CHAPITRE XV

Il les rejoignit au moyen d'une ligne droite et compléta le dessin en esquissant, à un point de cette ligne, la coupe du wagon.

Aussitôt l'un des Sélénites se mit à genoux pour être plus à la portée de son interlocuteur; puis, au moyen d'une mimique expressive, il parut demander si la grosse sphère dessinée sur le sol était un astre du ciel.

Ossipoff abaissa la tête à plusieurs reprises.

Ensuite, pour se faire mieux comprendre, le savant traça sur le sable le système de Copernic, échelonnant les planètes suivant leur ordre de distance au soleil qu'il figura par une sphère immense; arrivé à la terre il traça l'orbe de la lune et appela plus particulièrement l'attention du géant sur ces deux mondes.

Le Sélénite montra l'obus d'un air interrogateur.

—Il demande si c'est avec cela que nous sommes venus, dit Fricoulet.

Ossipoff fit signe que «oui».

—Dites-leur que nous sommes des ambassadeurs envoyés par la terre à son satellite, murmura plaisamment monsieur de Flammermont.

—Demandez-leur plutôt s'ils n'ont pas vu dans ces parages un autre projectile semblable à celui-ci, grommela Farenheit qui n'abandonnait pas ses idées de vengeance.

Et il ajouta:

—Oh! pouvoir mettre la main sur ce gredin de Sharp...

Cependant, le colloque muet continuait entre le lunarien et Mickhaïl Ossipoff.

A un moment donné le géant appuya son doigt sur sa langue; l'astronome secoua négativement la tête.

—Jamais ils ne parviendront à s'entendre, murmura Séléna.

Elle se trompait sans doute, car, au même moment, le Sélénite se relevait et, se tournant vers ses compagnons, se mit à leur parler avec animation, désignant tantôt les terriens, tantôt les figures tracées sur le sable par Ossipoff.

Enfin, il prit par la main l'un d'entre eux et s'approchant du vieux savant il le lui indiqua en disant d'une voix forte:

—Telingâ.

En même temps il touchait la langue de Telingâ et ensuite l'oreille d'Ossipoff.

Après, se frappant la poitrine pour se désigner lui-même:

—Roum Sertchoum, dit-il.

Celui qu'il venait de nommer Telingâ tira de son vêtement de longues bandelettes couvertes d'une sorte d'écriture absolument indéchiffrable; en même temps il faisait signe d'y tracer des caractères.

—Celui-là, dit Fricoulet en s'adressant à M. de Flammermont, est sans doute un confrère, en astronomie de ton illustre homonyme... c'est lui probablement qui va être chargé de notre instruction... car, si j'ai bien compris le langage muet de l'autre, on va nous apprendre à parler.

Comme il achevait ces mots, les Sélénites désignèrent le chariot.

Ossipoff, avant de prendre place, recommanda, au moyen d'une mimique éloquente, le wagon aux soins des indigènes.

Puis, de nouveau, le chariot se mit en marche, s'enfonça dans une obscure galerie souterraine, pour aboutir, après bien des tours et des détours à une immense salle prenant jour sur le côté d'où venait le soleil.

Une fois dans cette salle on les laissa seuls.

—Prisonniers! exclama Jonathan Farenheit avec colère.

Ossipoff lui posa la main sur le bras.

—Calmez-vous, cher monsieur Farenheit, dit-il avec un grand sang-froid, il y a un malentendu; dans la vie il ne s'agit que de s'expliquer.

L'Américain haussa furieusement les épaules.

—S'expliquer? grommela-t-il, et comment voulez-vous vous expliquer avec ces sauvages qui ne parlent pas un mot d'anglais.

—Eh! il ne s'agit que d'apprendre leur langue.

—Je ne m'en charge pas, moi, riposta Farenheit.

—Mais, moi, je m'en charge, répliqua fermement le vieillard, vous savez que les Russes sont les premiers linguistes du monde.

—Ce sera long? demanda l'Américain.

—Dans deux jours je vous affirme que je pourrai causer avec ces gens-là.

Cette réponse du savant stupéfia le citoyen des États-Unis.

—Deux jours! répèta-t-il, c'est merveilleux.

Fricoulet cligna de l'œil d'un air malicieux en chuchotant à l'oreille de Gontran:

—Le pauvre homme! il ne se doute pas que, dans la lune, l'année ne se compose que de 12 jours et que chacun d'eux compte 29 des nôtres, plus 12 heures et 44 minutes.

A TRAVERS L'HÉMISPHÈRE INVISIBLE DE LA LUNE

Dès le lendemain de leur arrivée sur le sol lunaire—leur chronomètre seul, maintenant, pouvait donner aux voyageurs une notion exacte du temps, que le jour et la nuit ne divisaient plus également comme sur la terre,—ils virent entrer dans la grande salle qui leur avait été assignée pour résidence, Telingâ.

Après des gestes empressés que Fricoulet leur assura être des salutations cordiales, le Sélénite tira sa langue et posa son doigt dessus; ensuite il toucha leurs oreilles et attendit.

—Il demande probablement, dit le jeune ingénieur qui s'instituait carrément l'interprète de la petite troupe, il demande s'il vous convient de commencer tout de suite vos leçons.

Sur la réponse affirmative de ses amis, Fricoulet se retourna vers Telingâ et lui fit comprendre que lui, ainsi que ses compagnons, étaient à sa disposition.

Le Sélénite s'inclina et sortit.

—Eh bien! exclama Gontran, tout étonné, il nous plante là!

—Peut-être, riposta Fricoulet, est-il allé chercher ses grammaires et ses dictionnaires.

—Penses-tu donc qu'il existe ici des Lhomond et des Littré? demanda le jeune comte.

Ce fut Ossipoff qui lui répondit:

—J'estime, quant à moi, que le degré d'instruction doit être, de beaucoup, plus élevé chez ces gens-là que chez nous.

Jonathan Farenheit se récria:

—Chez ces sauvages! fit-il d'un ton dédaigneux.

—Ces sauvages, répliqua froidement le vieillard, ont l'avantage d'habiter un monde plus vieux que le nôtre.

L'Américain écrasa le sol d'un coup de talon furieux, ce qui, à sa grande surprise, forma une profonde excavation dans laquelle sa jambe enfonça jusqu'au mollet.

Il étouffa un juron.

—Toujours cette maudite force sextuplée! gronda-t-il.

—Eh! demanda Gontran, pourrait-on savoir, sir Jonathan, les motifs de cette grande colère?

—Comment, riposta Farenheit, M. Ossipoff ne vient-il pas de dire que la lune est un monde plus vieux que la terre?

—Oui, je viens de dire cela et je le répète.

—Mais la lune n'est-elle point formée de la terre?

—Scientifiquement exact.

—La lune n'est-elle pas autre chose qu'une parcelle du globe gazeux tournant sur lui-même, qui s'est refroidi peu à peu et que nous avons baptisé du nom de terre?

—Parcelle détachée de l'équateur terrestre par l'effet de la force centrifuge, ajouta Fricoulet.

—Mon cher sir Jonathan, déclara Ossipoff, vous avez parfaitement raison, la lune est bien tout ce que vous venez de dire,... mais, où voulez-vous en venir?

—Tout simplement à ceci,by god! Puisque la lune est une partie infime, il est vrai, de la terre, comment pouvez-vous prétendre que ce monde soit plus vieux que celui duquel il est né!

Pendant que l'Américain parlait, Gontran regardait Fricoulet en approuvant de la tête.

—Il a raison, murmura-t-il... je me disais aussi...

—Tais-toi, chuchota l'ingénieur à son oreille, ce que tu te disais était une bêtise.

Le jeune comte allait se révolter lorsque Ossipoff, répondant à l'observation de Farenheit, déclara:

—Vous n'avez pas réfléchi, mon cher sir Jonathan, que la lune ne mesure environ que le quart du diamètre de la terre.

—Eh bien, qu'est-ce que cela fait?

—Comment! ce que cela fait! répéta le vieux savant... peu de chose en effet, cela fait que la lune est quarante-neuf fois plus petite que la terre.

L'Américain riposta d'un air un peu pincé:

—Inutile de me dire que la dimension d'un monde dérive de son diamètre... mais, pour le point qui nous occupe, je ne vois pas ce que sa dimension peut faire à son âge.

Ossipoff manifesta son impatience par un imperceptible mouvement d'épaules.

—Oh! ces ignorants! pensa-t-il.

Et tout haut:

—Mais c'est précisément à cause de ses faibles dimensions, que le petit soleil, qui était d'abord la lune, se refroidit et s'encroûta rapidement, alors que la température de la terre était encore trop élevée pour permettre à la vie de s'y manifester et de s'y développer;... il s'ensuivit que l'évolution vitale s'y fit beaucoup plus rapidement que sur la terre et que, tandis que celle-ci n'était que le séjour d'animaux gigantesques, sur la lune, l'homme s'épanouissait et marchait rapidement vers son apogée.

Doublement humilié, l'Américain se tut et baissa la tête.

En ce moment, le Sélénite rentrait, portant sur son épaule une sorte de caisse qu'il posa sur le sol et de laquelle il fit signe aux terriens de s'approcher.

Puis il leur montra leurs oreilles en désignant cette caisse et, ensuite leurs yeux, en désignant la paroi de la salle placée devant eux.

—Comprends-tu quelque chose à ce qu'il dit? demanda Gontran à Fricoulet.

Celui-ci ne put réprimer un geste d'impatience.

—Eh! grommela-t-il, si tu étais moins occupé à contempler le visage de MlleSéléna et si tu prêtais plus d'attention à ce que dit cet homme...

—Ce Sélénite? veux-tu dire, rectifia le jeune comte.

Puis, avec un sourire:

—Mais tu n'as pas répondu à ma question.

—Eh bien! il nous prie, sans doute, de porter vers la boîte l'attention de nos oreilles, tout en portant sur le mur l'attention de nos yeux.

Pendant que le jeune ingénieur parlait, le Sélénite avait disposé à l'intérieur de la boîte des cylindres de métal, gravés à leur surface en caractères creux, indéchiffrables; ensuite il avait dressé contre le mur une sorte d'écran en bois recouvert d'une matière blanchâtre et relié à la boîte par des fils de métal.

Chuir, l'une des villes principales de l'hémisphère invisible.

Cela une fois disposé, il fit entendre une sorte de clappement de langue pour attirer l'attention de ses auditeurs et, voyant leurs yeux fixés sur le panneau, ainsi qu'il l'avait recommandé, il déclancha un petit ressort.

Aussitôt, sortit de la boîte une petite voix claire et nettement compréhensible, en tous points semblable à la voix humaine, sauf qu'elle était monotone c'est-à-dire au même diapason; en même temps, sur le panneau, des signes apparaissaient comme des ombres chinoises.

—Qu'est-ce que cela? demanda Séléna stupéfaite en étendant la main vers le mur.

En entendant la voix de la jeune fille, le Sélénite, toucha la boîte qui cessa de parler et le panneau redevint blanc comme devant.

—Voilà qui est bizarre, murmura Fricoulet.

Puis, soudain:

—Si je ne me trompe, dit-il, les signes qui apparaissent doivent être la représentation des syllabes ou des mots prononcés par cette espèce de boîte à musique... ce système a pour but de donner plus de rapidité à l'instruction en apprenant à la fois à l'élève comment se prononcent et s'écrivent les mots.

Monsieur de Flammermont secoua la tête.

—C'est fort joli, dit-il; mais quand je serai resté pendant des heures entières devant cet orgue de Barbarie compliqué de lanterne magique, en serai-je plus avancé?... J'entends prononcer un mot... je sais comment il s'écrit... sais-je ce qu'il signifie?... et quand je répéterai comme un perroquet les milliers de mots dont se compose la langue de ces gens-là!—eh bien! après?

Le jeune ingénieur avança les lèvres dans une moue dubitative, et chacun restant plongé dans ses réflexions, le silence régna de nouveau dans la salle.

Le Sélénite, qui avait assisté patiemment à ce colloque, pensa que ses élèves étaient disposés à reprendre leur leçon, et il pressa de nouveau le ressort.

Alors la boîte se mit à parler, sur le panneau les caractères réapparurent; mais en même temps, le Sélénite sortit d'une caisse un objet qu'il montra aux terriens.

—Une coupe! s'écria Jonathan Farenheit.

Le Sélénite prononça un mot guttural, montrant successivement l'objet qu'il tenait, la boîte et le panneau.

Séléna frappa ses mains l'une contre l'autre.

—J'ai compris! dit-elle joyeusement, j'ai compris!

—Et qu'as-tu compris? demanda Ossipoff.

—La boîte prononce un mot, le tableau l'écrit et le Sélénite montre l'objet auquel il s'applique.

Et avec une sûreté de langue merveilleuse, elle répéta le mot qu'avait prononcé le Sélénite.

Celui-ci sourit doucement et répéta lui aussi le mot en abaissant la tête à plusieurs reprises.

Avec ce procédé, les leçons marchèrent rapidement, d'autant plus rapidement que, le soleil ayant disparu à l'horizon, les voyageurs n'eurent plus autre chose à faire qu'à écouter les leçons de leur professeur pendant la longue période de nuit.

Le Sélénite apprit d'abord à ses élèves le nom des objets les plus usuels que Mickhaïl Ossipoff inscrivait soigneusement sur un carnet avec, en regard, la traduction russe, française et anglaise; ce qui lui constitua, ainsi que le dit plaisamment Gontran «un petit dictionnaire de poche».

Au bout de quatre leçons, le professeur passa au mécanisme de la langue et de la grammaire séléniennes; cela fait, lesTerrigènesfurent bientôt en état de converser avec les habitants du satellite.

Mickhaïl Ossipoff, ainsi qu'il l'avait promis à l'Américain, s'assimila rapidement cette langue chaude et sonore qui lui rappelait l'hindoustani et les idiomes de l'Inde; il mit d'autant plus d'ardeur à ses études qu'il lui tardait de quitter l'intérieur de ce cratère pour se lancer à la découverte de cette face inconnue d'un monde après lequel il aspirait depuis de si longues années.

Un jour, en feuilletant les volumes de la bibliothèque mise à leur disposition, c'est-à-dire en faisant parler la boîte à musique, ou mieux, lephonographequi prenait la peine non seulement de lire à haute voix, mais encore de donner l'aspect de la page lue, il parvint à trouver une carte de la lune.

Il se hâta d'en dresser un croquis d'après la silhouette très nette projetée sur le panneau, afin, dit-il, de pouvoir au plus tôt tracer l'itinéraire de son excursion.

Comme sur l'hémisphère visible de la lune, le côté invisible était parsemé de grandes taches grises, de «mers» et d'«océans.»

Carte De La Lune (Hemisphère Invisible)Itinéraire de Mickhaïl Ossipoff.

Mais étaient-ce de véritables étendues liquides, ou seulement des plaines desséchées?

Voilà ce qu'Ossipoff brûlait de savoir.

Il y avait également de nombreux cratères, des chaînes de montagnes élevées, des rainures, comme sur la face visible; par endroits aussi, il y avait des points marqués sur la carte d'une façon spéciale.

Interrogé, Telingâ répondit que c'étaient des villes.

—Des villes! s'écria Gontran stupéfait... il y a des villes dans la lune... nul doute que nous trouvions dans ces villes des succursales du «Bon Marché» et de «la Belle Jardinière».—J'ai précisément besoin de renouveler ma provision de gants.

Cependant Ossipoff qui, parmi les objets les plus précieux dont il avait muni le wagon, n'avait eu garde d'oublier un calendrier, le consultait avec une impatience égale du reste à celle de ses compagnons.

S'il lui tardait de commencer son voyage d'exploration, il ne tardait pas moins à Farenheit et à Gontran de voir réapparaître la lumière du soleil.

Enfin le vieillard signala la fin de la nuit.

—Dans deux heures, dit-il, il fera jour.

Et, s'adressant à Telingâ:

—Je demande, dit-il, à être entendu par votre chef.

—Quand il te plaira, répondit le Sélénite.

—Tout de suite, alors, car il n'y a pas de temps à perdre.

Quelques instants après, Ossipoff et ses compagnons étaient amenés dans une salle au fond de laquelle, sur des sièges de forme bizarre et que Fricoulet déclara taillés dans de la lave, une demi-douzaine de lunariens étaient assis.

—Amis, dit l'un d'eux, ambassadeurs que laTournantea envoyés à son petit mondicule, parlez et que vos désirs soient satisfaits.

—Nous voudrions partir, répondit le vieillard.

—Partir! s'écria le Sélénite, et pourquoi?

—Pensez-vous, demanda Ossipoff, que nous ayions quitté la terre et franchi 90,000 lieues en affrontant les plus grands périls, pour séjourner indéfiniment dans un cratère de votre monde? La lune n'est que la première étape du voyage céleste que nous avons entrepris; ce n'est qu'une station dans l'exploration que nous avons rêvé de faire à travers le système solaire tout entier... mais avant de nous élancer vers les planètes qui brillent radieusement dans votre ciel si pur, nous voulons visiter votre monde; c'est pourquoi nous avons hâte de vous quitter.

—Avez-vous un but?

—Notre but, c'est le nord de l'hémisphère qui regarde laTournante, afin d'assister au spectacle de la pleine terre, vue de votre globe.

—Et puis, s'écria Jonathan Farenheit, en mêlant dans sa précipitation l'idiome sélénite à sa langue natale, qu'il entremêlait aussi de phrases françaises, et puis, nous désirerions rechercher les traces d'un habitant de la terre que nous supposons être tombé sur l'autre hémisphère.

Le Sélénite eut un geste d'effroi.

—S'il est tombé sur l'autre hémisphère, répondit-il, il doit être mort.

—Mort! gronda l'Américain en secouant furieusement ses poings, le bandit m'échapperait donc?... En tous cas, j'en veux être certain et tant que je n'aurai pas vu son cadavre...

Au bout de quelques instants de silence, le Sélénite ajouta:

—L'excursion que vous voulez tenter à travers l'hémisphère d'où l'on aperçoitla Tournantecomme une vaste et tremblante horloge céleste, est impossible.

—Impossible! s'écria Ossipoff, et pourquoi cela?

—Parce qu'une formidable ceinture de rochers, de montagnes sépare ces deux hémisphères de la lune et que mille obstacles vous empêcheront d'atteindre cette partie de notre monde, partie absolument aride, stérile, abandonnée où vous ne trouverez que des vestiges de ce qui fut des villes autrefois florissantes, où rien ne croît, où il est impossible de vivre, même à nous autres dont la constitution est cependant habituée à la raréfaction de l'air.

—Il n'y a pas d'air! s'écria Gontran.

Et se retournant vers Ossipoff:

—Alors, ajouta-t-il, nous nous sommes tous trompés, mon célèbre homonyme, vous et moi...

Il avait prononcé ces deux derniers mots avec un aplomb qui fit sourire Fricoulet.

Le vieux savant réfléchit un instant.

—Il y a certainement, dit-il, dans ce que vient de raconter ce Sélénite, une grande exagération... peut-être n'y a-t-il pas une quantité d'air suffisante pour entretenir la vie... mais si peu qu'il y en ait, nous nous en contenterons.

Les yeux de Jonathan Farenheit s'arrondirent démesurément.

—Nous ne pouvons cependant vivre sans respirer, grommela-t-il.

—Eh! qui vous parle de cela? répliqua Ossipoff avec un mouvement d'impatience... n'avons nous pas des provisions d'air liquide et des appareils?

—Pourtant, objecta Gontran en fixant un regard inquiet sur Séléna, s'il y avait quelque danger grave à courir, peut-être serait-il préférable de renoncer à cette excursion.

Le vieux savant se croisa les bras sur la poitrine.

—Et comment continuerons-nous notre voyage alors? demanda-t-il.

—Qu'a de commun cette exploration de la lune avec notre excursion interplanétaire?

—Ceci... c'est que le spectroscope m'a révélé l'existence à la surface de la lune... non loin du pôle, d'un minerai précieux qui seul peut nous permettre de nous lancer dans l'espace... mais si vous redoutez quelque chose, demeurez ici; moi j'irai seul.

Triesnecker, le centre de la lune.

Farenheit s'écria:

—Vous n'irez point seul, monsieur Ossipoff, j'irai avec vous et pendant que vous chercherez votre minerai,... moi, je chercherai ce bandit de Sharp.

Et il souligna sa phrase d'un geste énergique.

Gontran se récria.

—Ce n'est pas pour moi que je redoute les dangers ou les fatigues du voyage, répliqua-t-il, mais bien pour MlleOssipoff.

La jeune fille le remercia d'un sourire.

—Merci, mon cher monsieur Gontran, dit-elle, mais je n'ai pas peur et partout où mon père ira... j'irai avec lui.

Il se fit un silence dont le Sélénite profita pour demander:

—Vous connaissez bien la conformation sélénographique du disque de la lune que vous foulez en ce moment aux pieds?

—Bien... n'est peut-être pas l'expression exacte... en tous cas, je la connais moins que celle de l'autre hémisphère.

—L'autre hémisphère... répéta le Sélénite stupéfait.

—Oui, l'hémisphère visible.

—Ce n'est pas croyable.

Ossipoff mit alors sous les yeux de l'indigène une des dernières photographies lunaires, dues à l'habileté du célèbre astronome américain Rutherfurd.

L'étonnement du Sélénite était prodigieux.

—Mais, murmura-t-il, comment avez-vous pu dresser ce plan puisque jamais vous n'avez mis les pieds sur notre planète?

En quelques mots, Ossipoff essaya de faire comprendre au Sélénite ce que c'était que la photographie; puis il ajouta:

—Cependant si vous pouviez nous donner un guide?...

—Telingâ vous accompagnera.

—Et quand partirons-nous?

—Demain, au soleil levant.

Ossipoff s'apprêtait à sortir de la salle, lorsque Fricoulet, revenant sur ses pas, demanda:

—Mais quels moyens de locomotion emploierons-nous?

—Ils différeront suivant l'itinéraire que vous adopterez et aussi suivant la rapidité avec laquelle vous voudrez voyager.

Le lendemain, après avoir été faire au wagon une importante provision de comestibles pour subvenir à leur nourriture, les voyageurs se trouvèrent prêts à se lancer dans de nouvelles aventures, et affronter de nouveaux dangers.

Comme les premiers rayons solaires doraient les sommets du cratère qui leur servait d'asile, Telingâ entra dans leur salle.

Voyant leurs bagages fixés sur leurs épaules, il leur fit signe de le suivre et s'enfonça dans la route souterraine par laquelle ils avaient été amenés.

Fricoulet, qui pensait à tout, avait heureusement emporté avec lui une lampe électrique de Trouvé, si bien qu'il lui suffit de presser un bouton pour illuminer le boyau sombre et tortueux dans lequel s'enfonçait la petite troupe.

Ossipoff qui marchait, tenant à la main la carte qu'il avait dessinée de cet hémisphère de la lune, demanda:

—Où donc allons-nous?

—Directement à Chuir, grande ville située au confluent du fleuve Tô, répondit le Sélénite.

—Mais par quelle voie? demanda encore le vieillard.

—Vous le saurez dans quelques instants, répondit laconiquement Telingâ.

A cet endroit le cratère s'évasait brusquement en un immense cône tronqué dont le sommet déchiqueté s'élançait à plus de 1.000 pieds dans l'espace; le souterrain aboutissait à une sorte de salle mesurant près d'un kilomètre de surface qu'éclairait la lumière du soleil tombant par l'orifice du cratère.

Le Sélénite, auquel ces lieux paraissaient parfaitement connus, fit entendre avec ses lèvres un appel qui réveilla dans l'intérieur du volcan des échos sonores et prolongés.

A cet appel, sortit de l'ombre une forme vague qu'Ossipoff reconnut bientôt pour être la silhouette d'un Sélénite.

Telingâ s'avança à sa rencontre, s'entretint quelques instants avec lui, puis, revenant sur ses pas:

—Dans une heure, dit-il, nous serons à Chuir.

Le savant consulta sa carte et poussa une exclamation de surprise.

Mais c'est à plus de 400verstesd'ici, s'écria-t-il; avez-vous donc, pour nous y transporter, un moyen de locomotion rapide?

—Peut-être ont-ils des chemins de fer dans la lune, murmura Gontran.

Jonathan Farenheit haussa les épaules en grommelant:

—Quand bien même ils en auraient, il est impossible qu'ils franchissent une semblable distance en une heure... le railway de New-York à San Francisco en fait à peine le quart.

Et il ajouta orgueilleusement:

—Et c'est le train le plus rapide du monde entier.

En entendant la question d'Ossipoff, le Sélénite avait secoué la tête.

—Nous irons à Chuir, répondit-il, par la voie souterraine, mais sans qu'aucune force nous y transporte... la distance est trop courte pour que nous ayons besoin d'avoir recours à un autre moyen qu'un moyen naturel.

L'étonnement des Terriens se transforma en ahurissement.

—Mais alors?... murmura Fricoulet.

Il n'acheva pas sa phrase; au milieu de la vaste salle, débouchant d'un souterrain, venait d'apparaître comme dans une féerie, glissant sans bruit dans des rainures de la lave, une sorte de bateau monté sur patins.

Telingâ désigna silencieusement cet étrange véhicule à ses compagnons qui, l'un après l'autre, prirent place sur un banc courant le long du bordage; puis lui-même se tint debout à l'avant, la main placée sur un levier de métal.

Le Sélénite, qui avait amené le véhicule, le poussa, sans efforts apparents, jusqu'à l'entrée d'un boyau souterrain, où il l'abandonna.

Alors, comme tiré en avant par une force invisible, mais d'une puissance extraordinaire, l'embarcation fila dans la nuit silencieusement et avec une vitesse qui allait s'augmentant.

—Eh! j'y suis, dit Fricoulet à ses amis; nous glissons en ce moment sur un plan incliné...

—Mais, objecta Gontran, nous ne pouvons descendre tout le temps... sinon nous finirons par arriver au centre de la lune au lieu de demeurer à sa surface.

Le jeune ingénieur réfléchit un moment.

—Ce tunnel, dit-il enfin, se compose peut-être d'une suite de vallonnements, semblable à ce jeu de fête foraine que l'on nomme desmontagnes russes... Quand le wagon aura acquis dans une pente rapide une vitesse propre suffisante, la courbe se relèvera probablement, pour s'abaisser de nouveau, et ainsi de suite, jusqu'à ce que nous soyons arrivés.

—Pensez-vous, monsieur Fricoulet, demanda Séléna, que ce système demontagnes russespourrait se poursuivre pendant de longues distances?

—Je ne vois pas ce qui s'y opposerait, pourvu que le point de départ ait une élévation suffisante, minime du reste, en raison de l'insignifiance des frottements.

—En ce cas, murmura M. de Flammermont, c'en serait fait de la vapeur et de l'électricité.

L'ingénieur ajouta en langue sélénite:

—Si ce tunnel a cent lieues de longueur, sa construction est certainement une merveille.

—Ce tunnel, répliqua Telingâ, n'est pas construit par nos mains; c'est tout simplement un boyau naturellement percé dans les couches souterraines par les laves, à l'époque où le monde lunaire crachait ses entrailles brûlantes par les mille bouches de ses volcans... ces fissures sont nombreuses dans notre monde, c'est pourquoi nous avons songé à les utiliser pour établir des communications entre nos différents centres.

—C'est merveilleux, murmurait Ossipoff extasié.

—Le malheur, murmura Gontran, c'est que la route n'est pas éclairée; une paire de lanternes n'aurait pas déparé notre voiture.

Le Sélénite, qui avait la faculté de voir dans l'obscurité, ne comprit pas cette horreur des terriens; heureusement Fricoulet avait sa lampe Trouvé qui «rompit le noir» et permit aux voyageurs d'examiner tant bien que mal le chemin qu'ils suivaient.

Mais bientôt la vitesse du véhicule devint excessive car la pente de la route, loin de se modifier, s'accentuait davantage encore; aussi durent-ils tourner le dos au courant d'air impétueux qui leur soufflait au visage et au travers duquel l'embarcation filait comme une flèche.

—Nous faisons près de cent mètres par seconde, murmura Ossipoff.

Séléna, prise de vertige, avait caché son visage contre la poitrine de son père, Gontran se cramponnait au bordage en roulant des yeux inquiets et Farenheit affectait une impassibilité que démentait la pâleur de ses joues et le frémissement de ses lèvres.

Seul, Fricoulet était absolument calme et, tout en prenant ses précautions pour n'être point étouffé, il examinait curieusement la route sur laquelle glissait le véhicule.

Tout à coup il s'écria:

—C'est bien cela... c'est bien le système desmontagnes russes... nous remontons maintenant... sentez-vous que la vitesse décroît... nous ne marchons plus que grâce à l'impulsion acquise à la descente, et dont la puissance ira décroissant jusqu'au moment où le véhicule s'arrêtera tout à fait, faute de force.

—Serons-nous bientôt arrivés? demanda Farenheit.

L'ingénieur consulta sa montre.

—Telingâ a demandé une heure, répondit-il, et voilà cinquante minutes que nous sommes partis... nous devons approcher, très probablement.

Et il étendait la main vers un point lumineux qui apparaissait dans le lointain, et dont la dimension augmentait rapidement.

Alors, le Sélénite pesa sur le levier qu'il tenait à la main et la vitesse s'atténua encore jusqu'au moment où l'on déboucha dans un cratère absolument semblable à celui d'où l'on était parti.

—Chuir, dit-il laconiquement en désignant le cratère.

Les voyageurs mirent pied à terre et s'engagèrent à la suite de leur guide dans un petit couloir qui, en quelques minutes, les conduisit dans un cirque de plus grandes dimensions et qu'éclairaient largement les rayons du soleil.

—Une ville!... cela! exclama Farenheit en pivotant sur ses talons et en écarquillant les yeux, du diable! si je vois une habitation ou un habitant!

Le Sélénite sourit:

—Toutes les habitations, dit-il, sont creusées dans les flancs de la montagne, et vous pouvez distinguer entre les rochers une grande quantité de fissures qui permettent à l'air et au soleil—quand cet astre brille—de pénétrer librement, mais que l'on referme pendant la nuit de 354 heures.

—Mais, fit observer Ossipoff, la carte signale une rivière qui passe à Chuir.

—Effectivement, et nous allons la gagner à pied, car nous devons nous embarquer pour gagner Rouarthwer.

—Au bord de la mer du Centre? demanda le savant, après avoir consulté sa carte.

—En effet, et de là nous irons à Maoulideck, la ville la plus importante de la lune, habitée par plusieurs millions de Sélénites et de laquelle on découvre quelquefois la Tournante.

—Elle est donc sur l'autre hémisphère? demanda Gontran.

—Non pas... mais elle est placée sans doute dans la zone delibration.

—Ah! fit le jeune homme, comme si cette réponse l'avait satisfait.

Mais il laissa Ossipoff prendre les devants avec Telingâ qui lui donnait des détails sur le pays et, ralentissant le pas, il s'approcha de Fricoulet.

—Libration! murmura-t-il... qu'est-ce que c'est que cela?

—Mais, mon pauvre ami, exclama l'ingénieur, sais-tu bien que, pour un astronome, tu ne sais rien de rien... Enfin! Je te dirai donc que l'on désigne sous le nom delibration, un balancement propre à la lune qui nous laisse voir tantôt un peu de son côté gauche, tantôt un peu de son côté droit, tantôt un peu au delà de son pôle supérieur, tantôt un peu au delà de son pôle inférieur.

Cependant, on était arrivé à un fleuve que sillonnaient quelques constructions bizarres, n'ayant rien de commun avec les bateaux d'Europe et qui, cependant, naviguaient contre le courant avec une merveilleuse rapidité: c'étaient des espèces de bouées, d'une dizaine de mètres de large, paraissant dépourvues de toute espèce de moteur ou de propulseur.

Pour le coup, Fricoulet était stupéfait.

—C'est là-dedans que nous allons nous embarquer? pensa-t-il.

Il ne se trompait pas; Telingâ ayant fait entendre un appel, une de ces singulières machines s'approcha du bord, sans que cependant aucun pilote se montrât.

Le Sélénite descendit le premier s'asseoir sur la couronne et invita ses compagnons à le venir rejoindre; puis une sorte de sifflement retentit, l'eau bouillonna un moment et l'embarcation se déplaça avec rapidité.

A A Flotteurs.  B B Cabines circulaires.  C Chambre du moteur.  D Grand carré.

Nécessairement, à peine fut-on en route, que Fricoulet demanda à Telingâ de lui expliquer par quel phénomène surprenant la curieuse construction sur laquelle il se trouvait pouvait avancer avec une si prodigieuse vitesse.

—Par le moyen le plus simple, répondit le Sélénite, et si vous voulez vous rendre compte par vous-même de ce que vous appelez le «système»...

Il fit descendre le jeune homme dans la cale, où une pompe, qu'un moteur actionnait, aspirait l'eau par un tube débouchant à l'avant pour refouler cette eau à l'arrière.

—En effet, murmura l'ingénieur avec un sourire de pitié, rien n'est plus simple.

Et il ajouta, en voyant les rives fuir au loin derrière la rapidité de l'embarcation:

—Et ça marche!

Ça marchait même si bien, qu'après un jour de navigation, les voyageurs arrivaient à Rouarthwer.

—Ici, dit Telingâ, nous nous arrêterons quelque temps pour vous permettre de vous reposer, puis nous reprendrons notre course.

—Voilà une excellente idée, s'écria M. de Flammermont, car il me tarde de faire un repas un peu substantiel, confectionné par les blanches mains de MlleSéléna: en outre, je ne suis nullement disposé à imiter le soleil qui ne se couche pas durant 354 heures; j'ai contracté, dès ma plus tendre enfance, l'habitude de dormir toutes les douze heures, et en voici bientôt seize que nous sommes sur pied, donc, je propose de remettre à demain la suite de notre voyage.

Tout le monde fut de cet avis; on dîna copieusement des provisions que l'on avait prises dans le wagon-terrien, et on dormit dans un compartiment du bateau qui se rendait à Maoulideck sans faire escale.

Le lendemain, ou du moins douze heures après s'être endormis, lorsque les voyageurs se réveillèrent, l'embarcation était en vue de la capitale de la lune, la seule qui eût des habitations non creusées comme des nids de taupes, mais de véritables maisons d'une architecture bizarre et bien véritablement lunaire.

—Voilà des gens, murmura M. de Flammermont, qui ont certainement passé par «Polytechnique» ou par «Centrale»... qu'en penses-tu, Alcide?

Et le jeune comte faisait admirer à son ami une agglomération de figures géométriques curvilignes, depuis le cylindre jusqu'à la sphère.

—Tous les maçons qui ont travaillé à cette ville, répondit l'ingénieur, ont dûfaire des x, assurément.

—En tous cas, ils ne sortent pas de l'école des beaux-arts, section de l'architecture, ajouta Gontran, car tout cela est absolument laid...

Séléna, qui l'avait entendu, dit en souriant:

—Oh! vous, mon cher Monsieur de Flammermont, il suffit que quelque chose touche à la science pour que vous le déclariez laid.

Le comte prit la main de la jeune fille et la couvant d'un regard amoureux:

—Oh! chère Séléna, murmura-t-il, ce que vous dites n'est pas conforme à la vérité; car vous touchez de bien près à M. Ossipoff qui est bien ce qu'il y a de plus scientifique au monde, et cependant je n'ai jamais hésité à vous déclarer la plus charmante et la plus jolie.

La jeune fille sourit et baissa les yeux.

—Si M. Ossipoff vous entendait! grommela Fricoulet, que ce roucoulement d'amoureux énervait.

Mais le digne savant pensait à bien autre chose qu'à surveiller la conversation de sa fille et de son fiancé.

Telingâ venait de le présenter au directeur de l'observatoire et, heureux de trouver un collègue, le vieillard était plongé dans une discussion à perte de vue sur les choses qui lui étaient chères.

D'autre part, le savant Sélénite, enchanté de faire connaissance avec un Terrien, eût bien voulu le garder plus longtemps pour lui demander des renseignements sur les parties du ciel qui lui étaient inconnues.

Mais Telingâ déclara que si l'on voulait être prêt à passer avant la fin du jour au pays des Subvolves, il ne fallait pas perdre son temps.

Il fut donc convenu qu'une fois l'exploration d'Ossipoff terminée, les Terriens reviendraient à Maoulideck où se réunirait un grand congrès scientifique de toutes les notabilités savantes du monde lunaire, pour écouter les récits de leurs «frères du ciel».

A cette condition seule, le directeur de l'observatoire sélénite consentit à laisser partir ses visiteurs.

Cependant, Telingâ, qui s'était éloigné un instant, revint en donnant les signes du plus vif contentement, et s'approchant de Fricoulet:

—Monsieur l'ingénieur, dit-il, je vais vous prouver qu'en ce qui concerne le domaine de l'atmosphère, nos moyens de locomotion égalent nos véhicules de terre et d'eau... si vous voulez me suivre...

Et il se dirigea vers une butte assez élevée au sommet de laquelle les Terriens arrivèrent en quelques bonds.

Là, ils trouvèrent étendue sur le sol une sorte de véhicule, assez semblable au chariot qui les avait conduits à Chuir, avec cette différence qu'il était plus allongé et avait à peu près la forme d'un cigare.

—Si c'est là son ballon dirigeable... murmura Gontran, qui acheva sa phrase en allongeant dédaigneusement les lèvres.

—Mon cher, lui répondit Fricoulet, les expériences que nous venons de faire déjà auraient dû te servir à mieux augurer de l'imagination des Sélénites...

—Alors, tu as confiance dans cette machine-là? demanda le jeune comte.

—Confiance absolue, répartit l'ingénieur en enjambant le rebord de la «machine».

Il aperçut alors au centre une sorte de récipient ayant quelque apparence avec une marmite.


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