CHAPITRE XIII

Ces opérations menaçaient d'être longues, car le navire avait dû mouiller au large, par crainte des roches à fleur d'eau qui entouraient l'île, et l'on devait transporter les hommes à bord, au moyen de deux canots.

—Mais, demanda tout à coup Farenheit, par quel moyen la sélénite s'enflammera-t-elle?

Fédor Sharp répondit tranquillement:

—Mon excellent ami, Ladislas Rotterdack se charge de déclancher, au moment voulu, le mouvement d'horlogerie qui règle l'envoi du courant électrique grâce auquel, à la seconde précise, les charges du canon s'enflammeront.

Il se tourna vers Rotterdack et, tirant son chronomètre:

—Quelle heure avez-vous, cher ami? demanda-t-il.

L'autre consulta sa montre.

—Sept heures et quart, répondit-il.

—Vous avancez de trente-sept secondes, cher ami, fit Sharp d'un ton plein de naturel, réglez-vous sur moi... car il importe de ne pas avancer d'une seconde le moment du départ.

Ce disant, un sourire imperceptible plissait ses lèvres minces.

—Là, dit-il, il nous reste donc une heure vingt minutes et quarante-sept secondes à demeurer ici... si vous le désirez, mon cher Woriguin, nous profiterons de ce répit pour donner un dernier coup d'œil à l'aménagement de l'obus.

Sans défiance, Jonathan Farenheit aida lui-même les deux hommes à descendre, à l'aide d'une benne, dans le fond de l'énorme engin; puis il s'occupa de presser l'embarquement du personnel.

Une demi-heure s'écoula; il restait encore à terre une cinquantaine d'ouvriers attendant l'instant de monter dans les canots, lorsque soudain une immense colonne de feu jaillit du sol, secouant l'île jusque dans ses fondements, crevassant le sol, bouleversant les flots.

Devançant d'une demi-heure le moment fixé pour le départ, Stanislas Rotterdack venait de mettre le feu à la mine, lançant seuls dans l'espace Fédor Sharp et Woriguin.

Ceux-ci avaient parfaitement bien résisté au formidable contre-coup du départ et les premiers jours du voyage s'étaient effectués dans les meilleures conditions possibles.

Le quatrième jour seulement, en mesurant la distance angulaire de la terre et de son satellite, Sharp fronça les sourcils et un juron s'étrangla dans sa gorge.

La vitesse de l'obus allait se ralentissant d'une façon inquiétante.

Woriguin murmura tout pâle:

—Pourvu que nous passions le point neutre.

L'autre hocha la tête.

—Nous irons bien jusque-là, grommela-t-il... du moins, je l'espère.

—C'est peut-être parce que nous sommes partis en avance, balbutia Woriguin d'un ton de reproche.

—Imbécile! répliqua Fédor Sharp; crois-tu donc que j'eusse fait une semblable bêtise?... non, nous sommes partis à la seconde précise... mais pour tromper cet idiot de Farenheit, Ladislas et moi avions, à dessein, retardé nos montres d'une demi-heure.

—Enfin! murmura Woriguin avec un accent plein de résignation.

Toute la nuit, les deux hommes furent sur pied, constatant d'heure en heure le ralentissement évident de l'obus.

Puis tout à coup, Sharp poussa un cri de terreur: le projectile était immobile sur la limite où l'attraction de la terre et celle de la lune se contrebalancent.

—Tonnerre de sort! gronda-t-il, nous sommes arrêtés.

Et il se laissa tomber sur le siège qui courait tout autour du wagon, les traits bouleversés, les yeux hagards, les dents serrées, les ongles déchirant rageusement l'étoffe du meuble.

—Perdus! répéta Woriguin comme un lamentable écho... nous sommes perdus.

Après quelques instants, il ajouta d'une voix rauque en fixant sur son compagnon des regards affolés:

Woriguin, l'un des préparateurs de Fédor Sharp et son compagnon de voyage.

—Nous n'avons, n'est-ce pas, aucune chance de nous sauver d'ici?

Fédor Sharp répliqua d'un ton plein d'accablement:

—Nous sommes condamnés à demeurer éternellement figés à cette place... à moins...

—A moins?... répéta Woriguin, avec une lueur d'espoir.

—A moins, continua Sharp, qu'une influence étrangère ne nous entraîne en deçà ou en delà de cette maudite ligne d'attraction.

—En ce cas, balbutia l'autre, nous sommes irrévocablement perdus.

Une semaine, puis une autre semaine, puis un mois tout entier s'écoulèrent dans cette situation, sans que rien vînt la modifier; dès le premier jour, ils avaient dû fixer au plancher par de fortes saisines tous les meubles qui, en raison de la suppression complète de la pesanteur, se déplaçaient sous la plus légère impulsion, l'obus n'ayant plus ni haut ni bas.

Eux-mêmes devaient s'abstenir de mouvements trop violents pour éviter des chocs désagréables.

Woriguin, inoccupé maintenant et complètement démoralisé, passait son temps à boire, cherchant dans l'ivresse l'oubli de la mort terrible qui l'attendait.

Quant à Fédor Sharp, l'œil rivé à sa lunette, il ne cessait de fouiller l'espace, dans l'espoir insensé d'apercevoir cette cause providentielle capable de l'arracher à son immobilité éternelle.

Tous les jours il allait au réservoir d'air, constater combien de temps encore ils avaient à vivre, lui et son compagnon.

Et plus d'une fois, après avoir constaté que la provision s'épuisait rapidement, il avait jeté des regards farouches du côté du hamac sur lequel Woriguin ronflait à poings fermés, cuvant lourdement son ivresse.

Un rictus tordait ses lèvres minces, tandis que ses mains se crispaient dans un geste d'étranglement. La mort de Woriguin aurait prolongé du double l'existence de Fédor Sharp.

—Ah! misérable Ossipoff! s'écria un jour l'ex-secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences, après avoir, des heures entières, sondé le désert sidéral, qui aurait pensé que ses calculs étaient faux, la force de propulsion de sa «sélénite» insuffisante et son acier fragile?

Et il répétait, en frappant du poing fermé sa table sur laquelle se trouvaient les calculs recommencés la veille pour la centième fois:

—Ah! sans sa poudre et sans son canon...

Le misérable ne réfléchissait pas que cette poudre et ce canon, il ne s'en était rendu possesseur qu'au moyen d'un vol.

Le lendemain matin il était étendu sur son hamac, les paupières closes, mais ne dormant pas—depuis qu'il était enfermé dans ce wagon, le sommeil l'avait fui—lorsqu'il entendit son compagnon se lever.

Suivant son habitude, Woriguin s'était couché la veille à moitié gris et Sharp avait dû l'attacher, suivant l'habitude qu'il en avait prise lorsqu'il le voyait en cet état et de crainte de quelque violence.

Fort étonné qu'il eut pu se délivrer de ses liens, alors que d'ordinaire il l'appelait pour le détacher, le savant eut le pressentiment que quelque chose d'anormal se passait.

Il détourna légèrement la tête, et à travers ses cils abaissés, aperçut, en effet, Woriguin qui, soulevé sur son coude, penché sur le bord de son hamac, l'examinait avec attention.

Un moment il demeura immobile, puis un sourire hideux entr'ouvrit ses lèvres, tandis que dans sa prunelle passait une lueur fauve.

—Il dort... murmura-t-il, tant mieux... ce sera plus vite fait.

L'une après l'autre, il sortit ses jambes du hamac, posa ses pieds sur le plancher.

Un craquement léger le fit tressaillir et il reprit son immobilité, les yeux toujours fixés sur Sharp.

Celui-ci continuait à simuler le sommeil.

Rassuré, Woriguin fit quelques pas dans la pièce, mais dans une direction opposée à celle où se trouvait le Russe, et se dirigea vers l'unique meuble qui servait à la fois de bibliothèque et de réserve pour les instruments et les outils.

Il se courba, chercha sans bruit dans un casier, se releva et se retournant, marcha droit au hamac de Sharp.

A la lueur de la lampe, qu'ils laissaient brûler la nuit en veilleuse, Sharp vit dans la main de son compagnon comme un reluisement d'acier et un frisson convulsif secoua ses membres.

L'idée que lui-même avait eue plusieurs fois de tuer Woriguin, celui-ci allait la mettre à exécution; il était armé d'un énorme ciseau à froid et d'un seul coup, bien appliqué, il lui défoncerait la poitrine.

Brusquement Sharp se redressa et d'une voix terrible:

—Que veux-tu? demanda-t-il.

Surpris de trouver éveillé celui qu'il s'attendait à frapper, sans lutte, dans son sommeil, l'autre recula d'un pas.

Puis, avec, un ricanement sauvage, il répondit:

—Ce que je veux? Eh! eh! la question est plaisante! Je veux te tuer, parbleu!

—Que t'ai-je fait? demanda Sharp.

—Tu m'as amené ici.

—Est-ce ma faute, à moi, si les plans de ce maudit Ossipoff n'étaient point exacts?...

Woriguin haussa les épaules.

—Quand on vole, grommela-t-il, on vole intelligemment.

—Mais je suis aussi peiné que toi.

—Que m'importe... et puis ce n'est pas pour me venger, c'est pour vivre que je veux me débarrasser de toi;... l'air que tu respires, tu me le voles.

Et farouchement il s'avança.

Fédor Sharp avait quitté sa couche et, saisissant un tabouret, s'était mis en défense, bien décidé à lutter jusqu'au dernier moment.

Immobiles, les deux adversaires se toisaient en silence.

—Vivre! exclama enfin Fédor Sharp d'un ton plein de pitié... de combien de jours espères-tu donc que ma mort prolongerait ton existence?

—D'autant de jours que tu en vivrais toi-même.

—Cela t'avancera bien de reculer ta mort de quelques semaines!

Woriguin ricana.

—Cela t'avance si bien toi-même que te voilà prêt à défendre ta peau... Quand on a des principes on les applique... puisque tu prétends qu'il importe peu de mourir quelques jours plus tôt ou plus tard, laisse-toi tuer sans résistance.

Ce raisonnement était logique et Sharp demeura quelques instants muet et la tête basse, ne sachant que répondre.

—Allons, dit l'autre d'une voix sourde, dépêchons; je te l'ai déjà dit, l'un de nous est de trop ici,... tu es le plus vieux, cède-moi la place de bonne volonté... sinon...

Il s'avança, le bras levé.

Le Russe devint tout pâle.

—Écoute, dit-il enfin, accorde-moi jusqu'à la fin de la journée.

Woriguin haussa les épaules.

—A quoi bon?... fit-il, tu useras quelques mètres cubes d'air inutilement... autant en finir de suite.

Tout à coup, une idée traversa la cervelle de Sharp.

—Peut-être bien, murmura-t-il, pourrons-nous être sauvés.

Une expression d'incrédulité se peignit sur le visage de Woriguin.

—Allons donc... grommela-t-il, qui te fait supposer cela?

—Mes calculs et mes observations.

—Tes observations!... ricana Woriguin, quelles observations?

—Celles que j'ai faites cette nuit; il m'a semblé apercevoir, à l'aide de mon télescope, à quelques milliers de lieues, un corps céleste qui pourrait bien modifier notre situation.

—Tu mens, tu m'aurais éveillé pour m'annoncer une telle nouvelle.

—Tu étais tellement gris que l'essayer eût été peine perdue.

Woriguin pinçait les lèvres d'un air profond; il réfléchissait à la créance qu'il devait prêter aux paroles de son compagnon.

Cela lui paraissait bien invraisemblable... mais, pourtant, si cela était vrai...

Et du coin de l'œil il surveillait Fédor Sharp, cherchant à lire sur son visage ce qu'il pensait.

Mais Sharp demeurait impassible, regardant son compagnon par dessous ses lunettes, épiant avec joie les traces de l'indécision en laquelle il se débattait.

Si Woriguin croyait à ce mensonge,—car il venait de mentir effrontément puisqu'il avait passé la nuit dans son hamac,—il voudrait se rendre compte par lui-même et il monterait à l'espèce d'observatoire pratiqué dans le sommet de l'obus.

Si peu de temps qu'il resterait là-haut, c'en serait assez pour permettre à Sharp de prendre dans le tiroir du meuble une paire d'excellents revolvers qui le mettrait à même d'avoir de son côté toutes les chances, au cas où un combat corps à corps deviendrait inévitable.

Malheureusement Woriguin semblait lire dans la pensée du misérable.

Après être demeuré quelques instants immobile et silencieux il eut un hochement de tête qui signifiait clairement: «Au surplus, qu'est-ce que je risque?»

Puis il alla droit au meuble, ouvrit le tiroir, prit les revolvers, les mit tranquillement dans sa poche et se dirigea vers l'échelle qui menait à l'étage supérieur.

Le dépit de Fédor Sharp fut si violent qu'il ne put le dissimuler; en même temps une pâleur livide envahissait son visage.

Ce que voyant, le préparateur éclata de rire.

—Eh! Eh! fit-il d'un ton narquois, on eût donc voulu me faire sauter la cervelle? vieux père... heureusement qu'on a encore sa tête.

Puis jetant à la face de Sharp un nouvel éclat de rire, il monta lentement les échelons.

Le Russe se sentit perdu; dans quelques instants Woriguin allait redescendre, furieux d'avoir été joué et lui logerait une balle dans la poitrine.

Alors, ses forces l'abandonnèrent et il demeura inerte attendant le coup mortel.

Soudain un cri éclata au-dessus de sa tête, cri de joie et de triomphe.

Presque aussitôt la porte du petit observatoire s'ouvrit avec fracas, livrant passage à Woriguin qui dégringola l'escalier et vint se jeter dans les bras de Fédor Sharp.

—Quoi! s'écria celui-ci en se relevant, qu'y a-t-il? es-tu fou?

—Sauvés! balbutia Woriguin dont l'émotion était telle que c'est à peine s'il pouvait parler... Nous sommes sauvés!

Sharp était tout pâle, répétant machinalement comme s'il n'en comprenait pas le sens:

—Sauvés... sauvés.

Son complice comme un fou, riant et chantant, gesticulant.

Alors Sharp le saisit par le bras, et le maintenant un moment immobile:

—Mais enfin, cria-t-il, répondras-tu?... Que se passe-t-il et pourquoi prétends-tu que nous sommes sauvés?

Mais la joie était trop forte pour Woriguin, qui s'affaissa sur un siège en balbutiant:

—Là-haut... la lunette... un corps qui vient à nous...

Et il s'évanouit.

En croyant à peine ses oreilles, Sharp s'élança d'un seul bond dans l'ogive mais il tremblait tellement qu'il fut quelques minutes avant de pouvoir ajuster l'oculaire.

Enfin, il y parvint et poussa, lui aussi, un cri perçant.

Là-bas, dans l'espace, un corps s'avançait avec une assez grande rapidité.

Ainsi donc, son mensonge se trouvait être vrai et le hasard lui envoyait un sauveur.

Mais tout à coup ses sourcils se froncèrent, sa bouche se tordit dans une grimace de fureur et un juron s'échappa de ses lèvres.

—Lui!... gronda-t-il, lui encore!... lui toujours!...

Et, ivre de rage, il lançait son poing fermé dans la direction du wagon de Mickhaïl Ossipoff.

Cependant la joie d'être sauvé l'étreignait au cœur et aussi l'espérance qu'il avait maintenant de pouvoir continuer sa route et d'aborder sur les rivages lunaires.

Il se retrouvait, il est vrai, face à face avec son ennemi... mais cet ennemi allait le tirer de la situation critique dans laquelle il se débattait et l'entraîner à sa suite.

—Woriguin! cria-t-il, Woriguin!

En ce moment même le préparateur revenait à lui; s'entendant appeler, il sortit entièrement de sa torpeur et rejoignit Fédor Sharp.

—Sais-tu qui est là? demanda celui-ci.

A cette question l'autre ouvrit de grands yeux.

—Eh! bon Dieu!... fit-il, comment veux-tu que je sache?... C'est quelque aérolithe, sans doute...

Sharp secoua la tête.

—Une comète, peut-être?

—Non... fit le Russe d'une voix rauque que la colère étranglait, non, c'est Mickhaïl Ossipoff.

A ce nom qu'il avait toujours entendu prononcer comme celui d'un ennemi mortel, Woriguin fit un bond en arrière.

—Mickhaïl Ossipoff!... exclama-t-il, je ne comprends pas.

—Eh! riposta Fédor, ce misérable a trouvé le moyen de s'échapper et le voilà qui, lui aussi, tente d'arriver dans la lune...

Woriguin tressaillit et murmura:

—Y arrivera-t-il?

Le Russe eut un mouvement d'épaules furieux.

—Sans doute, répondit-il, ou du moins il y a toute apparence.

Il avait remis l'œil à l'oculaire du télescope.

—Sa vitesse est suffisante pour lui faire franchir la ligne d'égale attraction... continua-t-il, il abordera.

—Et nous? demanda Woriguin d'une voix tremblante.

—Nous, il nous entraînera avec lui.

Woriguin jeta son chapeau en l'air.

—Hurrah! s'écria-t-il, hurrah pour Mickhaïl Ossipoff!

Le visage de Fédor Sharp s'assombrit.

—Oui, grommela-t-il, mais là-haut qu'arrivera-t-il?

—Bast! riposta Woriguin, ne sommes-nous pas deux?

Et un geste menaçant souligna sa phrase.

—Hum! pensa le Russe, Ossipoff ne doit pas être parti seul.

Pendant une heure, les deux projectiles voguèrent de conserve, à quelques kilomètres à peine de distance.

L'ex-secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences ne cessait d'étudier avec son télescope le véhicule dans lequel son ancien collègue et ses amis étaient enfermés.

Il vit successivement apparaître aux hublots les visages étonnés et curieux de Gontran de Flammermont, de Fricoulet, de Séléna.

—Ils sont donc tout un équipage, là-dedans? grommela-t-il.

Et il se tourmentait la cervelle pour comprendre quel explosif assez puissant avait pu envoyer dans l'espace, à une distance si considérable de la terre, un poids semblable à celui de ce véhicule et de ses passagers.

Mais soudain, il repoussa loin de lui son télescope en jetant ce seul cri d'une voix étranglée:

—Farenheit!

Woriguin devint subitement pâle et ses lèvres tremblantes répétèrent ce nom:

—Farenheit?

—Oui, grommela Fédor Sharp, ce maudit Américain est avec eux!

—Mais c'est impossible, balbutia Woriguin; vous devez vous tromper... comment voulez-vous que ce Yankee de malheur ait pu échapper... il a dû périr dans l'île avec les autres.

Sharp frappa du pied avec impatience et poussant son compagnon vers le télescope:

—Vois toi-même, gronda-t-il.

Woriguin regarda donc et aperçut, lui aussi, le visage menaçant de Jonathan Farenheit collé à la vitre du hublot; même il put distinguer le poing musculeux que l'Américain dressait dans leur direction.

Il se recula et fixant sur Fédor Sharp des regards dans lesquels se lisait une épouvante réelle:

—Cet homme est le diable, murmura-t-il; s'il nous rattrape, nous sommes perdus... d'autant plus qu'ils sont là-dedans une bande toute disposée à lui prêter la main pour satisfaire sa vengeance.

Sans répondre, Fédor Sharp hocha la tête.

—Ah! grommela l'autre, mourir pour mourir, j'eusse préféré choisir mon genre de mort... tandis que cet Américain est capable de nous lyncher.

—Tu as les revolvers sur toi, répliqua sourdement le Russe... si tu veux te tuer, libre à toi.

—Mais, poursuivit Woriguin, peut-être bien que leur obus n'aura pas assez de force pour nous arracher d'ici et nous entraîner dans la lune.

—Eh!... riposta Fédor Sharp, c'est déjà fait.

Woriguin le regarda effaré.

—Déjà fait! balbutia-t-il.

—Oui, répliqua le Russe, nous ne sommes plus immobiles... nous sommes maintenant dans la zone d'attraction lunaire... nous tombons.

Et il demeura rageusement cramponné à son télescope, tandis que Woriguin, tellement était grande sa frayeur de l'Américain, souhaitait de se casser les reins dans la chute.

LA LUNE A VOL D'OISEAU

Pendant que Fédor Sharp et son compagnon, en proie à une angoisse justement méritée par leur infamie, attendaient tout tremblants les événements, Mickhaïl Ossipoff et ses amis n'étaient guère plus rassurés.

La rencontre de leur véhicule avec le boulet de Sharp pouvait avoir, pour eux, des conséquences fatales.

S'ils déviaient tant soit peu de leur route, ils pouvaient manquer le but visé, et alors, lancés dans l'espace, que deviendraient-ils?

Atterré, Ossipoff, assis sur le divan, soutenait, sur son épaule, la tête de Séléna défaillante.

Gontran de Flammermont ne pouvait se détacher du hublot, pensant à la chute formidable dans laquelle l'obus pouvait, d'un moment à l'autre, se broyer.

Jonathan Farenheit, lui, maudissait le hasard qui le mettait face à face avec ce traître et ce voleur sans qu'il pût, avant de mourir, se venger de lui comme il le méritait.

Fricoulet, seul, avait conservé son sang-froid.

Il ne bougeait pas de l'observatoire où, l'œil collé au télescope, il examinait l'espace.

Tout à coup il tomba comme une bombe au milieu de ses compagnons.

—Notre wagon se retourne, cria-t-il.

Gontran fit un brusque mouvement.

—Allons-nous donc marcher sur la tête? murmura-t-il.

Son ami seul entendit cette réflexion qu'à part lui, il traita de saugrenue.

—C'est-à-dire, répliqua-t-il, que nous allons avoir les pieds là où se trouve notre tête... en un mot la partie conique de notre obus qui regarde la lune, va dans quelques instants regarder la terre.

Farenheit poussa un grognement de joie.

—En ce cas, fit-il, je pourrai les rattraper.

—Pourquoi?

—Dame! si nous tombons à la surface de la lune.

Fricoulet haussa les sourcils.

—Ai-je dit cela?

—Cela me semble logique.

—Si logique que cela vous paraisse, c'est cependant douteux.

Gontran tressaillit.

—Alors?... questionna-t-il.

—Alors?... le sais-je, moi?... Nous allons voguer autour de la lune... contourner son disque... en ce cas, Dieu seul peut savoir ce qui nous attend.

—Confions-nous donc à Dieu, murmura Séléna.

En même temps elle fixait sur Gontran des regards pleins de tendresse.

—En tout cas, ajouta plaisamment Fricoulet, s'il arrive quelque chose, nous serons les premiers à jouir du spectacle... c'est toujours une consolation.

Ainsi que l'avait annoncé l'ingénieur, les voyageurs ne tardèrent pas à s'apercevoir du mouvement d'évolution accompli par le wagon.

Il pivotait doucement sur son axe, tournant insensiblement vers la lune sa partie inférieure, la plus lourde.

La chute commençait, mais obliquement comme l'avait prévu Fricoulet et avec une force presque insensible.

Il est vrai que cette force n'allait pas tarder à s'accroître.

—Nous tombons de 10.000 lieues, murmura le jeune ingénieur.

Ossipoff s'était levé pour mesurer une fois de plus la distance du sol lunaire.

Il l'évalua à 45.000 kilomètres.

Maintenant, à l'aide du plus fort oculaire de la lunette qui ramenait cette distance à 150 kilomètres—environ 40 lieues—on distinguait à merveille toute la configuration de ce terrain convulsionné.

Le disque entier apparaissait, éclairé en plein par les rayons solaires et Ossipoff, émerveillé, apercevait une foule de détails qu'il était impossible de soupçonner de la terre, même avec les plus puissants instruments d'optique.

Cependant rien encore ne pouvait faire croire à la présence d'êtres vivants à la surface de ce monde pierreux; ce n'étaient que rochers arides, cratères béants, pics aigus, enchevêtrés dans un réseau orographique des plus compliqués, qu'éclairait une lumière crue et uniforme.

Si l'obus était tombé normalement à la surface de la lune, il eût abordé non loin du pôle Nord; mais ce qui lui restait de vitesse, neutralisant en partie l'attraction lunaire, il contournait tout l'hémisphère visible et se dirigeait au Sud-Est du satellite dont le disque immense avait envahi tout le ciel, reflétant une lumière intense.

—Si nous fermions les hublots pour permettre à MlleSéléna de dormir un peu, proposa Fricoulet.

—Moi! s'écria la jeune fille, dormir!... pas avant que nous soyons arrivés.

—Songez, mademoiselle, insista l'ingénieur, que nous en avons pour quarante-huit heures, au moins.

—Oui, fillette, dit à son tour Ossipoff, monsieur a raison; il faut prendre un peu de repos pour être prêts à affronter les nouvelles fatigues qui nous attendent; du reste, il n'y a aucune honte à dormir... Vois plutôt.

Et il lui désignait Farenheit qui, accablé de fatigue, ronflait à poings fermés, étendu sur le divan.

La fureur use les forces autant que l'exercice le plus violent et, depuis près de vingt-quatre heures qu'il apercevait son ennemi, Fédor Sharp, l'Américain, ne dérageait pas.

En outre, le panorama des cratères lunaires ne l'intéressait pas assez pour qu'il l'admirât durant quarante-huit heures consécutives.

Le wagon, en ce moment, venait de passer au-dessus de lamer Humboldt, dulac des Songeset dulac de la Mortqui, aperçus de cette hauteur, formaient des taches verdâtres assez semblables à des forêts vues de très loin.

Bientôt il fut au zénith de lamer de la Sérénité.

Ossipoff, dans le ravissement, ne pouvait s'arracher à la contemplation de ce monde dont tous les mystères se dévoilaient peu à peu à lui.

La Mer des Crises vue au moment du premier quartier.

La Mer des Crises vue au moment du premier quartier.

—Voyez, disait-il à ses compagnons, quelle surface accidentée présente cette face du monde sélénien... vous vous y reconnaissez, n'est-ce pas, mon cher Gontran... ces chaînes de montagnes immenses que vous apercevez sur votre droite et qui paraissent avoir plusieurs kilomètres d'élévation, ce sont lesApennins, lesKarpathes, leCaucase.

Après un silence, l'astronome murmura, comme se parlant à lui-même:

—Ah! voilà lamer des Pluies, lemarais des Brouillards, lemarais de la Putréfaction...

Gontran poussa le coude de Fricoulet.

—Des mers!... lui chuchota-t-il à l'oreille, où voit-il des mers?

Le jeune ingénieur lui répondit tout bas:

On appelle «mers» en terme de sélénographie des taches dont on n'a pu encore bien définir la nature et qui ressemblent à des plaines desséchées.

—Voilà, grommela le comte, en hochant la tête, une appellation bizarre et qui me paraît manquer totalement de logique.

—Ainsi, poursuivit Fricoulet, cette tache ovale que tu aperçois là, sur le bord gauche du disque, c'est lamer des Crises.

—Mare Crisium, dans le latin de Molière, fit plaisamment Gontran.

—Tout juste; et à côté, lemarais du Sommeil.

—Palus Somniorum.

—Encore juste.

—Ainsi nommé, ajouta Gontran, parce que les habitants y dorment continuellement.

—Les habitants! fit l'ingénieur... s'il y en a.

Pendant plusieurs heures, le wagon continua ainsi sa marche oblique vers la lune, permettant aux voyageurs d'étudier facilement les moindres accidents de ce terrain convulsionné.

—A quelle distance sommes-nous maintenant? demanda Fricoulet.

—A 8.000 lieues environ, répondit Ossipoff.

—C'est singulier, murmura Gontran, il me semble que nous nous ralentissons.

—C'est absolument le contraire; en ce moment nous marchons, ou plutôt nous tombons avec une rapidité qui n'est pas moindre de 500 mètres à la seconde, soit 30 kilomètres à la minute.

—Tiens, fit tout à coup Gontran, je suis curieux devoir ce que devient la terre à cette distance.

Il gravit les marches du petit escalier et découvrit le hublot percé dans la partie conique de l'obus.

Il poussa un cri de surprise.

Perdue dans l'irradiation solaire, la terre ne semblait plus qu'un croissant de plus en plus délié et d'une dimension extrêmement faible.

—Et c'est cela ma planète natale! murmura le jeune comte en haussant dédaigneusement les épaules.

En redescendant il demanda:

—A quelle distance sommes-nous maintenant de la terre?

Fricoulet le regarda avec stupéfaction.

—N'as-tu pas entendu tout à l'heure que nous étions à huit mille lieues de la lune?

—Parfaitement.

—Eh bien! qui de quatre-vingt dix mille ôte huit mille, reste quatre-vingt-deux mille... c'est simple comme tout.

—En effet, riposta Gontran quelque peu vexé... mais il fallait y penser.

Puis tout de suite ses idées prirent un autre cours.

—Cependant, dit-il, comment se fait-il que, d'ici, la terre me paraisse plus volumineuse que ne me paraissait la lune vue du sol terrestre?

Fricoulet roula dans la direction d'Ossipoff des regards terrifiés; mais le vieillard, absorbé dans sa contemplation, n'avait pas entendu.

—Mais, malheureux ami, murmura l'ingénieur en entraînant rapidement Gontran à l'extrémité de la pièce, tu n'aimes donc plus mademoiselle Séléna?

Le jeune homme se trouva tellement abasourdi par cette question qu'il ne répondit pas tout de suite.

—Tu es fou? balbutia-t-il enfin.

—C'est à toi qu'il faudrait faire cette demande, riposta Fricoulet; comment! tu aimes toujours ta fiancée et tu fais tout ton possible pour ne pas l'épouser.

—Je ne comprends pas, balbutia Gontran.

—Ne viens-tu pas de t'étonner de ce qu'à distance égale, la terre te semblait plus grosse que la lune?

—Eh bien?

—Ne sais-tu donc pas—ou plutôt ne devrais-tu pas paraître savoir—que la lune est d'un volume quarante-neuf fois plus petit que la planète autour de laquelle elle gravite...

—...en vingt-huit jours et demi, ajouta Gontran... c'est vrai, je me rappelle cela maintenant.

Fricoulet posa sa main sur l'épaule de son ami pour attirer son attention.

—Rappelle-toi également, ajouta-t-il, que la densité des matériaux qui composent le monde lunaire est beaucoup plus faible que celle des pierres terrestres; elle est seulement des six dixièmes; cela revient à dire que le globe sélénien ne pèse pas beaucoup plus qu'une sphère d'eau du même diamètre que lui, la pesanteur y est aussi extrêmement faible; c'est la plus faible qui ait été constatée à la surface des planètes du système solaire. Elle est six fois moindre que sur terre...

Le jeune ingénieur sourit de la gravité avec laquelle l'écoutait M. de Flammermont.

—Eh bien! demanda-t-il, te rappelleras-tu cela?

—Je ferai mon possible.

—Tu comprends bien, n'est-ce pas, ajouta amicalement Fricoulet, que si je te raconte tous ces détails ce n'est pas pour faire étalage de mon bagage scientifique, mais tout simplement pour te mettre en mesure de répondre, d'une façon à peu près satisfaisante, quand ton futur beau-père tepoussera une colle.

D'une énergique pression de mains le comte remercia son ami.

Puis, après un silence, Fricoulet ajouta en poussant un soupir:

—Tu sais, c'est contre mon gré que j'agis ainsi... j'estime même que je commets un crime de lèse-amitié... car je contribue à ton malheur en aplanissant la route qui te mène au mariage.

Gontran haussa les épaules en riant.

—Grand fou, murmura-t-il... encore le même!

—Toujours, grommela Fricoulet.

Il tourna les talons dans un mouvement de mauvaise humeur, et colla son visage au hublot de gauche par lequel il pouvait apercevoir tout le panorama lunaire.

A ce moment, le wagon passait au zénith de lamer des Vapeurs, à vingt mille kilomètres à peine du sol lunaire dont il se rapprochait rapidement; il traversait lecirque de Triesnecker, et arrivait au-dessus du cratère dePallasdont la surface rugueuse et bouleversée apparaissait avec une rigoureuse netteté.

Gontran était venu se placer à côté de son ami et demeurait absorbé par le spectacle de cette fantastique lanterne magique.

—Mais, murmura-t-il, il me semble que toutes ces montagnes sont d'une prodigieuse hauteur pour l'astre qui les supporte... Je ne crois pas qu'il existe sur la terre, cependant quarante-neuf fois plus volumineuse, des pics aussi monstrueux.

—Cette fois-ci, répondit Fricoulet, tu as raison; ils mesurent tous plusieurs kilomètres de hauteur, et si nous arrivions ici au moment de l'une des phases de lune, tu jugerais encore mieux de leurs dimensions; car alors, éclairés de côté par le soleil, ils projetteraient au loin sur le sol l'ombre agrandie de leurs dentelures et de leurs crêtes déchiquetées.

Depuis un instant le jeune comte n'écoutait plus; il examinait curieusement un point étincelant qui apparaissait au centre d'une immense plaine blanche, à plus de trois cents lieues dans l'est de la lune.

—Lecirque d'Aristarque, dit Fricoulet, l'un des plus beaux spécimens de l'orographie sélénienne. A quelques centaines de kilomètres au nord, tu peux distinguer son frère aîné, le montKepler, situé également au centre d'une plaine blanchâtre qui s'avance comme un promontoire dans l'océan des Tempêtes.

Gontran regardait, muet d'étonnement.

—Mais ces montagnes, poursuivit l'ingénieur, ne sont encore rien auprès de certaines autres, dont l'une est plus rapprochée de nous et que tu peux apercevoir au nord de la chaîne des monts Karpathes; c'est lecirque de Copernic, qui ne mesure pas moins de 160 kilomètres de diamètre... à peu près toute la surface de la Bohême enclavée dans les monts Karpathes d'Europe.

—Je vois bien, dit enfin M. de Flammermont, le rond volcanique dont tu me parles... mais j'aperçois, au pied duCopernic, deux autres cratères qui me paraissent énormes, eux aussi.

—Effet de perspective tout simplement, riposta Fricoulet; car les montsStadiusetEratosthènesont de dimensions beaucoup plus restreintes.

—Toutes ces montagnes, dit Gontran, ont donc eu pour parrains des philosophes et des astronomes?

Fricoulet se mit à rire.

—Si tu avais lu attentivement l'ouvrage de ton homonyme, le célèbre Flammermont, lesContinents célestes, tu saurais qu'il y compare la lune à un cimetière d'astronomes: «C'est là, dit-il, qu'on les enterre; lorsqu'ils ont quitté la terre, on inscrit leurs noms sur les terrains lunaires comme autant d'épitaphes...» J'ai retenu la phrase qui m'a paru amusante.

En ce moment, la tête d'Ossipoff apparut au sommet de l'échelle qui conduisait à la partie supérieure de l'obus.

—Victoire! cria le vieux savant... notre rapidité s'accroît... avant trois heures nous planerons au-dessus deTycho.

—Tycho! s'écria Fricoulet d'une voix étonnée.

—Oui, répéta le vieillard, Tycho!... qu'y a-t-il d'extraordinaire à cela?

—C'est que la route que nous suivons, riposta le jeune ingénieur, nous mène sur les mers desNuéeset desHumeurset non dans la direction de Tycho.

Ossipoff répondit avec un peu d'aigreur:

—Il faut que vous vous trompiez, monsieur, car je viens de reconnaître à l'instant que notre route s'infléchit en arc de cercle et que nous filons actuellement en plein sud... nous sommes, il y a une heure, passés, au zénith du centre de la lune, au milieu du golfe duCentreet en vue du cratère d'Herschel; maintenant nous passons entreGuerickeetPtoléméeet nous longeons les deux cirques, soudés par leurs remparts circulaires, d'Alphonseet d'Arzachel.

Ce disant, le vieillard avait descendu lentement les degrés et tendant à Fricoulet une jumelle:

—Voyez vous-même, d'ailleurs.

Tandis que l'ingénieur étudiait la configuration du terrain, Ossipoff murmura à l'oreille de Gontran:

—Toujours le même... ce que ce garçon m'énerve avec ses prétentions scientifiques...

Fricoulet, à ce moment, déclara d'un ton accablé:

—Vous avez raison, monsieur Ossipoff, nous suivons une trajectoire inconnue et nous allons décrire autour de la lune tout un arc de cercle qui nous mènera Dieu sait où.

—Eh! dit Gontran, qui nous mènera à la lune.

Fricoulet haussa les épaules.

—Monsieur de Flammermont a raison, répliqua sèchement le vieux savant.

Et il ajouta d'un ton légèrement dédaigneux:

—Avez-vous calculé l'inclinaison de notre chute?

—Non, je l'avoue.

—Eh bien! vous avez eu tort de parler sans l'avoir fait; car vous auriez constaté, comme moi, que nous nous rapprochons de plus en plus de la surface lunaire.

Il avait prononcé ces mots d'un ton cassant qui fit monter une légère rougeur aux joues de Fricoulet.

—Qu'est-ce que cela prouve? demanda-t-il impatienté.

Ossipoff le regarda un moment tout ahuri, puis enfin:

—Comment!... vous demandez ce que cela prouve?... mais tout simplement que nous ne pourrons pas tourner éternellement autour de ce satellite et que forcément il arrivera un moment où nous heurterons son sol... il y a, au pôle Nord, de très hautes montagnes, les picsDoerfeletLeibnitz, par exemple, qui ne mesurent pas moins de 7,610 mètres d'élévation; qui nous dit que nous ne les rencontrerons pas?... pour moi, j'affirme que nous atterrirons non loin du pôle.

—Je le souhaite, répondit froidement l'ingénieur... mais je le redoute quand même.

Ossipoff se croisa les bras.

—Et pour quelles raisons, s'il vous plaît? demanda-t-il ironiquement.

—D'abord, parce qu'au lieu de heurter normalement le sol par le fond de notre wagon, lequel est garni de tampons et de ressorts puissants pour atténuer la vigueur du choc, nous rencontrerons les montagnes par le côté, en sorte que la secousse sera formidable... ensuite, parce que nous nous trouverons à plus de sept kilomètres de haut, sur un cratère glacé et plongeant dans le vide.


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