XVIII
L'école des mulets.—Les derniers Immortels.—Emballage du chapiteau.—Seïd Ali.—Mirza Taguy. —Visite de Mozaffer el Molk.—Voyage à Dizfoul.
27 janvier.—Mon enthousiasme pour mes douze fils les Immortels n'a d'égal que la crainte de ne pouvoir montrer à la France cette merveille artistique, ce surprenant spécimen de la céramique antique.
Il est des heures de découragement où je regrette les efforts accumulés pour mener à bien une œuvre trop difficile, et où je m'avoue, très bas, qu'il vaudrait mieux courir la plaine à la recherche des fleurs mi-écloses et des joyeuses alouettes que de vivre dans un puits au risque d'être ensevelie vivante sous des centaines de mètres cubes de terre. Pour conclure, je regagne mon trou émaillé et n'en sors qu'avec le dernier ouvrier.
Des émissaires ont offert aux tcharvadars de Dizfoul un prix double de la location habituelle; des cavaliers se sont dirigés vers les tribus importantes. Les uns revinrent prétendant que l'on ne saurait trouver en ville une bête de somme disponible; les autres assurèrent que les nomades, au moment de semer l'orge, ne se dessaisiraient de leurs animaux sous aucun prétexte. Papi Khan se présentait le lendemain de leur retour. Son fils renaît à la vie. Depuis trois semaines cet enfant n'est pas retombé dans les horribles crises qui le tuent. Il monte à cheval, reprend appétit et viendra un de ces jours nous rendre ses devoirs.
Je pensai aussitôt à exploiter la reconnaissance emphatique de Papi Khan.Dame! quand on a un chapiteau et des Immortels sur les bras! Bref, je lui demandai de nous louer des mulets.
«Ceux que je possède sont trop maigres et ne pourraient traîner vos charrettes,» répondit-il.
Un mot d'ordre sévère a été donné, personne ne l'enfreindra. Papi Khan est aussi reconnaissant qu'un nomade peut l'être et il ne s'exposerait pas, sans de bien graves motifs, à voir tarir la source du médicament qui rend la santé à son fils unique.
Nous ne pouvions demeurer plus longtemps dans l'incertitude: Marcel fit appeler Ousta Hassan, notre grand augure, et lui ordonna de se rendre à la ville, afin de tenter un suprême effort auprès des muletiers.
Le digne maçon rentrait deux jours plus tard, la figure consternée: «J'ai rencontré le chef de mon quartier. Que viens-tu faire ici? m'a-t-il dit. Les Faranguis ont bien tort de s'inquiéter de caisses, de charrettes et de mulets. Quand ils auront dépensé leur dernierchaï, le Divan ne leur laissera pas emporter une pierre.»
Ousta Hassan retourna la tête de son âne et revint à Suse. Cependant il a mis la main sur un seïd authentique, qui ne craint personne, se moque des mollahs avec la même désinvolture qu'il se rit du hakem, et se trouve, en raison de la grosseur de son turban, dans une situation à ne pas regarder si c'est Allah ou Chitan qui lui propose une bonne affaire.
Un courrier du gouverneur accompagnait Ousta Hassan. Il apportait quelques mots aimables de l'excellent docteur Tholozan et une lettre officielle. Notre chargé d'affaires rappelle à Marcel la convention passée entre la France et la Perse et le terme de la fatale échéance. Le délai du 1eravril expiré, la légation, paraît-il, se désintéressera de nous et de nos affaires.
Voilà une dépêche encourageante!
Marcel profita du courrier pour écrire à Mozaffer el Molk et le prier de ne pas entraver les charrois.
«Je ne pourrai, a-t-il conclu, évacuer Suse au 1eravril si vous m'empêchez d'acheminer les convois au moment propice.»
D'autre part, Mirza, l'un de nos meilleurs ouvriers, s'est dirigé vers la ville avec l'ordre secret de voir le seïd tcharvadar et de l'amener à Suse: «non pour commencer les transports, mais afin d'atteler à la charrette vide les fils d'animaux qui ne connurent jamais que les charmes du bât.»
1erfévrier.—Mirza est de retour. Nos émissaires ne font pas long séjour à Dizfoul. Les nouvelles sont mauvaises, très mauvaises: marchands du bazar, prêtres, ferrachs ont unanimement raconté que, d'après les instructions reçues d'Ispahan, les Faranguis seraient obligés de transporter à Téhéran les objets provenant des fouilles, afin que Sa Majesté puisse les écrémer.
CHARGEMENT DES CAISSES. (Voyez p. 319.)
CHARGEMENT DES CAISSES. (Voyez p. 319.)
Si le Chah prétend faire passer les pyles persiques au taureau bicéphale, il peut mettre à la disposition de Marcel l'armée et les revenus de l'Arabistan.
Quant au seïd, on le verra bientôt. Peu lui importe de faire entrer ses mulets à l'école, pourvu qu'ils soient payés comme s'ils étaient savants.
6 février.—Notre vie est ballottée entre des inquiétudes cruelles, d'amères déceptions et des retours à l'espérance. Seïd Ali, le roi des seïds, endetté, colère, brutal, à demi fou, arrivait avant-hier, accompagné de trois tcharvadars et de onze mulets vigoureux: quatorze personnes, affirmait-il.
Les cours de charrette ont été ouverts sans délai. D'abord épouvantées, rétives, les bêtes brisèrent quelques pièces des harnais, sans déplacer le véhicule. Un malin eut l'idée de faire précéder l'attelage par une jolie jument. Quatre écoliers aux longues oreilles emboîtèrent le pas derrière elle, et la prolonge s'ébranla. Alors les mulets, pensant que le tonnerre grondait sur leurs talons, se retournèrent avec un effroi des plus comiques. Quant aux rebelles, les poils dressés, les yeux démesurément ouverts, ils regardaient passer avec stupéfaction et terreur leurs camarades plus dociles. Cette première expérience, en somme rassurante, a comblé de joie les muletiers, fort émus de ces «diableries», et calmé les inquiétudes des Faranguis, si embarrassés de leurs trouvailles. Chaque jour amène un progrès marqué; mais que deviendront nos élèves quand il s'agira d'entrer dans les classes supérieures, c'est-à-dire de traîner les charrettes pleines!
8 février.—L'emballage du chapiteau se poursuit avec ardeur. La chèvre a été montée et mâtée.
Vingt ouvriers mis à la disposition de Jean-Marie manœuvrèrent si malencontreusement, qu'engin, pierre, caisse pirouettèrent dans l'air et allèrent tomber, tels que des projectiles formidables, en un point où, par bonheur, ne stationnait personne.
«Les Faranguis ont des machines bonnes à tuer quarante hommes chaque jour,» se contentèrent de dire nos maladroits. Cette conviction ne les empêcha pas de reprendre gaiement le travail et de se montrer aussi peu circonspects qu'auparavant. Le fatalisme a vraiment de bons côtés.
Hier je considérais navrée le superbe taureau découvert ces jours derniers. Douze mille kilos! Impossible d'ébranler une pareille masse. M'abandonnant à un mouvement de rage, je saisis un marteau et frappai brutalement l'animal. Il s'ouvrit comme un fruit trop mûr, et un énorme bloc rasa nos jambes à peine assez agiles pour nous tirer de péril. La solidité du marbre était toute factice: depuis deux mille ans des racines pénétraient dans les fissures qui s'étaient produites lors de la chute du chapiteau, et préparaient la dislocation finale. Voilà un surcroît de bagage bien inespéré.
Les caisses, descendues dans la vallée à l'aide des petites charrettes, sont rechargées sur la prolonge. Le premier convoi s'ébranlerait s'il ne pleuvait à torrents.
11 février.—Depuis que le printemps s'annonce et que le soleil, dès son réveil, attire à lui les épaisses vapeurs amoncelées sur la plaine, de merveilleux mirages se déroulent au matin dans la direction du golfe Persique. La chaîne d'Ahwaz s'allonge, s'élève, se transforme. Des tuyaux d'orgues, irisés, minces, effilés s'offrent aux doigts de séraphins qui parcourent le ciel bleu, allongés sur de légers nuages.
Je n'entends point la divine harmonie, mais je vois s'agiter les musiciens.
Le concert s'achève. Chaque colonne s'élargit, s'écrase; de ses ruines naissent des donjons, des tours, des enceintes couronnés de créneaux, fondés sur un promontoire de granit rose. Des jardins, aux arbres cotonneux, chassent les constructions guerrières, et vont, s'estompant, jusqu'à ce qu'il ne reste, de cette vision enchanteresse, qu'un soulèvement uniforme et une plaine stérile uniquement tachée par la blanche coupole d'un tombeau.
La pluie m'avait laissé des loisirs.
Je traversai le Chaour, devenu guéable, et me dirigeai vers le sanctuaire. J'approchais. Le pays était désert: pas un troupeau dans la plaine, pas un aboiement de chien.
Le tombeau, environné de meules de terre, est ombragé par un immense konar. En guise de fruits l'arbre porte ces petites charrues que les nomades promènent sur la terre après avoir jeté la semence; les meules sont pleines de blé ou d'orge.
Forcés de suivre les troupeaux, les Arabes déposent leurs approvisionnements de grains sous l'égide d'un saint et confient à un arbre les instruments aratoires de la tribu devenus inutiles après les semailles.
Elle est bien parente de cette coutume celle qui faisait de nos églises un inviolable dépôt.
Une différence pourtant, et toute à l'honneur des nomades: les temples chrétiens étaient gardés le jour, fermés la nuit; ici portes et verrous sont inutiles.
Le souvenir d'un homme vertueux, le respect qu'inspire sa mémoire suffisent pour défendre la fortune de l'Arabe contre les brigands audacieux qui ne se prévalent pas comme nous de théories idéales sur la propriété et le vol.
12 février.—Voici en substance la réponse de Mozaffer el Molk à la lettre de Marcel:
«Les objets découverts à Suse doivent y demeurer; tels sont les ordres de Téhéran, tel est le motif de l'interdiction faite aux muletiers et aux nomades de louer des bêtes de somme aux chrétiens.»
L'ARBRE AUX CHARRUES. (Voyez p. 320.)
L'ARBRE AUX CHARRUES. (Voyez p. 320.)
Marcel a riposté courrier par courrier:
«Le gouvernement français est légitime possesseur de la moitié des objets extraits des tumulus. Je demande le partage immédiat, et rendrai le gouverneur personnellement responsable, si par sa faute les transports ne sont pas achevés au moment du pèlerinage.»
Le chef de la mission avertissait également le Hakem que sept caisses pleines de pierres seraient bientôt dirigées sur Ahwaz.
Il est désespérant de penser que les greniers du Chah vont s'emplir de trésors archéologiques uniques au monde. Hier j'étais prise d'une névralgie faciale étrangement douloureuse; aujourd'hui Marcel est en proie à une fièvre violente, conséquence de son état moral. Accès palustres, maux de tête, spleen horrible, tel est le bilan de ces dernières journées.
15 février.—Marcel a dû—grave détermination—sacrifier l'avenir au présent. Mirza Taguy revint sans qu'on l'en eût chaudement prié, planta sa tente près de la maison et déclara que Mozaffer el Molk l'avait commis au soin de surveiller les intérêts de Sa Majesté.
Le remords d'avoir montré visage revêche à un ami fidèle tourmentait nos cœurs compatissants. Il n'est jamais trop tard pour réparer ses fautes. Taguy, désormais à notre solde, prendra la direction des transports qui ne sont pas réservés au seïd tcharvadar. Le nouveau pensionnaire toucha hier son traitement et, monté sur un beau cheval confisqué à un Arabe, partit pour la ville, en promettant de ramener des chameaux et des mulets. L'achat de Mirza Taguy, la location de Seïd Ali et de ses quatorze auxiliaires, les salaires des cordonniers, forgerons, charpentiers, l'école des mulets, la nécessité de réserver les fonds indispensables aux transports, nous ont mis si mal en point, qu'il a fallu diminuer les dépenses journalières et renvoyer cent ouvriers.
Les sacrifiés me font pitié. Depuis trois jours ils piétinent autour des tranchées et, les larmes aux yeux, supplient qu'on les occupe. Ils se contenteraient du salaire le plus modique. Nous avons dû résister aux prières de ces malheureux demeurés sans pain. La plupart ont repris le chemin de leur tribu; dix d'entre eux, plus persistants, paissent, comme nos moutons, mauves ou jeunes chardons et conservent l'espoir de se faufiler encore dans le chantier.
Moi qui blêmissais à la pensée de voir tarir le précieux filon des Immortels, j'en suis presque à me réjouir de son épuisement. Jamais je n'aurais pu m'arracher de la fouille, et cependant il devenait impossible de continuer les excavations?
Cette cruelle alternative nous est épargnée. Sous les Immortels sont encore apparus des animaux apocalyptiques, des inscriptions susiennes, puis de la glaise, rien que de la glaise.
Désormais le déblayement de la fortification, l'emballage des taureaux, la descente des caisses absorberont tous nos efforts.
22 février.—Du 16 au 20 la pluie n'a cessé de tomber. Le temps se leva le 21, et le soleil, déjà brûlant, sécha rapidement le sol. Il s'agissait de déraciner la prolonge chargée de trois caisses. Les mulets ruèrent, blessèrent des hommes, brisèrent des harnais; quarante ouvriers poussèrent aux roues, et la charrette ne parcourut pas dix mètres. Les jantes, trop minces, s'enfonçaient dans de profondes ornières, comme le soc dans le sillon. On enleva une pierre, puis deux; ainsi allégé, le véhicule vint échouer sur une de ces inévitables tombes ouvertes auprès du cénotaphe de Daniel. Je laisse à juger de l'émotion des tcharvadars. Les têtes se montaient; Marcel dut faire acte de vigueur et frapper violemment le frère du seïd tcharvadar.
Le véritable départ fut remis au lendemain. Aujourd'hui il pleut à torrents, l'eau ruisselle des tumulus et noie le sentier voisin du marécage où les charrettes devront s'engager. Les voitures de bois se comportent bien mieux que la prolonge. Les roues, épaisses de quinze centimètres, grincent, ballent, mais appuient sur le sol sans le défoncer.
4 mars.—Tel le chat joue avec la souris, tel Mozaffer el Molk prolongea notre agonie! Remercions Dieu: il ne nous a pas croqués!
En réponse aux communications de Marcel, le Khan avait parlé de devancer le pèlerinage, afin de présenter à Daniel ses devoirs prématurés et de régler, par surcroît, les difficultés pendantes.
Les jours passèrent, les pluies survinrent et nous commencions à douter du Khan et de sa promesse, quand, un matin, arrivèrent les ferrachs chargés de planter les tentes de Son Excellence.
Entre temps les charrettes s'étaient ébranlées à la demande du seïd tcharvadar, très désireux de toucher la seconde partie des frais de transport. Le 28 février on acheva, Dieu sait au prix de quels efforts, de tourner le tumulus; le 1ermars, le convoi parcourut un kilomètre; le 2 il fit une lieue, sous l'unique direction de M. Houssay, promu charretier bachy en remplacement de M. Babin, affligé d'une grosse fluxion.
Tous les matins nous quittions le camp pour aider M. Houssay à franchir les premières étapes. Au retour de l'une de ces courses je fus entourée par les ouvriers:
«On voit à l'horizon le Khan escorté de l'ordou!... Khanoum, sur nos yeux, gardez cette farine et ces vêtements, enfermez-les dans votre maison; les gens de police et les serviteurs du hakem sont là! ils vont s'emparer de notre bien! Chargez-vous aussi de nos femmes, vous les défendrez. Si elles restent au Gabr, on nous les prendra et on nous battra. Pitié! pitié!
EN ROUTE.
EN ROUTE.
La scène était navrante. Les paquets furent enfermés dans le magasin, mais je refusai de monter la garde autour de la vertu de ces dames, qui d'ailleurs ne se souciaient guère de ma protection.
LE GOUVERNEUR ET SES FAMILIERS.
LE GOUVERNEUR ET SES FAMILIERS.
Marcel envoyait complimenter le Khan dès son arrivée et lui faisait annoncer sa visite. L'entrevue, fixée au coucher du soleil, fut assez froide. Le lendemain, vers sept heures, Mozaffer el Molk montait au camp, accompagné du sous-gouverneur, du Hakim bachy et du colonel du futur télégraphe, personnages fort importants. J'ai reçu ces messieurs dans la maison. Puis nous avons conduit notre hôte devant les coffres à claire-voie qui renferment les fragments du taureau bicéphale. Il a parcouru le palais, compté dix fois autant depierresque nous en pourrons emporter et s'est arrêté devant les deux cents caisses, fermées celles-là, où dorment la frise des Archers et celle des Lions. Marcel proposa de les faire ouvrir, mais Mozaffer el Molk refusa et redescendit au Gabr, après nous avoir engagés à déjeuner.
Le couvert fut mis sur les hauteurs de la citadelle.
Le soleil, convié au repas, avait revêtu ses plus riches atours. Un concours detir termina la fête. Nous y figurâmes, armés de nos carabines, vis-à-vis du Khan, muni d'une canardière longue de deux mètres. C'est un magasin à poudre que ce bijou de poche! Bien qu'appuyé sur un chevalet, il repousse de telle manière qu'il jette invariablement le tireur à la renverse.
En récapitulant le soir les incidents de la journée, nous avons dû convenir que le Khan, fort aimable, avait fait un accueil des plus flatteurs aux radis et aux salades du potager, mais que nos affaires n'étaient guère avancées.
Une dernière invitation nous avait été adressée; le gouverneur allait partir; Marcel prit le taureau par les cornes.
«La mission, vous le savez, Excellence, doit abandonner Suse le 1eravril. Comment ferai-je honneur aux promesses du gouvernement français si je ne trouve ni chameaux ni mulets à louer?
—Vous ne devez rien emporter avant d'avoir équitablement partagé le produit des fouilles avec Sa Majesté. Je regrette que vous ayez déjà expédié trois caisses. Si je ne craignais de porter préjudice à un saint homme de seïd, j'aurais fait arrêter votre convoi.
—Croyez-vous que le roi payerait de milliers de tomans le port de pierres cassées et vous remercierait par surcroît? Et cette terre colorée, brisée, pilée, qu'en fera votre maître? Il la jettera devant la porte du palais par un jour de grande boue.
—J'ai ordre de partager jusqu'au dernier tesson de poterie, jusqu'à une motte de terre.
—C'est bien. Il y a là environ deux cent cinquante caisses; prenez-en la moitié, vous me rembourserez le prix des emballages.
—Je ne l'entends pas ainsi. On ouvrira vos colis, et l'on fera deux lots des morceaux bleus, jaunes et verts. Puis nous tirerons au sort.
—Après déjeuner vous et moi effectuerons ce triage; je récuse vos gens: vous suspecteriez leur fidélité.
—«Tout de suite», «sur-le-champ»; voilà un singulier vocabulaire. Partager deux cents caisses après déjeuner.... Voyons,... nous pourrions peut-être nous entendre. Je suis un peu de votre avis: Sa Majesté serait fort embarrassée de ces décombres. D'autre part, j'ai lieu de croire que Son Altesse Impériale Zellè Sultan souhaite certaine distinction que le gouvernement français tarde bien à lui accorder. Le Chah Zadè, vous ne l'ignorez pas, est un homme civilisé, un photographe distingué, ami des Européens. Promettez-moi que les désirs du prince seront satisfaits, et je renonce, au nom de mon maître, à un partage difficile et ennuyeux.
—Je ne puis prendre un pareil engagement, mais je ferai connaître la noble conduite de Zellè Sultan; il n'aura pas affaire à des ingrats.
—Vous êtes homme de parole: tous ici le constatent à l'envi. Je compte sur vous et vais donner l'ordre de briser les entraves qui vous retiennent.»
Pleins de joie, nous composions nos visages: Mozaffer a pris le change. Un bel étalon est conduit devant la tente, tandis que le Khan extrait d'un sac de voyage un énorme brillant monté en bague.
«Ce cheval vous appartient; quand vous serez de retour dans votre pays, il vous rappellera un ami fidèle. Permettez-moi d'offrir ce diamant à Madame.
—Excellence, si j'acceptais de pareils présents, je ne pourrais tenir la promesse que je vous ai faite.
—Et cette bague? Elle est pourtant bien belle?
—Je préfère des chameaux et des mulets à tous les bijoux du monde, ai-je repris en riant.
—J'ai aussi des cachemires de Kirman.... Mais je vous contrarie.... Ne m'en veuillez pas: les usages varient avec les pays.»
Il n'eût pas été indiscret d'accepter les cadeaux du Khan: le brillant arrivait d'Ispahan, le cheval venait d'être réquisitionné chez Cheikh Ali. L'un et l'autre pouvaient être assimilés à ces tabatières princières offertes jadis aux négociateurs de traités délicats. Nous les avons refusés, d'abord parce qu'il est infiniment gênant de recevoir de la main droite quand on n'a rien à rendre dans la main gauche, et aussi pour garder nos coudées franches et n'être tenus par aucun lien. L'ennemi d'hier est devenu l'ami d'aujourd'hui, peut-on savoir ce qu'il sera demain?
6 mars.—M. Houssay nous fait bien défaut. C'est à moi qu'est échue sa clientèle médicale.
Ce matin on m'amena une sourde-muette. La mère traita durement ma religion, parce que je refusai de rendre la parole à sa fille. Puis ce furent les parents d'un homme mordu par un chacal enragé; ceux-ci avaient des prétentions autrement exorbitantes. Le sorcier a dit: «Khanoum porte au doigt un talisman précieux; quiconque mâche cet anneau en effleurant la peau du doigt est guéri de toute maladie, fût-elle mortelle. Obtenez que la dame faranguie vienne dans la tribu ou conduisez le patient à Suse.» Je voudrais céder mes malades! Si je les passais à Mçaoud? Il a d'assez nombreuses épouses pour être pleuré avec solennité!
Outre la médecine, l'administration du ménage m'a été dévolue. Sept francs un petit panier d'oignons! Je ne m'étonne plus que les policiers du Khan aient volé à Mahmoud une somme de six cents francs.
Pauvre Mahmoud! quand nous le prîmes à notre service, il gardait constamment sonaba, parce qu'il n'avait ni robe ni chemise; aujourd'hui il est nippé comme un seigneur, prend des airs de satrape, traite avec un air superbe les vulgaires laveurs de vaisselle et les égorgeurs de poulets. Six cents krans! il n'y apas de dignité à laquelle on ne puisse prétendre, de fonctions publiques que l'on n'ose briguer avec un pareil capital! Ce fut l'histoire de Perrette et du pot au lait. Devenu riche, notre cuisinier manqua de respect à M. Houssay, dut rendre son tablier et se retira au Gabr pour implorer Daniel avant de s'élancer dans le monde. Le Khan arriva; Mahmoud reçut les ferrachs avec magnificence, leur demanda protection auprès de Mozaffer el Molk, et fit entendre qu'il avait les moyens de témoigner sa reconnaissance. Le lendemain le pot au lait était renversé: la cachette violée et vidée. L'insolent désirait rentrer en grâce; on ne pouvait le reprendre pendant l'absence de M. Houssay, mais on le regrette.
«Pauvre Mahmoud, qui durant notre voyage chez les Bakhtyaris nous fit manger soixante poulets frits en trente jours!» disait M. Babin.
Pauvre Mahmoud, à qui j'appris si péniblement qu'il faut laver ses mains au moins une fois par jour et ne point... souffler dans les timbales pour les faire briller!
Il s'agissait de choisir un cuisinier; les ouvriers, assemblés, ont nommé l'un d'entre eux. Fier du suffrage de ses camarades, l'élu a pris possession de la triomphante officine de roseaux.
8 mars.—Jean-Marie avait accompagné M. Houssay jusqu'au Chaour, l'obstacle le plus sérieux qui se présente entre Suse et Ahwaz. Le voici de retour; le gué a été franchi après trois jours d'effroyables efforts. Tranquille de ce côté, Marcel voulut rendre au gouverneur une visite dont les résultats avaient été si heureux. Nous ne partîmes pas sans appréhension: c'était la première fois que nous abandonnions le camp.
Après avoir déjeuné sur les bords de l'Ab-Dizfoul, nous avançâmes solennels, ainsi qu'il convient à des personnages degros os. Mirza Tagui, Mçaoud, quatre cavaliers sous les ordres d'Abbas, homme de confiance de Papi Khan, formaient l'escorte.
Que faire, si ce n'est causer?
«Logeras-tu au palais, ou t'installeras-tu avec tes camarades? ai-je demandé à Abbas.
—Les cavaliers iront au caravansérail, je me rendrai chez ma femme.
—Comment, toi, un nomade, tu as deux femmes! Préfères-tu celle de la ville à celle des champs?
—Je suis le serviteur de celle chez qui je me rends. L'Arabe est jalouse; j'ai la certitude qu'elle me battra, mais je m'excuserai d'être venu ici en arguant de vos ordres.
—La Dizfoulie est-elle plus accommodante?
—Elle me reçoit bien quand je lui porte de l'argent; il lui est indifférent de ne pas me voir.
—Pourquoi émiettes-tu ton cœur?
—Aucune de mes femmes n'est capable de le recueillir tout entier. Croyez-vous donc que les Persanes ou les Arabes soient des sultanes? Elles ne comprennent que deux choses: c'est qu'il faut broyer le blé et faire du pain pour ne pas mourir d'inanition.»
Voici les maisons de la ville, voici le pont sassanide et le château de Kouch où je n'étais venue depuis un an. Des tentes, plantées devant le palais, forment une longue avenue. Nous entrons graves, empesés. Je vois passer, tout courant, le Hakim bachy du gouverneur: «Le Khan est à la chasse, nous dit-il, mais il reviendra ce soir. Installez-vous dans mon appartement, je vous rejoins.»
On sert le thé, et dix minutes plus tard l'Esculape du palais rentre fort satisfait.
«Excusez-moi si j'ai négligé de vous introduire dans mon cabinet. Je coupais un bras, quand je me suis aperçu que j'avais oublié les ligatures, et je me hâtais, de crainte que le patient ne perdît trop de sang.
—L'opéré va-t-il bien?
—A merveille. Je l'ai débarrassé d'un membre fracturé, déjà gangrené; il est parti content.
—Comment, parti?
—Mais oui; sa tribu est campée dans les environs.»
Le Khan arrivait à la tombée de la nuit. La conversation fut interrompue vers dix heures du soir par l'entrée des tchelaus, pilaus, kébabs et autres combinaisons raffinées de la cuisine persane. Comme boisson, de l'eau de rose coupée d'eau claire. Après le repas, le gouverneur nous adressa des compliments fort bien tournés et nous fit conduire par quatre ferrachs porteurs de flambeaux dans l'appartement qui nous était destiné.
Quelle nuit! les puces sautaient, gambadaient, tombaient dans notre bouche quand nous parlions, sur nos yeux lorsqu'ils étaient ouverts. Jamais je n'ai vu manœuvrer de pareilles légions d'insectes. L'aube nous trouva dans la cour, mis en fuite par les vampires.
Nous ne pouvions venir à Dizfoul sans nous montrer chez le Cheikh Taher. L'accomplissement de ce devoir nous donna un faible échantillon des difficultés qu'eût soulevé le passage des charrettes à travers la ville.
Pour atteindre la maison du pontife, il faut parcourir un quartier populeux et longer la place du marché. A peine apparaissons-nous, précédés d'une vingtaine de ferrachs, que des nuées de gamins accourent: «Les chrétiens! les fils de chiens! les voleurs de talismans!» Des injures encore plus vives passent sur nos têtes à l'adresse de Mozaffer el Molk.
Les bâtons ouvrent un passage, les pierres sifflent; la populace, refoulée, roulesur nos pas telle qu'une marée grondante, mais se calme dès qu'elle nous voit mettre pied à terre devant la maison du Cheikh. Au départ la foule se presse silencieuse; plus de cris, plus d'injures, plus de pierres.
L'attitude de la population aurait été provoquée par la présence des policiers. Les pétitions se succèdent pour réclamer le changement du gouverneur; la ville est en insurrection ouverte. Le Khan ne pourrait traverser le Meïdan sans le faire au préalable balayer par ses soldats.
Notre ami est d'ailleurs un justicier inimitable.
Le neveu de Cheikh Ali vole trois buffles à son père et les vend. La victime vient trouver Mozaffer el Molk et le supplie de lui faire rendre les animaux acquis par un citadin au mépris de tous droits.
Les coupables et le plaignant entendus, l'acquéreur est condamné à rendre les buffles à... Mozaffer el Molk; le voleur à remettre deux cent krans—le produit de la vente—à... Mozaffer el Molk, et la victime à une amende de cent krans, qu'elle payera... à Mozaffer el Molk, en sadite qualité du père du voleur. Il sera loisible à l'infortuné vieillard d'appliquer vingt coups de bâton reconventionnels sur la plante des pieds de son héritier.
Et les plaideurs n'eurent pas même la consolation de se partager les coquilles.
15 mars.—Hier nous courûmes la plaine avec l'espoir de rencontrer M. Houssay et ses charrettes, qui reviennent d'Ahwaz, au dire des Arabes.
Nous ne découvrîmes nul indice de l'approche du convoi. A midi des cris retentissaient dans les chantiers: les guetteurs qui surveillent les fissures dangereuses avaient aperçu M. Houssay. Les charrettes, arrivées quatre heures plus tard, portaient les ouvriers, serrés comme des raisins sur une grappe.
Au sommet, trône, plus maigre et plus noir que jamais, le seïd tcharvadar, fumant son éternel kalyan.
Bien qu'ils eussent laissé leurs vêtements à Suse, et pris le chemin d'Ahwaz couverts de haillons qui eussent fait honte à dame Misère, les ouvriers tremblaient à la pensée des pillards. Le jour, la nuit, sans cesse M. Houssay était en alerte.
«Es-tu Khanoum? (la dame) lui demandaient des nomades curieux.
—Pourquoi non? (Tchera.)»
Et les femmes des tribus venaient rendre leurs hommages respectueux à ce bon apôtre.
Les ouvriers se sont bien comportés: le fatalisme, si lamentable dans ses conséquences sociales, donne aux vrais musulmans un incroyable sang-froid individuel.
La grosse charrette, lancée du haut de la berge du Chaour, roule comme une trombe. Un homme glisse et tombe sous les roues. Il ne cherche pas às'écarter du chemin; la machine passe et le frôle d'assez près pour érafler la cuisse. Le blessé se relève fort calme; pas plus lui que ses camarades ne s'émeuvent: c'était écrit.
Les mulets, harnachés par des cordonniers, ont le poitrail à vif, des hommes boitent; Allah Kerim! «Dieu est grand!»
Malgré les difficultés du terrain et les attaques réitérées des nomades, M. Houssay eut pourtant la vive satisfaction de conduire à bon port les trois premières caisses. L'École normale peut désormais créer une section spéciale pour le doctorat ès charrettes.
De cette expérience, de la chaleur tous les jours croissante, de la difficulté de se procurer de l'eau, mon Sosie barbu conclut qu'il sera possible de faire un autre voyage, mais que, passé le commencement d'avril, les convois risqueront d'être abandonnés en chemin.
18 mars.—Le seïd tcharvadar s'était montré ravi de l'étrenne que Marcel lui avait donnée au retour.
Aujourd'hui autre antienne:
«J'interromps les transports si vous ne doublez les prix! J'emmène mes mulets au hammam de Dizfoul! Ils ont bien mérité qu'on leur fasse la barbe et qu'on leur coupe les cheveux!
»Pauvres enfants, chères âmes! Dans quel état vous ont mis les Faranguis! Je m'en vais! on ne me reverra plus ici!»
Ali Toufangtchi essaye de ramener le seïd dans la bonne voie. Bataille. On se prend la barbe, le volumineux turban bleu roule dans la poussière.
«Je demande justice de ce chien!... Holà les courriers! Voici mes dépêches! Portez-les au roi, à Zellè Sultan; à Téhéran, à Ispahan. Dites à tous que je coiffe le plus gros turban de l'Arabistan!»
Le digne seïd est gris. Gris comme un Polonais? Non: gris comme un Persan.
En l'honneur du No Rouz (nouvel an), muletiers, serviteurs, ouvriers, ont laissé leur raison au fond de quelques bouteilles d'arak; Mçaoud voit des lions partout:heureusement qu'il a son couteau!
Mahomet eut raison d'interdire les boissons alcooliques aux adeptes de sa religion. Du lait fermenté, des dattes, des raisins absorbés au milieu du jour, et voilà mon Arabe féroce, fou à lier.
Je laisse à penser quel effet produit l'eau-de-vie de dattes sur ces têtes fragiles.
20 mars.—La fête avait attiré nos ouvriers à la ville. Libres de tout souci, nous prîmes la direction du campement de Cheikh Ali, distant de quelque trente kilomètres. Même à Suse on est forcé de rendre des visites. La plaine s'étendait déserte, abandonnée; nous ne vîmes homme ou bête qui vive avant d'atteindre les tentesnoires des Arabes. Au milieu d'elles se détachait un pavillon de toile blanche. Il était habité par des garnisaires qui vivront aux dépens de la tribu jusqu'au solde de l'impôt.
Quelle longue mine avait notre hôte!
Jadis il payait une contribution de douze mille krans; il est taxé à cinquante mille aujourd'hui.
La misère désole l'Arabistan; jamais on ne vit détresse pareille. La récolte, fort mauvaise, ne suffira pas à l'alimentation de la tribu; une épizootie a décimé les chevaux; les poulains sont si chétifs, que les collecteurs ne les acceptent qu'à titre de cadeau.
Seuls le beurre et la laine ont été abondants; mais les Juifs, instruits de la gêne des nomades, se montrent intraitables.
Les vassaux de Cheikh Ali, tristes, mornes, vêtus de robes en lambeaux, étaient assemblés. L'un deux se plaignit amèrement. Empoigné par les garnisaires aidés des fils du cheikh, il fut conduit sous la tente blanche.
Malheureuses gens!
Que le roi ou les princes ne viennent-ils ici sans ces escortes innombrables qui dévastent le pays mieux qu'une pluie de sauterelles! Ils verraient une des contrées les plus fertiles du monde se changer en un triste désert, où ne vivront bientôt que des fauves et des reptiles.
Le retour me parut long et pénible. Le ciel était lourd, orageux; les réverbérations tremblantes qui s'élevaient du sol aveuglaient, étouffaient. Le thermomètre m'a donné l'explication du malaise que j'avais ressenti: il marquait cinquante degrés centigrades.
Un épisode du voyage.
«Khanoum, soupire le petit palefrenier, les gens de Cheikh Ali m'ont volé mes chaussures. Me voilà pieds nus.
—Il n'y paraît pas.
—Je ne pouvais quitter la tribu sans guivehs; en prenant ceux-ci, je ne me suis pas aperçu qu'ils étaient plus usés que les miens.»
23 mars.—Suse s'anime. Le seïd tcharvadar, un peu honteux de son incartade, est revenu nous offrir ses services. Il était accompagné d'un muletier nommé Baker, qui propose des bêtes de somme pour le transport des caisses légères.
18 mars.—Le palais est entièrement déblayé, la frise des Immortels emballée depuis longtemps, le tracé de la fortification relevé sur les deux tiers du pourtour. Notre bourse contient, comme dernière ressource, quelques centaines de krans notoirement faux ou falsifiés; une nouvelle dépêche de Téhéran nous enjoint de quitter Suse. Cette même lettre annonce qu'un croiseur d'escadre, leSané, vientrapatrier la mission. D'autre part, les mulets blessés ou fourbus sont condamnés au repos. Dans ces conditions déplorables le chapiteau n'atteindra pas Ahwaz avant trois mois. Trois mois! Et il reste quinze jours de vivres! Des observations de M. Houssay, de l'avis unanime des muletiers, sont nées les résolutions suivantes: Marcel et moi accompagnerons jusqu'à la côte les Immortels et les Lions, c'est-à-dire tous les colis dont le poids ne dépasse pas soixante-quinze kilos. Arrivé à Bassorah, le chef de la mission se mettra en communication avec le commandant duSané, et contractera un emprunt indispensable pour achever les transports. Puis il louera des bateaux et les escortera jusqu'à Kalehè-Bender, où MM. Babin et Houssay vont, à tour de rôle, conduire les fragments de taureau qui restent encore sur les tumulus.
Nous revenons au projet de Cheikh Ali.
26 mars.—Le sort en est jeté! un convoi de quatre charrettes, sous la garde de M. Babin, se dirige sur Kalehè-Bender. Quoi qu'il advienne, nous remonterons l'Ab-Dizfoul, de si mauvais renom.
Nouveau courrier de Téhéran. La légation informe Marcel qu'elle a consulté le quai d'Orsay. L'ordre de soutenir la mission jusqu'à sa sortie du territoire persan ne s'est pas fait attendre. C'est vraiment bien d'avoir sollicité cette autorisation! Qui nous protégea jamais dans ce pays perdu? Qui défendit nos convois contre les nomades? Qui vainquit la résistance des uns et la passivité des autres, et les saisons, et le fanatisme? Qui donc, surtout, s'est fait céder la moitié des inestimables trésors dévolus à la Perse par les firmans de concession? Allah! rien désormais ne me paraîtra difficile.
29 mars.—Mulets et chameaux sont chargés, prêts à partir. Dans une heure nous quitterons Suse, heureux, triomphants, maîtres des dépouilles opimes des siècles évanouis.
LA CONTREBANDE AU DÉSERT. (Voyez p. 342.)
LA CONTREBANDE AU DÉSERT. (Voyez p. 342.)