… Soleil de la Mémoire, porte du lieu seul situé tombeau desNombres…Memoria.
… Soleil de la Mémoire, porte du lieu seul situé tombeau desNombres…
Memoria.
Le sang est l’étalon des valeurs métaphysiques. L’espace, le temps et la matière te sont donnés dans l’instantanéité non pas seulement de la connaissance, mais même de la simple constatation, par l’universel Mouvement, lequel estfiat, c’est-à-dire projection de ton sang hors du Lieu. Ce sang, ce cosmos, ouvrier de ta chair, mobile unique et parfait, est une somme des énergies manifestées. Tout lumineux et fumant encore de la teinture de son soleil, attachée pareillement à l’or curatif qu’il charrie, il nous offre à coup sûr une image vivante de l’Unité originelle figurée dans le pectoral par le rubis. Toutefois, dans l’ordre physique, il est l’acte même du dédoublement, et il lui faut déjà, comme au Christ, deux yeux pour se voir, alors que la vue mnémonique en se dirigeant vers le Lieu, n’émet qu’un seul rayon. Le sang est donc la personne seconde ; et si tu m’as suivi attentivement à travers les déductions de l’Épître à Storge et deMemoria, tu dois avoir déjà saisi la portée scientifique de la parole du Maître : voici ma chair, voici mon sang, et de la doctrine hermétique de l’identité des deux sphères, car ce que nous nommons vie et esprit n’est que la transmutation, dans l’instantanéité, du macrocosme en microcosme, du pain et du vin en sang. Ton mouvement intérieur est Verbe et se nourrit du Verbe dans l’instantanéité dufiat. Ce que tu manges est toi-même, comme te l’a montré le divin Hohenheim. Et ce mouvement intérieur est égalementLux, conscience totale, soleil de la Mémoire.Fiatest donc sang, et dans son giclement hors du Lieu, il entraîne irrésistiblement le deuxième terme, lequel estLux: et c’est là la solaire connaissance que vint obscurcir le moment où l’homme, renonçant à se reconnaître dans le Lieu seul déterminé de l’Instantanéité, s’éprit du phantasme d’une éternité passée et future, et inventa de multiplier et de diviser l’infini par l’infini, dans le fol espoir de situer par ses propres moyens l’infinitude des points cosmiques abîmés dans la relativité. Mais j’ai déjà épuisé cet arcane dans l’Épître à Storge, évangile de la connaissance nouvelle ; et je n’ai nulle envie de m’appesantir sur ces objets, à cause que les seuls lecteurs que j’aie en vue, mes fils spirituels dans les siècles à venir, m’entendront à demi-mot, guidés qu’ils seront dans l’étude de mon œuvre par les confirmations mathématiques d’Einstein. La chute d’Adam et la confusion des langues ne sont que les symboles de la division en espace, temps, mouvement et matière, de l’unité enclose primitivement avec sa conscience dans le sang. La conséquence en fut que l’homme perdit la notion du mouvement intérieur et unique, et que sa pensée, même après Harvey et jusqu’à ce jour, demeura une simple constatation de l’infinitude non située des mouvements extérieurs. Cela est si vrai, que le Rédempteur n’eut point d’autre objet que de reconstituer l’Église, par quoi il faut entendre le concept de la Création, dans son unité, en la fondant sur une seule pierre, laquelle, comme je l’ai montré dansMemoria, est le sang qui, en jaillissant du Lieu, devient espace-temps ; car sang et pierre ou sang et cosmos sont une seule et même chose, et telle est la raison qui nous fait rechercher la pierre sacrée en nous-mêmes. Le sang, avons-nous dit, est Verbe,fiat; son mouvement universel et unique est un jaillissement dans l’instantanéité, et ce n’est que par la division à l’infini de l’unité, qu’il nous fut donné de le concevoir comme une circulation dans le temps. La source du sang est dans l’indivisible unité, seulalphaqui n’appelle point debêtaen vue d’une détermination. Le sang est donc, par la vertu de l’instantanéité, l’unité insondable elle-même ; toutefois, en tant que manifestation, il est déjà unité divisible, signe vivant du nombre deux, et, par là, géniteur de l’infinitude des points non-situés. Car si matière possède une réalité relative, ce ne peut être que celle du nombre, qui en est en quelque sorte le corps ; et ce nombre ici est deux. Issus de l’Unité, Lieu de miséricorde où nous jouissions du spectacle de l’instantanéité, nous voici déjà dans le monde triparti ; car le sang, mouvement premier et unique, uni au nombre deux comme l’ombre au corps, nous donne simultanément la matière, l’espace et le temps. Et dans ta pensée humaine, qui n’est que constatation et amour de ce mouvement, tu reconnais le nombre quatre. Oui, mon enfant, la pensée humaine n’est rien autre chose que l’impression du nombre quatre dans la constatation et l’amour de la trinité espace-temps-matière enclose dans l’unité du Mouvement. Mais ici encore, je me vois contraint de te renvoyer à la divine Épître. Parvenus au nombre quatre, nous retombons dans l’unité ; car ce quatrième terme est tout entier dans ton sang, qui est Manifestation ; et par cette voie nous est donné le pentagramme, mais dans sa forme ensemble la plus haute et la plus profonde : nous l’appellerons pentagramme universel, car il est le signe de la transmutation en sang du Pain et du Vin du grand monde, et comme le chemin de la descente du Père dans l’humain. Le nombre six sera donné par la réconciliation dans l’homme du sang et de la conscience, et figuré par le lever du Soleil de la Mémoire. Le jour septième, le plus admirable de tous, sera celui de l’accomplissement dans l’adoration. Sache, mon enfant, que ce qui vient de t’être révélé ici est le secret rapporté d’Égypte par Pythagore, mais revêtu pour la première fois de sa substance vive. Je ne m’occuperai pas des trois nombres restants, trinité céleste, grand arcane de l’espace-temps-matière donnés non plus par le mouvement, mais par l’immobilité ; ces objets, de même que l’Unité qui les renferme, étant inaccessibles à notre raison. Il n’appartient qu’à la toute-puissance de l’Oraison Dominicale et de la Salutation Angélique d’étendre jusqu’aux parterres du joyeux Jardin la domination de notre vue médiane. Au surplus, s’il me plaît ici d’associer aux nombres désuets mes jeunes vérités, d’enfermer mon vin nouveau dans de vieilles outres, de relier l’avenir, ce mot vide de sens, au passé, cet écho trompeur du cri de notre naissance, ne va pas en inférer, mon enfant, que je divague sous l’empire d’une antique superstition. Je n’ai aucun respect pour le Nombre. Si je lui reconnais quelque apparence de vertu, ce n’est précisément que dans le domaine religieux, et là encore, avec quelles restrictions ! Car pour ce qui est du nombre mathématique, fétiche de mes barbares contemporains, je l’ai depuis longtemps délogé de son lieu imaginaire. Certes, en lui donnant pour ombre la matière, je l’ai élevé, en ce qui concerne la substantialité, au-dessus de l’univers sensible. Cependant, où disparaît l’ombre, l’objet lui-même s’efface ; et l’objet a beau ici être le nombre, il n’en est pas plus apte à survivre à la matière. Car enfin, qu’est-ce que le nombre, sinon l’aune mentale avec quoi nous mesurons la figure, elle-même forme pure du lieu ? ou bien encore expression du rapport de figure à figure, ou de partie à partie, mais toujours selon l’ordre desituation. Storge l’omnisciente n’a-t-elle pas ramené la Pensée à une nécessité fondamentale et très simple de situer toutes choses ? Les sages d’Israël, ces fils de l’Égypte, n’ont-ils pas enfermé leurs quatre mondes dans leslettres d’un alphabetnuméral, et le monde idéal dans un signe de ponctuation, le Yod ? Voilà pourquoi il t’est libre peut-être d’affirmer que 3 + 2 = 5, et que par conséquent 5 = 3 + 2. Mais que si tu t’aventurais jusqu’à définir cinq comme égal à cinq, métaphysiquement ton affirmation serait pure démence. A cause qu’en agissant ainsi tu tracerais dans un lieu absolu une figure qui ne tire son être que de sa relation à la figure prochaine : or, celle-ci emprunte également sa réalité à celle du lieu, que celui-ci soit terre, ciel ou cerveau ; et la réalité du lieu, ainsi que nous l’a fait voir Storge, est purement relative, étant tout entière située dans le rapport de A à B. Le nombre n’est que la mesure de la ligne de mouvement ou le signe du rapport entre deux lignes mobiles ; et c’est ce rapport qui renferme le total de notre réalité sensible. Le nombre n’est donc pas le repère invulnérable de l’infinitude des lignes de force. Il est cette infinitude même ; avec elle il cherche son immobilité, sa délivrance. Il l’accompagne, lié à son char aux milliards de roues, dans sa poursuite vertigineuse du Lieu. Bref, le nombre n’est même pas une expression stable de la relativité, il est cette relativité même, que dis-je, il est la démonstration de cette relativité. Le vrai nom du nombre mathématique pourrait êtreMea Culpa. Car il se frappe la poitrine à la manière des pénitents : c’est moi qui suis le nombre, la splendide expression du Rien. Du Rien innombrable, universel, roi sans terre dont toute la puissance réside dans une épouvante insondable, illimitée. Il se frappe les côtes au sein d’un vain mirage d’éternité et d’infini, et les benêts des époques de matérialisme comptent les coups et exultent de multiplier les mondes et de se multiplier eux-mêmes dans une sécurité si belle et si commodément établie en son lieu. Peu importe qu’au nombre trois, choisi au hasard dans le phantasme de l’infinité, je donne pour vêtement, ou plutôt pour ombre, la matière cosmique, ou celle d’une fleur, ou celle encore de la terre ; ni les trois constellations, ni les trois gloxinia, ni les trois grains de sable ne rencontreront jamais, dans leur mouvement, d’autre lieu que le rapport de ce mouvement à un autre. Il n’est que logique, par conséquent, d’affirmer que ce n’est point dans la représentation d’un Copernic ou d’un Einstein, mais bien plutôt dans la vision d’un Ézéchiel que le nombre atteint la misérable somme de sa réalité. Car dans ce lieu de lumière, qui lui-même encore n’est situé que dans sa relation à l’insondable unité, la division première est du moins provoquée par le Mouvement initial, lequel est jaillissement du sang hors du lieu seul réel de l’instantanéité. Et le résultat de cette division nous donne un nombre dont les trois éléments : espace, temps, matière, enfermés dans l’unité Mouvement, sont la correspondance directe des nombres supérieurs, complément du septenaire cosmique, savoir, la Trinité céleste Espace, Temps, Substance, dont le contenant n’est plus l’unité du Mouvement, mais celle de l’immobilité dans l’instantanéité, que nous avons essayé de rendre sensible dans l’image d’une rotation à vitesse infinie. Il serait d’ailleurs superflu de souligner ce qui subsiste encore d’humain et de sensoriel dans cette conception d’une trinité Espace-Temps-Substance enclose dans l’unité immobile et indivisible. Ce n’est là, évidemment, qu’une misérable figure, quelque chose de fort semblable au fameux hyperespace tracé autour de la sphère de notre espace solide récemment enrichi par les mathématiques d’une quatrième dimension et défini, depuis 1916, dans l’Épître à Storge, comme métaphysiquement inséparable du temps et de la matière dans le Mouvement. En nous, l’intelligence de l’unité et de l’instantanéité dort son sommeil d’éclipse. Le sang, mouvement primordial, jaillissement dans l’instant universel, voyage dans les ténèbres, mais non pas dans le froid. La chaleur du Soleil de la Mémoire subsiste ; la lumière seule est absente. Encore la densité de cette nuit intérieure n’est-elle pas si impénétrable qu’un rayon furtif ne s’y puisse frayer un chemin jusqu’à l’œil médian ; car si tel était le cas, nous ne connaîtrions ni la pseudo-intuition du génie, ni l’illumination des mystiques, ni l’admirable sagesse des enfants, confidents primitifs des animaux, des plantes et des pierres. Et l’émission même de la semence, ce débile reflet du jaillissement initial dans l’instantanéité, s’accomplirait dans une insensibilité complète et au sein d’un décor cérébral plus infâme encore et plus barbare. Mais si le souvenir de l’unité est quasi éteint (ce que la Bible figure par le péché d’Adam, l’exil du paradis, la confusion des langues et les esclavages d’Égypte et de Babylone), celui du premier nombre divisible, représenté par le sang lui-même, a conservé presque intacte sa fraîcheur, et c’est par quoi devint possible le présent miracle de la substitution d’une vision directe et une du Mouvement au concept triparti espace-temps-matière. Il serait même permis d’avancer que l’oblitération, dans la conscience cosmique, du concept de l’unité originelle, oblitération inévitablement suivie d’un assujettissement de l’esprit à la première quantité divisible, matrice des nombres deux et trois, a suscité, en même temps que la représentation tripartie du Mouvement, la formation duplicative du langage, telle que nous la constatons chez le sauvage et chez l’enfant.
Que ne suis-je en possession, dans cet acte ingrat d’écrire, de l’idiome que j’entendis résonner dans mon logis au retour d’un saint pèlerinage, et qui sommeille dans ce sang mélancolique et épais où la seule oraison libère les fontaines de soleil ! Quelque misérable que soit cependant mon langage, accueille avec amour, ô mon fils, ô Affirmateur, les quelques rares vérités qu’il te transmet à travers les âges. Car je me suis ouvert à toi dans un grand saisissement, comme lorsque touché par l’amour à un âge déclinant, on se sent fondre tout à coup, tête et cœur, en irrésistible tendresse : et autour de vous, un vent des plus beaux jours passés court sur la jeune tristesse des fleurs. Et pouvais-je, dis-moi, te parler autrement que comme un père lui-même éternellement enfant dans la divine instantanéité du monde ? Reconnais le serviteur du Maître, ô toi qui depuis les jours d’Adam consumes ta vie à troubler les eaux de ta mémoire d’une sonde qui jamais n’en atteint le fond. Ta vue s’arrêtait à la fenêtre murée d’astres ; je t’ai touché le front entre les sourcils. Tu sais maintenant quel spectacle se déploie derrière la cloison éblouie de ta cécité. Ton corps était immobile et insensible : je t’ai rendu le Mouvement et te voici espace, temps, matière. Tu étais comme séparé du monde extérieur, ne le saisissant que dans le nombre : j’ai eu pitié de toi, mon enfant, j’ai agi envers toi selon la coutume des Maîtres ; j’ai substitué auxnombresdesobjets. Et maintenant, ô Héros par la pensée et la science, avec moi prends ton essor vers l’Unité, car je t’ai rendu les deux Oraisons — tes ailes.