II

"La Cour

"Declare inconciliables les arrets de Cour d'assises qui ont condamne, comme coupables d'assassinat de Martin Doise

"D'une part: Rosalie Doise, femme Cardin. (Travaux forces a perpetuite.)

"D'autre part: Vanhalvyn et Verhamme. (Pour le meme fait.)"

Disons, des aujourd'hui, que Victor Hugo compte revenir sur cette affaire Doise dans un ouvrage intituleDossier de la Peine de Mort. Justice sera faite.

1863

La lutte des nations. La Pologne contre le czar.—L'Italie contre le pape. Le Mexique contre Bonaparte.

La Pologne, indomptable comme le droit, venait de se soulever. L'armee russe l'ecrasait. Alexandre Herzen, le vaillant redacteur duKolokol, ecrivit a Victor Hugo cette simple ligne:

"Grand frere, au secours! Dites le mot de la civilisation."

Victor Hugo publia dans les journaux libres de l'Europe l'Appel a l'armee russe qu'on va lire:

Soldats russes, redevenez des hommes.

Cette gloire vous est offerte en ce moment, saisissez-la.

Pendant qu'il en est temps encore, ecoutez:

Si vous continuez cette guerre sauvage; si, vous, officiers, qui etes de nobles coeurs, mais qu'un caprice peut degrader et jeter en Siberie; si, vous, soldats, serfs hier, esclaves aujourd'hui, violemment arraches a vos meres, a vos fiancees, a vos familles, sujets du knout, maltraites, mal nourris, condamnes pour de longues annees et pour un temps indefini au service militaire, plus dur en Russie que le bagne ailleurs; si, vous qui etes des victimes, vous prenez parti contre les victimes; si, a l'heure sainte ou la Pologne venerable se dresse, a l'heure supreme ou le choix vous est donne entre Petersbourg ou est le tyran et Varsovie ou est la liberte; si, dans ce conflit decisif, vous meconnaissez votre devoir, votre devoir unique, la fraternite; si vous faites cause commune contre les polonais avec le czar, leur bourreau et le votre; si, opprimes, vous n'avez tire de l'oppression d'autre lecon que de soutenir l'oppresseur; si de votre malheur vous faites votre honte; si, vous qui avez l'epee a la main, vous mettez au service du despotisme, monstre lourd et faible qui vous ecrase tous, russes aussi bien que polonais, votre force aveugle et dupe; si, au lieu de vous retourner et de faire face au boucher des nations, vous accablez lachement, sous la superiorite des armes et du nombre, ces heroiques populations desesperees, reclamant le premier des droits, le droit a la patrie; si, en plein dix-neuvieme siecle, vous consommez l'assassinat de la Pologne, si vous faites cela, sachez-le, hommes de l'armee russe, vous tomberez, ce qui semble impossible, au-dessous meme des bandes americaines du sud, et vous souleverez l'execration du monde civilise! Les crimes de la force sont et restent des crimes; l'horreur publique est une penalite.

Soldats russes, inspirez-vous des polonais, ne les combattez pas.

Ce que vous avez devant vous en Pologne, ce n'est pas l'ennemi, c'est l'exemple.

Hauteville-House, 11 fevrier 1863.

Caprera, aout 1863.

Cher ami,

J'ai besoin d'un autre million de fusils pour les italiens.

Je suis certain que vous m'aiderez a recueillir les fonds necessaires.

L'argent sera place dans les mains de M. Adriano Lemari, notre tresorier.

Votre,

Hauteville-House, Guernesey, 18 novembre 1863.

Cher Garibaldi,

J'ai ete absent, ce qui fait que j'ai eu tard votre lettre, et que vous aurez tard ma reponse.

Vous trouverez sous ce pli ma souscription.

Certes, vous pouvez compter sur le peu que je suis et le peu que je puis. Je saisirai, puisque vous le jugez utile, la premiere occasion d'elever la voix.

Il vous faut le million de bras, le million de coeurs, le million d'ames. Il vous faut la grande levee des peuples. Elle viendra.

Votre ami,

Quoique digne de toutes les severites de l'histoire, le premier empire avait fait de la gloire; le second fit de la honte. La guerre du Mexique eclata, odieuse voie de fait contre un peuple libre. Le Mexique resista, et fut traite militairement; l'assaut de Puebla fut un crime dans ce crime, ce fut un de ces ecrasements de villes qui deshonoreraient une cause juste, et qui completent l'infamie d'une guerre inique. Puebla se defendit heroiquement. Tant que le siege dura, Puebla publia un journal imprime sur deux colonnes, l'une en francais, l'autre en espagnol. Tous les numeros de ce journal commencaient par une page deNapoleon le Petit. Les combattants de Puebla expliquaient ainsi a l'armee de l'empire ce que c'etait que l'empereur. Ce journal contenait un appel a Victor Hugo [note: Voici le texte:Que ereis? Los soldados de un tiranno. La mejor Francia es con nosotros. Habeis Napoleon, habemos Victor Hugo.]. Il y repondit.

Hommes de Puebla,

Vous avez raison de me croire avec vous.

Ce n'est pas la France qui vous fait la guerre, c'est l'empire. Certes, je suis avec vous. Nous sommes debout contre l'empire, vous de votre cote, moi du mien, vous dans la patrie, moi dans l'exil.

Combattez, luttez, soyez terribles, et, si vous croyez mon nom bon a quelque chose, servez-vous-en. Visez cet homme a la tete, que la liberte soit le projectile.

Il y a deux drapeaux tricolores, le drapeau tricolore de la republique et le drapeau tricolore de l'empire; ce n'est pas le premier qui se dresse contre vous, c'est le second.

Sur le premier on lit:Liberte, Egalite, Fraternite. Sur le second on lit:Toulon. 18 brumaire.—2 decembre. Toulon.

J'entends le cri que vous poussez vers moi, je voudrais me mettre entre nos soldats et vous, mais que suis-je? une ombre. Helas! nos soldats ne sont pas coupables de cette guerre; ils la subissent comme vous la subissez, et ils sont condamnes a l'horreur de la faire en la detestant. La loi de l'histoire, c'est de fletrir les generaux et d'absoudre les armees. Les armees sont des gloires aveuglees; ce sont des forces auxquelles on ote la conscience; l'oppression des peuples qu'une armee accomplit, commence par son propre asservissement; ces envahisseurs sont des enchaines; et le premier esclave que fait le soldat, c'est lui-meme. Apres un 18 brumaire ou un 2 decembre, une armee n'est plus que le spectre d'une nation.

Vaillants hommes du Mexique, resistez.

La Republique est avec vous, et dresse au-dessus de vos tetes aussi bien son drapeau de France ou est l'arc-en-ciel, que son drapeau d'Amerique ou sont les etoiles.

Esperez. Votre heroique resistance s'appuie sur le droit, et elle a pour elle cette grande certitude, la justice.

L'attentat contre la republique mexicaine continue l'attentat contre la republique francaise. Un guet-apens complete l'autre. L'empire echouera, je l'espere, dans sa tentative infame, et vous vaincrez. Mais, dans tous les cas, que vous soyez vainqueurs ou que vous soyez vaincus, notre France reste votre soeur, soeur de votre gloire comme de votre malheur, et quant a moi, puisque vous faites appel a mon nom, je vous le redis, je suis avec vous, et je vous apporte, vainqueurs, ma fraternite de citoyen, vaincus, ma fraternite de proscrit.

1864

Le centenaire de Shakespeare.

Paris, 11 avril 1864.

Cher et illustre maitre,

Une reunion d'ecrivains, d'auteurs et d'artistes dramatiques, et de representants de toutes les professions liberales, a eu lieu dans le but d'organiser, a Paris, pour le 23 avril, une fete a l'occasion du trois centieme anniversaire de la naissance de Shakespeare.

Ont ete nommes membres du comite shakespearien francais:

MM. Auguste Barbier, Barye, Charles Bataille (du Conservatoire),Hector Berlioz, Alexandre Dumas, Jules Favre, George Sand, JulesJanin, Theophile Gautier, Francois-V. Hugo, Legouve, Littre, PaulMeurice, Michelet, Eugene Pelletan, Regnier (de la Comedie francaise).Secretaires: MM. Laurent Pichat, Leconte de Lisle, FelicienMallefille, Paul de Saint-Victor, Thore.

La presidence vous a ete decernee a l'unanimite.

Elle etait due au grand poete et au grand citoyen.

Nous attendons avec confiance une adhesion qui donnera a cette fete sa complete signification.

Les delegues du comite:

Hauteville-House, 16 avril 1864.

Messieurs,

Il me semble que je rentre en France. C'est y etre que de se sentir parmi vous. Vous m'appelez, et mon ame accourt.

En glorifiant Shakespeare, vous, francais, vous donnez un admirable exemple. Vous le mettez de plain-pied avec vos illustrations nationales; vous le faites fraterniser avec Moliere que vous lui associez, et avec Voltaire que vous lui ramenez. Au moment ou l'Angleterre fait Garibaldi bourgeois de la cite de Londres, vous faites Shakespeare citoyen de la republique des lettres francaises. C'est qu'en effet Shakespeare est votre. Vous aimez tout dans cet homme; d'abord ceci, qu'il est un homme; et vous couronnez en lui le comedien qui a souffert, le philosophe qui a lutte, le poete qui a vaincu. Vos acclamations honorent dans sa vie la volonte, dans son genie la puissance, dans son art la conscience, dans son theatre l'humanite.

Vous avez raison, et c'est juste. La civilisation bat des mains autour de cette noble fete.

Vous etes les poetes glorifiant la poesie, vous etes les penseurs glorifiant la philosophie, vous etes les artistes glorifiant l'art; vous etes autre chose encore, vous etes la France saluant l'Angleterre. C'est la magnanime accolade de la soeur a la soeur, de la nation qui a eu Vincent de Paul a la nation qui a eu Wilberforce, et de Paris ou est l'egalite a Londres ou est la liberte. De cet embrassement jaillira l'echange. L'une donnera a l'autre ce qu'elle a.

Saluer l'Angleterre dans son grand homme au nom de la France, c'est beau; vous faites plus encore. Vous depassez les limites geographiques; plus de francais, plus d'anglais; vous etes les freres d'un genie, et vous le fetez; vous fetez ce globe lui-meme, vous felicitez la terre qui, a pareil jour, il y a trois cents ans, a vu naitre Shakespeare. Vous consacrez ce principe sublime de l'ubiquite des esprits, d'ou sort l'unite de civilisation; vous otez l'egoisme du coeur des nationalites; Corneille n'est pas a nous, Milton n'est pas a eux, tous sont a tous; toute la terre est patrie a l'intelligence; vous prenez tous les genies pour les donner a tous les peuples; en otant la barriere entre les poetes vous l'otez entre les hommes, et par l'amalgame des gloires vous commencez l'effacement des frontieres. Sainte promiscuite! Ceci est un grand jour!

Homere, Dante, Shakespeare, Moliere, Voltaire, indivis; la prise de possession des grands hommes par le genre humain tout entier; la mise en commun des chefs-d'oeuvre; tel est le premier pas. Le reste suivra.

C'est la l'oeuvre que vous inaugurez; oeuvre cosmopolite, humaine, solidaire, fraternelle, desinteressee de toute nationalite, superieure aux demarcations locales; magnifique adoption de l'Europe par la France, et du monde entier par l'Europe. D'une fete comme celle-ci, il decoule de la civilisation.

Pour presider cette reunion memorable, vous aviez le choix des plus hautes renommees; les noms illustres et populaires abondent parmi vous; votre liste en rayonne; les eclatantes incarnations de l'art, du drame, du roman, de l'histoire, de la poesie, de la philosophie, de l'eloquence, sont groupees presque toutes dans cette solennite autour du piedestal de Shakespeare; mais vous avez eu sans doute cette pensee, qu'afin de donner a la celebration de cet anniversaire son caractere particulierement externe, afin que cette manifestation fut en dehors et au dela de toute frontiere, il vous fallait pour president un homme place lui-meme dans cette exception, un francais hors de France, a la fois absent et present, ayant le pied en Angleterre et le coeur a Paris, espece de trait d'union possible, situe a la distance voulue, et a portee en quelque sorte de mettre l'une dans l'autre les deux mains augustes des deux nations. Il s'est trouve, par un arrangement de la destinee, que cette position etait la mienne, et le choix glorieux que vous avez fait de moi, je le dois a ce hasard, heureux aujourd'hui.

Je vous rends grace, et je vous propose ce toast:—"A Shakespeare et a l'Angleterre. A la reussite definitive des grands hommes de l'intelligence, et a la communion des peuples dans le progres et dans l'ideal!"

Le gouvernement de Bonaparte s'inquieta de la fete de Shakespeare, et crut devoir l'interdire.

Hauteville-House, 17 avril 1864.

Monsieur, je vous remercie. Vous venez de me faire revivre dans le passe. Le 17 avril 1825, il y a trente-neuf ans aujourd'hui meme (laissez-moi noter cette petite coincidence interessante pour moi), j'arrivais a Blois. C'etait le matin. Je venais de Paris. J'avais passe la nuit en malle-poste, et que faire en malle-poste? J'avais fait la ballade desDeux Archers; puis, les derniers vers acheves, comme le jour ne paraissait pas encore, tout en regardant a la lueur de la lanterne passer a chaque instant des deux cotes de la voiture des troupes de boeufs de l'Orleanais descendant vers Paris, je m'etais endormi. La voix du conducteur me reveilla.—Voila Blois! me cria-t-il. J'ouvris les yeux et je vis mille fenetres a la fois, un entassement irregulier et confus de maisons, des clochers, un chateau, et sur la colline un couronnement de grands arbres et une rangee de facades aigues a pignons de pierre au bord de l'eau, toute une vieille ville en amphitheatre, capricieusement repandue sur les saillies d'un plan incline, et, a cela pres que l'Ocean est plus large que la Loire et n'a pas de pont qui mene a l'autre rive, presque pareille a cette ville de Guernesey que j'habite aujourd'hui. Le soleil se levait sur Blois.

Un quart d'heure apres, j'etais rue du Foix, n deg. 73. Je frappais a une petite porte donnant sur un jardin; un homme qui travaillait au jardin venait m'ouvrir. C'etait mon pere.

Le soir, mon pere me mena sur le monticule qui dominait sa maison et ou est l'arbre de Gaston; je revis d'en haut la ville que le matin j'avais vue d'en bas; l'aspect, autre, etait, quoique severe, plus charmant encore. La ville, le matin, m'avait semble avoir le gracieux desordre et presque la surprise du reveil; le soir avait calme les lignes. Bien qu'il fit encore jour, le soleil venant a peine de se coucher, il y avait un commencement de melancolie; l'estompe du crepuscule emoussait les pointes des toits; de rares scintillements de chandelles remplacaient l'eblouissante diffusion de l'aurore sur les vitres; les profils des choses subissaient la transformation mysterieuse du soir; les roideurs perdaient, les courbes gagnaient; il y avait plus de coudes et moins d'angles. Je regardais avec emotion, presque attendri par cette nature. Le ciel avait un vague souffle d'ete. La ville m'apparaissait, non plus comme le matin, gaie et ravissante, pele-mele, mais harmonieuse; elle etait coupee en compartiments d'une belle masse, se faisant equilibre; les plans reculaient, les etages se superposaient avec a-propos et tranquillite. La cathedrale, l'eveche, l'eglise noire de Saint-Nicolas, le chateau, autant citadelle que palais, les ravins meles a la ville, les montees et les descentes ou les maisons tantot grimpent, tantot degringolent, le pont avec son obelisque, la belle Loire serpentante, les bandes rectilignes de peupliers, a l'extreme horizon Chambord indistinct avec sa futaie de tourelles, les forets ou s'enfonce l'antique voie dite "ponts romains" marquant l'ancien lit de la Loire, tout cet ensemble etait grand et doux. Et puis mon pere aimait cette ville.

Vous me la rendez aujourd'hui.

Grace a vous, je suis a Blois. Vos vingt eaux-fortes montrent la ville intime, non la ville des palais et des eglises, mais la ville des maisons [note:Les Rues et Maisons du vieux Blois, eaux-fortes par A. Queyroy.]. Avec vous, on est dans la rue; avec vous, on entre dans la masure; et telle de ces batisses decrepites, comme le logis en bois sculpte de la rue Saint-Lubin, comme l'hotel Denis-Dupont avec sa lanterne d'escalier a baies obliques suivant le mouvement de la vis de saint Gilles, comme la maison de la rue Haute, comme l'arcade surbaissee de la rue Pierre-de-Blois, etale toute la fantaisie gothique ou toutes les graces de la renaissance, augmentees de la poesie du delabrement. Etre une masure, cela n'empeche pas d'etre un bijou. Une vieille femme qui a du coeur et de l'esprit, rien n'est plus charmant. Beaucoup des exquises maisons dessinees par vous sont cette vieille femme-la. On fait avec bonheur leur connaissance. On les revoit avec joie, quand on est, comme moi, leur vieil ami. Que de choses elles ont a vous dire, et quel delicieux rabachage du passe! Par exemple, regardez cette fine et delicate maison de la rue des Orfevres, il semble que ce soit un tete-a-tete. On est en bonne fortune avec toute cette elegance. Vous nous faites tout reconnaitre, tant vos eaux-fortes sont des portraits. C'est la fidelite photographique, avec la liberte du grand art. Votre rue Chemonton est un chef-d'oeuvre. J'ai monte, en meme temps que ces bons paysans de Sologne peints par vous, les grands degres du chateau. La maison a statuettes de la rue Pierre-de-Blois est comparable a la precieuse maison des Musiciens de Weymouth. Je retrouve tout. Voici la tour d'Argent, voici le haut pignon sombre, coin des rues des Violettes et de Saint-Lubin, voici l'hotel de Guise, voici l'hotel de Cheverny, voici l'hotel Sardini avec ses voutes en anse de panier, voici l'hotel d'Alluye avec ses galantes arcades du temps de Charles VIII, voici les degres de Saint-Louis qui menent a la cathedrale, voici la rue du Sermon, et au fond la silhouette presque romane de Saint-Nicolas; voici la jolie tourelle a pans coupes dite Oratoire de la reine Anne. C'est derriere cette tourelle qu'etait le jardin ou Louis XII, goutteux, se promenait sur son petit mulet. Ce Louis XII a, comme Henri IV, des cotes aimables. Il fit beaucoup de sottises, mais c'etait un roi bonhomme. Il jetait au Rhone les procedures commencees contre les vaudois. Il etait digne d'avoir pour fille cette vaillante huguenote astrologue Renee de Bretagne, si intrepide devant la Saint-Barthelemy et si fiere a Montargis. Jeune, il avait passe trois ans a la tour de Bourges, et il avait tate de la cage de fer. Cela, qui eut rendu un autre mechant, le fit debonnaire. Il entra a Genes, vainqueur, avec une ruche d'abeilles doree sur sa cotte d'armes et cette devise:Non utitur aculeo. Et etant bon, il etait brave: A Aignadel, a un courtisan qui disait:Vous vous exposez, sire, il repondait:Mettez-vous derriere moi. C'est lui aussi qui disait:Bon roi, roi avare. J'aime mieux etre ridicule aux courtisans que lourd au peuple. Il disait:La plus laide bete a voir passer, c'est un procureur portant ses sacs. Il haissait les juges desireux de condamner et faisant effort pour agrandir la faute et envelopper l'accuse.Ils sont, disait-il,comme les savetiers qui allongent le cuir en tirant dessus avec leurs dents. Il mourut de trop aimer sa femme, comme plus tard Francois II, doucement tues l'un et l'autre par une Marie. Cette noce fut courte. Le 1er janvier 1515, apres quatrevingt-trois jours ou plutot quatrevingt-trois nuits de mariage, Louis XII expira, et comme c'etait le jour de l'an, il dit a sa femme:Mignonne, je vous donne ma mort pour vos etrennes. Elle accepta, de moitie avec le duc de Brandon.

L'autre fantome qui domine Blois est aussi haissable que Louis XII est sympathique. C'est ce Gaston, Bourbon coupe de Medicis, florentin du seizieme siecle, lache, perfide, spirituel, disant de l'arrestation de Longueville, de Conti et de Conde:Beau coup de filet! prendre a la fois un renard, un singe et un lion!Curieux, artiste, collectionneur, epris de medailles, de filigranes et de bonbonnieres, passant sa matinee a admirer le couvercle d'une boite en ivoire, pendant qu'on coupait la tete a quelqu'un de ses amis trahi par lui.

Toutes ces figures, et Henri III, et le duc de Guise, et d'autres, y compris ce Pierre de Blois qui a pour gloire d'avoir prononce le premier le mottranssubstantiation, je les ai revues, monsieur, dans sa confuse evocation de l'histoire, en feuilletant votre precieux recueil. Votre fontaine de Louis XII m'a arrete longtemps. Vous l'avez reproduite comme je l'ai vue, toute vieille, toute jeune, charmante. C'est une de vos meilleures planches. Je crois bien que laRouennerie en gros, constatee par vous vis-a-vis l'hotel d'Amboise, etait deja la de mon temps. Vous avez un talent vrai et fin, le coup d'oeil qui saisit le style, la touche ferme, agile et forte, beaucoup d'esprit dans le burin et beaucoup de naivete, et ce don rare de la lumiere dans l'ombre. Ce qui me frappe et me charme dans vos eaux-fortes, c'est le grand jour, la gaite, l'aspect souriant, cette joie du commencement qui est toute la grace du matin. Des planches semblent baignees d'aurore. C'est bien la Blois, mon Blois a moi, ma ville lumineuse. Car la premiere impression de l'arrivee m'est restee. Blois est pour moi radieux. Je ne vois Blois que dans le soleil levant. Ce sont la des effets de jeunesse et de patrie.

Je me suis laisse aller a causer longuement avec vous, monsieur, parce que vous m'avez fait plaisir. Vous m'avez pris par mon faible, vous avez touche le coin sacre des souvenirs. J'ai quelquefois de la tristesse amere, vous m'avez donne de la tristesse douce. Etre doucement triste, c'est la le plaisir. Je vous en suis reconnaissant. Je suis heureux qu'elle soit si bien conservee, si peu defaite, et si pareille encore a ce que je l'ai vue il y a quarante ans, cette ville a laquelle m'attache cet invisible echeveau des fils de l'ame, impossible a rompre, ce Blois qui m'a vu adolescent, ce Blois ou les rues me connaissent, ou une maison m'a aime, et ou je viens de me promener en votre compagnie, cherchant les cheveux blancs de mon pere et trouvant les miens.

Je vous serre la main, monsieur.

1865

Ce que c'est que la mort. L'enterrement d'une jeune fille. La statue de Beccaria.—Le centenaire de Dante. Fraternite des peuples.

19 janvier 1865.

En quelques semaines, nous nous sommes occupes des deux soeurs; nous avons marie l'une, et voici que nous ensevelissons l'autre. C'est la le perpetuel tremblement de la vie. Inclinons-nous, mes freres, devant la severe destinee.

Inclinons-nous avec esperance. Nos yeux sont faits pour pleurer, mais pour voir; notre coeur est fait pour souffrir, mais pour croire. La foi en une autre existence sort de la faculte d'aimer. Ne l'oublions pas, dans cette vie inquiete et rassuree par l'amour, c'est le coeur qui croit. Le fils compte retrouver son pere; la mere ne consent pas a perdre a jamais son enfant. Ce refus du neant est la grandeur de l'homme.

Le coeur ne peut errer. La chair est un songe, elle se dissipe; cet evanouissement, s'il etait la fin de l'homme, oterait a notre existence toute sanction. Nous ne nous contentons pas de cette fumee qui est la matiere; il nous faut une certitude. Quiconque aime sait et sent qu'aucun des points d'appui de l'homme n'est sur la terre; aimer, c'est vivre au dela de la vie; sans cette foi, aucun don profond du coeur ne serait possible. Aimer, qui est le but de l'homme, serait son supplice; ce paradis serait l'enfer. Non! disons-le bien haut, la creature aimante exige la creature immortelle; le coeur a besoin de l'ame.

Il y a un coeur dans ce cercueil, et ce coeur est vivant. En ce moment, il ecoute mes paroles.

Emily de Putron etait le doux orgueil d'une respectable et patriarcale famille. Ses amis et ses proches avaient pour enchantement sa grace, et pour fete son sourire. Elle etait comme une fleur de joie epanouie dans la maison. Depuis le berceau, toutes les tendresses l'environnaient; elle avait grandi heureuse, et, recevant du bonheur, elle en donnait; aimee, elle aimait. Elle vient de s'en aller!

Ou s'en est-elle allee? Dans l'ombre? Non.

C'est nous qui sommes dans l'ombre. Elle, elle est dans l'aurore.

Elle est dans le rayonnement, dans la verite, dans la realite, dans la recompense. Ces jeunes mortes qui n'ont fait aucun mal dans la vie sont les bienvenues du tombeau, et leur tete monte doucement hors de la fosse vers une mysterieuse couronne. Emily de Putron est allee chercher la-haut la serenite supreme, complement des existences innocentes. Elle s'en est allee, jeunesse, vers l'eternite; beaute, vers l'ideal; esperance, vers la certitude; amour, vers l'infini; perle, vers l'ocean; esprit, vers Dieu.

Va, ame!

Le prodige de ce grand depart celeste qu'on appelle la mort, c'est que ceux qui partent ne s'eloignent point. Ils sont dans un monde de clarte, mais ils assistent, temoins attendris, a notre monde de tenebres. Ils sont en haut et tout pres. Oh! qui que vous soyez, qui avez vu s'evanouir dans la tombe un etre cher, ne vous croyez pas quittes par lui. Il est toujours la. Il est a cote de vous plus que jamais. La beaute de la mort, c'est la presence. Presence inexprimable des ames aimees, souriant a nos yeux en larmes. L'etre pleure est disparu, non parti. Nous n'apercevons plus son doux visage; nous nous sentons sous ses ailes. Les morts sont les invisibles, mais ils ne sont pas les absents.

Rendons justice a la mort. Ne soyons point ingrats envers elle. Elle n'est pas, comme on le dit, un ecroulement et une embuche. C'est une erreur de croire qu'ici, dans cette obscurite de la fosse ouverte, tout se perd. Ici, tout se retrouve. La tombe est un lieu de restitution. Ici l'ame ressaisit l'infini; ici elle recouvre sa plenitude; ici elle rentre en possession de toute sa mysterieuse nature; elle est deliee du corps, deliee du besoin, deliee du fardeau, deliee de la fatalite. La mort est la plus grande des libertes. Elle est aussi le plus grand des progres. La mort, c'est la montee de tout ce qui a vecu au degre superieur. Ascension eblouissante et sacree. Chacun recoit son augmentation. Tout se transfigure dans la lumiere et par la lumiere. Celui qui n'a ete qu'honnete sur la terre devient beau, celui qui n'a ete que beau devient sublime, celui qui n'a ete que sublime devient bon.

Et maintenant, moi qui parle, pourquoi suis-je ici? Qu'est-ce que j'apporte a cette fosse? De quel droit viens-je adresser la parole a la mort? Qui suis-je? Rien. Je me trompe, je suis quelque chose. Je suis un proscrit. Exile de force hier, exile volontaire aujourd'hui. Un proscrit est un vaincu, un calomnie, un persecute, un blesse de la destinee, un desherite de la patrie; un proscrit est un innocent sous le poids d'une malediction. Sa benediction doit etre bonne. Je benis ce tombeau.

Je benis l'etre noble et gracieux qui est dans cette fosse. Dans le desert on rencontre des oasis, dans l'exil on rencontre des ames. Emily de Putron a ete une des charmantes ames rencontrees. Je viens lui payer la dette de l'exil console. Je la benis dans la profondeur sombre. Au nom des afflictions sur lesquelles elle a doucement rayonne, au nom des epreuves de la destinee, finies pour elle, continuees pour nous, au nom de tout ce qu'elle a espere autrefois et de tout ce qu'elle obtient aujourd'hui, au nom de tout ce qu'elle a aime, je benis cette morte; je la benis dans sa beaute, dans sa jeunesse, dans sa douceur, dans sa vie et dans sa mort; je te benis, jeune fille, dans ta blanche robe du sepulcre, dans ta maison que tu laisses desolee, dans ton cercueil que ta mere a rempli de fleurs et que Dieu va remplir d'etoiles!

Une commission est nommee en Italie pour elever un monument aBeccaria. Victor Hugo est invite a faire partie de cette commission.

Hauteville-House, 4 mars 1865.

J'accepte et je remercie.

Je serai fier de voir mon nom parmi les noms emiments des membres de la commission du monument a Beccaria.

Le pays ou se dressera un tel monument est heureux et beni, car, en presence de la statue de Beccaria, la peine de mort n'est plus possible.

Je felicite l'Italie.

Elever la statue de Beccaria, c'est abolir l'echafaud.

Si, une fois qu'elle sera la, l'echafaud sortait de terre, la statue y rentrerait.

Hauteville-House, 1er mai 1865.

Monsieur le Gonfalonier de Florence,

Votre honorable lettre me touche vivement. Vous me conviez a une noble fete. Votre comite national veut bien desirer que ma voix se fasse entendre dans cette solennite; solennite auguste entre toutes. Aujourd'hui l'Italie, a la face du monde, s'affirme deux fois, en constatant son unite et en glorifiant son poete. L'unite, c'est la vie d'un peuple; l'Italie une, c'est l'Italie. S'unifier c'est naitre. En choisissant cet anniversaire pour solenniser son unite, il semble que l'Italie veuille naitre le meme jour que Dante. Cette nation veut avoir la meme date que cet homme. Rien n'est plus beau.

L'Italie en effet s'incarne en Dante Alighieri. Comme lui, elle est vaillante, pensive, altiere, magnanime, propre au combat, propre a l'idee. Comme lui, elle amalgame, dans une synthese profonde, la poesie et la philosophie. Comme lui, elle veut la liberte. Il a, comme elle, la grandeur, qu'il met dans sa vie, et la beaute, qu'il met dans son oeuvre. L'Italie et Dante se confondent dans une sorte de penetration reciproque qui les identifie; ils rayonnent l'un dans l'autre. Elle est auguste comme il est illustre. Ils ont le meme coeur, la meme volonte, le meme destin. Elle lui ressemble par cette redoutable puissance latente que Dante et l'Italie ont eue dans le malheur. Elle est reine, il est genie. Comme lui, elle a ete proscrite; comme elle, il est couronne.

Comme lui, elle sort de l'enfer.

Gloire a cette sortie radieuse!

Helas! elle a connu les sept cercles; elle a subi et traverse le morcellement funeste, elle a ete une ombre, elle a ete un terme de geographie! Aujourd'hui elle est l'Italie. Elle est l'Italie, comme la France est la France, comme l'Angleterre est l'Angleterre; elle est ressuscitee, eblouissante et armee; elle est hors du passe obscur et tragique, elle commence son ascension vers l'avenir; et il est beau, et il est bon qu'a cette heure eclatante, en plein triomphe, en plein progres, en plein soleil de civilisation et de gloire, elle se souvienne de cette nuit sombre ou Dante a ete son flambeau.

La reconnaissance des grands peuples envers les grands hommes est de bon exemple. Non, ne laissons pas dire que les peuples sont ingrats. A un moment donne, un homme a ete la conscience d'une nation. En glorifiant cet homme, la nation atteste sa conscience. Elle prend, pour ainsi dire, a temoin son propre esprit. Italiens, aimez, conservez et respectez vos illustres et magnifiques cites, et venerez Dante. Vos cites ont ete la patrie, Dante a ete l'ame.

Six siecles sont deja le piedestal de Dante. Les siecles sont les avatars de la civilisation. A chaque siecle surgit en quelque sorte un autre genre humain, et l'on peut dire que l'immortalite d'Alighieri a ete deja six fois affirmee par six humanites nouvelles. Les humanites futures continueront cette gloire.

L'Italie a vecu en Alighieri, homme lumiere.

Une longue eclipse a pese sur l'Italie, eclipse pendant laquelle le monde a eu froid; mais l'Italie vivait. Je dis plus, meme dans cette ombre, l'Italie brillait. L'Italie a ete dans le cercueil, mais n'a pas ete morte. Elle avait comme signes de vie, les lettres, la poesie, la science, les monuments, les decouvertes, les chefs-d'oeuvre. Quel rayonnement sur l'art, de Dante a Michel-Ange! Quelle immense et double ouverture de la terre et du ciel, faite en bas par Christophe Colomb et en haut par Galilee! C'est l'Italie, cette morte, qui accomplissait ces prodiges. Ah! certes, elle vivait! Du fond de son sepulcre, elle protestait par sa clarte. L'Italie est une tombe d'ou est sortie l'aurore.

L'Italie, accablee, enchainee, sanglante, ensevelie, a fait l'education du monde. Un baillon dans la bouche, elle a trouve moyen de faire parler son ame. Elle derangeait les plis de son linceul pour rendre des services a la civilisation. Qui que nous soyons qui savons lire et ecrire, nous te venerons, mere! nous sommes romains avec Juvenal et florentins avec Dante.

L'Italie a cela d'admirable qu'elle est la terre des precurseurs. On voit partout chez elle, a toutes les epoques de son histoire, de grands commencements. Elle entreprend sans cesse la sublime ebauche du progres. Qu'elle soit benie pour cette initiative sainte! Elle est apotre et artiste. La barbarie lui repugne. C'est elle qui la premiere a fait le jour sur les exces de penalite, hors de la vie comme sur la terre. C'est elle qui, a deux reprises, a jete le cri d'alarme contre les supplices, d'abord contre Satan, puis contre Farinace. Il y a un lien profond entre laDivine Comediedenoncant le dogme, et leTraite des Delits et des Peinesdenoncant la loi. L'Italie hait le mal. Elle ne damne ni ne condamne. Elle a combattu le monstre sous ses deux formes, sous la forme enfer et sous la forme echafaud. Dante a fait le premier combat, Beccaria le second.

A d'autres points de vue encore, Dante est un precurseur.

Dante couvait au treizieme siecle l'idee eclose au dix-neuvieme. Il savait qu'aucune realisation ne doit manquer au droit et a la justice, il savait que la loi de croissance est divine, et il voulait l'unite de l'Italie. Son utopie est aujourd'hui un fait. Les reves des grands hommes sont les gestations de l'avenir. Les penseurs songent conformement a ce-qui doit etre.

L'unite, que Gerard Groot et Reuchlin reclamaient pour l'Allemagne et que Dante voulait pour l'Italie, n'est pas seulement la vie des nations, elle est le but de l'humanite. La ou les divisions s'effacent, le mal s'evanouit. L'esclavage va disparaitre en Amerique, pourquoi? parce que l'unite va renaitre. La guerre tend a s'eteindre en Europe, pourquoi? parce que l'unite tend a se former. Parallelisme saisissant entre la decheance des fleaux et l'avenement de l'humanite une.

Une solennite comme celle-ci est un magnifique symptome. C'est la fete de tous les hommes celebree par une nation a l'occasion d'un genie. Cette fete, l'Allemagne la celebre pour Schiller, puis l'Angleterre pour Shakespeare, puis l'Italie pour Dante. Et l'Europe est de la fete. Ceci est la communion sublime. Chaque nation donne aux autres une part de son grand homme. L'union des peuples s'ebauche par la fraternite des genies.

Le progres marchera de plus en plus dans cette voie qui est la voie de lumiere. Et c'est ainsi que nous arriverons, pas a pas, et sans secousse, a la grande realisation; c'est ainsi que, fils de la dispersion, nous entrerons dans la concorde; c'est ainsi que tous, par la seule force des choses, par la seule puissance des idees, nous aboutirons a la cordialite, a la paix, a l'harmonie. Il n'y aura plus d'etrangers. Toute la terre sera compatriote. Telle est la verite supreme; tel est l'achevement necessaire. L'unite de l'homme correspond a l'unite de Dieu.

Je m'associe finalement a la fete de l'Italie.

Un congres des etudiants se fait en Belgique. Victor Hugo est prie d'y assister.

Bruxelles, 23 octobre 1865.

Votre honorable invitation me parvient au moment de mon depart pour Guernesey. C'est un regret pour moi de ne pouvoir assister a votre noble et touchante reunion.

Votre congres d'etudiants prend une genereuse initiative. Vous etes dans le sens du siecle et vous marchez. Vous prouvez le mouvement. C'est bien.

Par la fraternite des ecoles, vous faites l'annonce de la fraternite des peuples, vous realisez aujourd'hui ce que nous revons pour demain. Qui serait l'avant-garde si ce n'est vous, jeunes gens? L'union des nations, ce grand but, lointain encore, des penseurs et des philosophes, est, des a l'instant, visible en vous. J'applaudis a votre oeuvre de concorde et a cette paix des hommes deja signee entre nos enfants. J'aime dans la jeunesse sa ressemblance avec l'avenir.

Une porte est ouverte devant nous. Sur cette porte on lit:Paix et liberte! Passez-y les premiers; vous en etes dignes, c'est l'arc de triomphe du progres.

Je suis avec vous du fond du coeur.

1866

Le Droit a la liberte—Le droit a la vie. Le droit a la patrie.

Hauteville-House, 19 mars 1866.

Monsieur,

Vous souhaitez, en termes magnifiques et avec l'accent d'une sympathie fiere, la bienvenue a mon livre,les Travailleurs de la mer. Je vous remercie.

Vous, intelligence eminente et conscience ferme, vous faites partie d'un vaillant groupe puissamment commande. Vous arborez l'eternel drapeau, vous jetez l'eternel cri, vous revendiquez l'eternel droit: liberte!

La liberte, c'est la aujourd'hui l'immense soif des consciences. La liberte est de tous les partis, etant le mode vital de la pensee. Toute ame veut la liberte comme toute prunelle veut la lumiere. Aussi, des le premier jour, la foule s'est tournee vers vous.

Je veux, comme vous, la liberte; je partage a cette heure son exil.

J'ai ecrit:Le jour ou la liberte rentrera, je rentrerai. J'attends la liberte avec une grande patience personnelle et une grande impatience nationale.

La France sans la liberte, c'est encore la deesse, ce n'est plus l'ame.

En quoi je differe de vous, le voici: je suis un revolutionnaire. Pour moi la revolution continue.

Tous les deux ou trois mille ans, le progres a besoin d'une secousse; l'alanguissement humain le gagne, et unquid divinumest necessaire. Il lui faut une nouvelle impulsion presque initiale. Dans l'histoire, telle que la courte memoire des peuples nous la donne, la reaction chantee par Homere, de l'Europe sur l'Asie, a ete la premiere secousse, le christianisme a ete la seconde, la revolution francaise est la troisieme.

Toute revolution a un caractere double, et c'est a cela qu'on la reconnait; c'est une formation sous une elimination.

On ne peut vouloir l'une sans vouloir l'autre, cette double acceptation caracterise le revolutionnaire.

Les revolutions ne creent point, elles sont des explosions de calorique latent, pas autre chose. Elles mettent hors de l'homme le fait eternel et interieur dont la sortie est devenue necessaire. C'est pour l'humanite une question d'age. Ce fait, elles le degagent; on le croit nouveau parce qu'on le voit; auparavant on le sentait. S'il etait nouveau, il serait injuste; il ne peut y avoir rien de nouveau dans le droit. L'element qui apparait et se revele principe, telle est l'eclosion magnifique des revolutions; le droit occulte devient droit public; il passe de l'etat confus a l'etat precis; il couvait, il eclate; il etait sentiment, il devient evidence. Cette simplicite sublime est propre aux actes de souverainete du progres.

Les deux dernieres grandes secousses du progres ont mis en lumiere et dresse a jamais au-dessus des societes modifiables les deux grands faits de l'homme: le christianisme a degage l'egalite; la revolution francaise a degage la liberte.

La ou ces deux faits manquent, la vie n'est pas.

Etre tous freres, etre tous libres, c'est vivre; ce sont les deux mouvements de poumons de la civilisation.

Egalite, liberte, aspiration et respiration du genre humain.

Cela pose, il est etrange d'entendre raisonner sur leslibertes accessoireset sur leslibertes necessaires.

L'un dit: Vous respirerez quand on pourra.

L'autre dit: Vous respirerez comme on voudra.

Les libertes, cette enonciation est un non-sens. La liberte est. Elle a cela de commun avec Dieu, qu'elle exclut le pluriel.

Elle aussi, elle dit:sum qui sum.

Tenez donc haut votre drapeau. Votre criliberte, c'est le verbe meme de la civilisation. C'est le sublimefiat luxde l'homme, c'est le profond et mysterieux appel qui fera lever l'astre. L'astre est derriere l'horizon, et il vous entend. Courage!

Pardonnez au solitaire si, provoque par vos eloquentes et graves paroles et par votre puissant mot de ralliement, il est sorti un moment de son silence. Je me hate d'y rentrer, mais auparavant, monsieur, laissez-moi vous serrer la main.

Bruxelles, 27 juillet 1866.

Je suis en voyage, et vous aussi. Je ne sais ou vous adresser ma lettre. Vous arrivera-t-elle? La votre pourtant m'est parvenue, mais pas un des journaux dont vous me parlez. Vous me demandez d'intervenir; mais je ne sais pas le premier mot de cette lugubre affaire Bradley. Et puis, helas! que dire? Bradley n'est qu'un detail; son supplice se perd dans le grand supplice universel. La civilisation, en ce moment, est sur le chevalet. En Angleterre, on retablit la fusillade; en Russie, la torture; en Allemagne, le banditisme. A Paris, abaissement de la conscience politique, de la conscience litteraire, de la conscience philosophique. La guillotine francaise travaille de facon a piquer d'honneur le gibet anglais.

Partout le progres est remis en question. Partout la liberte est reniee. Partout l'ideal est insulte. Partout la reaction prospere sous ses divers pseudonymes, bon ordre, bon gout, bon sens, bonnes lois, etc.; mots qui sont des mensonges.

Jersey, la petite ile, etait en avant des grands peuples. Elle etait libre, honnete, intelligente, humaine. Il parait que Jersey, voyant que le monde recule, tient a reculer, elle aussi. Paris a decapite Philippe, Jersey va pendre Bradley. Emulation en sens inverse du progres.

Jersey affirmait le progres; Jersey va affirmer la reaction.

Le 11 aout, fete dans l'ile. On etranglera un homme. Jersey tient a avoir, comme un roi de Prusse ou un empereur de Russie, son acces de ferocite. O pauvre petit coin de terre!

Quel dementi a Dieu, qui a tant fait pour ce charmant pays! Quelle ingratitude envers cette douce, sereine et bienfaisante nature! Un gibet a Jersey! Qui est heureux devrait etre clement.

J'aime Jersey, je suis navre.

Publiez ma lettre si vous voulez. Tout aujourd'hui s'efforce d'etouffer la lumiere. Ne nous lassons pas cependant; et, si le present est sourd, jetons dans l'avenir, qui nous entendra, les protestations de la verite et de l'humanite contre l'horrible nuit.

Un cri m'arrive d'Athenes.

Dans la ville de Phidias et d'Eschyle un appel m'est fait, des voix prononcent mon nom.

Qui suis-je pour meriter un tel honneur? Rien. Un vaincu.

Et qui est-ce qui s'adresse a moi? Des vainqueurs.

Oui, candiotes heroiques, opprimes d'aujourd'hui, vous etes les vainqueurs de l'avenir. Perseverez. Meme etouffes, vous triompherez. La protestation de l'agonie est une force. C'est l'appel devant Dieu, qui casse … quoi? les rois.

Ces toutes-puissances que vous avez contre vous, ces coalitions de forces aveugles et de prejuges tenaces, ces antiques tyrannies armees, ont pour principal attribut une remarquable facilite de naufrage. La tiare en poupe, le turban en proue, le vieux navire monarchique fait eau. Il sombre a cette heure au Mexique, en Autriche, en Espagne, en Hanovre, en Saxe, a Rome, et ailleurs. Perseverez.

Vaincus, vous ne pouvez l'etre.

Une insurrection etouffee n'est point un principe supprime.

Il n'y a pas de faits accomplis. Il n'y a que le droit.

Les faits ne s'accomplissent jamais. Leur inachevement perpetuel est l'en-cas laisse au droit. Le droit est insubmersible. Des vagues d'evenements passent dessus; il reparait. La Pologne noyee surnage. Voila quatre vingt-quatorze ans que la politique europeenne charrie ce cadavre, et que les peuples regardent flotter, au-dessus des faits accomplis, cette ame.

Peuple de Crete, vous aussi vous etes une ame.

Grecs de Candie, vous avez pour vous le droit, et vous avez pour vous le bon sens. Lepourquoid'un pacha en Crete echappe a la raison. Ce qui est vrai de l'Italie est vrai de la Grece. Venise ne peut etre rendue a l'une sans que la Crete soit rendue a l'autre. Le meme principe ne peut affirmer d'un cote, et mentir de l'autre. Ce qui est la l'aurore ne peut etre ici le sepulcre.

En attendant, le sang coule, et l'Europe laisse faire. Elle en prend l'habitude. C'est aujourd'hui le tour du sultan. Il extermine une nationalite.

Existe-t-il un droit divin turc, venerable au droit divin chretien? Le meurtre, le vol, le viol, s'abattent a cette heure sur Candie comme ils se ruaient, il y a six mois, sur l'Allemagne. Ce qui ne serait pas permis a Schinderhannes est permis a la politique. Avoir l'epee au cote et assister tranquillement a des massacres, cela s'appelle etre homme d'etat. Il parait que la religion est interessee a ce que les turcs fassent paisiblement l'egorgement de Candie, et que la societe serait ebranlee si, entre Scarpento et Cythere, on ne passait point les petits enfants au fil de l'epee. Saccager les moissons et bruler les villages est utile. Le motif qui explique ces exterminations et les fait tolerer est au-dessus de notre penetration. Ce qui s'est fait en Allemagne cet ete nous etonne egalement. Une des humiliations des hommes qu'un long exil a rendus stupides—j'en suis un—c'est de ne point comprendre les grandes raisons des assassins actuels.

N'importe. La question cretoise est desormais posee.

Elle sera resolue, et resolue, comme toutes les questions de ce siecle, dans le sens de la delivrance.

La Grece complete, l'Italie complete, Athenes au sommet de l'une, Rome au sommet de l'autre; voila ce que nous, France, nous devons a nos deux meres.

C'est une dette, la France l'acquittera. C'est un devoir, la France le remplira.

Quand?

Perseverez.

Hauteville-House, 2 decembre 1866.

1867

La Turquie sur la Crete. L'Angleterre sur l'Irlande. Le Mexique recule. Le Portugal avance. Maximilien.—John Brown.—Hernani. Garibaldi.—Mentana.—Louis Bonaparte. Les petits enfants pauvres.

Omalos (Eparchie de Cydonie), Crete, 16 janvier 1867.

Un souffle de ton ame puissante est venu vers nous et a seche nos pleurs.

Nous avions dit a nos enfants: Par dela les mers il est des peuples genereux et forts, qui veulent la justice et briseront nos fers.

Si nous perissons dans la lutte, si nous vous laissons orphelins, errant dans la montagne avec vos meres affamees, ces peuples vous adopteront et vous n'aurez plus a souffrir.

Cependant, nous regardions en vain vers l'occident. De l'occident, aucun secours ne nous venait. Nos enfants disaient: Vous nous avez trompes. Ta lettre est venue, plus precieuse pour nous que la meilleure armee.

Car elle affirme notre droit.

C'est parce que nous savions notre droit que nous nous sommes souleves.

Pauvres montagnards, a peine armes, nous n'avions pas la pretention de vaincre a nous seuls ces deux grands empires allies contre nous, l'Egypte et la Turquie.

Mais nous voulions faire appel a l'opinion publique, seule maitresse, nous a-t-on dit, du monde actuel, faire appel aux grandes ames qui, comme toi, dirigent cette opinion.

Grace aux decouvertes de la science, la force materielle appartient aujourd'hui a la civilisation.

Il y a quatre siecles l'Europe etait impuissante contre les barbares.Aujourd'hui, elle leur fait la loi.

Aussi n'y aura-t-il plus d'oppression dans l'humanite quand l'Europe le voudra.

Pourquoi donc, en vue des cotes italiennes, au centre de laMediterranee, a trente heures de la France, laisse-t-elle subsisterun pacha? comme au temps ou les turcs assiegeaient Otrante en Italie,Vienne en Allemagne!

L'esclavage de la race noire vient d'etre aboli en Amerique. Mais le notre est bien plus odieux, bien plus insupportable que ne l'etait celui des negres. Malgre toutes les chartes, un turc est toujours un maitre plus dur qu'un citoyen des Etats-Unis.

Si tu pouvais connaitre l'histoire de chacune de nos familles, comme tu connais celle de notre malheureux pays, tu y verrais partout l'exil, la persecution, la mort, le pere egorge par le sabre de nos tyrans, la mere enlevee a ses petits enfants pour le plus avilissant des esclavages, les soeurs souillees, les freres blesses ou tues.

A ceux qui nous laissent tant souffrir et qui pourraient nous sauver, nous ne dirons que ceci: Vous ne savez donc pas la verite?

Quand deux vaisseaux, l'un anglais, l'autre russe, ont debarque au Piree quelques-unes de nos familles, il y avait la des etrangers. Ces etrangers ont vu que nous n'avions pas exagere nos souffrances.

Poete, tu es lumiere. Nous t'en conjurons, eclaire ceux qui nous ignorent, ceux que des imposteurs ont prevenus contre notre sainte cause.

Poete, notre belle langue le dit, tu es createur, createur des peuples, comme les chantres antiques.

Par tes chants splendides desOrientales, tu as deja grandement travaille a creer le peuple hellene moderne.

Acheve ton oeuvre.

Tu nous appelles vainqueurs. C'est par toi que nous vaincrons.

Au nom du peuple cretois, et par delegation des capitaines du pays, Le commandant des quatre departements de la Canee,

Hauteville-House, 17 fevrier 1867.

En ecrivant ces lignes, j'obeis a un ordre venu de haut; a un ordre venu de l'agonie.

Il m'est fait de Grece un deuxieme appel.

Une lettre, sortie du camp des insurges, datee d'Omalos, eparchie de Cydonie, teinte du sang des martyrs, ecrite au milieu des ruines, au milieu des morts, au milieu de l'honneur et de la liberte, m'arrive. Elle a quelque chose d'heroiquement imperatif. Elle porte cette suscription:Le peuple cretois a Victor Hugo. Cette lettre me dit:Continue ce que tu as commence.

Je continue, et, puisque Candie expirante le veut, je reprends la parole.

Cette lettre est signee:Zimbrakakis.

Zimbrakakis est le heros de cette insurrection candiote dont Zirisdani est le traitre.

A de certaines heures vaillantes, les peuples s'incarnent dans des soldats, qui sont en meme temps des esprits; tel fut Washington, tel fut Botzaris, tel est Garibaldi.

Comme John Brown s'est leve pour les noirs, comme Garibaldi s'est leve pour l'Italie, Zimbrakakis se leve pour la Crete.

S'il va jusqu'au bout, et il ira, soit qu'il succombe comme JohnBrown, soit qu'il triomphe comme Garibaldi, Zimbrakakis sera grand.

Veut-on savoir ou en est la Crete? Voici des faits.

L'insurrection n'est pas morte. On lui a repris la plaine, mais elle a garde la montagne.

Elle vit, elle appelle, elle crie au secours.

Pourquoi la Crete s'est-elle revoltee? Parce que Dieu l'avait faite le plus beau pays du monde, et les turcs le plus miserable; parce qu'elle a des produits et pas de commerce, des villes et pas de chemins, des villages et pas de sentiers, des ports et pas de cales, des rivieres et pas de ponts, des enfants et pas d'ecoles, des droits et pas de lois, le soleil et pas de lumiere. Les turcs y font la nuit.

Elle s'est revoltee parce que la Crete est Grece et non Turquie, parce que l'etranger est insupportable, parce que l'oppresseur, s'il est de la race de l'opprime, est odieux, et, s'il n'en est pas, horrible; parce qu'un maitre baragouinant la barbarie dans le pays d'Etearque et de Minos est impossible; parce que tu te revolterais, France!

La Crete s'est revoltee et elle a bien fait.

Qu'a produit cette revolte? je vais le dire. Jusqu'au 3 janvier, quatre batailles, dont trois victoires. Apo corona, Vaffe, Castel Selino, et un desastre illustre, Arcadion! l'ile coupee en deux par l'insurrection, moitie aux turcs, moitie aux grecs; une ligne d'operations allant par Sciffo et Rocoli, de Kissamos a Lassiti et meme a Girapetra. Il y a six semaines, les turcs refoules n'avaient plus que quelques points du littoral, et le versant occidental des monts Psiloriti ou est Ambelirsa. En cette minute, le doigt leve de l'Europe eut sauve Candie. Mais l'Europe n'avait pas le temps. Il y avait une noce en cet instant-la, et l'Europe regardait le bal.

On connait ce mot, Arcadion, on connait peu le fait. En voici les details precis et presque ignores. Dans Arcadion, monastere du mont Ida, fonde par Heraclius, seize mille turcs attaquent cent quatrevingt-dix-sept hommes, et trois cent quarante-trois femmes, plus les enfants. Les turcs ont vingt-six canons et deux obusiers, les grecs ont deux cent quarante fusils. La bataille dure deux jours et deux nuits; le couvent est troue de douze cents boulets; un mur s'ecroule, les turcs entrent, les grecs continuent le combat, cent cinquante fusils sont hors de service, on lutte encore six heures dans les cellules et dans les escaliers, et il y a deux mille cadavres dans la cour. Enfin la derniere resistance est forcee; le fourmillement des turcs vainqueurs emplit le couvent. Il ne reste plus qu'une salle barricadee ou est la soute aux poudres, et dans cette salle, pres d'un autel, au centre d'un groupe d'enfants et de meres, un homme de quatrevingts ans, un pretre, l'igoumene Gabriel, en priere. Dehors on tue les peres et les maris; mais ne pas etre tues, ce sera la misere de ces femmes et de ces enfants, promis a deux harems. La porte, battue de coups de hache, va ceder et tomber. Le vieillard prend sur l'autel un cierge, regarde ces enfants et ces femmes, penche le cierge sur la poudre et les sauve. Une intervention terrible, l'explosion, secourt les vaincus, l'agonie se fait triomphe, et ce couvent heroique, qui a combattu comme une forteresse, meurt comme un volcan.

Psara n'est pas plus epique, Missolonghi n'est pas plus sublime.

Tels sont les faits. Qu'est-ce que font les gouvernements dits civilises? Qu'est-ce qu'ils attendent? Ils chuchotent: Patience, nous negocions.

Vous negociez! Pendant ce temps-la on arrache les oliviers et les chataigniers, on demolit les moulins a huile, on incendie les villages, on brule les recoltes, on envoie des populations entieres mourir de faim et de froid dans la montagne, on decapite les maris, on pend les vieillards, et un soldat turc, qui voit un petit enfant gisant a terre, lui enfonce dans les narines une chandelle allumee pour s'assurer s'il est mort. C'est ainsi que cinq blesses ont ete, a Arcadion, reveilles pour etre egorges.

Patience! dites-vous. Pendant ce temps-la les turcs entrent au village Mournies, ou il ne reste que des femmes et des enfants, et, quand ils en sortent, on ne voit plus qu'un monceau de ruines croulant sur un monceau de cadavres, grands et petits.

Et l'opinion publique? que fait-elle? que dit-elle? Rien. Elle est tournee d'un autre cote. Que voulez-vous? Ces catastrophes ont un malheur; elles ne sont pas a la mode.

Helas!

La politique patiente des gouvernements se resume en deux resultats: deni de justice a la Grece, deni de pitie a l'humanite.

Rois, un mot sauverait ce peuple. Un mot de l'Europe est vite dit.Dites-le. A quoi etes-vous bons, si ce n'est a cela?

Non. On se tait, et l'on veut que tout se taise. Defense de parler de la Crete. Tel est l'expedient. Six ou sept grandes puissances conspirent contre un petit peuple. Quelle est cette conspiration? La plus lache de toutes. La conspiration du silence.

Mais le tonnerre n'en est pas.

Le tonnerre vient de la-haut, et, en langue politique, le tonnerre s'appelle revolution.


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