Claude ne s’abandonnait pas aux regrets. Lui qui avait été formé pour les douceurs et les harmonies de la vie, il était à présent plein de courage. Il évitait de considérer Sylvie avec des regards trop tendres, et il s’appliquait à refouler son amour quand le service du roi l’appelait.
Tout était préparé pour qu’il pût quitter le château, à la faveur de la nuit. Il gagnerait les Flandres, muni de passeports, et voyagerait sous les apparences d’un marchand. Il fallait sauver le roi et le sang de sa noblesse le couvrirait de la plus belle des pourpres.
Sylvie cachait ses craintes. Une grande angoisse la tenait parfois, quand elle veillait près de Marie-Gabriel. Mais si elle avait voulu retenir Claude, elle sentait bien qu’elle ne l’aurait pu. Il était bien changé. Son visage devenait sévère ; il avait l’aspect d’un homme qui écoute une voix incessante.
Un soir de mai, il la conduisit dans le parc, comme autrefois. Les jeunes fleurs ouvraient leurs boutons, la feuille des chênes se dépliait aux rayons de la belle saison.
Ils vinrent s’asseoir sur un banc de bois, qui était niché dans une charmille. Sylvie ne parlait pas ; elle levait la tête vers celui qui allait partir. Elle appuyait ses mains jointes sur son épaule.
— Sylvie, lui dit-il, ne nous plaignons pas ; le danger nous mesure. Fasse le ciel qu’il ne nous trouve pas de chétive qualité.
Elle se taisait, recueillant l’accent de la voix chérie.
— Quelques combats, une chevauchée, et nous reviendrons. Vous ne resterez pas longtemps seule.
Elle lui souriait, refoulant sa peur et lui, il la regardait pour emporter ce sourire, une rose blanche coupée dans un bosquet de féerie, quand la première étoile tremble et que l’on s’en va.