Chapter 5

25§206. Ensi que vous poés oïr, departi li roisd’Engleterre ses gens, [ceulx[283]] qui iroient en Gascongne,[ceulx[284]] qui iroient en Bretagne, et chiausqui iroient en Irlande. Et fist delivrer par ses tresoriers[44]as chapitainnes assés or et argent, pour tenirleur estat et paiier les compagnons de leurs gages.Cil se partirent, ensi que ordonné fu.Or parlerons premierement dou conte Derbi, car5il eut le plus grant carge, et ossi les plus belles aventuresd’armes. Quant toutes ses besongnes furentpourveues et ordonnées, et ses gens [venus[285]] et sivaissiel freté et appareilliet, il prist congiet dou royet s’en vint à Hantonne o[ù] toute se navie estoit, et10là monta en mer avoecques le carge dessus ditte. Etsinglèrent tant au vent et as estoilles qu’il arrivèrentou havene de Bayone, une bonne cité et forte, seant[sus] le mer, qui toutdis s’est tenue englesce. Là prisentil terre et descargièrent toutes leurs pourveances, le15cinquime jour de jun, l’an mil trois cens quarantequatre. Et furent liement receu et recueilliet des bourgoisde Bayone. Si y sejournèrent et rafreschirent yauset leurs chevaux sept jours. Au huitime jour, li contesDerbi et toutes ses gens s’en partirent, et chevaucièrent20viers Bourdiaus; si fisent tant qu’il y parvinrent.Et alèrent cil de Bourdiaus contre le dit conte àgrant pourcession, tant amoient il sa venue. Et fuadonc li contes herbegiés en l’abbeye de Saint Andrieu.Et toutes ses gens se logièrent en le cité, car25il y a bien ville pour herbergier et recueillier otantde gens ou plus.Les nouvelles vinrent au conte de [Lille[286]], qui setenoit en Bregerach à quatre liewes d’illuech, que licontes Derbi estoit venus à Bourdiaus, et avoit moult[45]grant fuison de gens d’armes et d’arciers, et estoitfors assés pour tenir les camps et de assegier chastiauset bonnes villes. Si tretost que li contes de [Lille] oyces nouvelles, il manda le conte de Commignes,5le conte de Piregorch, le [visconte[287]] de Carmaing,les visconte de Villemur, le conte de Valentinois, leconte de Murendon, le signeur de Duras, le signeurde Taride, le signeur de la Barde, le signeur de Pincornet,le visconte de Chastielbon, le signeur de Chastielnuef,10le signeur de [Lescun[288]] et l’abbet de SaintSilvier, et tous les signeurs qui se tenoient en l’obeissancedou roy de France. Quant il furent tout venu,il leur remoustra la venue dou conte Derbi et sa poissance,par oïr dire. Si en demanda à avoir conseil. Et15cil [seigneur[289]] respondirent franchement qu’il estoientfort assés pour garder le passage de le rivière de Garoneà Bregerach contre les Englès. Ceste responseplaisi grandement au conte de [Lille], qui pour letemps d’adonc estoit en Gascongne comme rois. Si20se renforcièrent li dessus dit [seigneur[290]] de Gascongne,et mandèrent hasteement gens de tous lés,et se boutèrent ens ès fourbours de Bregerach, quisont grant et fors assés et enclos de le rivière de Garone;et attraisent ens ès dis fourbours le plus grant25partie de leurs pourveances.

25§206. Ensi que vous poés oïr, departi li rois

d’Engleterre ses gens, [ceulx[283]] qui iroient en Gascongne,

[ceulx[284]] qui iroient en Bretagne, et chiaus

qui iroient en Irlande. Et fist delivrer par ses tresoriers

[44]as chapitainnes assés or et argent, pour tenir

leur estat et paiier les compagnons de leurs gages.

Cil se partirent, ensi que ordonné fu.

Or parlerons premierement dou conte Derbi, car

5il eut le plus grant carge, et ossi les plus belles aventures

d’armes. Quant toutes ses besongnes furent

pourveues et ordonnées, et ses gens [venus[285]] et si

vaissiel freté et appareilliet, il prist congiet dou roy

et s’en vint à Hantonne o[ù] toute se navie estoit, et

10là monta en mer avoecques le carge dessus ditte. Et

singlèrent tant au vent et as estoilles qu’il arrivèrent

ou havene de Bayone, une bonne cité et forte, seant

[sus] le mer, qui toutdis s’est tenue englesce. Là prisent

il terre et descargièrent toutes leurs pourveances, le

15cinquime jour de jun, l’an mil trois cens quarante

quatre. Et furent liement receu et recueilliet des bourgois

de Bayone. Si y sejournèrent et rafreschirent yaus

et leurs chevaux sept jours. Au huitime jour, li contes

Derbi et toutes ses gens s’en partirent, et chevaucièrent

20viers Bourdiaus; si fisent tant qu’il y parvinrent.

Et alèrent cil de Bourdiaus contre le dit conte à

grant pourcession, tant amoient il sa venue. Et fu

adonc li contes herbegiés en l’abbeye de Saint Andrieu.

Et toutes ses gens se logièrent en le cité, car

25il y a bien ville pour herbergier et recueillier otant

de gens ou plus.

Les nouvelles vinrent au conte de [Lille[286]], qui se

tenoit en Bregerach à quatre liewes d’illuech, que li

contes Derbi estoit venus à Bourdiaus, et avoit moult

[45]grant fuison de gens d’armes et d’arciers, et estoit

fors assés pour tenir les camps et de assegier chastiaus

et bonnes villes. Si tretost que li contes de [Lille] oy

ces nouvelles, il manda le conte de Commignes,

5le conte de Piregorch, le [visconte[287]] de Carmaing,

les visconte de Villemur, le conte de Valentinois, le

conte de Murendon, le signeur de Duras, le signeur

de Taride, le signeur de la Barde, le signeur de Pincornet,

le visconte de Chastielbon, le signeur de Chastielnuef,

10le signeur de [Lescun[288]] et l’abbet de Saint

Silvier, et tous les signeurs qui se tenoient en l’obeissance

dou roy de France. Quant il furent tout venu,

il leur remoustra la venue dou conte Derbi et sa poissance,

par oïr dire. Si en demanda à avoir conseil. Et

15cil [seigneur[289]] respondirent franchement qu’il estoient

fort assés pour garder le passage de le rivière de Garone

à Bregerach contre les Englès. Ceste response

plaisi grandement au conte de [Lille], qui pour le

temps d’adonc estoit en Gascongne comme rois. Si

20se renforcièrent li dessus dit [seigneur[290]] de Gascongne,

et mandèrent hasteement gens de tous lés,

et se boutèrent ens ès fourbours de Bregerach, qui

sont grant et fors assés et enclos de le rivière de Garone;

et attraisent ens ès dis fourbours le plus grant

25partie de leurs pourveances.

§207. Quant li contes Derbi eut séjourné en le[46]cité de Bourdiaus environ quinze jours, il entendique cil baron et chevalier de Gascongne se tenoienten Bregerach; si dist qu’il se trairoit de celle part.Si ordonna ses besongnes au partir le matin, et fist5mareschaus de son host monsigneur Gautier deMauni et messire Franke de Halle. Si chevaucièrentli Englès celle matinée tant seulement trois liewes àun chastiel qui se tenoit pour yaus, que on claimeMontkuk, seans à une petite liewe de Bregerach. Là10se tinrent li Englès tout le jour et la nuit ossi. A l’endemain,leur coureur alèrent courir jusques ès baillesde Bregerach. Et raportèrent chil coureur à leur retourà monsigneur Gautier de Mauni, qu’il avoientveu et considéré une partie dou couvenant des François;15mais il leur sambloit assés simples.Ce propre jour, disnèrent li Englès assés matin.Dont il avint que, à table seant, messires Gautiersde Mauni regarda dessus le conte Derbi, et jà avoitoyes les parolles que li coureur de leur costé avoient20raportées; si dist: «Monsigneur, se nous estionsdroites gens d’armes et bien apert, nous buverionsà ce souper des vins ces signeurs de France qui setiènent en garnison en Bregerach.» Si respondi licontes Derbi tant seulement: «Jà pour moy ne demorra.»25Li compagnon, qui oïrent le conte et le signeurde Mauni ensi parler, misent leurs testes ensamble,et disent li un à l’autre: «Alons nous armer:nous chevaucerons tantost devant Bregerach.» Il n’ieut plus fait ne plus dit. Tout furent armet et li cheval30ensellet et tout montet. Et quant li contes Derbivei ses gens de si bonne volenté, si en fu tous joianset dist: «Or chevauçons, ou nom de Dieu et de[47]saint Gorge, devers nos ennemis!» Donc s’arroutèrenttoutes manières de gens, et chevaucièrent, banièresdesploiies, en le plus grant caleur dou jour. Etfisent tant qu’il vinrent devant les bailles de Bregerach,5qui n’estoient mies legières à prendre, car unepartie de le rivière de Garonne les environne.

§207. Quant li contes Derbi eut séjourné en le

[46]cité de Bourdiaus environ quinze jours, il entendi

que cil baron et chevalier de Gascongne se tenoient

en Bregerach; si dist qu’il se trairoit de celle part.

Si ordonna ses besongnes au partir le matin, et fist

5mareschaus de son host monsigneur Gautier de

Mauni et messire Franke de Halle. Si chevaucièrent

li Englès celle matinée tant seulement trois liewes à

un chastiel qui se tenoit pour yaus, que on claime

Montkuk, seans à une petite liewe de Bregerach. Là

10se tinrent li Englès tout le jour et la nuit ossi. A l’endemain,

leur coureur alèrent courir jusques ès bailles

de Bregerach. Et raportèrent chil coureur à leur retour

à monsigneur Gautier de Mauni, qu’il avoient

veu et considéré une partie dou couvenant des François;

15mais il leur sambloit assés simples.

Ce propre jour, disnèrent li Englès assés matin.

Dont il avint que, à table seant, messires Gautiers

de Mauni regarda dessus le conte Derbi, et jà avoit

oyes les parolles que li coureur de leur costé avoient

20raportées; si dist: «Monsigneur, se nous estions

droites gens d’armes et bien apert, nous buverions

à ce souper des vins ces signeurs de France qui se

tiènent en garnison en Bregerach.» Si respondi li

contes Derbi tant seulement: «Jà pour moy ne demorra.»

25Li compagnon, qui oïrent le conte et le signeur

de Mauni ensi parler, misent leurs testes ensamble,

et disent li un à l’autre: «Alons nous armer:

nous chevaucerons tantost devant Bregerach.» Il n’i

eut plus fait ne plus dit. Tout furent armet et li cheval

30ensellet et tout montet. Et quant li contes Derbi

vei ses gens de si bonne volenté, si en fu tous joians

et dist: «Or chevauçons, ou nom de Dieu et de

[47]saint Gorge, devers nos ennemis!» Donc s’arroutèrent

toutes manières de gens, et chevaucièrent, banières

desploiies, en le plus grant caleur dou jour. Et

fisent tant qu’il vinrent devant les bailles de Bregerach,

5qui n’estoient mies legières à prendre, car une

partie de le rivière de Garonne les environne.

§208. Ces gens d’armes et cil dit signeur deFrance, qui estoient dedens le ville de Bregerach,entendirent que li Englès les venoient assallir. Si en10eurent grant joie, et disent entre yaus qu’il seroientrecueilliet, et se misent au dehors de leur ville assésen bonne ordenance. Là avoit grant fuison de bidauset de gens dou pays moult mal armés. Li Englès,qui venoient tout serré et tout rengiet, approcièrent15tant que cil de le ville les veirent, et que leurarcier commencièrent à traire fortement et despertement.Lors que ces gens de piet sentirent cessaiettes, et veirent ces banières et ces pennons, qu’iln’avoient point acoustumé à veoir, si furent tout20effraé, et commencièrent à reculer parmi les gensd’armes; et arcier à traire sus yaus à grant randon,et à mettre en grant meschief. Lors approcièrent lisigneur d’Engleterre, les glaves abaissies, et montéssus bons coursiers fors et appers, et se ferirent en ces25bidaus par grant manière: si les abatoient d’un costéet d’autre, et occioient à volenté. Les gens d’armes,de leur costé, ne pooient aler avant pour yaus, carles gens de piet reculoient sans nul arroi, et leur brisoientle chemin. Là eut grant touel et dur hustin30et tamaint homme à terre, car li arcier d’Engleterreestoient sus costé à deux lés dou chemin, et traioient[48]si ouniement que nulz n’osoit issir. Ensi furent reboutédedens leurs fourbours chil de Bregerach, mèsce fu à tel meschief pour yaus que li premiers ponset les bailles furent gaegnies de force, et entrèrent5li Englès dedens avoech yaus. Et là sus le pavementy eut maint chevalier et escuier mort et bleciet etfianciet prison, de ceulz qui se mettoient au devantpour deffendre le passage, et qui s’en voloient acquitterloyaument à leur pooir. Et là fu occis li sires de10Mirepois, desous le banière monsigneur Gautier deMauni, qui toute première entra ens ès fourbours.Quant li contes de [Lille], li contes de Commignes,li contes de Quarmaing et li baron de Gascongnequi là estoient veirent le meschief, et comment li15Englès de force estoient entré ens ès fourbours, etoccioient et abatoient gens sans merchi, si se traisentbellement devers le ville, et passèrent le pont, à quelmeschief que ce fust. Là y eut devant le pont faiteune très bonne escarmuce et qui longement dura.20Et y furent, de le partie des Gascons, li contes de[Lille], li contes de Commigne, li [viscontes[291]] de Quarmaing,li contes de Pieregorth, li sires de Duras, liviscontes de Villemur, li sires de Taride, très bonchevalier; et dou lés des Englès, li contes Derbi, li25contes de Pennebruch, messires Gautiers de Mauni,messires Franke de Halle, messires Hue de Hastinges,li sires de Ferrières, messires Richars de Stanfort.Et se combatoient cil chevalier main à main, pargrant vaillance. Et là eut fait mainte belle apertise30d’armes, mainte prise et mainte rescousse. Là ne se[49]pooit chevalerie et bacelerie celer. Et par especial lisires de Mauni s’avançoit moult souvent si avantentre ses ennemis que à grant painne l’en pooit on5ravoir. Là furent pris, dou lés des François, li viscontesde Boskentin, li sires de Chastielnuef, li viscontesde Chastielbon et li sires de [Lescun]. Et se retraisenttout li aultre dedens le fort et fremèrentleur porte, et avalèrent le restel, et puis montèrentas garites d’amont, et commencièrent à jetter et à10lancier et à reculer leurs ennemis. Cilz assaus, cilzenchaus et ceste escarmuce dura jusques au vespre,que li Englès se retraisent tout lasset et tout travilliet;et se boutèrent ens ès fourbours qu’il avoientgaegniés, où il trouvèrent vins et viandes à grant15fuison, pour yaus et pour toute leur host vivre largementdeux mois, se il besongnast. Si passèrentcelle nuit en grant reviel et en grant aise, et burentde ces bons vins assés, qui peu leur coustoient, celeur sambloit.

§208. Ces gens d’armes et cil dit signeur de

France, qui estoient dedens le ville de Bregerach,

entendirent que li Englès les venoient assallir. Si en

10eurent grant joie, et disent entre yaus qu’il seroient

recueilliet, et se misent au dehors de leur ville assés

en bonne ordenance. Là avoit grant fuison de bidaus

et de gens dou pays moult mal armés. Li Englès,

qui venoient tout serré et tout rengiet, approcièrent

15tant que cil de le ville les veirent, et que leur

arcier commencièrent à traire fortement et despertement.

Lors que ces gens de piet sentirent ces

saiettes, et veirent ces banières et ces pennons, qu’il

n’avoient point acoustumé à veoir, si furent tout

20effraé, et commencièrent à reculer parmi les gens

d’armes; et arcier à traire sus yaus à grant randon,

et à mettre en grant meschief. Lors approcièrent li

signeur d’Engleterre, les glaves abaissies, et montés

sus bons coursiers fors et appers, et se ferirent en ces

25bidaus par grant manière: si les abatoient d’un costé

et d’autre, et occioient à volenté. Les gens d’armes,

de leur costé, ne pooient aler avant pour yaus, car

les gens de piet reculoient sans nul arroi, et leur brisoient

le chemin. Là eut grant touel et dur hustin

30et tamaint homme à terre, car li arcier d’Engleterre

estoient sus costé à deux lés dou chemin, et traioient

[48]si ouniement que nulz n’osoit issir. Ensi furent rebouté

dedens leurs fourbours chil de Bregerach, mès

ce fu à tel meschief pour yaus que li premiers pons

et les bailles furent gaegnies de force, et entrèrent

5li Englès dedens avoech yaus. Et là sus le pavement

y eut maint chevalier et escuier mort et bleciet et

fianciet prison, de ceulz qui se mettoient au devant

pour deffendre le passage, et qui s’en voloient acquitter

loyaument à leur pooir. Et là fu occis li sires de

10Mirepois, desous le banière monsigneur Gautier de

Mauni, qui toute première entra ens ès fourbours.

Quant li contes de [Lille], li contes de Commignes,

li contes de Quarmaing et li baron de Gascongne

qui là estoient veirent le meschief, et comment li

15Englès de force estoient entré ens ès fourbours, et

occioient et abatoient gens sans merchi, si se traisent

bellement devers le ville, et passèrent le pont, à quel

meschief que ce fust. Là y eut devant le pont faite

une très bonne escarmuce et qui longement dura.

20Et y furent, de le partie des Gascons, li contes de

[Lille], li contes de Commigne, li [viscontes[291]] de Quarmaing,

li contes de Pieregorth, li sires de Duras, li

viscontes de Villemur, li sires de Taride, très bon

chevalier; et dou lés des Englès, li contes Derbi, li

25contes de Pennebruch, messires Gautiers de Mauni,

messires Franke de Halle, messires Hue de Hastinges,

li sires de Ferrières, messires Richars de Stanfort.

Et se combatoient cil chevalier main à main, par

grant vaillance. Et là eut fait mainte belle apertise

30d’armes, mainte prise et mainte rescousse. Là ne se

[49]pooit chevalerie et bacelerie celer. Et par especial li

sires de Mauni s’avançoit moult souvent si avant

entre ses ennemis que à grant painne l’en pooit on

5ravoir. Là furent pris, dou lés des François, li viscontes

de Boskentin, li sires de Chastielnuef, li viscontes

de Chastielbon et li sires de [Lescun]. Et se retraisent

tout li aultre dedens le fort et fremèrent

leur porte, et avalèrent le restel, et puis montèrent

as garites d’amont, et commencièrent à jetter et à

10lancier et à reculer leurs ennemis. Cilz assaus, cilz

enchaus et ceste escarmuce dura jusques au vespre,

que li Englès se retraisent tout lasset et tout travilliet;

et se boutèrent ens ès fourbours qu’il avoient

gaegniés, où il trouvèrent vins et viandes à grant

15fuison, pour yaus et pour toute leur host vivre largement

deux mois, se il besongnast. Si passèrent

celle nuit en grant reviel et en grant aise, et burent

de ces bons vins assés, qui peu leur coustoient, ce

leur sambloit.

20§209. Quant ce vint à l’endemain, li contesDerbi fist sonner ses trompètes et armer toutesses gens et mettre en ordenance, et approcier le villepour assallir, et dist qu’il n’estoit mies là venus poursejourner. Donc s’arroutèrent banières et pennons25par devant les fossés, et vinrent jusques au pont. Sicommencièrent à assallir fortement de traire, card’aultre assault ne les pooit on approcier. Et duracilz assaulz jusques à nonne. Petit y fisent li Englès,car il avoit adonc dedens Bregerach bonnes gens30d’armes qui se deffendoient de grant volenté. Adoncsus l’eure de nonne se retraisent il arrière et[50]laissièrent l’assaut, car il veirent bien qu’il perdoientleur painne. Si alèrent li signeur à conseil ensamble,et consillièrent qu’il envoieroient querre sus le rivièrede Geronde des nefs et des batiaus, et assaurroient5Bregerach par l’aigue, car elle n’estoit freméeque de palis; si y envoiièrent tantost. Li maires deBourdiaus obei au commandement dou conte Derbi,ce fu raisons; et envoia tantost par le rivière plus dequarante, que barges que nefs, qui là gisoient à l’ancre10ou havene devant Bourdiaus. Et vint l’endemainau soir ceste navie devant Bregerach. De quoi li Englèsfurent tout resjoy; si ordonnèrent leur besongnecelle nuitie pour assallir à l’endemain.

20§209. Quant ce vint à l’endemain, li contes

Derbi fist sonner ses trompètes et armer toutes

ses gens et mettre en ordenance, et approcier le ville

pour assallir, et dist qu’il n’estoit mies là venus pour

sejourner. Donc s’arroutèrent banières et pennons

25par devant les fossés, et vinrent jusques au pont. Si

commencièrent à assallir fortement de traire, car

d’aultre assault ne les pooit on approcier. Et dura

cilz assaulz jusques à nonne. Petit y fisent li Englès,

car il avoit adonc dedens Bregerach bonnes gens

30d’armes qui se deffendoient de grant volenté. Adonc

sus l’eure de nonne se retraisent il arrière et

[50]laissièrent l’assaut, car il veirent bien qu’il perdoient

leur painne. Si alèrent li signeur à conseil ensamble,

et consillièrent qu’il envoieroient querre sus le rivière

de Geronde des nefs et des batiaus, et assaurroient

5Bregerach par l’aigue, car elle n’estoit fremée

que de palis; si y envoiièrent tantost. Li maires de

Bourdiaus obei au commandement dou conte Derbi,

ce fu raisons; et envoia tantost par le rivière plus de

quarante, que barges que nefs, qui là gisoient à l’ancre

10ou havene devant Bourdiaus. Et vint l’endemain

au soir ceste navie devant Bregerach. De quoi li Englès

furent tout resjoy; si ordonnèrent leur besongne

celle nuitie pour assallir à l’endemain.

§210. Droit à heure de soleil levant, furent li15Englès, qui ordonné estoient pour assallir par aigueen leur navie, tout apparillé. Et en estoient chapitainneli contes de Pennebruch et li contes de Kenfort.Là avoit avoecques eulz pluiseurs jones chevalierset escuiers qui s’i estoient trait de grant volenté,20pour leurs corps avancier. En celle navie avoit grantfuison d’arciers. Si approcièrent vistement, et vinrentjusques à un grant roulleis qui estoit devant les palis,li quelz fu tantost rompus et jettés par terre.Li homme de Bregerach et li communaultés de le25ville regardèrent que nullement il ne pooient durercontre cel assaut; si se commencièrent à esbahir, etvinrent au conte de [Lille] et as chevaliers qui làestoient, et leur disent: «Signeur, regardés que vousvolés faire: nous sommes en aventure de estre tout30perdu. Se ceste ville est prise, nous perderons lenostre et nos vies ossi. Si vaurroit mieus que nous[51]le rendissions au conte Derbi que donc que nouseuissions plus grant damage.» Adonc respondi licontes de [Lille] et dist: «Alons, alons celle partoù vous dittes que li perilz est, car nous ne le renderons5pas ensi.» Lors s’en vinrent li chevalier etli escuier de Gascongne qui là estoient, contre cespallis, et se misent tout au deffendre de grant corage.Li arcier, qui estoient en leurs barges, traioient siouniement et si roit que à painnes se pooit nulz apparoir,10se il ne se voloit mettre en aventure d’estremors ou trop malement bleciés. Par dedens le ville,avoech les Gascons, avoit bien deux cens arbalestriersgeneuois, qui trop grant pourfit leur fisent; car ilestoient bien paveschiet contre le tret des Englès,15et ensonnièrent tout ce jour grandement les arciersd’Engleterre. Si en y eut pluiseurs bleciés, d’une partet d’aultre. Finablement li Englès, qui estoient enleur navie, s’esploitièrent telement qu’il rompirentun grant pan dou palis. Quant cil de Bregerach veirent20le meschief, il se traisent avant et requisent àavoir respit, tant qu’il fuissent consilliet pour yausrendre. Il leur fu acordé le parfait dou jour et le nuitensievant jusques à soleil levant, sauf tant qu’il nese devoient de riens fortefiier. Ensi se retrest cescuns25à son logeis.Celle nuit furent en grant conseil li baron de Gascongnequi là estoient, à savoir comment il se maintenroient.Iaus bien consilliet, il fisent ensieller lorschevaus et cargier de leur avoir, et montèrent et se30partirent environ mienuit. Et chevaucièrent vers leville de le Riolle, qui n’est mies lonch de là. On leurouvri les portes; si entrèrent ens et se logièrent et[52]herbergièrent parmi le ville. Or, vous dirons dechiaus de Bregerac comment il finèrent.

§210. Droit à heure de soleil levant, furent li

15Englès, qui ordonné estoient pour assallir par aigue

en leur navie, tout apparillé. Et en estoient chapitainne

li contes de Pennebruch et li contes de Kenfort.

Là avoit avoecques eulz pluiseurs jones chevaliers

et escuiers qui s’i estoient trait de grant volenté,

20pour leurs corps avancier. En celle navie avoit grant

fuison d’arciers. Si approcièrent vistement, et vinrent

jusques à un grant roulleis qui estoit devant les palis,

li quelz fu tantost rompus et jettés par terre.

Li homme de Bregerach et li communaultés de le

25ville regardèrent que nullement il ne pooient durer

contre cel assaut; si se commencièrent à esbahir, et

vinrent au conte de [Lille] et as chevaliers qui là

estoient, et leur disent: «Signeur, regardés que vous

volés faire: nous sommes en aventure de estre tout

30perdu. Se ceste ville est prise, nous perderons le

nostre et nos vies ossi. Si vaurroit mieus que nous

[51]le rendissions au conte Derbi que donc que nous

euissions plus grant damage.» Adonc respondi li

contes de [Lille] et dist: «Alons, alons celle part

où vous dittes que li perilz est, car nous ne le renderons

5pas ensi.» Lors s’en vinrent li chevalier et

li escuier de Gascongne qui là estoient, contre ces

pallis, et se misent tout au deffendre de grant corage.

Li arcier, qui estoient en leurs barges, traioient si

ouniement et si roit que à painnes se pooit nulz apparoir,

10se il ne se voloit mettre en aventure d’estre

mors ou trop malement bleciés. Par dedens le ville,

avoech les Gascons, avoit bien deux cens arbalestriers

geneuois, qui trop grant pourfit leur fisent; car il

estoient bien paveschiet contre le tret des Englès,

15et ensonnièrent tout ce jour grandement les arciers

d’Engleterre. Si en y eut pluiseurs bleciés, d’une part

et d’aultre. Finablement li Englès, qui estoient en

leur navie, s’esploitièrent telement qu’il rompirent

un grant pan dou palis. Quant cil de Bregerach veirent

20le meschief, il se traisent avant et requisent à

avoir respit, tant qu’il fuissent consilliet pour yaus

rendre. Il leur fu acordé le parfait dou jour et le nuit

ensievant jusques à soleil levant, sauf tant qu’il ne

se devoient de riens fortefiier. Ensi se retrest cescuns

25à son logeis.

Celle nuit furent en grant conseil li baron de Gascongne

qui là estoient, à savoir comment il se maintenroient.

Iaus bien consilliet, il fisent ensieller lors

chevaus et cargier de leur avoir, et montèrent et se

30partirent environ mienuit. Et chevaucièrent vers le

ville de le Riolle, qui n’est mies lonch de là. On leur

ouvri les portes; si entrèrent ens et se logièrent et

[52]herbergièrent parmi le ville. Or, vous dirons de

chiaus de Bregerac comment il finèrent.

§211. Quant ce vint au matin, li Englès qui estoienttout conforté d’entrer en le ville de Bregerach,5fust bellement ou aultrement, entrèrent de recief enleur navie, et vinrent tout nagant à cel endroit où ilavoient rompu les palis. Si trouvèrent illuech grantfuison de chiaus de le ville qui estoient tout aviséd’yaus rendre, et priièrent as chevaliers qui là estoient10qu’il volsissent priier au conte Derbi qu’il lesvolsist prendre à merci, salve leurs corps et leursbiens, et en avant il se metteroient en l’obeissancedou roy d’Engleterre. Li contes de Pennebruch et licontes de Kenfort respondirent qu’il en parleroient15volentiers; et puis demandèrent il où li contes de[Lille] et li aultre baron estoient. Il respondirent:«Certainnement nous ne savons, car il cargièrent ettoursèrent très le mienuit tout le leur et se partirent,mès point ne nous disent quel part il se trairoient.»20Sus ces parolles, se partirent li doi conte dessusnommet, et vinrent au conte Derbi, qui n’estoit miesloing de là, et li moustrèrent tout ce que les gens deBregerach voloient faire. Li dis contes Derbi, qui fumoult nobles et très gentilz de coer, respondi: «Qui25merci prie, merci doit avoir. Dittes leur qu’il oevrentleur ville et nous laissent ens: nous les asseguronsde nous et des nostres.» Adonc retournèrent li doisigneur dessus dit, et recordèrent à chiaus de Bregerachtout ce que vous avés oy: dont il furent moult30joiant, quant il veirent qu’il pooient venir à pais. Sivinrent ou le place et sonnèrent les sains, et se[53]assamblèrent tout, hommes et femmes, et fisent ouvrirleurs portes, et vinrent à grant pourcession et moulthumlement contre le conte Derbi et ses gens, et lemenèrent à le grant eglise. Et là li jurèrent il feaulté5et hommage et le recogneurent à signeur, ou nomdou roy d’Engleterre, par le vertu de le procurationqu’il en portoit. Ensi eut en ce temps li contes Derbile bonne ville de Bregerach, qui se tint toutdis depuisenglesce. Or, parlerons nous des signeurs de Gascongne10qui estoient retrait en le ville et ou chastielde le Riolle, et vous conterons comment il semaintinrent.

§211. Quant ce vint au matin, li Englès qui estoient

tout conforté d’entrer en le ville de Bregerach,

5fust bellement ou aultrement, entrèrent de recief en

leur navie, et vinrent tout nagant à cel endroit où il

avoient rompu les palis. Si trouvèrent illuech grant

fuison de chiaus de le ville qui estoient tout avisé

d’yaus rendre, et priièrent as chevaliers qui là estoient

10qu’il volsissent priier au conte Derbi qu’il les

volsist prendre à merci, salve leurs corps et leurs

biens, et en avant il se metteroient en l’obeissance

dou roy d’Engleterre. Li contes de Pennebruch et li

contes de Kenfort respondirent qu’il en parleroient

15volentiers; et puis demandèrent il où li contes de

[Lille] et li aultre baron estoient. Il respondirent:

«Certainnement nous ne savons, car il cargièrent et

toursèrent très le mienuit tout le leur et se partirent,

mès point ne nous disent quel part il se trairoient.»

20Sus ces parolles, se partirent li doi conte dessus

nommet, et vinrent au conte Derbi, qui n’estoit mies

loing de là, et li moustrèrent tout ce que les gens de

Bregerach voloient faire. Li dis contes Derbi, qui fu

moult nobles et très gentilz de coer, respondi: «Qui

25merci prie, merci doit avoir. Dittes leur qu’il oevrent

leur ville et nous laissent ens: nous les assegurons

de nous et des nostres.» Adonc retournèrent li doi

signeur dessus dit, et recordèrent à chiaus de Bregerach

tout ce que vous avés oy: dont il furent moult

30joiant, quant il veirent qu’il pooient venir à pais. Si

vinrent ou le place et sonnèrent les sains, et se

[53]assamblèrent tout, hommes et femmes, et fisent ouvrir

leurs portes, et vinrent à grant pourcession et moult

humlement contre le conte Derbi et ses gens, et le

menèrent à le grant eglise. Et là li jurèrent il feaulté

5et hommage et le recogneurent à signeur, ou nom

dou roy d’Engleterre, par le vertu de le procuration

qu’il en portoit. Ensi eut en ce temps li contes Derbi

le bonne ville de Bregerach, qui se tint toutdis depuis

englesce. Or, parlerons nous des signeurs de Gascongne

10qui estoient retrait en le ville et ou chastiel

de le Riolle, et vous conterons comment il se

maintinrent.

§212. Celle propre nuitie et le journée ensievantque li contes de [Lille] et li baron et chevalier, qui15avoecques lui estoient, furent venu en le Riolle, ilregardèrent et avisèrent li un par l’autre qu’il se departiroientet se trairoient ens ès garnisons, et guerrieroientpar forterèces, et metteroient sus les campsentre quatre cens ou cinq cens combatans dont il20feroient frontière: si en seroient chief et meneur licontes de Comignes et li viscontes de Quarmaing.Adonc se departirent il. Si se traist li contes dePieregorth en [Perigueux[292]], li seneschaus de Thoulouseà Montalben, li viscontes de Villemur à Auberoce,25messires Bertrans des Prés à Pellagrue, messires Phelippesde Dyon à Montagrée, li sires de Montbrandonà Maudurant, Ernaus de Dyon à [Lamongis[293]],Bobers de Malemort à Byaumont en [Lillois], messires[54]Charles de Poitiers à Pennes en Aginois, et ensiles chevaliers de garnison en garnison. Si se departirenttout li un de l’autre, et li contes de [Lille] demoraen la Riolle. Et fist remparer et rabillier le5ville et le forterèce, telement que elle n’avoit garded’assaut que on y fesist sus un mois ne deux. Or,retourrons nous au conte Derbi qui estoit enBregerach.

§212. Celle propre nuitie et le journée ensievant

que li contes de [Lille] et li baron et chevalier, qui

15avoecques lui estoient, furent venu en le Riolle, il

regardèrent et avisèrent li un par l’autre qu’il se departiroient

et se trairoient ens ès garnisons, et guerrieroient

par forterèces, et metteroient sus les camps

entre quatre cens ou cinq cens combatans dont il

20feroient frontière: si en seroient chief et meneur li

contes de Comignes et li viscontes de Quarmaing.

Adonc se departirent il. Si se traist li contes de

Pieregorth en [Perigueux[292]], li seneschaus de Thoulouse

à Montalben, li viscontes de Villemur à Auberoce,

25messires Bertrans des Prés à Pellagrue, messires Phelippes

de Dyon à Montagrée, li sires de Montbrandon

à Maudurant, Ernaus de Dyon à [Lamongis[293]],

Bobers de Malemort à Byaumont en [Lillois], messires

[54]Charles de Poitiers à Pennes en Aginois, et ensi

les chevaliers de garnison en garnison. Si se departirent

tout li un de l’autre, et li contes de [Lille] demora

en la Riolle. Et fist remparer et rabillier le

5ville et le forterèce, telement que elle n’avoit garde

d’assaut que on y fesist sus un mois ne deux. Or,

retourrons nous au conte Derbi qui estoit en

Bregerach.

§213. Quant li contes Derbi eut pris le possession10et le saisine de le ville de Bregerach, et il s’i furafrescis par deux jours, il demanda au senescal deBourdiaus quel part il se [trairoit[294]], car mies ne voloitsejourner. Li seneschaus respondi que ce seroitbon d’aler devers Pieregort et en le haute Gascongne.15Dont fist li dis contes Derbi ordonner toutesses besongnes et traire au chemin par devers [Perigueux[295]],et laissa en Bregerach un chevalier à chapitainne,qui s’appelloit messires Jehans de la Souce.Ensi que li Englès chevauçoient, il trouvèrent en20leur chemin un chastiel qui s’appelle Lango, dont livigiers de Thoulouse estoit chapitaine, une moultaperte armeure de fier. Il s’arrestèrent là, et disentqu’il ne lairoient pas che chastiel derrière. Si le commençali bataille des mareschaus à assallir, et y furent25un jour tout entier. Et là eut mervilleusement duret fort assaut, car li Englès assalloient de grant volenté,et cil dou fort se deffendoient moult vassaument.Nequedent, ce premier jour il n’i fisent riens.[55]A l’endemain, priès que toute li hos fu devant. Etrecommencièrent à assallir telement et par si fortemanière, avoech ce que on avoit jetté ens ès fossésgrant fuison de bois et de velourdes par quoi on5pooit bien aler jusques as murs sans dangier, que cilde dedens se commencièrent à esbahir. Adonc leurfu demandé de messire Franke de Halle, se il se renderoient,et que il y poroient bien tant mettre qu’iln’i venroient point à temps. Il requisent à avoir conseil10de respondre. Ce leur fu acordé. Il se consillièrent;et me samble qu’il se partirent de le forterèceet riens n’enportèrent, et s’en alèrent devers Montsachqui se tenoit françoise. Ensi eurent li Englès lechastiel de Lango. Si y establi li contes Derbi un escuier15à chapitainne, qui s’appelloit Aymon Lyon, etlaissa laiens avoecques lui jusques à trente arciers.Si se partirent de Lango, et cheminèrent devers uneville qui s’appelle le Lach.

§213. Quant li contes Derbi eut pris le possession

10et le saisine de le ville de Bregerach, et il s’i fu

rafrescis par deux jours, il demanda au senescal de

Bourdiaus quel part il se [trairoit[294]], car mies ne voloit

sejourner. Li seneschaus respondi que ce seroit

bon d’aler devers Pieregort et en le haute Gascongne.

15Dont fist li dis contes Derbi ordonner toutes

ses besongnes et traire au chemin par devers [Perigueux[295]],

et laissa en Bregerach un chevalier à chapitainne,

qui s’appelloit messires Jehans de la Souce.

Ensi que li Englès chevauçoient, il trouvèrent en

20leur chemin un chastiel qui s’appelle Lango, dont li

vigiers de Thoulouse estoit chapitaine, une moult

aperte armeure de fier. Il s’arrestèrent là, et disent

qu’il ne lairoient pas che chastiel derrière. Si le commença

li bataille des mareschaus à assallir, et y furent

25un jour tout entier. Et là eut mervilleusement dur

et fort assaut, car li Englès assalloient de grant volenté,

et cil dou fort se deffendoient moult vassaument.

Nequedent, ce premier jour il n’i fisent riens.

[55]A l’endemain, priès que toute li hos fu devant. Et

recommencièrent à assallir telement et par si forte

manière, avoech ce que on avoit jetté ens ès fossés

grant fuison de bois et de velourdes par quoi on

5pooit bien aler jusques as murs sans dangier, que cil

de dedens se commencièrent à esbahir. Adonc leur

fu demandé de messire Franke de Halle, se il se renderoient,

et que il y poroient bien tant mettre qu’il

n’i venroient point à temps. Il requisent à avoir conseil

10de respondre. Ce leur fu acordé. Il se consillièrent;

et me samble qu’il se partirent de le forterèce

et riens n’enportèrent, et s’en alèrent devers Montsach

qui se tenoit françoise. Ensi eurent li Englès le

chastiel de Lango. Si y establi li contes Derbi un escuier

15à chapitainne, qui s’appelloit Aymon Lyon, et

laissa laiens avoecques lui jusques à trente arciers.

Si se partirent de Lango, et cheminèrent devers une

ville qui s’appelle le Lach.

§214. Quant cil de le ville dou Lach sentirent20les Englès venir si efforciement, et qu’il avoient prisBregerach et le chastiel de Lango, si en furent sieffraet qu’il n’eurent mies conseil d’yaus tenir. Ets’en vinrent au devant dou conte Derbi, et li aportèrentles clefs de le ville, et le recogneurent à25signeur, ou nom dou roy d’Engleterre. Li contesDerbi prist le feaulté d’yaus, et puis passa oultre, ets’en vint à Maudurant, et le gaegna d’assaut suschiaus dou pays. Et y fu pris uns chevaliers dou pays,qui [s’appelloit[296]] li sires de Montbrandon. Si laissa li[56]dis contes Derbi gens d’armes dedens le forterèce; etpuis passèrent oultre, et vinrent devant le chastiel de[Lamongis[297]]. Si l’assallirent, et le prisent d’assaut tantost,et le chevalier qui estoit dedens, et l’envoiièrent5tenir prison à Bourdiaus. Puis chevaucièrent deversPinac et le conquisent, et en apriès le ville et lechastiel de Laliene, et s’i rafreschirent par trois jours.Au quatrime, il s’en partirent et vinrent à Forsach,et le gaegnièrent assés legierement, et en apriès le10tour de Prudaire. Et puis chevaucièrent devers unebonne ville et grosse, que on appelle Byaumont en[Lillois], qui se tenoit liegement dou conte de [Lille].Si furent li Englès trois jours par devant, et y fisenttamaint grant assaut, car elle estoit bien pourveue15de gens d’armes et d’artillerie, qui le deffendirenttant qu’il peurent durer. Finablement elle fu prise,et y eut grant occision de chiaus qui dedens furenttrouvet. Et le rafreschi li contes Derbi de nouvellesgens d’armes, et puis chevauça oultre, et vint devant20Montagrée. Si le prist ossi d’assaut et le chevalierqui estoit dedens, et l’envoia tenir prison àBourdiaus.Et ne cessèrent li Englès de chevaucier; si vinrentdevant [Lille], la souverainne ville dou conte, dont25messires Phelippes de Dyon et messires Ernaulz deDyon estoient chapitainne. Quant li contes Derbi etses gens furent venu par devant, si l’avironnèrent etregardèrent que elle estoit bien prendable. Si fisenttraire leurs archiers avant, et approcier jusques as30barrières. Cil commencièrent à traire si fortement[57]que nulz de chiaus de le ville n’osoient apparoirpour deffendre. Et conquisent li Englès ce premierjour les bailles et tout jusques à le porte, et sus lesoir il se retraisent. Quant ce vint au matin, de rechief5il commencièrent à assallir fortement et despertementen pluiseurs lieus, et ensonniièrent sichiaus de le ville qu’il ne savoient au quel entendre.Li bourgois de le ville, qui doubtèrent le leur àperdre, leurs biens, leurs femmes et leurs enfans,10regardèrent que à le longe il ne se poroient tenir. Sipriièrent as deux chevaliers qui là estoient, qu’iltrettiassent à ces signeurs d’Engleterre, par quoi ildemorassent à pais et que li leurs fust sauvés. Lichevalier, qui assés bien veoient le peril où il estoient,15s’i acordèrent assés legierement. Et envoiièrent unhiraut de par yaus au conte Derbi, pour avoir respitun jour tant seulement et parlement de composition.Li hiraus vint devers le dit conte qu’il trouva sus lescamps assés priès de le ville, et li remoustra ce pour20quoi il estoit là envoiiés. Li contes s’i acorda et fistretraire ses gens, et s’en vint jusques as barrièresparlementer à chiaus de le ville, dalés lui le baron deStanfort et le signeur de Mauni. Là furent il en grantparlement ensamble, car li contes Derbi voloit qu’il25se rendesissent simplement, et il ne l’euissent jamaisfait. Toutes fois, accors se porta que cil de [Lille] semetteroient en l’obeissance dou roy d’Engleterre. Etde ce envoieroient il douze de leurs plus honnourableshommes en le bonne cité de Bourdiaus, en nom30de crant. Et sur ce li chevalier et li escuier françois,qui là estoient, se pooient partir et traire quel partqu’il voloient. Ensi eut li contes Derbi en ce temps[58]le ville de [Lille] en Gascongne; et se partirent susson saufconduit les gens d’armes qui dedens estoient,et s’en alèrent devers le Riolle.

§214. Quant cil de le ville dou Lach sentirent

20les Englès venir si efforciement, et qu’il avoient pris

Bregerach et le chastiel de Lango, si en furent si

effraet qu’il n’eurent mies conseil d’yaus tenir. Et

s’en vinrent au devant dou conte Derbi, et li aportèrent

les clefs de le ville, et le recogneurent à

25signeur, ou nom dou roy d’Engleterre. Li contes

Derbi prist le feaulté d’yaus, et puis passa oultre, et

s’en vint à Maudurant, et le gaegna d’assaut sus

chiaus dou pays. Et y fu pris uns chevaliers dou pays,

qui [s’appelloit[296]] li sires de Montbrandon. Si laissa li

[56]dis contes Derbi gens d’armes dedens le forterèce; et

puis passèrent oultre, et vinrent devant le chastiel de

[Lamongis[297]]. Si l’assallirent, et le prisent d’assaut tantost,

et le chevalier qui estoit dedens, et l’envoiièrent

5tenir prison à Bourdiaus. Puis chevaucièrent devers

Pinac et le conquisent, et en apriès le ville et le

chastiel de Laliene, et s’i rafreschirent par trois jours.

Au quatrime, il s’en partirent et vinrent à Forsach,

et le gaegnièrent assés legierement, et en apriès le

10tour de Prudaire. Et puis chevaucièrent devers une

bonne ville et grosse, que on appelle Byaumont en

[Lillois], qui se tenoit liegement dou conte de [Lille].

Si furent li Englès trois jours par devant, et y fisent

tamaint grant assaut, car elle estoit bien pourveue

15de gens d’armes et d’artillerie, qui le deffendirent

tant qu’il peurent durer. Finablement elle fu prise,

et y eut grant occision de chiaus qui dedens furent

trouvet. Et le rafreschi li contes Derbi de nouvelles

gens d’armes, et puis chevauça oultre, et vint devant

20Montagrée. Si le prist ossi d’assaut et le chevalier

qui estoit dedens, et l’envoia tenir prison à

Bourdiaus.

Et ne cessèrent li Englès de chevaucier; si vinrent

devant [Lille], la souverainne ville dou conte, dont

25messires Phelippes de Dyon et messires Ernaulz de

Dyon estoient chapitainne. Quant li contes Derbi et

ses gens furent venu par devant, si l’avironnèrent et

regardèrent que elle estoit bien prendable. Si fisent

traire leurs archiers avant, et approcier jusques as

30barrières. Cil commencièrent à traire si fortement

[57]que nulz de chiaus de le ville n’osoient apparoir

pour deffendre. Et conquisent li Englès ce premier

jour les bailles et tout jusques à le porte, et sus le

soir il se retraisent. Quant ce vint au matin, de rechief

5il commencièrent à assallir fortement et despertement

en pluiseurs lieus, et ensonniièrent si

chiaus de le ville qu’il ne savoient au quel entendre.

Li bourgois de le ville, qui doubtèrent le leur à

perdre, leurs biens, leurs femmes et leurs enfans,

10regardèrent que à le longe il ne se poroient tenir. Si

priièrent as deux chevaliers qui là estoient, qu’il

trettiassent à ces signeurs d’Engleterre, par quoi il

demorassent à pais et que li leurs fust sauvés. Li

chevalier, qui assés bien veoient le peril où il estoient,

15s’i acordèrent assés legierement. Et envoiièrent un

hiraut de par yaus au conte Derbi, pour avoir respit

un jour tant seulement et parlement de composition.

Li hiraus vint devers le dit conte qu’il trouva sus les

camps assés priès de le ville, et li remoustra ce pour

20quoi il estoit là envoiiés. Li contes s’i acorda et fist

retraire ses gens, et s’en vint jusques as barrières

parlementer à chiaus de le ville, dalés lui le baron de

Stanfort et le signeur de Mauni. Là furent il en grant

parlement ensamble, car li contes Derbi voloit qu’il

25se rendesissent simplement, et il ne l’euissent jamais

fait. Toutes fois, accors se porta que cil de [Lille] se

metteroient en l’obeissance dou roy d’Engleterre. Et

de ce envoieroient il douze de leurs plus honnourables

hommes en le bonne cité de Bourdiaus, en nom

30de crant. Et sur ce li chevalier et li escuier françois,

qui là estoient, se pooient partir et traire quel part

qu’il voloient. Ensi eut li contes Derbi en ce temps

[58]le ville de [Lille] en Gascongne; et se partirent sus

son saufconduit les gens d’armes qui dedens estoient,

et s’en alèrent devers le Riolle.

§215. Apriès le conquès de [Lille], et que li contes5Derbi y eut laissiés gens d’armes et arciers de parlui, et envoiiés douze bourgois de la ville en ostagerie,pour plus grant seurté, en le cité de Bourdiaus, ilchevauca oultre et vint devant Bonival. Là eut grantassaut et dur, et pluiseurs hommes bleciés dedens et10dehors. Finablement, li Englès le prisent et le misentà merci, et le rafreschirent de gens d’armes et dechapitainne. Et puis chevaucièrent oultre, et entrèrenten le conté de Pieregorth, et passèrent devantBourdille, mais point n’i assallirent, car il veirent15bien qu’il euissent perdu leur painne. Si esploitièrenttant qu’il vinrent jusques à [Perigueux[298]]. Par dedensestoient li contes de Pieregorth et messires Rogiersde Pieregorth ses oncles, et li sires de Duras et biensix vingt chevaliers et escuiers dou pays, qui tout20s’estoient là recueilliet sus le fiance dou fort liu, etossi li uns pour l’autre. Quant li contes Derbi et seroute parfurent venu devant, il avisèrent et imaginèrentmoult bien comment, ne par quel voie à leuravantage il le poroient assallir. Si le veirent forte25durement: si ques, tout, consideret, il n’eurent miesconseil d’emploiier y leurs gens, mais se retraisentarrière sans riens faire. Et s’en vinrent logier à deuxliewes de là, sus une petite rivière, pour venir devantle chastiel de Pellagrue.[59]Ces gens d’armes, qui estoient dedens le chastielde Perigueux, parlèrent ce soir ensamble, et disentensi: «Cil Englès nous sont venu veoir et aviser depriès, et puis se sont parti sans riens faire. Ce seroit5bon que à nuit nous les alissions resvillier, car il nesont pas logiet trop loing de ci.» Tout s’acordèrentà ceste oppinion, et issirent de Perigueux environmienuit bien deux cens lances, montés sus fleur dechevaus; et chevaucièrent radement, et furent devant10le jour ou logeis des Englès. Si se ferirent dedensbaudement; si en occirent et mehagnièrent grantfuison. Et entrèrent ou logeis le conte de Kenforth,et le trouvèrent qu’il s’armoit. Si fu assallis vistementet pris par force; aultrement il euist estet mors, et15ne sçai trois ou quatre chevaliers de son hostel. Puisse retraisent li Gascon sagement, ançois que li hosfust trop estourmis, et prisent le chemin de [Perigueux].Si leur fu bien besoins qu’il trouvassent lesportes ouvertes et apparillies, car il furent sievoit20caudement et rebouté durement dedens leurs barrières.Mais si tretost que li Gascon furent en leurgarde, il descendirent de leurs chevaus et prisentleurs glaves, et s’en vinrent franchement combatremain à main as Englès; et tinrent leur pas souffisamment,25et fisent tant qu’il n’i eurent point de damage.Adonc se retraisent li Englès tout merancolieus dece que li contes de Kenfort estoit pris, et vinrent àleur logeis; si se deslogièrent bien matin, et cheminèrentdevers Pellagrue.

§215. Apriès le conquès de [Lille], et que li contes

5Derbi y eut laissiés gens d’armes et arciers de par

lui, et envoiiés douze bourgois de la ville en ostagerie,

pour plus grant seurté, en le cité de Bourdiaus, il

chevauca oultre et vint devant Bonival. Là eut grant

assaut et dur, et pluiseurs hommes bleciés dedens et

10dehors. Finablement, li Englès le prisent et le misent

à merci, et le rafreschirent de gens d’armes et de

chapitainne. Et puis chevaucièrent oultre, et entrèrent

en le conté de Pieregorth, et passèrent devant

Bourdille, mais point n’i assallirent, car il veirent

15bien qu’il euissent perdu leur painne. Si esploitièrent

tant qu’il vinrent jusques à [Perigueux[298]]. Par dedens

estoient li contes de Pieregorth et messires Rogiers

de Pieregorth ses oncles, et li sires de Duras et bien

six vingt chevaliers et escuiers dou pays, qui tout

20s’estoient là recueilliet sus le fiance dou fort liu, et

ossi li uns pour l’autre. Quant li contes Derbi et se

route parfurent venu devant, il avisèrent et imaginèrent

moult bien comment, ne par quel voie à leur

avantage il le poroient assallir. Si le veirent forte

25durement: si ques, tout, consideret, il n’eurent mies

conseil d’emploiier y leurs gens, mais se retraisent

arrière sans riens faire. Et s’en vinrent logier à deux

liewes de là, sus une petite rivière, pour venir devant

le chastiel de Pellagrue.

[59]Ces gens d’armes, qui estoient dedens le chastiel

de Perigueux, parlèrent ce soir ensamble, et disent

ensi: «Cil Englès nous sont venu veoir et aviser de

priès, et puis se sont parti sans riens faire. Ce seroit

5bon que à nuit nous les alissions resvillier, car il ne

sont pas logiet trop loing de ci.» Tout s’acordèrent

à ceste oppinion, et issirent de Perigueux environ

mienuit bien deux cens lances, montés sus fleur de

chevaus; et chevaucièrent radement, et furent devant

10le jour ou logeis des Englès. Si se ferirent dedens

baudement; si en occirent et mehagnièrent grant

fuison. Et entrèrent ou logeis le conte de Kenforth,

et le trouvèrent qu’il s’armoit. Si fu assallis vistement

et pris par force; aultrement il euist estet mors, et

15ne sçai trois ou quatre chevaliers de son hostel. Puis

se retraisent li Gascon sagement, ançois que li hos

fust trop estourmis, et prisent le chemin de [Perigueux].

Si leur fu bien besoins qu’il trouvassent les

portes ouvertes et apparillies, car il furent sievoit

20caudement et rebouté durement dedens leurs barrières.

Mais si tretost que li Gascon furent en leur

garde, il descendirent de leurs chevaus et prisent

leurs glaves, et s’en vinrent franchement combatre

main à main as Englès; et tinrent leur pas souffisamment,

25et fisent tant qu’il n’i eurent point de damage.

Adonc se retraisent li Englès tout merancolieus de

ce que li contes de Kenfort estoit pris, et vinrent à

leur logeis; si se deslogièrent bien matin, et cheminèrent

devers Pellagrue.

30§216. Tant chevaucièrent li Englès qu’il vinrentdevant le chastiel de Pellagrue. Si l’environnèrent[60]de tous lés et le commencièrent à assallir fortement,et cil de dedens à yaus deffendre comme gens degrant volenté, car il avoient un bon chevalier à chapitainneque on appelloit monsigneur Bertran des5Prés. Et furent li Englès six jours devant Pellagrue,et y fisent tamaint assaut. Là en dedens furent trettiesles delivrances dou conte de Renfort et de sescompagnons, en escange dou visconte de Boskentin,dou visconte de Chastielbon, dou signeur de [Lescun[299]]10et dou signeur de Chastielnuef, parmi tant encoresque la terre dou conte de Pieregorth demorroit troisans en pais. Mais bien se pooient armer li chevalieret li escuier de celle terre, sans fourfait; mès on nepooit prendre, ardoir ne exillier, piller ne rober15nulle cose, le terme durant, en la ditte conté. Ensirevinrent li contes de Kenfort et tout li prisonnierenglès qui avoient estet pris de chiaus de Pieregorth.Et ossi li chevalier de Gascongne furent delivretparmi le composition dessus ditte.20Et se partirent li Englès de devant Pellagrue, carla terre est tenue dou conte de Pieregort, et chevaucièrentdevers Auberoce, qui est uns biaus chastiauset fors de l’archevesquié de Thoulouse. Si trestostque li Englès furent venu devant Auberoce, il s’i logièrent25ossi faiticement que donc qu’il y vosissentdemorer et sejourner une saison. Et envoiièrent segnefiieret dire à ceulz qui dedens estoient, qu’il serendesissent et mesissent en l’obeissance dou royd’Engleterre; ou aultrement, s’il estoient pris par[61]force, il seroient tout mort sans merci. Cil de le villeet dou chastiel d’Auberoce doubtèrent leurs biens etleurs corps à perdre, et veirent qu’il ne leur apparoitnul confort de nul costé. Si se rendirent, salve leurs5corps et leurs biens, et se misent en l’obeissancedou conte Derbi, et le recogneurent à signeur, ou nomdou roy d’Engleterre, par le vertu d’une procurationqu’il en avoit. Adonc s’avisa li contes Derbi qu’il seretrairoit tout bellement devers le cité de Bourdiaus.10Si laissa dedens Auberoce en garnison monsigneurFranke de Halle, monsigneur Alain de Finefroide etmonsigneur Jehan de Lindehalle.Puis s’en vint li contes à Liebrone, une bonneville et grosse, en son chemin de Bourdiaus, à douze15liewes d’illuech; et l’assega, et dist bien à tous chiausqui oïr le vorrent, qu’il ne s’en partiroit si l’aroit.Quant cil de Liebrone veirent assegie leur ville, et legrant effort que li contes Derbi menoit, et commenttous li pays se rendoit à lui, si alèrent li homme de20le ville ensamble en conseil à savoir comment il semaintenroient. Tout consideret [et yaulx consilliet[300]],et peset le bien contre le mal, il se rendirent et ouvrirentleurs portes, ne point ne se fisent assallir neheriier. Et jurèrent feaulté et hommage au conte25Derbi, ou nom dou roy d’Engleterre, et à demorerbons Englès de ce jour en avant. Ensi entra li contesDerbi dedens Liebrone, et y fu quatre jours, et làordonna il de ses gens quel cose il feroient. Si ordonnatout premierement le conte de Pennebruch30et se route à aler à Bregerach, et messire Richart de[62]Stanfort et messire Estievene de Tonrbi et messireAlixandre Ansiel et leurs gens à demorer en le villede Liebrone. Chil li acordèrent volentiers. Dont separtirent li contes Derbi, li contes de Kenfort, messires5Gautiers de Mauni et li aultre, et chevaucièrentdevers Bourdiaus, et tant fisent qu’il y parvinrent.

30§216. Tant chevaucièrent li Englès qu’il vinrent

devant le chastiel de Pellagrue. Si l’environnèrent

[60]de tous lés et le commencièrent à assallir fortement,

et cil de dedens à yaus deffendre comme gens de

grant volenté, car il avoient un bon chevalier à chapitainne

que on appelloit monsigneur Bertran des

5Prés. Et furent li Englès six jours devant Pellagrue,

et y fisent tamaint assaut. Là en dedens furent tretties

les delivrances dou conte de Renfort et de ses

compagnons, en escange dou visconte de Boskentin,

dou visconte de Chastielbon, dou signeur de [Lescun[299]]

10et dou signeur de Chastielnuef, parmi tant encores

que la terre dou conte de Pieregorth demorroit trois

ans en pais. Mais bien se pooient armer li chevalier

et li escuier de celle terre, sans fourfait; mès on ne

pooit prendre, ardoir ne exillier, piller ne rober

15nulle cose, le terme durant, en la ditte conté. Ensi

revinrent li contes de Kenfort et tout li prisonnier

englès qui avoient estet pris de chiaus de Pieregorth.

Et ossi li chevalier de Gascongne furent delivret

parmi le composition dessus ditte.

20Et se partirent li Englès de devant Pellagrue, car

la terre est tenue dou conte de Pieregort, et chevaucièrent

devers Auberoce, qui est uns biaus chastiaus

et fors de l’archevesquié de Thoulouse. Si trestost

que li Englès furent venu devant Auberoce, il s’i logièrent

25ossi faiticement que donc qu’il y vosissent

demorer et sejourner une saison. Et envoiièrent segnefiier

et dire à ceulz qui dedens estoient, qu’il se

rendesissent et mesissent en l’obeissance dou roy

d’Engleterre; ou aultrement, s’il estoient pris par

[61]force, il seroient tout mort sans merci. Cil de le ville

et dou chastiel d’Auberoce doubtèrent leurs biens et

leurs corps à perdre, et veirent qu’il ne leur apparoit

nul confort de nul costé. Si se rendirent, salve leurs

5corps et leurs biens, et se misent en l’obeissance

dou conte Derbi, et le recogneurent à signeur, ou nom

dou roy d’Engleterre, par le vertu d’une procuration

qu’il en avoit. Adonc s’avisa li contes Derbi qu’il se

retrairoit tout bellement devers le cité de Bourdiaus.

10Si laissa dedens Auberoce en garnison monsigneur

Franke de Halle, monsigneur Alain de Finefroide et

monsigneur Jehan de Lindehalle.

Puis s’en vint li contes à Liebrone, une bonne

ville et grosse, en son chemin de Bourdiaus, à douze

15liewes d’illuech; et l’assega, et dist bien à tous chiaus

qui oïr le vorrent, qu’il ne s’en partiroit si l’aroit.

Quant cil de Liebrone veirent assegie leur ville, et le

grant effort que li contes Derbi menoit, et comment

tous li pays se rendoit à lui, si alèrent li homme de

20le ville ensamble en conseil à savoir comment il se

maintenroient. Tout consideret [et yaulx consilliet[300]],

et peset le bien contre le mal, il se rendirent et ouvrirent

leurs portes, ne point ne se fisent assallir ne

heriier. Et jurèrent feaulté et hommage au conte

25Derbi, ou nom dou roy d’Engleterre, et à demorer

bons Englès de ce jour en avant. Ensi entra li contes

Derbi dedens Liebrone, et y fu quatre jours, et là

ordonna il de ses gens quel cose il feroient. Si ordonna

tout premierement le conte de Pennebruch

30et se route à aler à Bregerach, et messire Richart de

[62]Stanfort et messire Estievene de Tonrbi et messire

Alixandre Ansiel et leurs gens à demorer en le ville

de Liebrone. Chil li acordèrent volentiers. Dont se

partirent li contes Derbi, li contes de Kenfort, messires

5Gautiers de Mauni et li aultre, et chevaucièrent

devers Bourdiaus, et tant fisent qu’il y parvinrent.

§217. Au retour que li contes Derbi fist en lecité de Bourdiaus, fu il liement recueillés et recheusde toutes gens. Et vuidièrent li clergiés et li bourgois10de le ville à grant pourcession contre lui, et lifisent tout honneur et reverense à leur pooir. Et liabandonnèrent vivres et pourveances et toutes aultrescoses, à prendre ent à sen aise et volenté. Licontes les remercia grandement de leur courtoisie15et de ce qu’il li offroient. Ensi se tint li contes Derbien le cité de Bourdiaus avoecques ses gens; si s’esbatoitet jewoit entre les bourgois et les dames dele ville.Or lairons nous un petit à parler de lui, et parlerons20dou conte de [Lille], qui se tenoit en le Riolle,et savoit bien tout le couvenant des Englès et le conquèsque li contes Derbi avoit fait, et point n’i avoitpeut pourveir de remède. Si entendi li dis contes de[Lille] que li contes Derbi estoit retrais au sejour en25Bourdiaus et avoit espars ses gens et romput se chevaucie,et n’estoit mies apparant que de le saison ilen fesist plus. Si s’avisa li dis contes qu’il feroit unesemonse et un mandement especial de gens d’armes,et iroit mettre le siège devant Auberoce. Ensi qu’il30l’avisa, il le fist. Si escrisi devers le conte de Pieregort,celi de Quarmaing, celi de Commignes, celi de[63]Brunikiel, celi de Villemur et devers tous les baronsde Gascongne, qui François se tenoient, qu’il fuissentsus un jour qu’il leur assigna, devant Auberoce, caril y voloit aler et mettre le siège. Li dessus dit conte,5visconte et baron de Gascongne obeirent à lui, caril estoit comme rois ens ès marces de Gascongne.Et assamblèrent leurs gens et leurs hommes, et furenttout appareilliet au jour qui assignés y fu. Et vinrentdevant Auberoce telement que li chevalier dessus10nommé, qui le gardoient, ne s’en donnèrent de garde;si se veirent assegiet de tous costés. Ensi que gensde bon couvenant et de grant arroy, il ne furent deriens esbahi, mès entendirent à leurs gardes et àleurs deffenses. Li contes de [Lille] et li aultre baron,15qui là estoient venu moult poissamment, se logièrenttout à l’environ, telement que nulz ne pooit entre[r],ne issir en le garnison, qu’il ne fust aperceus. Et envoiièrentquerre quatre grans engiens à Thoulouse,et les fisent là achariier et puis drecier devant le forterèce.20Et n’assalloient li François d’autre cose, forsde ces engiens, qui nuit et jour jettoient pières de faisou chastiel. Che les esbahissoit plus c’autre cose, cardedens six jours il desrompirent le plus grant partiedes combles des tours. Et ne s’osoient li chevalier25ne cil dou chastiel tenir, fors ens ès cambres votées,par terre. Et estoit li intentions de chiaus de l’hostqu’il les occiroient là dedens, ou il se renderoientsimplement. Bien estoient venues les nouvelles àBourdiaus au conte Derbi et à monsigneur Gautier30de Mauni, que leurcompagnonestoient assegiet dedensAuberoce; mais point ne savoient qu’il fuissentsi apressé, ne si constraint qu’il estoient.

§217. Au retour que li contes Derbi fist en le

cité de Bourdiaus, fu il liement recueillés et recheus

de toutes gens. Et vuidièrent li clergiés et li bourgois

10de le ville à grant pourcession contre lui, et li

fisent tout honneur et reverense à leur pooir. Et li

abandonnèrent vivres et pourveances et toutes aultres

coses, à prendre ent à sen aise et volenté. Li

contes les remercia grandement de leur courtoisie

15et de ce qu’il li offroient. Ensi se tint li contes Derbi

en le cité de Bourdiaus avoecques ses gens; si s’esbatoit

et jewoit entre les bourgois et les dames de

le ville.

Or lairons nous un petit à parler de lui, et parlerons

20dou conte de [Lille], qui se tenoit en le Riolle,

et savoit bien tout le couvenant des Englès et le conquès

que li contes Derbi avoit fait, et point n’i avoit

peut pourveir de remède. Si entendi li dis contes de

[Lille] que li contes Derbi estoit retrais au sejour en

25Bourdiaus et avoit espars ses gens et romput se chevaucie,

et n’estoit mies apparant que de le saison il

en fesist plus. Si s’avisa li dis contes qu’il feroit une

semonse et un mandement especial de gens d’armes,

et iroit mettre le siège devant Auberoce. Ensi qu’il

30l’avisa, il le fist. Si escrisi devers le conte de Pieregort,

celi de Quarmaing, celi de Commignes, celi de

[63]Brunikiel, celi de Villemur et devers tous les barons

de Gascongne, qui François se tenoient, qu’il fuissent

sus un jour qu’il leur assigna, devant Auberoce, car

il y voloit aler et mettre le siège. Li dessus dit conte,

5visconte et baron de Gascongne obeirent à lui, car

il estoit comme rois ens ès marces de Gascongne.

Et assamblèrent leurs gens et leurs hommes, et furent

tout appareilliet au jour qui assignés y fu. Et vinrent

devant Auberoce telement que li chevalier dessus

10nommé, qui le gardoient, ne s’en donnèrent de garde;

si se veirent assegiet de tous costés. Ensi que gens

de bon couvenant et de grant arroy, il ne furent de

riens esbahi, mès entendirent à leurs gardes et à

leurs deffenses. Li contes de [Lille] et li aultre baron,

15qui là estoient venu moult poissamment, se logièrent

tout à l’environ, telement que nulz ne pooit entre[r],

ne issir en le garnison, qu’il ne fust aperceus. Et envoiièrent

querre quatre grans engiens à Thoulouse,

et les fisent là achariier et puis drecier devant le forterèce.

20Et n’assalloient li François d’autre cose, fors

de ces engiens, qui nuit et jour jettoient pières de fais

ou chastiel. Che les esbahissoit plus c’autre cose, car

dedens six jours il desrompirent le plus grant partie

des combles des tours. Et ne s’osoient li chevalier

25ne cil dou chastiel tenir, fors ens ès cambres votées,

par terre. Et estoit li intentions de chiaus de l’host

qu’il les occiroient là dedens, ou il se renderoient

simplement. Bien estoient venues les nouvelles à

Bourdiaus au conte Derbi et à monsigneur Gautier

30de Mauni, que leurcompagnonestoient assegiet dedens

Auberoce; mais point ne savoient qu’il fuissent

si apressé, ne si constraint qu’il estoient.

[64]§218. Quant messires Franke de Halle et messiresAlain de Finefroide et messires Jehans de Lindehalleveirent le oppression que li François leur faisoient,et si ne leur apparoit confors ne ayde de nul5costé, si se commencièrent à esbahir, et se consillièrententre yaus comment il se poroient maintenir.«Il ne poet estre, disent il, que se li contes Derbisavoit le dangier où cil François nous tiènent, qu’ilne nous secourust, à quel meschief que ce fust. Si10seroit bon que nous li feissiens savoir, mès que nouspeuissions trouver messag[e].» Adonc demandèrent ilentre leurs varlès se il en y avoit nul qui volsistgaegnier et porter ceste lettre qu’il avoient escript, àBourdiaus, et baillier au conte Derbi. Lors s’avança15uns varlès, et dist qu’il li porteroit bien et volentiers;et ne le feroit mies tant, pour le convoitise de gaegnier,que pour yaus delivrer de ce peril. Li chevalierfurent moult liet dou varlet qui s’offroit de faire lemessage.20Quant ce vint au soir par nuit, li varlés prist lalettre que li chevalier li baillièrent, qui estoit seelléede leurs trois seaulz; et li encousirent en ses draps,et puis le fisent avaler ens ès fossés. Quant il fu aufons, il monta amont et se mist à voie parmi l’ost,25car aultrement ne pooit il passer. Et fu encontrésdou premier get, et ala oultre, car il sçavoit bienparler gascon, et nomma un signeur de l’host, et distqu’il estoit à lui. On le laissa passer par tant; et cuidabien estre escapés, mès non fu, car il fu repris au30dehors des tentes, d’aultres varlès, qui l’amenèrentdevant le chevalier dou ghet. Là ne peut il trouvernulle excusance qui riens li vaulsist. Si fu tastés et[65]exquis, et la lettre trouvée sur lui. Si fu menés enprison et gardés jusques au matin, que li signeur del’host furent tout levet; si furent tantost enfourméde le prise dou varlet. Adonc se traisent il tout ensamble5en le tente dou conte de [Lille]. Là fu la lettreleute que li chevalier d’Auberoce envoioient au conteDerbi. Si eurent tout grant joie, quant il sceurent devérité que li chevalier d’Auberoce et li compagnonenglès qui dedens se tenoient estoient si astraint et10qu’il ne se pooient plus tenir: si ques, pour yausplus agrever, il prisent le varlet, et li pendirent leslettres au col, et le misent tout en un mont et en lefonde d’un engien, et puis le renvoiièrent dedensAuberoce. Li varlès chei tous mors devant les chevaliers15qui là estoient, et qui furent esbahi et desconfortéquant il le veirent: «Ha! disent il, nostremessagier n’a pas fait son message. Or ne savonsnous mès que viser, ne quel conseil avoir qui nousvaille.»20A ces cops estoient montés à cheval li contes dePieregorth et messires Rogiers de Pieregorth ses oncles,messires Charles de Poitiers, li viscontes deQuarmaing et li sires de Duras, et passèrent devantles murs de le forterèce au plus priès qu’il peurent.25Si escriièrent à chiaus dedens, et leur disent en gabois:«Signeur, signeur englès, demandés à vostremessagier où il trouva le conte Derbi si apparilliet,quant à nuit se parti de vostre forterèce, et jà estretournés de son voiage.» Adonc respondi messires30Frankes de Halle, qui ne s’en peut astenir, et dist:«Par foy, signeur, se ceens nous sommes enclos,nous en isterons bien, quant Diex vorra et li contes[66]Derbi. Et pleuist à Dieu qu’il seuist en quel partinous sommes! Se il le savoit, il n’i aroit si avisé desvostres qui ne ressongnast à tenir les camps. Etse vous li volés segnefiier, li uns des nostres se mettera5en vostre prison pour rançonner, ensi que onrançonne un gentil homme.» Dont respondirent liFrançois: «Nennil, nennil! Les pareçons ne se porterontmies ensi. Li contes Derbi le sara tout àtemps, quant par nos engiens nous arons abatu rés10à rés terre che chastiel, et que vous, pour vos viessauver, vous vos serés rendu simplement.»—«Certainnement, ce respondi messires Franke de Halle, cene sera jà que ensi nous nos doions rendre, pourestre tout mort ceens.» Adonc passèrent li chevalier15françois oultre, et revinrent à leur logeis. Et li troichevalier englès demorèrent dedens Auberoce toutesbahi, au voir dire; car ces pières d’engien leurbuskoient si grans horions, que ce sambloit effoudresqui descendist dou ciel, quant elles frapoient contre20les murs dou chastiel.

[64]§218. Quant messires Franke de Halle et messires

Alain de Finefroide et messires Jehans de Lindehalle

veirent le oppression que li François leur faisoient,

et si ne leur apparoit confors ne ayde de nul

5costé, si se commencièrent à esbahir, et se consillièrent

entre yaus comment il se poroient maintenir.

«Il ne poet estre, disent il, que se li contes Derbi

savoit le dangier où cil François nous tiènent, qu’il

ne nous secourust, à quel meschief que ce fust. Si

10seroit bon que nous li feissiens savoir, mès que nous

peuissions trouver messag[e].» Adonc demandèrent il

entre leurs varlès se il en y avoit nul qui volsist

gaegnier et porter ceste lettre qu’il avoient escript, à

Bourdiaus, et baillier au conte Derbi. Lors s’avança

15uns varlès, et dist qu’il li porteroit bien et volentiers;

et ne le feroit mies tant, pour le convoitise de gaegnier,

que pour yaus delivrer de ce peril. Li chevalier

furent moult liet dou varlet qui s’offroit de faire le

message.

20Quant ce vint au soir par nuit, li varlés prist la

lettre que li chevalier li baillièrent, qui estoit seellée

de leurs trois seaulz; et li encousirent en ses draps,

et puis le fisent avaler ens ès fossés. Quant il fu au

fons, il monta amont et se mist à voie parmi l’ost,

25car aultrement ne pooit il passer. Et fu encontrés

dou premier get, et ala oultre, car il sçavoit bien

parler gascon, et nomma un signeur de l’host, et dist

qu’il estoit à lui. On le laissa passer par tant; et cuida

bien estre escapés, mès non fu, car il fu repris au

30dehors des tentes, d’aultres varlès, qui l’amenèrent

devant le chevalier dou ghet. Là ne peut il trouver

nulle excusance qui riens li vaulsist. Si fu tastés et

[65]exquis, et la lettre trouvée sur lui. Si fu menés en

prison et gardés jusques au matin, que li signeur de

l’host furent tout levet; si furent tantost enfourmé

de le prise dou varlet. Adonc se traisent il tout ensamble

5en le tente dou conte de [Lille]. Là fu la lettre

leute que li chevalier d’Auberoce envoioient au conte

Derbi. Si eurent tout grant joie, quant il sceurent de

vérité que li chevalier d’Auberoce et li compagnon

englès qui dedens se tenoient estoient si astraint et

10qu’il ne se pooient plus tenir: si ques, pour yaus

plus agrever, il prisent le varlet, et li pendirent les

lettres au col, et le misent tout en un mont et en le

fonde d’un engien, et puis le renvoiièrent dedens

Auberoce. Li varlès chei tous mors devant les chevaliers

15qui là estoient, et qui furent esbahi et desconforté

quant il le veirent: «Ha! disent il, nostre

messagier n’a pas fait son message. Or ne savons

nous mès que viser, ne quel conseil avoir qui nous

vaille.»

20A ces cops estoient montés à cheval li contes de

Pieregorth et messires Rogiers de Pieregorth ses oncles,

messires Charles de Poitiers, li viscontes de

Quarmaing et li sires de Duras, et passèrent devant

les murs de le forterèce au plus priès qu’il peurent.

25Si escriièrent à chiaus dedens, et leur disent en gabois:

«Signeur, signeur englès, demandés à vostre

messagier où il trouva le conte Derbi si apparilliet,

quant à nuit se parti de vostre forterèce, et jà est

retournés de son voiage.» Adonc respondi messires

30Frankes de Halle, qui ne s’en peut astenir, et dist:

«Par foy, signeur, se ceens nous sommes enclos,

nous en isterons bien, quant Diex vorra et li contes

[66]Derbi. Et pleuist à Dieu qu’il seuist en quel parti

nous sommes! Se il le savoit, il n’i aroit si avisé des

vostres qui ne ressongnast à tenir les camps. Et

se vous li volés segnefiier, li uns des nostres se mettera

5en vostre prison pour rançonner, ensi que on

rançonne un gentil homme.» Dont respondirent li

François: «Nennil, nennil! Les pareçons ne se porteront

mies ensi. Li contes Derbi le sara tout à

temps, quant par nos engiens nous arons abatu rés

10à rés terre che chastiel, et que vous, pour vos vies

sauver, vous vos serés rendu simplement.»

—«Certainnement, ce respondi messires Franke de Halle, ce

ne sera jà que ensi nous nos doions rendre, pour

estre tout mort ceens.» Adonc passèrent li chevalier

15françois oultre, et revinrent à leur logeis. Et li troi

chevalier englès demorèrent dedens Auberoce tout

esbahi, au voir dire; car ces pières d’engien leur

buskoient si grans horions, que ce sambloit effoudres

qui descendist dou ciel, quant elles frapoient contre

20les murs dou chastiel.


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