maire de Grenoble entre 1853 et 1858.

[7]...sur le grand bureau ...—Variante: «Table.»

[7]...sur le grand bureau ...—Variante: «Table.»

[8]...cabinet de mon père ...—Un plan des situations respectives des personnages accompagne le récit.

[8]...cabinet de mon père ...—Un plan des situations respectives des personnages accompagne le récit.

[9]Ce maître me faisait faire ...—Variante: «M. Le Roy me faisait faire ...»

[9]Ce maître me faisait faire ...—Variante: «M. Le Roy me faisait faire ...»

[10]...tous les deux à la fois.—Variante: «En même temps.»

[10]...tous les deux à la fois.—Variante: «En même temps.»

[11]...des femmes mal mises en F, moi en H.—En face du fol. 8 (verso du fol. 7) est un plan de l'église Saint-André et de ses abords, et notamment, dans la Grande-rue, la «maison où habitaient MmesColomb et Romagnier.»

[11]...des femmes mal mises en F, moi en H.—En face du fol. 8 (verso du fol. 7) est un plan de l'église Saint-André et de ses abords, et notamment, dans la Grande-rue, la «maison où habitaient MmesColomb et Romagnier.»

[12]...ces gens que j'aurais voulu aimer.—On lit en haut du fol. 9: «17 décembre 1835.—Je souffre du froid devant mon feu, à deux pieds et demi du foyer, grand froidforOmar.»

[12]...ces gens que j'aurais voulu aimer.—On lit en haut du fol. 9: «17 décembre 1835.—Je souffre du froid devant mon feu, à deux pieds et demi du foyer, grand froidforOmar.»

[13]J'emprunterai pour un instant la langue de Cabanis.—On lit fol. 8 V°: «Style. Ces mots:pour un instant, je les eusse effacés en 1830, mais en 35 je regrette de ne pas en trouver de semblables dans leRouge.25 décembre 1835.»

[13]J'emprunterai pour un instant la langue de Cabanis.—On lit fol. 8 V°: «Style. Ces mots:pour un instant, je les eusse effacés en 1830, mais en 35 je regrette de ne pas en trouver de semblables dans leRouge.25 décembre 1835.»

[14]Se baigner ainsi avec des femmes si aimables!—On trouve en tête du fol. 13 un dessin schématique du «Paysage de M. Le Roy», et au verso du fol. 12 un plan de l'atelier.

[14]Se baigner ainsi avec des femmes si aimables!—On trouve en tête du fol. 13 un dessin schématique du «Paysage de M. Le Roy», et au verso du fol. 12 un plan de l'atelier.

[15]...(dont il est parle dans le certificat du général Michaud).—«M. Colomb doit avoir ce certificat,» (Note de Stendhal.) «Oui,» a ajouté au crayon R. Colomb.

[15]...(dont il est parle dans le certificat du général Michaud).—«M. Colomb doit avoir ce certificat,» (Note de Stendhal.) «Oui,» a ajouté au crayon R. Colomb.

Je travaillais sur une petite table au point P[2], près de la seconde fenêtre du grand salon à l'italienne, je traduisais avec plaisir Virgile ou les Métamorphoses d'Ovide, quand un sombre murmure d'un peuple immense, rassemblé sur la place Grenette, m'apprit qu'on venait de guillotiner deux prêtres[3].

C'est le seul sang que la Terreur de 93 ait fait couler à Grenoble.

Voici un de mes grands torts: mon lecteur de 1880, éloigné de la fureur et du sérieux des partis, me prendra en grippe quand je lui avouerai que cette mort, qui glaçait d'horreur mon grand-père, qui rendait Séraphie furibonde, qui redoublait lesilence hautain et espagnol de ma tante Elisabeth, me fitpleasure.Voilà le grand mot écrit.

Il y a plus, il y a bien pis, j'aime encorein1835the man of1794.

(Voici encore un moyen d'accrocher une date véritable. Le registre du tribunal criminel, actuellement Cour royale, place Saint-André, doit donner la date de la mort de MM. Revenas et Guillabert[4].)

Mon confesseur, M. Dumolard, du Bourg-d'Oisans[5], (prêtre borgne et assez bonhomme en apparence, depuis 1815 jésuite furieux[6]), me montra, avec des gestes qui me semblèrent ridicules, des prières ou des vers latins écrits par MM. Revenas et Guillabert, qu'il voulait à toute force me faire considérer comme généraux de brigade.

Je lui répondis fièrement:

«Mon bon papa (grand-père) m'a dit qu'il y a vingt ans on pendit à la même place deux ministres protestants.

—Ah! c'est bien différent!

—Le Parlement condamna les deux premiers pour leur religion, le tribunal civil criminel vient de condamner ceux-ci pour avoir trahi la patrie.»

Si ce ne sont les mots, c'est du moins le sens.

Mais je ne savais pas encore que discuter avec les tyrans est dangereux, on devait lire dans mes yeux mon peu de sympathie pour deux traîtres à la patrie. (Il n'y avait pas en 1795 et il n'y a pas à mesyeux, en 1835, de crime seulementcomparable.)

On me fit une querelle abominable, mon père se mit contre moi dans une des plus grandes colères dont j'aie souvenance. Séraphie triomphait. Ma tante Elisabeth me fit la morale en particulier. Mais je crois, Dieu me pardonne, que je la convainquis que c'était la peine du talion.

Heureusement pour moi, mon grand-père ne se joignit pas à mes ennemis, en particulier il fut tout-à-fait d'avis que la mort des deux ministres protestants était aussi condamnable.

«C'est petit: sous letyranLouis XV la patrie n'était pas en danger.»

Je ne dis pas tyran, mais ma physionomie devait le dire.

Si mon grand-père, qui déjà avait été contre moi dans la bataille abbé Gardon, se fût montré de même dans cette affaire, c'en était fait[7], je ne l'aimais plus. Nos conversations sur la belle littérature, Horace, M. de Voltaire, le chapitre XV de Bélisaire, les beaux endroits de Télémaque, Séthos, qui ont formé mon esprit, eussent cessé et j'eusse été bien plus malheureux dans tout le temps qui s'écoula de la mort des deux malheureux prêtres à ma passion exclusive pour les mathématiques: printemps ou été 1797.

Tous les après-midi d'hiver se passaient, les jambes au soleil, dans la chambre de ma tante Elisabeth, qui donnait sur la Grenette au point A[8]. Par-dessusl'église de Saint-Louis ou à côté, pour mieux dire, on voyait le trapèze T de la montagne du Villard-de-Lans[9]. Là était mon imagination, dirigée[10]par l'Arioste de M. de Tressan, elle ne voyait, rêvait qu'un pré au milieu de hautes montagnes. Mon griffonnage d'alors ressemblait beaucoup à l'écriture ci-jointe de mon illustre compatriote[11].

Mon grand-père avait coutume de dire en prenant son excellent café, sur les deux heures après-midi, les jambes au soleil: «Dès le 15 février,dans ce climat, il faitbonau soleil.»

Il aimait beaucoup les idées géologiques et aurait été un partisan ou un adversaire des soulèvements de M. Elie de Beaumont, qui m'enchantent. Mon grand-père me parlaitavec passion, c'est là l'essentiel, des idées géologiques d'un M. Guettard[12], qu'il avait connu,ce me semble.

Je remarquai avec ma sœur Pauline, qui était de mon parti, que la conversation dans le plus beau moment de la journée, en prenant le café, consistait toujours en gémissements. On gémissait de tout.

Je ne puis pas donner la réalité des faits, je n'en puis présenter quel'ombre.

Nous passions les soirées d'été, de sept à neuf et demie (à neuf heures, le sein ou saint[13]sonnait à Saint-André, les beaux sons de cette cloche me donnaient une vive émotion). Mon père, peu sensible à la beauté des étoiles (je parlais sans cesse constellations avec mon grand-père), disait qu'ils'enrhumait et allait faire la conversation dans la chambre attenante avec Séraphie.

Cette terrasse, formée par l'épaisseur d'un mur nommé Sarrasin[14], mur qui avait quinze ou dix-huit pieds, avait une vue magnifique sur la montagne de Sassenage; là, le soleil se couchait en hiver; sur le rocher[15]de Voreppe, coucher d'été, et au nord-ouest de la Bastille, donc la montagne (maintenant transformée par le général Haxo) s'élevait au-dessus de toutes les maisons et sur la tour de Rabot, qui fut, ce me semble, l'ancienne entrée de la ville avant qu'on eût coupé le rocher de la Porte-de-France[16].

Mon grand-père fit beaucoup de dépenses pour cette terrasse. Le menuisier Poncet vint s'établir pendant un an dans le cabinet d'histoire naturelle, dont il fit les armoires en bois blanc; il fit ensuite des caisses de dix-huit pouces de large et deux pieds de haut, en châtaignier, remplies de bonne terre, de vigne et de fleurs. Deux ceps montaient du jardin de M. Périer-Lagrange, bon imbécile, notre voisin.

Mon grand-père avait fait établir des portiques en liteaux de châtaignier. Ce fut un grand travail dont fut chargé un menuisier nommé Poncet, bon ivrogne de trente ans assez gai. Il devint mon ami, car enfin avec lui je trouvais la douce égalité.

Mon grand-père arrosait ses fleurs tous les jours,plutôt deux fois qu'une; Séraphie ne venait jamais sur cette terrasse, c'était un moment de répit. J'aidais toujours mon grand-père à arroser les fleurs, et il me parlait de Linné et de Pline, non pas par devoir, mais avec plaisir.

Voilà la grande et extrême obligation que j'ai à cet excellent homme. Par surcroît de bonheur, il se moquait fort des pédants (les Lerminier, les Salvandy, les...[17]d'aujourd'hui), il avait un esprit dans le genre de M. Letronne, qui vient de détrôner Memnon[18](ni plus ni moins que la statue de Memnon). Mon grand-père me parlait avec le même intérêt de l'Egypte, il me fit voir la momie achetée, par son influence, pour la bibliothèque publique; là, l'excellent Père Ducros (le premier homme supérieur auquel j'ai parlé dans ma vie) eut mille complaisances pour moi. Mon grand-père, fort blâmé par Séraphie appuyée du silence de mon père, me fit lireSéthos(lourd roman de l'abbé Terrasson), alors divin pour moi. Un roman est comme un archet, la caisse du violon quirend les sons, c'est l'âme du lecteur. Mon âme alors était folle, et je vais dire pourquoi. Pendant que mon grand-père lisait, assis dans un fauteuil en D[19], vis-à-vis le petit buste de Voltaire en V, je regardais sa bibliothèque placée en B, j'ouvrais les volumes in-4° de Pline, traduction avec texte en regard. Là je cherchais surtout l'histoire naturelle dela femme.

L'odeur excellente, c'était de l'ambre ou du musc(qui me font malade depuis seize ans, c'est peut-être la même odeur ambre et musc), enfin je fus attiré vers un tas de livres brochés jetés confusément en L. C'étaient de mauvais romans non reliés que mon oncle avait laissés à Grenoble lors de son départ pour s'établir aux Échelles (Savoie, près le Pont-de-Beauvoisin). Cette découverte fut décisive pour mon caractère. J'ouvris quelques-uns de ces livres, c'étaient de plats romans de 1780, mais pour moi c'était l'essence de la volupté.

Mon grand-père me défendit d'y toucher, mais j'épiais le moment où il était le plus occupé dans son fauteuil à lire les livres nouveaux dont, je ne sais comment, il avait toujours grande abondance, et je volais un volume des romans de mon oncle. Mon grand-père s'aperçut sans doute de mes larcins, car je me vois établi dans le cabinet d'histoire naturelle, épiant que quelque malade vînt le demander. Dans ces circonstances, mon grand-père gémissait de se voir enlevé à ses chères études et allait recevoir le malade dans sa chambre ou dans l'antichambre du grand appartement. Crac! je passais dans le cabinet d'études, en L, et je volais un volume.

Je ne saurais exprimer la passion avec laquelle je lisais ces livres. Au bout d'un mois ou deux, je trouvaiFélicia ou mes fredaines.Je devins fou absolument, la possession d'une maîtresse réelle, alors l'objet de tous mes vœux, ne m'eût pas plongé dans un tel torrent de volupté.

Dès ce moment, ma vocation fut décidée: vivre à Paris en faisant des comédies, comme Molière.

Ce fut là mon idée fixe, que je cachai sous une dissimulation profonde, la tyrannie de Séraphie m'avait donné les habitudes d'un esclave.

Je n'ai jamais pu parler de ce que j'adorais, un tel discours m'eût semblé un blasphème.

Je sens cela aussi vivement en 1835 que je le sentais en 1794.

Ces livres de mon oncle portaient l'adresse de M. Falcon[20], qui tenait alors l'unique cabinet littéraire; c'était un chaud patriote, profondément méprisé par mon grand-père et parfaitement haï par Séraphie et mon père.

Je me mis par conséquent à l'aimer, c'est peut-être le Grenoblois que j'ai le plus estimé. Il y avait dans cet ancien laquais de madame de Brizon (ou d'une autre dame de la rue Neuve, chez laquelle[21]mon grand-père avait été servi à table par lui), il y avait dans ce laquais une âme vingt fois plus noble que celle de mon grand-père, de mon oncle, je ne parlerai pas de mon père et du jésuite Séraphie. Peut-être ma seule tante Elisabeth lui était-elle comparable. Pauvre, gagnant peu et dédaignant de gagner de l'argent, Falcon plaçait un drapeau tricolore en dehors de sa boutique à chaque victoire des armées et les jours de fête de la République.

Il a adoré cette République du temps de Napoléon comme sous les Bourbons, et est mort à quatre-vingt-deuxans, vers 1820, toujours pauvre, mais honnête jusqu'à la plus extrême délicatesse.

En passant, je lorgnais la boutique de Falcon, qui avait un grand toupet à l'œil au royal, parfaitement poudré, et arborait un bel habit rouge à grands boutons d'acier, la mode d'alors, les jours heureux pour sa chère République. C'est le plus bel échantillon[22]du caractère dauphinois. Sa boutique était vers la place Saint-André, je me rappelle son déménagement. Falcon vint occuper la boutique A[23], dans l'ancien Palais des Dauphins, où siégeait le Parlement et ensuite la Cour royale. Je passais exprès sous le passage B pour le voir. Il avait une fille fort laide, le sujet ordinaire des plaisanteries de ma tante Séraphie, qui l'accusait de faire l'amour avec les patriotes qui venaient lire les journaux dans le cabinet littéraire de son père.

Plus tard, Falcon s'établit en A'. Alors j'avais la hardiesse d'aller lire chez lui. Je ne sais pas si, dans le temps où je volais les livres de mon oncle, j'eus la hardiesse de m'abonner chez lui; il me semble que, d'une façon quelconque, j'avais de ses livres.

Mes rêveries furent dirigées puissamment parla Vie et les aventures de Mme de* * *[24], roman extrêmement touchant, peut-être fort ridicule, car l'héroïne était prise par les sauvages. Je prêtai, ce me semble, ce roman à mon ami Romain Colomb, qui encore aujourd'hui en a gardé le souvenir.

Bientôt je me procurai laNouvelle-Héloïse, je crois que je la pris au rayon le plus élevé de la bibliothèque de mon père, à Claix.

Je la lus couché sur mon lit dans montrapèze[25]à Grenoble, après avoir eu soin de m'enfermer à clef, et dans des transports de bonheur et de volupté impossibles à décrire. Aujourd'hui, cet ouvrage me semble pédantesque et, même en 1819, dans les transports de l'amour le plus fou, je ne pus pas en lire vingt pages de suite. Dès lors, voler des livres devint ma grande affaire.

J'avais un coin à côté du bureau de mon père; rue des Vieux-Jésuites, où je déposais, à demi cachés par leur humble position, les livres qui me plaisaient; c'étaient des exemplaires du Dante avec des gravures sur bois bizarres, des traductions de Lucien par Perrot d'Ablancourt (les belles infidèles), la correspondance de milordAll-eyeavec milordAll-ear, du marquis d'Argens, et enfin lesMémoires d'un homme de qualité retiré du monde.

Je trouvai moyen de me faire ouvrir le cabinet de mon père, qui était désert depuis la fatale tyrannie Amar et Merlinot, et je passai une revue exacte de tous les livres. Il avait une superbe collection d'Elzévirs, mais malheureusement je ne comprenais rien au latin, quoique sachant par cœur leSelectae e profanis.Je trouvai quelques livres in-12 au-dessus de la petite porte communiquant au salon, et j'essayai de lire quelques articles de l'Encyclopédie.Mais qu'était-ce que tout cela à côté deFéliciaet de laNouvelle-Héloïse?

Ma confiance littéraire en mon grand-père était extrême, je comptais bien qu'il ne me trahirait pas envers Séraphie et mon père. Sans avouer que j'avais lu laNouvelle-Héloïse, j'osai lui en parler avec éloge. Sa conversion au jésuitisme[26]ne devait pas être ancienne, au lieu de m'interroger avec sévérité il me raconta que M. le baron des Adrets (le seul des amis chez qui il eût continué à dîner deux ou trois fois par mois, depuis la mort de ma mère), dans le temps que parut laNouvelle-Héloïse(n'est-ce pas 1770[27]?), se fît attendre un jour à dîner chez lui; Mme des Adrets le fit avertir une seconde fois, enfin cet homme si froid arriva tout en larmes.

«Qu'avez-vous donc, mon ami? lui dit Mme des Adrets, tout alarmée.

—Ah! Madame, Julie est morte! » Et il ne mangea presque pas.

Je dévorais les annonces de livres à vendre qui arrivaient avec les journaux. Mes parents recevaient alors, ce me semble, un journal en société avec quelqu'un.

J'allai m'imaginer que Florian devait être un livre sublime, apparemment d'après les titres:Gonsalve de Cordoue, Estelle, etc.

Je mis un petit écu (3 francs) dans une lettre et j'écrivis à un libraire de Paris de m'envoyer uncertain ouvrage de Florian. C'était hardi, qu'eût dit Séraphie à l'arrivée du paquet?

Mais enfin il n'arriva jamais, et avec un louis que mon grand-père m'avait donné le jour de l'an j'achetai un Florian. Ce fut des œuvres de ce grand homme que je tirai ma première comédie[28].


Back to IndexNext