L'Océan est une voix… Il s'adresse à l'homme surtout… C'est la vie qui parle à la vie.Michelet.
L'Océan est une voix… Il s'adresse à l'homme surtout… C'est la vie qui parle à la vie.
Michelet.
La nuit vint. Arsemar ne dormit pas. Chaque fois qu'une horloge passait devant ses yeux, il répétait: «Aujourd'hui, 21 mai.» Et quand l'aiguille recommença les minutes d'un autre jour, il sentit un plus vaste gouffre entre sa vie et l'avenir, car serait-ce vivre, désormais?
Jusqu'à un certain âge de maturité, l'âme se modifie, change de face, tourne, est retournée, et chaque vent la peut faire nouvelle; puis l'heure vient de notre évolution dernière, et selon qu'elle sonne dans la tristesse ou dans la paix, nos cœurs en garderont la marque indélébile, et tous nos jours ne seront plus que la perpétuation de ce jour-là.
Sans elle!
Le regret, par-dessus tout, criait dans sa désespérance, et bien plus que la jalousie, qui n'y passait que par instants. Elle avait été infidèle, il y pensait cent fois moins qu'à ceci, qu'elle était perdue. Car c'était la nuit de l'adieu sans retour: l'irréparable prenait date. S'il l'eût pardonnée et reprise, sa Jeanne, la jalousie fût revenue constante, féroce, et ce faux bonheur-là eût été plus répugnant et plus cruel que la solitude elle-même. Il le savait sans avoir besoin d'y réfléchir, et pour cela les rancunes ne pouvaient qu'effleurer son cœur, absorbé dans les seuls regrets de l'impossible.
Georges le surveillait songer, et le suivait à travers les pensées; une telle communion avait lié ces natures délicates, qu'elles savaient se comprendre sans gestes ni paroles.
Comme la nuit était froide, Desreynes se leva à plusieurs reprises pour replacer la couverture sur les jambes de son compagnon.
Ils entrèrent dans Paris sous la pointe de l'aube. Georges proposa d'y demeurer une journée, pour prendre quelque repos. S'il eût offert de descendre chez lui, on n'eût pas osé s'en défendre, mais on y eût trouvé encore des frissons douloureux: il choisit un hôtel. Après le repas, ils se promenèrent sur les boulevards encombrés de passants.
Ils éprouvèrent dans la foule la sensation d'un exil; il leur semblait qu'ils eussent cessé d'appartenir à ce vain remuement, où se déplacent tant d'êtres pour des tâches futiles dont rien ne subsistera tantôt. L'intérêt de l'action s'était supprimé en eux; ils ne le concevaient plus qu'à peine, et s'étonnaient presque que l'on bougeât tant autour d'eux. Leur âme, qui appartenait au néant, constatait le néant en tout; tout leur dégageait l'inutilité des choses, des gens, et de la vie. Desreynes surtout, et plus que jamais, s'émerveillait devant la stupidité de ces corps pensants qui croient en leurs rôles et se bousculent dans le vide.
Pour la première fois, il voyait les femmes avec haine et les rendait solidaires du crime; Arsemar, lui, les accompagnait sans émoi d'un œil presque curieux. Quand une les croisait, jolie, il se disait qu'elle était aimée, et qu'elle aimait, et qu'elle faisait un bonheur, un mensonge peut-être… Souvent il crut reconnaître la silhouette de celle qui n'était plus à lui; il imagina le roman de sa rencontre, et souffrit en idée tout ce qu'il eût souffert de la réalité.
Le soir, ils quittèrent Paris.
Arsemar ne put résister davantage à la tentation d'ouvrir la lettre qu'il portait depuis plus d'un jour. Il la décacheta avec une lenteur timorée: accablerait-on Georges pour se faire une excuse? Serait-ce une prière ou un défi, une tendresse ou une insulte? Redoutant de trouver tout ce qu'il désirait, espérant tout ce qu'il craignait, il pesa longuement le papier dans ses doigts, puis, le lut tout d'un coup.
«Adieu. Je t'aime. Jeanne.»
«Adieu. Je t'aime. Jeanne.»
Une ivresse d'amour le traversa, et tout son cœur se prit d'extase: mais le beau rêve dura peu.
—Elle ment!
Il le payait encore, le droit de la connaître, il le payerait toujours et trop chèrement, pour ignorer l'indifférence qu'elle n'avait cessé de rendre à ses tendresses: il savait maintenant l'égoïste froideur et la ruse compliquée de cette femme, et s'il n'y voulait pas penser, la phrase d'amour l'y contraignait: l'adorer, il le pouvait, et ne pouvait s'en empêcher; mais, la croire! Il l'aurait pourtant bien voulu; il l'essaya: non! Une répugnance arrêtait sa candeur; eût-il oublié le passé, cette ligne raide, sèche, exhalait,—pourquoi donc?—une odeur d'imposture. Elle le repoussait malgré lui, et chaque fois qu'il tentait vers elle un nouvel effort de croyance, quelque chose en lui reculait, avec l'instinct pur des enfants, qui ne savent pas se fier aux mauvais hommes.
Georges venait de s'assoupir: deux plis profonds creusaient ses joues, d'où la jeunesse était partie. Celui-là n'était pas le coupable! Une autre avait voulu la trahison, et, sur sa faute volontaire, posait volontairement une dernière hypocrisie.
Arsemar plia la lettre sans colère, et quand ce fut fait, la déchira très doucement: il venait d'apprendre un péché de plus qui s'ajoutait aux autres; il s'en peinait pour lui moins que pour elle, et la compassion empiéta sur l'amour. Il baissa la glace du wagon et pencha sa main au-dehors: il y pressait les menus morceaux de papier, et disait adieu à la dernière chose qu'il eût conservée d'elle; enfin il desserra les doigts, et, sous le vent de la course, les blancs carrés s'enfuirent, furtifs, dans la nuit.
Pierre, pour n'en rien voir, avait fermé les yeux.
Le lendemain, le couple fut à Vannes, et une barque de pêcheur l'emmena dans un village où tous deux avaient ensemble passé quelques semaines, jadis.
Port-Navalo est une rangée de basses maisons bretonnes, à l'extrémité de la presqu'île de Ruys, qui ferme la mer du Morbihan: lande sauvage et grandiose, pour laquelle le soleil se lève sur l'Océan et se couche sur le golfe semé de trois cents îles.
C'est là qu'ils conduisirent leur relégation.
La barque, penchée sous le vent, cinglait à travers les monticules rocheux; Pierre berçait ses regards sur les flots, et baignait sa tête nue dans la fraîcheur du vent salin. L'eau fuyait avec eux dans le reflux; Georges y trempait ses mains: puis la voile claquait, la barque virait de bord et reprenait sa ligne vers un autre horizon, qui surgissait, gris et bleu, entre le ciel pâle et l'onde métallique, très loin, sous les vapeurs.
Le calme fort de la mer déjà rassérénait leurs âmes. Ils s'abandonnèrent à une sorte de bien-être, en retrouvant dans la petite auberge leur chambre unique et leurs deux lits. Ce tableau les rajeunissait, et l'oubli leur vint pour une heure presque entière.
Après le repas, ils firent le tour des côtes, et s'assirent sur les roches noires; puis, la lune se leva, pareille à un bouclier rond, et rougit la nuit qui tombait. Ils restèrent là, écoutant les vagues dont le ressac grondait familièrement à leurs pieds.
Arsemar adorait la mer, pour sa grandeur, pour sa beauté, pour sa bonté: car il la savait bonne, la nourrice du monde, la vaste tombe vers qui peuvent se réfugier toutes les angoisses, qui les entend pleurer, qui parle de la mort sans en donner l'effroi; elle, la toute-puissante et qui s'agite impuissamment dans le mur de ses digues, comme nous dans la prison de notre vie; elle si grave et tourmentée, l'image élargie de nos cœurs; elle qui nous ressemble, virilise nos vœux, se dit sœur de nos peines, les accueille, les caresse, les aime et nous les rend plus chères, nous les endort en les rythmant, les épuise en les développant à sa taille, et les fait oublier en feignant d'en causer.
Elle hurle, menace, tempête, et prie; nos misères se diffondent dans sa voix: l'homme se sent infime et n'ose plus crier: mais il semble qu'il grandisse, à force de se reconnaître petit: le monde s'éloigne de lui; les vides se comblent comme le creux des roches se remplit sous le flux; les causes du mal se troublent dans l'esprit, se dépersonnalisent; les chagrins deviennent une douleur, sourde, profonde, austère, sans rage, sans éclats, une religion de la douleur: quand on souffre auprès d'elle, on souffre comme un dieu!
Puis, quand elle nous a séparés des foules, elle nous peuple la solitude: elle est l'ami qui n'a jamais trompé.
Desreynes comprit que la nature, pour ce malade, vaudrait mieux que sa présence tour à tour irritante et calmante; pendant de longues heures, chaque jour, il quittait son ami, sous prétexte de pêcheries, et Pierre s'en allait dans la grotte préférée, qui, là-bas, s'enfonce sous la falaise, et regarde l'Océan vers le sud.
Il y demeurait d'entières après-midi, s'abîmant dans la contemplation de la mer toujours nouvelle, qui changeait ses couleurs et se diamantait sous le soleil tournant. Il suivait, dans leur glissement lointain, les barques brunes à voiles rousses qui filaient sur de la lumière; il choisissait un peu au large des vagues qui venaient vers lui, et les accompagnait du regard jusqu'à ce qu'elles fussent brisées parmi les roches; il se créait, chez les pierres et les bêtes du rivage, des sociétés bienveillantes; il parlait aux alouettes de la lande et aux crabes de l'herbier; il cherchait sans le savoir à aimer et se faire aimer.
Quand le soleil se couchait, le soir, sur les dunes de Locmariaker, une émotion si profonde le travaillait, que des larmes vinrent souvent mouiller ses yeux: Georges était avec lui, dans ces instants, car le crépuscule s'allumait à l'heure du repas. La sérénité morale que donne le culte du beau, alors, les rendait tout heureux d'être ensemble; les souvenirs cruels s'effaçaient, pour quelque quart d'heure du moins, et une joie d'amitié qui ressemblait à de l'amour dilatait leurs deux pauvres cœurs. Rien, plus que la nature, ne sait rapprocher les hommes et resserrer les liens. Durant tout le jour, chacun d'eux pensait vingt fois à cette fin du jour. Puis, le lendemain, Pierre retournait à sa grotte, s'accoudait sur les dalles, devant le Ciel et l'Océan, double azur, les deux prunelles de Dieu: immobile en face de la nappe mouvante où courent les reflets, il hypnotisait ses chagrins au miroitement des flots.
Lorsqu'elle a calmé la douleur, la mer indique le devoir.
Cela vint aux premiers soirs de juin. Pierre se demanda brusquement: «L'aimerait-il?»
Il y rêva jusqu'à la nuit.
Le soir suivant, il songea, avec plus d'angoisse: «L'aimerait-elle?» Et quand le premier tourment de l'égoïsme fut enfin surmonté, il chercha si son devoir, au cas où ceux-là s'aimeraient, n'était point de se retirer pour leur laisser la place du bonheur.
—Où vais-je? Nulle part. Qu'espéré-je? Rien. Que suis-je? Un mort. Ceux que j'ai aimés n'ont pu faire mon paradis; si je peux faire le leur, ne le dois-je pas?
Un instinct, dans cette âme née pour les dévouements, murmurait: «Tu le dois!»
Mais l'amour damné se révoltait, et bientôt trouvait des raisons pour juger inutile un sacrifice dont personne n'oserait jouir.
—Si tu meurs, le remords les écartera. Un divorce pour qu'ils s'épousent? Leur félicité te tuera, et le deuil encore dressera entre eux le mur infranchissable.
Il lutta longtemps en lui-même; cœur et tête, il se battait contre lui-même: il était le champ de guerre et les armées; la douleur, dans ces combats, reprit son acuité première. Enfin, le second soir, las des heurts, il appela toute sa force.
Les tristes compagnons se promenaient sur la grève, au clair bleu de la lune, et l'idée qui pesait sur l'un d'eux imposait silence à tous deux.
Arsemar, plus d'une fois, essaya de parler, et ne sut.
—Georges… dit-il enfin d'une voix étouffée; mais il s'arrêta.
Quelques minutes plus tard, il jeta brusquement: «Est-ce que tu l'aimes?»
—Moi, mon pauvre Pierre! Mais je la hais, comme moi-même! Je la hais pour notre crime qui te dévore! Et je donnerais ma vie pour te rendre pure celle qui s'est reprise à toi, que je t'ai prise, moi!
Arsemar eut une joie profonde à ce cri qui le délivrait; il avait tremblé sans se le dire, devant la consommation d'une tâche surhumaine, à laquelle pourtant il s'était résolu; il ne se loua pas, comme on fait d'ordinaire, d'avoir eu le mérite de l'abnégation sans en avoir la charge, mais il se réjouit que tout fût arrêté.
C'est la première fois qu'ils causaient de l'absente.
Georges regarda son frère, et devina tout.
—Mon Pierre, que tu es bon! Tu es trop bon! Es-tu donc un homme? Grand dieu, pourquoi faut-il que tu aies rencontré deux êtres comme nous!
Pierre l'interrompit: il ne pouvait entendre ainsi blasphémer ceux qui lui demeuraient chers.
La soirée s'écoula dans les épanchements plus libres d'une tendresse qui s'était longtemps contenue. Même, on osa parler d'Elle: Pierre avoua combien il l'aimait, malgré tout, et comment tout son être restait possédé d'Elle seule. Il épanchait sa vie dans la seule conscience qui fût encore ouverte à la sienne. La pensée qu'il parlait à l'auteur de son mal ne lui vint que pour atténuer la peinture de ses souffrances, afin de ne pas l'écraser, lui aussi, d'une trop lourde peine.
Georges conclut que la souffrance était devenue moins acerbe, puisque son pauvre ami pouvait maintenant la lui dire. Il s'en trouva soulagé, sans que pourtant son remords en fût moindre.
Ils s'embrassèrent avant de se mettre au lit, et quand la bougie fut éteinte, ils continuèrent à deviser de mille choses, disant «bonsoir» et toujours reprenant leurs dialogues.
Le réveil fut moins heureux.
Ils s'étaient trop complaisamment attardés parmi la jouissance de leur misère, pour n'en pas conserver, quand l'expansion serait finie, un ressouvenir plus cuisant: dans la volupté de toucher leur blessure, ils venaient de l'aviver, et le charme des causeries ne se décidant plus à renaître, le lendemain, ils se retrouvèrent plus séparés que la veille.
Puis, les tristesses s'attirent aussi bien que les maux physiques; l'âme éplorée est réceptive à tous les chagrins qui peuvent l'éprouver davantage, comme le corps malade l'est aux germes des contagions qui passent.
Ils s'efforcèrent de ramener l'expansion de cette douce nuitée; mais à mesure qu'ils y tâchaient, la naïve sincérité des abandons leur devenait plus impossible; ils restaient gênés l'un près de l'autre parce qu'ils cherchaient à ne pas l'être. Georges, dès lors, accepta plus volontiers les promenades en mer auxquelles l'invitaient les pêcheurs; s'il hésitait parfois, Pierre l'engageait à les suivre, et se sentait débarrassé de ses contraintes, dès que la barque avait doublé le cap, sous les rochers du phare.
Car il pouvait alors redescendre dans son monotone désespoir, tout seul, sans la surveillance de l'amitié, sans la crainte du mot échappé qui trahirait sa douleur muette et grandirait celle d'un autre.
Dans les premiers temps, il avait aimé la solitude, pour elle; maintenant, il fuyait Georges, pour lui.
La mer, en vain, essayait de le guérir encore: toute l'œuvre était à refaire.
Un remords s'était même ajouté aux chagrins: il se découvrait, à son tour, coupable envers l'ami dont les soins assidus n'aboutissaient qu'à l'écarter de lui; il résolut d'être plus accueillant et de le fréquenter davantage; mais il renonça bientôt à ce labeur,—c'en était un,—et revint seul parmi les roches: son remords lui resta.
Un jour, il trouva dans sa grotte les traces d'un foyer rustique: les enfants qui l'avaient construit revinrent, et allumèrent un grand feu de goémons; ils riaient en cachette de voir ce solitaire suffoquer dans la fumée jaune; il se retira sous la pluie qui tombait, fine et pressée. Chaque jour, ils arrivèrent à l'heure précise, pour la même fête, avec le même plaisir de tourmenter, haineux et déjà hommes. Pierre, à la fin, protesta sans se fâcher; les enfants, fils d'un riche épicier nantais, l'insultèrent. L'averse continuait à tomber. Arsemar s'en allait sous l'orage, et quand il était fatigué de son chemin sur les galets glissants, il se réfugiait dans l'anfractuosité d'un roc; la pluie trempait ses vêtements, lui fouettait le visage et l'aveuglait. Il passait ainsi des heures moroses, le reclus, et sans bouger, il contemplait l'Océan gris sous les nues grises: l'eau du ciel piquait les flots ternes, avec un crépitement confus, et sur l'immense nappe s'étalait comme un brouillard lourd; la mer était toute mouillée.
Elle devint bientôt impraticable aux matelots; Pierre et Georges restèrent ensemble; ils usaient les journées au coin du feu, dans la cuisine où la cabaretière donnait à boire aux mariniers. Les heures étaient si lentes, et l'on ne disait rien! Pour s'oublier l'un l'autre et s'oublier eux-mêmes, ils se mêlaient volontiers aux propos des gens de mer, écoutaient les récits cent fois contés, interrogeaient, s'initiaient aux termes du métier, et, dans l'espoir d'abolir leur propre vie, tendaient à s'en créer une autre. Mais leur vie était bien à eux et les tenait au cœur.
Pendant trois semaines entières, depuis le soir de ce fatal entretien, à force de s'être systématiquement évités, ils avaient pris l'habitude exigeante de se craindre; la cause de leur éloignement eût-elle cessé enfin, le trouble qui en était né n'aurait pas cessé avec elle; ils n'avaient plus besoin de revoir le passé, pour sentir un continuel malaise en se retrouvant face à face. La pensée faisait partie de leur corps.
Pierre imagina que, sans doute, le charme du pays achevait de s'épuiser pour eux. Il songea au départ.
—A quoi bon?
Ce qui, dans les trop grands chagrins, nous éloigne de la guérison, c'est moins l'impuissance à savourer encore quelque plaisir, que l'ennui dont nous accueillons tous les désirs qui voudraient naître: et de quoi jouit-on sur terre, en dehors du désir?
—Ah, reste là, se disait-il, puisque tu es là! Laisse tourner les malheurs, laisse la vermine des misères monter jusqu'à toi et te mordre! Un écœurement qui te chasse t'enverra en trouver un autre; celui qui t'arrête ici t'empêchera d'en poursuivre un nouveau. Pleure là, puisque tu es là, pleure tout simplement; il faut toujours qu'on pleure, et n'importe où, et n'importe pour quoi!
Il voulut se réfugier dans l'intimité des pêcheurs, et s'en alla tirer la senne dans les marais; mais sur tout sujet ils lui parlaient de Georges. A quoi servent les manœuvres que nous tentons contre nous-mêmes? L'âme qui cherche sa guérison n'oublie pas qu'elle veut se guérir; elle se le répète, et le calcul neutralise le remède.
Arsemar devenait impatient et nerveux.
Une semaine s'écoula encore.
Toujours cette pluie qui brouillait l'horizon! Ne rien pouvoir sur la nature ou sur son cœur!
Un soir, Georges demanda:
—Tu souffres, Pierre?
—Non, je m'ennuie!