Xavier de Maistre, qui avait du temps à lui, a exécuté en quarante-deux jours un voyage autour de sa chambre, fécond en aventures et en découvertes. C’est un genre d’excursion à la portée de tout le monde, que j’ai répétée souvent moi-même, du matin au soir, quelquefois du soir au matin, dans le court horizon borné au Nord par ma table de travail et au Sud par ma bibliothèque, mais sans avoir la prétention de le raconter au public. Plus on a lu Xavier de Maistre, moins la pensée peut venir de le recommencer. Seulement, quand sonne l’heure désirée des vacances, le journaliste, enfermé le reste de l’année dans sa chambre, comme l’aimable ami de madame de Hautcastel, prend la clef des champs, — suivant une bonne vieille métaphore qu’on néglige trop aujourd’hui, — et s’en va faire l’école buissonnière aux quatre points cardinaux de l’Europe, le plus loin qu’il peut, — et ce n’est pas beaucoup dire, — de son cabinet qui le réclame et qui l’attend. Ce sont quelques-unes de ces échappées presque furtives, dont aucune peut-être n’égala en durée leVoyage autour de ma chambre, que je voudrais conter rapidement au lecteur, comme je les ai faites, sans autre prétention que d’esquisser des croquis au vol et de lui donner une vive, mais juste impression des choses.
Ainsi donc, voilà qui est bien entendu : que les ombres de madame Ida Pfeiffer et du docteur Livingstone dorment tranquilles. Les lauriers de mon confrère Stanley ne m’empêchent point de dormir, et je lui dis comme le berger de Virgile :Non equidem invideo, miror magis.Un critique, d’ailleurs aimable, m’a traité jadis de « voyageur de banlieue », j’accepte la qualification, et je serais le premier à la revendiquer. Je sais parfaitement que mes relations ne bouleverseront point les atlas et que la Société de géographie ne songera jamais à me décerner sa grande médaille d’or. C’est précisément pour bien marquer le caractère de ces modestes promenades d’un casanier, d’un chroniqueur émancipé s’essayant de loin en loin à jouer sur un théâtre bourgeois le rôle de touriste, que je les intituleVoyages hors de ma chambre, en les adressant aux lecteurs plus sédentaires encore, qui ne voyagent que dans leur chambre même, avec un bon fauteuil en guise de wagon, les pieds sur les chenets et un livre à la main.