Commandant-en-chef: Major-Général Strange.Major de brigade: Capt. Dale.Aide-de-camp: Strange.
Commandant-en-chef: Major-Général Strange.Major de brigade: Capt. Dale.Aide-de-camp: Strange.
Commandant-en-chef: Major-Général Strange.
Major de brigade: Capt. Dale.
Aide-de-camp: Strange.
Trente hommes de cavalerie sous le major Steele; vingt éclaireurs commandés par le capt. Oswald, et du 65e bataillon:
Lt-Col. Hughes.Major Prévost.Adjudant Lt. Starnes.Aumônier: R. P. Provost.Chirurgien-major Paré.Compagnie No. 2: Capt. des Trois-Maisons.Lt. DesGeorges.No. 5: Capt. Villeneuve.Lt. Lafontaine.No. 6: Capt. Giroux.Lt. Robert.Sous-lieut. Mackay.Lt. Labelle.Quartier-maître: Capt. Right.
Lt-Col. Hughes.Major Prévost.Adjudant Lt. Starnes.Aumônier: R. P. Provost.Chirurgien-major Paré.Compagnie No. 2: Capt. des Trois-Maisons.Lt. DesGeorges.No. 5: Capt. Villeneuve.Lt. Lafontaine.No. 6: Capt. Giroux.Lt. Robert.Sous-lieut. Mackay.Lt. Labelle.Quartier-maître: Capt. Right.
Lt-Col. Hughes.
Major Prévost.
Adjudant Lt. Starnes.
Aumônier: R. P. Provost.
Chirurgien-major Paré.
Compagnie No. 2: Capt. des Trois-Maisons.
Lt. DesGeorges.
No. 5: Capt. Villeneuve.
Lt. Lafontaine.
No. 6: Capt. Giroux.
Lt. Robert.
Sous-lieut. Mackay.
Lt. Labelle.
Quartier-maître: Capt. Right.
JOURNAL.
20 avril.—Le temps est beau, marche de cinq milles à pied. La nuit fut froide.
21 avril.—Beau temps. La marche est de dix-huit milles. Nuit froide. Voyage dans la prairie très ennuyeux.
22 avril.—Rien d'intéressant. Vingt-deux milles de marche. Température un peu froide. Toujours dans la prairie. Il neige pendant la nuit.
23 avril.—Marche dans la neige tout l'avant-midi. Temps froid.
24 avril.—Nuit froide. Toujours la prairie!
25 avril.—Temps froid. Arrivée à la rivière du Chevreuil Rouge à trois heures et campement.
26 avril.—Réveil à quatre heures et demie du matin. Nuit pluvieuse. Belle journée. Traversée de la rivière pendant l'avant-midi. Camp à trois milles.
27 avril.—Aussitôt le bagage arrivé, la route se reprend vers les neuf heures et se continue jusqu'à la rivière de l'Aveugle. Belle nuit.
28 avril.—Départ à six heures. Vingt-neuf milles à travers un pays magnifique. Camp levé à la Rivière Bataille. Rencontre du Père Lacombe.
29 avril.—Lever à quatre heures et demie a.m. Départ à six heures. Trente-deux milles de marche. Camp fixé à un mille de la Ferme du Gouvernement.
30 avril.—Lever et départ comme la veille. Temps froid. Chemins impraticables.
1er mai.—C'est aujourd'hui la douzième journée de la marche. Arrivée à Edmonton vers midi.
La marche pendant ces deux cent treize milles a été pour la plupart du temps assez pénible. Jusqu'à la rivière du Chevreuil Rouge, la route s'étendait à travers la plaine et les chemins étaient assez beaux. Mais de la rivière du Chevreuil Rouge la route devint plus difficile. En quelques endroits il fallait traverser des marais, où les soldats enfonçaient jusqu'aux genoux dans l'eau et dans la boue. Quelquefois l'odeur qui se dégageait de ces marais était vraiment insupportable. Les voitures étaient moins que suffisantes pour le transport, il n'y en avait que pour la moitié des hommes, de sorte que pendant que deux compagnies marchaient les deux autres se reposaient et vice versa au bout de chaque heure. Les cochers se distinguaient par leur insolence et plusieurs fois, il n'eut fallu qu'un mot de plus, pour que les soldats furieux ne les assaillissent. La marche se reprenait avec gaieté, chaque matin, et il semblait y avoir un concours entre les marcheurs où le prix devait appartenir à celui qui monterait le moins souvent en waggon.
Les 28 et 29 avril, la marche fut encore plus pénible que d'habitude. Il fallait traverser des marais puants, et aider les chevaux à tirer les waggons de la boue noire où ils étaient enfoncés; puis lorsque les chemins étaient beaux, les voitures étaient traînées si vite que les soldats devaient se mettre au pas de course pour les suivre. Ajoutez à cela une chaleur atroce et vous aurez quelqu'idée de la fatigue des soldats et de leurs misères.
L'avant-dernière journée avant d'arriver à Edmonton, les habitants de ce dernier endroit se rendirent à la rencontre du bataillon avec des voitures et la route s'est terminée d'une manière assez confortable.
Le voyage dans les prairies où l'immensité est le seul horizon qui s'offre à la vue ennuyée de la monotonie des tableaux, est long et fatiguant. Quelques fois, arrivés au pied d'un coteau, les soldats s'élançaient au pas de course pour le gravir espérant trouver quelque changement dans la mise en scène, mais s'arrêtaient sur le sommet désappointés et plus découragés qu'avant à la vue de la plaine qui se déroulait immense devant leurs pas. Après la traversée de la rivière du Chevreuil Rouge, la scène changea quelque peu, et souvent les plus ennuyés se reposaient la vue par la contemplation de jolis tableaux. Ici, une belle prairie arrosée par un joli petit lac, au pied de quelque coteau verdoyant, là un bosquet aux décors gracieux, élevé au milieu de la plaine par quelque fée antique et entretenu par les nymphes des prairies pour recevoir leurs fiancés ailés. Un peu partout, dans un désordre charmant, de jolis petits bois parsèment la vaste plaine. Les rivières le long de la route sont peu profondes, et sont toutes guéables à l'exception de la Saskatchewan. L'eau de ces rivières alimentée par les lacs des montagnes du Nord est froide, souvent troublée et d'une apparence bourbeuse; cependant elle est généralement potable.
La nourriture pendant tout le voyage se composa de, biscuits durs (hard tacks), de viandes en boîte ou de bacon et de thé; avec ces mets les grands festins étaient rares. Cependant le gibier abondait de toutes parts, mais la défense de tirer était des plus sévères. Les canards étaient innombrables, les poules des prairies s'abattaient à quelques pas des soldats et les lièvres leur passaient entre les jambes, mais la règle du, général était inflexible; aussi le gibier fut-il laissé en paix.
Le premier détachement a beaucoup souffert du manque de sel. Il y en avait deux sacs mais le quartier-maître ne les trouva que le dernier jour.
Le service était assez pénible. Tous les soirs, gardes doubles et trois patrouilles pendant la nuit. Ces dernières ne sont pas ce qu'il y a de plus amusant, vu la vigilance qu'elles demandent et la responsabilité qu'elles imposent.
Cependant, la santé a toujours été bonne pendant le voyage, malgré la fatigue, les changements de température et les nuits passées près de marais pestilentiels. Quelques fois, après une longue journée de fatigues, on se couchait sur la terre humide pour se réveiller étendu dans l'eau. La salubrité du climat ne saurait donc être trop vantée. Quelques jours le soleil chauffait avec tant de force que plusieurs soldats eurent la figure brûlée, d'autres changèrent de peau une couple de fois. Il faut dire que les coiffures dont le gouvernement avait pourvu ses défenseurs en partant de Montréal n'étaient d'aucune utilité dans la plaine; c'était le grand chapeau de feutre à larges bords qu'il aurait fallu.Tel pays, tel chapeau.
Le premier détachement, arriva à Edmonton, le 1er mai. Il fut saluée par une salve d'artillerie et par les acclamations de la population qui s'était rendue sur la rive pour le recevoir. On y attendit le second détachement dont nous allons maintenant nous occuper.
Le bataillon gauche du 65e se Composait comme suit:
Major Dugas; adjudant Robert.Quartier-Maître: Capt. LaRocque.Chirurgien: Dr. Simard.Instructeur: Labranche.Compagnie No. 1: Capt. Ostell.Lt. Plinguet.No. 3: Capt. Bauset.Lt. Villeneuve.No. 4: Capt. Roy.Lt. Ostell.No. 8: Capt. Ethier.Lt. Normandeau.Sous-Lt. Hébert.
Major Dugas; adjudant Robert.Quartier-Maître: Capt. LaRocque.Chirurgien: Dr. Simard.Instructeur: Labranche.Compagnie No. 1: Capt. Ostell.Lt. Plinguet.No. 3: Capt. Bauset.Lt. Villeneuve.No. 4: Capt. Roy.Lt. Ostell.No. 8: Capt. Ethier.Lt. Normandeau.Sous-Lt. Hébert.
Major Dugas; adjudant Robert.
Quartier-Maître: Capt. LaRocque.
Chirurgien: Dr. Simard.
Instructeur: Labranche.
Compagnie No. 1: Capt. Ostell.
Lt. Plinguet.
No. 3: Capt. Bauset.
Lt. Villeneuve.
No. 4: Capt. Roy.
Lt. Ostell.
No. 8: Capt. Ethier.
Lt. Normandeau.
Sous-Lt. Hébert.
De bonne heure, le 21 avril, chacun fut debout et alla se laver à la rivière. Vers les sept heures on eut une messe basse dans les quartiers des officiers. Plusieurs soldats communièrent à cette messe. Après la messe le déjeuner. A dix heures eut lieu la lecture des ordres du jour.
Pendant l'après-midi, on eut l'exercice au tir Vers les quatre heures, un canon nous arriva du fort McLeod. Dans la veillée une nouvelle tempête: de neige s'abattit sur le camp.
Le lendemain on se leva à six heures. Après le lavage ordinaire à la rivière, on eut une autre messe basse à laquelle il y eut encore plus de communions que la veille. Immédiatement après le déjeuner, chacun se mit à nettoyer ses armes pour l'inspection du lendemain.
Rien de particulier ce jour-là. Tous les soldats écrivirent à leurs familles, car le départ était fixé au lendemain.
La nuit se passa sans incident. A quatre Heures, jeudi, le 23 avril, tout le monde était sur pied; à neuf heures le camp était levé et le bataillon gauche prêt à partir. Le lieut.-col. Smith fit l'inspection, puis l'on se mit en marche.
Tous étaient joyeux; car on nous avait donné à entendre que nous pourrions peut-être rejoindre le bataillon droit en faisant des marches forcées. La bande du 92e nous accompagna comme elle avait accompagné nos frères trois jours auparavant. A deux milles de la ville, le major Dugas fit ses adieux au bataillon.
Il parla assez longuement, disant qu'il était des plus peiné de se séparer de ceux que la gloire attendait dans le Nord et souhaitant à tous un heureux retour à Montréal. L'adjudant Robert le remplaça auprès de nous, tandis que le Capt. Perry, de la Police à cheval, élevé au rang de major par le général Strange, était commandant en chef du détachement. On campa, vers les cinq heures, dans un endroit appelé Shaganappy Hill.
Le lendemain à quatre heures tous étaient debout et pendant que deux soldats de chaque compagnie nous faisaient chauffer notre thé, les autres jetaient les tentes à terre et pliaient bagage.
A dix heures eut lieu la première halte, à McPherson's Creek, vingt-trois milles au nord de Calgarry. A deux heures, après avoir pris le dîner, l'on se remit en marche.
Rien d'extraordinaire le long de la route, excepté la rencontre d'un transport de sauvages. Un de nos charretiers, un Métis, fit remarquer, en route, qu'il était surpris de nous voir marcher si vite et ajouta qu'il était anxieux de voir combien de jours nous pourrions résister aux fatigues de la route.
Il serait bon d'ajouter ici que notre coiffure était loin de convenir au pays que nous traversions. Partis de Montréal avec nos képis, nous n'avions eu, en route, que des tuques en laine, et plusieurs préférèrent porter la tuque que le képi pour se protéger contre les ardeurs d'un soleil brûlant. La nuit, pas de difficultés, la tuque était préférable, car il était rare que nous nous réveillions le matin sans avoir au moins un pouce de neige autour du camp. Cependant, malgré tout, on avançait toujours courageusement et, vers cinq heures on fixa le camp au bord d'un lac. Aussitôt après souper, plusieurs soldats se mirent à faire toutes sortes de jeux, pendant que d'autres chantaient les gais refrains du pays. On joua et on s'amusa jusque vers les huit heures et demie, et le major Perry ainsi que la Police à cheval n'étaient pas les moins surpris de nous voir si enjoués après une aussi, longue marche. Nous étions à trente-deux milles de Calgarry.
Le samedi matin, à quatre heures, le lever. En peu de temps le camp fut levé et aussitôt le déjeuner pris, en route! Pour la première fois, ce jour là, nous commençâmes à souffrir de nos bottes. Chaque soir on les ôtait avec l'aide d'un confrère; mais, le matin, on les reprenait tellement roidies par le froid que ce n'était qu'avec beaucoup de douleurs qu'on les mettait. Les premiers milles de la marche semblaient toujours les plus longs et étaient les plus difficiles à parcourir, car notre souffrance aux pieds était atroce. Cependant, après trois ou quatre milles, le pied devenait insensible, plutôt engourdi par la douleur, et l'on marchait mieux. Vers deux heures et demie a.m. on traversa le ruisseau "de la Veuve." L'eau était tellement haute, qu'on fût obligé de se servir de deux charrettes pour le transport. On les vida, puis les mettant l'une devant l'autre dans l'eau on en fit une espèce de pont d'un genre nouveau. Vers quatre heures, on eut à traverser un second ruisseau; l'eau n'était pas bien haute, on le passa à pied. A quatre heures et demie a.m. on campa. Aussitôt, après souper, il y eut grande fête à l'occasion de l'anniversaire de la naissance du major Robert. Ou chanta "En roulant ma boule" et beaucoup d'autres. Il y eut discours par le héros de la fête et le major Perry. Ce dernier complimenta beaucoup le bataillon sur son bon esprit et son énergie. La fête se termina par ce que les Anglais appellent "Grand Bounce." A dix heures tout le camp était silencieux. Nous étions à cinquante milles de Calgarry.
Le dimanche matin, à l'heure habituelle, nous étions debout et prêts à partir. Ce jour-ci, les chemins furent plus mauvais que jamais. A onze heures quand nous fîmes notre première halte, nous n'avions parcouru que huit milles, et chacun était heureux de pouvoir se reposer. A cinq heures et demie a.m., quand nous fixâmes le camp, nous étions à soixante-sept milles de Calgarry. Pendant cette journée, il arriva un incident qui fut le commencement de troubles sérieux et qui aurait pu se terminer d'une manière tragique sans le sang-froid du major Perry. Jamais les chemins n'avaient été aussi mauvais; à un certain endroit, nous eûmes à traverser un ruisseau, et comme l'eau était trop haute pour passer à pied, le major nous dit de monter dans les waggons. A peine arrivés de l'autre côté, il y avait une côte à monter. Depuis une journée ou deux, les charretiers ne semblaient plus nous traiter aussi amicalement, ce n'était qu'avec peine que Pou réussissait à les faire consentir à embarquer un soldat épuisé par la fatigue de la route. Or ce matin-ci, le sergent Beaudoin de la Cie No. 1 était monté avec deux soldats dans une voiture. A peine arrivé au bas de la côte, il sauta à terre et, voyant sa carabine entre les roues de la voiture, il cria; ail charretier d'arrêter, en même temps qu'il se baissait pour la prendre. Loin d'arrêter le charretier lui répondit grossièrement et frappa le sergent avec son fouet. En un clin-d'oeil, vingt crosses de carabines étaient levées sur le charretier et, n'eût-ce été l'intervention prompte du major Perry, il aurait été tué sur place. Par respect pour le commandant, les soldats se calmèrent un peu et, après quelques explications, le charretier fut sévèrement réprimandé, en attendant une enquête qui devait avoir lieu le soir même au camp. Le soir, l'enquête eut lieu. Le charretier fut renvoyé avec sa charge et tout son salaire fut retenu pour payer la carabine brisée.
Malgré tout cela, il y eut fête au camp ce soir-là, On mangea du bacon, dont le major Perry nous avait fait présent. C'était bon, car c'était nouveau; depuis Calgarry nous n'avions eu que du corn beef et des hard-tacks.
Lundi, les chemins continuèrent à être mauvais comme la veille. A un certain endroit surtout où il fallait traverser un ruisseau sur des branches, posées dans ce but, trois soldats perdirent pied et tombèrent à l'eau: ils en furent quittes pour un bain froid et quelque peu vaseux. Une couple d'autres ruisseaux plus profonds furent passés sur des charrettes. Après douze milles de marche, nous nous arrêtâmes vers les onze heures. Pendant que les cuisiniers préparaient le repas du midi, le bataillon fut rassemblé et le major Robert nous lut les ordres du jour entre autres le suivant: 1. Obligation stricte de ne pas se débarrasser de ses armes ni de ses munitions pendant la marche. A peine retournés à nos places sous les charrettes, une rumeur commença à circuler, parmi les soldats, que Gros-Ours venait à notre rencontre. Ceci joint au fait que les provisions commençaient à manquer (d'après les on dit) rendit les soldats quelque peu taciturnes et chacun se mit à nettoyer son fusil, et à voir si ses cartouches étaient en bon ordre. Au moment de partir, le major Robert nous annonça que le lendemain matin dix waggons vides nous rencontreraient et que les plus fatigués pourraient ainsi faire le trajet en voiture. Après plusieurs milles de marche, vers les quatre heures, quatorze charrettes vides, attelées decayuses, furent rencontrées. Presque tous montèrent, et le voyage se continua au milieu des gais refrains des soldats heureux d'avoir enfin des transports. Vers cinq heures et demie a.m., le camp fut fixé et la nuit se passa sans incident en dépit des rumeurs et des faux rapports.
De bonne heure, mardi, on était prêt à partir et tous, satisfaits de ne plus marcher, se mirent en route joyeusement. Vers les dix heures, l'on arriva à la Rivière du Chevreuil Rouge, qui est à peu près à mi-chemin entre Calgarry et Edmonton. En descendant de voiture la compagnie No. 1 reçut ordre de construire un radeau pour traverser le canon; car la rivière était trop haute pour la passer à pied. On se mit joyeusement à l'oeuvre et, en moins d'une heure, un radeau, solide et bien fait, attendait sa charge. Il fallut alors penser à traverser le câble qu'on devait attacher sur l'autre rive. Après que plusieurs eussent tenté de le faire, mais en vain, le caporal Beaudoin et le soldat N. Robert de la Compagnie No. 1 s'en chargèrent et réussirent. Enfin le canon fat embarqué et plusieurs soldats montèrent à bord avec le major Perry.
On coupe les amarres et le radeau prend son élan. Il descend terriblement vite; quand, à peine rendu vers le milieu de la rivière, le câble se brise. Le courant entraîne le radeau et sa charge avec une vitesse vertigineuse. En vain des soldats essayent de jeter un bout de câble au major, leurs efforts sont infructueux et le radeau continue sa course. A cinq milles plus bas est un rapide des plus dangereux. Si l'on peut sauver la vie de tous ceux qui sont à bord, au moins faudra-t-il sacrifier le canon et les munitions... Tout à coup le major se précipite à l'eau et ayant saisi un câble de la main d'un soldat, il remonte à bord et, en quelques minutes, tous y mettant la main, on obtient une nouvelle amarre et le radeau est sauvé. Il atterrit trois milles plus bas, à peine à un mille et demi de la chute. Le canon fut débarqué à terre, mais le radeau dut être abandonné. Des chevaux furent bientôt attelés au canon et, les soldais aidant, on le ramena au trait. Cependant ce ne fut pas sans accident. Le soldat Alex Martin, un jeune français, était à aider à monter le canon, quand il se fit prendre la tête entre une des roues et un arbre. La blessure fut des plus sérieuses, mais le jeune brave endura les douleurs les plus vives sans se plaindre. Il ne devint mieux; qu'une quinzaine de jours plus tard. L'accident arrivé au radeau nous retarda beaucoup, car le seul transport qui nous restait était un vieux bac. On travailla nuit et jour, chaque waggon fut transporté morceau par morceau, les provisions, munitions et le reste, malgré une pluie battante. On divisa notre bataillon en deux parties, dont l'une avait la garde de la rive nord et l'autre de la rive sud.
Il y avait à peine un nombre suffisant de tentes pour les provisions, sur la rive nord, et ceux qui étaient traversés durent passer la nuit à la belle étoile, heureux encore s'ils avaient pu trouver une couverte pour s'envelopper.
Vers une heure du matin, le 29, l'on fut réveillé par des cris d'alarme et d'appels au secours, jetés par quelques soldats qui étaient tombés à l'eau en traversant. En peu d'instants, tous ceux qui dormaient étaient debout et déjà rendus sur la scène de l'accident. Tous furent sauvés et en furent quittes pour un bain à l'eau froide. Malheureusement il y avait à bord une dizaine deknapsacksqui furent perdus grâce à l'excitation des rameurs. La journée se passa à continuer de traverser les provisions. Le soir, vingt hommes de la compagnie No. 8 reçurent l'ordre de rester en cet endroit, sous le commandement du lieutenant Normandeau. La nouvelle nous prit un peu par surprise, et la surprise était loin d'être agréable. Divisés déjà comme nous l'étions et surtout ayant bon espoir de rejoindre nos frères avant longtemps, cette nouvelle séparation ne fut pas sans soulever des murmures. Mais, enfin, à la guerre comme à la guerre: l'on dut se soumettre. La veillée fut silencieuse, la nuit de même.
Le lever eut lieu à six heures le lendemain. Vers les dix heures, on lança à l'eau un nouveau bac, plus grand que celui dont nous nous étions servis.
Ce bac, qui venait d'être terminé, avait été construit très solide, pour qu'il pût durer plus longtemps, et était mû au moyen d'un certain appareil d'un genre nouveau, relié à un câble en fer tendu d'une rive à l'autre. L'après-midi fut donnée au repos. La seule interruption fut l'arrivée de transports venant du nord. Un des charretiers rapporta que l'on s'attendait à une attaque à Edmonton; ce qui ne nous encouragea pas un peu à partir au plus tôt pour rejoindre nos frères et leur aider. Le soir, il y eut grande fête au camp. L'on imita le pow-wow (danse de guerre) des Sauvages. Une dizaine de soldats du 65e ainsi que deux ou trois de la police à cheval se vêtirent de couvertes et exécutèrent à la lettre un programme imaginaire. Après, l'on eut ce que les Anglais appellent: "Tug of war," La soirée se termina par des chants canadiens, puis chacun s'en fut se coucher. La nuit fut très-froide.
Le 1er de mai au matin le lever eut lieu à cinq heures. On alla se laver à la rivière, puis avant déjeuner, tous se mirent à genoux pour chanter "l'Ave maris Stella." Après déjeuner, l'on se hâta de traverser ce qui restait sur l'autre rive et, à midi, nous pliions bagage. A quatre heures nous nous mîmes en route, notre départ ayant été retardé par la difficulté qu'on eut à traverser les chevaux. Après quelques milles de marche, nous choisîmes un bon endroit pour camper, et, à neuf heures, nous nous reposions sous la lente à cent-quatre milles d'Edmonton. Ce jour-là, le major Perry nous fit de grands compliments. Il nous dit qu'il avait déjà commandé des soldats aussi courageux et obéissants, mais qu'il n'en avait, jamais commandés d'aussi gais. Le mot de passe cette nuit fut "Big Bear," mot significatif; ce qui cependant ne troubla le sommeil d'aucun soldat.
Pendant la nuit, le major Perry reçut une dépêche du général Strange. Personne n'en apprit bien long sur le contenu de ce message. La rumeur circula cependant que l'on avait reçu ordre de faire le voyage en quatre jours, et que l'on était averti que les Sauvages nous attendaient à quarante milles. A six heures, le lendemain, nous partions de nouveau. Le temps était devenu beau. Vers le midi, cependant, la chaleur devint insupportable. Chacun cherchait l'ombre, et s'étendait du mieux qu'il pouvait sous une charrette quelconque. Vers deux heures on repartit. On traversa bientôt le ruisseau de la Tortue, sur lequel l'aile droite du bataillon avait posé un pont assez solide. Vers les cinq heures, l'on arriva à la Rivière Bataille que l'on traversa sur des charrettes. Nous campâmes à un mille environ au nord de la rivière. Nous étions à trente-cinq milles au nord de la Rivière du Chevreuil Rouge. Pendant la veillée, un chef de la tribu des Stonies, Tête Fine, vint nous faire visite. Il fit mille protestations d'amitié à nos officiers et leur déclara que sa tribu resterait loyale au gouvernement.
Le lendemain, dimanche le 3, le lever eut lieu à quatre heures; départ à six heures et dix minutes a.m. Le temps se continua beau; mais les chemins furent mauvais pendant au moins six milles. Vers les neuf heures, nous passâmes la réserve des Stonies, où réside le Rev. Père Scullen. Un petit "Union Jack" flottait au-dessus de la tente du chef Peau d'Hermine. Il était près de midi quand nous nous arrêtâmes pour la dîner. Peau d'Hermine vint visiter la major, accompagné de sa femme, de son fils Cayote, et de quelques autres Sauvages. Le chef avait revêtu «m uniforme des grandes fêtes, et il nous était impossible de compter le nombre de couleurs qui bariolaient sa tunique. Quand à celui qui semblait lui servir d'intendant, son costume était des plus simples: une vieille tunique noire à boutons dorés, et des culottes brunes. Ils passèrent environ une heure à converser avec le major, (car Peau d'Hermine s'exprime assez bien en anglais), à fumer la pipe et à partager le menu du camp. Ces Sauvages nous ont paru passablement civilisés. Ils sont chrétiens et s'adonnent aux travaux des champs. Cependant ils habitent encore leurs wigwams et construisent de» hangars pour mettre à l'abri leurs grains et leurs animaux.
A deux heures nous étions de nouveau sur la route, et vers les six heures nous étions campés à quatre milles au nord de la Ferme du Gouvernement, aux Montagnes de la Paix, trente-six milles d'Edmonton.
Aussitôt après le lever, le lendemain, on nous apprit qu'un nouveau détachement de vingt hommes devait être laissé à la Ferme. Le commandement de ce détachement fut donné au lieutenant Villeneuve. Cette séparation fut encore plus cruelle que la premiere, et chacun se demandait ce qu'allait devenir notre pauvre bataillon, si l'on continuait à nous éparpiller ainsi le long de la route. Aussitôt les adieux faits, l'on se remit en marche. L'on fit une courte halte vert le midi, puis les chemins devinrent affreux. Tantôt dans des marécages presqu'impraticables et tantôt à travers des forêts où un étroit passade permettait à peine à nos charrettes de traverser. Vers les cinq heures, on campa. Un courrier nous apporta l'étrange nouvelle que Riel avait, capturé quatre-vingt voitures de munitions et de provisions égarées par de faux guides. Celle nouvelle fut le sujet de conversation le plus général pendant la veillée.
De bonne heure, mardi matin, nous étions remontés dans nos charrettes. La route se continua à travers les bois. Nous passâmes sur la réserve de Papesteos. Vers huit heures, chacun commença à nettoyer ses armes et son uniforme, car l'on approchait d'Edmonton. A. Ashton Lake, le lieut.-col. Hughes vint à notre rencontre et fut salué par des cris de joie. A quelques milles plus loin, les autres officiera du bataillon droit nous attendaient pour nous souhaiter la bienvenue. Enfin, vers 11 heures, Edmonton nous apparut dans la distance. On descendit des voitures et l'on se mit en rangs pour descendre la côte de la rive sud de la Saskatchewan. Chacun était heureux à l'idée qu'il allait revoir les amis dont il avait été séparé depuis quinze jours. A midi, nous étions rendus et assis autour d'un feu de camp; on se racontait les incidents du voyage, La compagnie No 7 était déjà rendue, depuis le 3, au Fort Saskatchewan, à vingt milles à l'est d'Edmonton, sous le commandement du capitaine Doherty. Lea compagnies 5 et 6, sous le commandement du capitaine Prévost, élevé au rang de major, se mirent en route le jour de notre arrivée, pour se rendre à Victoria, soixante milles d'Edmonton. Ce premier détachement se composait comme suit:
Major Prévost. Adjudant: Sous-lieut. Mackay. Compagnie No. 5: Capt. Villeneuve. Lieut. Lafontaine. No. 6: Capt. Giroux. Lieut. Robert. Chirurgien-Major Paré.
Les autres compagnies campèrent en dehors du Fort en attendant les ordres du général.
FIN DE LA PREMIÈRE PARTIE.
Vers les deux heures, le 5 mai après-midi, les compagnies Nos. 5 et 6 du 65e bataillon, accompagnées d'un détachement de Police à cheval, se mirent en route pour Victoria, d'où elles devaient continuer jusqu'à Fort Pitt quand les renforts promis seraient arrivés. C'était l'avant-garde. Le commandant de l'expédition est le major Steele. Le capitaine Oswald commande la force montée. Le 65e bataillon est sous le commandement du major Prévost; les compagnies 5 et 6 le représentent; la premiere est commandée par le capitaine Villeneuve, assisté du lieutenant Lafontaine; la seconde par le capitaine Giroux, assisté du lieutenant Robert. Le sous-lieutenant Mackay agit comme adjudant.
La journée fut très chaude. Après environ une heure de marche on dressa les tentes.
Le lendemain, 6 mai, le lever eut lieu à cinq heures et demie; départ à sept heures. La journée fut très froide. Le vent du nord souffla continuellement. Tout le détachement était en voitures. Quand on arrêta pour le lunch à une heure de l'après-midi on avait parcouru seize milles. Le capitaine Doherty qui commandait la compagnie No. 7 stationnée au Fort Saskatchewan vint au camp faire une visite. Tout le long du parcours, des terres bonnes et bien cultivées s'offrirent à la vue des soldats; de temps à autre une modeste habitation variait la scène. On rencontre messieurs Brunelle et Chamberlain. Ceux-ci disent que les Métis et les Sauvages ont le droit de leur côté, et qu'il faudra une armée de vingt mille hommes pour abattre la rébellion. Les Métis sont trop avancés dans leur voie de révolte pour se retirer, leurs têtes et celles de leurs chefs sont en jeu et ils sont disposés à vendre chèrement, leur vie.
La nuit fut très froide.
Le lendemain le réveil eut lieu à cinq heures; départ à sept heures et demie a.m. Le voyage se continue à travers un pays de bois et de broussailles. On traverse à gué la rivière Éturgeon. A onze heures et quart a.m., on arrête pour dîner. L'endroit choisi pour le camp était entouré de tous côtés par des broussailles; l'eau était à peine potable, on la prenait dans un étang voisin. La journée fut assez belle mais un peu froide. L'après-midi fut agréable. On fit l'exercice vers les trois heures Une bande de Sauvages Cris passe près du camp et déclare que Gros-Ours a tout dévasté à Victoria et aux environs. Au souper les soldats eurent de la viande fraîche; les officiers dégustèrent une soupe aux canards préparée par le capitaine Giroux. La soirée et la nuit furent très froides.
Le réveil eut lieu à sept heures, vendredi matin. De neuf heures et demie à onze heures, exercice. Matinée belle, mais fraîche. Départ à midi et demi. Pendant le trajet, on eut à passer à travers une forêt de bois de bouleau très épaisse. A cinq heures et demie de l'après-midi on monta les tentes à trois cents verges de la rivière Vermillon, dans un endroit magnifique appelé "l'Anse Profonde".
Ce jour là même l'aile droite commandée par le Lt.-Col. Hughes et composée des compagnies No. 3, capitaine Bauset, lieut. Ostell, et No. 4, capitaine Roy, lieut. Hébert, dont l'état-major comprenait le major Robert, l'adjudant Starnes, le quartier-maître LaRocque, l'assistant-chirurgien Simard et le Révd Père Provost, quittait Edmonton pour rejoindre à marches forcées le détachement qui les précédait sur la route de Victoria.
Le major-général Strange et le major Perry avec le canon et une escouade de la police à cheval restaient à Edmonton pour attendre l'arrivée, de Calgarry, de l'aile droite de l'Infanterie Légère de Winnipeg et aussi pour surveiller la construction et le chargement des chalands qui devaient les transporter par voie de la Saskatchewan jusqu'à Victoria, endroit choisi pour la jonction des différentes parties de la colonne.
A six heures, le 9 mai, le lever. De dix heures à onze heures il y eut exercice. Il fait un temps superbe et chaud. Dans l'après-midi on eut encore de l'exercice de trois heures à cinq heures. Vers les six heures le Lt.-Col. Hughes arrive avec les compagnies 3 et 4. La réunion des deux ailes eut lieu au milieu de la joie générale. Les nouveaux venus campèrent sur les bords de la rivière Vermillon. Dans la veillée on chanta des cantiques à la Sainte-Vierge.
Le lendemain, 10 mai, étant dimanche, on eut la messe en plein air à six heures du matin. Les officiers et les soldats unirent leurs voix dans des chants divins. A neuf heures on se remit en route. Le personnel de cette expédition était comme suit:
Commandant: Lt.-Col. Hughes.Major de brigade: Prévost.Cavalerie, Police à cheval: Major Steele.Éclaireur: Capt. Oswald.
65ÈME BATAILLON.
Aile droite,Major Robert.Compagnie No. 3: Capt. Bauset, Lieut. Ostell.No. 4: Capt. Roy. Lieut. Hébert.
Aile gaucheMajor Prévost.Compagnie No. 5: Capt. Villeneuve. Lt. Lafontaine.Compagnie No. 6: Capt. Giroux. Lieut. Robert. Sous-lieut. Mackay.Quartier-maître: Capt. LaRocque.Aumônier: Révd. Père Provost.Adjudant: Lieut. Starnes.Chirurgien-Major Paré.Assistant-chirurgien: Dr. Simard.Instructeur: Labranche.
On traversa à gué la rivière Vermillon. Une partie de la route se fit à travers de grands bois de bouleau, coupés ça et là par de profonds ravins. Le temps était superbe et aurait été chaud s'il n'eût été tempéré par une bonne petite brise de l'Est. On arrêta vers midi pour prendre le lunch et on repartit vers les deux heures. En route les deux ailes du bataillon se réunirent. On traversa des sites des plus pittoresques par des chemins affreux. A six heures et demie a.m., le camp fut choisi dans un site magnifique, sur un superbe plateau, près de la rivière au Mulet. L'endroit formait un tableau digne du pinceau d'un Vernet. Posé sur une élévation d'un demi mille au-dessus de la rivière, le plateau est entouré de hautes falaises taillées à pic et couvertes de sapins du plus beau vert et de beaux bouleaux. Le soleil en se couchant donne à toute la scène un relief indescriptible. Les cimes des arbres se revêtent d'une auréole du plus bel or, tandis que leurs bases reflètent les feux allumés par les cuisiniers. Le mélange des ombres des soldats errant autour du camp donne à la scène un aspect fantastique. Quelques heures plus tard la lune se lève, et la scène, en changeant d'aspect, ne perd rien de sa beauté. La reine des nuits promène lentement son char féerique à travers les têtes fières et hautes des arbres, et semble laisser un lambeau de sa robe transparente à chaque branche des sapins d'où se détachent des lueurs verdâtres. Le vent est moins fort et une faible brise fait seule onduler les cimes des arbustes.
Le lendemain le réveil eut lieu à quatre heures et demie; départ à six heures et dix minutes du matin.
Le temps est très beau et un peu chaud. Traversée de l'anse Wasetna. Les soldats suivent les guides qui passent par des chemins plus ou moins praticables, pour descendre à la rive de la rivière Saskatchewan. La route se poursuit pendant quelque temps le long du rivage. L'aspect de la Saskatchewan et des paysages qui s'étendent en courbes multiples, tout le long de son parcours, est des plus jolis. De l'anse Wasetna à Victoria, les rives sont à une grande élévation et sont couvertes de forêts épaisses. Plusieurs ravins viennent ça et là varier l'uniformité du tableau. Vers onze heures et quart a.m., on fait la première halte pour le dîner. La chaleur devient accablante. Après le dîner la marche se continue à travers le bois et à quatre heures l'on arrive à Victoria où l'on campe. Depuis Edmonton on a parcouru quatre-vingt milles.
Des éclaireurs viennent au camp pendant la veillée et annoncent que Gros-Ours est à cinquante milles plus loin, dans un endroit appelé la Côte du Renne. Il faut cependant attendre les ordres du major-général pour continuer.
Le lendemain, il fait beau. Exercice dans l'avant-midi et l'après-midi. Quelques officiers vont visiter le Fort Victoria. Il présente l'image de la désolation la plus complète; il n'a plus d'occupant. A leur retour, ils prennent un bain dans la Saskatchewan.
Rien d'extraordinaire le 13 mai. Exercice toute la journée. Les soldats passent leurs moments de loisir à écrire à leurs parents et à leurs amis.
Jeudi matin, réveil à cinq heures et demi. Messe basse à sept heures, à l'occasion de la fête de l'Ascension. Beau temps frais. Les officiers se construisent une table rustique pour prendre leurs repas. Ce sont des troncs d'arbres placés sur des supports posés sur des pieux enfoncés en terre. Des branches sont placées ça et là pour remplir les interstices et égaliser la surface de la table, le tout est couvert d'une grosse toile. Des troncs d'arbres servent de sièges; c'est un luxe d'un genre nouveau. On s'aperçoit au souper que la provision de sucre est épuisée. La nuit est froide.
Vers quatre heures du matin, le 15, il neige quelque peu; à cinq heures et demie on se réveille et la neige continue à tomber jusqu'à sept heures et demie. Il y avait alors deux pouces de neige sur le sol. De neuf heures et demie à midi on fait encore de l'exercice.
Le lendemain, on se réveille à quatre heures et demie. Départ à neuf heures. On lève le camp pour aller à un mille et demi plus loin dans la vallée. Le général accompagné de l'Infanterie Légère de Winnipeg arrive avec les chalands. Ils campent au Fort Victoria.
Le 17 mai, réveil à cinq heures et demie, messe à sept heures. La journée est des plus ennuyeuse Il n'y a pas d'exercice. Les officiers du 65e vont faire visite au camp de l'Infanterie Légère de Winnipeg. La pluie commence à tomber vers les neuf heures du soir.
Le surlendemain, réveil à quatre heures et demie. Vers les six heures, on lève le camp et l'on se dirige vers le Fort Victoria. Une petite pluie légère est tombée vers les dix heures, mais n'a pas duré longtemps. Il fait un fort vent d'est. Vers onze heures, un orage violent éclate soudain, mais ne dure que quelques minutes. Durant la journée le capitaine Bossé et le lieutenant Des Georges arrivent en voiture d'Edmonton et font signer les listes de paie. Dans l'après-midi ils se remettent en route pour rejoindre la compagnie No. 2 restée en garnison à Edmonton. Pendant la veillée, un courrier apporte au camp la nouvelle de la défaite des Métis, de la prise de Riel, et de la fuite de Dumont.
C'est aujourd'hui le 20 de mai. On se réveille à quatre heures et vers les six heures et demie on part en bateau pour l'est. Ce sont des bateaux plats d'un modèle tout à fait primitif. Ils sont au nombre de quatre. L'un le "Nancy" est occupé par l'état-major du 65e, le général Strange ayant pris le chemin de terre accompagné de l'Infanterie Légère de Winnipeg; un autre le "Bauset" est sous le commandement du capitaine Bauset; le troisième le "Roy du Bord" sous les ordres du capitaine Roy; chaque capitaine a sa compagnie à son bord.
Le plus grand s'appelle "Big Bear." Il mesure près de soixante pieds de longueur sur une largeur de vingt pieds. Il est commandé par le capitaine Villeneuve, assisté des lieutenants Lafontaine et Robert. Il y a à bord trente-sept hommes de la compagnie No. 5, dix de la compagnie No. 6, deux sergents d'état major, quatre hommes de l'Infanterie Légère de Winnipeg et trois bateliers. Outre ceux-ci, il y a un officier pourvoyeur. Le navire a un pont large de six pieds qui s'étend de chaque côté. On dort dans le fond de cale sur du foin et le pont est l'unique ciel de lit où vont se perdre les rêves de gloire des soldats. Cette première journée de voyage par eau a été belle et la nouveauté du genre de transport amusait beaucoup les soldats.
La rivière Saskatchewan n'est pas bien large; ses rives sont élevées et magnifiquement boisées. Il y a plusieurs baies qui fournissent à l'oeil du voyageur des scènes ravissantes. L'eau est généralement peu profonde et a une apparence bourbeuse.
Vers une heure et demie a.m., après avoir fait une dizaine de milles, les bateaux arrêtent. Rien de plus simple que le système de navigation à bord des bateaux sur la Saskatchewan. On n'a qu'à suivre le courant qui est très fort; de temps à autre, un coup de rame habilement donné suffit pour changer la direction du bateau et éviter un banc de sable.
Après le souper, plusieurs montent la côte et assis autour d'un bon feu répètent les gais refrains du pays. Le temps est serein et du haut du ciel la lune et les étoiles sourient à l'insouciance des chanteurs et paraissent répéter dans leurs sphères sublimes les accents émus de tous ces coeurs canadiens. Quand le clairon sonna le coucher, chacun descendit en silence au bateau et alla continuer sous le pont un rêve inachevé.
Le lendemain réveil à cinq heures et demie. Départ à six heures. Il fait froid. Rien d'extraordinaire à bord. Chacun s'ennuie de la manière qui lui déplaît le moins. La pluie tombe pendant la veillée. A la nuit tombante on arrête à un endroit connu sur la carte sous le nom de St. Paul, où existait autrefois une mission florissante desservie par les Pères Oblats; mais qui a été détruite il y a onze ans par un feu de prairie. Ce n'est plus aujourd'hui qu'un coin du désert.
Le 22 de mai, vers une heure du matin, quelques coups de feu réveillèrent les dormeurs en sursaut, et le clairon sonna l'alerte. Dans l'espace de quelques minutes, les soldats étaient descendus à terre et attendaient, en bon ordre, les commandements de leurs capitaines, qui s'élancèrent à la tête de leurs hommes et gravirent, au pas de course, la berge escarpée.
Aussitôt arrivés au haut de la côte, les soldats reçurent ordre de se déployer en tirailleurs. Une fusillade assez vive se fit entendre à la gauche du premier détachement et donnait à croire que la ligne était engagée. Sur l'ordre du Colonel, le feu cessa, et une patrouille fut envoyée en avant sous le commandement du major Prévost. Ce dernier fit déployer ses hommes en tirailleurs et fit tirer une décharge dans la direction où l'ennemi semblait s'être retiré. Quelques minutes plus tard, le major revint et annonça qu'il n'avait rien vu. Jusqu'à deux heures et demie les troupes restèrent sur la côte toutes armées, puis l'on descendit aux bateaux où l'on coucha sous les armes.
Il faisait un temps des plus désagréables, froid et pluvieux, et plusieurs se trouvaient couchés sur la paille humide.
Malgré le mauvais résultat de cette sortie, exécutée pendant les heures les plus sombres de la nuit, cela eut un bon effet. Les soldats prouvèrent qu'ils étaient prêts à toute éventualité. Le bon ordre et l'alacrité qu'ils mirent dans leur réponse à l'appel de leurs chefs ne sauraient être trop loués. Loin de trembler ou d'hésiter, ils étaient tous gais et trouvèrent moyen de s'amuser de certaines petites scènes dont ils ne furent pas lents à saisir le côté ridicule. Plusieurs témoignaient hautement leur désappointement d'être revenus sans avoir tué un seul ennemi. Les éclaireurs rapportèrent qu'ils avaient vu les pistes des Sauvages en différents endroits sur le haut de la côte.
Aujourd'hui l'on arrêta à un mille de Saint-Paul, où l'on passa la nuit.
Ce soir, instruit par l'événement de la veille et craignant la répétition de l'attaque, le Colonel ordonna de monter les tentes sur un plateau à cinquante pieds du rivage. Une forte garde fut laissée à bord des bateaux et le reste du bataillon coucha sous la tente. Il avait plu toute la journée et le sol était très-humide. La pluie continua à tomber pendant la nuit.
Le 23 de mai, l'on sonna le réveil à quatre heures. Le camp fut aussitôt levé et les tentes transportées à bord. Les ancres furent levées et la route se continua en bateaux.
Le paysage est des plus beaux. Sur chaque rive, les côtes sont tantôt très-élevées et coupées à pic, tantôt basses et couvertes de forêts de jeunes arbres. Vers une heure de l'après-midi, on jette l'ancre dans "l'Anse de la Côte du Renne" (Moose Hill Creek) et, une bonne garde ayant été laissée sur les bateaux, on va camper sur le haut de la côte. L'après-midi a été très-belle. Vers deux heures a.m., deux éclaireurs, Borrodaile et Scott, partent pour Battleford en canot. Ils avaient mission de traverser les lignes indiennes, et de dire au gén. Middleton et au col. Otter la position de l'aile de Strange. Ils remplirent leur devoir en braves. La distance parcourue depuis Victoria est de cent vingts milles.
Dimanche matin, il y eut messe basse à bord du bateau. On se remet en route vers trois heures et demie a.m. On jette l'ancre dans l'anse du Lac aux Grenouilles. La nuit fut assez belle. Vers une heure et demie du matin, la garde fit sonner l'alarme mais on n'aperçut rien d'insolite aux alentours.
Le lendemain, réveil à cinq heures. Avant de quitter l'endroit, on élève sur une éminence une croix, haute de quarante pieds, à la mémoire des Révérends Pères Oblats qui ont été massacrés au Lac aux Grenouilles a quelques milles d'ici. Cette croix porte l'inscription suivante: