DESCRIPTION

Dans un autre endroit: Plus avant ils trouverent une belle Rivière, plus grande & plus profonde que la Seine. Elle étoit bordée des plus beaux arbres du monde, comme si on les y avoit plantés exprès, & l'on y voyoit des prairies d'un côté & des bois de l'autre. On la passa avec des Canaux, & on l'appella la Maligne. En passant ainsi au travers de ces beaux Pays, de ces campagnes & de ces prairies charmantes, bordées de vignes, de vergers, d'arbres fruitiers, & entr'autres de meurriers... «Après quelques jours de marche, on entra dans des Contrées encore plus agréables & beaucoup plus délicieuses, où nous trouvames une Nation nombreuse, qui nous reçut avec toutes sortes de témoignages d'amitié. Les femmes mêmes alloient embrasser les hommes qui étoient de notre Troupe. Elles les firent asseoir sur des nattes très-bien travaillées...» Beaucoup plus loin le Missionnaire rapporte qu'on trouva des peuples qui n'ont rien de barbare que le nom. Un de ces Sauvages, qui fut le premier qu'on rencontra, revenoit de la chasse avec sa famille. Il fit présent au Chef des François d'un de ses chevaux, & de quelque viande, le priant par signes d'aller chez lui avec tous ses gens. Enfin pour les engager mieux il leur laissa volontairement sa femme, sa famille & sa chasse, comme pour leur servir de gages, & cependant il se rendit au Village, pour faire sçavoir leur arrivée. Au bout de deux jours, il revint avec des chevaux chargés de provisions, & plusieurs Chefs des Sauvages qui l'accompagnoient. Ils étoient suivis de guerriers habillés fort proprement de peaux passées & ornées de plumes. On les recontra à trois lieues de l'habitation. Les François y furent reçus comme en triomphe, & furent logés chez le Grand Capitaine. C'étoit un concours surprenant de peuple, dont la jeunesse étoit rangée sous les armes. Elle se releva jour & nuit pour les garder, les comblant de biens & de toutes sortes de vivres. Ce Village, qu'on appelle les Cenis, est un des plus considérables de toute l'Amérique, par sa grandeur & par le nombre de ses habitans. Il a bien vingt lieues de long au moins. Ce n'est pas qu'il soit contigument habité; les maisons sont distribuées par dix ou douze, qui font comme des cantons, & qui ont chacun des noms differens. Elles sont belles, longues de 40 ou 50 pieds, dressées en manière de ruches à miel, & environnées d'arbres, qui se rejoignent en haut par les branches. Nous trouvames chez ces Cenis plusieurs choses qui viennent indubitablement des Espagnols, comme des piastres,& d'autres monnoyes, des cuilleres d'argent, de la dentelle de toutes sortes, des habits, &c. Nous y vîmes entr'autres une Bulle du Pape, qui exempte du jeûne les Espagnols du Mexique pendant l'Été. Les chevaux y sont si communs qu'on en donnoit un à nos gens pour une hache. Un Cenis voulut donner un cheval pour le capuchon d'un Pere Récollet de la Troupe; parce qu'il en avoit envie.

Voici la Relation que l'Auteur fait d'une autre Nation plus éloignée, qu'il nomme les Tancas: «Je fus député avec deux guides, pour leur apprendre notre arrivée. Comme leur premier Village est au-delà d'un Lac qui a huit lieues de tour, à demi-lieue du bord, nous nous mîmes dans un Canot. Dès que nous fumes sur le rivage, je fus surpris de la grandeur du Village & de la disposition des cabanes. Elles sont disposées à divers rangs & en droite ligne autour d'une grande place. Nous en remarquames d'abord deux plus belles que les autres: L'une étoit la demeure du Chef, & l'autre le Temple. Les murailles en étoient hautes de dix pieds, & épaisses de deux. Le comble, en forme de dôme, étoit couvert d'une natte de diverses couleurs. Devant la Maison du Chef étoient une douzaine d'hommes armés de piques. Lorsque nous nous presentames, un Vieillard s'adressant à moi me prit par la main, & me conduisit dans un vestibule, & delà dans une grande salle en quarré, pavée & tapissée de tous côtés d'une très belle natte. Au fond de cette salle, en face d'entrée, étoit un beau lit, entouré de rideaux, d'une étoffe fine, faite & tissue d'écorce de meurriers. Nous vîmes sur ce lit comme sur un trône, le Chef de ce Peuple, au milieu de quatre belles femmes, environné de plus de soixante Vieillards armés de leurs arcs & de leurs fléches. Ils étoient tous couverts de cappes blanches & fort déliées. Celle du Chef étoit ornée de certaines houpes d'une toison différemment colorée. Celles des autres étoient toutes unies. Le Chef portoit sur sa tête une thiare d'un tissu de jonc très-industrieusement travaillé, & relevé par un bouquet de plumes differentes. Tous ceux qui y étoient avoient la tête nue. Les femmes étoient parées de vestes de pareille étoffe, & portoient sur leurs têtes de petits chapeaux de jonc, garnis de diverses plumes. Elles avoient des bracelets tissus de poil, & plusieurs autres bijoux qui relevoient leur ajustement. Elles n'étoient pas tout-à-fait noires, mais bises, le visage un peu plat, les yeux noirs, brillans, bien fendus, la taille fine & dégagée, & toutes me parurent d'un air riant & fort enjoüé.

«Surpris, ou plûtôt charmé des beautés de cette Cour Sauvage, j'adressai la parole à ce vénérable Chef, &c. Après m'avoir attentivement écouté, il m'embrassa, & me répondit d'un air doux & riant... qu'il auroit le lendemain l'honneur de voir notre Chef, & de l'assurer de son amitié. Là dessus je lui offris une épée damasquinée d'or & d'argent, quelques étuis garnis de rasoirs, cizeaux & couteaux, avec quelques bouteilles d'eau-de-vie. Je ne sçaurois exprimer avec qu'elle joie il reçut tous ces petits présens. Je m'apperçus cependant qu'une de ses femmes, maniant une paire de cizeaux, & en admirant la propreté, me sourioit de tems en tems & sembloit m'en demander autant. Je pris mon tems pour m'approcher d'elle. Je tirai de ma poche un petit étui d'acier travaille à jour, où il y avoit une paire de cizeaux & un petit couteau d'écaille, & feignant d'admirer la blancheur & la finesse de sa veste, je lui mis finement l'étui dans la main. En le recevant elle serra fortement la mienne. Une autre de la compagnie, qui n'étoit pas moins propre, ni moins agréable, nous étant venu joindre, me fit comprendre en me montrant les attaches de sa juppe, que je lui ferois plaisir de lui donner des épingles. Je lui en donnai un rouleau de papier garni, avec un étui d'éguilles, & un dez d'argent. Elle reçut ces colifichets d'un air fort joyeux. J'en donnai autant aux deux autres. La mieux faite, & celle qui paroissoit la plus aimable, ayant pris garde que j'admirois le collier qu'elle portoit au cou, le détacha adroitement & me l'offrit d'une manière tout-à-fait polie. Je me défendis quelques-tems de l'accepter; mais le Chef lui ayant fait signe de me le donner, je ne pus me dispenser de le recevoir, à dessein de le présenter à notre Chef. Pour lui marquer ma reconnoissance, je lui donnai dix brasses de rasade bleue, dont elle me parut aussi contente que je le fus de son présent. Cependant, comme le jour déclinoit, je voulus prendre congé du Chef de cette Nation; mais il me pria fortement d'attendre au lendemain, & me remit entre les mains de quelques-uns de ses Officiers, avec ordre de me faire bonne chere. Je n'eus pas beaucoup de peine à me rendre à ses offres, & l'envie que j'avois d'apprendre leurs mœurs & leurs maximes me fit demeurer avec plaisir. On me conduisit d'abord dans un appartement meublé à peu près comme celui du Prince. On m'y donna une collation mêlée de gibier & de fruit. Je bus même quelques liqueurs.

Pendant ce tems-là je m'entretenois avec un Vieillard qui me satisfit sur tout ce que je lui demandois. Pour ce qui concernoit leur politique, il me dit qu'ils ne se gouvernoient que par la seule volonté de leur Chef, & qu'ils le révéroient comme leur Souverain; qu'ils reconnoissoient ses enfans comme ses légitimes Successeurs; que lorsqu'il mouroit, on lui sacrifioit sa première femme, son Maître-d'Hôtel, & vingt hommes de sa Nation, pour l'accompagner dans l'autre monde; qu'on prend soin pendant sa vie, non-seulement de nettoyer les chemins par lesquels il passe, mais de le joncher d'herbes & de fleurs odoriferantes.»

Ce que l'Auteur ajoûte de la Religion & des usages des Tancas ne marque pas moins une Nation riche & policée. En parlant du Temple, qu'on lui fit voir: «Le dedans, dit-il, m'en parut très-beau. Je n'en pus voir que la voûte, au haut de laquelle étoient suspendus les corps de deux aigles déployées & tournées vers le Soleil. Je demandai à y entrer; mais on me dit que c'étoit-là le Tabernacle de leur Dieu, & qu'il n'étoit permis d'y entrer qu'à leur Grand-Prêtre. J'appris aussi que c'étoit-là le lieu destiné pour la garde de leurs trésors & de leurs richesses, c'est-à-dire, des perles fines, des pièces d'or & d'argent, des pierreries, &c. Après avoir vû toutes ces curiosités, je pris congé de ceux qui m'accompagnoient, &c. Quelque-tems après nous vîmes le Chef arriver dans une Pyrogue magnifique, au son du tambour & de la musique de ses femmes. Les unes étoient dans sa Barque, les autres voguoient à côté de la sienne..... Après ces protestations d'amitié de part & d'autre, on se fit des présens réciproques. Le Chef des François lui offrit deux brasses de rasade & quelques étuis pour ses femmes. Il donna à son tour six de ses plus belles robes, un collier de perles, une Pyrogue, toute remplie de munitions & de vivres.»

Mon dessein, dans ces extraits, que je crois dignes de foi par l'opinion que j'ai du caractere des Écrivains, est de faire remarquer plus particuliérement que je ne l'ai déja fait, qu'au fond il pourroit bien être du Continent de l'Amérique comme de celui de l'Europe, où plus on pénétre, plus on trouve d'opulence & de politesse; de sorte que, de l'aveu de tout le monde, la France, l'Angleterre, la Hollande & l'Allemagne, qui sont réellement au centre, l'emportent assez clairement sur toutes les autres Nations. Ainsi quand l'espérance de trouver la Mer du Sud par la communication des Rivières, comme on a déja trouvé le Golphe du Mexique par celles d'Ouabache & de Mississipi, ne suffiroit pas pour faire entreprendre sérieusement de pénétrer cette vaste étendue de Païs, d'autres vûes presqu'aussi importantes pour le Commerce, & la seule curiosité même devroient porter les François & les Anglois, que cette entreprise semble regarder par la situation de leurs Colonies, à pousser de ce côté-là leurs découvertes.

Depuis Panama jusques vers le 40edegré de latitude du Nord.

APrès avoir tiré de mes propres Journaux tout ce qui m'a paru propre à satisfaire la curiosité du Public, j'ai obtenu de M. Rindekly, mon Gendre, la communication des siens, dans l'espérance d'enrichir mon Ouvrage de quelques-unes de ses Remarques. Mais s'étant borné, comme je l'ai fait observer plusieurs fois, à tout ce qui concerne la navigation, je n'y ai trouvé que des détails de Géographie, de Marine & d'Astronomie, qui ne peuvent avoir d'utilité que pour nos Pilotes. Je suis convenu avec lui qu'un recueil de cette nature étoit fait pour demeurer au dépôt de l'Amirauté, où chacun est libre de prendre des instructions & des lumiéres, suivant les vûes qu'on se propose & les navigations qu'on entreprend. Cependant, entre une infinité d'observations inutiles à mon Ouvrage, j'en ai choisi quelques-unes, où mon Gendre, s'écartant un peu de sa méthode, semble avoir accordé quelque chose à sa propre curiosité. Elles m'ont d'autant plus attaché qu'elles regardent un voyage de la Mer du Sud que je n'ai pas fait avec lui. Quelques années avant notre association, il avoit été chargé d'une affaire importante à Panama, où il s'étoit rendu avec des Passeports; & dans le séjour qu'il y fit il composa cette Description de la Nouvelle Espagne, qui se sent toujours un peu de son goût pour les remarques de l'Art.

Ce Pays, si célébre par ses mines d'or & d'argent, & par l'abondance de ses autres biens, s'étend depuisPanama, qui est au neuvième degré de latitude du Nord, jusqu'au nouveau Mexique, qui est vers le 37edegré, c'est-à-dire, l'espace de 28 degrés, Nord & Sud; ce qui fait en droite ligne environ 520 lieues, à compter vingt lieues pour chaque degré.

Les Provinces qui composent cette riche Contrée de l'Amérique Septentrionnale, sont laTierra firma, qui est la plus voisine de ligne équinoctiale, & qui forme une ligne de séparation entre les deux parties de l'Amérique; en suite la Province deVeragua, celles deCosta-Ricca, deNicaragua, deHonduras, deQuatimala, deVera-Paz, deChiapa, deSoconusco, deTabasco, deJucatan, deGuexaca, deTlascalo, delos Angelos, duMexique, proprement dit, deMechoacan, dePanuco, deXalisco, deGuadalaxara, deZacatecas, de la nouvelleBiscaye, deCuliacan, deCinaloa, dunouveau Mexique; ausquelles on peut joindre aussi la Californie. Toutes ces Provinces étant soumises au Viceroi de la nouvelle Espagne, sont comprises sous le même nom.

Tierra firmacontient la Ville de Panama, Port fameux de la Mer du Sud, où se rendent les richesses du Perou, qui delà se transportoient autrefois par terre à celui deNombre de dios, mais qui vont aujourd'hui àPorto-Bello, & àNata. Le Pays est généralement montagneux, l'air épais, chaud & humide, ce qui le rend par conséquent fort mal sain. La terre n'y produit guéres que du bled d'Inde; mais les pâturages y sont fort bons pour les troupeaux. Panama est la résidence d'une Cour Royale, qui étend sa Jurisdiction sur cette Province & sur celle de Veragua. Elle a son Evêque, Suffragant de l'Archevêché de Lima, & plusieurs Monastères. Le Port est d'une bonté médiocre. Il fut construit par Pierre Arias d'Avila, Gouverneur de la Castille d'or, en 1519.Nombre de dios, qui fut découvert par le grand Christophe Colomb, & bâti par Jean de Nicuosa, a été transporté à Porto-Bello, où l'air est plus sain, & le Port plus commode pour charger & décharger les Gallions. On va de Porto-Bello à Panama, ou par terre, la distance n'étant que de dix-huit lieues, ou par la Rivière de Chagro, qui, lorsqu'élle est remplie d'eau, conduit les marchandises jusqu'à cinq lieues de Panama. Nata est à trente lieues.

La Province de Veragua s'étend au-delà du 10 degré de latitude du Nord, borde à l'Ouest celle de Costa-Ricca, à l'Est celle de Tierra firma, & des deux côtés les deux Mers du Nord & du Sud. Elle a cinquante lieues de longueur de l'Est à l'Ouest, & vingt-cinq de largueur. Le Pays est montagneux, sec & stérile, sans être plus propre à nourrir les bestiaux qu'à produire du bled; mais il renferme quantité de mines d'or. Ses Villes sont laConception, à quarante lieues de Nombre de dios; laTrinité, à six lieues à l'Ouest de la Conception;Santa-Fé, douze lieues au Sud de la Conception; &Carlos, à cinquante lieues de Santa-Fé.

Costa-Riccajoint Veragua à l'Est, & Nicaragua au Nord-Est. Sa longueur de l'Est à l'Ouest est de quatre-vingt-dix lieues. Le Pays est bon. Il renferme aussi plusieurs mines d'or & d'argent. Ses deux principales Villes sontAranjuez, à cinq lieues des Indiens qui se nommentChamos; & celle deCartago, qui est située presqu'au milieu de la Province, à vingt lieues de la Mer. Cette Province a quelques petits Ports sur les deux Mers du Sud & du Nord.

Celle deNicaragua, qui porta d'abord le nom de nouveau Royaume de Leon, touche du côté du Nord-Est à la Province de Guatemala; & du côté du Sud, à Costa Ricca. Les deux autres côtés sont lavés par les deux Mers. Elle a 150 lieues de longueur de l'Est à l'Ouest, & 80 du Nord au Sud. Le bled d'Inde, le cacao, le cotton & les bestiaux y sont en abondance. Les Villes principales sontLéon, qui n'est qu'à douze lieues de la Mer du Sud, proche d'un grand Lac; c'est la résidence du Gouverneur de la Province, & d'un Evêque.Grenade, à seize lieues de Léon au Sud-Ouest, sur les bords du même Lac, & proche d'une montagne brûlante qui s'appelleMassayatan: ces deux Villes furent fondées en 1523, par le Capitaine FrançoisHernandez.Nueva Segovia; fondée par Pierre AriasDavila, à vingt lieues au Nord de Léon; le territoire de cette Ville est fort riche en or.Jaen, au fond du Lac, à trente lieues de la Mer du Nord. La Rivière deDesaguadero, qui sort de ce Lac, forme une communication entre Jaen & Porto-bello.Realejo, qui n'est qu'à une lieue du Port de même nom, où l'on construit des Vaisseaux, parce que le bois y est excellent. Les Indiens ont aussi quantité de bonnes Villes dans cette Province. Elle produit des fruits délicieux. Le grand Lac dont j'ai parlé a son flux & son reflux & communique à la Mer du Nord par la Rivière que j'ai nommeé. La montagne de Massayatan, qui est un volcan continuel, fit naître à un Moine Espagnol la pensée que ce ne pouvoit être que de l'or liquide, qui brûloit sans cesse. Il fit descendre un seau de fer, soutenu par des chaînes très-fortes, pour servir à puiser ce précieux métal; mais, avant que d'être arrivés au feu, le sceau & les chaînes fondirent comme s'ils eussent été de plomb. La Province a plusieurs petits Ports.

Hondurass'étend de l'Est à l'Ouest, au long de la Mer du Nord ou du Golfe de Honduras, l'espace de 150 lieues; & depuis la même Mer jusqu'à la Province de Nicaragua, sa largeur est de 80 lieues. Elle borde au Sud Nicaragua & Guatemala, & à l'Ouest Guatemala & Vera-Paz. Au Nord & à l'Est, elle a la Mer du Nord, sans toucher d'aucun côté à celle du Sud. Quoiqu'elle ait beaucoup de montagnes, elle produit abondamment du bled d'Inde & du froment de l'Europe, elle nourrit toutes sortes de Bestiaux, & n'est pas sans mines d'or & d'argent. Ses Villes sontWalladolid, que les Indiens appellentComayagua, à seize degrés de latitude du Nord, & 40 lieues de la Mer du Nord; c'est le séjour du Gouverneur & d'un Evêque.Gracias à Dios, à 30 lieues de Walladolid, au Nord-Ouest; cette Ville à beaucoup de mines d'or aux environs.San-Pietro, à 30 lieues de Walladolid, au Nord:Saint Jean Puerto-Cavallos, au quinzième degré de latitude, à 11 lieues deSan-Pietro; le Port est bon, mais l'air fort mal sain:Truxillo, à 60 lieues au Nord-Est de Valladolid, & 2 lieues de la Mer du Nord:Saint George de Olancho, à 40 lieues de Valladolid, du côté de l'Est; cette Ville n'a pas plus de quarante familles Espagnoles; mais elle a dans son territoire plus de 16000 Indiens, qui sont ses tributaires & l'or est abondant dans ses mines. La Province de Honduras touche aux Mers du Nord & du Sud; & la distance de l'une à l'autre, depuis lePorto Cavallosdans celle du Nord, jusqu'à la Baye deFonsecadans celle du Sud, est de 53 lieues. C'est une erreur, dans la plûpart des Cartes, de mettre la Baye de Fonseca dans la Province de Guatemala.

Cette derniere Province s'étend au long de la Mer du Sud l'espace de 70 lieues en longueur, sur environ 30 de largeur. L'air y est temperé. Elle produit du bled d'Inde, du froment, du coton, & d'autres biens. Les pluies y sont rares, mais elles sont fort violentes entre les mois d'Avril & d'Octobre. Ses Villes sont au nombre de cinq, toutes bâties dans les années 1524 & 1525, par Dom Pierre de Alvarado. 1.Sant-jago de Guatemala, qui est la résidence d'une Cour Royale, dont la Jurisdiction s'étend sur plusieurs Provinces. Elle est au 14edegré 30 minutes de latitude, à douze lieues de la Mer du Sud, avec un Evêché Suffragant deMexico, & plusieurs Monasteres. Son territoire contient vingt-cinq mille Indiens qui lui payent un tribut. La situation en est délicieuse, & l'on y trouve toutes sortes d'excellens fruits & de provisions. 2.San-Salvador, que les Indiens appellentCuzcatlan, a quarante lieues au Sud-Ouest deSant-jago. 3. LaTrinité, nomméeSansonatepar les Indiens, à 26 lieues au Sud-Ouest de Sant-jago, & 4 du Port d'Axacutla, lieu considérable par son commerce avec le Perou & le Mexique. 4.Saint-Michel, à 62 lieues de Sant-jago au Sud-Est, & 2 lieues de la Baye de Fonseca, qui est son Port. On compte aux environs de cette Ville 80 petites Villes Indiennes. 5.Xeresde laFrontera, sur la frontiere de Nicaragua, dans un terroir extrêmement fertile en bled d'Inde & en coton. Près de Sant-jago, est une montagne brûlante, qui cause souvent de grands ravages par les flammes, les pierres & la cendre qu'elle vomit dans les lieux voisins. Il n'est pas surprenant que cette Province ait des bains chauds de plusieurs especes. Mais elle porte aussi d'excellent baume, de l'ambre liquide, de la résine blanche, & plusieurs autres gommes; avec differens animaux (dans lesquels on trouve la pierre deBezoar) & du Cacao de la meilleure espece.

Soconusco, qui suit à l'Ouest Guatemala, s'étend de même au long de la Mer du Sud. Sa longueur, comme sa largeur, est d'environ 34 lieues, & sa principale production, le Cacao. Cependant elle produit un peu de bled. Il ne s'y trouve qu'une Ville, nomméeGuevetlan, qui est la résidence de son Gouverneur.

La Province deChiapaest dans l'intérieur des Terres, renfermée au Sud par Soconusco, à l'Ouest par...., au Nord par Tabasco, & a l'Est par Vera-Paz. Elle a de longueur environ 40 lieues de l'Est à l'Ouest, & quelque chose de moins en largeur. On y trouve en abondance du bled d'Inde & d'Europe, toutes sortes d'autres grains, & des bestiaux, mais peu de moutons. Son unique Ville estCiudad-Real, qui est un Evêché. Les Indiens y sont en grand nombre, & leur principale Ville, qui se nommeChiapa, donne son nom à la Province. Ils nourrissent les meilleurs chevaux de la nouvelle Espagne; &, ce qu'on auroit peine à s'imaginer d'une Nation barbare, ils sont Musiciens, Peintres, & propres à toutes sortes d'arts. La Ville Espagnole est au milieu d'une délicieuse vallée, qui forme un cercle autour d'elle, au 13edegré 30 minutes de latitude, à 60 lieues de la Mer du Nord, & presqu'à la même distance de celle du Sud.

Les Religieux Dominiquains ont donné le nom deVera-Pazà la Province suivante, parce qu'ils en firent la conquête par les seules armes de l'Evangile, qui sont la prédication, la priere & les exemples. Elle est aussi dans l'intérieur du Continent, au milieu des Provinces de Soconusco, de Chiapa, Jucatan, Honduras, & Guatemala. Elle a trente lieues d'étendue. Le Pays est humide, & par conséquent plus propre au bled d'Inde, qui croit deux fois par an, qu'à notre froment d'Europe. Elle produit du cacao & du coton; mais particuliérement une quantité surprenante d'oiseaux de toutes sortes de couleurs, dont les plumes sont employées à divers usages. Il s'y trouve aussi quantité de lions & de tigres. Les Espagnols n'y ont pas de Villes ni de Gouverneurs; mais les Dominiquains qui en sont comme les Rois, ont plusieurs Couvens dans les Villes Indiennes, où leurs instructions contiennent les habitans, qui étoient autrefois fort sauvages.

Jucatanest une Péninsule. Elle fut prise d'abord pour une Isle, parce qu'elle est environnée de tous côtés par la Mer du Nord, excepté dans sa jonction avec Chiapa, Vera-Paz, & Tabasco. Cette piece de Terre s'étend dans la Mer près de cent lieues en longueur, depuis le Continent, & n'a pas plus de vingt-cinq lieues dans sa plus grande largeur. La qualité de l'air y est tout à la fois chaude & humide. Quoiqu'il n'y ait ni Rivière ni Ruisseau dans un si long espace, l'eau est par-tout si proche pour les puits, & l'on trouve, en ouvrant la terre, un si grand nombre de coquillages, qu'on est porté à regarder cette vaste étendue comme un lieu qui a fait autrefois partie de la Mer. Elle est couverte de bois. Il n'y croit aucune sorte de grain, & l'on n'y voit point d'or ni d'autres métaux; mais les animaux sauvages & privés y sont en abondance. Le coton & l'indigo ne s'accommodent pas moins du terroir. Les habitans y multiplient beaucoup, & parviennent à l'extrême vieillesse. Ils élevent tous les bestiaux de l'Europe, & d'excellens chevaux.

La Province deTabasco, subordonnée au Gouverneur de Jucatan, & située au long de la Mer du Nord ou du Golfe du Mexique, a 40 lieues de longueur, de l'Est à l'Ouest, depuis les bords de Jucatan jusqu'à ceux deGuazacoalco. Sa largeur est à peu près la même depuis la Mer jusqu'aux limites de Chiapa. Elle est remplie de Lacs, d'Étangs & de Marais; de sorte que les voyages s'y font sur des Canots & des Barques. L'air y est chaud & humide, & par conséquent les pâturages fort bons; le maïs & le cacao y sont communs. Aussi n'a t'elle guéres d'autre avantage: comme elle n'a point d'autre Ville que Tabasco, qu'on nomme plus ordinairementNaSade la Victoria, d'une insigne victoire que Ferdinand Cortez y remporta en 1519. Le tribut que les Indiens payent à cette Ville consiste en 2000 xiquipiles de cacao; chaque xiquipile contient 8000 noix, & trois xiquipiles font une charge.

Une des grandes Provinces de la nouvelle Espagne est celle de Guaxaca, qui a cent vingt lieues de longueur d'une Mer à l'autre, sur cent de largeur au long de celle du Sud, & 50 au long de celle du Nord. Sa Capitale est Antequera, Ville Épiscopale, dont on vante beaucoup la principale Église. On y compte plus de 600 familles Espagnoles. La Vallée où cette Ville est située donne le titre de Marquis Del Valle aux descendans de Cortez, Conquerant du Mexique. Il y coule une Rivière qui se cache sous terre à Cimatlan, & qui reparoît deux lieues plus loin, près des montagnes de Coatlan. La Province fournit beaucoup de soie, de froment, & de bled d'Inde. Les mines d'or y étoient autrefois en grand nombre, mais il paroît qu'elles sont épuisêes.

Au Sud-Ouest de cette Province sont celles deTusepeque, qui a 60 lieues de longueur en suivant les Côtes de la Mer du Sud, celle deZapotecasau Nord-Est, & celle deGuazacoalco, qui, malgré leur étendue, passent pour autant de parties de Guaxaca. Toutes ces Contrées forment un Pays fort rude, où les mines d'or ne laissent pas d'être en grand nombre, mais d'un accès si difficile qu'on en tire peu d'avantage. On y trouve les Villes deS. Ildefonso de los Zacatecos, à vingt lieues d'Antequera au Nord-Est;Sant-jago de Nexapa, à vingt lieues d'Antequera vers l'Est;Espirito Santo, sur le bord de la Mer du Nord. Toutes les Rivières de la Province de Guaxaca roulent de l'or. Les Indiens y menent une vie douce & commode, lorsqu'ils veulent se la procurer par le travail. Ils se servent du cacao au lieu d'argent. Le Pays est agréable & l'air fort sain. Comme les meurriers y sont en abondance, la soie y est fort commune.

La Province & l'Evêché deTlascala, nommée autrementlos Angelos, est entre le Mexique & Guaxaca. Elle a cent lieues de la Mer du Nord à celle du Sud, & 80 lieues de largeur au long de la Mer du Nord, mais dix-huit ou vingt seulement au long de celle du Sud. On y compte trois Villes Espagnoles; celle de los Angeles, qui n'est qu'à vingt lieues de Mexico, & qui est Épiscopale. On y vante un Collège où l'on instruit plus de 1500 jeunes Indiens. Elle est située dans le Canton deCholula, au milieu d'une Plaine nomméeGuetlaxcoapa, sur le bord d'une petite Rivière qui sorte du pied d'une Montagne brûlante. Ce Canton produit du bled, du vin, toutes sortes de fruits d'Europe, du sucre, du lin, & les meilleures légumes du monde. À peu de distance de Tlascala, on trouve quelques sources qui forment une assez grande Rivière. Elle va se décharger dans la Mer du Sud, proche de Zacatula, dans la Province deMechoacan; mais ce qui la rend digne de remarque, c'est qu'elle est sans poissons, & qu'elle produit tant d'Alligators, espece de crocodiles, qu'ils ont fait abandonner plusieurs Villes voisines. La Ville deTlascalan'est habitée que par des Indiens. Elle est au Nord de los Angelos, au-dessus du 20edegré de latitude, dans la Vallée d'Atelosco, qui n'ayant qu'une lieue & demie d'étendue, produit plus de 100000 mille boisseaux de froment. Aussi quantité d'Espagnols y exercent-ils l'Agriculture. À sept lieues de la même Ville est la Vallée d'Olumba, qui n'a guéres moins de fertilité. Cortez bâtit la Ville deSegaradans le Canton de Tepeaca, près de laquelle est la Vallée de Saint-Paul, ou l'on voit plus de 1300 familles Espagnoles qui cultivent la terre, & qui nourissent des troupeaux. Le bétail y multiplie si prodigieusement, qu'on parle d'un Fermier à qui deux brebis produisirent quarante mille bêtes de la même espece.

La Province du Mexique a 130 lieues de longueur, Nord & Sud. Elle s'élargit de dix-huit lieues au long de la Mer du Sud, jusqu'à soixante dans l'intérieur des Terres. On y comprend les Cantons deLatcotlalpa,Meztilan, & deXilotepeque, au Nord-Est; deMatalzingo& deCultepeque, à l'Ouest; deTezcuco, à l'Est; deChalco, au Sud-Est; deSuchimilcoet deFlaluc, au Sud; deCoyxcaet d'Acapulco, au Sud-Ouest. Une si grande Province n'a pas plus de quatre Villes Espagnoles; mais quantité d'Espagnols sont établis dans les Villes Indiennes. La Ville deMexicos'appelloit autrefoisTenoxtitlan. Elle est située au 19edegré 30 minutes de latitude, au milieu de deux grands Lacs qui l'environnent; l'un d'eau salée, dont le fond est de salpêtre; l'autre d'eau fraîche, prodiusant tous deux du poisson. Ils sont tous deux à peu près de la même grandeur, qui est cinq lieues de large sur huit de long. Les marécages qu'ils forment autour d'eux ont obligé de construire cinq chaussées, longues d'une demi-lieue, qui conduisent à la Ville. Elle n'a ni murs ni portes. Sa forme est un quarré d'une demi-lieue de diamétre, & de deux lieues de tour. Ses rues sont droites, larges, bien bâties, & presqu'à la même distance, ce qui donne l'air d'un échiquier. L'Italie à peu de Ville qui l'égalent en beauté, & l'on ne voit nulle part un si grand nombre de belles femmes. On y compte plus de cent mille habitans, dont la plûpart à la vérité sont Nègres ou Mulâtres. Les Monasteres n'y occupent pas peu de places, puisqu'il y en a 22 de femmes & 29 d'hommes, de tous les Ordres. Le revenu annuel de l'Archevêque monte à soixante mille pièces de huit, & celui de toute la Cathédrale, à trois cens mille. Il y a peu de Pays au monde où l'air soit si temperé. On n'y connoît ni le chaud ni le froid excessif. La terre produit trois fois chaque année; & le froment sur-tout rend avec une abondance merveilleuse. Aussi la dépense est-elle médiocre à Mexico pour les alimens. Cependant, comme il n'y a point de monnoye de cuivre, & que la moindre piece d'argent est un demi réal, qui fait trois sols, le fruit & les légumes y sont assez chers. Mais au marché, le cacao tient lieu de la petite monnoye, de sorte que 60 ou 80 noix de cacao font à peu près un réal. Pendant toute l'année les marchés sont remplis de fruits & de fleurs. Le Viceroi de la nouvelle Espagne, l'Archevêque, les Cours Souveraines pour la Justice & la Monnoye, enfin tous les Officiers qui appartiennent à la Capitale d'un Gouvernement ont leur résidence à Mexico. Les Suffragans de l'Archevêché sont les Évêques de Tlascala, de Guaxaca, de Mechoacan, de la nouvelle Gallice, de Chiapa, de Jucatan, de Guatemala, de Vera-Paz, & des Isles Philippines. On compte dans la Province du Mexique 250 Villes Indiennes, qui contiennent plus de cinq cens mille familles tributaires, & 150 Couvens de Dominiquains, de Francisquains & d'Augustins, sans compter les Collèges de Jésuites & les Séminaires.

Le Canton d'Acapulcoest sur la Côte de la Mer du Sud, au 17edegré de latitude. La Ville est à six lieues de la RivièreYopes. À peine mérite-t'elle le nom de Village, car les maisons n'y sont que de boue. Sa situation, au pied d'une Montagne, la couvre du côté de l'Est; ce qui rend l'air fort mal sain depuis le mois de Novembre jusqu'à la fin de Mai, parce que le climat étant sans pluie dans tout cet intervalle, la chaleur y est aussi violente au mois de Janvier qu'en Italie pendant la canicule. Cette mauvaise disposition de l'air & du terroir met Acapulco dans la nécessité de tirer ses provisions de plusieurs autres Pays, & les rend par conséquent fort cheres. La Ville d'ailleurs est fort sale, parce qu'elle est mal pavée, & manque des commodités les plus ordinaires, telles que des Hôtelleries pour les Étrangers. Aussi n'est-elle habitée que par des Nègres & des Mulâtres; car aussi-tôt que les Vaisseaux de Manila & du Perou sont déchargés, les Marchands Espagnols se retirent dans d'autres lieux. Le seul avantage d'Acapulco consiste dans l'excellence de son Port, qui fait un demi cercle autour de la place, & qui est entouré de montagnes comme d'une espece de mur. Il vaut par an au Gouverneur vingt mille pièces de huit, & presqu'autant au Contrôleur. Le revenu du Curé est de quatorze mille pièces. Enfin, comme le commerce d'Acapulco monte chaque année à plus de quatorze millions de pièces de huit, il n'y a point d'habitant qui n'y fasse beaucoup de profit; & chaque Nègre ne donneroit pas le sien, chaque jour, pour une de ces pièces.

À quatorze lieues de Mexico sont les mines dePachuca; à 22 lieues, celles deTusco; à 22 lieues, celles deTmisquilpo; à 24 lieues, celles deTalpujaya; à 18 lieues, celles deTemazcaltepeque; à 20 lieues, celles deZacualpa, à 40 lieues, celles deZupango; à 60 lieues, celles deGuanaxato; à 67 lieues, celles deComanja; à 18 lieus delos Angelos, celles d'Achachica; sans parler des mines deGuatla, deZumatlan, & deSaint-Louis de la Paz. On y entretient habituellement plusieurs milliers d'Ouvriers. Toutes ces mines sont d'argent, à l'exception de celles de Tmisquilpo, qui sont d'étain.

La Province dePanuco, qui est au Nord de celle du Mexique, a presque également cinquante lieues dans sa largeur & sa longueur. La partie du Sud est abondante en provisions, & ne manque point de mines d'or; mais celle qui touche à la Floride est d'une misérable stérilité. Elle a trois Villes Espagnoles.Panuco, autrementSant-Isteran del Puerto, située au 23edegré de latitude, à 65 lieues de Mexico au Nord-Est, à sept ou huit de la Mer, près d'une Rivière dont l'embouchure forme un Port;Sant-Jago de los Valles, à 25 lieues de Panuco, vers l'Ouest;Saint-Louis de Tampico, située proche de la Mer, à sept ou huit lieues au Nord-est de Panuco.

Mechoacanest une Province qui n'a pas moins de 80 lieues de longueur au long de la Mer du Sud, & qui s'étend en largeur l'espace de 60 lieues dans l'intérieur des Terres, entre le Mexique & la nouvelle Gallice. On y comprend les Cantons deZacatula& deColima, tous deux sur les Côtes de la Mer du Sud. La Capitale du Pays estMechoacan, ouPazcuare, un peu au-dessus du 19edegré de latitude, à 45 lieues de Mexico. Ses autres Villes sontGuayangarco, autrementValladolid, Siège Episcopal, &Zinzonza. À 28 lieues deMechouacansont les mines deGuanaxnato, où le travail & la garde occupent habituellement 600 Espagnols.Saint-Michelest une autre Ville à 35 lieues au Nord-Est deMechouacan, dans un Canton montagneux. LaConception de la Salaya, Ville sur la route deChichimecas.Saint-Philippe, Ville à 50 lieues de la Capitale, du côté du Nord, dans un Pays froid & stérile. Le Territoire & la Ville deZacatulasont sur la Mer du Sud, au 18edegré de latitude, à 40 lieues deMechouacan. Le Territoire & la Ville deColimasont un peu au-dessus du 18edegré, vers le Sud-Ouest. Ce Pays est chaud, fertile en cacao, en casse, en grains & en bestiaux. Le poisson & les fruits y sont en abondance. Il porte aussi de l'or, de la cochenille & du coton. En général les Indiens du Mechouacan sont de belle taille, industrieux, & capables de travail. Ils ont cent treize Villes. Cette Province ne s'étend point jusqu'à la Mer du Nord, mais elle a plusieurs Rivières qui se déchargent dans la Mer du Sud; & vers l'extrêmité de sa partie Occidentale, elle a, au 19edegré de latitude, le Port dela Nativité, dont l'excellence y rend le commerce florissant. Un peu à l'Est du même Port est celui deSant-jago, qui a, dans le voisinage, de bonnes mines d'un cuivre si doux que les Indiens en font toutes sortes de vaisselles. Il s'y en trouve aussi d'un autre cuivre, qui est assez dur pour servir, au lieu de fer, à labourer la terre. Mais les Indiens sont redevables de ces découvertes & de ces usages à l'industrie des Espagnols.

La Province deXalisco, fertile en maïs, mais peu fournie de bestiaux, n'a que deux Villes.Compostel, sur la Mer du Sud, à 33 lieues deGaudalasara, & laPurification, près du Port de la Nativité. Cette Province est au 22edegré de latitude. Celle deChiatmala, qui la suit au Nord, & qui touche aussi à la Mer du Sud, à 20 lieues de long, sur la même largeur. On y trouve quantité de mines d'argent, & la seule Ville deSaint-Sebastien. Elle est suivie au Nord, sur la même Côte, de la Province deCuliacan, qui porte toutes sortes de provisions, & quelques mines d'argent. Sa seule Ville estSaint-Michel.Cinaloaest la derniere Province au Nord de la nouvelle Gallice, qui est le nom général qu'on donne à toutes ces Contrés depuis celle du Mexique.

Zacatecas, dans l'intérieur des Terres, est une Province fort riche par ses mines d'argent, mais qui manque d'eau & de grains. Elle a trois Villes Espagnoles, & quatre mines célébres, dont la plus abondante est voisine de la Ville Capitale, & porte comme elle le nom de Zacatecas. On y emploie constamment 500 Espagnols, 500 Esclaves, & mille chevaux ou mulets. Les autres Villes sontXeres de la Frontera, à vingt lieues au Nord deGuadolajara;Erena,Nombre de dios, &Durango, qui est dans un Canton extrêmement fertile. La mine deSombretteest près d'Erena & celle deSaint-Martin, près de Durango.

LaNouvelle Biscaye, Province au Nord-Ouest de Xacatecas, est entiérement dans les Terres. Elle ne manque ni de bestiaux, ni d'aucunes provisions, & ses mines d'argent sont estimées. Elle en a trois principales, qui forment autant de petites Villes dans leur voisinage:Hindebe,Santa-Barbara, &Saint-Jean.

Quivira&Cibolasont deux autres Provinces qui suivent la Nouvelle Espagne, mais elles appartiennent au Nouveau Mexique, dont l'étendue n'est point encore connue. Les Espagnols n'y ont qu'une Ville, nomméeSanta-Fé, ou leNouveau Mexico, pour contenir les Indiens dans la soumission. Quoique ce Pays soit fort beau dans une infinité de Cantons, les habitans en sont encore fort sauvages, & n'ont point d'autres richesses que leurs bestiaux. La Ville de Santa-Fé, ou du nouveau Mexico, est vers le 37edegré de latitude.

Enfin, la Californie commence au 23edegré de latitude, par le Cap Saint-Luc, qui est à l'opposite de la Province de Culiacan, dans la Nouvelle Espagne. Elle s'étend vers le Nord & le Nord-Ouest, plus loin qu'on n'a pû jusqu'à present porter les découvertes. Les Espagnols ont marqué peu d'empressement pour y étendre leurs Conquêtes; mais ils entretiennent quelque commerce au Cap Saint-Luc & àPuerto Seguro.

M. Cooke, dans la Relation de son Voyage autour du Monde en 1711, fait une description de Puerto Seguro, qu'on ne trouve dans aucun autre Écrivain. Il paroît surprenant qu'un Pays découvert depuis si longtems porte encore toute les apparences de la plus grossiere barbarie.

«L'entrée de la Baye, dit-il, est pendant l'espace d'une lieue, à l'Est d'un Promontoire rond & couvert de sable, que plusieurs prennent pour le Cap Saint-Luc; mais je suis persuadé que le Cap Saint-Luc est une autre tête de terre qui se présente au Sud-Est de ce Promontoire, à trois lieues de distance, parce que, suivant l'ancienne Relation de sa découverte, il fait la pointe la plus Orientale. Quand on est au large, on prendroit ce Cap pour une Isle. Pour entrer dans la Baye, en venant du côté de l'Ouest, ce qui est presque toujours nécessaire à cause des Courans, on est dirigé par quatre grands rocs, dont les deux plus Occidentaux sont fort escarpés, & s'élèvent en pain de sucre. Le second, c'est-à-dire le plus intérieur, est percé de manière qu'il forme une arche, comme celle d'un Pont, au travers de laquelle la Mer s'est fait un passage. On s'avance ainsi au long des rocs jusqu'au fond de la Baye, où l'on peut jetter l'ancre sur un fond de dix ou douze brasses, jusqu'à vingt ou vingt-cinq. C'est-là qu'on trouve Puerto Seguro, qui n'est qu'un petit amas de mauvaises cabanes, habitées par environ 200 Indiens. Les hommes sont entiérement nuds. Les femmes portent autour des reins une peau de quelque animal, qui leur descend jusqu'aux genoux. L'occupation de ces Barbares est la pêche & la chasse. Ils preferent à l'or & à l'argent, un couteau, des ciseaux, des cloux, une serpe, & nos autres instrumens de fer. Leur taille est droite & bien proportionnée, leur chevelure longue & noire, & la couleur de leur peau fort brune. Les femmes n'ont rien d'agréable dans la physionomie. Elles s'employent à recueillir & à piler entre des pierres differentes sortes de grains, ou à faire des filets pour la pêche. Depuis les Montagnes jusqu'à la Mer, le Pays est rude & pierreux, quoi-qu'entremêlé de quelques plaines & de quelques vallées fort agréables. Mais en général le terrain, dans cette partie de l'Isle, n'est qu'un sable fort sec, qui produit, pour tout bien, quelques arbustes dont les fruits servent de pain aux misérables habitans. Ils sont mieux en poisson. La Baye est remplie de dauphins, de mulets, de bremines, & d'autres especes, qu'ils tuent fort adroitement avec leurs dards, ou qu'ils prennent avec leurs filets. Les bois ne leur fournissent pas moins d'animaux pour la chasse. Ils tuent une prodigieuse quantité de daims, de cerfs, & de renards; sans parler des perdrix, des pigeons, & d'autres oiseaux qui foisonnent dans la campagne. Les ruisseaux leur donnent de l'eau fort pure. Ils ont au long de la Côte beaucoup de crête marine. Les rocs sont couverts d'huitres, qui sont rarement sans perles. Nous trouvames dans le secours des habitans, tout ce qui nous étoit nécessaire pour la réparation de nos Vaisseaux. Ils s'approcherent de nous sans défiance, quoique nous ne pussions nous entendre, s'empressant de nous offrir leurs provisions en échange pour des choses de peu de valeur. Je leur trouvai tant de douceur, que j'ai peine à me persuader, sur le témoignage des Espagnols, qu'il soit impossible de leur inspirer des principes de Religion. Je ne remarquai parmi eux aucune apparence de culte; à moins qu'ils n'adorent le Soleil, vers lequel ils levent souvent les yeux. Les Espagnols racontent qu'au Nord de Porto Seguro, on trouve d'autres Nations plus sauvages, guerrieres & perfides, avec lesquelles on n'a jamais pû former aucune liaison. Pendant le séjour que nous fimes sur cette Côte, l'air fut toujours clair & serein; & la bonne constitution des habitans semble marquer qu'il est fort sain. À notre arrivée plusieurs de nos gens reçurent quelques perles des Indiens; mais je n'en vis plus paroître dans la suite. Quand je leur montrai de l'or, pour leur faire connoître qu'ils auroient à ce prix beaucoup de fer, ils firent des signes vers les montagnes; de sorte que pour tirer apparemment plus d'avantage de leur Pays, il auroit fallu les entendre.»

Vents & Courans de la Mer du Sud.

Cet article est un autre extrait des Journeaux de M. Rindekly. Quoique j'aie supprimé volontairement les Ports & les Rades, dans sa description de la nouvelle Espagne, pour ne pas repéter des noms qu'on a déja lûs à la Table de leurs longitudes & de leurs latitudes, je serai obligé ici d'en rappeller un fort grand nombre. Mais l'importance des observations suivantes doit me faire passer sur un inconvenient si leger.

Qu'on tire une ligne imaginaire depuis le PortSaint Marc d'Arica, jusqu'à la pointed'Aguja, qui est proche du Port dePalta, elle sera de 30 lieues de Mer de l'un de ces Ports à l'autre. Dans tout espace, entre cette ligne & cette Côte, ce sont les vents de Sud-Est & de Sud-Sud-Est qui regnent toute l'année: en hyver ils sont furieux, & plus géneralement Sud-Est. Mais il faut observer qu'à une lieue ou deux de la Côte, ils sont quelquefois Nord & Nord-Est. Ils ne durent pas longtems, mais ils renaissent régulierement chaque semaine, & plus souvent dans les Bayes les plus larges & les plus ouvertes au long de la Côte.

Supposez une autre ligne depuis la pointed'Aguja, jusqu'à la pointe deSanta Helena, vous aurez 20 lieues de Mer de l'une à l'autre pointe, & un grand espace dans l'arc de la Côte. C'est le vent du Sud qui regne toute l'année dans cet espace: mais à 5 ou 6 lieues du rivage, les vents Sud-Ouest se sont quelquefois sentir, surtout aux angles de la Côte. Ces vents sont moderés, & ne durent pas longtems.

De la pointe deSanta Helenaau CapPassado, l'espace renfermé entre une ligne imaginaire de 10 lieues & le fond de la Côte, est assujetti pendant toute l'année aux vents Sud-Ouest.

Une autre ligne du Cap Passado au CapSaint François, renferme un espace qui n'est encore soumis qu'aux vents Sud-Ouest; cependant comme cet espace n'est que de 5 lieues, il se ressent quelquefois des vents de la haute Mer, & des vents de terre.

Tirez de même une ligne du Cap Saint François jusqu'àMorro de Puercos& tout ce qui est à l'Est du passage de Panama, qu'on a nomméla Traversia. Dans ce grand espace l'hyver & l'Été sont réglés d'une manière fort bizarre, & sans aucun rapport à l'éloignement ou à la proximité du Soleil. Suivant le cours de la nature, l'Été dans ce lieu devroit commencer le 25 de Mars, lorsque le Soleil passe l'Equinoctial vers le Nord, du côté duquel sont cette Côte & cette Mer; & l'on y devroit ressentir les effets ordinaires jusqu'au 25 de Septembre, que le Soleil repasse l'Equinoctial vers le Sud. Cependant l'expérience est contraire; car l'Été de la Traversia & de la Côte de Panama, commence au mois de Janvier, lorsque le Soleil, est le plus éloigné au Sud de l'Equinoctial; & l'hyver commence au mois de Juin, qui est le tems où le Soleil est du côté du Nord.

Au long des Côtes de Panama & sur la Mer qui leur est opposée, l'Été & l'hyver sont chacun de 6 mois. L'Été commence au mois de Janvier, & finit au mois de Juin. Pendant cette saison on n'y voit regner que les vents Nord, Nord-Est, & Nord-Ouest, qui sont très-violens dans le cours de Janvier, Février & Mars. Il ne tombe point alors de pluie au long de la Côte de Panama, de Port-Pinas, de Malpelo, de Puerto Quemado, & des autres lieux jusqu'au Cap Saint François. Dans le même tems au contraire, il pleut beaucoup sur la Côte de Manta & de Guayaquil; & la raison naturelle, c'est que ces vents regnans, poussent les nuées sur cette Côte, & que ne soufflant pas plus loin, les nuées qui s'arrêtent sont dissipées par l'action du Soleil & tombent en pluies fort épaisses. Les mêmes vents pendant les trois premiers mois de l'Été s'étendent quelquefois jusqu'àManta, la pointede Santa Elena,Cap Blanco, & quelquefois ne vont point jusqu'au Cap Saint François, suivant qu'ils ont plus ou moins de force sur la Côte de Panama.

Dans l'intervalle du même tems, il regne géneralement à Malpelo un vent d'Est-Nord-Est, qui est doux & reglé; mais entre Malpelo & Buonaventura, le vent devient Nord; & depuis Puerto Quemado jusqu'à l'Isle Gorgone, il est géneralement Nord-Ouest, Ouest-Nord-Ouest, & Ouest, avec des pluies très-abondantes.

Ainsi pendant les trois premiers mois de l'Été, rien n'est si varié que le tems, dans ces differens lieux. Mais dès les premiers jours d'Avril, la pluie commence à tomber dans le Golphe & sur la Côte de Panama. Les vents doux y prévalent, avec des calmes fréquens, on les appelleVirazones; ils sont Sud, Sud-Ouest, Sud-Sud-Ouest, & quelquefois Nord-Ouest, presque toujours accompagnés de violentes pluies. Cette variété de calmes, de vents doux, changeans, incertains, dure jusqu'à la fin du mois de Juin, qui est aussi celle de l'Été.

Au mois de Juillet commencent les vents que les Espagnols nommentVendavales, & qui durent jusqu'à la fin de Decembre. Ils sont Sud & Sud-Ouest, avec de fortes pluies, du tonnerre & des éclairs. Leur plus grande furie est au mois de Septembre, d'Octobre & de Novembre; mais alors même, Panama & ses environs reçoivent d'assez beaux jours de ceux de Sud-Ouest, qui sont aussi moins nuisibles à la navigation. Quelquefois ils se changent en Nord & Nord-Est, avec des pluies impétueuses, sans s'étendre à plus de vingt lieues dans la Mer.

Pendant la même saison, il s'éleve quelquefois des vents d'Ouest & d'Est-Sud-Ouest, qui poussent les Vaisseaux sur les Côtes du Perou. Les nuits sont sujettes au vent du Nord-Ouest, accompagnés de grosses pluies, mais leur durée est fort courte. Lorsque le vent du Nord s'est établi à Panama, le calme regne ordinairement depuis le Cap Saint François jusqu'auCap Blanco; & lorsque l'Été commence à Panama, l'hyver commence à Guayaquil, où il pleut alors pendant cinq mois; c'est-à-dire depuis le commencement de Janvier jusqu'à la fin de May. Les vents y soufflent de l'Isle de Santa Clara, vers la Rivière; le tonnerre & les éclairs y sont surprenans, particuliérement sur les montagnes deCuenca, qui sont sur la droite en remontant la Rivière; ce qui n'empêche pas qu'ordinairement le tems ne soit calme & serain. Au long de la Rivière Guayaquil, l'Été commence au mois de Juin, & les pluies cessent. Mais le vent d'Ouest, que les Habitans nomment Chanduy, souffle alors avec beaucoup de violence.

LeCap Blancojouit d'un air fort serain pendant quatre mois de l'année, qui sont Janvier, Février, Mars & Avril. Tous les autres mois sont sombres & orageux, & les courans prennent alors leur direction de ce Cap vers le Sud.

La connoissance des courans est d'une nécessité si indispensable pour la navigation, qu'il est surprenant qu'on n'y apporte pas plus de soin dans les Cartes Marines. On ne conçoit point assez comment la force de l'eau triomphe de l'art & du veut. Un Pilote qui croit naviguer en droite ligne vers le lieu auquel il veut aborder, est étonné de se trouver insensiblement vis-à-vis d'une autre Côte, sans s'être appercu de rien qui l'ait pû détourner de sa route. Je ne parle pas des courans impetueux, dont le danger frappe la vûë. Il y en a de si imperceptibles, que leur réalité n'étant prouvée que trop souvent par les effets, on est porté à croire que le mouvement se passe quelquefois dans l'interieur de l'eau, tandis que la surface est tranquille. On a les latitudes pour guider la course; mais a-t-on toujours la lumiére du Soleil pour les prendre, & qu'a-t-on trouvé jusqu'à présent qui puisse y suppléer dans les tenebres?

Dans la Mer dont je parle, & qui est aujourd'hui si fréquentée, aussitôt que le Soleil a passé l'Equinoctial vers le Sud, ce qui fait commencer l'Été dans les parties méridionnales, l'eau commence ses courans, Sud & Sud-Ouest, depuis le CapSaint Françoisau long de la Côte, & les étend en largeur jusqu'à trente & quarante lieues dans la Mer. De même, lorsque le Soleil passe l'Equinoctial vers le Nord, les eaux se meuvent dans le sens contraire, c'est-à-dire que les courans sont Nord & Nord-Ouest au long des mêmes Côtes & dans la même largeur. Observez que comme le mouvement vers le Sud commence au Cap Saint François, le mouvement vers le Nord, commence au Port deSaint Marc d'Arica. L'un & l'autre semble tirer sa force du rivage, du moins dans la plûpart des lieux; car il y en a d'autres où l'on remarque absolument le contraire.

Depuis le Cap Saint François jusqu'à Malpelo, il est certain que la direction des courans est à l'Est & à l'Est-Sud-Est vers l'Isle Gorgone, & la Baye de Bonaventura. C'est ce qu'on remarque encore plus fréquemment en hyver. Dans d'autres tems ce mouvement cesse quelquefois tout-à-fait.

DeMalpelojusqu'au CapMorro de Puercos, l'eau n'a jamais de courant sensible.

De l'Isle Gorgone jusqu'au Cap Saint François, le courant prend rarement sa direction vers le Sud-Ouest. Elle est ordinairement vers le Nord-Ouest. Quelquefois elle cesse tout-à-fait, & l'eau n'a point d'autre agitation que celle des vents.

De l'Isle de Gorgone au Cap Morro de Puercos, l'Hyver comme l'Été, le courant est aussi vers le Nord-Ouest.

Lorsque le vent de commerce prévaut, les courants, entre Morro de Puercos & Malpelo, sont vers le Sud-Ouest.

Cette variété dans les mouvemens de la Mer est un secret de la Nature que la raison humaine est incapable de pénétrer; mais elle est prouvée par une expérience si constante, que les Pilotes devroient avoir les yeux toujours ouverts pour en découvrir toutes les différences.

Fin du Second Tome.

J'Ailû par ordre de Monseigneur le Chancelier un Manuscrit intitulé,Voyages du Capitaine Robert Lade, & je n'y ai rien trouvé qui doive en empêcher l'Impression, à Paris ce quatre May mil sept cent quarante trois,de Montcrif.

PRIVILEGE DU ROY.

LOUIS, par la Grace de Dieu, Roy deFrance & de Navarre: À nos aimés & féaux Conseillers, les gens tenants nos Cours de Parlement, Maîtres des Requêtes ordinaires de notre Hôtel, grand Conseil, Prévôt de Paris, Baillifs, Sénechaux, leurs Lieutenans Civils, & autres nos Justiciers qu'il appartiendra:Salut. Notre bien améFrançois Didot, Libraire, ancien Adjoint, nous a fait exposer qu'il désiroit faire imprimer & donner au Public un Manuscrit qui a pour titre:Voyages du Capitaine Robert Lade, traduit de l'Anglois, s'il nous plaisoit de lui accorder nos Lettres de Privilège pour ce nécessaires. Àces Causes, voulant favorablement traiter l'Exposant, Nous lui avons permis & permettons par ces Présentes de faire imprimer l'Ouvrage ci-dessus spécifié, en un ou plusieurs Volumes, & autant de fois que bon lui semblera, & de les vendre, faire vendre & débiter par tout notre Royaume, pendant le tems de neuf années consécutives, à comprer du jour de la datte des Présentes;Faisonsdéfenses a toutes sortes de personnes de quelque qualité & condition qu'elles soient d'en introduire d'Impression étrangere dans aucun lieu de notre obéissance; comme aussi à tous Imprimeurs & Libraires, d'imprimer, faire imprimer, vendre, faire vendre & contrefaire ledit Ouvrage, n'y d'en faire aucun extrait sous quelque prétexte que ce soit, d'augmentation, correction, changement, ou autre, sans la permission expresse & par écrit dudit Exposant, ou de ceux qui auront droit de lui, à peine de confiscation des Exemplaires contrefaits, & de trois mille livres d'amande contre chacun des Contrevenans, dont un tiers à Nous, un tiers à l'Hôtel-Dieu de Paris, & l'autre tiers audit Exposant, ou à celui qui aura droit de lui, & de tous dépens, dommages & intérêts; à la charge que ces Présentes seront enregistrées tout ou long sur le Régistre de la Communauté des Libraires & Imprimeurs de Paris, dans trois mois de la datte d'icelles; que l'impression dudit Ouvrage sera faite dans notre Royaume & non ailleurs, en bon papier & beaux caracteres, conformement à la feuille imprimée attachée pour modéle sous le contre-Scel desdites Présentes; que l'Impétrant se conformera en tout aux Reglemens de la Librairie, & nottament à celui du 10 Avril 1725, & qu'avant que de les exposer en vente, le Manuscrit ou Imprimé qui aura servi de copie à l'impression dudit Ouvrage, sera remis dans le même état où l'Approbation y aura été donnée ès mains de notre très-cher & féal Chevalier le Sieur Daguesseau, Chancelier de France, Commandeur de nos Ordres, & qu'il en sera ensuite remis deux exemplaires dans notre Bibliothéque Pubique; un dans celle de notre Château du Louvre, & un dans celle de notredit très-cher & féal Chevalier le Sieur Daguesseau, Chancelier de France: le tout à peine de nullité des Présentes; du contenu desquelles vous mandons & enjoignons de faire jouir ledit Exposant & ses ayant cause, pleinement & paisiblement, sans souffrir qu'il lui soit fait aucun trouble ou empêchement: Voulons que la Copie desdites Présentes qui sera imprimée tout au long au commencement ou à la fin dudit Ouvrage, soit tenue pour duëment signifiée, & qu'aux copies collationnées par l'un de nos amés & féaux Conseillers & Secrétaires, foi soit ajoûtée comme à l'Original. Commandons au premier notre Huissier ou Sergent sur ce requis, de faire pour l'éxécution d'icelle tous Actes requis & nécessaires, sans demander autre permission, & nonobstant clameur de Haro, Chartre Normande & Lettres à ce contraires; car tel est notre plaisir. Donné à Paris le vingt-huitiéme jour du mois de Juin, l'an de grace mil sept cent quarante-trois, & de notre Règne, le vingt huitiéme. Par le Roy en son Conseil.

SAINSON.

Registré sur le Régistre11de la Chambre Royale des Libraires & Imprimeurs de Paris, n.219.fol.181,conformément aux anciens Reglemens, confirmés par celui du28Février1723.À Paris le9Août1743.

SAUGRAIN,Syndic.

Des Livres qui se vendent à Paris chezDidot, Quai des Augustins à la Bible d'Or. 1744.

ANtiquités Romaines de Denis d'Halicarnasse, traduites du Grec, avec des Notes Historiques, Critiques, & Géographiques,par le Pere le Jay de la Compagnie de Jesus, 2. vol.in-4. 10. l.

Amusemens du cœur & de l'esprit, Ouvrage périodique, 15. feuillesin-12. 2. l. 10. s.

Astrée de M. d'Urfé. Pastorale allégorique avec la clef, nouvelle Edition, où sans toucher au fond, ni aux épisodes, on s'est contenté de corriger le langage, & d'abréger les conversations,par M.... de l'Académie des Inscriptions & Belles Lettres, 10. vol.in-12. fig. 20. l.

Le saint Concile de Trente œcuménique & général nouvellement traduit,par M. l'Abbé Chanut, derniere édition,in-12. 2. l.

Corpus Juris Canonici, autore Gibert, 3. vol.in-fol. 26. l.

Le Comte de Gabalis, ou Entretiens sur les Sciences secrettes. Nouvelle Edition augmentée des nouveaux Entretiens, des Génies assistans, & du Gnome irréconciliable, &c.par l'Abbé de Villars, in-12. 2. vol. 4. l.

Chansons (Nouveau Recueil de) choisies, avec les airs notés, 8. vol.in-12. 24 l.

Le Chevalier des Essarts, & la Comtesse de Berci, ou Anecdotes de la Cour d'Henri IV. Roi de France, Histoire remplie d'événemens, 2. vol.in-12.sous presse.

Contes des Fées (les trois nouveaux)par M. de.... avec une Préface qui n'est pas moins sérieuse,par l'Auteur des Mémoires d'un Homme de qualité,in-12. 2. l.

Contes des Fées allégoriques, (nouveaux) contenant le Phœnix, Lisandre & Carline, Boca, &c.in-12. 2. l.

DEfense de la Grace efficace,par M. de la Broue, Evêque de Mirepoix,in-12. 2. l. 10. s.

Dissertation sur l'existence de Dieu, où l'on démontre cette vérité, par l'Histoire Universelle de la première Antiquité du Monde, par la réfutation du Système d'Epicure & de Spinosa; par les caractères de Divinité qui se remarquent dans la Religion des Juifs, & dans l'Établissement du Christianisme. Nouvelle Edition augmentée de la Révélation des Livres Sacrés,par M. Jacquelot, in12. 3. vol. 7. l. 10. s.

Défense des Prophéties de la Religion Chrétienne contre Grotius, Simon, & ceux qui ont écrit sur ces matiéres,par le Pere Baltus, de la Compagnie de Jesus, 3. vol.in-12. 6. l.

Description Géographique, Historique, Ecclésiastique, Civile & Militaire de la Haute Normandie, 2. vol.in-4.avec des Cartes,1740. 18. l.

Description des Isles de l'Archipel, traduite du Flamand d'O. Dapper, enrichie de Cartes Géographiques & de figures,in-fol. 15. l.

Les délices de l'Italie, contenant une Description exacte du Pays, des principales Villes, de toutes les Antiquités & des Raretés qui s'y trouvent, 4. vol.in-12. figures, 10. l.

EXplication des Prophéties de l'ancien & du nouveau Testament, qui regardent le Messie; dans laquelle ou prouve la venue du Messie contre les Juifs, & la vérité de la Religion Chrétienne contre les Déistes,in-12.sous presse.

Essai critique sur le Goût,par M. Carteau de la Vilate, in-12. 2. l. 10. s.

Essai Politique sur le Commerce,par M. Melon,in-12. 3. l. 10. s.

Études Militaires, & l'Exercice de l'Infanterie avec des figures, dédié au Roi, par Monsieur Bottée, Capitaine au Regiment de la Fere,in-12. 4. l.

GRammaire Italienne à l'usage des Dames, derniere Edition,par M. l'Abbé Antonini. in-12. 2 l.

La Guide des Pêcheurs, par le R. P. Louis de Grenade, traduite en Françoispar M. Girard,nouvelle Edition,in-8. 3. l.

Méthode pour apprendre facilement la Géographie, contenant un abrégé de la Sphère, la division de la Terre en ses Continens, Empires, Royaumes, États, Républiques, Provinces, &c. avec la Table des principales Villes de chaque Province, septiéme Edition,par M. Robbe,2. vol.in-12. avec des Cartes Géographiques,sous presse.

HIstoire Sainte des deux Alliances, &c. avec des Réflexions sur chaque Livre de l'Ancien & du Nouveau Testament, & un Supplément qui conduit l'Histoire des Machabées jusqu'à la naissance de Jesus-Christ,par M. de Saint-Aubin, Bibliothécaire de Sorbonne,7. vol.in-12. 15. l.

Abrégé de l'Histoire de France, parM. de Mezeray,nouvelle Edition, avec les Remarques & Notes de feu M. Amelot de la Houssaye,in-12. 13. vol. 1740. 32. l. 10. s.

La même, 4. vol.in-4. 1740. 36. l.

L'on vend séparément l'Histoire de Louis XIII. & de Louis XIV. 3. vol.in-12. 7. l. 10. s.

Histoire & Description générale du Japon, contenant les Mœurs & les Coutumes de ses Peuples, & les Plantes qu'il produit,par le Pere de Charlevoix de la Compag. de Jesus. Sous presse.

La même,in-12. 6. vol. 15. l.

Histoire & Description de la Nouvelle France, connue sous le nom du Canada, avec des figures & des Cartes Géographiques,in-4. 3. vol.par le P. de Charlevoix, de la Compagnie de Jesus. 30 l.

La même,in-12. 6. vol. 15. l.

Histoire Critique de l'Établissement de la Monarchie Françoise dans les Gaules,par M. l'Abbé Dubos, de l'Académie Françoise, seconde Edition, augmentée considérablement, 2. vol.in-4. 18. l.

La même,in-12. 4. vol. 10. l.

Histoire de l'Empire Ottoman, traduite de Sagredo. Nouvelle Edition continuée jusqu'à présent, avec une Table des Matieres à chaque Tome, 7. vol.in-12. 1730. 14. l.

Histoire de Pierre le Grand, Empereur de Russie, de l'Impératrice Catherine, & des Czars qui les ont précédés, nouvelle Edition, 5. vol.in-12. figures, 1740. 12. l. 10. s.

Histoire Généalogique & Chronologique de la Maison Royale de France, & des Grands Officiers de la Couronne, avec un Catalogue des Chevaliers du S. Esprit, derniere Edition, augmentée des anciens Barons du Royaume,par les RR. PP. Ange & Simplicien, avec les Armes des Familles, 9. vol.in-fol.200. l.

Histoire d'Henri de la Tour d'Auvergne, Duc de Bouillon, où l'on trouve ce qui s'est passé de plus remarquable sous les Regnes de François II. Charles IX. Henri III. Henri IV. & la Minorité de Louis XIII.par M. de Marsolier, 3. vol.in-12. 7. l. 10. s.

Histoire de l'Abbaye Royale de Saint Germain des Prez, depuis sa fondation, contenant la Vie de leurs Abbés, les Hommes illustres qu'elle a produits, les Privilèges qui lui ont été accordés, avec la description de ce qu'elle a de plus remarquable, enrichie de Plans & de figures,par Dom Jacques Bouillard, in-fol. 12. l.

Histoire de Madame Henriette d'Angleterre, première femme de Philippe de France, Duc d'Orléans, avec les Mémoires de la Cour de France pour les années 1688. & 1689.par Madame la Comtesse de la Fayette,2. vol.in-12. en un. 2. l. 10. s.

Histoire de la Conquête du Mexique & de la Nouvelle Espagne, par Fernand Cortez. Traduite de l'Espagnol de Dom Antoine de Solis,par l'Auteur du Triumvirat,2. vol.in-12. 5. l.

Histoire de la Découverte & de la Conquête du Perou, traduite de l'Espagnol d'Augustin deZarate,par S. C. D.2. vol.in12. 5. l.

Histoire de Cyrus le jeune, & de la retraite des dix mille de Xenophon, avec un Discours, sur l'Histoire Grecque,par M. l'Abbé Pagi. in-12. 2. l

Histoire de Scipion l'Afriquain, pour servir de suite aux Hommes illustres de Plutarque, avec les Remarques de M. le Chevalier Follart,par M. l'Abbé de la Tour. in-12. 2. l. 10. s.

Histoire d'Epaminondas, pour servir de suite aux Hommes Illustres de Plutarque, avec les Remarques de M. le Chevalier Follart, & un Discours sur le grand homme & l'homme illustre de M. l'Abbé de S. Pierre,par M. l'Abbé de la Tour, in-12. 2. l. 10. s.

Histoire des Plantes usuelles, dans lesquelles on donne leur nom tant François que Latin, la manière de s'en servir, la dose & les principales compositions de Pharmacie dans lesquelles elles sont employées,par M. Chomel, Docteur en Médecine,derniere Edition, 3. vol.in-12. 6. l.

Huetii (Pet. Dan.) & Cl. Fr. Fraguerii Carmina,in-12. 2. l. 10. s.

LEttres du Cardinal d'Ossat, avec des Notes Historiques & Politiques de M. Amelot de la Houssaye. Nouvelle Edition, plus belle & plus correcte que les précédentes, 5. vol.in-12. 12. l. 10. s.

Lettres à Madame la Marquise de P. sur l'Opéra,in-12. 1. l. 15. s.

Lidéric, premier Comte de Flandre, ou Histoire anecdote de la Cour de Dagobert Roi de France,par M. le Commandeur de Vignacourt,2. vol.in-12. 4. l.

MÉmoires & Réflexions sur les principaux Evénemens du Règne de Louis XIV.par le Marquis de la Fare,Nouvelle Edition avec des Notes,in-12. 2. l.

Mémoires de M. de la Colonie, contenant les Evénemens de la Guerre derniere depuis 1692. jusqu'à la Bataille de Belgrade en 1717. avec les aventures & les combats particuliers de l'Auteur, 2. vol.in-12. 5. l.

Métamorphoses d'Ovide traduites en François, avec des Remarques & des Explications Historiques,par M. l'Abbé Banier, de l'Académie des Inscriptions & Belles Lettres, avec figures à chaque sujet, 2. vol.in-4. 20. l.

---- Les mêmes avec des figures à chaque Livre, dessinées par Picard, 3. vol.in-12. 7. l. 10. s.

Moliere, (Œuvres de) nouvelle édition revûe & corrigée,in-4. 6. vol. figures, 120. l.

NOuveau Traité de Physique sur toute la Nature, ou Méditations sur tous les corps dont la Médecine tire les plus grands avantages pour guérir le Corps Humain,in-12. 2. vol. en un, 2. l. 10. s.

Nouveau Traité d'Agriculture, contenant la Méthode de bien cultiver tous les Arbres à fruits, avec la manière d'élever les Treilles,par M.M. de la Rivière & Dumoulin,in-12. 2. l.

ŒUvres de Pieté de Saint Ephrem, Diacre d'Edesse, & Docteur de l\'Église,in-12. 2. vol. 4. l. 10. s.

Œuvres diverses deM. Pelisson de l'Académie Françoise,contenant ses Ouvrages d'Eloquence & de Poësie, &c. dont la plus grande partie n'avoit pas encore paru, avec une Préface instructive sur tous les Ouvrages de l'Auteur, 3. vol.in-12. 7. l. 10. s.

Œuvres de Rousseau, nouvelle Edition corrigée & augmentée d'un grand nombre de Pieces qui n'ont point encore paru, 4. vol.in-12. 10. l.

Œdipe, Tragédie de Sophocle, & les Oiseaux, Comédie d'Aristophane;traduites par feu M. Boivin, de l'Académie Françoise,in-12. 2. l. 10. s.

Œuvres mêléesdu Chevalier de S. Jory, contenant des Lettres galantes & singulieres, des Anecdotes, Romans, Factums, & Pieces du Théâtre Italien, 2. vol.in-12. 4. l.—Les Femmes Militaires, par le même Auteur,in-12. avec figures, 2. l.

Œuvres de Mathématique & de Physiquede M. Mariotte, de l'Académie Royale des Sciences, comprenant les Traités de cet Auteur, tant ceux qui avoient déja paru séparément, que ceux qui n'avoient pas encore été publiés; nouvelle Edition, 2. vol.in-4. avec figures, 1740. 16. l.

Opera (Recueil de tous les) représentés à l'Académie Royale de Musique, 14. vol.in-12. figures, 28. l. —Les Tomes 15. 16. 17.sous presse.

Œuvres Poétiques de Melin de S. Gelais, nouvelle Edition augmentée d'un grand nombre de Pieces Latines & Françoises,in-12. 2. l. 10. s.

PAmela, ou la Vertu récompensée, traduit de l'Anglois, troisiéme Edition, 4. vol.in-12. 8. l.

Pausanias, ou Voyage Historique de la Grèce, avec des Remarques,par M. l'Abbé Gedoyn de l'Académie Françoise,2 vol.in-4. figures, 20. l. ---- Le même en grand papier, 30. l.

Parallele des Romains & des François par rapport au Gouvernement,par M. De....2. vol.in-12. 1740. 5. l.

Quintiliani Institutiones oratoria, cum notis & animadversionibus Capperonerii. in-fol. 15. l.

RAisonnemens hazardés sur la Poësie Françoise, avec des Réflexions sur les Vers non aimés: Ouvrage curieux & singulier,in-12. 1. l. 15. s.

Recherches sur les Courbes à doubles courbures,par M. Clairault Mathématicien,in-4. figures, 5. l. 10. s.

Récréations Mathématiques & Physiques, qui contiennent plusieurs Problêmes d'Arithmétique, de Géométrie, de Musique, d'Optique, de Gnomonique, de Cosmographie, &c. avec un Traité des Horloges Elémentaires,par feu M. Ozanam; nouvelle Edition, 4. vol.in-8. avec figures, 20. l.


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