Chapter 14

P.48, l. 12: Lille.—Mss. A 7, 18, 19, 23 à 33: Laille. Fº 107.—Mss. A 20 à 22: Laigle. Fº 165 vº.

P.48, l. 13: contes.—Mss. A 1 à 6, 8, 15 à 19: viconte. Fº 112.

P.48, l. 23: Taride.—Mss. A 1 à 6, 20 à 22: Tarde. Fº 112.—Mss. A 15 à 17: de la Taride. Fº 114.—Mss. A 11 à 14: de la Barde. Fº 107.

P.48, l. 27: Richars.—Mss. A 20 à 22: Guichart. Fº 165 vº.

P.49, l. 5: Boskentin.—Mss. A 1 à 6: Bosquetin. Fº 112.

P.49, l. 5: Chastielneuf.—Mss. A 1 à 6: Neufchastel. Fº 112.

P.49, l. 6: Chastielbon.—Mss. A 1 à 7, 11 à 14, 18 à 33: Chastillon. Fº 112.

P.49, l. 6: Lescun.—Mss. A 1 à 6, 18, 19: Lescoit. Fº 112.

P.49, l. 8: restel.—Mss. A 1 à 7, 18, 19, 30 à 33: rastel,rastiel. Fº 112.—Mss. A 8 à 17, 23 à 29: ratel. Fº 103.—Mss. A 20 à 22: grosse trappe. Fº 165 vº.

§209. P.49, l. 20: Quant ce vint.—Ms. d’Amiens: Quant che vint à l’endemain, il s’armèrent et ordonnèrent pour assaillir Bregerach, et y eut ce jour dur assault et bien continuet. Et remplirent li Englès au plus foible léz une partie des fossés, tant que il pooient aller jusc’à murz et piqueter as murs et oster les pierrez, et les laissièrent en cel estat pour le soir, et l’endemain y devoient revenir. Fº 81.

§210. P.50, l. 14: Droit à heure.—Ms. d’Amiens: Quant li bourgois de Bregerach se virent en che parti, leurs fourbours pris et leur ville en grant peril, si s’asamblèrent tout enssamble. Et s’en vinrent deviers le comte de Laille, et li dissent que il ne veoient mies que de forche il se pewissent longement tenir as Englès, et que il avoient pourpos et intention que d’iaux rendre, saulve leurs corps, leurs biens et leurs femmez et leurs enfans. Et quant li comtez lez oy, si ne les respondi mies si très tost, ainchois traist d’une part lez gentilz hommez et demanda quel cose en estoit bon affaire.

Là eut pluisseurs parollez retournées et devisées, car li aucun volloient, volsissent li bourgois ou non, tenir le ville jusquez au pardairain. Et disoient que il estoient fort assés pour le tenir et deffendre contre tous venans; et li autre, qui resongnoient le peril, disoient que non. Finablement, tout consideret et peset, le bien contre le mal, li chevalier eurent avis que il se partiroient et lairoient chiaux de Bregerach convenir dou sourplus, car il se doubtoient que il n’y euist trayson. Si fissent ensseller leurs cevaux et cargier et tourser tout leur harnois, et se partirent environ mienuit et cheminèrent tant que il vinrent l’endemain assés matin à le forte ville de le Riole: on leur ouvri les portes, et entrèrent ens, et se logièrent et hebregièrent parmy le ville, et li comtez ou castiel, qui ne se veut mies tenir atant, mès assambla tous les barons et chevaliers, et regarda et fist regarder et dire à çascun son milleur avis et consseil de ceste chevauchie. Là fu dit, regardé et ordonné pour le milleur que chacuns presist une quantité de gens d’armes, chil qui comte et baron estoient, et s’espardesissent par les fors et gueriaissent des garnisons, et que par ensi il greveroient plus les Englès et deffenderoientmieux leur pays que de tenir lez camps, ou cas que il ne sont mies fort pour combattre les Englès. Fº 81.

P.50, l. 16 à 18: Et en estoient... de Kenfort.—Mss. A 1 à 22: Et en estoit capitaine le conte de Kenfort. Fº 113.—Mss. A 23 à 33: Et en estoit capitaine le conte de Stanfort. Fº 131.

P.50, l. 20: avancier.—Ms. A 8: aventurer. Fº 103.

P.50, l. 22: roulleis.—Mss. A 11 à 14: rueillis. Fº 107 vº.—Mss. A 18, 19: rouillis. Fº 114.—Mss. A 23 à 29: rouliz. Fº 131.

§211. P.52, l. 3: Quant ce vint.—Ms. d’Amiens: Quant ce vint au matin, li comtez Derbi et li seigneur d’Engleterre fissent un grant apareil que pour assaillir le ville de Bregerach. Mès li bourgois, qui ne veurent mies atendre l’aventure, coummenchièrent à tretier un accord au dit comte. Et se porta tretiéz que la ville fu rendue, sauve leurs corps et leurs biens, et se devoient en avant tenir pour bon Englès, et par enssi les portes furent ouvertez. Et entra li dis comtez dedens et toutte se routte, et s’i reposèrent par troix jours; au quatrime, il s’en partirent. Fº 81 vº.

—Ms. de Rome: Li gentilhomme se retraissent deviers les barrières, qui estoient toutes ouvertes, pour euls requellier, mais au rentrer dedens, li mesciés i fu trop grans pour les rentrans; car les Englois qui s’avanchièrent, s’esforchièrent tellement que il conquissent les bailles et la porte dou pont, et montèrent sus avoecques euls et passèrent tout oultre. Et là sus le pont de Bregerach furent pris li viscontes de Qarmaing et mesires Rainmons, son oncle, et plus de treise chevaliers; et li autre qui sauver se porent, widièrent hors par une porte qui lor fu ouverte; si prissent les camps et le cemin de la Riole. Et pluisseurs honmes et fenmes de Bregerach entroient en batiaus et en nacelles sus la Dourdonne et sauvoient lors vies. Ensi fu Bregerach prise, et i conquissent les Englois grant butin, car pour ces jours elle estoit moult riche. Et là au souper ramentut li contes Derbi à mesire Gautier de Mauni les paroles, les quelles il avoit dit à Montquq, que, se il estoient bien vaillant, il aueroient à lor souper dou vin des François. Voirement en orent il, dont il se tinrent tout aise. Fº 97.

P.52, l. 14: Kenfort.—Mss. A 1 à 6, 11 à 14, 23 à 33: Stanfort. Fº 113 vº.

P.52, l. 31: sains.—Mss. A 1 à 6, 11 à 14, 18 à 33: cloches. Fº 113 vº.

§212. P.53, l. 13: Celle propre.—Ms. d’Amiens: Là fu ordonnet li comtez de Laille à demourer en le Riolle à une quantité de gens d’armes, li comtez de Commingnes de raller en son pays et de pourveir sez fors et de faire frontière as Englès, et messire Bertrans des Prés de aler ou castiel de Pellagrue; li comtes de Pieregorch de raler en Pieregorch et de garder le frontière; li senescaux de Toulouse d’aller à Montalben; li viscomtez de Quarmaing de aller à Auberoce; messires Phelippes de Dion, à Montagrée; li vighiers de Thoulouse, au castel de Langho; li sirez de Montbrandon, au castel de Maudurant; messires Henris de Clichon, à Lamougis; monseigneur Gerars des Prés, à Laliene; monseigneur Henry, visconte de Beskentin, à aller à Sebilach; monsigneur Robert de Malemore, au castiel de Biaumont; monsigneur Jehan de le Porte, à le tour dou Lach; monseigneur Renaut de Dion, ou castiel de Prudaire; monseigneur Carlez de Poitierz, à Penne en Aginois; et ensi de fortrèce en fortrèce envoie il lez gentilz hommes, et lez fait bien pourveyr et avitaillier et rafreschir de touttes coses. Or revenrons au comte Derbi, qui se tenoit devant Bregerach. Fº 81 vº.

P.53, l. 13: Celle propre nuitie et le journée.—Mss. A 1 à 33: Celle propre journée. Fº 113 vº.

P.53, l. 20 à 24: si en seroient... à Montalben.—Mss. A 1 à 33: si en seroient chiefs et meneurs le seneschal de Thoulouse à Montalben...Ms. A 7. Fº 108.

P.53, l. 24: Montalben.—Ms. A 8: Montabban. Fº 104.—Mss. A 18, 19: Montalban. Fº 115.—Mss. A 20 à 22: Montauban. Fº 167 vº.

P.53, l. 27: Ernaus.—Mss. A 15 à 17, 20 à 22: Arnould. Fº 167 vº.—Mss. A 23 à 29: Ernaulton. Fº 132.

P.53, l. 27: Lamongis.—Mss. A 7, 8, 18, 19, 23 à 29: la Montgis, la Mongis. Fº 108 vº.

P.53, l. 28: Malemort.—Mss. A 1 à 7, 11 à 17, 20 à 22: Malemore. Fº 113 vº.—Mss. A 23 à 29: Malmore. Fº 132.—Ms. A 8: Maleuvre. Fº 104.—Mss. A 18, 19: Malemère. Fº 115.

P.54, l. 1: Pennes en Aginois.—Mss. A 1 à 6: Ponnot et Aginois. Fº 113 vº.—Ms. A 7: à Pennes et à Guiois. Fº 108vº.—Mss. A 11 à 14: Ponnoit en Aginois. Fº 108 vº.—Mss. A 18, 19: à Pennes et à Guions. Fº 115.—Mss. A 30 à 33: à Pennes et à Ginoiz. Fº 169.

§213. P.54, l. 9: Quant li contes.—Ms. d’Amiens: Quant li comtez Derbi eut pris le feaulté des bourgois et des bonnes gens, il leur laissa une bonne cappittainne monseigneur Jehan de la Souche. Et demanda consseil au partir li comtez Derbi quel chemin il tenroient, ou le chemin thoulousain, sievant le rivière de Geronde, ou le chemin de Pieregorch, de Laille et de le Gascoingne. Lors fu il ordonné pour le mieux que il tenroient le chemin darrain nommet, et que, quant il aroient fait ce voiaige, il revenroient l’autre chemin seloncq le rivierre. Si se aroutèrent à aller deviers Langho, un castiel assés fort, de qui li vighiers de Toulouse, une mout apperte armure de fer, estoit cappittainne. Quant li Englès furent venut devant Lango, il l’assaillirent fortement; et dura li assaux assés longement, car chil de dedens se tinrent et deffendirent ce qu’il peurent. Finablement il fu par force pris, et li castellains si navrés au prendre, que dedens trois jours après il morut; et furent li plus des saudoiiers de le ville tous ocis, pour ce que il s’estoient mis à deffence. Et quant li comtez Derbi eut pris le castiel, il le donna à ung sien escuier que on appelloit Ainmon Lion. Chilz y demora à tout vingt archiers, et li os alla avant, et s’en vinrent deviers le Lach. Fº 81 vº.

—Ms. de Rome: Qant li contes Derbi ot pris la sasine et posession de Bregerach et l’onmage et feauté des honmes de la ville, et il i ot renouvellé officiiers et mis capitainne de par le roi d’Engleterre, car il avoit poissance et conmission de ce faire, il se departi de là en grant arroi et bonne ordenance. Tous li pais conmença à trambler pour la venue de gerre, ne de trop lonch temps point n’en avoient eu. Si en estoient les villes et les chastiaus plus legier à conquerir. Qant il furent issi de Bregerach, il vinrent devant un chastiel et une ville que on apelle Lango. La bataille des marescaus qui faisoient l’avantgarde, laquelle mesires Gautiers de Mauni et mesires Franqe de Halle gouvrenoient, cevauchièrent tout devant et s’arestèrent là, et se missent en ordenance pour asallir. Qant chil de Langho veirent que il aueroient l’asaut, si se doubtèrent de tout perdre, et se rendirent salve le lor et lors vies. Ensi fu Langho englesce, et s’i rafresqirentli contes Derbi et ses gens, et puis cevauchièrent oultre. Et ensi que il cevauçoient et venoient devant une ville que on appelle le Lac, il encontrèrent les honmes de la ditte ville qui se venoient rendre; si furent recheu. Fº 96 vº.

P.54, l. 13: Li seneschaus.—Mss. A 8, 9, 15 à 17: Le mareschal. Fº 104.

P.54, l. 16 et 17: Perigueux.—Mss. A 1 à 6, 8, 9, 11 à 22, 30 à 33: Pierregort, Pierregorth. Fº 114.—Mss. A 7, 23 à 29: Piereguis, Pierreguis. Fº 108 vº.

P.54, l. 18: la Souce.—Mss. A 1 à 6: la Santé. Fº 114.—Mss. A 15 à 19, 23 à 29: la Soute. Fº 115 vº.

P.54, l. 20: Lango.—Mss. A 15 à 17: Langon. Fº 115 vº.

P.55, l. 4: velourdes.—Mss. A 1 à 6, 18, 19, 23 à 29: belourdes. Fº 114.

P.55, l. 14: Si y establi.—Ms. B 6: Et le donna le dit conte Derby à ung escuier d’Engleterre qui s’apelloit Jehan Malevrier. Fº 246.

P.55, l. 18: le Lach.—Mss. A 1 à 7, 11 à 14, 18 à 29: le Lac. Fº 114.—Mss. A 8, 15 à 17: Lach. Fº 104 vº.

§214. P.55, l. 19: Quant cil de le ville.—Ms. d’Amiens: Quant cil dou Lach virent lez Englès devant leur ville, il furent si effraet que briefment il dissent à leur cappittainne que il ne se volloient point tenir contre les Englès, car il estoient mains fort que cil de Langho, et que, pour tous perilz eschieuwer, il se renderoient. A ces parollez ne se veut mies acorder le cappitainne dou Lach, mès se parti et laissa lez hommes de le ville couvenir, et s’en revint à le Riolle deviers le comte de Laille, à qui il recorda ces nouvellez. Et li comtes Derbi et toutte sen host s’en vinrent devant le castiel dou Lach, mès cil de le ville s’en vinrent au devant de lui et se rendirent, et li jurèrent et proummissent que, de ce jour en avant, il seroient bon Englès. Li comtes en prist le feaulté et leur ordonna une bonne cappittainne, monseigneur Robert de Multonne, et puis passa oultre et s’en vint à Maudurant, et le gaegnièrent d’assault, et en apriès le castiel de Lamougis; et prisent le chevalier qui dedens estoit, et l’envoiièrent comme prisonnier à Bourdiaux. Puis chevauchièrent devierz Pinaq et le concquissent ossi, et en apriès le ville et le castiel de le Liève, et y reposèrent trois jours; et s’i rafrescirent et s’irenouvellèrent de pourveances. Au quatrimme jour, il s’en partirent, et puis vinrent à Forsach et le gaegnièrent assés legierement, et en apriès le tour de Prudaire, et ocirent environ trente Gascons qui le gardoient. Et puis cevaucièrent avant deviers une bonne ville et grosse, que on claimme Biaumont en Laillois, qui se tenoit au comte de Laille; et furent trois jours par devant, et y fissent pluisseurs assaux, car elle estoit bien pourvue de bonnes gens d’armes et de artillerie. Finablement elle fu si bien assaillie et si fort continuée en assallant, que chil de dedens doubtèrent à tout perdre. Si se rendirent, sauve leurs corps et leurs biens; et s’en pooient li saudoiier aller quel part il volloient. Si se partirent parmy leur traitiet, et s’en revinrent en le Riolle deviers le comte de Laille, qui moult fu courouchiéz quant il seult que li Englèz avoient concquis le bonne ville de Biaumont, mès amender ne le peult, tant que à celle foix.

Quant li comtes Derbi eut pris la ville de Biaumont en Laillois et fait jurer les hommez de le ville que de ce jour en avant il seroient bon Englès, il y estaubli un chevalier de par lui pour yaux garder et tenir en plus grant sceurté: che fu monseigneur Ainmon dou Fort. Puis passèrent oultre et vinrent à Montagrée et le prissent d’assault; si robèrent et pillièrent le ville toute, et missent à destruction et tout le pays d’environ, et puis s’en vinrent devant Laille, la mestre ville dou dessus dit comte. Là y avoit deus chevaliers en garnison de par le dit comte, monseigneur Phelipe [et monseigneur Renaut] de Dion, et estoient cousin germain, liquel chevalier s’aquitèrent trop bien de deffendre et garder le ville et le tinrent sept jours, de quoy tous les jours il avoient assault jusquez aux vespres. Et se volloient chil de la ditte [ville] rendre trop plus tost que il ne fissent, se ce n’ewissent esté li chevalier. Finablement messires Phelippes et messires Renaus de Dion virent que li Englès estoient là aresté et que nullement ne s’en partiroient, si l’aroient concquize; et, se ne le pooient en fin tenir, et se par force il estoient pris, li ville seroit arse et robée: si valloit trop mieux que elle fust sauvée que destruite, et en le main dez Englèz ung tamps, que arse ne perdue. Si tretiièrent bellement et sagement au comte Derbi que il li renderoient le ville, sauve leur corps et leurs biens, et s’en partiroient li doy chevalier et leur mesnies, et s’en yroient quel part que il voroient. Li comtez, qui desiroit toudis à chevauchier avant et à concquerre villez et castiaux, s’i acorda parmy tant quecil de la ville de Laille devoient, de ce jour en avant, estre bon Englès et loyal. Et pour plus grant sceurté, il en baillièrent six bourgois de leur ville en crant et en hostages, qui furent envoiiés à Bourdiaux; et li chevalier dessus nommet se partirent et s’en vinrent deviers le Riolle. Et li comtez Derbi entra en Laille comme sire, et tout li Englèz ossi. Et s’i reposèrent et rafrescirent par six jours. Fos81 vº et 82.

—Ms. de Rome: Et puis vinrent les Englois devant le chastiel de Maudurant, et fu pris d’asaut et tous desemparés; et le laissièrent derrière en cel estat, et puis vinrent devant Lamontgis. Il se rendirent et ne se vodrent point faire asallir. Et puis chevaucièrent oultre et vinrent devant une petite ville fremée de palis qui se nonmoit la Lienne. Il le conquissent et i trouvèrent grant fuison de vins, car elle sciet en biaus vignobles; si en orent à lor volenté. Et puis passèrent oultre et vinrent à Fronsac et le gaegnièrent, et puis la tour de Prudaire et le conquissent aussi. Et puis s’en vinrent devant une bonne ville que on apelle Biaumont en Laillois, et se tenoit dou conte de Laille, un moult vaillant honme. Et avoit chils contes esté mestres dou douch Jehan de Normendie, et l’avoit instruit et doctriné en sa jonèce. Pour ces jours, li contes de Laille n’estoit pas là, mais dedens Auberoce avoecques auquns barons et chevaliers de Gascongne et dou pais, et laissoient lés Englois couvenir, car il tenoient les camps.

Qant li contes Derbi et ses gens furent venu devant Biaumont en Laillois, il s’arestèrent. Dedens avoit un chevalier à chapitainne, qui se nonmoit mesires Jourdains, assés vaillant honme, et ne volt pas rendre la ville de Biaumont legierement, pour tant que contes estoit son cousin et li avoit bailliet en fiance. Si fu la ville assallie de grant manière. Et li chevaliers et chil qui dedens estoient en garnison, se deffendirent vaillanment; et n’i conquissent riens les assallans, mais i ot grant fuisson des Englois bleciés. Adonc se logièrent il, et dissent que jamais de là ne partiroient, si l’aueroient à lor volenté. Il n’en defallirent point, mais il i furent quatre jours, avant que il le peuissent avoir. Toutefois par force d’asaut, il le conquisent et i entrèrent. Et fu li chevaliers mesires Jourdains pris et moult bleciés, et se rendi à mesire Gautier de Mauni, qui tantos le receut sus sa foi, pour tant que il estoit trop fort bleciés, pour tant que il voloit que il se fesist aidier de sa navreure, ensi que il fist, car li chevaliers ala àThoulouse et là se fist medeciner. La ville de Biaumont en Laillois fu prise et courue; et i trouvèrent les Englois grans conquès, car tous li plas pais s’i estoit retrais sus la fiance dou lieu. Et i ot grande occision des honmes de la ville, et le laissièrent les Englois toute vage, et en fu bien la moitié arse; et puis passèrent outre et vinrent devant Montagru; si fu prise la ville d’asaut et toute destruite.

Et puis vinrent devant Laille, la souverainne ville dou conte. Si le trouvèrent les Englois pourveue de gens d’armes et de cheuls dou pais qui retrait i estoient. Si l’environnèrent et bien le avisèrent, et lor fu avis que elle estoit prendable. Si se missent en ordenance pour le assallir, et fissent traire lors archiers avant et aprochier jusques as barrières, et conmenchièrent l’escarmuce. Et tout ce fissent les Englois pour veoir le couvenant de ceuls de la ville, et fu avis à gens d’armes que il se deffendoient simplement. Qant ce vint au second asaut, toutes gens d’armes se traisent et conmenchièrent en quatre lieus à asallir la ville; et là ot assaut moult dur et moult fort et bien continué. Et voellent bien li auqun dire que les Englois euissent conquis la ville, se il euissent perseveret; mais qant li bourgois de Laille se veirent en si dur parti, et que point à la longe il ne poroient resister à la poisance des Englois, si parlèrent ensamble et disent que mieuls lor valoit à euls rendre que estre pris à force et tout mort ou en partie et destruit, et lor ville arse. Si envoiièrent tretier deviers le conte Derbi et les seigneurs; mais lor chapitainne, uns chevaliers cousins au conte de Laille, ne volt onques estre à nuls de lors trettiés. Avant se parti à toutes ses gens par une posterne que il fist ouvrir, et se mist sus les camps et s’en ala viers Auberoce, où li contes de Laille se tenoit; et li compta conment sa ville estoit en peril de estre perdue, et que li honme de Laille se voloient rendre.

De ces nouvelles fu li contes tous courouchiés, mais amender ne le pot et porta ses anois assés bellement. Si honme de Laille pour celle saison se tournèrent Englois, et se missent en l’obeissance dou roi d’Engleterre. Et pour estre mieuls aseguré de euls, li contes Derbi prist douse bourgois de la ville tous les plus notables, et les envoia conme ostages en la chité de Bourdiaus, afin que point ils ne se retournaissent. Ensi furent les Englois signeur de la ville de Laille en Laillois, et la rafresqirent et repourveirent de gens d’armes et d’archiers, et i establirent unchevalier d’Engleterre à chapitainne, qui se nonmoit mesires Estievènes de Tombi, vaillant honme et sage durement. Fº 97.

P.55, l. 27 à 29: sus chiaus dou pays... li sires de Montbrandon.—Mss. A 1 à 6, 11 à 14, 18, 19: sur le seigneur du pais qui s’apelloit le sire de Montbrandon. Fº 114.—Mss. A 15 à 17: sus les giveliers de la Mongis. Fº 116.

P.56, l. 3: Lamongis.—Mss. A 1 à 6, 11 à 14, 18 à 33: Mongis, Montgis. Fº 114 vº.

P.56, l. 6: Pinac.—Mss. A 1 à 14, 18, 19: Pinach. Fº 114 vº.—Mss. A 15 à 17: Pinath. Fº 116.—Mss. A 20 à 22: Pignach. Fº 168.—Mss. A 23 à 33: Piniach. Fº 132 vº.

P.56, l. 7: Laliene.—Mss. A 1 à 7, 11 à 14, 18, 19, 30 à 33: la Lieve. Fº 114 vº.—Mss. A 23 à 29: la Liene. Fº 132 vº.—Ms. A 8: la Keue. Fº 104 vº.—Mss. A 15 à 17: la Kene. Fº 116.—Mss. A 20 à 22: la Lune. Fº 168.

P.56, l. 10: Prudaire.—Le ms. B 6 ajoute: que quarante Gascon gardoient. Fº 246.

P.56, l. 14: pourveue.—Ms. B 6: Et cuidoient les bourgois de la ville y estre conforté du conte de Laille leur seigneur, mais non furent, car il estoit retrais en la cité de Toulouze et laissoit les Englès tenir les camps. Quant il virent che, il se rançonnèrent à dix mille escus, et en eulrent bon ostaige qui furent envoiés à Bourdieaulx, et ne devoient dedens deux ans point grever ne empeschier ne faire guerre as Englès. Et parmy tant il demorèrent en l’obeisance de leur seigneur et en pais. Fº 247.

P.56, l. 20: Montagrée.—Mss. A 23 à 29: Montaglée. Fº 133.Voir aussi leSupplément aux variantes(note de transcription)

P.56, l. 24: Lille.—Mss. A 7, 18, 19: Laille. Fº 109.—Mss. A 20 à 22: Laigle. Fº 168 vº.

P.56, l. 25: Ernaulz.—Mss. A 8, 15 à 17: Arnoul. Fº 104 vº.

P.56, l. 26: chapitainne.—Le ms. B 6 ajoute: à cent combatans. Fº 247.

P.58, l. 1: le ville de Lille.—Le ms. B 6 ajoute: Et y laissa le conte Derby en garnison le seigneur de Montferant en Gascongne à deux cens compaignons de guerre. Fº 248.

§215. P.58, l. 4: Apriès le conquès.—Ms. d’Amiens: Apriès ce que la ville de Laille en Gascoingne se fu rendue, chevaucha li comtes Derbi et toutte sen host, et s’en vinrent deviers Sebilach. Quant il furent là venu, et chil de Sebilach, qui estoientmonté sus leurs murs et sus leurs gharittes pour deffendre leur ville, virent ces bannierrez et ces pignons des seigneurs d’Engleterre aprochier, il furent si effraet que il ne se quidièrent jà assés à temps estre rendut; et rechurent le comte Derbi comme à seigneur, et li jurèrent feaulté et hoummaige. Et y laissa li dis comtez, quant il s’en parti, le seigneur de Ferrierrez pour gouvreneur et cappittainne. Depuis cevauchièrent jusques à Bonival, où li viscomtez de Bruniqiel se tenoit à bien cent Gascons. Si environnèrent le ville et le coummenchièrent à assaillir fortement, et chil de dedens à yaux deffendre, et furent là par troix jours ainschois que il le pewissent avoir. Au quatrimme jour, elle se rendi par tretiet que li viscomtez s’en parti, et touttez les gens d’armes qui là estoient, et emportèrent tout le leur sans nul dammaige. Et fissent li homme de le ville feaulté au comte Derbi et li jurèrent que, de ce jour en avant, il seroient bon Englès et loyal. Li comtez y ordonna ung cappittaine: ce fu monseigneur Jehan de Mortela, hardi homme durement. Enssi chevauchoit li comtez Derbi, conquerant et gaegnant villez et castiaux, et ne trouvoit homme ne signeur qui li veast lez chans.

Apriès ce que li castiaux de Bonival se fu rendus, li comtez Derbi chevaucha deviers le bone chité de Pieregorth, tout ardant et exillant le plat pays. Or estoit dedens ceste chité li comtez de Pieregorth meysmez et messires Rogiers, sez oncles, et li sirez de Dura, ses serourgez; et estoient bien là dedens six vingt hommez d’armes, chevaliers et escuierz, en grant fuisson d’autres gens. Quant li comtes Derbi et se routte parfurent venu devant Pieregorth, si l’avisèrent et imaginèrent coumment ne par quelle voie il le poroient assaillir. Si le virent forte durement et bien fremmée, et entendirent ossi que elle estoit bien pourveue de bonne gent d’armez. Si n’eurent point consseil de l’assaillir, et s’en partirent asséz briefment, et s’en vinrent ce soir logier à deux lieuwes priès sus une petitte rivierre; et tenoient le chemin pour venir au castiel de Pelleagrue, dont messires Bertrans des Prés estoit cappittainne. Or avint que li comtez de Pieregorth, messires Rogiers, ses frères, et messires Rogiers, leurs oncles, et li sirez de Duras, qui là estoient, entendirent où li Englès estoient logiet. Si s’armèrent et montèrent as chevaux environ deux cens, et se partirent dou soir; et vinrent environ mienuit au logeis des Englèz, et se ferirent dedens. Si en ochirent et mehaignièrent grant fuisson et missent à grant meschief aucuns, ainschois que li hos fuistestourmis. Et chevaucièrent adonc chil seigneur de Gascoingne si avant que il vinrent au logeis le comte de Kenfort, et le trouvèrent qu’il s’armoit: si fu assaillis vistement et pris par force, et ne say trois ou quatre chevaliers de son hostel. Puis se retraissent li Gascon sagement [deviers] le chemin de Pieregorth, et li Englès les enchauchièrent vistement; et y eut devant les barrières de le chité une très grande escarmuche et dure et maint homme reverssé. Touttezfois, il rentrèrent ens sans grant dammaige, et demorèrent leur prisonniers deviers yaux. Et retournèrent li Englès, li comtez de Pennebrucq, messires Gautiers de Mauni et li sirez de Stanfort, qui lez Gascons avoient poursuiwis et reboutéz. Si estoient durement courouchiet dou comte de Kenfort qu’il avoient perdu, mais amender ne le peurent tant c’à celle foix. Fº 82.

—Ms. de Rome: Apriès toutes ces ordenances faites, li contes Derbi et ses routes se departirent de Laille, et prissent le cemin de la Riolle, mais avant i[l] vodrent aler devant Pieregorth, ensi que il fissent; et entrèrent en la terre le conte de Pieregorth, et là conmenchièrent à essillier et à prendre gens et à rançonner. Tant ceminèrent que il vinrent devant Pieregort. Par dedens estoient li contes de Pieregorth et mesires Rogiers de Pieregort son oncle, et grant fuison de chevaliers et de esquiers de lor linage, qui là estoient retrait sus la fiance dou fort lieu et pour avoir consel l’un à l’autre conment il se maintenroient. Qant li contes Derbi et sa route parfurent venu jusques à là, il l’avisèrent et imaginèrent conment ne par quelle manière il le poroient asallir, pour plus tos avoir et mieuls à lor avantage. Tout consideret, il ne peurent veoir que par nul asaut legierement il le peuissent conquester, et trop lor cousteroit de lors gens. Si passèrent oultre sans riens faire, et vinrent devant Bonival; et là ot grant asaut et dur, et pluisseurs honmes bleciés. Finalement li Englès le prisent et en fissent lors volentés. Et puis passèrent oultre, et vinrent logier sus une petite rivière, et se tinrent là une nuit.

Et à l’endemain, il vinrent devant le chastiel de Pellagrue; mais la nuit devant, il lor estoit avenu ce que je vous dirai. Li contes de Pieregorth et ses oncles et li chevalier, qui en Pieregorth estoient, sceurent bien où les Englois estoient alé logier. Si se avisèrent de euls resvillier, car Gascons sont moult convoitous et se prendent priés de euls aventurer pour gaegnier. Sus le point de mie nuit, il se departirent de Pieregort, environ deuscens lances, tous bien montés, et s’en vinrent ferir ou logeis des Englois à cel endroit où li gais n’estoit point. Et esceirent sus le logeis le conte de Qenfort, et conmenchièrent à abatre et à mehagnier gens, et vinrent sus le conte et le prissent et quatre chevaliers, aultrement il euissent esté mors, et auquns honmes d’armes; et les montèrent, et puis se missent au retour. Avant que toute l’oost fust resvillie, ne montet as chevaus, il furent moult lonch et rentrèrent en Pieregorth à tout ce conquès, dont les Englois furent tout merancolieus, et ne le sceurent conment amender pour l’heure. Et vinrent devant la ville et le chastiel de Pellagrue, et le conmencièrent de fait à asallir moult fortement, et ceuls de dedens à euls deffendre. Fº 97 vº.

P.58, l. 8: Bonival.—Mss. A 11 à 14, 20 à 22: Bonival. Fº 109 vº.

P.58, l. 14: Bourdille.—Mss. A 1 à 6, 11 à 14, 20 à 22: Bordille. Fº 115.—Mss. A 23 à 33: Bordalle. Fº 133.

P.58, l. 17 et 18: Rogiers de Pieregorth.—Mss. A 1 à 19, 23 à 33: Rogier de Kenfort. Fº 117 vº.—Mss. A 20 à 22: Robert de Renfort. Fº 169.

P.58, l. 29: Pellagrue.—Mss. A 8, 23 à 29: Pelegrue, Pellegrue. Fº 105 vº.

§216. P.59, l. 30: Tant chevaucièrent.—Ms. d’Amiens: L’endemain moult matin se deslogièrent li Englès et s’en vinrent devant le castiel de Pellagrue, et l’environnèrent de tout léz et le coummenchièrent à assaillir fortement, et chil de dedens à yaux deffendre comme bonne gent; car il avoient un bon chevalier à chappittainne, que on appielloit monseigneur Bertran des Prés. Et furent li Englès devant Pellagrue trois jours et y fissent tamaint assault, mès oncques ne le peurent avoir. Quant li seigneur virent que leurs gens se travilloient en vain, et que le fortrèce il ne poroient conquerir par assault, si eurent consseil que il le lairoient et se retrairoient devant le bonne ville d’Auberoce, qui estoit plus grande et plus grosse et plus aisieule à prendre. Si se partirent de Pellagrue, et s’en vinrent devant Auberoche, et l’environnèrent de tous costés, et l’assaillirent fierement et durement; et chil de dedens se deffendirent vassaument. Touttesfois, tant y fissent li Englèz et si le constraindirent par assaux, que la ville d’Auberoche se rendy par tretiet que li saudoiier qui dedens estoient, s’en partirent sans dammaige; et en portèrent et menèrenttout le leur. Et chil de le ville devinrent homme et feaul au comte Derbi et li jurèrent que, de ce jour en avant, il seroient bon Englèz. Enssi lez rechupt li dis comtez, et quant il s’en parti, il y laissa troix bons chevaliers en garnison: monseigneur Francque de Halle, monseigneur Alain de Sinefroide et monseigneur Jehan de Lindehalle; puis s’en vinrent à Liebrone, une bonne ville et grosse, et l’asegièrent de tous costéz.

Quant chil de Liebrone se virent assegiet et le grant effort dez Englès, et que tous li pays d’environ s’estoit rendus à yaux, et se rendoient encorrez tous les jours, si eurent consseil que il se renderoient ossi ainchois que il recheuissent plus grant dammaige. Si se rendirent en le fourme et mannierre comme li autre, et jurèrent feaulté et hoummaige à tenir au comte Derbi, et que de y estre bon Englès, de ce jour en avant. Lors entra li comtes Derbi dedens Liebronne, et s’i reposa et rafresci par troix jours. Et se conssillièrent là li seigneur que il departiroient leur chevauchie et que, tant c’à orez, il n’en feroient plus et regarderoient as villez et as castiaux qu’il avoient concquis; et les fortefieroient et remparroient pour ellez mieux tenir et deffendre, se puissanche des Franchois leur croissoit. Si ordonna li comtez Derbi que li comtez de Pennebrucq et se routte s’en alaissent à Bregerac et là se tenissent jusquez à tant qu’il aroient autrez nouvellez. Et messire Richars de Stanfort et messires Estievène de Tombi et messires Alixandres Ansel et leur routte demoreroient en Liebronne; et li comtez Derbi et messires Ghautiers de Mauni et li demourant de leur host s’en yroient à Bourdiaux. Tout enssi se departirent ces routtez, et s’en alla chacuns où il fu ordonnés de aller. Fº 82.

—Ms. de Rome: La ville et li chastiaus de Pellagrue estoient fort assés. Si i furent les Englois siis jours avant que il en peuissent estre signeur, et conquisent la ville par asaut, et fu toute courue. Apriès se rendi li chastiaus, et le veirent les Englois fort assés. Se le retinrent pour euls et le rafresqirent de nouvelles gens et de pourveances, et puis passèrent oultre et vinrent devant Auberoce. Qant il furent venu devant, il s’i logièrent et establirent aussi faiticement de tous poins que pour demorer une saison, car c’est une ville seans sus la rivière de la Dourdonne qui porte la navie et va ferir en la Geronde qui court devant Bourdiaus. Pour tant que la ville d’Auberoce estoit adonc à l’arcevesque de Toulouse, li chevalier de Gascongne n’en faisoient pas trop grant compte, et n’y avoit dedens que les honmes de la ville. A l’undes lés a un biel chastiel et fort assés, et chils estoit gardés des gens de l’arcevesque. Qant les honmes de Auberoce veirent les Englois venus devant euls, si les doubtèrent grandement, pour tant que, en venant jusques à là, il avoient conquis par force ausi forte ville que la lour estoit. Et sentoient bien que de lor signour il n’aueroient nul confort, car il se tenoit en Avignon dalés le pape Clement V[I] qui resgnoit pour ce temps. Et ne se veoient pas gens de deffense contre gens d’armes et archiers d’Engleterre, et ne voloient pas le lour perdre, là où il le peuissent amender, car il estoient gens qui vivoient de labour et de marceandise. Si trettièrent deviers le conte Derbi, et fissent tant que il demorèrent en paix, et jurèrent foi et loiauté à tenir au roi d’Engleterre. Et entrèrent les Englois dedens Auberoce sans faire ne porter damage ne contraire, ne violense à honme ne à fenme qui i fuissent. Qant il furent dedens, il s’en tinrent à tout resjoi, et envoiièrent tretier à ceuls qui ou chastiel estoient, et fissent grant apparant de euls asallir. Chil qui se veoient là dedens enclos, n’estoient point à lor aise et n’atendoient seqours ne confort de nul costé. Si entendirent as tretiés dou conte Derbi et se rendirent, salve lors vies et lors biens, et se departirent. Ensi orent les Englois Auberoce, ville et chastiel, et entendirent tantos au fortefiier et au remparer, et le fissent trop plus forte que devant. Et qant il orent ensi fait, li contes Derbi ot conseil que il se retrairoient viers Bourdiaus. Si ordonna à demorer en garnison dedens Auberoce mesire Franqe de Halle, mesire Alain de Sinefrède et mesire Jehan de Lindehalle, et avoecques ceuls soissante lances et deus cens archiers. Et puis s’en departirent li contes Derbi et ses gens, et retournèrent en la bonne chité de Bourdiaus, pour euls aisier et rafresqir. Nous parlerons dou conte de Laille et des Gascons qui se tenoient en la Riole, et s’i estoient tenu tout le temps, entrues que li contes Derbi avoit fait ses cevauchies. Fº 98.

P.60, l. 9: Chastielbon.—Mss. A 1 à 7, 11 à 14, 18, 19, 23 à 33: Chastillon. Fº 115 vº.

P.60, l. 22: Auberoce.—Mss. A 1 à 6: Auberoute. Fº 115 vº.—Mss. A 11 à 14: Auberouce. Fº 110 vº.—Mss. A 23 à 29: Auberouche. Fº 134.

P.60, l. 23: l’archevesquié.—Mss. A 1 à 6, 8, 15 à 19: l’arcevesque. Fº 116.

P.60, l. 24: devant Auberoce.—Ms. B 6: uns des biau[x] chastieau[x] de toute la marche. Cheulx d’Auberoche n’estoientpoint trop bien prouveus d’artillerie ne de gens de guerre. Et en estoit chastelain ung escuier, simple homme et qui mal congnisoit les armes. Sy fut sy effraés de la venue du conte Derby, pour tant qu’il entendy que tout le pais se rendoit à luy, que il n’osa nul assault atendre. Et envoia ung hirault devers le conte Derby pour traitier. Et dist le hirau que le capitaine renderoit vollentiers le chastel, mais que on le laissa[st] partir en pais et toutes ses gens, qui partir voldroit.

Le conte ot grant joie de ces nouvelles, et dist qu’il s’en consilleroit, et que il en renderoit response quant il seroit devant la plache. Et toutchedisoit par couvreture, car bien savoit que elle estoit moult forte: sy chevaucha devant la plache à tout son ost. Et quant il vint devant Auberoche, encores fut ly chastelain moult esbahis et plus que devant, quant il vit tant de gens d’armes. Adonc vint à la barière, car le conte le fist apeler; et là offry le dit chastelain de rendre le chastiel, sauve sa vie et ses biens. Le conte lui dist, pour che que il parloit sy biel, que il luy feroit grache et que vollentiers il le lairoit partir et cheulx qui partir volroient, mais riens du leur n’enporteroient.

Elas! le chastelain n’avoit cuer comment il partesist, mais qu’il fust hors des mains des Englès; sy s’acorda à che que le conte volloit, et se party d’Auberoche, et delivra les clefs et la fortresche au conte Derby. Et puis s’en ala le capitaine à Toulouse, devers le conte de Laille, à qui il conta ces nouvelles. Alors le conte fu sy courouchiés, quant il sceut que les Englès avoient Auberoche, que il fist prendre l’escuier et jetter en la rivière et le noiier. Che fu son paiement qu’il en eult, et à bonne cause; car à pau de fait il rendy une trop bonne fortresse, et qui depuis cousta trop grandement as Franchois et à ceulx du pays. Fos249 et 250.

P.61, l. 10: en garnison.—Ms. B 6: soixante hommes d’armes et cent archiés. Fº 251.

P.61, l. 13: Liebrone.—Mss. A 11 à 14, 23 à 33: Liebronne. Fº 110 vº.—Mss. A 15 à 19: Libourne. Fº 117 vº.—Mss. A 20 à 22: Libroie. Fº 170.—Ms. A 8: Kebrone. Fº 105 vº.

P.61, l. 21: voirSup. var.(n. d. t.)

P.61, l. 27: Liebrone.—Ms. B 6: et conquist che voiage plus de soixante bonnes villes frumées et bon[s] chastieau[x]. Fº 252.

P.61, l. 30: Richart.—Mss. A 11 à 14: Robert. Fº 111.

P.62, l. 1: Estievene de Tonrbi.—Mss. A 1 à 7, 11 à 14, 18 à 33: Estienne de Courby ou Courbi. Fº 116.—Mss. A 8, 9, 15 à 17: Estienne de Comby. Fº 105 vº.

P.62, l. 2: Ansiel.—Mss. A 30 à 33: Hansiel. Fº 170.

P.62, l. 2: et leurs gens.—Ms. B 6: et soixante lanches et otant d’archiers. Fº 252.

§217. P.62, l. 7: Au retour.—Ms. d’Amiens: Quant li comtez Derbi fu revenus à Bourdiaus, il fu liement recheus, car il sambloit à ciaux de le chité, et voirs estoit, qu’il avoit fait un biau voiaige, car il avoit raquis sus lez Franchois plus de quarante, que villez que castiaux. Et li fissent li bourgois de Bourdiaux grant reverence et toutte honneur, et li abandonnèrent vivrez et pourveancez à se vollenté. Pour yaux tenir plus à amour, li comtes Derbi emprendoit tout à point et s’esbatoit avoecq yaux.

Or vous parlerons des seigneurs de Gascoingne qui faisoient leur assamblée dedens le Riolle, et estoient durement courouchiet dez villez et des castiaux qu’il avoient perdus, et par especial li comtez de Laille, car on lui avoit courut et destruit en partie tout son pays; si s’avisa que il se revengeroit quant il poroit. Et entendi que cil seigneur d’Engleterre estoient retret et espars et ne se tenoient point enssamble; si dist que il volloit emploiier se chevauchie et aller devant Auberoche et reconcquerre par siège et par assault. Si se parti li comtes de Laille, quant il eut fet sen asamblée des barons et des chevaliers de Gascoingne qui pour Franchois se tenoient. Et estoient bien deux mil hommes d’armes et sept mil de piet à lances et as pavais, et laissièrent en garnison en le Riolle monseigneur Agoth des Baus, un chevalier de Prouvence; et puis s’aroutèrent en grant aroy et chevauchièrent tant que il vinrent devant Auberoche. Si se logièrent tout environ. Et vous di qu’il y avoit une très belle host et grande; si y estoient tout chil seigneur qui chy s’enssuiwent: premierement, li comtes de Laille, li comtez de Pieregorth, messires Rogiers de Pieregorth, li comtez de Commignez, messires Carlez de Poitiers, comtez de Valentinois, le viscomte de Quarmaing, li viscontez de Villemur, li viscontes de Thalar, li viscomtez de Brunikiel, li viscomtez de Murendon, li viscomte de Lautré, li senescaux de Thoulouse, li senescaux de Quersin, li senescaux de Rohe[r]ge, li sirez de la Barde et li sirez de Duras, et pluisseur autre baron et chevalier. Si se tenoient tout cil seigneur devant Auberoce en leur logeisfricement et grossement, et faisoient souvent assaillir le ville d’Auberoche. Et li chevalier qui dedens estoient, messires Francque de Halle, messires Allain de Sinefroide et messires Jehans de Lindehalle et leur compaignon le deffendoient vassaument et sagement, tant que un grant temps riens n’y perdirent.

Chil seigneur de Gascoingne dessus noummet avoient fait drechier devant Auberoche quatre grans enghiens, qui continuelment ruoient et jettoient pièrez et mangonniaux dedens le fortrèche. Et avoecq tout ce, il faisoient de leur gent de piet assaillir trop durement le ville, tant que cil de dedens en estoient durement esbahi; et se ne fuissent li chevalier et li Englès qui en garnison se tenoient, il se fuissent rendut sans nulle faulte. Fº 82 vº.

—Ms. de Rome: Sitos que li contes de Laille et chil signeur de Gascongne sceurent que li contes Derbi et les Englois estoient retrait à Bourdiaus, et que il s’espardoient par garnisons, ce n’estoit pas signes que pour celle saison il en vosissent plus faire. Si escripsirent li uns à l’autre que il se meteroient ensamble o toute lor poisance, et venroient reconquerir les villes et les chastiaus que les Englois avoient conquis. En la fourme et manière que ils le proposèrent, il le fissent et se missent tout ensamble; et se trouvèrent trois mille honmes d’armes et cinq mille honmes de piet, as lances et as pavais, et s’en vinrent mettre le siège devant Auberoce. Qant chil de la ville veirent que il avoient le siège, si furent tout esbahi et se voloient rendre et tourner; et l’euissent fait, se li gentilhonme ne fuissent alé au devant et lor dissent: «De quoi estes vous esbahi? Vous n’avés garde de siège que vous aiiés devant vostre ville. Nous sonmes fort assés et pourveu contre euls, et si manderons le conte Derbi qui se tient à Liebourne. Tantos que il en auera nouvelles, il metera ses gens ensamble et venra conbatre ces François et lever le siège.» Ces paroles retardèrent les honmes d’Auberoce à faire lor emprise.

Chil signeur, chevalier et esquier, qui là tenoient le siège, conmenchièrent à asallir ceuls d’Auberoce et euls à deffendre, car li gentilhonme qui dedens se tenoient, estoient droites gens d’armes. Fº 98 vº.

P.63, l. 8: appareilliet.—Ms. B 6: Et vinrent tous ses gens à Toulouze, et furent bien trois mille hommes à cheval et six mille à piet. Fº 253.

§218. P.64, l. 1: Quant messires.—Ms. de Rome: Qant chilsigneur gascon veirent que par asaus il ne faisoient riens, mais se travilloient et estoient lors honmes bleciés, si envoiièrent querir des enghiens en la Riole. Qant il furent amené et drechiet, il conmenchièrent à jetter pières de fais en la ville et contre le castiel, dont honmes et fenmes furent moult esbahi. Et toutdis li gentilhonme les reconfortoient, et fissent couvrir les maisons de cloies et d’estrain et de terre, pour brisier le ject de pières qui ceoient sus les tois, et s’esmervilloient moult de ce que il n’ooient nulles nouvelles de lors gens. Et escripsirent lettres pour envoiier au conte Derbi, et prisent un varlet et li baillièrent les lettres, et le missent hors sus le tart. Li varlés quida passer parmi l’oost sans estre aperceus, mais non fist, car il fu pris dou gait et gardés jusques à l’endemain que li signeur furent levet et mis ensamble. Li varlés fu amenés devant euls en la manière que il l’avoient pris, et la lettre leue. Qant il l’orent entendu, il conmenchièrent à rire, et puis à avoir consel quel cose il en feroient. Consilliet fu que on le loia en un moncelet, et li fu la lettre toute ouverte loiie au col, et en cel estat par un enghien il fu jectés en la ville. Il cei sus un toit couvert d’estrain et de terre. On i ala veoir; on le trouva mort et la lettre loiie au col. Si fu nonchie li affaires as chevaliers, liquel furent moult courouchiet de cette avenue; et ne trouvèrent onques depuis honme ne varlet qui se vosist ne osast mettre en mesage. Si lor couvint atendre l’aventure. Fos98 vº et 99.

P.64, l. 2: Alain.—Mss. A 1 à 6, 11 à 14, 18, 19: Jehan. Fº 116 vº.

P.64, l. 2: Finefroide.—Ms. A 8: Sinefroit. Fº 106 vº.—Mss. A 15 à 17: Sinefroide. Fº 118.

P.66, l. 17: voirSup. var.(n. d. t.)

P.66, l. 20: dou chastiel.—Les mss. A 18, 19 ajoutent: d’Auberoche. Fº 119.

§219. P.66, l. 21: Toutes les parolles.—Ms. d’Amiens: Or vinrent les nouvellez au comte Derbi, qui se tenoit à Bourdiaux, coumment chil d’Auberoche estoient par ce siège apresset, et que grant mestier il avoient d’estre comforté; ou autrement il poroit perdre le bone ville d’Auberoche et lez chevaliers que dedens avoit estaubli. Li comtes Derbi ne veut mies mettre ceste cose en nuncaloir; ains queilla genz et cevaucha viers Lieborne. Et fist tant qu’il y vint, et trouva là le baron de Stamfort et monseigneur Richart de Hebedon et pluisseurs autres. Si parlèrent enssamblede pluisseurs besoingnes et par especial de celles presentez, qui moult leur touquoient. Et regardèrent coumment ne par quel affaire il poroient conforter leurs amis de Auberoche, qui en grant peril estoient. Si eurent consseil que il chevauceroient celle part et combatteroient lez Franchois: autrement ne lez pooient il aidier. Si escripsi li comtez Derbi au comte de Pennebrucq, qui en Bregerach se tenoit, et li manda que à tel jour et à telle heure avoecq tous ses compaignons il fust devant Auberoce; car il combateroit lez Franchois que la ditte ville avoient assegiet. Li messagiers parti et s’en vint deviers Bregerach. Et li comtez Derbi, messires Gautiers de Mauny, messires Richart de Stamfort et li autre compaignon, qant il se furent tout assamblet, se partirent de Liebrone; et pooient y estre environ trois cens hommes d’armez et sept cens archiers. Si chevaucièrent couvertement ce jour et l’autre apriès, souratendant le comte de Pennebrucq et se routte. Et furent li dit Englèz, li comtes Derbi et se routte quatre jours sus lez camps, toudis variant et costiant le pays, et attendant le comte de Pennebrucq, qui point ne venoit. Au cinquimme jour, il vinrent en un bois à une lieuwe priès de l’ost françoise, et se tinrent là jusques à nonne sans yaux amoustrer, atendans encorres le comte dessus noummet, qui point ne venoit, dont trop estoient esmervilliet.

Quant li comtez Derbi vit que li comtez de Pennebrucq ne venroit point, ensi que mandé et segnefiiet li avoit, et si estoient si approchiet que à une lieuwe priès de leurs ennemis, si demanda consseil coumment il se maintenroit. Là eut mainte parolle retournée, car li aucun disoient que il n’estoient mies gens assés pour combattre neuf mil ou dix mil hommes que li Franchois estoient. Et li autre disoient que, se il retournoient sans combattre, il leur tourroit à grant blame, et perderoient le ville d’Auberoche et chiaux qui dedens estoient: si ques, tout consideret il leur valloit mieux, pour leur honneur, à aventurer et courir sus lez Franchois de bonne vollenté que yaux retraire. Lors regardèrent coumment et par quel avantaige. Si eurent consseil que il chevauceroient autour de ce bois dont la keuwe joindoit assés priès de cel ost, et puis, tout à un fais et soudainnement, il se bouteroient en l’ost; et tenoient bien que par celle empointe, la vesprée seroit pour yaux. Adonc rechainglèrent il leur chevaux et restraindirent leurs armures, et chevaucièrent tout souef autour dou bois. A ceste heure estoient li seigneur deGascoingne en leur logeis, et ne se donnoient garde de ceste aventure. Fos82 vº et 83.

—Ms. de Rome: En ce prope jour que ceste avenue vint dou varlet et de la lettre, passèrent parmi l’oost pelerins de Flandres, liquel retournoient de Saint Jaque en Galise. On ne lor fist nul mal, mais toute courtoisie pour l’amour dou pelerinage; et orent à boire et à mengier en la tente dou conte de Laille, car ce fu uns moult vaillans preudoms, et qui moult amoit saint Jaque. Chil pelerin oïrent parler dou varlet et de la lettre, et conment par un enghien il l’avoient renvoiiet en la ville: on ne se donnoit garde de euls. Qant il orent beu et mengié, il passèrent oultre et vinrent ce soir jesir à Pellagrue qui estoit englesce. On ne lor demandoit partout riens, pour tant que il estoient pelerin de Saint Jaqueme. La chapitainne de Pellagrue lor demanda des nouvelles, pour tant que il avoient passet parmi l’oost devant Auberoce. Chil pelerin, qui nul mal n’i pensoient, li recordèrent tout ce que il avoient veu et oï; et qant il li orent dit, il prist congiet à euls. Et tantos au matin il monta à ceval et cevauça tant celle journée que il vint à Lieborne, où li contes Derbi se tenoit, qui fu moult esmervilliés de sa venue, et pensoit bien que il i avoit nouvelles. La capitainne de Pellagrue li recorda de point en point toutes les avenues, et conment elles avoient alé, et des trois chevaliers que on avoit laissiet en Auberoce, qui n’estoient pas bien à lor aise. Qant li contes entendi ce, si appella mesire Gautier de Mauni, liquels estoit li plus proçains de son consel, et li recorda ces nouvelles et li demanda quel cose en estoit bonne à faire: «Quel cose, sire? respondi mesires Gautiers, il fault, à quelle fin que ce soit, que il soient conforté. Aultrement vous feriés vostre blame trop grandement, et ne trouveriés chevalier nul qui vosist demorer en garnison sus frontière des ennemis; et aussi vous lor euistes en couvenant, qant vous partesistes de là et de euls. Se leur tenés vostres couvenances, je le vous conselle pour vostre honnour.»—«En non Dieu, respondi li contes Derbi, mesire Gautier, vous parlés bien, et ensi sera fait.»

Adonc et tantos, li contes Derbi mist clers et varlès en oeuvre et envoia partout à ses gens qui estoient espars sus le pais, et leur manda que tantos et sans delai, ces lettres veues, il venissent à Lieborne, et que là les atenderoit. Tout vinrent; et encores sejourna il un jour oultre son ordenance et volenté, atendans leconte de Pennebruq, qui point ne venoit. Et qant il vei ce que point ne venroit si tretos, il ne le volt plus atendre, mais se departi avoecques ce de gens d’armes et d’archiers que ils avoit, et se missent au cemin pour venir devant Auberoce. Et volt li contes Derbi faire celle cevauchie si secretement que li Gascon qui là estoient au siège, n’en seuissent riens, et cevauchoient à la couverte. Avoecques le conte Derbi estoient des chevaliers d’Engleterre mesires Gautiers de Mauni, mesires Richars de Stanfort, mesires Huges de Hastinghes, mesires Estievenes de Tombi, li sires de Ferrières et tout li cevalier qui passet avoient la mer avoecques li, reservé le conte de Quentfort, et ceuls qui avoient esté pris du conte de Pieregort et de son oncle, et li conte de Pennebruq; mais il le souratendoient et atendirent encores sus les camps, et fuissent plus tos venu devant Auberoce que il ne vinrent, se ce ne fust pour celle cause. Et cevauchièrent tant que ils aprochièrent Auberoce à deus petites lieues, et se boutèrent dedens un bois. Et descendirent de lors cevaux et les aloiièrent as arbres et as chènes, et les loiièrent là pestre jusques à haute nonne. Et se disnèrent entre euls de ce que il avoient aporté, et non d’aultre cose; car nulle part il n’envoiièrent fourer, que il ne fuissent sceu ne aperceu.

Qant il veirent que li contes de Pennebruq ne venroit point, et se tournoit li solaus sus l’eure des vespres, et n’avoient de quoi passer la nuit, si se consillièrent li signeur ensamble, et dissent: «Ou il nous fault aler combatre nos ennemis ou retourner, car nous ne poons chi passer la nuit, nous et nostres cevaus.» Là dist messires Gautiers de Mauni une parole qui fu bien oïe et entendue: «Qant nous sonmes venu jusques à chi, blames et reproces nous seroit trop grans au retourner. Cevauçons avant, ou nom de Dieu et de saint Gorge. Se la journée doit estre nostre, nous ne le perderons jà pour le conte de Pennebruq, ou espoir pora il aussi à temps venir que donc que ils fust presentement en nostre compagnie, car chil qui viennent à une bataille sur le tart, reconfortent les lassés.» Donc dist mesires li contes Derbi: «Messires Gautiers de Mauni parole bien, et nous ferons apriès son consel.» Adonc reprist casquns son cheval et le recengla à l’estroit; et se missent tout à point, tant d’armeures que d’aultres coses. Et montèrent et estoient tous à cheval, archiers et aultres; et puis cevauchièrent et tourniièrent le bois, dont li une des qoues dou bois est et estoit à demi lieue priés d’Auberoce. Qant il furentlà venu, il veirent devant euls les logeis des François et les fumières des feus que il faisoient en moult de lieus, car il apparilloient le souper. Fº 99.

P.67, l. 9: Estievene.—Mss. A 15 à 17: Thomas. Fº 119.

P.67, l. 10: Tombi.—Mss. A 1 à 7, 11 à 14, 20 à 22: Tourby, Tourbi. Fº 117 vº.—Mss. A 8, 9, 18, 19, 22 à 33: Tombi, Tomby. Fº 107.—Mss. A 15 à 17: Combi. Fº 119.

P.67, l. 25: Hues.—Mss. A 30 à 33: Richart. Fº 171.

P.67, l. 25 et 26: Hastinghes.—Mss. A 8, 9: Chastingnes. Fº 107.

P.67, l. 26: Tombi.—Ms. A 7: Tombi. Fº 112.

P.68, l. 17: dix mille et onze mille.—Mss. A 1 à 6, 18, 19: dix et douze mille. Fº 117 vº.—Mss. A 11 à 14, 20 à 22: dix ou douze mille. Fº 112 vº.

P.69, l. 18: souper.—Ms. B 6: mais soupoient les aucuns, et les autres jouoient à tables et as dés; et les autres dormoient et esbatoient, ensy que gens tous asseurés qui n’avoient doubte de nulluy. Fº 258.

P.69, l. 20: heure.—Les mss. A 1 à 6, 11 à 14, 18 à 22 ajoutent: qu’il y vint, Fº 118.

§220. P.69, l. 21: Evous.—Ms. d’Amiens: Evous lez Englèz venus soudainnement, et estoient tous comptéz environ douze cens hommez, quatre cens hommez d’armes et huit cens archiers, et tous à cheval, pourveus et advisés de ce qu’il devoient faire. Si vinrent espouronnant tout à un fais et soudainnement en escriant: «Saint Gorge! Giane!» en l’ost dez Franchois, et coummenchièrent à ocire, à abattre et à mehagnier gens à force et à grans mons. Et quant li Gascon se virent enssi souspris et les Englès sour leurs espalles et ne savoient dont il venoient, si furent durement effraet et esbahis; et s’en fuioient cil qui pooient escapper et qui n’avoient loisir d’iaux armer. A grant painne et à grant dur s’armèrent aucuns dez seigneurs, et fissent leurs bannierres traire sour lez camps pour leurs gens raloiier; et coummenchièrent cil qui armet estoient, à combattre lez Englès et yaux ensonniier tant que il se fuissent tout armet. Là y eut grant toueil et bataille moult dure et moult forte, et grant fuison de bonnes gens de Gascoingne mort et ocis et mis par terre. Touttez foix, li comtes de Laille, li contes de Pieregorth, licomtez de Commignes et li autre montèrent à cheval, et s’en vinrent vassaument combattre as Englès. Là y eut mainte belle appertisse d’armes faitte, mainte prise et mainte belle rescousse; et furent là li Englès trop bonne gens. Et bien le couvenoit, car il n’estoient que un petit; si se prendoient de tant plus priès à bien faire le besoingne. Finablement, il se portèrent si bien et si vassaument que li place leur demoura, car messires Francque de Hale et messires Alains de Sinefroide et messires Jehans de Lindehalle issirent hors d’Auberoche à bien cent armurez de fier; et se ferirent en le bataille, et reconfortèrent grandement lez Englèz. Là furent pris li comtez de Laille, li comtez de Commignes, li comtez de Pieregorth; et mors, messires Rogiers, sez frères, et li sirez de Duras et li viscomtez de Murendon, li viscomtez de Brunikiel, li viscomtez de Thalar; et pris li viscomtez de Villemur, li viscomtes de Quarmaing, li senescaux de Roeghe, li senescaux de Quersin, li comtes de Vallenthinois; et mors, messires Ainmars de Poitiers, ses frèrez, et li viscomtez de Lautré; et pris, li senescaux de Toulouse et li sires de la Barde et li doy frère de Dion, messire Phelippe et messires Renaux. Fº 83.

—Ms. de Rome: Evous ces Englois venans, et tout premiers les gens d’armes, et missent derrière euls tous lors archiers. Et lor dissent li signeur: «Vous n’avés que faire de traire avant si tretos. Tenés vous sus èle, et traiiés à pooir sus ceuls qui saudront hors de lors logeis, car nous les alons envair et conmenchier la bataille.» Li archier adonc se traissent d’un lés et laissièrent passer les gens d’armes, liquel, lances abaisies, s’en vinrent frapant en ces logeis, boutans tentes et trefs par terre, mehagnans et ocians honmes et metans en grans meschiés; car li François gascon ne se donnoient de garde de celle embusque. Li signeur de l’oost, c’est à entendre li contes de Laille, qui chiés en estoit, li contes de Pieregort, mesires Rogiers de Pieregorth, son oncle, li viscontes de Bruniqiel, li viscontes de Villemur, li viscontes de Talar, li viscontes de Murendon et bien soissante signeurs estoient logiet entre lors gens. Si se conmenchièrent à estourmir et euls armer et mettre en arroi, qant la noise et li effrois conmenchièrent; mais il furent soudainnement si souspris que li pluiseur n’avoient loisir de euls armer, mais montoient as chevaus et se departoient des logeis, et rendoient grant painne à euls sauver. Or, i avoit un grant mescief pour euls, car il trouvoient sus les camps les archiers qui les atendoient, et quitraioient sus euls et sus lors chevaus, et les enferoient si ques il ne pooient aler avant. Là furent chil Gascon tourné en grant mescief, mort ou pris; petit s’en sauvèrent. Et y furent pris neuf viscontes et bien deus cens chevaliers, ne il ni avoit Englois qui n’euist un prisonnier ou deus ou trois; et se la vesprée ne fust venue, tout i fuissent demoret. Messires Franqes de Halle et chil de la garnison d’Auberoce issirent hors, et vinrent aidier à parfurnir la bataille. Qant ce vint sus le nuit, et que tout estoit retrait et apaisiet, et seoient au souper, et donnoient les Englois à souper ces signeurs et chevaliers dou lour meisme ens ès logeis, li contes de Pennebruq vint à bien deus cens lances et trois cens archiers; et avoit encontré biau cop de fuians qui compté li avoient l’afaire de la besongne, et conment elle s’estoit portée, et pour ce s’estoit il moult hastés. Qant il vint devant le conte Derbi qui seoit à table, et biaucop de ces signeurs prisonniers gascons avoecques li, li contes Derbi li dist tout en riant: «Cousins de Pennebrucq, bien venant! Vous venés tout à point pour espardre de la benite iaue sus les mors.» Li contes de Pennebrucq entendi bien que li contes Derbi le galoit; si se hontoia un petit, et puis s’escusa. Ensi se passa ceste journée et la nuitie. Et qant ce vint à l’endemain, chil signeur d’Engleterre se delivrèrent de lors prisonniers, je vous dirai conment. Les auquns, il missent à finance courtoise, et les aultres il receurent simplement sus lors fois, et lor donnèrent jours de retourner à Bourdiaus ou à Bregerach. Ensi se porta ceste besongne, qui fu en l’an de grace Nostre Signeur mil trois cens quarante quatre, l’endemain dou jour Saint Leurens en awoust. Fos99 et 100.

P.69, l. 21: Evous les Englès venant frapant.—Mss. A 1 à 6, 11 à 14: Tous les Englois vinrent frapant. Fº 118.—Ms. A 7: Tous les Engloys venant frapant. Fº 112 vº.—Mss. A 23 à 33: Tous ces Anglois venoient frapans. Fº 136.—Mss. A 8, 15 à 17: Ainsi vinrent les Anglois frapant. Fº 107 vº.—Mss. A 20 à 22: Là vindrent les Anglois frappans. Fº 173.

P.69, l. 23: Derbi.—Mss. A 1 à 33: Herby, Herbi. Fº 118.

P.69, l. 28: quoitiet.—Mss. A 1 à 6, 18, 19: convoitiez. Fº 118.

P.70, l. 3: bersoient.—Mss. A 1 à 6: brisoient. Fº 118.—Mss. A 8, 20 à 22: versoient. Fº 108.—Mss. A 18, 19: perçoient. Fº 120.

P.70, l. 5: meschiés.—Les mss. A 15 à 17 ajoutent: et diffamable sur eulz. Fº 119 vº.

P.70, l. 15: viscontes.—Mss. A 15 à 17, 23 à 29: conte. Fº 119 vº.

P.70, l. 16: cil.—Mss. A 18, 19, Fº 120: ceulz. Mauvaise leçon.—Les mss. A 15 à 17 ajoutent: et cellui de Tannay Boutonne. Fº 119 vº.

P.70, l. 17: Taride.—Mss. A 1 à 6: Tarde. Fº 118.—Mss. A 8, 15 à 17, 23 à 29: la Taride. Fº 108.—Mss. A 20 à 22: la Tarde. Fº 173 vº.

P.71, l. 6: voirSup. var.(n. d. t.)

P.71, l. 7: resvigura.—Mss. A 8, 15 à 17: ravigora. Fº 108.

§221. P.71, l. 8: Que vous feroi je.—Ms. d’Amiens: Peu en escappèrent qui ne fuissent tout mort et tout pris. Et eurent là li Englès une belle aventure, car il eurent pour prisonniers plus de cinq cens chevaliers et escuiers, sans les comtez et lez viscomtez et lez grans barons, car toutte li fleur de Gascoingne estoit là assamblée. Et estoient li Englèz si ensonniiet de leurs prisonniers que il n’en savoient que faire, car il n’y avoit homme d’armes qui n’en ewist deux ou trois, et meysmement li archier un ou deux. Ceste bataille fu devant Auberoche, en l’an de grasce Nostre Seigneur mil trois cens quarante quatre, le nuit Saint Laurent, ou mois d’aoust. Fº 83.

P.71, l. 11 et 12: Là y ot pris.—Ms. B 6: Là fu prins le conte de Laille, le conte de Pierregothe, le conte de Quarmaing, le conte de Vallentinois, messires Charles de Poitiers, messires Aughos des Baus et plus de vingt deux, que contes, que viscontes, que barons de Gascongne, et bien cent et cinquante chevaliers. Et y eut mors desus la plache, que uns que aultres, plus de trois mille. Ceste bataille fut l’an mil trois cens quarante quatre, le vingt sixiesme jour du mois d’auoust. Fº 259.

P.71, l. 16: desous.—Mss. A 23 à 29: devant. Fº 136.

§222. P.71, l. 19: Apriès le desconfiture.—Ms. d’Amiens: Apriès ceste desconfiture, qui fu si grande et si grosse et si adammagable pour les Gascons, car il estoient là venut en grant estoffe et en bon arroy, si perdirent tout, tentez, tréz, pourveanches, armurez et touttez autres besoingnez, dont li Englèz furent tout riche. Che soir, entrèrent il en Auberoche en grant joie pour le belle journéequi leur estoit avenue; et donnèrent à soupper lez prisonniers, et les fissent tout aise dou leur meisme. L’endemain, au plus matin lever, vint li comtez de Pennebrucq à tout deux cens lanches et cinq cens archiers, qui riens ne savoit de ceste avenue. Et fu trop durement courouchiéz de ce qu’il n’y avoit estet, et dist au comte Derbi que il le dewist bien avoir attendu. Et li comtez s’escuza et dist qu’il ne peut. Touttezfois, il se rappaisièrent et furent amiablement enssamble, et eurent consseil que de menner leurs prisonniers en Bourdiaux. Si se ordonnèrent pour partir et laissièrent seullement en Auberoce, pour le ville parmaintenir, monseigneur Alain de Sinefroide. Et puis s’aroutèrent et chevauchièrent, et s’en revinrent arrière à Bourdiaux, où il furent recheu à grant joie; et bien le durent y estre, car il amenoient là toutte le fleur de Gascoingne: de quoy li ville de Bourdiaux amenda grandement en despens en celle année. Fº 83.


Back to IndexNext