MOUILLAGE AUX LACS AMERS

Une vaste salle décorée de draperies, de feuillage et de plantes exotiques reçoit les augustes convives.

L’Impératrice prend place à table entre l’empereur d’Autriche et le prince royal de Prusse, en face du khédive et de la princesse des Pays-Bas.

A droite de l’empereur d’Autriche se placent l’ambassadrice d’Angleterre, l’ambassadeur de Russie, M. Davilliers, MlleLermina.

A gauche du prince de Prusse sont l’ambassadrice de Russie, l’ambassadeur d’Angleterre, le prince de Hohenlohe.

A droite de la princesse des Pays-Bas sont le prince Murat, Mmede Nadaillac, M. de Beust, Mmede Parabère, M. Andrassy.

A gauche du khédive, le prince des Pays-Bas, Mmede la Poëze, M. de Lesseps.

Le 19, à midi, la flottille, ayant toujours l’Aigleen tête, quitte le lac Timsah et prend la direction de Suez.

En franchissant le seuil du Sérapeum, on ne peut s’empêcher de songer aux difficultés énormes que sur ce point il a fallu vaincre.

A Toussoum une escouade d’ouvriers arabes et européens, rassemblée sur la berge, pioche le sable, le jette dans des paniers et le charge sur des ânes ou des chameaux, donnant ainsi aux voyageurs le spectacle des jours de travail.

Vers cinq heures, les yachts entrent dans les lacs Amers. Une quinzaine de navires viennent successivement les rejoindre au mouillage.

Bientôt la nuit descend sur ce groupe de vaisseaux isolés du monde par le désert qui entoure le lac, aussi immobiles que l’eau qui les porte.

Nuit calme, douce et claire, comme en a seul l’Orient. La lune surgit à l’horizon au-dessus des montagnes de Syrie; elle s’élève rapidement et bientôt apparaît, ronde et pleine, dans le ciel constellé.

Les étoiles pointent faiblement dans la lumière blanche qu’elle rayonne autour d’elle; mais, à mesure qu’elles s’en écartent, elles brillent plus distinctes dans le bleu assombri du firmament.

De grandes taches lumineuses s’étendent çà et là sur les eaux.

Mais voici que les navires s’illuminent à leur tour et que les mâts et les agrès profilent leurs lignes sombres au milieu des triangles d’étoiles.

Le silence solennel des nuits est troublé; l’onde écume sous les coups de la rame;

l’Aigleest entouré d’embarcations: c’est l’empereur d’Autriche qui monte à bord, puis les princes et les autres personnages.

Réception, souper, feu d’artifice, jamais ces solitaires régions ne furent témoins d’un spectacle pareil. Acclamations et fusées montent ensemble et éclatent dans l’espace.

Puis il vient une heure où tout s’arrête, tombe et s’éteint, où l’immobilité, le silence et la nuit reprennent possession du ciel, du désert et des eaux.

A Suez, les premières heures de la matinée du 20 novembre sont remplies par une fiévreuse attente.

La rade est sillonnée de bâtiments légers qui vont explorer les abords du canal; en ville, des fenêtres et des balcons pavoisés, des centaines de lorgnettes sont braquées dans la direction du canal; le canal, enfin, objectif de tous les regards et de tous les vœux, est interrogé depuis son embouchure jusqu’aux derniers plis de terrain derrière lesquels il disparaît au nord.

Enfin, vers onze heures, un mince filet de fumée s’estompe dans le lointain: c’est l’Aigle, suivi des autres bâtiments, qui s’avance dans l’ordre déjà indiqué.

A onze heures et demie, des salves d’artillerie annoncent la sortie du canal, l’entrée dans la mer Rouge, la consécration officielle et définitive du succès de l’œuvre.

Le khédive, toujours courtois, avait précédé ses hôtes à Suez et avait passé la nuit dans le port Ibrahim, à bord de son yacht leZinel-el-Bahren.

Au premier signal de l’approche de la flottille, Son Altesse prend place dans son embarcation d’honneur, et ordonne qu’on fasse force de rames vers le canal.

Le khédive, assis sous une tente richement décorée, est entouré de plusieurs hauts fonctionnaires de son gouvernement.

Le pavillon égyptien flotte à l’arrière de l’embarcation, qui glisse avec une rapidité magique sur les eaux bleues et tranquilles.

Un groupe d’étrangers, debout à l’extrémité de la digue, salue au passage le souverain de l’Égypte.

Cependant le commandant de l’Aigleécrivait sur son livre de bord:

«Mouillé sur la rade de Suez (Mer Rouge) le 20 novembre 1869 à onze heures et demie du matin.«Signé: EUGÉNIE,«Ferdinand de Lesseps,«Prince Joachim Murat,«J. de Surville, commandant le yacht.»

«Mouillé sur la rade de Suez (Mer Rouge) le 20 novembre 1869 à onze heures et demie du matin.

«Signé: EUGÉNIE,

«Ferdinand de Lesseps,

«Prince Joachim Murat,

«J. de Surville, commandant le yacht.»

Suivaient les signatures des personnes accompagnant l’Impératrice.

Tous les navires qui ont pris part à l’inauguration pénètrent successivement dans la mer Rouge en longeant le quai pavoisé, à la pointe duquel la Compagnie a fait élever le buste de Waghorn, ce lieutenant anglais qui, le premier, a ouvert la route de terre à travers l’Égypte, pour établir la communication postale entre l’Occident et l’Orient.

La liste de ces navires est un document historique que nous voulons enregistrer ici.

Au lecteurCette version numérisée reproduit dans son intégralité la version originale.La ponctuation n’a pas été modifiée hormis quelques corrections mineures.

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La ponctuation n’a pas été modifiée hormis quelques corrections mineures.


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