Chapter 22

§ 100. Quant li rois de France vei que, par nullevoie ne pourkas qu'il [sceust[324]] faire ne moustrer, ilne poroit ratraire les Flamens ne oster de leur oppinion,si commanda à chiaus qu'il tenoit en garnison,de Tournay, de Lille, de Douay et des chastiaus voisins,que il fesissent guerre as Flamens, et courussenten leur pays et sans deport. Dont il avint quemessires Mahieus de Roie, qui pour le temps se tenoit5dedens Tournay, et messires Mahieus de Trie,mareschaus de France, avoech monsigneur Godemardou Fay et pluiseur aultre, misent une chevaucie susde mille armeures de fier, tous bien montés, et troiscens arbalestriers, tant de Tournay, de Lille que de10Douay, et se partirent de le cité de Tournay un soirapriès souper, et chevaucièrent tant que sus le pointdou jour il vinrent devant Courtrai, et accueillièrent,devant soleil levant, toute le proie de là environ.Et coururent li coureur jusques as portes, et occirent15et mehagnièrent aucuns hommes qu'il trouvèrentens ès fourbours, et puis s'en retournèrent arrièresans damage. Et prisent ces gens d'armes leur tourdeviers le rivière dou Lis et devers le Warneston, enaccueillant et en menant devant yaus toute le proie20qu'il trouvèrent et encontrèrent; et ramenèrent cejour en le cité de Tournay plus de dix mille blanchesbestes, et bien otant que pors, que bues, quevaches, dont il eurent grant pourfit et grant butin.Et en fu la ditte cités bien pourveue et rafreschie un25grant temps et largement avitaillie.Ces nouvelles, qui ne furent mies trop plaisanspour les Flamens, s'espandirent parmi Flandres. Sien fu durement li pays esmeus et tourblés. Et en30vinrent les complaintes à Jakemon d'Artevelle qui setenoit à Gand. Pour quoi li dis d'Artevelles fu durementcourouciés, et dist et jura que ceste fourfaitureseroit amendée ou pays de Tournesis. Si fist sonmandement par tout, et commanda parmi les bonnesvilles de Flandres que tout vuidassent et fuissent,à un certain jour qu'il y assigna, avoecques lui, devantle cité de Tournay; et escrisi au conte de Sallebrin5et au conte de Sufforch, qui se tenoient engarnison en le ville de Ippre, qu'il se traissent decelle part. Et encores pour mieus moustrer que labesongne estoit sienne et qu'elle li touchoit, il separti de Gand moult estoffeement, et s'en vint entre10le ville d'Audenarde et de Tournay, sus un certainpas que on dist au Pont de Fier; et se loga là, attendansles dessus dis contes d'Engleterre et ossichiaus dou Franch de Bruges.

§ 100. Quant li rois de France vei que, par nullevoie ne pourkas qu'il [sceust[324]] faire ne moustrer, ilne poroit ratraire les Flamens ne oster de leur oppinion,si commanda à chiaus qu'il tenoit en garnison,de Tournay, de Lille, de Douay et des chastiaus voisins,que il fesissent guerre as Flamens, et courussenten leur pays et sans deport. Dont il avint quemessires Mahieus de Roie, qui pour le temps se tenoit5dedens Tournay, et messires Mahieus de Trie,mareschaus de France, avoech monsigneur Godemardou Fay et pluiseur aultre, misent une chevaucie susde mille armeures de fier, tous bien montés, et troiscens arbalestriers, tant de Tournay, de Lille que de10Douay, et se partirent de le cité de Tournay un soirapriès souper, et chevaucièrent tant que sus le pointdou jour il vinrent devant Courtrai, et accueillièrent,devant soleil levant, toute le proie de là environ.Et coururent li coureur jusques as portes, et occirent15et mehagnièrent aucuns hommes qu'il trouvèrentens ès fourbours, et puis s'en retournèrent arrièresans damage. Et prisent ces gens d'armes leur tourdeviers le rivière dou Lis et devers le Warneston, enaccueillant et en menant devant yaus toute le proie20qu'il trouvèrent et encontrèrent; et ramenèrent cejour en le cité de Tournay plus de dix mille blanchesbestes, et bien otant que pors, que bues, quevaches, dont il eurent grant pourfit et grant butin.Et en fu la ditte cités bien pourveue et rafreschie un25grant temps et largement avitaillie.

§ 100. Quant li rois de France vei que, par nulle

voie ne pourkas qu'il [sceust[324]] faire ne moustrer, il

ne poroit ratraire les Flamens ne oster de leur oppinion,

si commanda à chiaus qu'il tenoit en garnison,

de Tournay, de Lille, de Douay et des chastiaus voisins,

que il fesissent guerre as Flamens, et courussent

en leur pays et sans deport. Dont il avint que

messires Mahieus de Roie, qui pour le temps se tenoit5

dedens Tournay, et messires Mahieus de Trie,

mareschaus de France, avoech monsigneur Godemar

dou Fay et pluiseur aultre, misent une chevaucie sus

de mille armeures de fier, tous bien montés, et trois

cens arbalestriers, tant de Tournay, de Lille que de10

Douay, et se partirent de le cité de Tournay un soir

apriès souper, et chevaucièrent tant que sus le point

dou jour il vinrent devant Courtrai, et accueillièrent,

devant soleil levant, toute le proie de là environ.

Et coururent li coureur jusques as portes, et occirent15

et mehagnièrent aucuns hommes qu'il trouvèrent

ens ès fourbours, et puis s'en retournèrent arrière

sans damage. Et prisent ces gens d'armes leur tour

deviers le rivière dou Lis et devers le Warneston, en

accueillant et en menant devant yaus toute le proie20

qu'il trouvèrent et encontrèrent; et ramenèrent ce

jour en le cité de Tournay plus de dix mille blanches

bestes, et bien otant que pors, que bues, que

vaches, dont il eurent grant pourfit et grant butin.

Et en fu la ditte cités bien pourveue et rafreschie un25

grant temps et largement avitaillie.

Ces nouvelles, qui ne furent mies trop plaisanspour les Flamens, s'espandirent parmi Flandres. Sien fu durement li pays esmeus et tourblés. Et en30vinrent les complaintes à Jakemon d'Artevelle qui setenoit à Gand. Pour quoi li dis d'Artevelles fu durementcourouciés, et dist et jura que ceste fourfaitureseroit amendée ou pays de Tournesis. Si fist sonmandement par tout, et commanda parmi les bonnesvilles de Flandres que tout vuidassent et fuissent,à un certain jour qu'il y assigna, avoecques lui, devantle cité de Tournay; et escrisi au conte de Sallebrin5et au conte de Sufforch, qui se tenoient engarnison en le ville de Ippre, qu'il se traissent decelle part. Et encores pour mieus moustrer que labesongne estoit sienne et qu'elle li touchoit, il separti de Gand moult estoffeement, et s'en vint entre10le ville d'Audenarde et de Tournay, sus un certainpas que on dist au Pont de Fier; et se loga là, attendansles dessus dis contes d'Engleterre et ossichiaus dou Franch de Bruges.

Ces nouvelles, qui ne furent mies trop plaisans

pour les Flamens, s'espandirent parmi Flandres. Si

en fu durement li pays esmeus et tourblés. Et en30

vinrent les complaintes à Jakemon d'Artevelle qui se

tenoit à Gand. Pour quoi li dis d'Artevelles fu durement

courouciés, et dist et jura que ceste fourfaiture

seroit amendée ou pays de Tournesis. Si fist son

mandement par tout, et commanda parmi les bonnes

villes de Flandres que tout vuidassent et fuissent,

à un certain jour qu'il y assigna, avoecques lui, devant

le cité de Tournay; et escrisi au conte de Sallebrin5

et au conte de Sufforch, qui se tenoient en

garnison en le ville de Ippre, qu'il se traissent de

celle part. Et encores pour mieus moustrer que la

besongne estoit sienne et qu'elle li touchoit, il se

parti de Gand moult estoffeement, et s'en vint entre10

le ville d'Audenarde et de Tournay, sus un certain

pas que on dist au Pont de Fier; et se loga là, attendans

les dessus dis contes d'Engleterre et ossi

chiaus dou Franch de Bruges.


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