IX

IX

UN des derniers jours de juillet, Lionel annonça brusquement à Renée qu'il partait en voyage, et qu'il resterait deux mois absent.

Il avait évité jusque-là de lui apprendre—pour ne pas l'affliger, dit-il—qu'il faisait ses vingt-huit jours en septembre. Au printemps même il avait passé l'examen, très facile pour lui, qui lui donnait le grade d'officier. Sous-lieutenant dans un régiment de ligne, il allait prendre part aux grandes manœuvres. Il reviendrait sans doute juste à temps pour la délivrance de Renée, attendue vers la fin de septembre.

—Et le mois d'août, où le passes-tu? demanda la jeune femme, qu'un froid soudain glaçait des pieds à la tête, semblant gagner jusqu'à son cœur et en suspendre les battements.

—Chez mes parents et mes amis du Midi.J'ai toute une tournée à faire. Je suis invité de tous les côtés. On m'envoie les projets les plus attrayants de réjouissances et d'excursions préparées à mon intention. Je pousserai une pointe jusqu'en Espagne, pour visiter une sœur de ma grand'mère, une comtesse d'Alvarez, qui raffole de moi et qui ne m'a pas vu depuis des années. Juge un peu si un mois est de trop pour tout cela! Et encore, un mois... pas tout à fait, puisque je dois rejoindre mon régiment le 24.

—Et, dit Renée, en apparence très calme, quel jour pars-tu?

—Mais... après-demain.

«Jamais, pensa-t-elle, jamais je ne pourrai demeurer deux mois sans le voir, sans voir personne au monde. Il ne m'aime plus; je l'ennuie; il va chercher des distractions ailleurs. Jamais je ne pourrai vivre si longtemps en tête-à-tête avec cette idée. Pourquoi d'ailleurs mettre au monde son malheureux enfant, pauvre être que font sans cesse tressaillir au fond de moi les secousses de mes sanglots? Je vais mourir, je mourrai de mon désespoir. Oh! mourir, comme ce sera bon!»

Elle fut tout à coup si persuadée qu'un apaisement prochain l'attendait dans la tombe, qu'elle se montra très courageuse et ne laissa échapper ni un regret ni une plainte pendant les deux jours qui précédèrent le départ de Lionel. Lui,paraissait d'une gaîté folle. Il fredonnait, sifflait, lutinait Renée, la fatiguait matériellement par son entrain. Il se réjouissait à haute voix d'être enfin très loin de cet assommant Paris, qui, à moitié vide, semblait bâiller d'ennui en plein soleil par toutes ses larges rues brûlantes et désertes. Il répétait à chaque instant: «Que les heures sont longues! Je voudrais déjà être en route!»

«Je ne lui ai jamais fait de mal, songeait Renée. Qui donc l'oblige à se montrer si cruel?»

Le mal qu'elle lui faisait, il l'expliquait à son ami Fabrice, la veille de son départ, enfoncé dans un fauteuil au coin de la haute cheminée, genre ancien, que M. de Ligneul avait fait placer dans sa bibliothèque—la pièce la plus élégante, quoique la plus sévère, du petit hôtel.

—Vois-tu, Fabrice, je n'aurais jamais cru qu'une artiste eût des goûts si bourgeois. Elle devient tout à fait popote, tu sais... Ne parle-t-elle pas de nourrir elle-même son enfant! Son rêve, au fond, est de rester dans ce trou de Clamart et de me mettre complètement en ménage. Ah! mais non, par exemple! ce n'est pas cela du tout que j'ai rêvé, mais du tout! Elle a été forcée de se retirer là-bas, à cause de sa position, soit! Dès qu'elle sera délivrée, je compte bien qu'elle va rentrer dans sa famille, redevenir l'artiste gaie, enthousiaste, fêtée, charmante, qu'elleétait. Je reprendrai mes délicieux rendez-vous d'autrefois avec elle. De temps en temps nous irons ensemble voir le bébé en nourrice quelque part aux environs de Paris. Renée retrouvera ses beaux regards ravis, ses jolis mots tendres, ses surprises, ses émerveillements naïfs, aux premiers bégaiements, aux premiers pas du petit. Cela nous fera une existence adorable!... et libre!... et désempêtrée de tous les ennuis que les autres se créent idiotement. Merci! Un ménage organisé, une femme qui nourrit... Ah! non. Sans compter qu'elle lâcherait sa peinture, que j'aurais tout l'établissement sur les bras. Ça serait du joli. Autant le mariage alors!

—Et pourquoi pas le mariage? demanda Fabrice, qui fumait aussi, très calme, les sourcils élevés et rapprochés au-dessus des yeux, dans un léger mouvement d'ironique attention.

Lionel eut un soubresaut stupéfait.

—Le mariage?... Mais j'y penserai plus tard. Ce n'est pas une femme que je veux pour le moment, c'est une maîtresse. Celle-ci est ravissante, avoue-le, quoiqu'un peu trop sentimentale.

—C'est une créature tout à fait supérieure, dit Fabrice. Et, laisse-moi te le dire... tu n'es pas digne d'elle, mon cher.

—Bah! elle m'adore, absolument. Elle est folle de moi, mon pauvre Fabrice, complètement folle. Aussi je te plains de tout mon cœur, ajouta Lionelen plaisantant, car je vois très bien ce qui se passe... Tu es en train de devenir amoureux d'elle.

—Puisque je te conseille de l'épouser.

—Ce n'est pas la peine... Je l'ai.

—Mais ton enfant?

—L'enfant?... Je suis très content, je t'assure, qu'il survienne. Il me gardera la mère. Elle pourrait changer d'idée, un jour ou l'autre, vouloir un mari, comme elles font toutes. Mais le bébé la retiendra... la gênera joliment tout au moins. D'ailleurs, tu sais, au fond, cela me flattera d'être père, si jeune... et par elle... Qui sait? elle sera peut-être célèbre un jour, cette petite barbouilleuse-là. As-tu vu son tableau au Salon:Portrait de MlleG. d'A., qui a obtenu une médaille?

—Oui, je l'avais remarqué sans connaître l'auteur. C'est plein de talent.

Il y eut un silence, puis Fabrice reprit:

—Le reconnaîtras-tu, l'enfant?

—J'y suis presque décidé, dit Lionel.

—Et qu'attends-tu pour prendre une résolution?

—Eh bien, voilà... Une fille, cela m'ennuierait. Ça regarderait la mère, ça, une fille. Tandis qu'un fils, qui porterait mon nom, je ne dis pas. Un fils, hein? Oui, je ne pourrais pas m'empêcher d'en être fier. J'ai à peu près promis à Renée de le reconnaître, si c'était un garçon.

—Ah! dit M. de Ligneul froidement. C'est très beau de ta part. Je te félicite.

—Bast! fit Lionel, qu'est-ce que je risque? Avec la carrière que j'ai devant moi, ce n'est pas un enfant naturel de plus ou de moins qui me diminuera, ni qui m'empêchera même plus tard de faire le mariage que je voudrai.

Fabrice de Ligneul continua de fumer silencieusement. Lionel regarda sa montre, et, vivement:

—Dix heures! s'écria-t-il, je me sauve. Je vais passer ma dernière nuit avec la petite. Elle sera délicieuse ce soir, songeant que je m'en vais demain. Le dur, ce sera de la décider à rentrer dans sa famille après ses couches. Il faudra me montrer raide à l'adieu et dans mes lettres. Ah! les femmes les plus gentilles sont quelquefois bien ennuyeuses!

Il tournait autour de la bibliothèque, un peu gêné par le mutisme de son ami. Il reprit:

—Aussi, vois-tu, je n'y ai pas mis d'égoïsme. Pour qu'elle ne songe à rien de définitif, je me suis privé d'aller trop souvent là-bas cet été. Je n'y ai pas passé deux jours de suite seulement... Il ne fallait pas qu'elle se laissât prendre à cette illusion du ménage établi, organisé... dont elles ont la rage toutes, depuis les plus sottes jusqu'aux plus intelligentes, de la grisette à la femme d'éducation et d'esprit. Chez elle, aux Batignolles, oubien à Clamart, rien n'était changé, n'est-ce pas? Il n'y avait pas de raison pour suspendre mes habitudes et la voir plus souvent.

—Pauvre jeune femme! dit enfin Fabrice à mi-voix.

—Mais où prends-tu que c'est une victime? répliqua Lionel avec une indéniable sincérité. C'est elle qui a voulu tout cela. Elle préfère être ma maîtresse, à moi, que la femme d'un autre, elle est bien libre.

—Son avenir est brisé.

—Il le serait si je la laissais faire, si je lui permettais de s'enterrer dans ce trou de Clamart, comme elle ne demanderait pas mieux, à laver la vaisselle et à donner le sein à son enfant. Mais dans deux mois elle sera chez elle, revenant de voyage pour tout le monde, même pour son père, et elle reprendra ses pinceaux. Ce sera une interruption de six mois au plus, voilà tout.

Lionel fit encore deux tours dans la pièce, le long des rayons d'acajou aux rainures de cuivre, couverts de livres curieusement reliés, puis, comme la conversation ne reprenait pas, il éclata de rire.

—Tu es jeune, mon pauvre Fabrice, dit-il. Tu ne comprends absolument rien aux femmes. D'abord tu es trop bon pour elles, jamais elles ne pourront te souffrir. Même pour te rouler et te plumer... Ce sera encore trop facile, cela lesennuiera. Seigneur, mon Dieu! doivent-elles bâiller quand tu leur débites tes fadaises, quand tu leur verses à perpétuité l'eau de fleur d'oranger dont déborde ton âme!... A propos, eh bien, toi, tu ne voyages pas, cet été?

Fabrice secoua la tête.

Lionel rit encore plus fort.

—Mais tu voulais aller en Norwège visiter les fiords, escalader les montagnes?... Oh! je vois ce que c'est, mauvais sournois, tu veux profiter de mon absence... Tu te proposes de consoler Renée.

—Écoute, Lionel, reprit Fabrice très grave, si cela te déplaît en quoi que ce soit que j'aille voir ta femme, je ne mettrai jamais les pieds chez elle. Mais si tu me le permets, j'irai quelquefois la visiter dans sa triste solitude... Je croirai accomplir un strict devoir d'humanité. Elle va tant souffrir de ton absence. Et dans un moment pareil! Maintenant reste à savoir si tu as assez confiance en moi.

—Une confiance illimitée, fit Lionel, railleur. Vous êtes tous les deux des anges de candeur et de bonne foi. Je sais que tu aimerais mieux mourir que de lui faire un brin de cour. Quant à elle, elle passera ses jours à m'écrire et ses nuits à pleurer. Tel que je suis, misérable réprouvé, elle me préfère encore à tous les chérubins du paradis.

En elles-mêmes, l'absence de Lionel, l'affreuse amertume de la séparation, ne causèrent pas à Renée des tourments semblables à ceux qui lui vinrent de la froide et énigmatique attitude assumée par l'homme qu'elle adorait.

Et cependant il fut suffisamment cruel, cet horrible départ.

Avec l'idée qu'elle ne reverrait peut-être jamais Lionel, qu'elle mourrait, soit de tristesse, soit en mettant au monde son enfant, Renée ne put se séparer de lui qu'à la dernière extrémité. Comme il partait par un train du soir, elle s'enveloppa d'un mantelet et d'une voilette sombres, et, ne craignant pas d'être reconnue à pareille saison, où tous ses amis devaient être absents, à pareille heure et dans des quartiers si éloignés des Batignolles, elle l'accompagna à la gare d'Orléans.

Un garçon au service de Fabrice, et que Lionel appelait pompeusement «mon domestique», apporta de son côté la valise et les effets du voyageur. Renée affronta les regards hardis de cet homme cherchant à traverser son voile, pour ne pas se séparer une minute plus tôt de celui qu'elle aimait. On avait pris une voiture à la gare Montparnasse, et Lionel dit à Renée de conserver cette voiture pour retourner prendre son train en rentrant chez elle. Elle insista pour la renvoyer, affirmant que le cocher avait mauvaise figure et qu'elle préférait en prendre une autre ensuite. Paréconomie, cependant, elle fit le long trajet en tramway. Lionel, pour partir, lui avait emprunté ses derniers louis, promettant de les renvoyer dès qu'il serait arrivé chez ses parents. Il le fit, du reste, à peu près exactement; mais, pendant quelques jours, elle eut à peine de quoi manger.

Et rien ne fut navrant comme ce retour à Clamart, ce retour d'une heure et demie en tramway, en chemin de fer, entre les voyageurs somnolents, par la chaude nuit de juillet, dans l'évocation douloureuse des dernières banales paroles d'adieu, avec le lancinant souvenir de quelques dures et énigmatiques allusions dont elle cherchait en vain le vrai sens, et dans le secouement intérieur des sanglots refoulés, qu'il eût été si bon de laisser échapper à grands cris, abîmée à terre, le front heurté contre le sol, dans l'immense douleur de son isolement et de son abandon moral.

Abandon! oui, c'était le mot. Qu'importe que son amant conservât encore l'apparence, si froide d'ailleurs à présent, d'une liaison de cœur avec elle! En réalité, ne sentait-elle point qu'ils n'avaient pas entre eux une seule idée commune. Ce Lionel, si grand, si généreux, si aimant, qu'elle avait cru si bien comprendre, où était-il? Avait-il jamais existé? Est-ce lui que jadis, en ses élans éperdus, elle avait serré dans ses bras?—«Hélas? songeait-elle, j'ai abaissé petit à petit, jouraprès jour, mon idéal, pour le ramener à sa mesure, à lui. Est-il possible que je n'aie jamais pu descendre cet idéal assez bas? Glissera-t-il encore par-dessous?»

Et pourtant comme elle l'aimait toujours! Elle l'aimait plus que jamais peut-être.

Elle attendait sa première lettre avec une impatience qui l'empêchait de rester en place, qui la faisait courir cent fois par jour à la boîte accrochée en dedans de la porte extérieure, qui la forçait, à peine au bout de l'allée, à retourner sur ses pas, regarder encore, pensant avoir mal vu, se disant qu'il était impossible que Lionel eût laissé passer le courrier.

Au bout de quatre jours, elle eut enfin des nouvelles.

Puis, de temps à autre, très espacées, les lettres se suivirent.

Lionel Duplessier se croyait un homme fort habile avec les femmes non moins qu'en politique. Il s'imagina qu'en s'enveloppant de mystère, en plongeant Renée dans un abîme de doutes, de terreurs, d'inquiétudes, il la rendrait docile à ses volontés par crainte de le perdre. Or sa volonté bien arrêtée, à laquelle il tremblait qu'elle ne s'opposât, était que la jeune femme réintégrât le domicile paternel immédiatement après sa délivrance.

Elle avait eu d'autres projets; et, malgrél'amour qu'elle portait à ses parents, elle aurait préféré continuer à vivre dans la solitude de Clamart, lamentable sans doute en hiver, gagnant son pain comme elle pouvait, fût-ce à peindre des éventails si l'inspiration continuait à lui manquer, plutôt que de rentrer rue Darcet. C'est que maintenant son cœur se trouvait partagé, et c'est que maintenant aussi il fallait choisir. Retrouver ses parents, c'était s'arracher à Lionel et à son enfant. Le bébé, naturellement, irait en nourrice. Une nourrice!... Non pas la fraîche et florissante Bourguignonne, couronnée de rubans coquets, dorlotant le cher poupon sous l'œil vigilant de la mère; mais quelque hâve et maigre ouvrière des environs de Paris, surchargée d'enfants, qui, tandis qu'elle se hâte à sa besogne, laisse les petits traîner à terre entre le poële de fonte, devant lequel sèchent des linges, et le baquet de lessive exhalant son odeur fade. Puis—abominable douleur!—il faudrait renoncer à Lionel... Il faudrait, non seulement perdre la faible part qu'elle avait encore dans son cœur, et ses caresses si douces et si rares, mais il faudrait se dire que tout cela, et plus encore, appartiendrait à quelque autre. Car—elle y était bien résolue, elle en avait assez de mentir!—dès qu'elle aurait remis le pied sous le toit paternel, elle briserait toute relation avec son amant. Elle ne s'exposerait plus,elle n'exposerait plus ses parents à des catastrophes plus terribles encore. Elle ne récompenserait pas l'indulgence, la miséricorde, l'héroïque appui de sa mère, en la trompant perpétuellement, en apportant le désordre, à demeure, dans sa maison. Elle n'avait plus, la malheureuse Renée, les illusions insensées qui tout d'abord avaient embelli, pour elle-même, sa propre faute. Elle voyait clair. Elle ne pourrait plus sortir des bras de Lionel et rapporter un front paisible à la table de ses parents. La coupe des voluptés—si douce encore—ne présentait plus à ses lèvres le breuvage céleste que, jadis, elle croyait y puiser et dont la sublime ivresse exaltait son âme; c'était une liqueur de feu qui en débordait maintenant pour lui brûler les veines. S'il lui plaisait d'y tremper ses lèvres et d'en mourir, du moins elle garderait le poison pour elle seule... Non, non, quoi qu'il arrivât, elle ne mentirait plus à sa mère qui lui avait si généreusement pardonné!

Lionel, à qui, souvent, elle avait parlé de tout cela, et qui la savait décidée, sincère, gardait quelque inquiétude.

Il avait eu beau lui montrer qu'il ne voulait pas demeurer avec elle, lui faire prévoir qu'en hiver il viendrait la voir plus rarement encore, il la savait résolue à rester à la campagne toute seule, s'il le fallait, élevant son enfant et peut-êtremême s'obstinant à ce projet—absurde selon lui au suprême degré—de le nourrir elle-même.

—C'est l'idée de m'accaparer finalement qui l'entête, pensa-t-il. Je vais faire semblant de me détacher d'elle. Je la sais fière. Elle renoncera à moi, retournera chez elle en se voyant décidément quittée. Puis, une fois mon joli oiseau rentré en cage, quelque scène de repentir, quelque larme versée à propos devant le berceau du petit, arrangeront tout en un instant. La pauvre mignonne retombera dans mes bras sans qu'il y ait dignité ni respect filial qui tienne. Je la connais, ma Renée, si crédule, si vite attendrie. La charmante scène, et que ce sera amusant de la reconquérir!

Là-dessus, s'absolvant du mal qu'il causait sous le prétexte que ce mal ne venait pas de ses vrais sentiments et serait bientôt réparé, Lionel écrivit à Renée des lettres pleines de réticences, dont le mystère torturait la jeune femme plus que ne l'eût fait quelque dure vérité, et dont lui-même peut-être—il faut l'espérer pour lui—n'imaginait pas la cruauté atroce.

Poussée à bout par son intolérable souffrance, Renée lui écrivit enfin pour le conjurer de lui dire sa secrète pensée, sans rien en garder par devers lui. «Si tu as cessé de m'aimer, ne crains pas de me l'avouer, disait-elle. Tout, vois-tu, tout, plutôt que ce noir abîme d'incertitudesoù je m'enfonce avec une angoisse qui m'affole.»

Il répondit en avouant qu'il avait découvert qu'en effet il ne l'aimait pas aussi exclusivement qu'il avait cru l'aimer. Comme indice de cette découverte, il lui disait: «Ton souvenir n'est pas assez fort en moi pour m'empêcher de regarder et de désirer d'autres femmes. Mon inconstance est inguérissable, même par toi, pauvre ange. Renonce à ton méchant Lionel, rentre dans ta famille où tu retrouveras le calme et le repos moral que tu te plains d'avoir perdus. Mais surtout dis-moi que tu me pardonnes et rouvre-moi ton cœur que tu sembles presque me fermer ainsi que tes bras depuis quelque temps. Tu ne mets point de baiser au bas de ta lettre. Moi, je t'embrasse, au contraire, très longuement et tendrement.»

Elle lui écrivit:

«Tu me demandes, Lionel, de te pardonner ta franchise; tu me demandes de t'ouvrir de nouveau mon cœur. Que veux-tu donc voir dans ce pauvre cœur brisé, anéanti? Si je te laissais y pénétrer jusqu'au fond, je crois que tu ne pourrais jamais te consoler d'avoir fait tant de mal.«Ta franchise, je te la pardonne et je t'en sais gré. Peut-être l'horrible premier moment une fois passé, souffrirai-je moins que je nesouffrais de l'inquiétude vague, du pressentiment triste qui souvent, cet été, a causé mes larmes. Tu croyais que le seul souci de ma position les faisait couler. Tu te trompais. Ne t'ai-je pas dit que l'humiliation, le travail, la solitude me sembleraient chers tant que j'aurais ces deux trésors: ton amour et notre enfant.«Mais cet amour, ce précieux amour, qui m'aurait rendue heureuse à travers les plus grandes difficultés de la vie, tu t'appliquais à me faire sentir que nous ne le comprenions pas de la même façon. Pour moi, c'était le don absolu, la confiance, l'ivresse, le bonheur... Pour toi, c'était un accident, un hasard, une distraction qui devait, tôt ou tard, devenir monotone.«Tôt ou tard!...«Dieu! je t'aimais tant que j'espérais quand même... Tard... Oh! ce serait peut-être bien tard!... Jamais, jamais je n'aurais cru que ce serait si tôt!«Quelques mois...«Ah! je sentais pourtant que je valais mieux qu'un caprice! Puis j'avais ce gage béni, cet enfant qui me rendait si forte! Tant qu'il serait en moi, tant que, tout petit, sa faiblesse demanderait qu'il nous eût ensemble à ses côtés, tous les deux, tu ne me quitterais pas, tu me garderais ton amour, et, comme j'avais l'enfant par le père, j'aurais aussi le père par l'enfant.«Oh! ces liens d'une adorable douceur, mon Lionel, tu as pu les briser!«Et sur quel reproche as-tu fondé le terrible arrêt qui devait me plonger dans le désespoir et faire connaître le malheur à ton enfant avant qu'il fût au monde? Voilà:«Je ne te suffis plus. Mon image ne t'empêche pas de regarder d'autres femmes.«C'est irrévocable. Contre une semblable raison, il n'y a pas d'appel possible.»

«Tu me demandes, Lionel, de te pardonner ta franchise; tu me demandes de t'ouvrir de nouveau mon cœur. Que veux-tu donc voir dans ce pauvre cœur brisé, anéanti? Si je te laissais y pénétrer jusqu'au fond, je crois que tu ne pourrais jamais te consoler d'avoir fait tant de mal.

«Ta franchise, je te la pardonne et je t'en sais gré. Peut-être l'horrible premier moment une fois passé, souffrirai-je moins que je nesouffrais de l'inquiétude vague, du pressentiment triste qui souvent, cet été, a causé mes larmes. Tu croyais que le seul souci de ma position les faisait couler. Tu te trompais. Ne t'ai-je pas dit que l'humiliation, le travail, la solitude me sembleraient chers tant que j'aurais ces deux trésors: ton amour et notre enfant.

«Mais cet amour, ce précieux amour, qui m'aurait rendue heureuse à travers les plus grandes difficultés de la vie, tu t'appliquais à me faire sentir que nous ne le comprenions pas de la même façon. Pour moi, c'était le don absolu, la confiance, l'ivresse, le bonheur... Pour toi, c'était un accident, un hasard, une distraction qui devait, tôt ou tard, devenir monotone.

«Tôt ou tard!...

«Dieu! je t'aimais tant que j'espérais quand même... Tard... Oh! ce serait peut-être bien tard!... Jamais, jamais je n'aurais cru que ce serait si tôt!

«Quelques mois...

«Ah! je sentais pourtant que je valais mieux qu'un caprice! Puis j'avais ce gage béni, cet enfant qui me rendait si forte! Tant qu'il serait en moi, tant que, tout petit, sa faiblesse demanderait qu'il nous eût ensemble à ses côtés, tous les deux, tu ne me quitterais pas, tu me garderais ton amour, et, comme j'avais l'enfant par le père, j'aurais aussi le père par l'enfant.

«Oh! ces liens d'une adorable douceur, mon Lionel, tu as pu les briser!

«Et sur quel reproche as-tu fondé le terrible arrêt qui devait me plonger dans le désespoir et faire connaître le malheur à ton enfant avant qu'il fût au monde? Voilà:

«Je ne te suffis plus. Mon image ne t'empêche pas de regarder d'autres femmes.

«C'est irrévocable. Contre une semblable raison, il n'y a pas d'appel possible.»

Cette lettre, commencée sur un ton assez ferme, s'achevait dans des attendrissements navrés. Cependant Renée avait la force de repousser le baiser envoyé par Lionel, le suppliant, puisqu'il ne l'aimait plus, de ne jamais réveiller les caresses passées, de ne jamais l'exposer à la tentation d'être pour lui moins qu'elle n'avait rêvé d'être, de ne jamais, puisqu'il lui retirait son cœur, lui demander ses lèvres, et la faire succomber dans une épreuve d'où elle sortirait le cœur et l'esprit désespérément troublés. Elle préférait ne pas le revoir.

«Te rappelles-tu, disait-elle, te rappelles-tu l'une de tes premières lettres où tu refusais de me voir enami, craignant de souffrir. Ah! je l'ai sous les yeux, cette lettre passionnée, et jene puis la lire jusqu'au bout à travers mes larmes.«Aujourd'hui, c'est moi qui t'adresse la prière que tu me faisais alors. Alors!... Et il n'y a pas un an! Et mon amour a grandi depuis, jour après jour, minute après minute... Et notre petit enfant n'est pas né!...«Le berceau est là, dans notre chambre. Un joli berceau, tout neuf, tout brodé, tout blanc...«Moi, je suis seule, je m'assieds auprès, je couds les petits draps.«Oh! quelle affreuse douleur!»

«Te rappelles-tu, disait-elle, te rappelles-tu l'une de tes premières lettres où tu refusais de me voir enami, craignant de souffrir. Ah! je l'ai sous les yeux, cette lettre passionnée, et jene puis la lire jusqu'au bout à travers mes larmes.

«Aujourd'hui, c'est moi qui t'adresse la prière que tu me faisais alors. Alors!... Et il n'y a pas un an! Et mon amour a grandi depuis, jour après jour, minute après minute... Et notre petit enfant n'est pas né!...

«Le berceau est là, dans notre chambre. Un joli berceau, tout neuf, tout brodé, tout blanc...

«Moi, je suis seule, je m'assieds auprès, je couds les petits draps.

«Oh! quelle affreuse douleur!»

Et, de nouveau, en réponse à ses franches paroles, si plaintives, si déchirantes dans leur effort pour être toujours vaillantes, justes et dignes, elle reçut un de ces petits billets vagues, pleins de molles caresses, d'équivoques repentirs, de protestations, étranges après les brutales déclarations d'inconstance et de lassitude.

De nouveau, elle prit la plume; et cette fois, vaincue, épuisée par cette lutte contre l'invisible, par cette espèce de cauchemar dans lequel elle se débattait, ne connaissant plus rien de vrai que son malheur et sa tendresse, elle laissa déborder de son cœur ces lignes d'ironie, de désespoir, et de folle passion:

«Pauvre Lionel! pauvre ami bien aimé!«C'est tout?... C'est tout ce que tu as trouvé dans ton cœur après quatre jours de cruel silence: «Tu ne sais que me dire, mais tu m'embrasses...»«Et tout ce que je puis comprendre est ceci: «Malheureuse Renée, tu souffres. Tu souffriras bien plus encore... Pourtant ne pense pas à demain, puisque aujourd'hui il me reste encore un baiser pour toi.»«Mon Lionel, c'est là ton amour!«Tu me demandes d'être «bonne, grande et dévouée». Il faut donc bien de la bonté, bien du dévoûment, bien de la force, pour t'aimer comme tu désires l'être?«J'aurais voulu un peu de bonheur.«Eh bien, oui, je te cède... Eh bien, oui, je tombe dans tes bras... Eh bien, oui, j'oublie tout dans ton baiser... J'oublie les heures de navrante solitude, les vaines attentes, les doutes amers, et les sanglots des nuits silencieuses. J'oublie jusqu'au lendemain, ce lendemain que, de sang-froid, tu me fais entrevoir plus atrocement désespéré que n'a été la veille. J'oublie... et je prolonge cet oubli... et je me serre éperdument contre ton cœur.«Mais un baiser, si long qu'il soit, n'est qu'un éclair. Il s'achève, nos lèvres se séparent... Et quand alors je cherche dans tes yeux, dans tabouche, dans ton cœur, ce que j'ai cru toucher pendant l'ivresse d'une seconde: la sympathie toute puissante, l'espoir sans lequel on ne peut vivre, la confiance sans laquelle on ne peut aimer, tu réponds, Lionel, tu réponds: «Je ne sais que te dire.»«Oh! moi, je saurai toujours que te dire, parce que je t'aime. Toi, qui ne veux pas me montrer ton cœur, toi qui ne veux pas, qui ne veux pas me le donner, avoue-le, tu ne m'aimes pas.«Mais je te prie de l'avouer... Tu l'as fait. Que veulent dire ces paroles de tendresse hésitante que tu m'adresses à présent? Dieu sait que je ne les repousse pas. J'ai baisé ta lâche petite lettre, où tu ne sais qu'invoquer les caresses contre lesquelles tu me sais si faible.«Es-tu bien sûr que je le sois encore? Ah! Lionel, peut-être trouverai-je enfin, dans mon désespoir même, la force de me défendre contre toi.«Car je dois me défendre, je dois me reprendre. Tu me tues, tu me brises, tu m'anéantis moralement. J'avais rêvé que ton amour serait une force. J'étais pleine d'énergie, d'ambition, d'espérance, de gaîté, quand je suis allée un jour mettre ma main dans la tienne, et te dire avec tant d'imprudence et de sincérité: «Je crois en vous, faisons alliance.» Et que tu m'asrépondu: «C'est impossible, car je vous aime.»«Tu le sais bien, c'est ainsi que je te plaisais, et peut-être que maintenant, si tu te trouves désappointé, c'est que, par l'inquiétude et l'étonnement que m'a causés la découverte de ton inconcevable faiblesse morale, ma propre ardeur, qui te charmait, s'est éteinte et s'est effacée.«Tu m'apparaissais comme une sorte de Girondin, mais plus mâle et plus décidé, comme un tribun patriotique et généreux, comme un philosophe ardemment épris de l'idée, impatient de la convertir en faits, surtout comme une intelligence dévouée planant au-dessus des avilissants égoïsmes de notre époque. Je me faisais la plus haute idée de la façon dont tu devais comprendre l'amour.«Une union libre, soit! mais fière et pure. La sécurité du cœur faisant l'indépendance de l'esprit. Un enfant, source d'expériences nouvelles et d'intimité plus profonde, adorable lien, faiblesse qui nous eût donné de la force.«Ce rêve, Lionel, tu ne veux pas le réaliser avec moi. Je dois en former un autre si je veux me retrouver moi-même, un rêve de travail solitaire et de dévoûment... Dévoûment à mes vieux parents, dévoûment aussi au cher être que tu m'as donné, et pour la naissance duquel, malgré tout, je te bénirai, ô mon ami!«Dans ce rêve austère, je t'assure, il n'y a pas de place pour tes caresses, d'autant plus amollissantes qu'elles seraient plus douces et plus chères. Si tu ne vois qu'elles dans l'amour, laisse-moi. Tu es de bonne foi peut-être en pensant qu'elles me consoleraient. Elles ne feraient que me montrer le vide immense et le néant de mes illusions. Non, je te le jure, il me semble que désormais je ne pourrais plus t'embrasser qu'en sanglotant.«Mais vois donc quelle serait ma vie, et, je t'en supplie, aie pitié de moi!«Tu me demandes de t'aimer... O mon amour! souhaite-moi donc, oh! souhaite-moi de t'oublier. O Lionel! ô Lionel! Où es-tu? Est-ce que tu ne m'entends pas pleurer?«Sais-tu seulement comme je t'aimais? Sais-tu que mes petites chambres solitaires ont vu depuis trois semaines couler plus de larmes que jamais tu ne m'as donné de baisers... que jamais tu ne pourrais m'en donner quand tu me garderais tous ceux de ton cœur.«Oh! vraiment, je souffre trop!«Adieu, mon Lionel. Je te rends ton baiser. Oui, je veux être sincère: tu as écrit que tu me prenais contre ton cœur, et, dans ma pensée, j'y suis restée longtemps...»

«Pauvre Lionel! pauvre ami bien aimé!

«C'est tout?... C'est tout ce que tu as trouvé dans ton cœur après quatre jours de cruel silence: «Tu ne sais que me dire, mais tu m'embrasses...»

«Et tout ce que je puis comprendre est ceci: «Malheureuse Renée, tu souffres. Tu souffriras bien plus encore... Pourtant ne pense pas à demain, puisque aujourd'hui il me reste encore un baiser pour toi.»

«Mon Lionel, c'est là ton amour!

«Tu me demandes d'être «bonne, grande et dévouée». Il faut donc bien de la bonté, bien du dévoûment, bien de la force, pour t'aimer comme tu désires l'être?

«J'aurais voulu un peu de bonheur.

«Eh bien, oui, je te cède... Eh bien, oui, je tombe dans tes bras... Eh bien, oui, j'oublie tout dans ton baiser... J'oublie les heures de navrante solitude, les vaines attentes, les doutes amers, et les sanglots des nuits silencieuses. J'oublie jusqu'au lendemain, ce lendemain que, de sang-froid, tu me fais entrevoir plus atrocement désespéré que n'a été la veille. J'oublie... et je prolonge cet oubli... et je me serre éperdument contre ton cœur.

«Mais un baiser, si long qu'il soit, n'est qu'un éclair. Il s'achève, nos lèvres se séparent... Et quand alors je cherche dans tes yeux, dans tabouche, dans ton cœur, ce que j'ai cru toucher pendant l'ivresse d'une seconde: la sympathie toute puissante, l'espoir sans lequel on ne peut vivre, la confiance sans laquelle on ne peut aimer, tu réponds, Lionel, tu réponds: «Je ne sais que te dire.»

«Oh! moi, je saurai toujours que te dire, parce que je t'aime. Toi, qui ne veux pas me montrer ton cœur, toi qui ne veux pas, qui ne veux pas me le donner, avoue-le, tu ne m'aimes pas.

«Mais je te prie de l'avouer... Tu l'as fait. Que veulent dire ces paroles de tendresse hésitante que tu m'adresses à présent? Dieu sait que je ne les repousse pas. J'ai baisé ta lâche petite lettre, où tu ne sais qu'invoquer les caresses contre lesquelles tu me sais si faible.

«Es-tu bien sûr que je le sois encore? Ah! Lionel, peut-être trouverai-je enfin, dans mon désespoir même, la force de me défendre contre toi.

«Car je dois me défendre, je dois me reprendre. Tu me tues, tu me brises, tu m'anéantis moralement. J'avais rêvé que ton amour serait une force. J'étais pleine d'énergie, d'ambition, d'espérance, de gaîté, quand je suis allée un jour mettre ma main dans la tienne, et te dire avec tant d'imprudence et de sincérité: «Je crois en vous, faisons alliance.» Et que tu m'asrépondu: «C'est impossible, car je vous aime.»

«Tu le sais bien, c'est ainsi que je te plaisais, et peut-être que maintenant, si tu te trouves désappointé, c'est que, par l'inquiétude et l'étonnement que m'a causés la découverte de ton inconcevable faiblesse morale, ma propre ardeur, qui te charmait, s'est éteinte et s'est effacée.

«Tu m'apparaissais comme une sorte de Girondin, mais plus mâle et plus décidé, comme un tribun patriotique et généreux, comme un philosophe ardemment épris de l'idée, impatient de la convertir en faits, surtout comme une intelligence dévouée planant au-dessus des avilissants égoïsmes de notre époque. Je me faisais la plus haute idée de la façon dont tu devais comprendre l'amour.

«Une union libre, soit! mais fière et pure. La sécurité du cœur faisant l'indépendance de l'esprit. Un enfant, source d'expériences nouvelles et d'intimité plus profonde, adorable lien, faiblesse qui nous eût donné de la force.

«Ce rêve, Lionel, tu ne veux pas le réaliser avec moi. Je dois en former un autre si je veux me retrouver moi-même, un rêve de travail solitaire et de dévoûment... Dévoûment à mes vieux parents, dévoûment aussi au cher être que tu m'as donné, et pour la naissance duquel, malgré tout, je te bénirai, ô mon ami!

«Dans ce rêve austère, je t'assure, il n'y a pas de place pour tes caresses, d'autant plus amollissantes qu'elles seraient plus douces et plus chères. Si tu ne vois qu'elles dans l'amour, laisse-moi. Tu es de bonne foi peut-être en pensant qu'elles me consoleraient. Elles ne feraient que me montrer le vide immense et le néant de mes illusions. Non, je te le jure, il me semble que désormais je ne pourrais plus t'embrasser qu'en sanglotant.

«Mais vois donc quelle serait ma vie, et, je t'en supplie, aie pitié de moi!

«Tu me demandes de t'aimer... O mon amour! souhaite-moi donc, oh! souhaite-moi de t'oublier. O Lionel! ô Lionel! Où es-tu? Est-ce que tu ne m'entends pas pleurer?

«Sais-tu seulement comme je t'aimais? Sais-tu que mes petites chambres solitaires ont vu depuis trois semaines couler plus de larmes que jamais tu ne m'as donné de baisers... que jamais tu ne pourrais m'en donner quand tu me garderais tous ceux de ton cœur.

«Oh! vraiment, je souffre trop!

«Adieu, mon Lionel. Je te rends ton baiser. Oui, je veux être sincère: tu as écrit que tu me prenais contre ton cœur, et, dans ma pensée, j'y suis restée longtemps...»


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