Si couvint que cil de Saint Jehan se rendesissent, car à che estoient il obligié, et en avoient livré bon ostaigez. Si furent franchois comme en devant, et jurèrent feaulté et hoummaige à devoir et à paiier au roy de Franche. Si y mist li roys de recief officiiers de par lui, et y fist ung senescal dou pays d’un chevalier que on appelloit messire Jehan de Montendre. Et puis s’en parti li dis roys et dounna touttez ses gens congiet, et retourna en France et vint sejourner à Paris. Fº 99.
P.108, l. 18: et pris.—Ms. B 3: et presque toute. Fº 161 vº.
P.108, l. 19: Saintré.—Ms. B 3: Santres.
§334. P.110, l. 11: envoiiés.—Le ms. B 4 ajoute: du roy d’Engleterre et de son conseil. Fº 151.
P.110, l. 12: Calais.—Le ms. B 3 ajoute: qui estoit de son conseil. Fº 162.
§335. P.110, l. 25: En celle.—Ms. d’Amiens: En ceste meysme saison que li sièges fu par devant Saint Jehan l’Angelier, avint en Bretaingne ung moult mervilleux fait d’armes que on ne doibt mies oubliier, mès le doit on mettre avant pour tous bacelers encorragier. Et affin que vous le puissiés mieux entendre, vous devés savoir que toudis estoient guerres en Bretaingne entre les parties des deus dammes, coumment que messires Carlez de Blois fust eprisonnés. Et se guerioient les partiez des deus dammes par garnisons qui se tenoient ens ès castiaux et ès fortez villes de l’une partie et de l’autre.
Si avint ung jour que messires Robers de Biaumanoir, vaillant chevalier durement et dou plus grant linage de Bretaingne, estoit castelains dou Castiel Joselin, et avoit avoec lui grant fuisson de gens d’armez de son linage et d’aultres saudoiiers, et s’en vint courir par devant le ville et le castiel de Plaremiel, dont il estoit castelains ungs saudoiiers allemans que on clammoit Blandebourch, et avoit avoecq lui grant fuisson de saudoiiers allemans, englès, bretons et d’autrez pays, et estoient de le partie de la contesse de Montfort.
Quant li dis messires Robiers vit que nuls de le garnison n’istroit, il s’en vint à le porte et fist appeller ce Blandebourch sus asegurancez, et li demanda se il avoit layens nul compaignon, deux ou trois, qui volsissent jouster de fiers de glaves encontre autres troix pour l’amour de leurs dammez. Blancquebourcq respondi et dist que leurs dammez ne voroient mies que il se fesissent tuer si simplement que d’une seulle jouste, car c’est une aventure de fortune trop tost passée.
«Mès je vous dirai que nous ferons, se il vous plaist. Nous prenderons vingt ou trente de nos compaignons de nostre garnison et nous metterons à plains camps, et là nous combaterons tant que nous porons durer: si en ait le milleur à qui Dieux le vorra donner!»—«Par ma foy! respondi messires Robiers de Biaumanoirs, vous en parlés en bonne manierre, et je le voeil enssi; or, prendés journée.» Elle fu prise au merquedi prochain venant, et donnèrent là entr’iaux certainnez trieuwez jusques ad ce jour, et retournèrent mesirez Robiers et ses gens sus cel estat. Si se pourveirent de trente compaignons, chevaliers et escuiers, et les prissent en leurs garnisons, et Branquebourch ossi de trente autrez compaignons tous à eslite. Fº 99.
P.110, l. 28: exempliier.—Ms. B 3: donner exemple. Fº 162.
P.111, l. 11: Plaremiel.—Ms. B 5: Paremiel. Fº 361.
P.111, l. 11: uns.—Les mss. B3, 4ajoutent: uns bons escuiers alemant, hardis homs d’armes malement. Fº 151.—Le ms. B 5 ajoute: un escuier alemant.
P.111, l. 24: de fers de glaves.—Ms. B 3: de pointes de lances.
P.111, l. 25: amies.—Ms. B 3: dames.
P.112, l. 4: sus le hart.—Ms. B 3: à peine de la hart. Fº 162 vº.
P.112, l. 13: creante.—Ms. B 5: creance.
P.112, l. 14: creante jou.—Ms. B 3: je le prometz.
P.112, l. 22: yaus.—Le ms. B 3 ajoute: mettre.
§336. P.112, l. 23: Quant li jours.—Ms. d’Amiens: Quant li jours fu venus, li trente compaignon Branquebourch oïrent messe, puis se fissent armer et s’en allèrent en le pièce de terre là où li bataille devoit y estre. Et descendirent tout à piet et coummandèrent à tous ciaux qui là estoient, que nulx ne fuist si hardis qui s’entremesist d’iaux, pour cose ne pour mescief qu’il veist. Et ensi fissent li trente compaignon de monseigneur Robert de Biaumanoir. Chil trente compaignon que nous appellerons Englèz, à ceste besoingne atendirent longement lez autrez trente que nous appellerons Franchois.
Quant il furent venu, il descendirent à piet, et fissent adonc le coummandement dessus dit. Et quant il furent l’un devant l’autre, il parlementèrent un petit enssamble tout soissante, puis se retraissent un petit arrière, li ungs d’une part et li autre d’autre part. Et fissent touttez leurs gens traire arrière de le place, bien loing. Puis fist li ungs d’iaux ung signe, et tantost se coururent seure, et se combatirent fortement tous en ung tas. Et rescouoient bellement li ungs l’autre, quant il veoient leurs compaignons à mescief.
Assés tost apriès ce qu’il furent assamblé, fu ochis li ungs dez Franchois. Mès pour ce ne laissièrent mies li autre le combattre; ains se maintinrent moult vassaument d’une part et d’autre, ossi bien que tout fuissent Rollans et Oliviers. Je ne say dire à le verité: «Chilz s’i maintint le mieux, ne chilz autrez;» mès tant se combatirent longement, que tout perdirent force et alainne et pooir entirement.
Si les couvint arester et reposer, et se reposèrent par acortli uns d’une part et li autre d’autre. Et s’en donnèrent trieuwez jusques adonc qu’il se seroient reposé et que li premier qui se releveroit, rapelleroit les autrez. Adonc estoient mort quatre des Franchois et deux des Englès. Il se reposèrent longement d’une part et d’autre. Et telz y eult qui burent dou vin que on leur aporta en boutaillez, et restraindirent leurs armures qui desrouttez estoient, et fourbirent leurs plaies et rebendelèrent. Fº 99.
P.113, l. 5: des leurs.—Ms. B 3: des François. Fº 162.
P.113, l. 13: se coururent sus.—Ms. B 5: s’entrecoururent sus. Fº 361 vº.
P.113, l. 22: plus avant.—Ms. B 3: mieulx. Fº 162 vº.
P.114, l. 2 et 3: leurs armeures.... plaies.—Ms. B 3: leurs arnois qui estoient gastez et nestoiarent leurs playes. Fº 162 vº.
§337. P.114, l. 4: Quant.—Ms. d’Amiens: Quant il furent assés reposé, li premiers qui se releva, fist signe et rapella les autres. Si recoummencha li bataille si forte comme en devant, et dura moult longement; et se tinrent ceste seconde enpainte moult vaillamment. Mès finablement li Englès en eurent le pieur; car, enssi que je oy recorder chiaux qui les virent, li ungs des Franchois, qui estoit à cheval, les debrisoit et defouloit laidement: si ques Blandebourch, leur cappittainne, y fu tués, et huit de leurs compaignons. Si les enmenèrent messires Robiers de Biaumanoir et li sien en leur garnison. Enssi alla il de ceste besoingne. Fº 99.
P.114, l. 8: et espois et daghes.—Ms. B 3: et espoisses dagues. Fº 163.
P.114, l. 18: le pieur.—Ms. B 3: du pire. Fº 163.
P.114, l. 20: les.—Le ms. B 3 ajoute: Anglois.
P.114, l. 21: mesaisiement.—Ms. B 4: mesaisement. Fº 151 vº.
P.114, l. 22: huit.—Ms. B 6: vingt. Fº 445.
P.114, l. 24: aidier.—Les mss. B 3 et 4 ajoutent: qu’il ne les couvint rendre ou mourir.
P.114, l. 28: rancenèrent.—Ms. B 4: ranchonnèrent. Fº 152.
P.114, l. 29: resanet.—Ms. B 3: gueriz.
P.114, l. 31: Englès.—Ms. B 6: Je n’oys oncques mais dire ne raconter que sy faite astine ne entreprise ne fust pour recommander,et partout là où il venroient, cheulx qui y furent et qui en escapèrent en vie. Et osy furent il, il n’est pas doubte, car bien vingt deus ans puissedy j’en vich ung seoir à la table du roy Charle de Franche, que on apelloit monseigneur Ievain Caruiel. Et pour chu que il avoit esté l’eun des Trente, on l’onnouroit deseure tous aultres. Et ousy il moustroit bien à son viaire qu’il sçavoit que cops d’espées, de daghes et de haches valloient, car il estoit moult plaiiés. Et ossi oy jou dire de che tamps que messires Engherans d’Uedins avoit esté avoecques en l’election, et pour che estoit il sy honnourés et amés dou roy de Franche. Se che fu voir, il en valy mieulx, et tout chil qui y furent, car che fut ung honnourable fait d’arme, et avint entre Plaremiel et Castiel Josselin l’an de grace mil trois cens cinquante un, le vingt septième de jullet. Fº 445 et 446.
P.115, l. 1 à 11: Et.... outrecuidance.—Cet alinéa manque dans le ms. B 5, fº 361 vº.
P.115, l. 3: Yewains.—Ms. B 3: Gauvain. Fº 163.—Ms. B 4: Jovains. Fº 152.
P.115, l. 3: Charuelz.—Ms. B 3: Caruel.—Ms. B 4: Keruels.
P.115, l. 7: bien.—Ms. B 3 ajoute: les enseignes.
§338. P.115, l. 12: Nous parlerons.—Ms. d’Amiens: Apriès le departement dou siège de Saint Jehan l’Angelier, et que li roys de France fut retrèz à Paris, il envoya son marescal, le seigneur de Biaugeu, à Saint Omer, pour là garder lez frontières contre les Englès. A ce donc estoit cappittainne de Calais messires Jehans de Biaucamp, et avoit grant fuison de bons compaignons avoecq lui, qui souvent yssoient et couroient sus le pays, d’une part et d’autre. Dont il avint une fois qu’il se partirent de Callais à trois cens armurez de fer et quatre cens archiers, et vinrent à un ajournement courir devant Saint Omer et queillirent le proie et l’enmenoient devant yaux.
Ces nouvellez vinrent au seigneur de Biaugeu que les Englès chevauchoient et avoient estet jusques ens ès fourbours de Saint Omer. Tantost il fist sounner ses trompettes et armer touttes mannierres de gens d’armes qui laiiens estoient, dont il avoit grant fuison; et tous premiers se parti à ce qu’il avoit de gens, sans atendre les autres, et vint sus les camps et fist desvoleper se bannierre. Si pooient y estre en ceste premierre routte environsix vingt armures de fier, et toudis veno[ient] gens. Si poursuiwirent les Englès bien quatre lieuwez, et tant que assés priès d’Arde il les raconssuirent. Li Englèz ne veurent plus fuir, mès se requeillièrent et entrèrent en un pret. Fº 99 vº.
P.115, l. 28: trois cens.—Ms. B 6: quatre cens. Fº 446.
P.115, l. 31: Saint Omer.—Ms. B 6: entre Arques et Saint Omer. Fº 446.
P.116, l. 2: terne.—Ms. B 3: tertre. Fº 163.—Ms. B 4: tierne. Fº 152.
P.116, l. 8: retraire.—Ms. B 3: eulx retirer.
P.116, l. 28 et 29: ensi.... fait.—Ms. B 3: quant ilz furent prestz. Fº 163 vº.
P.116, l. 29: caudement.—Ms. B 3: hastivement.
P.116, l. 32: Drues.—Ms. B 3: Drieuvez.
P.117, l. 1 et 2: Guillaumes.—Mss. B 3 et 4: Gauvaing.
P.117, l. 6: Cuvilers.—Ms. B 4: Civiliers.
P.117, l. 7: Vermendois.—Ms. B 6: Et sy avoit bien six cens bringans à pavais, dont Anbrose Bonnefin et Gorge de Pistoie et Franchois de Rose estoient meneurs et capitaines. Si gardoient et deffendoient le pais à leur pooir. Si chevauçoient une fois devers Calais pour querir leur aventurez, et chil de Calais aloient ung aultre jour. Ensy aloient il de l’un à l’autre; et toudis le comparoient les povres gens. Fos439 et 440.
P.117, l. 27: cent.—Ms. B 6: quatre cens. Fº 447.
P.118, l. 4: Evous.—Ms. B 3: Et vint.
P.118, l. 4: venu.—Ms. B 6: et ceulx de son ostel tant seulement, et vint jusques au pret, montés sur son coursier, se banière devant luy, et monseigneur Oudart de Renty, monseigneur Bauduin d’Ennequin, messire Baudart de Cuvillers, le seigneur de Haveskerke ossy delés luy. Et toudis ly venoient gens, mais encores n’estoient point venu le conte de Porsiien et sa banière ne messire Gilles de Bourbon ne messire Gicart de Biaugeu son frère.
Quant le sire de Biaugeu fu venus jusques as Englès, et il les vit ens ou pret, tantost imagina leur afaire et dist à ses gens: «A piet, à piet! Nous ne les poons combattre aultrement.» Adonc se mist il à piet; ossi firent tous ly aultres. Quant il fu à piet, il regarda entour luy et se vit en petite compaignie. Sy demanda à messire Bauduin de Cuvillers: «Où sont tous nos gens?» Respondy le chevalier: «Il vous sievent, et vous vosestes trop hastés. Che seroit bon que d’ieaux atendre: il venront tantost; et vous n’avés pas gens pour chy asallir à yaulx à jeu party.»
Adonc se retourna le sire de Biaugeu et dist par mautalent: «Baudart, Baudart, se vous avés paour, sy retournés et les atendés.»—«Sire, nanil, dist le chevalier; ains vous sievray, mès je vous le disoie pour bien.»
Adonc fist le sire de Biaugeu cheluy qui portoit sa banière passer oultre le fosset; et il mesmes prit sa lance et en apoiant il sally oultre. Et à che qu’il sally, il vint ung Englès qui le requelly de sa glave, et le fery par desous ou fusiel, car il n’estoit point armés de braies, de mailles, ne d’aultre armure deffensable à chel endroit. Fos448 et 449.
P.118, l. 8: tourniier.—Ms. B 3: tournoier.
P.118, l. 11: hurée.—Ms. B 3: levée. Fº 163 vº.
P.118, l. 12: sallir.—Le ms. B 3 ajoute: à. Fº 164.
P.118, l. 16: s’escueilla.—Ms. B 3: se reculla.—Ms. B 4: s’esquellia. Fº 152 vº.
P.118, l. 17: banière.—Ms. B 3: estandart.
P.118, l. 20: s’abusça.—Ms. B 3: trebucha.
P.118, l. 24: embara.—Ms. B 3: l’abatit.—Ms. B 4: embati.
P.118, l. 30: vaillamment.—Ms. B 6: Adonc s’avanchèrent les deus chevaliers et aultres qui estoient là venus avecques luy, messire Oudart de Renty, messire Bauduin d’Annekin, le sire de Mannier, le sire de Haveskerque, messire Lois d’Ecalles, messire Bauduin de Cuvillers, et y firent mervelles d’armes. Fº 450.
P.118, l. 32: foursené.—Ms. B 3: forcennez. Fº 164.
P.119, l. 2: estekeis.—Ms. B 3: estry.
P.119, l. 6 et 7: un oel.—Ms. B 3: Jehan Oel.
P.119, l. 13: le trettié.—Ms. B 3: le trait. Fº 164.—Ms. B 4: le traittiée.
P.119, l. 15: esmerveilliés.—Ms. B 3: esbay.
P.119, l. 28: reporter.—Ms. B 6: «.... ensevelir en nostre pais, en l’abeie de Belleville là où nostre anciseur gisent.» Son frère tout en plorant ly eult en couvent. Oncques depuis ces parolles le sire de Biaugeu ne parla; là morut. Dieu en ait l’ame, car il fut moult vaillant chevalier et preudons et bien congneu en pluiseurs pais. Meismement le roy Englès et les seigneursd’Engleterre en furent courchiés de sa mort pour le proesche et le bien de luy. Fos451 et 452.
P.120, l. 3: geules.—Les mss. B 3, 4 ajoutent: à trois lambaux (B 4: labiaus. Fº 153) de gueules. Fº 164.
P.120, l. 10: requerre.—Ms. B 3: conquerre.
§339. P.120, l. 14: Tout à piet.—Ms. d’Amiens: Li sires de Biaugeu, qui estoit chaux et boullans de combattre, descendi à piet et fist descendre les siens, et alla autour de ce pret; et n’y pooit entrer à sen aise pour un fosset qui y estoit, si ques par mautalent il prist son glaive et sailli oultre. En saillans, uns Englès li bouta son glaive ou fusiel où point n’estoit armés, et li embara ou corps et là l’abati navret à mort. Quant ses gens virent le grant mescief, il saillirent oultre qui mieux mieux. Et là eult deus chevaliers qui se fissent tuer sus le corps le signeur de Biaugeu. Si ne durèrent li Franchois qui là estoient, point longement, et furent tout mort et tout pris chil premiers.
Evous venant grant secours de Saint Omer, messires Guichart de Biaugeu, frère au dessus dit, le comte de Porsiien, messire Guillaumme de Bourbon et bien trois cens armures de fier; si se boutèrent en ces Englès. Et là eut de rechief grant bataille et dure, et maint homme reverssé d’une part et d’autre. Et vous di que li Franchois ne l’avoient mies d’avantaige, car li Englès s’i esprouvoient trop vaillamment: et ewissent, enssi que on suppose, esté desconffi, se li brigant, bien sept cens, ne fuissent là venu, mès chil parfissent le besoingne et desconfirent les Englès. Si furent tout mort et tout pris, et rescous cil qui pris estoient, et li proie ossi rescousse; car li sires de Bavelingehen, par où li foureur les menoient, yssi hors de se fortrèce, et ossi fissent chil d’Arde. Si le rescoussent et furent tout mort et tout pris chil qui le menoient, mès li sirez de Biaugeu morut là sus le place, dont tous li Franchois lurent moult courouchiet; si le ramenèrent à Saint Omer. Si le fist messires Guichars, ses frères, enbausoummer et mettre en un sarqu, et le renvoya en son pays arrierre en Biaugeulois. Si fu assés tost apriès envoiiés à Saint Omer messires Ernoulx d’Audrehen, et fais marescaux de Franche. Chilx garda ung grant tems le frontière contre lez Englès. Fº 99 vº.
P.120, l. 26: son hardement.—Ms. B 3: l’ardiesse. Fº 164 vº.
P.121, l. 5: essannés.—Ms. B 3: lassé.—Ms. B 4: ensannés. Fº 153.
P.121, l. 9: plus de cinq cens.—Ms. B 6: six cens. Fº 453.
P.121, l. 40: pavais.—Ms. B 3: pennons.
P.121, l. 13: hodet.—Ms. B 3: ennuyez.
P.121, l. 17: Biauvers.—Ms. B 3: Bauvères.—Ms. B 5: Beauvais. Fº 361 vº.
P.121, l. 17: Tuiton.—Ms. B 4: Tuton.
P.121, l. 24: devia.—Ms. B 3: trespassa.
P.121, l. 24: place.—Le ms. B 5 ajoute: Dieux pardoint à tous trespassés et à nous tous nos pechiés.
P.121, l. 31: le proie.—Ms. B 3: la prise.
P.121, l. 32: devint.—Mss. B 3, 4: de nuyt.
P.122, l. 4: embusce.—Ms. B 6: Et estoient bien six vingt hommes d’armes et trois cens à piet et mis en ung bosquet entre Ardre et Ghines. Fº 454.
P.122, l. 4 et 5: armeures de fer.—Ms. B 4: hommes d’armes.
P.122, l. 11: Saint Omer.—Mss. B 3, 4 ajoutent: où on l’avoit levée.
P.122, l. 16: peurent.—Ms. B 6: Ceste bataille fu l’an de grace mil trois cens cinquante un, le septième jour de septembre entre le bastille d’Ardre et le ville de Hoske. Après le desconfiture, les Franchois retournèrent à Saint Omer et enmenèrent leur prisonniers monseigneur Jehan de Biaucamp et les aultres et raportèrent le seigneur de Biaugeu tout mort, dont che fu pité, et monseigneur Guichart son frère moult fort navré, et ensevelirent les mors et entendirent as navrés. Assés tos après fut fait ung escange de monseigneur Jehan de Biaucamp et d’un aultre chevalier englès, que on nommoit messire Olivier de Clitfort, pour monseigneur Guy de Nelle, mariscal de Franche, et pour monseigneur Ernoul d’Audrehen. Si s’en ralèrent cilz chevaliers à Calais, et li aultres revinrent en Franche. Sy fu assés tos après esleu à y estre mariscal de Franche ou lieu de monseigneur de Biaugeu et fu envoié à Pontorson, car là avoit une grosse route d’Englès qui couroient le pais et venoient de le marche de Bretaigne. Sy se tint là messire Ernoul d’Audrehen ung grant temps en garnison, et avoit grant plenté de chevaliers et d’escuiers qui gardoient et deffendoient le pais de Normendie à che chosté. Fos454 et 455.
P.122, l. 21: faire frontière.—Ms. B 3: fortifier.
P.122, l. 26: d’autre.—Les mss. B 3 et 4 ajoutent: courtoisement.
§340. P.122, l. 28: En ce temps.—Ms. d’Amiens: Vous avés bien oy recorder coumment li comtez de Ghines, connestablez de Franche, fu pris à Kem en Normendie, et li comtez de Tancarville, et prisonnier en Engleterre. Li dis connestablez de Franche acquist grant grace en Engleterre dou roy premierement, de le roynne et de tous les seigneurs, car il estoit doulx et courtois chevaliers durement. Si fu là prisonniers l’espasse de cinq ans et plus, et se mist à finanche à soissante mil escus. Et le recrut li roys englès sus se foy à renvoiier se raenchon dedens ung jour qui mis y fu, ou de revenir tenir prison en Engleterre.
Si rapasa le mer li dis comtes de Ghines, et vint en France et se traist deviers le roy, dont il quidoit estre moult bien [amés], et le salua et enclina enssi comme son seigneur. Li roys Jehans li dist: «Comtes de Ghinnez, sieuwés nous.» Adonc se partirent de là et entrèrent en une cambre. Se li moustra une lettre, et li dist: «Veistes vous oncques mès ces lettrez chy?» Li connestables fu durement souspris et mua couleur quant il vi la lettre, che dist on. Quant li roys le vi abaubi, se li dist: «Ha! ha! mauvais traistres, vous avés bien mort deservi; si morés, foy que je doy à l’ame à mon père.» Si le fist tantost prendre et mettre en prison.
Cescuns fu dolens et esmervilliés dou connestable qui enssi en fu menés, car il estoit durement animés. Et si ne savoit nulx pensser ne adeviner pourquoy ly roys le faisoit. Et comment que ce fust, li roys jura à l’endemain, par devant lez amis dou connestable qui prioient pour li, que jammais ne dormiroit se li aroit fait copper le teste, ne jà pour ung, ne pour autre, ne l’en respiteroit; si ques le nuit meysmes li connestables eut la teste coppée en le tour dou Louvre: dont li roys en fu durement blamméz, mès on n’en eult autre cose. Fos99 vº et 100.
P.122, l. 29: Clemens.—Le ms. B 3 ajoute: sixiesme. Fº 165.
P.123, l. 2: Jehan.—Les mss. B 3 et 4 ajoutent: qui moult l’amoit.
P.123, l. 8: et.—Ms. B 4: en. Fº 153 vº.
P.123, l. 8 et 9: de Romme.—Ms. B 3: des cardinaux.
P.123, l. 14: aherdans.—Mss. B 3, 5: adherens.
P.123, l. 23: Kem.—Ms. B 5: Caen. Fº 362.
P.123, l. 26: d’Eu et.—Le ms. B 3 ajoute: le conte.
P.123, l. 29: able.—Mss. B 3, 5: habile.
P.123, l. 29: frice.—Ms. B 4: frische.—Ms. B 3: frisque.
P.124, l. 11: l’enclina.—Ms. B 3: s’enclina.
P.124, l. 22: assouplis.—Mss. B 3, 5: esbay.
P.124, l. 22: et pris deventrainnement.—Ms. B 3: et transy.
P.125, l. 4: royaume.—Le ms. B 5 ajoute: et tenu prison pour cinq ans. Fº 362.
P.125, l. 5: onques.—Le ms. B 3 ajoute: riens. Fº 165 vº.
P.125, l. 10: teste.—Ms. B 6: sans loy et sans jugement, et le fist le roy faire de sa puissanche. Je ne say se che fut à droit ou à tort, car de leur secret ne de leurs parlers ne de leur afaire je ne voel mie parler trop avant; j’en poroie bien mentir: se vault mieux que je m’en taise que j’en die chose que j’en soie repris. Fos456 et 457.
P.125, l. 12: je le tieng.—Ms. B 3: il estoit.
P.125, l. 12: vaillant.—Ms. B 3: noble.
§341. P.125, l. 20: Assés tost.—Ms. d’Amiens: En ce tamps estoient trieuwez en Franche par le pourcach dou cardinal de Bouloingne, qui se tenoit en le cité de Paris, dallés le roy. Or avint que ungs escuiers de Pikardie, qui gardoit le fort castiel de Ghines, s’acorda si bien as Englès et à monseigneur Jehan de Biaucamp, cappittainne de Callais, que, parmy une somme d’argent et de florins, il delivra as Englès le castiel de Ghinnes. Et en furent bouté hors à une journée chil qui le gardoient, et en eurent li Englès le possession.
Ces nouvellez vinrent à Paris au roi de Franche, comment li fors castiaus de Ghinnes estoit perdus. Si en fu li roys durement courouciés, et s’en complaindi au cardinal de Bouloingne coumment li Englès en trieuwes avoient pris et emblé se forterèce. Li cardinaux en escripsi à monseigneur Jehan de Biaucamp, et li manda que il avoit les trieuwez enfraintez et que ce fust deffait et qu’il remesist le castiel arrière. Messirez Jehans de Biaucamp respondi et rescripsi enssi, et dist que il n’eschievoit nul homme en trieuwez et hors trieuwez à vendre et achater maisons, terrezet hiretaiges. Si demora la cose en cel estat, et n’en peurent li Franchois avoir autre cose. Fº 100.
P.125, l. 20: Assés.—Ms. B 6: Encores endementiers que ly cardinaulx de Boulongne estoit à Paris, le roy de Franche qui avoit saisy le conté d’Eu et de Ghines, avoit donné le conté d’Eu à monseigneur Jehan d’Artois, son cousin germain, et le conté de Ghines tenoit il encore. Et avoit mis dedens le castiel de Ghines ung castelain, escuier, que on nommoit de Bielconroy. Dont il avint que messire Jehan de Biaucamp, qui estoit gardien et souverain de Calais de par le roy d’Engleterre, fist tant parlementer à che castelain de Ghines qu’il ly eult en couvent de livrer le castiel à certain terme. Et me samble que che devoit estre par nuit, quant tout les compaignons dormyroient, parmy une somme de florins, mais ne say quelle. Et l’argent fut paiiet, et ly castieau livrés. Et y vinrent chil qui entrèrent par batiel et par derière sus les marès qui sont grant et large d’iauve: il n’y fait oncques sy secq qu’il n’y ait toudis plus de deux lieues d’iaves de large. Les Englès entrèrent dedens baudement et trouvèrent tout les saudoiiers qu’il estoient encores en leur lit. Il ne leur firent nul mal, car la chose estoit faite ensy, mais il leur disoient: «Or sus, or sus, seigneurs, vous avés trop dormy; levés vous, et sy vidiés le castiel, car cheens ne demor[r]és plus.»
Les sauldoiiers furent moult esbahis, quant il virent ces Englès en leur cambre entrer: il volsissent bien estre en Jherusalem. Et lors s’armèrent et se partirent de laiens le plus tost qu’il porent tout desconfis et barretés. Et estoient entre aulx moult esmervilliés de ceste aventure; sy se mespensèrent de che Hue de Bielcoroy, pour che que pluiseurs fois puis huit jours il avoit esté plus de fois hors que les aultres fois acoustumé n’estoit: si le prirent, car il estoit adonc avoecques yaus et li mirent seur le traison et oncques ne s’en seult escondire ne escuser. Et fut menés à Saint Aumer et delivré à messire Joffroy de Cargny, qui pour le tamps gouvrenoit la ville de Saint Omer et les frontières d’ileuc de par le roy de Franche: liquelx mit à mort ce Hue de Bielcoroy, seloncq la congnoissance qu’il fist. Fos460 et 461.
P.125, l. 26: de.—Ms. B 4: à. Fº 154.
P.126, l. 15: n’eskiewoit.—Ms. B 3: creignoit. Fº 155 vº.—Ms. B 4: n’esqueroit. Fº 154.
§342. P.127, l. 1 et 2: deseurain.—Ms. B 3: derrain. Fº 166.
P.127, l. 8: ensongne.—Ms. B 3: exoine.
P.127, l. 18: couls.—Ms. B 4: cousts. Fº 154 vº.
P.127, l. 24: consent.—Ms. B 3: consentement.
P.127, l. 26: n’estoit.—Les mss. B 3 et B 4 ajoutent: souffisant.
P.128, l. 1: maison.—Les mss. B 3 et 4 ajoutent: noble.
P.128, l. 9: detenue.—Ms. B 3: entretenue.
§343. P.129, l. 1: en ce temps.—Ms. d’Amiens: En ce tamps et en celle saison avoit li roys de France un chevalier dallés luy, que durement il amoit, avoecq qui il avoit estet nouris d’enfance, que on clammoit monseigneur Carle d’Espaigne, et estoit ses compains de touttez coses, et le creoit devant tous autrez. Et le fist li roys Jehans connestablez apriès le mort dou comte de Ghines, et li dounna une terre qui avoit estet en debat entre le roy son père et le roy de Navarre, dont par l’ocquoison de celle terre, grant envie et haynne s’esmurent entre les enfans de Navarre et monseigneur Carle d’Espaigne. Li connestables s’afioit si en le puissance dou roy et en s’amour, qu’il n’amiroit de riens le roy de Navare. Dont il avint un jour qu’il estoit en Normendie entre l’Aigle et une autre ville, si fu là espiiés, et le trouvèrent les gens le roy de Navarre, et fu ochis en son lit d’un Navarois qui s’appelloit le Bascle de Maruel. Ces nouvellez vinrent au roi de France que ses connestablez estoit mors; si en fu trop durement courouchiés sus le roy de Navarre, et le enqueilli en si grant haynne, quoyque il ewist sa fille espousée, que oncques puis ne l’amma, si comme vous orés recorder avant en l’istoire. Fº 100.
P.129, l. 17: felonnie.—Ms. B 3: villennie. Fº 166 vº.
P.129, l. 21: temps.—Ms. B 6: Ceste hayne ne peult oncques yssir de son cuer, quelconque samblant que il moustra, mais tous jours pensoit à luy faire contraire et s’en descouvry à aulcuns de son consail. Ung jour s’avisa le roy de Franche qu’il le manderoit qu’il venist parler à luy à Paris à ung certain jour et qu’il ne le laissa nullement. Or avint que dedens che mandement aulcuns du secret consail du roi de Franche s’en descouvry en confession au cardinal de Boulongne en grant bien et ly reghey aulcune chose de l’intencion du roy son seigneur, pour tant qu’il doubtoit que grant mal n’en venist.
Quant le cardinal entendy che que le roy Jehan avoit vollentéde faire, il le fist sçavoir au roy de Navare son cousin tout secretement qu’il ne venist mie au mandement du roy, car il doubtoit que mal ne l’en venist: si ques par che point le roy de Navare ne ly venist point au jour; mais il se tint tous garnis et prouveus en le conté d’Evrues pour attendre le roy de Franche ou ses gens, se il le volloient guerier.
Quant le roy de Franche vit che, il fut moult courouchiés, et ymagina et apensa que messire Robert de Lorris avoit revellé son consail et che qu’il volloit faire. Sy en fut le dit messire Robert ung grant tamps en le malleyvolense du roy, et l’en convint vidier du royalme de Franche. En che tamps revint le cardinal de Boulongne en Avignon. Fos466 et 467.
P.129, l. 23: grandement.—Le ms. B 3 ajoute: en hayne.
P.129, l. 24: dur parti.—Ms. B 3: grant soucy.
P.129, l. 26: doubtés.—Ms. B 3: soucyés.
P.129, l. 28: n’aroit.—Le ms. B 3 ajoute: au monde.
P.129, l. 28: de.—Ms. B 3: que.
P.130, l. 1: leur entente.—Ms. B 3: à leur volenté.
P.130, l. 5: demandoient.—Ms. B 3: poursuivoient.
P.130, l. 5 et 6: et qui.... sur lui.—Ms. B 3: et qui avoient conspiré sa mort contre lui.
P.130, l. 11: pour.—Le ms. B 5 ajoute: y.
P.130, l. 20: aïr.—Ms. B 5: haïr. Fº 362 vº.
P.130, l. 23 et 24: dalés.—Ms. B 3: avec.
P.131, l. 9 et 10: villes.... mies.—Ms. B 3: villages, mais plainctz ne furent mye. Fº 167.
§344. P.131, l. 25: un grant temps.—Ms. B 6: bien dix sepmaines. Fº 467.
P.131, l. 29 et 30: li articles.—Ms. B 3: les articles. Fº 167.
P.132, l. 2: France.—Ms. B 6: Ce fu environ après Pasques, et à le Saint Jehan Baptiste ensievant devoit fallir le respit entre le roy de Franche et le roy d’Engleterre. En che meisme tamps, vint le roy de Navare en Avignon et se complaindy au pape et à aulcuns cardinaus du roy de Franche qui ensy le hayoit, et se luy sambloit qu’il ly faisoit grant tort. Après se party le roy de Navare et s’en revint en son pais. Fos467 et 468.
P.132, l. 2: inspirée.—Ms. B 3: expirée.
P.132, l. 6: reschei.—Ms. B 3: escheut.—Ms. B 4: eschei. Fº 155 vº.
P.132, l. 19: au duc.—Le ms. B 5 ajoute: Jehan. Fº 363.
P.132, l. 19: pareçons.—Ms. B 3: portions.—Ms. B 4: parchons.—Ms. B 5: part.
§345. P.133, l. 16: Li rois.—Ms. d’Amiens: Vous avés chi dessus bien oy recorder coumment li roys de France hayoit en coer le jone roy de Navare et ses frères, pour le mort de son connestable messire Carlez d’Espaingne. Oncquez ceste haynne ne li peult yssir dou coer, quel samblant qu’il li moustrast, et s’en descouvri à aucuns de son consseil.
Or avint que li roys de Franche le manda ung jour que il venist parler à lui à Paris. Li roys de Navare, qui nul mal n’y penssoit, se mist au chemin et s’en venoit à Paris droitement. Sus sa voie li fu segnefiiet que, se il alloit à Paris deviers le roy, il aroit à souffrir dou corps. Si retourna li roys de Navare à Chierebourcq, dont il estoit partis, et grant hiretaige en Normendie qu’il tenoit de par sa femme.
Li roys sceut ces nouvelles coumment il estoit retournéz; si en souppeçonna aucuns de son consseil qu’il ne l’ewissent revelé, et en fu dou tout mescrus messires Robers de Loris. Et l’en couvint wuidier France et aller demorer en Avignon dalléz le pappe, tant que li roys ewist passés son mautalent.
Quant li roys de Navarre et si frère se virent en ce parti et que li roys de France les haioit couvertement, si se coummencièrent à doubter de lui, pour tant qu’il estoit trop crueulx. Et se pourveirent d’autre part et fissent grans allianches au roy d’Engleterre, qui leur jura à aidier et conforter contre le dit roy de Franche, et pourveirent leurs castiaux et leurs garnisons. Fº 100.
P.133, l. 17: hayne le fait.—Ms. B 3: indignation la mort. Fº 107 vº.
P.133, l. 18: pooit.—Ms. B 4: pooient. Fº 155 vº.
P.133, l. 21: costés.—Ms. B 6: Quant le roy de Navare eult esté et visseté son royalme de Navare bien ung an, il entendy que le roy de Franche avoit envoiiet puissance de gens d’armes sus les frontières d’Evrues pour ardoir et essillier son pais. Sy se mist le roy de Navare en mer à tout grant foison degens d’armes et arriva en Normendie à Chierbourch qui se tenoit pour luy. Sy pourvey ses fortresses du mieulx qu’il pot pour contrester contre les Franchois.
Assés tost après s’apensèrent les deux frères de Navare qu’il s’aliroient au roy d’Engleterre pour estre plus fors en leur guerre, ou cas qu’il ne pooient avoir pais au roy de Franche. Et eurent chertains couvenanches ces deux rois ensamble. Et devoit le roy d’Engleterre le saison après, à grant puissance de gens de gherre, ariver en Normandie sur le pooir du roy de Navare et par là entrer en Franche.
Et bien supposoit le roy de Franche aulcune cose dont, affin qu’il fust plus fors et mieulx amés en Normendie, et que plus y euist d’amis, il pardonna à sire Godefroy de Harcourt tout son mautalent et cheaulx qui son père le roy y avoit eus, et ly rendy toute sa terre de Coustentin. Et revint le dit messire Godefroy en Franche en grant honneur et y fut moult conjoys de tous les seigneurs et les barons de Normendie où il avoit moult grant linage.
Ensy se demenèrent ces choses couvertement. Et avoit le roy Jehan encuelliet en grant hayne les enfans de Navare, et n’estoit nulz qui en peuist faire le pais. Quant che vint en may l’an mil trois cens cinquante cinq, le roy d’Engleterre tint une moult grose feste et moult noble en la cité de Londrez. A chelle feste eult moult grant foison de chevaliers et de seigneurs, de dames et demoiselles, et dura la feste quinze jours. Et y eult moult de belles joustes, et belle feste de tout poins. En fin de la feste, il y eult grant parlement; et y fu messires Phelippes de Navare, qui parconfruma les alianches du roy son frère au roy d’Engleterre. Et eult le roy englès en couvent au dit monseigneur Phelippe que moult efforchiement à la Saint Jehan Baptiste ensievant se meteroit en mer et yroit prendre terre en Normendie sur le pooir du roy de Navare. Et le roy de Navare ly devoit delivrer ses fortresses qu’il tenoit en Normendie, pour mieulx grever Franche et constraindre ses ennemis.
Encores fu là ordonné ly mariage du jouene conte Jehan de Monfort et de l’une des filles du roy d’Engleterre, parmy tant que le roy d’Engleterre eult en couvent au dit conte qu’il luy aideroit à poursievir sa guerre contre la fème à monseigneur Charles de Blois qui s’en tenoit hirtière et qui moult forte y estoit de villes, de cités et de fortresses et ossy de grande baronnieet de bonne chevallerie, Bretons, qui estoient de son acord. Et y faisoit toudis la damme bonne guerre et forte, quoyque son marit messire Charles de Blois fust prisonniers en Engleterre. Fos468 à 471.
P.134, l. 17: Konces.—Ms. B 3: Conches.
P.134, l. 26: Rosem.—Ms. B 3: Rozan.—Ms. B 5: Ros. Fº 363 vº.
P.135, l. 1: cinq cens.—Ms. B 4: six cens. Fº 156.
P.135, l. 5: en nom de cran.—Ms. B 3: pour le creancer.—Ms. B 4: en nom de craon.
P.135, l. 16: mil.—Mss. B 3, 6: deux mille.
P.135, l. 16: deux mil.—Ms. B 6: six mille. Fº 471.
P.135, l. 17: lui.—Ms. B 6: Et che fu acordet à le requeste et prière d’aucuns barons de Gascongne, qui là estoient venu veoir le roy leur seigneur, tels que le seigneur de Labreth, messire Jehan de Pumiers, messire Elies de Pumiers, le sire de Lespare, le sire de Chaumont, le sire de Muchident et messire Aymers de Tharse. Fº 471.
P.135, l. 18: li contes.—Le ms. B 3 ajoute: de Quenfort. Fº 168.
P.135, l. 21: le baron de Stanfort.—Ms. B 6: Richard de Stanfort. Fº 168.
P.135, l. 22: milleurs.—Ms. B 3: merveilleux.
P.135, l. 24: d’eur.—Ms. B 5: de honneur.
P.135, l. 26: et.—Le ms. B 3 ajoute: mis.
P.135, l. 26: Là estoient.—Ms. B 6: ossy le sire de le Ware, le sire de Willeby, messire Guillaume filz à Wervic, le sire de Despensier et sy doy frères, Thomas et Hues, qui devinrent chevaliers en che voiage, le sires de Felleton, messire Berthemieulx de Bruch, messire Estievenes de Gensesenton, le sires de Bercler, le sire de Briseton, messire Noel Loruich, messire Richart de Poncardon, messire Daniaus Pasèle, messire Denis de Morbecque, messire Ustasse d’Auberchicourt, messire Jehan de Gistellez et pluiseurs aultres, que je ne puis mie tout nommer. Dont, environ le Saint Jehan, tout ches seigneurs chevaliers et toutes gens d’armes et archiers se partirent d’Engleterre et montèrent à Hantone bien pourveu de gros vaisseaulx et de belle navire et allèrent devers Gascongne. Fº 472.
P.135, l. 28: Brues.—Ms. B 4: Brouhes. Fº 156.
P.135, l. 30: Estievenes.—Ms. B 5: Estienne. Fº 363 vº.
P.136, l. 2: Ustasses.—Ms. B 3: Ytasse.—Ms. B 4: Wistaches.
§346. P.136, l. 10: Quant li rois.—Ms. d’Amiens: Et avint que li rois d’Engleterre, sus le confort dou roy de Navare, fist ung très grant mandement par tout son royaumme, et eut bien quatre cens vaissiaux appareilliéz sus mer. Si entrèrent ens touttes mannierrez de gens d’armes et d’archiers, et s’en vinrent singlant pour arriver en Normendie; mès li vens leur fu toudis si contrairez que bien six sepmainnez qu’il furent sus l’aige, il ne peurent prendre terre à Chierebourch, là où il tiroient et tendoient à ariver.
Li roys de France, qui estoit enfourméz de l’armée dou roy d’Engleterre et des alliances qu’il avoit au roy de Navarre, fu adonc si consilliéz parmi bonnes gens qui s’en ensonniièrent, et par especial li cardinaux de Bouloingne, que on les mist à acord. Et fu ensi dit au roy de Franche que il valloit trop mieux que il se laisast à dire et refrennast son coraige que donc que ses royaummes fust nullement foulléz ne grevés.
Si descendi adonc li roys de France à l’ordonnance de ses gens, et fist paix au roy de Navare. Et li pardonna li roys de France, par samblant, tous ses mautalens. Et dubt li roys de Navarre adonc, par paix faisant, deffiier le roi d’Engleterre; mais il n’en fist riens et s’en seut bien dissimuler. Fº 100.
P.136, l. 11: en mer.—Ms. B 6: sur le rivière de Tamisse. Fº 473.
P.136, l. 12: deus mil.—Ms. B 6: trois mille. Fº 473.
P.136, l. 12 et 13: quatre mil.—Ms. B 6: dix mille archiés et cinq mille hommes de piet, Gallois et aultres, quy ont usaige de suir les gerres. Là estoient des seigneurs englès avecques le roy, le duc de Lenclastre, son cousin, et ung des filz du roy, que on appeloit Jehan conte de Richemont, et povoit estre en l’eaige de seize ans, le conte de Pennebrucq, le conte d’Arondel, le conte de Northonne, le conte de Kenfort, le conte de Cornuaille, le conte de la Marche, le sires de Persy, le sires de Ros, le sires de Grisop, le sire de Noefville, mesirre Richart de Bennebruge, l’evesque de Lincolle et chilz de Duren, le sire de Monbray, le sire de Fillvastre, mesire Gautié de Mauny, le sire de Multonne, mesire James d’Audelée, messire Pière d’Audeléefrères, le sire de Lantonne et pluiseurs aultres barons et chevaliers, bien en point de servir le roy.
Sy se partirent du havre de Londres sur la Tamise et vinrent à chelle prumière marée gesir à Gravesaindez, et lendemain au soir à Mergate. Quant il se furent de là desancrés à l’autre marée, il entrèrent en mer et costioient Engleterre et Boulongne et tout le Pontieu, en approchant de Normendie. Bien estoient veu des costes de Franche, mès mies ne sçavoient quelle part il volloient traire.
Dont ces nouvelles furent raportées au roy de Franche et à son consail que le roy d’Engleterre, à plus de deux cens vaissiaulx, que uns que aultres, et estoit sur mer, et prendoit le chemin de Normendie. Sy vinrent aulcun grant seigneur de Franche, telz que le duc de Bourbon, messire Jacques de Bourbon frères, le duc d’Athènez, connestable de Franche, le conte d’Eu messire Jehan d’Artois et pluiseurs aultres grant seigneur du conseil du roy qui seurent les couvenenches et les traitiés qui estoient entre le roy d’Engleterre et le roy de Navare. Sy considerèrent que parmy chel acord le roialme de Franche pouroit estre destruit. Sy parlèrent au roy Jehan et ly remoustrèrent tant de raisons souffisans qu’il convint qu’il s’enclinast à leur conseil, combien que che fust contre son coraige. Fos473 à 475.
P.136, l. 15: Stafort.—Mss. B 4, 5: Stanfort. Fº 156 vº.
P.136, l. 15: le Marce.—Ms. B 3: la Mare. Fº 168.
P.136, l. 16: Hostidonne.—Ms. B 3: Antiton.
P.136, l. 23: Symons de Burlé.—Mss. B 3, 5: Symon Burlé.
P.137, l. 4: à l’encontrée de.—Ms. B 4: à l’encontre.—Ms. B 5: qui est contre. Fº 364.
P.137, l. 15: li pooit.—Ms. B 3: le pourroit.
P.137, l. 15: ou cas que.—Ms. B 3: si d’aventure.
P.137, l. 16: possessoit des villes et des chastiaus.—Ms. B 3: mettoit les Anglois ès villes et chasteaux.
P.137, l. 17: valoit.—Ms. B 3: seroit.
P.137, l. 18: laissast à dire.—Ms. B 3: envoiast.—Ms. B 4: se laissast à dire.
P.137, l. 21: conception.—Le ms. B 3 ajoute: et qui jà estoit.
P.137, l. 22: aïr.—Ms. B 3: ire.
P.137, l. 23: se rafrena.—Ms. B 3: refrena.
P.137, l. 23à25: et laissa... Navare.—Ms. B 3: embesoigna de ses gens devers le roy de Navarre.
P.137, l. 25: Chierebourch.—Le ms. B 4 ajoute: devers le roy de Navare.
P.137, l. 25 et 26: li evesques de Bayeus.—Ms. B 6: li archevesques de Sens. Fº 475.
P.137, l. 32: retournées.—Ms. B 3: remoustrées.
P.138, l. 3: d’Engleterre.—Ms. B 6: Tant fut traitié et parlementé entre le roy Jehan de Franche et le roy de Navare que une journée fut prinse de faire l’acord entre Paris et Evreus, et convint adonc que le roy de Franche venist hors de Paris pour parlementer au roy de Navare. A che parlement fut acordet que le roy Jehan renderoit au roy de Navare toute[s] les terres qu’il avoit devant donné à monseigneur Charles d’Espaigne: pour quoy il fut ochis, et dont le haine venoit, et ly rendy tous les hirtaiges et les proufis que il et le roy son père en avoient levet pas l’espasse de vingt ans, qui povoit monter plus de six vingt mille florins. Et parmy chou bonne pais, et devoit estre le roy de Navare establis de donc en avant au roy Jehan et au royalme de Franche et contremander les couvenanches du roy d’Engleterre toutes telles que il les i avoit. Et encores avoecq che, le roy de Navare et ses frères povoient chevauchier par tout le royalme de Franche à tout cent bachinés ou cent glaives, sans meffaire, s’il leur plaisoit. Et, toutes ces choses ordenées et confermées et saillées, le roy de Franche retourna à Paris, et le roy de Navare et ses frères retournèrent à Evreus. Fº 476.
§347. P.138, l. 11: Quant li rois.—Ms. d’Amiens: Li roys d’Engleterre fu enfourmés de celle paix, qui gisoit sur mer à l’ancre à l’encontre de l’ille de Grenesie; si se retraist adonc vers Engleterre; mès pour ce que il avoit ses gens assamblés, il lez vot emploiier et fist tourner toutte se navie à Calais, et là ariva. Si yssirent li Englès de lors vaissiaux et sen vinrent logier à Callais, et li roys ou castiel.
Ces nouvellez vinrent en Franche que li roys d’Engleterre et ses hoos estoient arivet à Calais, et suposoit on que il feroit une chevauchie en France. Si envoya tantost li dis roys de Franche grant fuisson de gens d’armes à Saint Omer, desquelx messire Loeys de Namur et li comtez de Porsiien furent cappittainne; etfist ung coumandement par tout son royaumme que touttes gens fuissent priès as armes et as chevaux pour resister contre leurs ennemis. Encorres envoya li roys de Franche grant gent d’armes à Arde, à Bouloingne, à le Montoire, à Bavelingehen, à Oudruich, à Hamez et ens ès garnisons françoisses sus lez frontierres de Callais.
Quant li roys d’Engleterre et ses gens se furent cinq jours reposet et rafresci à Callais, il s’ordonnèrent pour partir et de chevauchier en Franche. Si se departirent de Callais en grant arroy et grant fuisson de chars et de sommiers, et estoient environ deus mil hommes d’armes et quatre mil archiers. Si prissent le chemin de Tieruanne, et coururent li Englès le premier jour jusques à Moustroel sus Mer et environ Saint Pol et Tierrenois. Si ardirent tout le pays là environ, puis retournèrent à leur grant ost. Fº 100.
P.138, l. 19 et 20: les dangiers.—Ms. B 3: le dangier. Fº 168 vº.
P.138, l. 28: ou.—Le ms. B 5 ajoute: aillieurs. Fº 364.
P.138, l. 29 et 30: vesteure.—Ms. B 3: vestemens.
P.138, l. 30: ostilz.—Ms. B 3: choses.—Ms. B 4: estas. Fº 157.
P.139, l. 2: au lés.—Ms. B 3: du cousté.
P.139, l. 10: Lyons.—Ms. B 4: li uns.
P.139, l. 18: Sallebrin.—Ms. B 3: Salebry.
P.139, l. 23: le Montoire.—Ms. B 3: la Motoire.
P.140, l. 2: où que fust.—Ms. B 3: en quelque part que ce fust. Fº 169.
P.140, l. 2: fust.—Ms. B 6: Et sceult (le roi de France) tantost par ses garnisons de Boulongne et d’ailleurs que le roy d’Engleterre estoit arivés à Calais; lors fist ung moult grant mandement à yestre à Amiens, car il voloit aller à l’encontre du roy d’Engleterre et deffendre son pais. Sy envoia le dit roy monseigneur Lois de Namur son cousin à Saint Omer à tout deux cens lanches pour estre capitaine de la dite ville et des frontières par delà. Et envoia son marisal, messire Ernoul d’Audrehem, en le bastille d’Ardre, à tout deux cens armés de fer, pour le garder et deffendre à tous venans. Et envoia le jouene conte de Saint Pol en la chité de Terouane, à tout deux cens lanches pour le garder, et les garny bien et soufisanment, et Boulongne et Monstreul, Heddin, Saint Pol et toutes les fortresses de là entour. Et le roymeismes se party de Paris et le duc de Normendie son filz, le duc d’Orliens ses frères, le duc de Bourbon, le conte de Pontieu, le conte d’Eu, le conte de Dammartin, le conte de Tancarville, le conte de Vaudemont et de Genville, le conte de Monpensé et de Ventadour, le conte de Nerbonne et pluiseurs aultres barons et seigneurs; et chevauchèrent devers Amiens. Et d’autre part vinrent de l’Empire messire Jehan de Haynau, sire de Bieaumont et de Chymay, en très grant aroy, car le roy Jehan l’amoit durement et avoit en luy très grant fiance. Et y vint le conte de Namur nomé Gillame, le conte Jehan de Nanso, le conte de Clèves, l’evesque de Més, l’evesque de Verdun et grant foisons de chevaliers d’Alemaigne. Et, d’autre part, se asambla le roy de Navare ly troisième de frères, messire Phelippes, messire Lois, à tout grant foisons de saudoiers, pour venir [à] Amiens où le roy de Franche faisoit son mandement.