Chapter 9

(Télégramme). Vienne, le 14/17 juillet 1914.[194]

Le Ministre des Affaires Etrangères est absent. Pendant un entretien prolongé, que j'ai eu aujourd'hui avec Macchio, j'ai, en termes tout à fait amicaux, attiré son attention sur l'impression défavorable qu'a produite en Russie la présentation par l'Autriche à la Serbie de demandes absolument inacceptables pour chaque état indépendant, bien que petit. J'ai ajouté que ce procédé, qui pourrait amener des complications les moins désirables, a provoqué en Russie une profonde surprise et une réprobation générale. Il faut supposer que l'Autriche, sous l'influence des assurances du Représentant Allemand à Vienne, lequel pendant toute cette crise a joué un rôle d'instigateur, a compté sur la probabilité de la localisation de son conflit avec la Serbie et sur la possibilité de porter à cette dernière impunément un coup grave. La déclaration du Gouvernement Impérial concernant l'impossibilité pour la Russie de rester indifférente en présence d'un tel procédé a provoqué ici une grande impression.

(Signé) Schébéko.

[Footnote 194: Evidently the date July 17 is a misprint for July 27.]

No. 42.

L'Ambassadeur en Angleterre au Ministre des Affaires Etrangères.

(Télégramme). Londres, le 14/17 Juillet 1914.[195]

Grey vient de répondre à l'Ambassadeur d'Allemagne, qui était venu le questionner sur la possibilité d'une action à St.-Pétersbourg, que cette action devrait se produire à Vienne et que le cabinet de Berlin serait le mieux qualifié pour l'exercer. Grey a fait observer en même temps que la réponse serbe à la note autrichienne dépassait par sa modération et son esprit de conciliation tout ce à quoi on pouvait s'attendre. Grey a ajouté qu'il en concluait que la Russie avait conseillé à Belgrade de donner une réponse modérée et qu'il pensait que la réponse serbe pouvait servir de base à une solution pacifique et acceptable de la question.

Dans ces conditions, a continué Grey, si l'Autriche malgré cette réponse commençait les hostilités, elle prouverait son intention d'anéantir la Serbie. La question placée sur ce terrain produirait une situation qui pourrait amener une guerre dans laquelle seraient impliquées toutes les Puissances.

Grey a enfin déclaré que le Gouvernement Anglais était bien sincèrement disposé à collaborer avec le gouvernement Allemand tant qu'il s'agirait de la conservation de la paix; mais que pour le cas contraire l'Angleterre se réservait une pleine liberté d'action.

(Signé) Benckendorff.

[Footnote 195: Evidently the date July 17 is a misprint for July 27.]

No. 43.

Le Ministre des Affaires Etrangères à l'Ambassadeur en Angleterre.

(Télégramme). St.-Pétersbourg, le 15/28 Juillet 1914.

(Printed in the British White Book (Correspondence, No. 54.).)

No. 44.

Le Consul général à Fiume au Ministre des Affaires Etrangères.

(Télégramme).Fiume, le 15/28 Juillet 1914.

L'état de siège a été proclamé en Slavonie, en Croatie et à Fiume et en même temps les réservistes de toutes les catégories ont été mobilisés.

(Signé) Salviati.

No. 45.

L'Ambassadeur en Autriche-Hongrie au Ministre des Affaires Etrangères.

(Télégramme).Vienne, le 15/28 Juillet 1914.

(Printed in the British White Book (Correspondence, No. 93 (I)).)

No. 46.

Le Chargé d'affaires en Allemagne au Ministre des Affaires Etrangères.

(Télégramme).Berlin, le 15/28 Juillet 1914.

Le Bureau Wolff n'a pas publié le texte de la note responsive serbe qui lui avait été communiqué. Jusqu'à ce moment cette note n'a paru in extenso dans aucun des journaux locaux, qui selon toute évidence ne veulent pas lui donner place dans leurs colonnes, se rendant compte de l'effet calmant que cette publication produirait sur les lecteurs allemands.

(Signé) Bronewsky.

No. 47.

L'Ambassadeur en Autriche-Hongrie au Ministre des Affaires Etrangères.

(Télégramme).Vienne, le 15/28 Juillet, 1914.

Le décret sur la mobilisation générale a été signé.

(Signé) Schébéko.

No. 48.

Le Ministre des Affaires Etrangères à l'Ambassadeur à Londres.[196]

(Télégramme).St.-Pétersbourg, le 15/28 Juillet, 1914.

En présence des hostilités entre l'Autriche-Hongrie et la Serbie il est nécessaire que l'Angleterre entreprenne d'urgence une action médiatrice et que l'action militaire de l'Autriche contre la Serbie soit immédiatement suspendue. Autrement la médiation ne servira que de prétexte pour tirer en longueur la solution de la question et donnera entre temps à l'Autriche la possibilité d'écraser complètement la Serbie et d'occuper une situation dominante dans les Balcans.

Communiqué à Paris, Berlin, Vienne et Rome.

(Signé) Sazonow.

[Footnote 196: An English (abbreviated) version of this telegram is given in the British White Book (Correspondence, No. 70 (2)).]

No. 49.

Le Ministre des Affaires Etrangères au Chargé d'Affaires en Allemagne.

(Télégramme).St.-Pétersbourg, le 16/29 Juillet, 1914.

(Printed in the British White Book (Correspondence, No. 93 (2)).)

No. 50.

Le Ministre des Affaires Etrangères aux Ambassadeurs en Angleterre et en France.

(Télégramme).St.-Pétersbourg, le 16/29 Juillet 1914.

(Printed in the British White Book (Correspondence, No. 93 (3)).)

No. 51.

Le Chargé d'Affaires en Allemagne au Ministre des Affaires Etrangères.

(Télégramme).Berlin, le 16/29 Juillet 1914.

Sur ma question s'il avait une réponse de Vienne relativement à Votre proposition de pourparlers privés à St.-Pétersbourg, le Secrétaire d'Etat a répondu négativement.

Il déclare qu'il lui est fort difficile d'agir sur Vienne, surtout ouvertement. Parlant à Cambon, il a même ajouté qu'en cas d'une pression trop évidente l'Autriche se hâterait de mettre l'Allemagne en présence d'un fait accompli.

Le Secrétaire d'Etat dit qu'il a reçu aujourd'hui un télégramme de Pourtalès d'où il constate que plus que les premiers jours Vous êtes disposé à trouver un compromis acceptable pour tous. J'ai répliqué que probablement Vous avez été dès le commencement en faveur d'un compromis, bien entendu à la condition qu'il soit acceptable non seulement pour l'Autriche, mais également pour nous. Il m'a dit ensuite qu'il paraissait que nous avions commencé à mobiliser sur la frontière autrichienne et qu'il craignait que ceci rendrait plus difficile pour l'Autriche la possibilité de s'entendre avec nous, d'autant plus que l'Autriche ne mobilisait que contre la Serbie et ne faisait pas de préparatifs sur notre frontière. J'ai répondu que, d'après les renseignements dont je disposais, l'Autriche mobilisait également sur notre frontière et que par conséquent nous devions prendre des mesures analogues. J'ai ajouté que les mesures que nous avons peut-être prises de notre côté n'étaient nullement dirigées contre l'Allemagne.

(Signé) Bronewsky.

No. 52.

Le Chargé d'affaires en Serbie au Ministre des Affaires Etrangères.

(Télégramme).Nich, le 16/29 Juillet 1914.

Aujourd'hui le Ministre de Bulgarie, an nom de son Gouvernement, a déclaré à Pachiteh que la Bulgarie observerait la neutralité.

(Signé) Strandtman.

No. 53.

L'Ambassadeur en France au Ministre des Affaires Etrangères.

(Télégramme).Paris, le 16/29 Juillet 1914.

A l'occasion de l'arrivée du Président de la République Français le Ministre des Affaires Etrangères avait préparé un court exposé de la situation politique actuelle, à pen près dans les termes suivants: L'Autriche, craignant la décomposition intérieure, s'est emparée du prétexte de l'assassinat de l'Archiduc pour essayer d'obtenir des garanties qui pourront revêtir la forme de l'occupation des communications militaires serbes ou même du territoire serbe. L'Allemagne soutient l'Autriche. Le maintien de la paix dépend de la seule Russie, parce qu'il s'agit d'une affaire qui doit être «localisée» entre l'Autriche et la Serbie, c'est à dire de la punition de la politique précédente de la Serbie et des garanties pour l'avenir. De ceci l'Allemagne conclue qu'il faut exercer une action modératrice à Pétersbourg. Ce sophisme a été réfuté à Paris comme à Londres. A Paris, le Baron de Schoen a en vain tâché d'entraîner la France à une action solidaire avec l'Allemagne sur la Russie en faveur du maintien de la paix. Les mêmes tentatives out été faites à Londres. Dans les deux capitales il a été répondu que l'action devrait être exercée à Vienne, car les demandes excessives de l'Autriche, son refus de discuter les rares réserves de la Serbie, et la déclaration de guerre menacent de provoquer la guerre générale. La France et l'Angleterre ne peuvent exercer une action modératrice sur la Russie, laquelle jusqu'ici a fait preuve de la plus grande modération, surtout en conseillant à la Serbie d'accepter ce qui était possible de la note autrichienne. Aujourd'hui l'Allemagne paraît renoncer à l'idée d'une action sur la Russie seule et incline vers une action médiatrice à Pétersbourg et à Vienne, mais en même temps l'Allemagne comme l'Autriche tâchent de faire traîner l'affaire. L'Allemagne s'oppose à la Conférence sans indiquer aucune autre manière d'agir pratique. L'Autriche mène des pourparlers manifestement dilatoires à Pétersbourg. En même temps elle prend des mesures actives, et si ces mesures sont tolérées, ses prétentions augmenteront proportionnellement. Il est très désirable que la Russie prête tout son appui an projet de médiation que présentera Sir E. Grey. Dans le cas contraire l'Autriche, sous prétexte de «garantie», pourra, en fait, changer le status territorial de l'Europe orientale.

(Signé) Iswolsky.

No. 54.

L'Ambassadeur en Angleterre au Ministre des Affaires Etrangères.

(Télégramme).Londres, le 10/29 Juillet 1914.

Ai communiqué le contenu de Vos télégrammes du 15/28 Juillet à Grey. Il a déclaré aujourd'hui à l'Ambassadeur d'Allemagne que les pourparlers directs entre la Russie et l'Autriche avaient échoué, et que les correspondants des journaux mandaient de St.-Pétersbourg que la Russie mobilisait contre l'Autriche à la suite de la mobilisation de cette dernière. Grey dit qu'en principe le Gouvernement Allemand s'est déclaré en faveur de la médiation, mais qu'il rencontre des difficultés quant à la forme. Grey a insisté pour que le Gouvernement Allemand indiquât la forme laquelle à l'avis de l'Allemagne pourrait permettre aux 4 Puissances d'exercer leur médiation pour éviter la guerre; vu le consentement de la France, de l'Italie et de l'Angleterre la médiation pourrait avoir lieu seulement dans le cas où l'Allemagne consentirait à se ranger du côté de la paix.

(Signé) Benckendorff.

No. 55.

L'Ambassadeur en France au Ministre des Affaires Etrangères.

(Télégramme).Paris, le 16/29 Juillet 1914.

Viviani vient de me confirmer l'entière résolution du Gouvernement Français d'agir d'accord avec nous. Cette résolution est soutenue par les cercles les plus étendus et par les partis, y compris les radicaux-socialistes, qui viennent de lui présenter une déclaration exprimant la confiance absolue et les dispositions patriotiques du groupe. Dès son arrivée à Paris, Viviani a télégraphié d'urgence à Londres que vu la cessation des pourparlers directs entre Pétersbourg et Vienne il était nécessaire que le Cabinet de Londres renouvelât le plus tôt possible sous telle ou autre forme sa proposition concernant la médiation des Puissances. Avant moi Viviani a reçu aujourd'hui l'Ambassadeur d'Allemagne qui lui a renouvelé l'assurance des tendances pacifiques de l'Allemagne. Viviani ayant fait observer que si l'Allemagne désirait la paix elle devrait se hâter d'adhérer à la proposition de médiation anglaise, le Baron Schoen a répondu que les mots «conférence» ou «arbitrage» effrayaient l'Autriche. Viviani a répliqué qu'il ne s'agissait pas de mots et qu'il serait facile de trouver une autre forme de médiation. D'après l'avis du Baron de Schoen, pour le succès des négociations entre les Puissances il serait nécessaire de savoir ce que l'Autriche compterait demander à la Serbie. Viviani a répondu que le Cabinet de Berlin pourrait bien facilement s'en enquérir auprès de l'Autriche, mais qu'en attendant la note responsive serbe pourrait servir de base à la discussion; il a ajouté que la France désirait sincèrement la paix, mais qu'elle était en même temps résolue d'agir en pleine harmonie avec ses alliés et amis, et que lui, le Baron de Schoen, avait pu se convaincre que cette résolution rencontrait la plus vive approbation du pays.

(Signé) Iswolsky.

No. 56.

Télégramme de son Altesse Royale le Prince Alexandre de Serbie à sa Majesté l'Empereur.

Profondément touché par le télégramme que Votre Majesté a bien voulu M'adresser hier, Je M'empresse de La remercier de tout mon coeur. Je prie Votre Majesté d'être persuadée que la cordiale sympathie, dont Votre Majesté est animée envers Mon pays, nous est particulièrement précieuse et remplit notre âme de l'espoir que l'avenir de la Serbie est assuré étant devenu l'objet de la Haute sollicitude de Votre Majesté. Ces moments pénibles ne peuvent que raffermir les liens de l'attachement profond qui unissent la Serbie à la sainte Russie slave, et les sentiments de reconnaissance éternelle pour l'aide et la protection de Votre Majesté seront conservés pieusement dans l'âme de tous les Serbes.

(Signé) Alexandre,

No. 57.

Le Chargé d'Affaires en Serbie au Ministre des Affaires Etrangères.

(Télégramme).Nich, le 16/29 Juillet 1914.

J'ai communiqué à Pachitch le texte du télégramme responsif de Sa Majesté l'Empereur an Prince Alexandre. Pachitch après l'avoir lu, se signa et dit: «Seigneur! Le Tzar est grand et clément»! Ensuite il m'embrassa, ne pouvant contenir l'émotion qui l'avait gagné. L'héritier est attendu à Nich dans la nuit.

(Signé) Strandtman.

No. 58.

Le Ministre des Affaires Etrangères à l'Ambassadeur en France.

(Télégramme).St. Pétersbourg, le 10/29 Juillet 1914.

Aujourd'hui l'Ambassadeur d'Allemagne m'a communiqué la résolution prise par son gouvernement de mobiliser, si la Russie ne cessait pas ses préparatifs militaires. Or, nous n'avons commencé ces derniers qu'à la suite de la mobilisation à laquelle avait déjà procédé l'Autriche et vu l'absence évidente chez cette dernière du désir d'accepter un mode quelconque d'une solution pacifique de son conflit avec la Serbie.

Puisque nous ne pouvons pas accéder au désir de l'Allemagne, il ne nous reste que d'accélérer nos propres armements et de compter avec l'inévitabilité probable de la guerre.—Veuillez en avertir le Gouvernement Français et lui exprimer en même temps notre sincère reconnaissance pour la déclaration que l'Ambassadeur de France m'a faite en son nom en disant que nous pouvons compter entièrement sur l'appui de notre alliée de France. Dans les circonstances actuelles cette déclaration nous est particulièrement précieuse. Communiqué aux Ambassadeurs en Angleterre, Autriche-Hongrie, Italie, Allemagne.

(Signé) Sazonow.

No. 59.

Le Chargé d'Affaires en Serbie au Ministre des Affaires Etrangères.

(Télégramme).Nich, le 17/30 Juillet 1914.

Le Prince-Régent a publié hier un manifeste signé par tous les Ministres à l'occasion de la déclaration de la guerre par l'Autriche à la Serbie. Le manifeste se termine par les paroles suivantes: «Défendez de toutes vos forces vos foyers et la Serbie». Lors de l'ouverture solennelle de la Scouptchina, le Régent lut en son nom le discours du trône, an début duquel il indiqua que le lieu de la convocation démontrait l'importance des évènements actuels. Suit l'exposé des faits des derniers jours—l'ultimatum autrichien, la réponse serbe, les efforts du gouvernement Royal de faire tout ce qui était compatible avec la dignité de l'Etat pour éviter la guerre et enfin l'agression armée du voisin plus puissant contre la Serbie, aux côtés de laquelle se tient le Monténégro. En passant à l'examen de l'attitude des Puissances en présence du conflit, le Prince insista tout d'abord sur les sentiments dont est animée la Russie et sur la Toute Gracieuse Communication de sa Majesté l'Empereur disant que la Russie en aucun cas n'abandonnera la Serbie. A chaque mention du nom de Sa Majesté Impériale et de la Russie un «jivio» formidable et fébrile secouait la salle des séances. Les marques de sympathie de la part de la France et de l'Angleterre furent aussi relevées séparément et provoquèrent des «jivio» d'approbation de la part des députés. Le discours du trône se termine par la déclaration d'ouverture de la Scouptchina et par l'expression du voeu que toutes les mesures soient prises pour faciliter la tâche du Gouvernement.

(Signé) Strandtman.

No. 60.

Le Ministre des Affaires Etrangères aux Ambassadeurs en Allemagne, en Autriche-Hongrie, en France, en Angleterre, et en Italie.

(Télégramme).St. Pétersbourg, le 17/30 Juillet 1914.

L'Ambassadeur d'Allemagne qui vient de me quitter m'a demandé si nous ne pouvions pas nous contenter de la promesse que l'Autriche pourrait donner—de ne pas porter atteinte à l'intégrité du Royaume de Serbie—et indiquer à quelles conditions nous pourrions encore consentir à suspendre nos armements; je lui ai dicté, pour être transmise d'urgence à Berlin, la déclaration suivante: «Si l'Autriche, reconnaissant que la question austro-serbe a assumé le caractère d'une question européenne, se déclare prête à éliminer de son ultimatum les points qui portent atteinte aux droits souverains de la Serbie, la Russie s'engage à cesser ses préparatifs militaires.»

Veuillez télégraphier d'urgence quelle sera l'attitude du Gouvernement Allemand en présence de cette nouvelle preuve de notre désir de faire le possible pour la solution pacifique de la question, car nous ne pouvons pas admettre que de semblables pourparlers ne servent qu'à faire gagner du temps à l'Allemagne et à l'Autriche pour leurs préparatifs militaires.

(Signé) Sazonow.

No. 61.

L'Ambassadeur en Allemagne au Ministre des Affaires Etrangères.

(Télégramme).Berlin, le 17/30 Juillet 1914.

J'apprends que le décret de mobilisation de l'armée et de la flotte allemandes vient d'être promulgué.

(Signé) Swerbéew.

No. 62.

L'Ambassadeur en Allemagne au Ministre des Affaires Etrangères.

(Télégramme).Berlin, le 17/30 Juillet 1914.

Le Ministre des Affaires Etrangères vient de me téléphoner pour me communiquer que la nouvelle lancée tout à l'heure de la mobilisation de l'armée et de la flotte allemandes est fausse; que les feuillets des journaux étaient imprimés d'avance en prévision de toutes éventualités, et mis en vente à l'heure de l'après-midi, mais que maintenant ils sont confisqués,

(Signé) Swerbéew.

No. 63.

L'Ambassadeur en Allemagne au Ministre des Affaires Etrangères.

(Télégramme).Berlin, le 17/30 Juillet 1914.

Ai reçu Votre télégramme du 16-29 Juillet et ai transmis le texte de Votre proposition au Ministre des Affaires Etrangères que je viens de voir; il m'a dit qu'il avait reçu un télégramme identique de l'Ambassadeur d'Allemagne à St.-Pétersbourg et m'a déclaré ensuite qu'il trouvait notre proposition inacceptable pour l'Autriche.

(Signé) Swerbéew.

No. 64.

L'Ambassadeur en Angleterre au Ministre des Affaires Etrangères.

(Télégramme).Londres, le 17/30 Juillet 1914.

Ai communiqué le contenu de Vos télégrammes du 16 et 17 Juillet à Grey lequel considère la situation comme très sérieuse, mais désire continuer les pourparlers. J'ai fait observer à Grey que depuis que Vous lui aviez fait la proposition d'accepter tout ce qu'il proposerait en faveur du maintien de la paix, pourvu que l'Autriche ne pût profiter de ces atermoiements pour écraser la Serbie, la situation dans laquelle Vous vous trouviez s'était apparemment modifiée. A cette époque nos rapports avec l'Allemagne n'étaient pas compromis. Après la déclaration de l'Ambassadeur d'Allemagne à St.-Pétersbourg concernant la mobilisation allemande, ces rapports avaient changé et sa demande avait reçu de Votre part la seule réponse que pouvait donner une grande Puissance. Lorsque l'Ambassadeur d'Allemagne était revenu auprès de Vous et s'était enquis de Vos conditions, Vous les aviez formulées dans des circonstances tout-à-fait spéciales. J'ai en même temps de nouveau insisté auprès de Grey sur la nécessité de prendre en considération la situation nouvelle créée par la faute de l'Allemagne à la suite de l'action de l'Ambassadeur d'Allemagne. Grey a répondu qu'il le comprenait et qu'il tiendrait compte de ces arguments.

(Signé) Benckendorff.

No. 65.

L'Ambassadeur en Angleterre au Ministre des Affaires Etrangères.

(Télégramme).Londres, le 17/30 Juillet 1914.

L'Ambassadeur d'Allemagne a demandé à Grey pour quelle raison l'Angleterre prenait des mesures militaires sur terre et sur mer. Grey a répondu que ces mesures n'avaient pas un caractère agressif, mais que la situation était telle que chaque Puissance devait se préparer.

(Signé) Benckendorff.

No. 66.

L'Ambassadeur en Autriche-Hongrie au Ministre des Affaires Etrangères.

(Télégramme).Vienne, le 18/31 Juillet 1914.

Malgré la mobilisation générale je continue à échanger des vues avec le Comte Berchtold et ses collaborateurs. Tous insistent sur l'absence chez l'Autriche d'intentions agressives quelconques contre la Russie et de visées de conquête à l'égard de la Serbie, mais tous insistent également sur la nécessité pour l'Autriche de poursuivre jusqu'an bout l'action commencée et de donner à la Serbie une leçon sérieuse qui pourrait constituer une certaine garantie pour l'avenir.

(Signé) Schébéko.

No. 67.

Le Ministre des Affaires Etrangères aux Ambassadeurs en Allemagne, Autriche-Hongrie, en France, en Angleterre et en Italie.[197]

(Télégramme).St. Pétersbourg, le 18/31 Juillet 1914.

Me réfère à mon télégramme du 17/30 Juillet. D'ordre de son gouvernement, l'Ambassadeur d'Angleterre m'a transmis le désir du Cabinet de Londres d'introduire quelques modifications dans la formule que j'ai proposée hier à l'Ambassadeur d'Allemagne. J'ai répondu que j'acceptais la proposition anglaise. Ci-dessous je vous transmets la formule modifiée en conséquence.

'Si l'Autriche consent à arrêter la marche de ses armées sur le territoire Serbe et si, reconnaissant que le conflit austro-serbe à assumé le caractère d'une question d'intérêt européen, elle admet que les Grandes Puissances examinent la satisfaction que la Serbie pourrait accorder au gouvernement d'Autriche-Hongrie sans laisser porter atteinte à ses droits d'Etat souverain et à son indépendance,—la Russie s'engage à conserver son attitude expectante.'

(Signé) Sazonow.

[Footnote 197: The second paragraph is printed in the British White Book (CorrespondenceNo. 132).]

No. 68.

L'Ambassadeur en Allemagne au Ministre des Affaires Etrangères.

(Télégramme).Berlin, le 18/31 Juillet 1914.

Le Ministre des Affaires Etrangères vient de me dire que nos pourparlers, qui étaient déjà difficiles à la suite de la mobilisation contre l'Autriche, le deviennent encore davantage en présence des graves mesures militaires que nous prenons contre l'Allemagne; des nouvelles y relatives sont, d'après lui, reçues ici de tous les côtés et devront provoquer inévitablement des mesures analogues de la part de l'Allemagne. A cela j'ai répondu que, d'après des renseignements sûrs dont je disposais et qui étaient confirmés par tous nos compatriotes arrivant à Berlin, la prise contre nous des mesures susdites se poursuivait également en Allemagne avec grande activité. Malgré cela, le Ministre des Affaires Etrangères affirme qu'ici on n'a fait que rappeler les officiers de leurs congés et les troupes des champs de manoeuvres.

(Signé) Swerbéew.

No. 69.

Le Ministre des Affaires Etrangères à l'Ambassadeur en Angleterre.

(Télégramme).St.-Pétersbourg, le 18/31 Juillet 1914.

J'ai prié l'Ambassadeur d'Angleterre de transmettre à Grey l'expression de ma plus sincère reconnaissance pour le ton amical et ferme dont il a usé pendant les pourparlers avec l'Allemagne et l'Autriche, grâce à quoi l'espoir de trouver une issue pacifique de la situation actuelle n'est pas encore perdu.

Je l'ai aussi prié de dire au Ministre Anglais que je pensais que ce n'était qu'à Londres que les pourparlers auraient encore quelques chances d'un succès quelconque, en facilitant à l'Autriche la nécessité d'un compromis.

Communiqué à l'Ambassadeur en France.

(Signé) Sazonow.

No. 70.

Télégramme secret aux Représentants de Sa Majesté l'Empereur à l'étranger.

(Télégramme). Le 19 Juillet/1 Août 1914.

A minuit l'Ambassadeur d'Allemagne m'a déclaré, d'ordre de son Gouvernement, que si dans les 12 heures, c'est-à-dire à midi, Samedi, nous ne commencions pas la démobilisation, non seulement à l'égard de l'Allemagne, mais aussi à l'égard de l'Autriche, le Gouvernement Allemand serait forcé de donner l'ordre de mobilisation. A ma question si c'était la guerre, l'Ambassadeur a répondu par la négative, mais en ajoutant que nous étions fort près d'elle.

(Signé) Sazonow.

No. 71.

L'Ambassadeur en Angleterre au Ministre des Affaires Etrangères.

(Télégramme).Londres, 19 Juillet/1 Août 1914.

Grey m'a dit qu'il a télégraphié à Berlin qu'à son avis la dernière formule acceptée par le Gouvernement Russe constitue la base de négociations qui présente le plus de chances pour une solution pacifique du conflict. Il a exprimé en même temps l'espoir qu'aucune grande Puissance ne commencerait les hostilités avant l'examen de cette formule.

(Signé) Benckendorff.

No. 72.

L'Ambassadeur eu Angleterre au Ministre des Affaires Etrangères.

(Télégramme). Londres, le 19 Juillet/1 Août 1914.

Le Gouvernement de la Grande-Bretagne a posé aux Gouvernements Français et Allemand la question s'ils respecteraient la neutralité de la Belgique.

La France a répondu dans I'affirmative, tandis que le Gouvernement Allemand a déclaré ne pouvoir répondre à cette question catégoriquement.

(Signé) Benckendorff.

No. 73.

L'Ambassadeur en France au Ministre des Affaires Etrangères.

(Télégramme).Paris, le 19 Juillet/1 Août 1914.

L'Ambassadeur d'Autriche a visité hier Viviani et lui a déclare que l'Autriche non seulement n'avait pas le dessein de porter atteinte à l'intégrité territoriale de la Serbie, mais était prête à discuter avec les autres Puissances le fond de son conflit avec la Serbie. Le Gouvernement Français est très préoccupé par les préparatifs militaires extraordinaires de l'Allemagne sur la frontière française, car il est convaincu que sous le voile du «Kriegszustand» se produit une véritable mobilisation.

(Signé) Iswolsky.

No. 74.

L'Ambassadeur en France au Ministre des Affaires Etrangères.

(Télégramme).Paris, le 19 Juillet/1 Août 1914.

A la réception ici du télégramme de l'Ambassadeur de France à St.-Petersbourg contenant la communication que Vous a faite l'Ambassadeur Allemand concernant la résolution de l'Allemagne de décréter aujourd'hui la mobilisation générale, le Président de la République a signé le décret de mobilisation. Dans les rues on procède à l'affichage des listes d'appel des réservistes. L'Ambassadeur d'Allemagne vient de rendre visite à Viviani, mais ne lui a fait aucune nouvelle communication, en alléguant l'impossibilité de déchiffrer les télégrammes qu'il a reçus. Viviani l'a informé de la signature du décret de mobilisation en réponse à la mobilisation allemande et lui a fait part de son étonnement de ce que l'Allemagne eût pris une telle mesure à un moment où se poursuivait encore un échange de vues amical entre la Russie, l'Autriche et les Puissances; il a ajouté que la mobilisation ne préjugeait pas nécessairement la guerre et que l'Ambassadeur d'Allemagne pourrait rester à Paris comme l'Ambassadeur de Russie est resté à Vienne et celui d'Autriche à St.-Pétersbourg.

(Signé) Iswolsky.

No. 75.

L'Ambassadeur en France au Ministre des Affaires Etrangères.

(Télégramme).Paris, le 19 Juillet/1 Août 1914.

Je tiens du Président que pendant les dernières journées l'Ambassadeur d'Autriche a assuré avec force le Président du Conseil des Ministres et lui même, que l'Autriche nous aurait déclaré être prête à respecter non seulement l'intégrité territoriale de la Serbie, mais aussi ses droits souverains, mais que nous aurions intentionnellement fait le silence sur cette déclaration. J'ai opposé un démenti catégorique à cela.

(Signé) Iswolsky.

No. 76.

Note remise par l'Ambassadeur d'Allemagne à St.-Pétersbourg le 19 Juillet 1914 à 7 h. 10 du soir.

Le Gouvernement Impérial s'est efforcé dès les débuts de la crise de la mener à une solution pacifique. Se rendant à un désir qui lui en avait été exprimé par Sa Majesté l'Empereur de Russie, Sa Majesté l'Empereur d'Allemagne d'accord avec l'Angleterre s'était appliqué à accomplir un rôle médiateur auprès des Cabinets de Vienne et de St.-Pétersbourg, lorsque la Russie, sans en attendre le résultat, procéda à la mobilisation de la totalité de ses forces de terre et de mer. A la suite de cette mesure menaçante motivée par aucun présage militaire de la part de l'Allemagne, l'Empire Allemand s'est trouvé vis-à-vis d'un danger grave et imminent. Si le Gouvernement Impérial eût manqué de parer à ce péril, il aurait compromis la sécurité et l'existence même de l'Allemagne. Par conséquent le Gouvernement Allemand se vit forcé de s'adresser au Gouvernement de Sa Majesté l'Empereur de Toutes les Russies en insistant sur la cessation desdits actes militaires. La Russie ayant refusé de faire droit à (n'ayant pas cru devoir répondre à[198]) cette demande et ayant manifesté par ce refus (cette attitude [198]) que son action était dirigée contre I'Allemagne, j'ai l'honneur, d'ordre de mon Gouvernement, de faire savoir à Votre Excellence ce qui suit:

Sa Majesté l'Empereur Mon Auguste Souverain au nom de l'Empire, relevant le défi se considère en état de guerre avec la Russie.

St.-Pétersbourg, le 19 Juillet/1 Août 1914.

(Signé) F. Pourtalès.

[Footnote 198: Les mots placés entre parenthèses se trouvent dans l'original. Il faut supposer que deux variantes avaient été préparées d'avance et que par erreur elles out été insérées toutes les deux dans la note.]

No. 77.

Communiqué du Ministre des Affaires Etrangères concernant les événements des derniers jours.

Le 20 Juillet/2 Août 1914.

Un exposé défigurant les événements des derniers jours ayant paru dans la presse étrangère, le Ministère des Affaires Etrangères croit de son devoir de publier l'aperçu suivant des pourparlers diplomatiques pendant le temps susvisé.

Le 10/23 Juillet a.c. le Ministre d'Autriche-Hongrie à Belgrade présenta an Ministre Président Serbe une note où le Gouvernement Serbe était accusé d'avoir favorisé le mouvement panserbe qui avait abouti à l'assassinat de l'héritier du trône austro-hongrois. En conséquence l'Autriche-Hongrie demandait au Gouvernement Serbe non seulement de condamner sous une forme solennelle la susdite propagande, mais aussi de prendre, sous le contrôle de l'Autriche-Hongrie, une série de mesures tendant à la découverte du complot, à la punition des sujets serbes y ayant participé et à la prévention dans l'avenir de tout attentat sur le sol du Royaume. Un délai de 48 heures fut fixé au Gouvernement Serbe pour la réponse à la susdite note.

Le Gouvernement Impérial, auquel l'Ambassadeur d'Autriche-Hongrie à St.-Pétersbourg avait communiqué le texte de la note 17 heures après sa remise à Belgrade, ayant pris connaissance des demandes y contenues, dut s'apercevoir que quelques-unes parmi elles étaient inexécutables quant an fond, tandis que d'autres étaient présentées sous une forme incompatible avec la dignité d'un Etat indépendant. Trouvant inadmissibles la diminution de la dignité de la Serbie contenue dans ces demandes, ainsi que la tendance de l'Autriche-Hongrie d'assurer sa prépondérance dans les Balcans démontrée par ces mêmes exigences, le Gouvernement Russe fit observer dans la forme la plus amicale à l'Autriche-Hongrie qu'il serait désirable de soumettre à un nouvel examen les points contenus dans la note austro-hongroise. Le Gouvernement Austro-Hongrois ne crut possible de consentir à une discussion de la note. L'action modératrice des autres Puissances à Vienne ne fut non plus couronnée de succès.

Malgré que la Serbie eût reprouvé le crime et se fût montrée prête à donner satisfaction à l'Autriche dans une mesure qui dépassa les prévisions non seulement de la Russie, mais aussi des autres Puissances, le Ministre d'Autriche-Hongrie à Belgrade jugea la réponse serbe insuffisante et quitta cette ville.

Reconnaissant le caractère exagéré des demandes présentées par l'Autriche, la Russie avait déclaré encore auparavant qu'il lui serait impossible de rester indifférente, sans se refuser toutefois à employer tous ses efforts pour trouver une issue pacifique qui fût acceptable pour l'Autriche et ménageât son amour-propre de grande puissance. En même temps la Russie établit fermement qu'elle admettait une solution pacifique de la question seulement dans une mesure qui n'impliquerait pas la diminution de la dignité de la Serbie comme Etat indépendant. Malheureusement tous les efforts déployés par le Gouvernement Impérial dans cette direction restèrent sans effet. Le Gouvernement Austro-Hongrois, après s'être dérobé à toute intervention conciliatrice des Puissances dans son conflit avec la Serbie, procéda à la mobilisation, déclara officiellement la guerre à la Serbie, et le jour suivant Belgrade fut bombardée. Le manifeste qui a accompagné la déclaration de guerre accuse ouvertement la Serbie d'avoir préparé et exécuté le crime de Seraïewo. Une pareille accusation d'un crime de droit commun lancée contre tout un peuple et tout un État attira à la Serbie par son inanité évidente les larges sympathies des cercles de la société européenne.

A la suite de cette manière d'agir du Gouvernement Austro-Hongrois, malgré la déclaration de la Russie qu'elle ne pourrait rester indifférente au sort de la Serbie, le Gouvernement Impérial jugea nécessaire d'ordonner la mobilisation des circonscriptions militaires de Kiew, d'Odessa, de Moscou et de Kazan. Une telle décision s'imposait parce que depuis la date de la remise de la note austro-hongroise au Gouvernement Serbe et les premières démarches de la Russie cinq jours s'étaient écoulés, et cependant le Cabinet de Vienne n'avait fait aucun pas pour aller au-devant de nos efforts pacifiques; au contraire, la mobilisation de la moitié de l'armée austro-hongroise avait été décrétée.

Le Gouvernement Allemand fut mis au courant des mesures prises par la Russie; il lui fut en même temps expliqué qu'elles n'étaient que la conséquence des armements autrichiens et nullement dirigées contre l'Allemagne. En même temps, le Gouvernement Impérial déclara que la Russie était prête à continuer les pourparlers en vue d'une solution pacifique du conflit, soit par la voie de négociations directes avec le Cabinet de Vienne, soit en suivant la proposition de la Grande-Bretagne, par la voie d'une Conférence des quatre Grandes Puissances non intéressées directement, voire l'Angleterre, la France, l'Allemagne et l'Italie.

Cependant cette tentative de la Russie échoua également. L'Autriche-Hongrie déclina un échange de vues ultérieur avec nous, et le Cabinet de Vienne se déroba à la participation à la Conférence des Puissances projetée.

Néanmoins, la Russie ne discontinua pas ses efforts en faveur de la paix. Répondant à la question de l'Ambassadeur d'Allemagne, à quelles conditions nous consentirions encore à suspendre nos armements, le Ministre des Affaires Etrangères déclara que ces conditions seraient la reconnaissance par l'Autriche-Hongrie que la question Austro-Serbe avait revêtu le caractère d'une question européenne, et la déclaration de cette même Puissance qu'elle consentait à ne pas insister sur des demandes incompatibles avec les droits souverains de la Serbie.

La proposition de la Russie fut jugée par l'Allemagne inacceptable pour l'Autriche-Hongrie. Simultanément on reçut à St.-Pétersbourg la nouvelle de la proclamation de la mobilisation générale par l'Autriche-Hongrie.

En même temps les hostilités continuaient sur le territoire Serbe et Belgrade fut bombardée derechef.

L'insuccès de nos propositions pacifiques nous obligea d'élargir les mesures de précaution militaires.

Le Cabinet de Berlin nous ayant adressé une question à ce sujet, il lui fut répondu que la Russie était forcée de commencer ses armements pour se prémunir contre toutes éventualités.

Tout en prenant cette mesure de précaution, la Russie n'en discontinuait pas moins de rechercher de toutes ses forces une issue de cette situation et déclara être prête à accepter tout moyen de solution du conflit qui comporterait l'observation des conditions posées par nous.

Malgré cette communication conciliante, le Gouvernement Allemand, le 18/31 Juillet, adressa au Gouvernement Russe la demande d'avoir à suspendre ses mesures militaires à midi du 19 Juillet/ 1 Août, en menaçant, dans le cas contraire, de procéder à une mobilisation générale.

Le lendemain, 19 Juillet/1 Août, l'Ambassadeur d'Allemagne transmit au Ministre des Affaires Etrangères, an nom de son Gouvernement, la déclaration de guerre.

No. 78.

Le Ministre des Affaires Etrangères aux Représentants de S. M. I'Empereur à l'étranger.

(Télégramme). St.-Pétersbourg, le 20 Juillet/2 Août 1914.

Il est absolument clair que l'Allemagne s'efforce dès à présent de rejeter sur nous la responsabilité de la rupture. Notre mobilisation a été provoquée par l'énorme responsabilité que nous aurions assumée, si nous n'avions pas pris toutes les mesures de précaution à un moment où l'Autriche, se bornant à des pourparlers d'un caractère dilatoire, bombardait Belgrade et procédait à une mobilisation générale.

Sa Majesté l'Empereur s'était engagé vis-à-vis de l'Empereur d'Allemagne par sa parole à n'entreprendre aucun acte agressif tant que dureraient les pourparlers avec l'Autriche. Après une telle garantie et après toutes les preuves de l'amour de la Russie pour la paix, l'Allemagne ne pouvait ni avait le droit de douter de notre déclaration que nous accepterions avec joie toute issue pacifique compatible avec la dignité et l'indépendance de la Serbie. Une autre issue, tout en étant complètement incompatible avec notre propre dignité, aurait certainement ébranlé l'équilibre Européen assurant l'hégémonie de l'Allemagne. Ce caractère Européen, voire mondial, du conflit est infiniment plus important que le prétexte qui l'a créé. Par sa décision de nous déclarer la guerre à un moment où se poursuivaient les négociations entre les Puissances, l'Allemagne a assumé une lourde responsabilité.

(Signé) Sazonow.

No. 79.

Note remise par l'Ambassadeur d'Autriche-Hongrie à St.-Pétersbourg au Ministre des Affaires Etrangères le 24 Juillet à 6 h. du soir.

D'ordre de son Gouvernement le soussigné Ambassadeur d'Autriche-Hongrie a l'honneur de notifier à Son Excellence Monsieur le Ministre des Affaires Etrangères de Russie ce qui suit:

«Vu l'attitude menaçante prise par la Russie dans le conflit entre la Monarchie Austro-Hongroise et la Serbie et en présence du fait qu'en suite de ce conflit la Russie, d'après une communication du Cabinet de Berlin, a cru devoir ouvrir les hostilités contre l'Allemagne et que celle-ci se trouve par conséquent en état de guerre avec ladite Puissance, l'Autriche-Hongrie se considère également en état de guerre avec la Russie à partir du présent moment.

(Signé) Szápáry. St.-Pétersbourg. 6 Août/24 Juillet 1914.


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