Beaucoup de controverses ont eu lieu à l'égard de l'héliotrope, cette fleur dont les ombelles, d'un bleu grisâtre, exhalent une si douce odeur de vanille.
On a raconté que la nymphe Clytie, fille de l'Océan, fut abandonnée par Apollon, qu'elle avait aimé. Elle en conçut une telle douleur, qu'elle cessa de boire et de manger, et mourut les yeux fixés sur le soleil. Elle fut changée en une fleur appelée héliotrope.
Or, héliotrope veut dire:Je me tourne vers le soleil.
Quelques savants ont établi que ce n'était pas de notre héliotrope à odeur de vanille, qu'il fallait entendre parler quand on fait allusion à la métamorphose de Clytie, mais bien du grand soleil des jardins (helianthus, fleur du soleil), qu'on appelle tournesol, ce qui veut dire la même chose qu'héliotrope.
Il y a à cela un inconvénient, c'est que la fleur du soleil nous vient du Pérou, et que du temps d'Ovide on ne connaissait pas le Pérou.
Si l'on veut chercher une autre fleur pour lui attribuer l'histoire de Clytie, c'est bien un autre embarras, avec l'indication que vous avez, que c'est une fleur qui se tourne vers le soleil.
Dites-moi une fleur qui ne se tourne pas vers le soleil.
Mettez toutes celles que vous voudrez dans une chambre qui n'ait qu'une ouverture, et vous verrez, non pas seulement leurs fleurs, mais leurs feuilles, mais leurs tiges, chercher l'air, le jour et le soleil.
L'héliotropesauvage, qui ressemble à l'héliotrope cultivé, sauf l'odeur, est souvent vendu sous prétexte qu'il guérit les verrues, ce qui n'est pas vrai.
Cette fois je ne l'oublierai pas, je saurai à quoi m'en tenir sur le phénomène que l'on raconte de lafraxinelle. Aussitôt que le jour sera disparu, j'allumerai l'air inflammable qui l'entoure. En attendant, nous voici sous des marronniers d'Inde. Les uns ont des épis de fleurs blanches, les autres des épis de fleurs roses. Le marronnier d'Inde est originaire de Constantinople, d'où il a été envoyé en Autriche en 1591, et apporté à Paris en 1613 par un M. Bachelier, le même qui a également apporté les anémones, ainsi que je vous l'ai raconté.
Les hommes, qui en général rendent un grand culte à la beauté, sont, je ne sais pourquoi, honteux de ce culte, et inventent pour ce qu'ils trouvent beau toutes sortes de qualités morales ou utiles assez souvent apocryphes. D'autre part, il n'est rien à propos de quoi une partie des hommes ne cherche à tromper les autres.
C'est pour ces deux causes réunies sans doute qu'on a voulu, avec les fruits du marronnier d'Inde, faire et surtout vendre du savon. Puis on a prétendu en nourrir les bestiaux. Ceux-ci finissent par en manger, mais avec un grand dégoût, et après de longues et amaigrissanteshésitations, ils le préfèrent à la mort de faim, mais de bien peu.
Le millepertuis a longtemps passé pour chasser les démons; il se contente aujourd'hui d'étaler d'assez jolis corymbes de fleurs jaunes, et d'offrir le singulier aspect de ses feuilles criblées d'une infinité de petits trous.
Ici éclate le géranium rouge; sa couleur splendide éblouit les yeux; il semble que ce soit lesouverain rouge. Prenez-en une fleur, et apportez-la auprès de la petite verveine de Miquelon, qui rampe entre les magnolia, ces arbres qui portent des lis, sur la terre de bruyère, et la diaprent de petites ombelles étincelantes. Mettez auprès d'une de ces ombelles la fleur de géranium, et par une singulière métamorphose, la fleur du géranium n'est plus rouge, elle devient orange, et son rouge est vaincu et écrasé par le rouge de la verveine. La verveine, à son tour, pâlira devant la cardinale.
Ce qui prouve qu'on n'est rouge, comme on n'est grand, qu'à coté de ce qui est moins rouge ou de ce qui est moins grand.
La grandeur des grands hommes est faite plus d'à moitié de la petitesse des autres.
A côté du souci des jardins, cette belle anémone orange si éclatante, s'ouvre à certaines heures le souci pluvial, une sorte de marguerite à disque violet et à rayons blancs en dessus, violets et verts en dessous, qui se ferme un peu avant la pluie.
Mais voici le jour qui commence à baisser; les moineaux se chamaillent dans les arbres; les chauves-souris voltigent autour de ma tête, les belles de jour sont fermées, les belles de nuit et les onagres déplissent et ouvrent leur corolle.
Varaï, apporte-moi une bougie. . . . . . . . . .
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Voilà où j'en étais de mon voyage, mon bon ami, lorsqu'un bruit inusité est venu interrompre le silence ordinaire de ma retraite.C'était une voiture et des chevaux au galop, et le claquement du fouet d'un postillon.
C'était vous qui reveniez de votre long voyage, quand je ne suis pas encore à la moitié du mien.
Mais vous ne pouviez me donner quelques instants; vous êtes reparti pour Paris deux heures après votre arrivée; des affaires réclamaient impérieusement votre présence.
J'ai mis mes lettres en ordre, et je vous les envoie.—Quand vous viendrez me voir, nous continuerons ensemble mon voyage.
Vale.
STEPHEN.