Sylvie, en ces jours de trouble, montra, sans raison apparente, beaucoup de gaieté. Claude retrouvait dans ses gestes les mouvements de puérilité et d’insouciance qu’elle avait au temps des premières amours. Elle s’habillait avec coquetterie, mêlait ses doigts aux satins et aux soies de ses robes choisies selon la couleur du jour. Au soleil de ce juillet, elle présentait ses épaules nues que la lumière aimait en s’y mêlant. Chansons, jeux, espiègleries, elle éparpillait le trésor de son enfance. Et, peut-être, étouffait-elle un sanglot, comme si elle parait de ses atours, une dernière fois, une adorable morte que l’on va emporter. A la cuisine, elle commandait des mets coûteux et faits pour les heures galantes. Près de Claude, elle mangeait des choses succulentes en babillant ; et ils mordaient au même fruit en buvant un vin doré de Bergerac. Elle faisait naître des disputes qu’elle dénouait par un baiser. La harpe et le clavecin s’émouvaient de nouveau sous leurs doigts et formaient ces chants où deux cœurs amoureux se complaisent. Le soir venu, on allumait les girandoles et les lustres pour chasser la mélancolie. On ne savait plus que le petit chien était mort ; et l’âme de Mme de Flamare revenait aux souffles de la fantaisie.
Sylvie devinait le tourment caché de Claude ; et touchant son front de sa main gracieuse, elle dit un soir, comme le dîner s’achevait, et que les grenouilles coassaient dans les mares :
— Claude, mon amour, n’ayez pas de méchant souci. Nous nous aimons et cela suffit. Les redevances ne sont plus payées ; les gens prennent une mine du diable, mais le beau temps reviendra.
— Sylvie, le roi est entouré d’ennemis ! De toutes parts arrivent de mauvaises nouvelles. J’ai mesuré l’insolence des gens de Bonnal, lorsqu’ils ont rempli ma cour de leurs cris.
Les croisées étaient ouvertes ; la nuit de juillet faisait sa vapeur où clignait l’étincelle des étoiles. Sylvie chanta au clavecin l’air si doux deChérubinet Claude vint s’asseoir à ses pieds sur un coussin de soie.
Comme la chanson s’achevait, quelque chose qui était lancé du dehors tomba dans la salle. Claude bondit et, se penchant, il vit sur le parquet un pigeon mort, à demi écrasé, les plumes blanches souillées de terre et de sang. Il pâlit, tira son épée pour punir la folle insulte ; mais sur le seuil, au milieu de ses gens accourus, il ne remarqua rien d’insolite dans la nuit d’été qui couvrait la campagne endormie.