CONCLUSIONS

C’est toujours du Cristallin avec du Volcanique ancien surimposé et que l’inversion du relief a perché, ainsi que peut-être également un effondrement.

Après avoir pâturé dans l’oued Tihourag où nous trouvons de l’Arta, nous contournons le Tellerteba et arrivons dans l’oued In Sakan, où nous rencontrons de beaux bouquets d’Etel, de bons pâturages avecArta,Chobrok,Mourkba, etc., et dans la montagne duChereget duGirgir.

Campons près du confluent avec l’oued In Ebeggi, dans desEtels.

Le 7, le 8, le 9, le 10, j’étudie cette région où on a prétendu que Flatters avait passé et où il aurait trouvé des émeraudes ; en réalité, il a passé par l’oued Tibiokin et c’est dans cet oued, s’il a trouvé des émeraudes, qu’il en aurait plutôt trouvé, lors du camp de plusieurs jours qu’il dut y tenir pour faire reposer ses chameaux, les abreuver à l’aguelmam In-Saman, et recruter des guides.

C’est peut-être une légende cette mine d’émeraudes, comme les ruines signalées près de Tisemt à l’occasion de cette mission, ruines que je n’ai pas vues.

Au confluent des oueds In-Ebeggi et In-Sakan, se trouve une superbe terrasse d’alluvions.

A In-Ebeggi, nous n’avons pas besoin d’avoir recours àl’abankor, l’aguelmam est plein d’eau, avec mêmesDysticidesetVers.

Le point d’eau d’In-Ebeggi paraît très important ; un grand mechbed y aboutit. Le long de ce mechbed, aux environs d’In-Ebeggi, on trouve d’abondants débris de jaspes rouges (?).

Le 11, je remonte l’oued In-Sakan, profondément incisé dans les Schistes cristallins, en amont de l’abankor In-Sakan. Sur les terrasses d’alluvions, des tombeaux.

Je pousse une pointe dans l’Est de l’oued In-Sakan et étudie l’Adrar Idekel. Au cours de ce raid, je rencontre une source avec de beaux lauriers-roses et j’observe la présence de l’Aleodans ces régions. L’Anahef est loin d’être dépourvu d’eau et de sources, ainsi que l’a dit Motylinski.

Je rentre par l’In-Kaoukan.

Le 12, je gagne le pied Ouest du Tellerteba en faisant l’étude des flancs de ce massif, par une marche à mi-côte ; sur le flanc Sud il y a un cirque où se trouvent quelques beaux arbres (Teleh,Agar) et de nombreux emplacements de campements touareg. Peut-être y a-t-il là encore un point d’eau, un abankor ?

Le 13, je fais l’ascension du Tellerteba. Je pars de l’altitude de 1.050 mètres environ. Après l’escalade difficile de la barre rocheuse qui en constitue les défenses avancées et après l’avoir franchie à 1.500 mètres environ d’altitude, je descends dans un vaste cirque intérieur. Le fond de ce cirque est très humide ; il y a là un abankor permanent. Par une très aiguë et profonde entaille dans le rempart que j’ai franchi, un oued sort de ce cirque. Il coule dans une gorge de sortie qui n’a pas plus de 2 mètres de largeur et s’amuse en cascades et vasques.

Dans le cirque, assez haut, se trouve un beau tombeau anté-islamique, peut-être signal en même temps, et, non loin de lui, un trou dans le rocher, une fente profonde avec de l’eau peuplée de crustacés (Branchipus) ; si l’abankor du bas du cirque est certainement un point d’eau permanent, cet autre point d’eau ne l’est peut-être pas.

Je monte au sommet du Tellerteba ; mon altimètre marque 2.100. L’ascension est longue. Je laisse près du sommet un flacon fermé à l’émeri avec un parchemin et la date de mon passage.

Vers le sommet j’observe la présence de sous-arbrisseaux à odeur résineuse et aromatique ; malheureusement pendant mon retour les rameaux que j’en avais gardé se sont perdus.

Serait-ce ce que l’on a signalé comme genévrier — au-dessus de 2.000 mètres — dans l’Atakor ?

Je redescends par un ravin vertigineux vers le bas duquel se trouve unAleo.

Les traces de mouflons sont nombreuses, et certains petits mechbeds doivent être leur œuvre, comme sur le reg on trouve souvent des mechbeds de gazelles.

Je sors du cirque par un épaulement au Sud de l’entaille de l’oued, car cette entaille, semée de hautes cascades, est impraticable ; je suis tout surpris de trouver, pour gagner la plaine à partir de cet épaulement, un mechbed pour chameaux, dessinant une descente compliquée et vertigineuse dans les rochers.

Ce Tellerteba paraît donc bien une forteresse de pillards, ainsi que mes renseignements l’indiquaient, et son cirque est en effet un poste de guerre naturel admirable : on peut s’y dissimuler avec ses chameaux, y tenir longtemps puisqu’il y a point d’eau et pâturages, et l’accès peut en être facilement défendu.

Du Tellerteba on peut surveiller la route du sel, de Tisemt, et piller toute caravane qui s’y aventure.

Je comprends la mauvaise réputation de cette belle montagne, qu’elle partage avec l’Ounan à son Nord-Est.

Le 14, par une marche Est-Ouest dans la plaine de l’Amadror, après avoir traversé des étendues jonchées d’innombrables grenats provenant de la démolition de micaschistes, nous gagnons l’oued Oidenki-Amorelli, où nous campons au milieu de buttes àEtels, dans un pâturage deGuetofet deDrinn.

Le 15, nous quittons la plaine de l’Amadror pour suivre la large vallée de l’oued Inouaouen. D’abord point de végétation,puis, contre le massif du Tala-Malet, nous trouvons de très beauxTelehs,Agars,Kerenkaset du pâturage.

Là, une très belle mosquée targuia ; l’enceinte, très grande, en est faite avec de grosses pierres et représente un gros travail.

Je fais une incursion dans le massif de Tala-Malet, pour reconnaître si l’intérieur de ce massif possède des points d’eau, ainsi qu’on me l’a dit, puis nous continuons à suivre l’oued Inouaouen jusqu’au col, à 1.300 mètres, où nous campons au milieu d’Arta, près d’un ancien camp de la colonne Charlet, dont les défenses sont très bien conservées.

Beaucoup deChihe[95].

Le 16, nous traversons successivement l’oued Tadjeret, l’oued Terressoutin, et nous campons dans l’oued Telouhat, au milieu de magnifiques bouquets d’Etels, peut-être les plus beaux que j’aie vus.

Nous trouvons là des Eitlohen ; ils ont quitté la région du Tellerteba précipitamment il y a peu, craignant, disent-ils, un rezzou de Touareg de l’Ajjer (?!).

Le 17, nous suivons l’oued Terrinet jusqu’à un important marécage avecTaheli(T) (Berdi[A] ;Typha angustifolia?). Vallée charmante, avec ses colonnades de basaltes et sa belle végétation. Nombreux redjems ; certains, en forme de petits dolmens, semblent indiquer les abankors ; tous ces redjems, comme je l’ai déjà dit, on leur langage, mais je ne suis pas encore assez sûr de leur interprétation pour la donner ici.

Quoi qu’il en soit,quand on a vu ces redjems, ces tombeaux, ces mosquées touareg, ces monuments lithiques divers qui jalonnent les principales routes de nomadisme au Sahara, on comprend mieux les monuments mégalithiques de France dont certains devaient être ainsi des redjems jalonnant les grandes routes de nomadisme ou de commerce d’alors, d’autres aussi des lieux, des enceintes sacrés, d’autres, enfin, des tombeaux.

Puis nous quittons l’oued Telouhat et marchons vers le Nord-Ouest, en montant sur le plateau volcanique d’où émerge par endroits le Cristallin et que surmontent des volcans. Nous passons un col et apercevons Idelès et ses palmiers, dominé par la belle gara Taderaz.

Le 18, nous gagnons Hirafock, au milieu des granites décomposés en boules qui forment parfois des tas coniques outaourirts, très pittoresques, qui semblent comme les tas de boules de quelque Titan.

Nous traversons les oueds El-Ilou, Tahahift et Tafidjert (avec abankor). J’observe pour la première fois un cercle sacré (?), un cercle de quelques mètres de rayon, dessiné très soigneusement par trois rangs de pierres contigus formant un ruban en circonférence d’une régularité parfaite. J’insiste sur la facture très soignée de cet ouvrage, qui le met très à part dans la série des monuments lithiques sahariens. Cet ouvrage est situé au milieu des granits décomposés.

Pâturage àGuetof.

Hirafock est un centre de culture, un peu abandonné, semble-t-il. Ce ne sont pas les emplacements de centres de cultures qui manquent dans l’Ahaggar, ni l’eau, mais la main-d’œuvre. J’ai noté nombre d’endroits qui se prêteraient très bien à la culture.

A Hirafock, on trouve de beauxTarfaset des figuiers.

Le 19, suivons l’oued Hirafock jusqu’à ce qu’il tourne vers le Nord.

Là, c’est une admiration béate : l’oued coule ; il paraît qu’il y aurait toujours un filet d’eau en cet endroit.

Nous quittons l’oued et prenons dans la montagne (Schistes cristallins) la direction de l’Ouest.

Les chameaux se régalent deChereg.

Au Nord des coulées constituent plusieurs nappes étagées avec cratères, comme près d’Idelès.

Nous campons dans un fond àChobroketTeleh, d’où l’on a une belle vue sur l’Atakor, avec la masse du Tahat et des hauts plateaux.

Le 20, nous montons dans l’Atakor, en suivant un chemin très bien établi ; le réseau hydrographique est dense et compliqué. Nous trouvons des truffes blanches (terfes[A]), en particulière abondance. Cesterfes, avec leDahnoun(A) et leBerdi(A) sont des ressources en cas d’absence de vivres. Nous campons dans l’oued Tikeneouin.

Et le temps qui était menaçant depuis quelques jours devient mauvais et nous subissons un orage.

Les nuages sont très fréquents autour du massif du Tahat et des massifs montagneux les plus élevés du Massif cristallin qu’ils entretiennent ainsi dans une certaine humidité.

Le 21, nous campons dans l’oued Echchil près d’un abankor avec lauriers-roses, au pied du Tahat. L’altimètre marque 1.730 mètres.

Le 22, nous gagnons par le Nord du Tahat, par un épaulement du Tahat à plus de 2.000 mètres, l’oued Ti-n-Iferan situé beaucoup plus bas ; campons dans cet oued près de son confluent avec l’oued Tellet-Mellel, et près d’une source située dans le voisinage de beaux figuiers ; l’altimètre marque alors 1.720 mètres. Aperçu un tombeau et une roche gravée de tifinars.

Le 23, même camp.

Le 24, retour à l’oued Echchil.

Le 25, je gagne l’oued In-Fergan en remontant l’oued Abedassen d’abord, puis en appuyant à l’Est dans des plateaux semés de majestueuses aiguilles volcaniques.

Le 26, je descends vers l’oued Terroummout par de vastes coulées étagées d’où émerge à ma gauche le pittoresque Akrakar ; à droite l’Isekram.

Je trouve unCalosome. Les Coléoptères au Sahara sont surtout représentés par desTénébrionidés(Pimelia,Blaps, etc.), desCurculionidés(Cleones,Apions, etc.) et desCarabidés(en particulier leTamanrasat).

Puis sous les coulées, vers le bas, réapparaît le Cristallin avec un point d’eau important agrémenté de palmiers etdans lequel je trouve de nombreux papillons noyés — parmi lesquels de très beauxSphynx.

L’oued devient très humide dans les Schistes cristallins, profondément gravé, et sa végétation assez belle ; en particulier, il y a de fort beaux lauriers-roses. Il prend plus loin le nom d’oued Tamanrasat.

Je campe au pied d’une aiguille de lave prismée au milieu des tentes du caïd Oini.

Le 27, le 28 et le 29, Tamanrasat.

Le 30, le 31 et le 1eravril, retour par la même voie jusqu’à l’oued Echchil. Je rencontre en particulier les campements d’Anaba et ceux de la Tamenoukalt, que j’avais déjà rencontrés à l’aller.

Je gagne, de l’oued Echchil, l’oued Tikeneouin, où je passe, le 2, non loin d’un abankor.

Le 3, retour à l’oued Echchil.

Le 4, le 5 et le 6, repos et étude de l’oued Echchil et de ses environs.

Le 7, je gagne l’oued Tamzizek par l’oued Tiniferan et l’oued Arrou, ce dernier d’abord encaissé très pittoresquement dans les roches grenues, ensuite dans les Schistes cristallins ; beaucoup d’eau partout.

Le 8, je gagne In-Amdjel par l’oued Arrou, puis l’oued Tessert à l’Est de l’oued Arrou, puis l’oued In-Tayet, à l’Est de l’oued Tessert. Beau développement de terrasses d’alluvions ; quelques abankors à fleur de terre.

A signaler de beaux Cipolins dans la région de l’oued Tessert.

Belle végétation arborescente, en particulier dans les oueds Arrou et Tessert.

Le 9 et le 10, In-Amdjel.

Je visite le centre de culture d’In-Amdjel.

Un jeune Targui, Retaman-ag-Baba Ahmed me rappelle étonnamment un buste de Toutankamon. Il est de race targui pure. L’on attribue souvent une origine lybique et peut-être égyptienne aux Touareg. Leurs cheveux tressés, les croix abondamment répandues comme ornements surtout ce qui est targui, leur type n’est pas pour faire rejeter cette origine orientale des Touareg[96].

A In-Amdjel passe la piste automobile qui traverse le Sahara et mène au Niger ; une équipe travaille à la réparer pour le passage du raid Citroën qui ne sera pas la première traversée du Sahara en auto car le lieutenantFenouill’a déjà traversé avec plusieurs autos à roues. De la première traversée du Sahara en auto l’honneur revient à nos officiers.

Le 11, je gagne Teneleft près du Touferert (Toufrik). C’est une curieuse aiguille de roche grenue. Je campe dans les campements d’Abadoroul des Kel-Terourirt.

Le 12, pays de granits. Je passe par l’Anou (puits) oua-n-Tinifouk. A gauche les monts In-Tafargui, et à droite et en arrière les monts Igematen.

On aperçoit encore au Sud le Tahat.

Je gagne le bas du massif de Briri où je campe près de l’oued Amelak. Beaucoup d’Acheb,LehemaetRabiè.

Le 13, je longe le massif du Briri et je campe près de l’oued Teneleft, dans le voisinage des tentes de Mohamed-ag-Iknane des Kelindrar.

Les granits ont là des formes extraordinaires dues à une corrasion intense superposée à l’insolation.

Je vais voir dans la montagne une petite source permanente : Naher, accessible aux ânes seulement.

Le 14, repos.

Le 15, je gagne l’oued Adenek et le Anou (puits) Adenek, en laissant à droite les monts Isk, Iskaouen, Ahellakan, les oueds Tin-Sebra et Tinian.

Je rencontre un superbe cercle, dans le genre de celuirencontré entre Idelès et Hirafock, mais de diamètre beaucoup plus grand. Au milieu se trouve un petit carré dessiné par des pierres. Peut-être l’emplacement du feu sacré, car d’aucuns prétendent que ces cercles sont des restes du culte persan du feu[97]que les Touareg auraient eu avant d’être musulmans, ce qui est possible.

Je remonte l’oued Adenek jusqu’à un beauTarfaprès duquel j’établis mon camp.

Le 16, je suis l’oued Adenek un moment, puis le quitte et suis un mechbed en direction du mont Iskarneier. Je passe dans l’oued Tintamahé (qui se jette dans l’oued Abezzou), puis dans l’oued Entenecha où se trouve un bon abankor, puis dans l’oued Martoutic.

Je remonte l’oued Martoutic ; sur sa rive droite, dans la montagne, je vais visiter l’abankor Tahara (avec palmiers, lauriers-roses et joncs [Juncus maritimus]) et je campe au confluent des oueds Aor et Tintahouin, qui forment l’oued Martoutic.

L’Iskarneier et l’Intakoulmont sont, à l’Est de l’oued Martoutic, deux cimes élevées très importantes du Tifedest, remarquables en particulier comme type de desquamation des granits, car ce sont d’étonnantes coupoles polies émergeant d’un amoncellement de boules.

Le 17, je vais voir l’abankor de l’oued Aor, puis je gagne la source d’In-Ebeggi, par l’oued Ehan-nebra, le mont Babaia étant à l’Est.

Nous laissons à droite l’Adrar Hellelè et gagnons l’oued In-Takoufi (qui continue l’oued Ehan-nebra, après In-Ebeggi) par l’oued Goulgoul, affluent de sa rive droite.

A gauche, la montagne Hogeda et Adrar Dinaleouin ; à droite, Adrar Oscindida, Adrar Agenora, Agelaga, Amerê.

Planche XVI.Le Pays cristallin. L’aguelmam Tahara, près de l’oued Martoutic (Tifedest).Végétation avecJuncus maritimus, palmier et laurier-rose en fleurs. — Un Targui et son méhari.

Planche XVI.Le Pays cristallin. L’aguelmam Tahara, près de l’oued Martoutic (Tifedest).Végétation avecJuncus maritimus, palmier et laurier-rose en fleurs. — Un Targui et son méhari.

Planche XVI.

Le Pays cristallin. L’aguelmam Tahara, près de l’oued Martoutic (Tifedest).

Végétation avecJuncus maritimus, palmier et laurier-rose en fleurs. — Un Targui et son méhari.

De l’oued In-Takoufi, traversant son affluent de droite, l’oued Timaratin, dont la vallée amont abrite des points d’eau importants et doit être très intéressante, je gagne le passage de l’Henderiqui où nous campons. Pâturage d’Arta. Nombreuses antilopes mohor.

Le 18, traversons l’oued Intounin, dont l’amont est important par ses puits, l’oued Ouhet, également riche en eau à l’amont, laissons à droite l’oued Agellagan, contournons le mont Tileouin-Hanker et campons près de l’oued Ens-Iguelmamen, au pied de la gara Ti-Djenoun, de l’Oudan, après avoir abreuvé les chameaux à l’aguelmam d’Ens-Iguelmamen.

L’impression générale qui se dégage des régions du Tifedest que nous avons parcourues est qu’il est très avantagé à divers points de vue, et en particulier que les centres de culture y pourraient être nombreux (il y en a plusieurs abandonnés) sans l’absence de main-d’œuvre agricole que la suppression théorique de l’esclavage a créée dans ces pays.

Le Tifedest possède au plus haut degré l’avantage d’avoir des vallées humides ; il joue un rôle important dans la richesse des Issekemaren, les riches plébéiens des Kel-Ahaggar, et ses produits d’élevage camelin sont parmi les meilleurs de l’Ahaggar.

C’est certainement une des régions les plus richement dotées du pays des Kel-Ahaggar en même temps que vraiment des plus pittoresques et originales.

Le 19, je gagne directement le confluent de l’oued Taremert-n-Akh avec l’Igharghar, près d’Egeleh. C’est maintenant un tanesrouft, le pays plat de l’Avant-pays cristallin, pays absolument nu.

J’aperçois une grande antilope près d’Egeleh.

A signaler des tombeaux (?) nombreux, en gâteaux ronds bien bâtis, avec des sortes de branches radiées, généralement deux. Sont-ce des tombeaux ou des signaux ?

Je campe dans l’oued Taremert-n-Akh, près d’un peu d’Artasec.

Le 20, je gagne Amguid, où je retrouve de la végétation (de l’acheb) et des montagnes : l’Enceinte tassilienne.

Le 21 et le 22, repos à Amguid.

Le 22 et le 23, raid à Iraouen.

Du 24 au 1ermai, repos forcé à cause de mon état de santé.

Certains de mes Touareg également sont malades ou blessés ; et j’ai ainsi l’occasion de voir des femmes touareg dans le rôle de médecin ; car ce sont, en pays targui, les femmes qui connaissent les vertus des simples et l’art de guérir.

Pour les blessures elles font usage en particulier d’applications de plantes, principalement de cédrat ; en médecine générale elles font grand usage de la saignée et de sortes de cornets avec lesquels elles tirent du sang en des endroits choisis, particulièrement à la nuque ; ces cornets jouent un peu le rôle de ventouses scarifiées ; elles mettent aussi des applications de crottin sur les tempes ; elles connaissent les propriétés laxatives du senné (qui pousse en terre d’Ahaggar), etc., etc.

Les 2, 3, 4 et 5, raid au Tahihaout, par Tounourt Tin-Tedjert, l’oued Arami, Tihoubar (source avec vrais roseaux [Phragmites communis]), l’oued Ti-Gamahen et l’oued In-Tmanahen (point d’eau permanent et aguelmam).

Tuons des mouflons.

C’est la chasse préférée des Touareg que celle du mouflon (ils méprisent la chasse à la gazelle, dans laquelle excellent par contre les Arabes).

Quand le Targui part pour chasser, il cherche à ne pas être vu ; cela porte malheur ainsi que les souhaits ; et à son retour il vous fait les honneurs de la bête en vous apportant sa tête avec la queue coupée mise entre les dents.

Le mouflon séché, boucané, est un des éléments constitutifs de leurs réserves de vivres ; ils en font également le commerce ; du poil des manchettes, ils font des cordes très résistantes, ainsi que des chasse-mouches de nobles seigneurs; des cornes, quand elles sont grandes, des récipients pittoresques.

Le mouflon est considéré, semble-t-il, comme un des produits des terrains de parcours et, comme tel, la chasse n’en semble admise pour les tribus que sur leurs propres terrains de parcours.

Nous rencontrons de nombreuses mosquées à la manière targuia et un tombeau de marabout.

Dans le Tahihaout, j’essaie de m’emparer à la course d’ânes redevenus sauvages que l’on m’avait signalés. Ce n’est pas facile.

Du 6 au 19, je suis retenu à Tounourt et Amguid par une violente crise d’appendicite qui préludait depuis quelques jours.

Les Touareg me soignent et je garde un souvenir reconnaissant en particulier aux Forassi de la descendance d’El-Hadj-el-Foki qui m’entourent d’affection.

C’est une section raffinée des Touareg ; leurs femmes sont très recherchées pour leur beauté, leur finesse et leur bonne éducation, et la dot que doit donner leur mari est particulièrement élevée.

Et je vérifie encore combien est nuancé le code de la civilité touareg et combien ils ont de formes de respect pour les femmes de haut lignage, pour les vieillards, etc., etc.

J’y apprends également combien ils craignent la déesse Némésis. Il convient par exemple de ne jamais les féliciter sur le nombre de leurs chameaux ou de leurs jeunes bébés chameaux quand ils vous font l’honneur de leurs troupeaux, car cela porte malheur, disent-ils, un rezzou est si vite arrivé qui change la face des choses ! Il convient de ne même pas dire avec admiration : « Qu’il y en a ! », il convient tout juste de dire : « Il y en a quelques-uns », quand il y en a beaucoup.

Les Touareg cachent leur fortune ; s’ils sont voilés quant à leur figure, ils le sont aussi quant à leurs biens et d’ailleurs quant à tout. Nous ne savons pas en particulier ce qu’ils cachent dans leurs grottes secrètes, ce qu’ils y entassent. Ces cachettes, placées en général dans le terrainde parcours de leur tribu, où ils mettent leurs biens, leurs provisions, ont souvent fait trotter mon imagination quand ils allaient y chercher des vivres (dattes, blé, mouflon séché, etc.). Depuis des siècles des objets curieux s’y sont peut-être entassés !... Les deux fusils que j’ai trouvés près de Tin-Edness appartenaient, paraît-il, au père d’un Eitlohen (Oinkara) ; ils lui venaient de son père, etc., etc., et ils étaient depuis longtemps cachés dans la grotte que lui seul connaissait, où je les découvris. Dans ces cachettes peuvent donc dormir des armes anciennes des Touareg (celles en tous les cas qu’on leur voit arborer dans les grandes cérémonies et qui sortent alors comme par enchantement) et beaucoup de vieilles choses. Peut-être là trouverait-on quelques éléments pour l’histoire des Touareg, si informe encore.

Que de voiles encore à déchirer couvrent les mystérieux Touareg[98].

Pendant ces quelques jours je subis de nombreux vents de sable.

C’est d’ailleurs habituel en avril-mai. Aussi est-ce une période peu sûre dans ces régions, car les Touareg, sachant que leurs traces seront ainsi effacées, profitent souvent des vents de sables pour faire leurs raids de pillages.

Le 19, je vais à la Source du Figuier pour m’assurer de mon rétablissement.

A signaler contre la montagne un groupe de tombeaux (?) orientés, à guirlandes, allées, tumuli, etc., près de Tin-Tarabin, à mi-chemin entre Tin-Eselmaken et Tit-Tahart.

Le 20, gagnons l’oued Raris en traversant l’erg d’Amguid.

Le 21, je passe au pied de la pointe des Grès inférieurs d’In-Touareren ; là, un tombeau (?) ancien, orienté, à guirlandes de pierres, tumuli, etc., en vague croissant, est à signaler.

Traversons l’oued Tidilekerer ; remontons sur les Tassilis internes de l’Emmidir par l’oued Tin-Tarahit (au Nord, l’oued Asaouen mène à l’oued Tilia ou Henin). Tombes islamiques[99].

Descendons dans la cuvette de Tiounkenin, poussons une pointe au Sud, jusqu’à l’aguelmam Afelanfela (ou Deïtman), dans le voisinage duquel je dois signaler également un monument lithique du type à allées, guirlandes de pierres et tumuli.

Le 22, passons à l’abankor de Tiounkenin.

Gisement de Graptolithes.

Après la traversée des Tassilis externes par l’oued Khanget-el-Hadid, où se trouve l’aguelmam Hindebera, arrivons dans le mader Amserha, d’où nous remontons vers le Nord, vers les puits de l’oued Tilia.

Le 23, 24 et 25, oued Tilia. Beau pâturage deHadet deDrinn.

Le 26, le 27 et le 28, traversons les Pays pré-tassiliens par l’oued Abadra (abreuvage à un puits), pour aboutir à Aïn-Redjem.

Le 29, Aïn-Ksob.

C’est la fin du Ramadan, et pour marquer ce jour mes Touareg édifient une mosquée à leur manière dans laquelle ils se livrent à de nombreuses prières.

Le 30, Aïn-El-Hadj-el-Bekri (Tihoubar).

Tombeaux d’El-Hadj-el-Bekri et autres membres de sa famille.

Des dattes sont déposées sous la protection du marabout, ainsi que d’autres objets.

Je crois qu’une partie est destinée à la famille d’El Hadj-el-Foki, sinon tout. On ne doit pas toucher à ces provisions, paraît-il, que si l’on est près de mourir de faim, en danger de mort, et les remplacer ensuite dès qu’on le peut.

Ce qu’il y a de curieux, c’est que les Touareg, pourtant pillards dans l’âme, respectent cette règle ; ils n’aiment d’ailleurs que le vol à main armée, qui seul est noble, et qui d’ailleurs n’est pas toujours un vol, puisque c’est souvent un vieux compte que l’on règle.

Le 31, je fais d’une traite le parcours Tihoubar, Foggaret-el-Arab. La région est désolée ; il y a absence complète de pâturage : c’est bien le Tidikelt.

Le 1erjuin, repos à Foggaret-el-Arab.

Le 2, Foggaret-el-Arab-In-Salah.

J’apprends, à mon arrivé, que l’on m’avait cru assassiné ou grièvement blessé et que non seulement des patrouilles avaient été à la recherche de renseignements sur mon sort, mais encore qu’on s’était préparé à monter une mission pour aller à mon secours ou me venger si cela avait été nécessaire.

[80]Ou Hoggar.[81]Ces « impressions de route », tirées de mon journal de route, sont extraites du texte d’une conférence que j’ai prononcée le 24 avril 1923 à Grenoble devant leClub Alpin(Section de l’Isère) de même qu’un article « Seul au Hoggar » que j’ai livré à la revueLa Vie Tunisienne Illustréeen mai 1923 et qui y a paru en décembre de la même année.[82]C’est ainsi que l’on peut appeler d’un nom descriptif et point trop inexact puisque le mimosa de France est un Acacia, lesTamat,TelehetAhtés(Acacia Seyal,Acacia albidaetAcacia tortilis).[83]Tagoulmoust (T).[84]Dans le sens héraldique du mot.[85]Le sol de la Crau rappelle assez certains sols de reg. Il y aurait peut-être lieu de se demander si ce sol de la Crau ne s’est pas constitué lors d’un climat plus ou moins désertique.De nombreuses raisons géologiques me font soupçonner que cette hypothèse n’est pas loin de la vérité.[86]Porphyre est ici employé dans le sens vulgaire.[87]Edelésen Tamahak veut dire « lieu cultivé ». Idelès est un des plus beauxEdelésde l’Ahaggar.[88]Arremen Tamahak veut dire « village », « centre de sédentaires », Kel arrem (sédentaires) est opposé à nomades.[89]Dans le Massif Central Saharien on distingue de l’Ouest à l’Est trois groupes de Touareg : le groupe des Kel-Ahaggar de l’Ettebel des Taïtok, avec l’Ahnet comme centre ; celui des Kel-Ahaggar du Grand Ettebel, avec l’Atakor de l’Ahaggar et, enfin, celui des Kel-Ajjer, avec l’Ajjer.[90]Sortes de toges blanches ornées de bandes écarlates ou pourpres et de points bleus.[91]Sinon celles des explorations de Duveyrier.[92]Tirées de mon journal de route.[93]D’après les Touareg il ne faudrait pas approcher son visage des belles fleurs roses des Kerenka ; cela donnerait mal aux yeux.[94]La grande piste saharienne qui passe par l’Oued Tedjert, Tisemt et l’Amadror est certainement une des ces vieilles pistes sahariennes essentielles comme la piste d’In Size dont nous trouvons déjà l’indication dans les cartes espagnoles du xvesiècle.[95]Artemisia.[96]Les Touareg ont souvent des clochettes pendues au cou de leur mehari ; tout ce qui est Arabe ne se sert pas de clochettes ; les cloches et clochettes ont quelque chose de chrétien ; les Touareg ont-ils passé dans les premiers siècles de notre ère par une phase chrétienne à laquelle des relations avec la Lybie et l’Egypte n’auraient pas été étrangères ? C’est là une question encore sans réponse sûre.[97]Le culte du feu existerait chez certaines tribus du Soudan Egyptien, ce qui est déjà plus près de l’Ahaggar que la Perse et par suite pourrait nous éclairer peut-être davantage sur beaucoup de questions encore très mystérieuses qui se posent en terre d’Ahaggar.[98]Je ne me suis guère étendu dans cet ouvrage sur les Touareg (caractère, mœurs, droit, organisation sociale, etc.). Duveyrier en a admirablement traité à propos de sa pénétration des Touareg de l’Ajjer, et on ne saurait en écrire après lui.Plus on connaît les Touareg plus on s’aperçoit de l’exactitude de Duveyrier à leur sujet. Je suis fier de rappeler ici que ce premier explorateur du pays targui était un jeune géologue de 23 ans. C’est un bel exemple entre d’autres du rôle glorieux qu’ont joué les scientifiques, dans la conquête et la pénétration du Sahara Central.[99]On doit remarquer que les tombes nettement islamiques, c’est-à-dire avec pierres-témoin plutôt rares en pays targui, quand on compare leur nombre à celui des monuments lithiques divers qu’on y rencontre.

[80]Ou Hoggar.

[80]Ou Hoggar.

[81]Ces « impressions de route », tirées de mon journal de route, sont extraites du texte d’une conférence que j’ai prononcée le 24 avril 1923 à Grenoble devant leClub Alpin(Section de l’Isère) de même qu’un article « Seul au Hoggar » que j’ai livré à la revueLa Vie Tunisienne Illustréeen mai 1923 et qui y a paru en décembre de la même année.

[81]Ces « impressions de route », tirées de mon journal de route, sont extraites du texte d’une conférence que j’ai prononcée le 24 avril 1923 à Grenoble devant leClub Alpin(Section de l’Isère) de même qu’un article « Seul au Hoggar » que j’ai livré à la revueLa Vie Tunisienne Illustréeen mai 1923 et qui y a paru en décembre de la même année.

[82]C’est ainsi que l’on peut appeler d’un nom descriptif et point trop inexact puisque le mimosa de France est un Acacia, lesTamat,TelehetAhtés(Acacia Seyal,Acacia albidaetAcacia tortilis).

[82]C’est ainsi que l’on peut appeler d’un nom descriptif et point trop inexact puisque le mimosa de France est un Acacia, lesTamat,TelehetAhtés(Acacia Seyal,Acacia albidaetAcacia tortilis).

[83]Tagoulmoust (T).

[83]Tagoulmoust (T).

[84]Dans le sens héraldique du mot.

[84]Dans le sens héraldique du mot.

[85]Le sol de la Crau rappelle assez certains sols de reg. Il y aurait peut-être lieu de se demander si ce sol de la Crau ne s’est pas constitué lors d’un climat plus ou moins désertique.De nombreuses raisons géologiques me font soupçonner que cette hypothèse n’est pas loin de la vérité.

[85]Le sol de la Crau rappelle assez certains sols de reg. Il y aurait peut-être lieu de se demander si ce sol de la Crau ne s’est pas constitué lors d’un climat plus ou moins désertique.

De nombreuses raisons géologiques me font soupçonner que cette hypothèse n’est pas loin de la vérité.

[86]Porphyre est ici employé dans le sens vulgaire.

[86]Porphyre est ici employé dans le sens vulgaire.

[87]Edelésen Tamahak veut dire « lieu cultivé ». Idelès est un des plus beauxEdelésde l’Ahaggar.

[87]Edelésen Tamahak veut dire « lieu cultivé ». Idelès est un des plus beauxEdelésde l’Ahaggar.

[88]Arremen Tamahak veut dire « village », « centre de sédentaires », Kel arrem (sédentaires) est opposé à nomades.

[88]Arremen Tamahak veut dire « village », « centre de sédentaires », Kel arrem (sédentaires) est opposé à nomades.

[89]Dans le Massif Central Saharien on distingue de l’Ouest à l’Est trois groupes de Touareg : le groupe des Kel-Ahaggar de l’Ettebel des Taïtok, avec l’Ahnet comme centre ; celui des Kel-Ahaggar du Grand Ettebel, avec l’Atakor de l’Ahaggar et, enfin, celui des Kel-Ajjer, avec l’Ajjer.

[89]Dans le Massif Central Saharien on distingue de l’Ouest à l’Est trois groupes de Touareg : le groupe des Kel-Ahaggar de l’Ettebel des Taïtok, avec l’Ahnet comme centre ; celui des Kel-Ahaggar du Grand Ettebel, avec l’Atakor de l’Ahaggar et, enfin, celui des Kel-Ajjer, avec l’Ajjer.

[90]Sortes de toges blanches ornées de bandes écarlates ou pourpres et de points bleus.

[90]Sortes de toges blanches ornées de bandes écarlates ou pourpres et de points bleus.

[91]Sinon celles des explorations de Duveyrier.

[91]Sinon celles des explorations de Duveyrier.

[92]Tirées de mon journal de route.

[92]Tirées de mon journal de route.

[93]D’après les Touareg il ne faudrait pas approcher son visage des belles fleurs roses des Kerenka ; cela donnerait mal aux yeux.

[93]D’après les Touareg il ne faudrait pas approcher son visage des belles fleurs roses des Kerenka ; cela donnerait mal aux yeux.

[94]La grande piste saharienne qui passe par l’Oued Tedjert, Tisemt et l’Amadror est certainement une des ces vieilles pistes sahariennes essentielles comme la piste d’In Size dont nous trouvons déjà l’indication dans les cartes espagnoles du xvesiècle.

[94]La grande piste saharienne qui passe par l’Oued Tedjert, Tisemt et l’Amadror est certainement une des ces vieilles pistes sahariennes essentielles comme la piste d’In Size dont nous trouvons déjà l’indication dans les cartes espagnoles du xvesiècle.

[95]Artemisia.

[95]Artemisia.

[96]Les Touareg ont souvent des clochettes pendues au cou de leur mehari ; tout ce qui est Arabe ne se sert pas de clochettes ; les cloches et clochettes ont quelque chose de chrétien ; les Touareg ont-ils passé dans les premiers siècles de notre ère par une phase chrétienne à laquelle des relations avec la Lybie et l’Egypte n’auraient pas été étrangères ? C’est là une question encore sans réponse sûre.

[96]Les Touareg ont souvent des clochettes pendues au cou de leur mehari ; tout ce qui est Arabe ne se sert pas de clochettes ; les cloches et clochettes ont quelque chose de chrétien ; les Touareg ont-ils passé dans les premiers siècles de notre ère par une phase chrétienne à laquelle des relations avec la Lybie et l’Egypte n’auraient pas été étrangères ? C’est là une question encore sans réponse sûre.

[97]Le culte du feu existerait chez certaines tribus du Soudan Egyptien, ce qui est déjà plus près de l’Ahaggar que la Perse et par suite pourrait nous éclairer peut-être davantage sur beaucoup de questions encore très mystérieuses qui se posent en terre d’Ahaggar.

[97]Le culte du feu existerait chez certaines tribus du Soudan Egyptien, ce qui est déjà plus près de l’Ahaggar que la Perse et par suite pourrait nous éclairer peut-être davantage sur beaucoup de questions encore très mystérieuses qui se posent en terre d’Ahaggar.

[98]Je ne me suis guère étendu dans cet ouvrage sur les Touareg (caractère, mœurs, droit, organisation sociale, etc.). Duveyrier en a admirablement traité à propos de sa pénétration des Touareg de l’Ajjer, et on ne saurait en écrire après lui.Plus on connaît les Touareg plus on s’aperçoit de l’exactitude de Duveyrier à leur sujet. Je suis fier de rappeler ici que ce premier explorateur du pays targui était un jeune géologue de 23 ans. C’est un bel exemple entre d’autres du rôle glorieux qu’ont joué les scientifiques, dans la conquête et la pénétration du Sahara Central.

[98]Je ne me suis guère étendu dans cet ouvrage sur les Touareg (caractère, mœurs, droit, organisation sociale, etc.). Duveyrier en a admirablement traité à propos de sa pénétration des Touareg de l’Ajjer, et on ne saurait en écrire après lui.

Plus on connaît les Touareg plus on s’aperçoit de l’exactitude de Duveyrier à leur sujet. Je suis fier de rappeler ici que ce premier explorateur du pays targui était un jeune géologue de 23 ans. C’est un bel exemple entre d’autres du rôle glorieux qu’ont joué les scientifiques, dans la conquête et la pénétration du Sahara Central.

[99]On doit remarquer que les tombes nettement islamiques, c’est-à-dire avec pierres-témoin plutôt rares en pays targui, quand on compare leur nombre à celui des monuments lithiques divers qu’on y rencontre.

[99]On doit remarquer que les tombes nettement islamiques, c’est-à-dire avec pierres-témoin plutôt rares en pays targui, quand on compare leur nombre à celui des monuments lithiques divers qu’on y rencontre.

Dans ce travail l’étude géologique et morphologique du pays nous a permis de distinguer, dégager et définir un certain nombre de régions et sous-régions, un certain nombre «d’unités structurales».

I. Les pays crétacico-tertiaires sud-constantinois avec leur bord relevé à la périphérie constituant au Sud la Hamada de Tinghert et le Tademaït.

II. Le Massif Central Saharien comprenant :

1. Les Pays pré-tassiliens ;

2. L’Enceinte tassilienne avec :

a)Les Tassilis externes ;

b)Les Tassilis internes ;

3. Le Pays cristallin avec :

a)L’Avant-pays cristallin ;

b)Le Massif cristallin.

La distinction de ces unités de structure homogène nous paraît importante au point de vue géologique et géographique.

** *

Nous avons indiqué par une rapide mise au point botanique et zoologique combien la distinction inspirée par les considérations géologiques et morphologiques entre les pays crétacico-tertiaires sud-constantinois et le Massif Central Saharien était légitimée aussi par les caractères de la végétation et de la faune.

On constate un grand changement dans la flore quand l’on passe du Sahara arabe dans le pays targui.

On remarque en outre :

la concentration de la végétation persistante sur le réseau hydrographique auquel elle est étroitement limitée (sauf cas de sable, cas plutôt rare), alors qu’en pays crétacico-tertiaires (particulièrement atteints par la « maladie des sables ») la végétation persistante est largement diffuse ;

les caractères de cette flore persistante beaucoup moins adaptée à la sécheresse, donc beaucoup moins désertique que celle des pays crétacico-tertiaires ;

la conservation d’une flore persistante de pays humides et d’une faune dulcaquicole complète composées d’espèces survivantes, à représentants dispersés de temps beaucoup plus humides.

(Les autres massifs sahariens géologiquement et morphologiquement comparables, les autres massifs cristallins du « Faîte saharien », avec leurs enveloppes primaires, sont peut-être ainsi de même au point de vue zoologique et botanique en opposition avec les pays de calcaires secondaires ou tertiaires et de sables qui les entourent plus ou moins au Nord et au Sud).

** *

C’est ainsi que la flore et la faune du Massif Central Saharien semblent témoigner de l’existence d’un passé humide au Sahara.

On peut croire que le réseau hydrographique du Sahara en disproportion avec l’activité actuelle des oueds est également un héritage de ce passé humide.

Et ainsi la flore, la faune du pays targui et le réseau hydrographique saharien fournissent un faisceau de raisons de croire qu’un passé humide a régné sur le Sahara.

Nous ne sommes pas le premier à émettre cette hypothèse, mais la question nous a paru ne pouvoir que gagner à une mise au point, appuyée souvent de précisions nouvelles.

Pour l’explication de ce passé humide, qui reste encore un point à éclaircir, nous avons cru devoir faire un exposé de la question de la mer saharienne car, au cas où des golfes méditerranéens et de l’Océan Atlantique auraient pénétré profondément le Sahara on s’expliquerait des précipitations atmosphériques plus considérables desquelles l’influence de volcans en activité et une plus grande élévation du Massif Central Saharien ne semblent des explications ni suffisantes, ni bonnes.

Et nous avons conclu que contrairement à l’opinion généralement admise actuellementla question n’est pas réglée définitivementet qu’on ne peut rejeter encore, sans éléments nouveaux, l’hypothèse des golfes sahariens.

** *

Au cours de cet exposé par unités structurales, nous avons mis en lumière le rôle joué par les sédiments siluriens dans les formations de l’Enceinte tassilienne.

Nous avons montré que les Grès inférieurs des Tassilis internes sont plus anciens que les Schistes à Graptolithes (siluriens) et qu’ainsi toute une partie des Tassilis est plus ancienne qu’on ne le croyait.

Nous avons esquissé la carte générale d’affleurement de ces Schistes siluriens à Graptolithes et des Grès qui leur sont inférieurs.

Ces résultats ont une notable répercussion sur la géologie des vastes domaines de grès de l’Afrique Centrale et Occidentale française dont ils peuvent contribuer à démêler les traits par analogie.

Ces résultats permettent ainsi de croire que les sédiments siluriens jouent un rôle important dans ces immenses pays[100].

Nous avons également indiqué que l’on peut maintenant considérer les Schistes cristallins de l’Ahaggar commeplissés à l’époque algonkienne et comme eux-mêmes anté-cambriens.

On peut admettre également cet âge anté-cambrien pour les Schistes cristallins d’immenses régions du Sahara, ainsi que leur plissement à l’époque algonkienne, entre autres les régions de l’Adrar des Iforas, de l’Aïr, du Tibesti (la partie qui est en Schistes cristallins), de l’Eglab et d’Amseiga (au nord d’Atar, en Mauritanie).

Et c’est tout un « bouclier algonkien », un « faîte ancien » qui est révélé, le «Faîte saharien»[101].

Dans ces conclusions, nous n’irons pas plus avant dans la mise en relief des résultats scientifiques de notre exploration exposés au cours de ce travail.

Ceux-là, rappelés dans ces dernières lignes, suffisent déjà, croyons-nous, à légitimer la mission[102]scientifique en Sahara central au point de vue géologique, géographique et biologique dont nous avait chargé, en 1921, M. le Ministre de l’Instruction Publique.

Grenoble, le 15 mars 1924.


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