Quelques instants après, le Colonel Evelyn entra. A la vue du groupe qui sa présenta à son regard préoccupé, il sourit involontairement.
En voyant arriver ce grand étranger, le petit qu'Antoinette tenait sur elle, s'enfonça plus serré dans les vêtements de la jeune fille et s'y blottit avec autant de naturel que si sa petite tête eût été habituée à reposer près d'un corsage de soie et à effleurer des bijoux.
Antoinette était réellement belle en ce moment; l'expression de ses traits, en promenant les yeux de l'un de ses petits auditeurs à l'autre, lui donnait un charme que sa beauté ne lui avait jamais peut-être communiqué dans un salon ou une salle de bal.
A l'arrivée d'Evelyn, elle s'informa avec empressement du sort des chevaux.
--Notre hôte est à y voir répondit-il avec indifférence, et il va revenir dans quelques instants. Mais, dites-moi, n'avez-vous réellement pas souffert de notre mésaventure? Ne ressentez-vous aucune douleur, aucun mal?
--Non--oui--je ressens là comme une vive douleur, dit-elle en découvrant jusqu'au coude un joli bras rond parfaitement formé et en indiquant une large meurtrissure qui se faisait remarquer à sa douce surface.
La figure du Colonel trahit une certaine émotion lorsque ses yeux tombèrent sur ce charmant petit bras qui semblait presque dénoter la faiblesse d'une enfant, et en se rappelant l'intrépide courage que l'héroïque jeune fille avait déployé dans la rude épreuve par laquelle ils venaient de passer.
--Mademoiselle, dit-il, je dois vous demander pardon de ma maladresse, car vous devez avoir reçu cette meurtrissure lorsque je vous ai jetée hors de la voiture. Il m'aurait été si facile de sauter à terre on vous tenant dans mes bras! mais je craignais que mes pieds s'embarrasseraient dans les manteaux et les fourrures qui remplissaient la voiture et causeraient ainsi notre perte mutuelle. Puis-je maintenant faire quelque chose pour réparer ma gaucherie? Laissez-moi, je vous prie, laver ce bras avec un peu d'eau froide.
--Oh! non, ce n'est qu'une bagatelle que Jeanne soignera lorsque je serai de retour à la maison, répondit-elle en souriant et en rougissant un peu pendant qu'elle ramenait vivement sa manche.
Un silence de quelques instants s'établit entre les deux jeunes gens; puis, le Colonel Evelyn, qui regardait fixement Antoinette depuis quelques minutes, ne put s'empêcher de s'exclamer:
--Savez-vous que vous vous êtes conduit en véritable héroïne! pas le moindre mouvement, pas la plus légère exclamation de frayeur! et cependant, si j'ai bien compris l'expression de votre contenance, vous étiez grandement alarmée.
Antoinette hésita un instant, puis elle répondit timidement, sans cependant pouvoir réprimer un léger sourire qui était venu effleurer ses lèvres:
--On dit qu'une grande crainte neutralise presque une autre crainte; eh! bien, terrifiée que j'étais par la course effrénée des chevaux, j'avais également peur de vous.
--Comment? de moi! s'écria-t-il étonné.
--Oui, de vous. En premier lieu, je ne me trouvais dans votre voiture que grâce à une simple politesse; je vous avais été imposée, sans être désirée ni demandée: j'étais donc doublement loin de me trouver à l'aise----
Oh! ne m'interrompez pas, continua-t-elle pendant qu'Evelyn essayait par quelques mots de dissentiment à combattre cette idée.
Mais il se rappela aussitôt, avec quelque chose comme un remords, le jugement sévère qu'il avait porté sur elle avant qu'elle montât en voiture.
--En second lieu, poursuivit Antoinette-----
Ici la jeune Elle se sentit plus embarrassée et s'arrêta.
--Et quoi, en second lieu? demanda son interlocuteur, tant soit peu intrigué.
--Eh! bien, on m'avait dit que vous étiez un ennemi invétéré des femmes. J'étais donc autorisée à croire que vous ne manifesteriez qu'une bien faible indulgence pour les craintes ou les caprices d'une femme.
A ces mots une apparence de douleur mentale chassa le sourire qui s'était fait remarquer depuis quelques instants sur le visage du Colonel et ce fut presqu'involontairement qu'il répondit:
--Le caractère peu enviable que vous me donnez a été gagné et porté par, plusieurs simplement parce qu'ils pratiquent une prudence qui leur a été enseignée par l'expérience.
Ces mots furent prononcés d'un ton bas et contraint, et celui qui les avait murmurés s'approcha de la petite fenêtre comme pour mettre fin à cette conversation.
Soudainement, le bruit de deux coups de fusils tirés presque sans intermission fit bondir la jeune fille dont le système nerveux, malgré le calme apparent qu'elle affectait, avait été violemment ébranlé par la scène de tout-à-l'heure, et une exclamation de terreur s'échappa de sa bouche. De son côté, le militaire avait tressailli en entendant ce bruit; mais presqu'aussitôt il recouvra son sang-froid, et, se tournant vers Antoinette, il lui dit avec bienveillance:
--N'ayez pas peur, Mademoiselle de Mirecourt: c'est notre hôte qui vient de faire un acte de charité, en mettant fin, aux atroces souffrances de mes pauvres chevaux mutilés.
--Quoi! tués tous les deux!
Et, involontairement, la jeune fille joignit ses mains l'une dans l'autre.
--Oui. Après avoir bien examiné leur triste position et m'être convaincu que leur laisser la vie dans cet état serait prolonger inutilement leur cruelle agonie, j'ai envoyé notre obligeant assistant chercher un fusil dans une maison voisine, et, je lui ai laissé le pénible devoir, de les débarrasser de, leurs douleurs. Je n'ai pas été assez, courageux pour assister à l'accomplissement du sacrifice.
Après un moment de silence, Antoinette reprit d'une voix agitée:
--Je ne puis vous exprimer comme il faut, Colonel Evelyn, le chagrin, que j'éprouve, pour vous aussi bien que pour la part indirecte que j'ai eue dans ce malheureux événement; ni vous dire combien je suis peinée de voir que mon souvenir sera attaché, dans votre mémoire, à une des circonstances les plus désagréables qui auront probablement marqué votre séjour en Canada.
--Ne dites, pas cela, Mademoiselle de Mirecourt, s'empressa-t il de répondre. Félicitez-moi plutôt de la bonne fortune qui a voulu que vous fussiez avec moi au lieu, de Madame d'Aulnay ou quelqu'autre femme timide dont, les craintes, traduites par des cris et des exclamations, auraient infailliblement entraîné la perte de deux vies autrement précieuses que celles d'une couple de chevaux. Je vous le répète: peu de femmes auraient pu déployer ce sang froid, cette possession d'elles-mêmes, que vous avez montrés aujourd'hui, et qui ont plus fait, pour notre salut à tous les deux mon habileté en fait d'équitation... Mais voici venir notre humble ami avec les débris de notre équipage.
Antoinette s'approcha de la fenêtre et vit leur hôte et une couple d'autres habitants qu'il avait amené avec lui pour l'aider, s'approcher, portant un devant de voiture richement sculpté ainsi que les superbes robes peau de tigre qui se trouvaient dans l'équipage lors de l'accident. Ces dernières qui avaient été imbibées par leur immersion dans l'eau furent bientôt étendues, pour sécher, sur le petit mur de pierre qui entourait le jardin, et les trois hommes se mirent alors en frais de retirer le corps de la voiture et de le placer avec les autres débris.
Pendant qu'ils travaillaient ainsi et causaient entr'eux de l'accident qui venait d'avoir lieu, ils entendirent le tintement de plusieurs clochettes, et ils virent presqu'aussitôt arriver la cavalcade de nos connaissances. Tout-à-coup, le Major Sternfield qui, on le sait, conduisait Madame d'Aulnay, apercevant la voiture brisée et reconnaissant les robes étendues à quelques pas de là, imprima un violent coup d'arrêt aux rênes qu'il tenait, sans plus s'inquiéter du cri perçant que ce mouvement avait arraché à sa partenaire, et sauta à terre. De suite, faisant signe aux hommes de s'approcher, il les pressa de questions et en reçut des informations qui le rassurèrent ainsi que Madame d'Aulnay dont la terreur, aux premiers indices de l'accident, avait été extrême. Sternfield l'aida à descendre de la voiture; ils entrèrent dans la maison qu'on leur avait indiquée, et où ils furent suivis par les autres touristes, également curieux et en proie à une grande excitation.
Comme bien on le pense, chacun s'empressa d'offrir ses sympathies et ses félicitations à Mademoiselle de Mirecourt de ce qu'elle était saine et sauve. La plupart des messieurs furent également sincères dans leurs condoléances au Colonel Evelyn sur la perte de ses magnifiques chevaux; mais celui-ci reçut ces expressions de regret avec plus d'impatience que de gratitude.
On tint ensuite conseil sur la manière dont s'effectuerait le retour à la maison des acteurs de la scène qui venait de se passer. Il fut décidé que le domestique de Madame d'Aulnay donnerait sa place, à l'arrière, au Major Sternfield qui, en retour, céderait à Antoinette celle qu'il occupait près de Madame d'Aulnay. Evitant instinctivement les voitures dans lesquelles il y avait quelque Dame, Evelyn trouva la moitié d'un siège dans uncutterdéjà presque rempli par le majestueux Dr. Manby et un autre officier; mais il parvint à s'y maintenir jusqu'à ce qu'ils arrivèrent à Lachine.
Là ils arrêtèrent, pour se reposer et prendre quelques rafraîchissements, à un hôtel passablement commun, mais qui était le seul dans le village; heureusement, le Major Sternfield, avec une prévoyance digne des plus grands éloges, avait fait placer dans une des voitures un large panier rempli de vins choisis et d'autres rafraîchissements qui furent accueillis avec joie, cela va sans dire.
Le coucher du soleil si hâtif en hiver éclairait de ses derniers feux la maison de Madame d'Aulnay, quand les touristes s'arrêtèrent devant la porte. Des adieux pleins d'amitié furent échangés de part et d'autres, puis chacun se sépara pour retourner chez soi.
Cependant, avant de prendre congé, le Colonel Evelyn pressa avec bonté la main d'Antoinette, et manifesta encore une fois l'espoir que le lendemain la verrait complètement remise des effets de la terreur qu'elle avait éprouvée durant la journée.
Moins satisfait, le Major Sternfield insista auprès de Madame d'Aulnay pour avoir la permission d'entrer avec elles dans la maison, ou au moins de revenir le même soir. Tout en souriant, Lucille refusa péremptoirement cette double demande, déclarant que la pâleur de Mademoiselle, de Mirecourt démontrait à l'évidence qu'elle avait besoin d'un repos immédiat et absolu.
Durant la soirée, Madame d'Aulnay alla trouver Antoinette dans sa chambre, et, après l'avoir questionnée et transquestionnée au sujet de la mésaventure du jour, elle demanda si ce ne serait pas une indiscrétion que de chercher à connaître le contenu des lettres qu'elle avait reçues de chez elle. Quoiqu'à contre-coeur, Antoinette les lui donna, pendant que Lucille, lui passant le bras autour du cou, lui disait:
--Tu ne dois avoir aucun secret pour moi, petite cousine! Tu n'as ni mère ni soeur à qui te confier: prends-moi pour amie et confidente.
Elle lut la lettre de M. de Mirecourt doucement et avec attention, et la replia sans faire aucun commentaire; mais après avoir jeté un rapide coup-d'oeil sur celle de Madame Gérard, elle la froissa, entre ses mains, puis, ouvrant la porte du poêle, elle la jeta au feu.
Cette action avait tellement pris Antoinette par surprise, que le papier était en cendres ayant, qu'elle eût pu deviner l'intention de sa cousine; mais revenant bientôt de cet étonnement mêlé d'indignation, elle s'écria, les joues animées:
--Pourquoi avez-vous fait cela, Madame d'Aulnay?
--Simplement parce que je ne veux pas voir ma chère petite cousine devenir misérable à force de lire et de méditer les lettres prosaïques d'une vieille femme à l'esprit étroit et sévère. Pourquoi? parce que cette absurde épître t'a donné un affreux mal de tête hier, grâce aux larmes qu'elle t'a fait répandre; parce que, enfin je ne voulais pas voir la chose se répéter aujourd'hui surtout que tu es dans un état nerveux et épuisé.
--Tu as très-mal fait, répliqua la jeune fille?... Je n'en dis pas plus, car je sais que tes intentions étaient bonnes.
--Je t'offre mille remerciements, petite, pour le prompt pardon que tu veux bien m'accorder; en retour, je vais te faire part d'un secret que je viens de découvrir----
Quoi! tu ne t'empresses pas de demander ce que c'est? Eh! bien, je vais te le dire sans cela: c'est que tu as fait la pleine et entière conquête du plus bel homme de notre cercle de connaissances: Audley Sternfield est profondément amoureux de toi!
A ces mots, une vive rougeur couvrit le visage d'Antoinette. Madame d'Aulnay reprit avec, une charmante espièglerie:
--Et, pour te rendre compte de toutes mes découvertes, je dois ajouter que je ne crois pas; que ce ne soit sans retour.
La jeune fille voulus se défendre, mais sa routeur et sa confusion augmentèrent; force lui fut de subir en silence les plaisanteries de sa cousine. Lorsque celle-ci eut fini, elle reprit avec gravité:
--Lucille, crois-moi, je suis sincère en disant que je ne pense pas l'aimer. J'ai, il est vrai, beaucoup d'admiration pour lui, je préfère même sa société à celle de la plupart des autres----
--Eh! bien, délicieuse petite innocente, qu'est-ce que c'est que cela, sinon de l'amour? lorsque je fus mariée à M. d'Aulnay, moi, je n'en ressentais pas de la moitié autant. Sérieusement, tu es très-heureuse, et tu seras un sujet d'envie pour toutes les jeunes filles nos amies. Indépendamment de ses dons personnels qui sont considérables, le Major Sternfield appartient à une excellente famille et malgré sa jeunesse, il occupe un rang élevé dans l'armée. Six ans après ton union avec lui, tu seras probablement la femme d'un Colonel!
--Mariée à lui, Lucille! Comment peux-tu parler aussi légèrement? N'as-tu pas lu, tout-à-l'heure, la lettre de mon père?
--Qu'est-ce à dire, enfant? Qui a jamais entendu parler de pères, dans la vie réelle ou fictive, qui aient fait ce qu'ils auraient dû faire, qui aient agi avec tendresse et d'une manière raisonnable? La plupart cherchent à faire contracter à leurs enfants des mariages qui sont leur malheur, et les empêchent d'en faire qui pourraient leur procurer le bonheur. Une jeune fille doit avoir assez de coeur pour ne permettre à aucune autorité de s'interposer entre elle et celui qu'elle aime, surtout quand celui qu'elle aime est un bon parti.
Sans remarquer l'inconsistance frappante qu'offrait la dernière partie de ces remarques avec ce que sa Cousine avait déjà dit, Antoinette se contenta de répondre:
--Tu ne devrais pas parler ainsi, Lucille. Je ne sais pas ce que peuvent être certains pères; mais ce que je sais, c'est que le mien a toujours été bon et indulgent pour moi, c'est qu'il a toujours agi d'une manière qui lui a mérité mon plus sincère amour et mon plus profond respect.
--Tant que tu as été soumise en toute chose à sa volonté, tout à été au mieux; mais attends que tu te sois avisée de différer d'avec lui sur quelque point important, et tu verras. Crois-moi, chère, j'en connais plus de la vie, qu'il te serait possible d'en savoir: tu auras avant peu; l'occasion de reconnaître l'exactitude de mon opinion.
Hélas! quel guide dangereux était échu en partage à Antoinette! Combien peu de chances avait son candide jugement d'enfant pour lutter contre les brillants sophismes de cette femme du grand monde!
Le lendemain matin, le Colonel Evelyn vint s'informer de la santé de Mademoiselle de Mirecourt; il ne demanda pas à la voir, il laissa simplement sa carte.
--Eh! bien, c'est plus que je ne l'espérais d'un homme demi-barbare comme lui, surtout après la perte de ses magnifiques chevaux,--se contenta d'observer Madame d'Aulnay.
Dans l'après-midi, les Dames descendirent au salon où le Major Sternfield se fit annoncer quelques instants après. Il y avait dans ses manières une douceur indescriptible qui fit croire à Antoinette qu'elle ne l'avait jamais vu auparavant se produire avec autant d'avantage; et elle commença à songer que sa cousine avait deviné juste, qu'elle l'aimait en effet. Contrairement à son habitude. Madame d'Aulnay sortit, sur un futile prétexte, après une demi-heure de conversation, et Antoinette, avec un sentiment de crainte probablement justifié par le souvenir du secret dont sa cousine lui avait fait part la veille, se trouva seule avec Audley Sternfield.
Celui-ci n'était pas homme à laisser échapper l'Occasion qu'il désirait et cherchait depuis si longtemps. Aussi, après avoir fait allusion, avec une éloquence rendue encore plus persuasive par un ton de voix des plus riches, aux alarmes que lui avait causé l'accident de la veille, il se mit à lui faire les déclarations les plus ardentes et les plus passionnées.
Nous croyons inutile d'ajouter combien de pareilles protestations faites pour la première fois à une jeune fille romanesque étaient remplies d'un pouvoir dangereux, et si nos lecteurs veulent bien se rappeler que celui qui les proférait était un homme doué des charmes personnels les plus rares, ils cesseront de s'étonner de voir Antoinette rester confuse, avec la conviction qu'elle devait répondre, dans une certaine mesure, à l'amour qu'on venait de lui vouer.
Cependant, aucune réponse ne se fit entendre, pas même la petite monosyllabeouique Sternfield implorait si ardemment. S'apercevant que les instants, qui étaient pour lui une occasion précieuse, passaient rapides. Audley se jeta tout-à-coup à genoux devant elle, et, prenant sa main dans la sienne, il renouvela sa demande avec une ardeur encore plus passionnée que la première fois.
En ce moment, le bruit d'une porte qu'on fermait à l'extrémité du corridor, vint frapper Antoinette qui s'écria vivement:
--Levez-vous, pour l'amour du ciel! Major Sternfield, relevez-vous! j'entends venir quelqu'un.
--Qu'est-ce que cela fait? Antoinette, je reste dans cette position jusqu'à ce que je reçoive quelque espérance, quelque mot d'encouragement, jusqu'à ce que vous m'ayiez répondu oui.
--Alors,oui!répondit Antoinette d'une voix agitée et presqu'inintelligible. Relevez-vous de suite.
--Merci! merci! murmura-t-il en portant à ses lèvres la main qu'il tenait encore dans la sienne et en passant rapidement dans l'un de ses doigts un superbe jonc d'opale, sceau de leurs fiançailles.
Madame d'Aulnay entra en ce moment, et un léger et joyeux sourire traversa sa figure en promenant ses regards des traits réguliers de Sternfield qui brillaient de triomphe, à la contenance embarrassée et contrainte de sa cousine.
La Major ne prolongea pas sa visite: il avait compris que son départ serait d'an grand soulagement pour sa timide fiancée. Mais il ne partit pas sans avoir préalablement amené Madame d'Aulnay dans l'embrasure d'une fenêtre et lui avoir dit tout bas:
--Comment pourrai-je jamais vous remercier comme vous le méritez, bonne et généreuse amie? Ma déclaration a été favorablement accueillie!
Un sourire bienveillant fut sa réponse, et dès qu'il fut sorti, Madame d'Aulnay alla se jeter sur un canapé près de sa cousine. Celle-ci ne paraissait pas être en veine extraordinaire de conversation. Ne voulant pas forcer ses confidences, Lucille parla de choses indifférentes et se contenta de faire, apparemment sans dessein, un nouvel et pompeux éloge da Sternfield. C'en était assez pour faire disparaître certains doutes qui tourmentaient encore l'esprit de la jeune fille. Lorsque, après la veillée, Antoinette se leva pour souhaiter, suivant son habitude, une bonne nuit à sa cousine, celle-ci s'empara de sa main, et remarquant avec une feinte surprise l'anneau qui brillait à l'un de ses doigts, elle l'embrassa d'une manière significative et lui fit de joyeuses félicitations auxquelles la pauvre Antoinette ne répondit que par une légère pression de main.
Un jour ou deux après, Jeanne vint annoncer au salon une visite pour Mademoiselle de Mirecourt. L'air heureux et satisfait avec lequel elle s'acquitta de cette tâche, offrait un contraste frappant avec le ton rechigné par lequel elle annonçait la visite des officiers dé Sa Majesté le Roi Georges, pour lesquels, individuellement et collectivement, elle se sentait une profonde antipathie.
--Qu'est-ce, Jeanne?
--C'est, Mademoiselle, un jeune Monsieur bien plus charmant que tous ceux que nous avons vus dans cette maison depuis quelque temps.
Madame d'Aulnay sourit tranquillement en entendant ces paroles peu polies, mais elle n'en fit aucune observation.
Après une pause, Jeanne reprit:
--Je suis certaine que Mademoiselle sera, contente de voir M. Beauchesne.
--Louis Beauchesne! répéta la maîtresse de céans. Oh! Antoinette, il apporte probablement quelque lettre, quelque message spécial de chez toi. Aussi, je me sauve dans la Bibliothèque; j'ai à parler à M. d'Aulnay, mais je reviens bientôt. Jeanne, faites monter de suite cecharmantjeune Monsieur.
--Quelques instants après, un jeune homme de vingt-cinq ans à peu près; d'une tournure franche et agréable, entra dans le salon. Il aborda Antoinette avec une familiarité qui annonçait une grande intimité, sinon une profonde amitié, entre elle et lui. Après les premières questions d'usage en pareille circonstance, la jeune fille crut s'apercevoir qu'il y avait une contrainte peu ordinaire dans les manières de son ami. Elle était sur le point de lui demander la cause de cette gêne, quand Louis tira de sa poche une lettre qu'il lui remit, en lui disant d'une voix quelque peu embarrassée:
--De votre père, Antoinette.
Après cette courte information, le jeune homme se leva et se retira vers la fenêtre.
Antoinette eut bientôt décacheté la missive et commença la lecture de ce qu'elle contenait. A mesure qu'elle parcourait, l'étonnement, la perplexité et l'inquiétude se peignaient tour-à-tour sur ses traits. Enfin, n'y pouvant tenir, elle s'écria:
--Louis, connaissez-vous le contenu de cette lettre?
--Je pourrais peut-être le deviner, quoique M. de Mirecourt ne m'en ait pas informé, répondit tranquillement celui-ci.
--Point de faux-fuyants, Louis: vous savez aussi bien que moi que mon père me prévient dans cette lettre, de la manière la plus soudaine et la plus inattendue, qu'il vous a choisi pour être mon futur époux, et que je dois vous recevoir comme tel.
Beauchesne rougit un peu, mais il ne fit aucune réponse. La jeune fille poursuivit avec véhémence:
--Eh! bien, vous ne dîtes rien?--Certainement, vous avouerez avec moi que la chose est parfaitement absurde et déraisonnable.
--Pardonnez-moi, Antoinette,--et la voix tremblante du jeune homme trahissait la mortification et le chagrin qu'il ressentait en lui-même,--pardonnez-moi, mais je ne vois vraiment pas ce qu'il y a de ridicule dans cette proposition. Vivant dans le même cercle, appartenant à la même race et professant la même religion, habitués l'un à l'autre dès la plus tendre enfance.----
--Oui, c'est cela, dit-elle en l'interrompant, la familiarité amicale dans laquelle nous avons grandi, l'un vis-à-vis de l'autre, nous a appris à nous aimer mutuellement, mais seulement comme frère et soeur.
--Encore une fois pardonnez-moi, dit-il en s'efforçant de sourire; dans cette matière je suis juge plus compétent que qui que ce soit: or, je puis vous assurer que mon amour est quelque chose de plus qu'une affection fraternelle.
--Comme vous êtes insupportable, Louis! J'espère que vous ne me parlez de cette façon que pour me contrarier.
--Antoinette!--s'écria Beauchesne en s'approchant et en fixant sur elle un regard pénétrant,--Antoinette! soyez pétulante, sévère si vous le voulez, mais ne soyez pas injuste. Oui, je vousaime, et si l'expression de mon amour ne prend pas le caractère de frénésie que les héros de romans et de mélodrames se croient tenus d'afficher, elle n'en est pas moins sincère ni moins entière.
Pauvre Louis! en ce moment même, Antoinette faisait dans son esprit--au grand désavantage du jeune homme,--un parallèle entre la déclaration rationnelle et pleine de sincérité qu'il venait de lui faire, et les paroles brûlantes, les regards passionnés qu'Audley Sternfield avait mis en réquisition. Peut-être ses pensées se trahirent-elles au dehors, car ce fut avec amertume que Beauchesne reprit presqu'aussitôt:
--Mais j'oubliais une chose importante: voue avez peut-être reçu, depuis votre arrivée dans cette maison, les aveux de ceux qui sont passés maîtres dans l'art où je ne suis, moi, qu'un pauvre novice. Quelles faibles chances de succès ont alors mes paroles simples et pleines de naturel, contre la brillante éloquence de ces hommes d'épée qui ont peut-être fait profession d'amour sous une douzaine de cieux et courtisé autant de femmes: je lutte avec un singulier désavantage. Vous oubliez donc, Antoinette, que vous êtes la première idole que mon coeur a adorée secrètement, que vos oreilles sont les premières dans lesquelles j'ai glissé des mots d'amour et de tendresse!
La vérité de quelques-unes des allusions qu'il venait de faire jetèrent Antoinette dans une confusion telle, qu'elle n'osa pas répondre. Louis crut lire dans cet embarras la justesse de ses reproches.
--Assurément, reprit-il d'une voix dans laquelle le regret avait remplacé l'amertume, assurément, cela ne peut pas être: non, vous ne pouvez pas avoir donné avec autant de précipitation à un étranger l'amour que vous refusez à un ami d'enfance éprouvé.
--Peu importe que cela soit ou ne soit pas, répondit la jeune fille profondément touchée par ces dernières paroles; mais je vous prie de ne pas m'en vouloir si je vous avoue franchement, dans toute la sincérité de mon âme, que je ne pourrai jamais vous rendre amour pour amour.
--Qu'il en soit ainsi! répliqua-t-il d'une voix qu'il s'efforça de rendre calme mais qui trahit par un tremblement de ses lèvres la pénible émotion qu'il éprouvait. A tout prendre, il vaut mieux que nous sachions dès maintenant à quoi nous en tenir l'un et l'autre. Seulement, puisse celui que vous avez choisi se montrer aussi aimant, aussi sincère que je l'aurais été!
Il s'établit alors un silence qui fut bientôt rompu par Antoinette qui, d'une voix pleine de trouble, s'écria tout-à-coup:
--Je crains que papa soit fâché contre moi. Paraissait-il tenir beaucoup à notre mariage?
--Tellement, qu'il n'avait pas même entrevu la possibilité de l'insuccès de ma démarche.
--Alors je puis supposer que dès qu'il aura connaissance de l'état exact des choses, il s'empressera de venir ici, irrité, pour me gronder au point de me faire mourir de chagrin.
Et ses yeux se remplirent de larmes à la perspective que son imagination venait d'évoquer.
Beauchesne, touché,--malgré les amers désappointements qu'il venait d'éprouver,--des craintes naïves de sa cruelle amie, voulut calmer ses alarmes; il l'assura que M. de Mirecourt était trop juste, trop indulgent, pour blâmer sa fille d'avoir refusé sa main là où elle ne pouvait donner son coeur.
--Ah! c'est ce que je ne sais pas. Papa est bon sans doute, mais il n'entend pas souffrir d'objections d'aucune sorte. Cher Louis, si vous vouliez seulement être assez généreux pour me venir en aide?
--De quoi s'agit-il? demanda-t-il d'un ton bref.
--C'est, lorsque vous serez de retour à la maison, de rendre compte à papa des sentiments que vous devriez avoir réellement, de lui dire que, comme mes affections ne correspondent pas aux vôtres, vous vous désistez de vos prétentions à ma main.
--Très-certainement je ne ferai point cela, Antoinette de Mirecourt, répondit-il d'un air dans lequel on pouvait voir un mélange d'irritation et d'ironie. Tenez-vous pour heureuse que je ne lui dise pas que je suis disposé à vous attendre, serait-ce sept ans encore, comme autrefois Jacob a attendu pour sa femme.
--Eh! bien, alors, Louis, dites-moi que vous me pardonnez tout ce qui vient de se passer; dites-moi que nous serons toujours aussi bons amis que nous l'avons été jusqu'ici.
Il eût été difficile de résister à ce regard si touchant, à cette voix si éloquente, à ce ton suppliant. Saisissant donc, dans un élan de généreuse passion, la main de la jeune fille, Beauchesne répondit:
--Volontiers. Oui, puisque nous ne pouvons être unis, restons au moins bons amis.... Mais je dois me retirer; j'ai des affaires pressantes qui m'appellent.
--Vous ne partirez certainement pas avant d'avoir vu Madame d'Aulnay: elle vous en voudrait énormément.
--Franchement, je préfère me passer aujourd'hui du plaisir de la voir. Aussi bien, je dois vous avouer que je ne l'ai guère en très-grande estime.
--Vous voulez plaisanter sans doute. Elle s'attend à ce que vous allez rester ici, et elle serait fâchée contre moi si je vous laissais partir sans la voir. Attendez-moi un petit instant, je m'en vais la chercher.
Durant son absence, un nouveau visiteur, le Major Sternfield, entra dans le salon. En l'apercevant, le jeune Beauchesne, avec la courtoisie qui caractérisait ses manières, s'inclina; mais le brillant officier, se drapant sous cet air de hauteur, sous ce dandysme superbe qu'il avait au moins le bon esprit de cacher lorsqu'il se trouvait en présence de Madame d'Aulnay, de sa cousine et de ses amis, ne daigna pas lui remettre son salut, et se contenta de jeter sur lui un regard inquisiteur comme s'il eut voulu lui faire subir un examen; puis, se jetant dans le fauteuil qu'Antoinette venait de quitter et sur le bras duquel elle avait laissé son mouchoir, il se mit industrieusement à épousseter ses bottes avec sa petite canne à poignée d'agate.
Déterminé à faire sentir à ce beau Monsieur que l'impertinence arrogante n'est la prérogative d'aucune classe et d'aucune profession, Beauchesne traversa l'appartement et vint se placer près de la glace devant laquelle il se mit à arranger sans cérémonie son col et ses cheveux, et ce avec une suffisance qui semblait rivaliser en impertinence avec le dandysme insolent de Sternfield.
Lorsque les Dames entrèrent, usant de son privilége d'ami intime, Louis s'avança vers elles languissamment s'informa négligemment de leur santé, et s'assit ensuite avec une nonchalance qui ressemblait passablement à celle dont le Major venait de donner un échantillon.
Celui-ci, s'apercevant enfin que ce hardi campagnard, comme il le qualifiait, cherchait à le tourner en ridicule, lui lança un regard plein de colère. Comprenant alors la situation qu'elle avait soupçonnée de prime-abord, Madame d'Aulnay s'empressa de dire:
--Venez donc ici, Louis; j'ai à vous faire une question au sujet de mon oncle de Mirecourt.
Et elle l'entraîna dans le passage, comme si elle eut à lui parler confidentiellement. Dès qu'ils furent seuls, elle lui demanda, moitié fâchée, moitié sérieuse: "quelle impression il voulait donner à son visiteur de l'urbanité canadienne?"
--La même que celle qu'il m'a donnée de la politesse britannique, répondit-il froidement. Mais dites-moi, Lucille, au nom du ciel, est-ce que ce fat élégant est le prétendant d'Antoinette?
--Il est certainement un de ses Fervents admirateurs; je crois même qu'il est quelque peu favorisé. Mais, Louis, vous ne devez pas en parler aussi légèrement, et le traiter avec autant de dédain: le Major Sternfield est un homme qui possède de rares avantages, et.....
--Tenez, Lucille, cela suffit, dit-il en l'interrompant et en se débarrassant de la légère étreinte où elle le tenait. Grand bien lui fasse, la pauvre enfant! car elle s'apercevra avant peu que ce qu'elle prend pour de l'or pur n'est que du cuivre.... Non, je ne puis rester aujourd'hui: n'insistez pas davantage, faites mes adieux à Antoinette. Au revoir.
Et, se dégageant encore une fois de la main qui cherchait à le retenir, il s'élança au dehors.
Madame d'Aulnay resta un moment pensive.
--Certainement, se dit-elle, voilà un prétendant désappointé!
Puis elle revint au salon en songeant quel sacrifice ce serait que de donner à Antoinette un mari comme Louis Beauchesne.
Le Major Sternfield, dont la bonne humeur avait été affectée par sa rencontre avec le jeune Beauchesne, ne prolongea pas sa visite.
Dès qu'il fut sorti, la lettre que Louis avait apportée fut lue de nouveau et discutée par les deux cousines. Madame d'Aulnay fit remarquer triomphalement que le ton quelque peu arbitraire, quoique bienveillant, du petit message paternel, était une preuve irrésistible de la vérité de sa théorie au sujet de l'inqualifiable tyrannie des pères sur leurs filles, quand les affections de celles-ci sont en question. Les conjectures de Lucille sur les extrémités probables auxquelles M. de Mirecourt en viendrait certainement pour l'accomplissement de ses vues jetèrent Antoinette dans un état de fiévreuse insomnie, et elle ne put dormir de la nuit.
Le lendemain matin, un violent mal de tête la retint dans sa chambre; de sorte que lorsque Sternfield vint pour lui apporter quelques livres de littérature, il ne trouva au salon que Madame d'Aulnay. Il n'eut cependant pas lieu de le regretter, car Lucille profita de ce tête-à-tête pour lui communiquer le contenu de la lettre de M. Mirecourt, pour l'informer des fâcheux préjuges que le père d'Antoinette avait contre les étrangers et de la déclaration formelle qu'il avait faite: que jamais il ne permettrait à sa fille de se marier avec l'un d'eux.
Ce jour-la, la visite du militaire fut encore plus longue que d'habitude, et si, quand il se leva pour partir; un oeil curieux eut pu pénétrer dans l'intérieur du salon, il aurait aperçu Sternfield tenant la main de Madame d'Aulnay et faisant d'une voix éloquente et avec des yeux suppliants une demande pressante. Pendant longtemps la jeune femme hésita et flotta dans l'indécision; mais enfin, vaincue par ses instances, elle inclina légèrement la tête en signe d'assentiment.
--Merci! merci! généreuse et sincère amie, s'écria-t-il chaleureusement; vous nous sauvez, Antoinette et moi.
--Je n'en sais pas encore tout-à-fait certaine, car je ne puis faire que très-peu pour vous: tout dépend de votre influence sur ma cousine même. Mais, revenez cet après-midi, et je vous fournirai l'occasion de poursuivre votre démarche.
Madame d'Aulnay tint parole. Lorsque, quelques heures plus tard, le Major Sternfield revint,--Antoinette et elle étant au salon,--elle donna pour prétexte une lettre qu'elle avait à écrire, et sortit. Chose assez singulière et qui dut frapper la cousine de Lucille, pendant qu'elle était seule avec le militaire, aucun des visiteurs qui se présentèrent ne fut admis.
Dès que Sternfield se fut retiré, Antoinette se sauva dans sa chambre, les joues couvertes d'un vif incarnat, les sourcils froncés, et s'y mit à marcher avec agitation de long en large. Madame d'Aulnay, qui la suivit de près, la trouva dans cet état.
--Qu'y a-t-il donc? s'écria-t-elle. Serais-tu encore malade?
--Malade et malheureuse! répondit la jeune fille d'un ton oppressé. Dois-je ou ne dois-je pas me confier à toi, Lucille?
Et ses yeux se promenaient doucement sur la figure de sa cousine, comme pour y surprendre quelque signe de sympathie.
Mais, hélas! les traits de Madame d'Aulnay ne laissaient aucunement deviner qu'elle était déjà au fait de ce que sa cousine voulait lui confier. Oh! si le bon ange eut pu alors parler à Antoinette, comme il l'aurait mise en garde contre un mentor aussi dangereux! comme il l'aurait avertie de placer ailleurs sa confiance! Mais la voix de Lucille était si tendre, sa contenance si entraînante, elle lui fit tant de douces caresses, lui déclara son affection et le désir qu'elle avait de promouvoir son bonheur avec des paroles si éloquentes, que la pauvre enfant a'y laissa prendre. Peu à peu elle apprit que Sternfield, avec un instinct merveilleux,--ainsi que le disait Antoinette dans sa naïve simplicité,--avait deviné le contenu de la lettre de son père, et qu'il avait employé toutes les instances et tous les arguments possibles pour la faire consentir à un mariage secret.
--Et quelle réponse lui as-tu donnée, chère?
--Nécessairement, j'ai refusé péremptoirement. Lucille! tu es aussi imparfaite que Sternfield lui-même de me faire cette question.
--Eh! bien, enfant, dis-moi ce que tu voudras, mais je ne blâme pas aussi fortement sa proposition que tu parais le faire. Une fois mariés, ton père n'aura plus d'autre alternative que celle de te pardonner et de te recevoir de nouveau dans ses faveurs, tandis que maintenant il te défendra ce mariage avec tant de menaces, que tu n'oseras pas lui désobéir.
--Alors, s'il agit ainsi, je me soumettrai, répliqua tristement Antoinette. Je ne puis, je ne veux pas le tromper à ce point.
--Comment, te soumettre! renoncer à un homme que tu aimes pour un caprice paternel! sacrifier le bonheur de toute ta vie pour un simple préjugé!------
--Les devoirs et l'affection filiale ne sont ni des caprices, ni des préjugés, interrompit la jeune fille avec indignation. Papa a toujours été pour moi bon et indulgent: le tromper d'une manière aussi terrible, serait répondre bien indignement à sa tendresse.
--Peut-être as-tu raison, mon enfant; aussi bien, je commence à croire qu'il te serait indifférent de lui obéir en tout point. Louis fera un bon mais ennuyeux mari, et si jamais ton bonheur conjugal devient quelque peu monotone, si jamais tu as à regretter l'irrévocable passé, du moins ta soumission filiale et ta conscience seront pour toi un dédommagement.
--Lucille! tu es très-contrariante aujourd'hui. Refuser un mariage secret avec le Major Sternfield est une chose, et épouser Louis Beauchesne en est une autre.
--Oh! tu verras que ces deux choses sont parfaitement synonymes l'une de l'autre, chère cousine. Mon oncle de Mirecourt n'est pas un homme avec lequel on puisse badiner, et ton refus d'accepter le mari qu'il te choisit serait aussi inutile que les efforts du petit oiseau pour s'échapper de la main puissante qui veut le mettre en cage..... Mais, chère enfant, tu parais fiévreuse; couche-toi et dors: la nuit porte conseil.
Hélas! c'est ce que fit Antoinette, au lieu de recourir à la source de lumière qui aurait si infailliblement guidé ses pas au milieu des dangers qui l'environnaient.
Pendant les deux jours suivants, elle évita soigneusement de prononcer même le nom de Sternfield et d'avoir aucune conversation, à son sujet, avec Madame d'Aulnay. Celle-ci commençait à croire que les chances du bel Anglais étaient bien risquées, quand arriva un secours inespéré d'une source dont on était loin d'en attendre. C'était une lettre sévère et impérieuse de M. de Mirecourt dans laquelle celui-ci annonçait qu'il venait d'apprendre d'une Dame récemment arrivée de Montréal les flirtations notoires d'Antoinette avec certain militaire Anglais, et que dans une semaine il viendrait à la ville pour mettre fin à ce genre de société, en pressant le mariage de sa fille avec le mari qu'il lui avait destiné.
Cette lettre, certainement mal-avisée et arbitraire, qui corroborait si bien les récentes prédictions de sa cousine, eut un pernicieux effet sur l'esprit déjà indécis d'Antoinette.
Elle recourut, cette fois encore, aux conseils de Lucille. Il est inutile d'ajouter dans quel sens celle-ci se rendit à ses prières. Dès lors, elle ne parla plus que d'un mariage secret immédiat comme étant la seule alternative qui restait à la pauvre jeune fille.
Un autre sujet d'inquiétude, était l'absence prolongée du Major Sternfield qui, depuis le rejet plein d'indignation de sa proposition par Antoinette, n'était pas revenu chez Madame d'Aulnay.
Que ce fût le résultat du désappointement qu'il avait éprouvé ou simple calcul de sa part, c'est ce qu'il est impossible de dire. S'il était mu par ce dernier motif, il faut avouer qu'il se montra tacticien des plus habiles, car son absence le servit plus que sa présence aurait pu le faire. Laissée presqu'entièrement à elle-même,--car elle se trouvait trop malheureuse pour recevoir au salon, avec sa cousine, les nombreux visiteurs qui se présentaient;--effrayée par la pensée que, son père pourrait forcer son mariage avec Louis, ou lui faire sentir tout le poids de sa colère si elle résistait, elle comprit, avec une douleur qu'elle aurait cru auparavant impossible, l'étendue de la privation où elle se trouvait des mots si doux, des protestations si tendres d'Audley Sternfield.
Madame d'Aulnay qui, un peu par bienveillance pour Antoinette et pour Sternfield dont elle ne croyait le bonheur possible que dans le mariage, et un peu par simple sentimentalisme avide d'émotions quelconques, était déterminée à amener a'il était possible leur union, loin de faire ce qui était en son pouvoir pour alléger la position malheureuse dans laquelle se trouvait sa cousine, s'efforçait au contraire d'en augmenter le critique.
Elle en était arrivée au point de regarder, comme inévitable le mariage d'Antoinette avec un homme qu'elle n'aimait pas, et elle la plaignait en conséquence; puis elle blâmait sa timidité, condamnait son obstination à rejeter les propositions d'union de celui que son coeur chérissait Elle ne manquait jamais de terminer ces exhortations en répétant qu'une fois mariés, les deux jeunes gens obtiendraient facilement le pardon de M. de Mirecourt; tandis que si ce père entêté ne rencontrait pas d'autres obstacles que celui de la volonté de sa fille, il mettrait certainement à exécution le projet de la marier à Louis Beauchesne. Quelques fois même elle s'étonnait de l'absence prolongée du militaire et elle l'expliquait en disant que, découragé par la froideur d'Antoinette et par le refus aussi dédaigneux qu'il avait essuyé, il avait porté ses intentions d'un côté où on les avait, acceptées avec orgueil. Après ces funestes entretiens, elle laissait la malheureuse jeune fille à ses réflexions, son visage trahissant la confusion, où elle se trouvait, et son pauvre coeur plus douloureusement malade que jamais.
Un jour à la fin d'un de ces entretiens où Madame d'Aulnay avait déployé tous ses perfides raisonnements, la jeune femme s'était levée pour aller se préparer à une promenade: Antoinette avait refusé de l'accompagner.
--Eh! bien dit-elle, à tout prendre, il vaut peut-être mieux que Sternfield ait cessé ses visites ici, car elles n'auraient eu d'autre résultat que de vous rendre tous deux plus malheureux. Dans deux jours au plus tard ton père sera arrivé, et avant un mois tu seras la femme très-aimante et très-obéissante de Louis Beauchesne.
--Jamais! s'écria Antoinette avec véhémence: jamais! Je resterai plutôt et je mourrai fille.
En ce moment même, son esprit fut frappé par la pensée de l'inflexible volonté de son père. De découragement, elle laissa glisser sa tête sur ses mains appuyées au bord de la table, et elle tomba dans une douloureuse rêverie. De son père, ses pensées se portèrent sur ce volage Audley qui s'était si tôt lassé de l'attitude suppliante d'un amoureux, et les battements précipités de son coeur à mesure que l'image du bel officier s'élevait dans son esprit malgré l'irritation où elle était, lui disaient plus énergiquement que jamais qu'en ce moment du moins elle ne devait pas être la fiancée de Louis.
Le bruit de la porte d'entrée qu'on venait d'ouvrir et qui annonçait l'arrivée de quelque visiteur, ne fit qu'accroître son excitation; et, comme la porte de la chambre où elle se trouvait n'était pas fermée, sans même lever la tête:
--Jeanne, s'écria-t-elle avec impatience, je n'y suis pour personne!
--Encore moins pour moi que pour les autres, Antoinette! demanda derrière elle une voix mélodieuse et tendre.
Elle se releva d'un soubresaut et retourna la tête; ses regards rencontrèrent les yeux noirs et suppliants d'Audley Sternfield qui lui demandaient plus éloquemment que la parole la faveur de le recevoir.
--Ma bien-aimée, continua-t-il, pardonnez-moi cette fois au moins, pour avoir écarté Jeanne et m'être présenté devant vous sans me faire annoncer; mais je viens d'apprendre que M. de Mirecourt arrive demain, et j'ai à vous faire part de choses que vous devez savoir. Dites-moi d'abord que vous me pardonnez?
Et il s'empara d'une des mains d'Antoinette que celle-ci lui abandonna en se détournant.
--Je suis venu implorer mon pardon; pour les contrariétés que je vous ai causées dans notre dernière entrevue; je suis venu expier ma folie et mes extravagances!
--Au moins, vous avez pris votre temps, répondit la jeune fille en réprimant un léger tremblement de lèvres.
Ô imprudente Antoinette! comme elle trahissait sa faiblesse par ce naïf reproche! Le sourire de triomphe qui se peignit sur le visage de Sternfield, dit assez qu'il ne laissait pas passer cet aveu inaperçu. Cependant, ce fut avec une profonde humilité qu'il continua, en s'asseyant près de la jeune fille:
--Vous m'avez banni de votre présence, chère Antoinette, et je n'ai pas osé chercher à vous revoir jusqu'à ce que votre colère, que ma présomption avait peut-être provoquée avec raison, fût au moins un peu adoucie.
Mais à quoi servirait-il de suivre cet homme rusé du grand monde qui savait si bien faire jouer son amour, sa passion et son désespoir! Quel moyen de résistance pouvait avoir contre lui cette faible et complaisante enfant que ne soutenaient plus les principes religieux aux saints enseignements desquels elle avait à dessein fermé son coeur? Le tentateur, ainsi qu'on aurait pu le prévoir, triomphait; et, comme il renouvelait pour la vingtième fois ses propositions d'un mariage immédiat, elle pencha sa tête sur son épaule, et fondit en larmes.
--A ce soir, ma bien-aimée, dit-il en portant et reportant à ses lèvres sa main froide qui déjà n'opposait plus qu'une bien faible résistance.
Les larmes de la jeune fille continuaient à couler, mais elle ne répondait pas. Cependant, dans ce silence même il y avait une réponse suffisante pour le militaire; il continua:
--L'excellente Madame d'Aulnay doit nous favoriser comme, d'ailleurs, elle l'a toujours fait, et ici même, dans son salon, le Docteur Ormsby, chapelain du régiment, va nous unir par ces liens sacrés qui me donneront le droit précieux de vous appeler ma femme.
--Le Dr. Ormsby! répéta Antoinette d'un air égaré qui prouvait qu'elle comprenait alors pour la première fois les circonstances exceptionnelles d'un mariage secret.
Oui, il en devait être ainsi. Aucun prêtre catholique ne voudrait pas, ou n'oserait pas la marier ainsi secrètement. D'un autre côté, son père était attendu d'un jour à l'autre: il n'y avait donc plus de temps pour l'hésitation et le délai. Bien que, depuis son arrivée chez Madame d'Aulnay, elle eut perdu beaucoup de cette piété, de cette droiture de sentiments qui avaient été ses qualités dominantes dans la maison de son père, quelle que négligente qu'elle eût été, depuis quelque temps, dans ses prières, dans l'accomplissement de ses devoirs religieux, elle n'avait pas cependant encore perdu les immuables principes dans lesquels elle avait été élevée; ce qui lui en restait suffisait pour la faite reculer devant l'idée d'un mariage clandestin qui ne recevrait pas la sanction de son père et cette bénédiction religieuse que, dès sa plus tendre enfance, elle avait été habituée à considérer comme essentielle à la cérémonie nuptiale.
Voyant augmenter son trouble, et en devinant parfaitement la cause, Sternfield se mit à faire l'éloge du Dr. Ormsby qu'il représenta comme un homme bon et digne, et insinuer en même temps combien légère était la différence des cérémonies.
--Ah! oui, interrompit Antoinette en frissonnant; pour vous ce n'est qu'une cérémonie, mais pour moi c'est et ce devrait être un sacrement.
--Mais, ma bien-aimée, notre union, si vous le désirez, sera de nouveau célébrée et bénie par un ministre de votre religion, dès que M. de Mirecourt aura été informé de notre mariage, ou avant,--dès demain--si vous l'exigez. Antoinette! ma chère Antoinette! il y a-t-il quelque chose qu'un amour aussi profond que le mien hésiterait à vous accorder?
Silencieuse mais non convaincue, elle ne fit aucune réponse, car en ce moment l'amour parlait dans son coeur plus fort que les principes.
Après avoir ainsi vaincu toutes les objections, renversé tous les obstacles, Sternfield se mit alors à faire de nouvelles protestations d'amour et de reconnaissance, sans paraître remarquer, dans l'orgueil de son triomphe, que des pleurs coulaient en abondance sur les joues pâles de la jeune fille, et que la petite main qu'il tenait dans la sienne était froide comme un glaçon.
Cette entrevue un peu singulière fut interrompue par l'arrivée de Madame d'Aulnay. Un simple coup-d'oeil jeté sur la contenance heureuse et triomphante de Sternfield et sur le visage agité de sa cousine suffit à Lucille pour se rendre de suite un compte exact de là véritable situation. A son arrivée, Antoinette se leva, et elle se préparait à quitter l'appartement, quand Audley, s'emparant de sa main sur laquelle il déposa un baiser ardent, lui dit à demi-voix:
--Antoinette! à ce soir, à sept heures?
--Eh! bien, Major Sternfield, je vois que vous avez diligemment mis votre temps à profit, puisque le jour et l'heure sont arrêtés, dit Madame d'Aulnay dès qu'Antoinette fut sortie.
Elle fixait en même temps sur lui un regard pénétrant.
Peut-être le joyeux triomphe qui rayonnait sur son beau visage a'opposait-il aux idées sentimentales qu'elle s'était faites de ce que devait être en pareille circonstance l'amour d'un homme passionnément amoureux; peut-être même commençait-elle à concevoir des craintes sur le bonheur futur de sa cousine, ce dont jusque-là elle n'avait pas eu le moindre souci; mais ces soupçons et ces réflexions disparurent aussitôt, car Sternfield, qui avait probablement deviné sa pensée, s'avança vers elle en s'écriant:
--Ma chère Madame d'Aulnay, mon excellente amie, vous qui, avec une indulgence et une patience dont je vous serai éternellement reconnaissant, avez pris part à toutes mes pensées, à toutes mes espérances et à toutes mes craintes, ne vous étonnez pas de me voir ivre de joie: Antoinette a promis d'être, ce soir même, ma femme, par le plus sacré des sacrements. O la meilleure des amies! laissez-moi m'agenouiller devant vous pour vous exprimer mes remerciements et ma gratitude sans bornes.
Le beau militaire paraissait réellement sincère. Aussi, sentant ses craintes complètement calmées, Lucille lui répondit, en souriant avec bonté:
--Assez, Major Sternfield; je crois en votre sincérité. Et maintenant, puisque cette cérémonie solennelle doit véritablement avoir lieu ici ce soir, permettez que je vous donne congé, car j'ai beaucoup à faire.
La jeune homme porta à ses lèvres la jolie main qui lui était présentée, sans rencontrer aucune résistance de la part de la coquette Lucille qui était également fière de ses jolis doigts, effilés et de ses bagues, et qui ne tenait pas le moins du monde à les cacher.
Dés qu'il fut parti, Madame d'Aulnay se mit en frais d'entrer en besogne. Elle ne chercha pas de suite à voir Antoinette, l'état dans lequel elle l'avait trouvée en entrant lui faisant croire avec raison que ce serait un moment mal choisi pour la conversation. Elle se rendit donc dans sa chambre à elle, sonna Jeanne, et s'enferma avec elle pendant une demi-heure pour lui donner des instructions concernant les détails du ménage. De là, elle alla trouver, M. d'Aulnay et passa une autre demi-heure avec lui; elle se contenta de lui dire qu'Antoinette et elle attendaient pour le soir une couple d'amis qui devaient venir passer la veillée avec elles, sachant bien que cette seule déclaration suffirait pour tenir son mari dans la Bibliothèque. Déjà le jour tombait. Après avoir, en passant, jeté un coup d'oeil dans les salons afin de s'assurer que les lumières et le feu étaient bien allumés, elle monta à la chambre de sa cousine.
Antoinette était près de la fenêtre, le front appuyé sur les vitres, comme en contemplation devant la tempête qui sévissait au dehors, devant les énormes flocons de neige qui, poussés par un vent violent, venaient fouetter les carreaux, ou s'amassaient en masses compactes, obscurcissant la terre et le firmament.
Son impatience était jusqu'à un certain point justifiable, car Antoinette portait encore la robe sombre qu'elle avait depuis le matin; aucun vêtement d'apparat, aucun ruban, aucune fleur attestaient par leur présence hors de la garde-robe que la jeune fille eût l'intention de faire une toilette plus convenable pour la circonstance. Mais lorsqu'elle tourna vers Lucille son petit visage pâle qui portait l'empreinte des larmes, celle-ci en eut pitié et se crut tenue de la consoler au lieu de lui faire des reproches.
--Viens ici près du feu, mignonne, dit-elle avec bonté; car tu prendras du froid près de la fenêtre. De plus, il est temps que tu décides comment tu désires être mise ce soir, car il faut que tu paraisses de ton mieux.
La jeune fiancée ne répondit pas, mais l'abattement qui se lisait sur sa figure ordinairement calme et joyeuse indiquait combien ces détails secondaires lui étaient indifférents dans ce moment. Durant la dernière heure, un rude combat, aussi violent que la tempête du dehors qu'elle regardait passer, s'était livré dans son coeur; de meilleures pensées, de bonnes inspirations avaient puissamment lutté contre les raisons qu'elle se donnait pour remplir sa promesse vis-à-vis de Sternfield. La lutte n'était pas encore achevée; car Madame d'Aulnay justement alarmée de sa pâleur et du silence qu'elle observait, ayant répété ce qu'elle venait de dire, Antoinette s'écria:
--Lucille, je ne puis, je n'ose pas m'aventurer dans ce sentier fatal. Ce serait une union maudite de Dieu et des hommes.
--Juste ciel, enfant! s'écria Lucille presque avec impatience: que rêves tu donc là? Il est cinq heures; le ministre et ton fiancé doivent arriver dans deux heures, et tu n'es pas encore prête!
Madame d'Aulnay se laissa tomber sur une chaise, en proie au plus grand étonnement et à la plus vive indignation. Les destinées d'Antoinette de Mirecourt étaient en ce moment dans la balance. Un mot de bon avis, un regard d'encouragement lui auraient donné la force nécessaire pour s'éloigner du précipice au bord duquel elle se trouvait. Mais, hélas! ce mot ne fut pas prononcé, ce regard ne fut pas donné. Au contraire, sa compagne s'écria:
--Es-tu insensée, Antoinette? es-tu tout-à-fait insensée? Ton consentement accordé! ta promesse donnée! ton fiancé et le ministre qui sont déjà en route...!
--Mais, mon père! Lucille, mon père! interrompit la malheureuse jeune fille, dont la pâleur était devenue mortelle.
--Ne me parles pas de ton père! répliqua, vivement Madame d'Aulnay dont l'impatience avait dégénéré en colère. Le mal, si mal il y a, sera entièrement son fait. Car quel droit a-t-il de te donner à Louis Beauchesne, comme si tu étais une propriété dont il voudrait; se débarrasser. Décides maintenant, et pour toujours, entre le mari qu'il te destine et celui-que ton coeur chérit. Oui, choisis entre Louis Beauchesne et Audley Sternfield!----
Mais je perds du temps en paroles inutiles, ma cousine, continua-t-elle en adoucissant sa voix. Ton choix est déjà fait, quoique ton coeur opiniâtre se refuse à l'avouer. Je vois que je vais être obligée de faire ta toilette; j'en rends grâce au ciel, car je suis déterminée à ce qu'Audley soit fier de toi.