P.63, l. 4: plus de trois jours.—Mss. A 8, 9: trois jours.
P.63, l. 5: passet.—Le ms. A 29 ajoute: Et qui là les eust assiegé sans combattre et clos les passages, en eust brief eu grand marché, pour tant qu’ils n’avoyent nulles pourveances et à tous lés estoyent environnés de leurs ennemis.
§397. P.63, l. 6: Quant.—Ms. d’Amiens: Quant ce vint au soir, li prinches dounna à soupper en sa loge le roy de Franche et tous les seigneurs et chevaliers bannerès et prisons, et les festia et honnoura humblement dou mieux qu’il pot, de leurs pourveances meysmes, car il n’avoient autres. Et assey li prinches le roy Jehan, monseigneur Jakemon de Bourbon, monseigneur Jehan d’Artois, le comte de Nasço, le comte de Ventadour, le comte d’Estampes, le comte de Waudimont et de Genville, le seigneur de Partenai et trois autres vaillans chevaliers à une table moult haulte et bien couverte, et tous les autres seigneurs, barons et chevaliers, as autres tables.
Et servoit toudis li prinches au devant de la table dou roy et par tout les autres tables ossi, si humblement qu’il pooit. Ne oncquez ne se vot seoir à la table dou roy, pour priière que li roys l’en fesist; ains disoit toudis qu’il n’estoit mies encorres si souffissans qu’il appertenist à lui de seoir à le table de si grant prinche et de si vaillant homme que li corps de lui estoit et quemoustret avoit à le journée, mais toudis se agenouilloit par devant le roy et disoit: «Chiers sires, ne voeilliés faire simple chierre, se Dieux m’a volut conssentir vostre volloir au jour d’hui; car certainnement messires li roys mes pères vous fera toutte l’ounneur et amisté qu’il porra, et s’acordera à vous si raisounnablement que vous demourrés bon amit enssamble à tousjours. Et si m’est avis que vous avés grant cose et bien raison de vous esleechier, coumment que la besoingne ne soit tournée à vostre gret, car vous avés concquis au jour d’ui le haut non de proèce, et avés passet tous les mieux faisans de vostre costet. Je ne di mies che, sachiés, chiers sires, pour vous lober, car tout chil de nostre partie qui ont veu les ungs et les autres, se sont par plainne science à chou acordé, et vous en donnent le pris et le cappelet, se vous le voullés porter.»
A che point chacuns coumença à murmurer, et disoient entre yaux Franchois et Englès, que noblement et à point li prinches avoit parlet; si le prisoient durement en disant que en lui aroit encorres gentil seigneur, s’il pooit longement vivre et en telz fortunne perseverer. Fo107.
P.63, l. 7: en sa loge.—Ces mots manquent dans A 8, 9.
P.63, l. 13 et 14: le conte de Genville.—Mss. A 8, 9: le seigneur de Joinville.
P.63, l. 14: Genville.—Ms. A 8: Jenville.—Mss. A 20 à 22: Neuville. Fo277.
P.63, l. 15: haute.—Ms. B 3: belle.
P.63, l. 17: toutdis.—Mss. A 8, 9: tousjours.
P.63, l. 18: ossi, si.—Mss. B 3, A 30 à 33: aussi.—Mss. A 1 à 6, 8, 9, 11 à 22: si. Fo199.
P.63, l. 18 et 19: ossi.... pooit.—Mss. A 23 à 29: moult humblement, tant comme il lui estoit ou monde possible. Fo214 vo.
P.63, l. 20: en fesist.—Mss. A 8, 9: sceust faire.
P.63, l. 21 et 22: mies.... à lui.—Ms. B 3: pas digne et ne lui appartenoit.
P.63, l. 23: grant.—Mss. A 8, 9: hault.
P.63, l. 23: prince.—Ms. B 3: seigneur.
P.63, l. 23: homme.—Ms. B 3: prince qu’estoit le roy de France.
P.63, l. 26: simple.—Mss. A 11 à 14: triste. Fo181.
P.63, l. 27: consentir.—Ms. B 3: acomplir.
P.63, l. 31 et p. 64, l. 1: vous.... esleecier.—Ms. B 3: vous n’avez occasion de vous esbayr.
P.64, l. 1: esleecier.—Mss. A 1 à 6, 11 à 14, 18 à 22: resjoir. Fo199.—Mss. A 23 à 29: esjouir. Fo214 vo.
P.64, l. 3: nom.—Mss. A 11 à 14: honneur. Fo181.
P.64, l. 5: lober.—Mss. B 3, A 20 à 22: louer.—Mss. A 23 à 29: loer. Fo215.—Les mss. A 20 à 22 ajoutent: ce povez vous savoir.—Les mss. A 15 à 17 ajoutent: aucunement. Fo192 vo.
P.64, l. 7: sieute.—Mss. B 3, A 1 à 6, 8, 9, 11 à 33: science.
P.64, l. 14: vivre.—Le ms. A 29 ajoute: en santé.
P.64, l. 14: perseverer.—Le ms. A 29 ajoute: car il avoit esté toujours moult heureux ou entreprenant.
§398. P.64, l. 15: Quant.—Ms. d’Amiens: Quant il eurent souppet et assés festiiet, selonc le point là où il estoient, chacuns s’en alla à se loge avoecq ses prisons pour reposer. Celle nuit y eut grant fuison de prisons, chevaliers et escuiers, qui se ranchounnèrent enviers chiaux qui pris les avoient, car il les laissoient plus courtoisement ranchounner c’oncques gens feissent, ne ne les constraindoient autrement que leur demandoient, sour leur foy, de combien il poroient paiier, sans yaux grever, et les creoient legierement de çou qu’il en disoient; et leur dounnoient jour de rapporter la somme des florins qu’il avoient ditte et noummée, à le feste dou Noel après enssuiwant, en le chité de Bourdiaux, sour leur foy creantée, ou de revenir dedens le dit jour tenir prison. Et disoient communnement qu’il ne volloient mies chevalier ne escuier rançonner si entirement, qu’il ne se pewist bien chevir et gouvrenner del sien et servir ses seigneurs seloncq son estat, et aller aval le pays avancier son corps et sen hounneur.
Telle n’a mies estet li coustumme ne li courtoisie dez Alemans jusquez à ores; je ne say coumment il en feront d’orez en avant, car il n’ont pité ne merchy de crestiiens gens d’armes, tant soient noble ne gentil homme, quant il lez tiennent, mès lez mettent en chés, en gresillons, en polies et en destroites prisons, comme larrons et mourdreours, et tout pour mieux ranchonner.
Quant che vint au matin que chil seigneur eurent messe oïe et il eurent beu un cop, il se partirent de là et aroutèrent leur carroy en leur aroi et en menèrent moult courtoisement le roi deFranche et les autres seigneurs ossi. Et les chevaliers et escuiers laissoient il aller d’encoste yaux, bellement sour leur foy, et en allèrent en celle mannierre de journée en journée, sans ardoir et sans gaster le pays, tant qu’il vinrent en le bonne chité de Bourdiaux, là où il furent rechupt et festiiet à grant joie. Et missent le roy Jehan en une abbeie pour lui aisier et reposer à se vollenté; mès bien le faisoient garder, ce n’estoit mies merveilles, et son jone fil avoec lui, que on clammoit monseigneur Phelippe. Et tout le plus des autres seigneurs, comtes, barons et chevaliers, rachata li prinches à chiaux qui les avoient, pour grandes sommes de florins, seloncq che que chacuns estoit. Si recrut les pluisseurs, sour leurs fois, à retourner à Bourdiaux dedens le Noel ou le Candeler enssuiwant. Si tenoit li roys de Franche son estat à Bourdiaux, tout enssi comme il faisoit à Paris, tant que de se chapelle et de ses menestrelx avoir dallés lui, et toutte se famille qu’il remanda. Et le compaignoit souvent li princhez et faisoit compaignier des plus grans de son hostel et son consseil. Nous lairons ung petit à parler dou roy de Franche: si parlerons des aventures qui avinrent en son royaume. Fo107.
P.64, l. 16: estoient.—Le ms. A 29 ajoute: car là avoit maint coer dolent.
P.64, l. 17: son logeis.—Mss. A 8, 9: sa loge.
P.64, l. 18: de.—Lems. A 29 ajoute: bons.
P.64, l. 22: aultrement.—Les mss. A 8, 9 ajoutent: fors.
P.64, l. 23: fois.—Le ms. A 29 ajoute: et serment.
P.64, l. 27: chevir.—Mss. A 20 à 22: servir. Fo277 vo.
P.64, l. 29: avancier.—Mss. A 1 à 6, 11 à 14, 18 à 22: adventurer. Fo199 vo.
P.64, l. 31 et p. 65, l. 6: La.... raençon.—Ms. B 3: La coustume des Allemans ne la courtoisie n’estoit pas telle, car ilz n’avoient pitié ne mercy de nul gentil homme, s’il escheoit entre leurs mains prisonnier, mais le rençonnoient de toute sa puissance et finance; et le mettoient en fer, en gresillons et ceps, pour en avoir plus grande rençon. Fo196 vo.—Ms. B 6: car Englès et Gascons sont de telle condicion que il rainchonnent courtoisement ung chevalier ou ung escuier, et ne volloient mie que chevanche ne leur demorast par coy il se puist armer et ayt pour servir son mestre et son seigneur; mais Allemans ne sont mie ensy, car il leur font paier de forche et par constrainte tout che qu’il en puewent avoir et plus encore. Fo559.
P.65, l. 5 et 6: pour.... raençon.—Ms. A 29: pour le rançonner oultre son pouvoir.
P.65, l. 24: ville.—Le ms. A 29 ajoute: à garnir de trait et de pierres.
P.65, l. 27: Englès.—Le ms. A 29 ajoute: à tout leur charroy.
P.65, l. 27: approcier.—Le ms. A 29 ajoute: la cité, à demie lieue près.
P.66, l. 2: grans.—Le ms. A 29 ajoute: et bel.
P.66, l. 3: mener.—Mss. A 8, 9: mettre.
P.66, l. 6: sommiers.—Ms. B 3: faiz.
P.66, l. 8: plus de quatre ou de cinq lieues.—Ms. B 3: que trois ou quatre lieues. Fo197.—Mss. A 20 à 22: plus de quatre heures.
P.66, l. 8: cinq.—Mss. A 8, 9: six.
P.66, l. 12: fier.—Le ms. A 29 ajoute: et mille archiers.
P.66, l. 13: ouvrir les pas et aviser.—Mss. A 1 à 6, 8 à 22: courir. Fo200.—Mss. A 23 à 29: descouvrir. Fo215 vo.—Mss. A 30 à 33: ouvrir. Fo216 vo.
P.66, l. 13: Mès.—Le ms. A 29 ajoute: de Poictiers jusques à Bordeaux.
P.66, l. 14: point d’arrest.—Mss. A 1 à 6, 8 à 22: nul arrest de nul costé. Fo200.
P.66, l. 24: fu.—Le ms. A 29 ajoute: moult.
P.66, l. 28: par devant lui.—Mss. A 1 à 6, 18, 19: comme par devant.
P.67, l. 2: rendesistes.—Mss. A 1 à 6, 8 à 22: resignastes.
P.67, l. 11: en leur vivant.—Mss. A 1 à 6, 8 à 22: en leur jeunesse.—Mss. A 30 à 33: en mon vivant. Fo216 vo.
P.67, l. 24: ne onques.... esbahirai.—Ms. B 3: ne oncques decevance je n’ayme ne aymeray. Fo197.
P.67, l. 24: esbahirai.—Le ms. A 29 ajoute: tant comme j’aie santé; car, Dieux merci, on en forge assez à Paris, dont j’aurai ma part, si je vis longuement.
P.67, l. 26: pri.—Le ms. A 29 ajoute: moult humblement.
P.67, l. 27: enterinnement.—Mss. A 8, 9: entierement.
P.68, l. 8: bellement.—Mss. A 8, 9: humblement.
§399. P.68, l. 14: sans peril.—Ces mots manquent dans A 8, 9.
P.68, l. 15: Blaives.—Mss. B 3, A 8, 9: Blaye. Fo197 vo.
P.68, l. 17: ne saroit mies.—Ces mots manquent dans A 8, 9.
P.68, l. 19: com.—Le ms. A 29 ajoute: moult.
P.68, l. 20: il fu receus.—Mss. A 8, 9: ilz le receurent.
P.68, l. 21: princes.—Le ms. A 29 ajoute: mettant tousjours le roy de France au dessus de lui.
P.68, l. 22: l’abbeye—Ms. B 3: l’eglise metropolitaine.—Le ms. B 6 ajoute: Sy vous dy que li Englès le gardoient bien et soigneusement, et la cité de Bourdiaus ossy. Sy demoura le roy de Franche, tout chel ivier, à Bourdiaus, jusques au caremme qu’il fu menés en Engleterre. Fo561.
P.69, l. 1: disoit.—Les mss. A 8, 9, 15 à 22 ajoutent: et alleguoit. Fo177.—Le ms. A 29 ajoute: comme du gantelet que le roi lui bailla, en soy rendant à lui.
P.69, l. 1 et 2: calengoit.—Mss. A 8, 9, 15 à 22: demandoit.
P.69, l. 3: Truttes.—Mss. A 1 à 6, 11 à 14, 18, 19: Touttes. Fo200 vo.—Mss. A 20 à 22: Truites. Fo279.—Mss. A 23 à 33: Trouttes. Fo216.
P.69, l. 6: contrarioient.—Le ms. A 29 ajoute: si aigrement, et qu’on n’en sçavoit comment ordonner.
P.69, l. 12: quoiement.—Mss. A 8, 9: incontinent.
P.69, l. 13: aidier à.—Ms. B 3: entretenir.—Les mss. A 23 à 28 ajoutent: tenir.—Le ms. A 29 ajoute: maintenir un peu plus plantureusement qu’il n’avoit par devant faict.—Les mss. A 15 à 17 ajoutent: soustenir, et ne volsist mie pour lors qu’il n’eust esté banni du royaume de France, mais depuis fist il sa paix.
P.69, l. 17: furent.—Mss. A 8, 9: fust.
P.69, l. 22: moiiens.—Le ms. B 3 ajoute: exquis.—Les mss. A 23 à 29 ajoutent: bons. Fo216 vo.
P.69, l. 27: bellement.—Mss. A 8, 9: bien.
P.69, l. 30: couvignables.—Mss. A 8, 9: convenables.
P.69, l. 31: d’Amposte.—Le ms. A 29 ajoute: son neveu.
P.70, l. 2: pareçons.—Ms. B 3: matières. Fo197 vo.
P.70, l. 12: ossi.—Mss. A 8, 9: adoncques.
P.70, l. 14: l’avenue.—Mss. A 8, 9: l’aventure.
P.70, l. 29: emprisonnet.—Le ms. A 17 ajoute: je ne sais mie bien la cause, mais on disoit qu’il tendoit fort à la couronne de France.
P.70, l. 30: tiret.—Ms. B 3: traicté. Fo198.
P.71, l. 4 et 5: passer.—Le ms. A 29 ajoute: sans soy mettre en trop grande aventure.
P.71, l. 6: besongne.—Les mss. A 8, 9 ajoutent: de Poitiers.
P.71, l. 7: porta.—Le ms. A 29 ajoute: et comme le prince emmenoit le roy de France prinsonnier à Bourdeaux.
P.71, l. 7: trop.—Mss. A 8, 9: moult.
P.71, l. 10: Engleterre.—Le ms. A 29 ajoute: pour accroistre leur armée en Normandie.
P.71, l. 12: Visconte.—Le ms. A 29 ajoute: contre les François.
§400. P.71, l. 13: Se li.—Ms. d’Amiens: Se li royaummes de Franche fu tourblés et courouchiés de le prise dou roy leur seigneur, ce ne fu mies grant merveillez; car ce fu une très grande desolation et anoiable pour touttes mannierres de gens. Et sortirent bien adonc li saige homme dou royaumme que grans meschiés en nesteroit; car li roys, leurs chiés, et toutte li fleur de le bonne chevalerie de France estoient morte ou prise, et li troy enfant dou roy, qui retournet estoient, Carles, Loeys et Jehans, estoient jone d’eage et de consseil: si avoit en yaux petit recouvrier, car nulx ne volloit emprendre le gouvernement dou royaumme. Avoecq tout ce, li chevalier, qui retournet estoient de le bataille, en estoient tant hayt et si blamet des coummugnes, que à envis il s’enbatoient ens ès bonnez villez, voirez en nouvelleté; si parlementoient et murmuroient enssi li ung sus l’autre. Et regardèrent et advisèrent li pluisseur sage homme que ceste cose ne pooit longement demourer en cel estat, c’on n’y mesist remède; car encorres estoient en Constentin li dus de Lancastre, messires Phelippes de Navarre et messires Godeffrois de Halcourt, qui tenoient là sus le pays grant fuison de gens d’armes englès et navarois, qui ardoient et couroient tous les jours en Normendie, et gaignoient villes, fors et castiaux.
Si avint que tout prelat de sainte Eglise, evesques et abbés, et tout li noble seigneur et chevalier, li prevos des marchans et libourgois de Paris, li conssaux des autrez citez et bonnes villes furent tout enssamble à un jour à Paris, et vorrent savoir et ordounner coumment li royaummes seroit gouvrennés jusques adonc que li roys, leurs sirez, seroit delivrés. Et vorrent encorres savoir que devenus estoit li grans tresors que on avoit levet ens ou royaumme, dou tamps passet, en dismes, en maletotes, en forgez de monnoies et en touttes exations, dont li pays avoit estet mal mennés et durement triboullés. Et si en avoit on mal deffendu le royaumme et les saudoiiers mal paiiés et mal delivrés. Si se acordèrent entr’iaux que li prelat eslisissent jusques à douze bonnes personnes et saiges qui aroient pooir, de par yaux et de toutte le clergie, de adviser et de ordounner voies couvenablez pour chou faire que deseure est dit; li seigneur et li chevalier ossi eslisissent douze autrez tellez personnes, pour yaux et pour les nobles; chil de Paris et des autres chitéz et bonnes villes, douze si faittes personnes, bourgois de par touttes les coumugnes dou pays: lesquelles personnes. devoient y estre à Paris enssamble et faire devises et ordounnanches el nom des troix estas, à savoir est, del clergiet, des noblez et des bonnes villez. Si en fissent pluisseurs, et eut en ceste election, qui ne pleurent miez au duc de Normendie et à son consseil. Premiers, li troy estat deffendirent à forgier le monnoie que on forgoit, et saisirent les quinds. Apriès, il requissent au duc de Normendie qu’il fuist si saisis dou chanchellier le roy, de monseigneur Robert de Loris, de monseigneur Simon de Bussi, de Poillevilain et des autres mestres des comptes et consseilleurs le roy, par quoi il rendesissent bon compte de ce que on avoit levet par lor conseil ens ou pays, et que chou estoit devenut. Quant tout chil maistre consseur entendirent chou, il ne se laissièrent mies trouver, si fissent grant sens; ains s’en allèrent hors dou royaumme, li ungs d’une part et li autre d’autre.
Apriès, li troy estat establirent recepveur pour lever et recepvoir touttes maltotes, tonnie[u]s, dismes et touttes droitures appertenant au roy, et fissent forgier nouvelle mounnoie de fin or que on clammoit moutons. Et euwissent vollentiers veu que li roys de Navarre fust delivréz de prison dou castiel de Crievecoer en Cambresis, où li dus de Normendie le faisoit adonc tenir et priès garder; car il sambloit à aucuns de chiaux des trois estas que li royaummes en seroit plus fors et mieux deffendus, ou kas qu’il vorroit estre bons et feablez, pour tant qu’il y avoit peu de grans seigneurs ens ou dit royaumme à qui on se peuistraloiier, que tout ne fuissent mort ou pris. Si en requissent le duc de Normendie qu’il le volsist delivrer, car il leur sambloit que on li faisoit grant tort, et ne savoient pour quoy on le tenoit. Li dus de Normendie respondi adonc qu’il ne l’oseroit delivrer ne mettre consseil à se delivranche, car li roys ses pères le faisoit tenir, si ne savoit mies à quel cause; et ne fu point adonc li roys de Navarre delivrés. Fo107 vo.
P.71, l. 13 à 24: Se.... recouvrier.—Mss. A 23 à 33: Or diray des trois enfans du roy de France qui estoient retournés de la desconfiture de la bataille de Poitiers. Moult estoient jeunes d’aage et de conseil; si avoit en eulx petit recouvrier. Fo217.
P.71, l. 14: resjoy.—Le ms. A 29 ajoute: de la mort des nobles seigneurs qui demourèrent à Poitiers et.
P.71, l. 15: durement.—Mss. A 8, 9: grandement.
P.71, l. 16: il y eut bien raison.—Mss. A 8, 9: et il y avoit bien cause.—Ms. B 3: et non sans cause. Fo198.
P.71, l. 17: anoiable.—Mss. A 8, 9: ennuyable.—Ms. B 3: ennuyeuse.
P.71, l. 18: sortirent.—Les mss. A 2, 11 à 14, 18, 19 ajoutent: et sentirent bien.
P.71, l. 19 et 20: nesteroit.—Mss. A 8, 9: naistroient.
P.71, l. 20: leurs sires.—Mss. A 8, 9: leur chief.
P.72, l. 6: pays.—Le ms. A 29 ajoute: de Normandie.
P.72, l. 18 et 19: dont.... gardés.—Ms. A 29: dont tout le peuple, et par especial le plat pais, avoit esté durement travaillés, et les gens d’armes mal payés, et tout le royaume mal gardé et deffendu.
P.72, l. 19: gardés.—Les mss. A 8, 9 ajoutent: et deffendus.
P.72, l. 25: çou.—Mss. A 8, 9: ce.
P.73, l. 1: raporter.—Mss. A 8, 9: deporter.
P.73, l. 10: quins.—Mss. A 8, 9: coings.
P.73, l. 13: Poillevillain.—Mss. A 1 à 6, 11 à 14: Poilleville.
P.73, l. 17: Quant.—Les mss. A 8, 9 ajoutent: tout.
P.73, l. 17: consilleur.—Mss. A 8, 9: conseilliers.
P.73, l. 21: et faire residence.—Ces mots manquent dans A 8, 9.
P.73, l. 21 et 22: tant.... estat.—Ms. A 29: jusques à ce qu’ils verroient les besognes du royaume retournées en autre estat.
§401. P.73, l. 23: Apriès.—Ms. d’Amiens: En che tamps, environ le Toussains, nouvellez vinrent au duc de Normendie et as troix estas que li dus de Lancastre estoit partis de Constentin et allés en Bretaingne deviers le comtesse de Montfort, pour lui aidier et son jone fil à faire se guerre, contre les aidans de monseigneur Carlon de Blois. Et ossi messires Phelippes de Navarre estoit passés en Engleterre: pour quoy messires Godeffroix de Halcourt n’avoit mies grant fuisson de gens d’armes en Constentin. Si missent sus li dus de Normendie et li troy estat une chevaucie de gens d’armes de bien trois cens lanches et de cinq cens autres armures de fier, et en fissent monseigneur Raoul de Rainneval capitaine. Liquelx se parti appertement et s’en vint en Normendie, et se mist en le chité de Coustanse, et en fist se garnison; et coummencha à chevauchier sus le terre monseigneur Godeffroy de Harcourt et faire grant dammaige. Fo107 vo.
P.73, l. 24: noms.—Le ms. A 29 ajoute: par toutes les mettes et limitations du royaume.
P.73, l. 25: tonnieus.—Ms. B 4: tonlieux. Fo185.—Mss. A 8, 9: imposicions.
P.73, l. 26: sousides.—Mss. A 8, 9: subsides.—Le ms. A 29 ajoute: gabelles.
P.74, l. 2: de Crievecoer.—Mss. A 8, 9, 15 à 17, 20 à 22: de Arleux.
P.74, l. 5: feables.—Mss. A 8, 9: feal.
P.74, l. 19: herioit.—Mss. A 8, 9: harioit.
P.74, l. 24: le.—Mss. A 8, 9: en.
P.74, l. 24: d’Avrences.—Mss. A 8, 9: d’Avranches.
P.74, l. 27 et 28: quatre cens.—Mss. A: trois cens.—Ms. B 6: et estoient les Franchois bien mille combatant. Fo563.
P.75, l. 1: Riville.—Mss. A 3, 11 à 14: Ruilli.—Ms. B 3: Ruilly. Fo108 vo.
P.75, l. 2: Friauville.—Mss. A 8, 9: Freauville.—Mss. A 2, 3, 18, 19: Frauville.—Mss. A 23 à 29: Riauville.
P.75, l. 3: Paris.Le ms. A 29 ajoute: quand ils furent montés et appareillés.
P.75, l. 4: Et y eut.—Le ms. A 29 ajoute: qui leur venoyent de Caux, de la comté d’Eu, de Ponthieu, d’Aubmalle, du Ponteaudemer et de là environ. Et encores y vindrent....
P.75, l. 6: Maunier.—Mss. A 1 à 6, 11 à 14, 18, 19: Namur.
P.75, l. 6: Creki.—Mss. A 8, 9: Tirki.—Ms. A 24: Kiriki.
P.75, l. 8: Renti.—Ms. A 23: Roussy.
P.75, l. 9: d’Uedins.—Mss. A 8, 9: d’Eudin.—Mss. A 23 à 29: de Hesdin.
P.75, l. 11: routes.—Mss. A 8, 9: gens.
§402. P.75, l. 13: Quant.—Ms. d’Amiens: Or avint, environ le Saint Martin enssuivant, l’an mil trois cens cinquante six, que messires Godeffroit de Halcourt queilla ce qu’il peult avoir de gens d’armes et d’archiers, et estoient bien sept cens. Quant il furent tout assamblé, si se partirent de Saint Sauveur le Visconte; d’autre part, che meysme jour, li sires de Rainneval estoit yssus de Coustanse, à tout ce qu’il avoit de gens; et pooient y estre environ neuf cens parmy leurs archiers, et chevauçoient enssi sans che que il sewissent riens li ung de l’autre. Si se trouvèrent li coureur des deux parties et escarmuchièrent enssamble; et puis se retraist chacuns deviers se bataille; et comptèrent tout ce qu’il avoient veut et trouvet. Les deux capittainnez, qui furent moult desireux de veoir et encontrer l’un l’autre, chevauchièrent adonc radement à l’adrèce pour yaux trouver; si n’eurent gaire chevauchiet, quant il se virent. Si s’ordonnèrent chacuns si comme pour combattre. Premierement, messire Godeffroy de Halcourt mist devant tous ses archiers pour traire et berser as Franchois.
Quant messire Raoul de Rainneval en vit le mannierre et l’ordounnanche, il fist touttes sez gens d’armes descendre à piet et targiés bien et estroitement de leurs targes et de leurs pavais, et petit à petit aprochier leurs ennemis. Dont coummenchièrent li archier monseigneur Godeffroi à traire sus les Franchois sans cesser, qui si bien estoient targiés que oncques li très ne leur porta nul dammaige; et traiièrent toutte leur artillerie mal emploiiée, car li Franchois ne s’en meurent oncques de leurs pas. Quant il eurent tout tret, il coummenchièrent à reculer sans arroy, et li Franchois à venir sus yaulx moult vistement et à faire traire leurs archiers che qu’il en avoient. Là eut grant hustin et aspre, quant il furent tout venut main à main; mais les gens de piet de monseigneur Godeffroy ne tinrent point de conroy et furent tantost desconfit.
Quant messires Godeffroix en perchut l’ordounnanche, il se retraist tout bellement et sagement, se bannierre devant lui, ou fortd’un vignoble enclos de drues hayes; et se missent tout li sien là dedens, chil qui y peurent parvenir. Quant messire Raoul de Rainneval, li sirez de Maunnier, li sires de Montsaut, messires Flamens de Roie, messires Jehans de Sains et pluisseur bon chevalier et escuier de Vermendois, d’Artois et de Pikardie en virent le mannierre, il environnèrent le fort et avisèrent coumment il y poroient entrer. Si allèrent tant au tour qu’il trouvèrent voie; ma de premiers il leur fu trop bien deffendu. Toutesfois, par fet d’armes, il y entrèrent. Lorsqu’il furent ou clos, il y eut grant hustin. Et ne tinrent mies bien les gens de monseigneur Godeffroy conroy, mès s’enfuirent et partirent li pluisseur, et le laissièrent en tel couvenant que je vous diray.
Li chevaliers, qui fu hardis et corageux et qui plus chier avoit à morir qu’à estre pris, prist une hace et s’aresta sus son pas, piet avant autre, pour estre plus fors, car il estoit boisteux d’une jambe, mès grant force avoit en ses bras. Là se combati longement moult vaillamment et hardiement, et n’osoit nus atendre ses cops. Or vinrent doy hommez d’armes montés sus leurs chevaux, lez glaives baissies, et s’arestèrent en joustant sour lui, et le portèrent par force de chevaux à terre. Si tost qu’il fu cheus, il fu appareilliés qui une espée de gherre estroite, royde et aguë, li bouta par desous ou ventre; puis vinrent autres gens qui recouvrèrent sour lui d’espées et d’espois, et ot plus de seize plaies. Enssi morut messires Godeffrois de Halcourt, et moult de ses gens à celle journée, car li cache en dura jusques à Saint Saulveur; et petit en prissent li chevalier et li escuier de Franche à ranchon. Fos107 voet 108.
P.75, l. 17: cueilla.—Mss. A 8, 9: assembla.
P.75, l. 20: sept cens.—Mss. A 1 à 6, 8, 9, 11 à 22: cinq cens.
P.75, l. 27: couvenant.—Mss. A 8, 9: couvine.
P.76, l. 6: berser as François.—Mss. A 8, 9: blecier les François.
P.76, l. 10: deffendi.—Mss. A 8, 9: commanda.
P.76, l. 22: logiet.—Mss. A 8, 9: tous rengiez.
P.76, l. 30 et p. 77, l. 1: Godefroi.—Le ms. A 29 ajoute: qui là se combatoient en dur parti.
P.77, l. 1: tinrent.—Mss. A 8, 9: vindrent.
P.77, l. 5: haies.—Les mss. A 8, 9 ajoutent: espineuses.—Le ms. B 6 ajoute: et se fust bien sauvés, mais ses paiges, quison coursier menoit, en alla à tout et laissa là son mestre qui se combatoit. Fo563.
P.77, l. 16: sitost.... quoi.—Mss. A 8, 9: là où estoient les François tous coys.
P.77, l. 17: ferut.—Mss. A 8, 9: forment.
P.77, l. 17: estechiet.—Mss. A 8, 9: estiquié.
P.77, l. 18: d’armes.—Les mss. A 8, 9 ajoutent: d’un costé et d’autre.
P.77, l. 20: entrèrent.—Les mss. A 8, 9 ajoutent: ou clos.
P.77, l. 21: au signeur.—Mss. A 15 à 17: à monseigneur Raoul.
P.77, l. 25: reversé.—Mss. A 8, 9: renversé.
P.77, l. 25 et 26: Godefroi.—Les mss. A 8, 9 ajoutent: leur.
P.78, l. 2: mès.... pris.—Ms. A 29: il ayma mieux à mourir que de venir en la main des François.
P.78, l. 4: piet avant aultre.—Mss. A 15 à 17: l’un pié avant l’autre.
P.78, l. 6: bras.—Les mss. A 15 à 17 ajoutent: durement.
P.78, l. 11: glaves.—Mss. A 8, 9: lances.
P.78, l. 13: le.... d’un.—Mss. A 8, 9: l’aconsuivirent tous deux à un.
P.78, l. 15: se releva.—Mss. A 15 à 17: se pot relever.
P.78, l. 15: fu.—Les mss. A 15 à 17 ajoutent: tost.
P.78, l. 18: à tout.—Les mss. A 15 à 17 ajoutent: longues.
P.78, l. 20: ou corps.—Ms. A 29: au long.
P.78, l. 22: et moustra.—Mss. A 8, 9: et lui moustra.
P.78, l. 25: Visconte.—Le ms. A 29 ajoute: tous las et desconfortés de la perte de leur capitaine et de leurs compagnons.
§403. P.78, l. 28: Apriès.—Ms. d’Amiens: Apriès le desconfiture et le mort dou dessus dit chevalier et le camp tout delivret, retournèrent li Franchois à Coustanse, et amenèrent là leur gaaing et leurs prisonniers, puis s’en retournèrent assés tost apriès en Franche deviers le ducq de Normendie, que on clammoit adonc regent, et deviers les trois estas, qui moult honnourèrent les chevaliers et les escuiers qui en Coustentin avoient estet, et par especial monseigneur Raoul de Rainneval, qui cappittainne avoit estet de la chevauchie: si demoura enssi ceste cose.
Li troy estat entendirent tout le temps à l’ordounnanche dou royaumme.
Or avint que, sus le quaremme et environ Pasques, li prinches de Galles, par l’acord et consentement des Gascons, se parti de Bourdiaux à grant navie et belle et bien pourveue de gens d’armes, et enmena le roy Jehan en Engleterre, monseigneur Phelippe son fil, et tous les seigneurs prisonniers qui adonc estoient à Bourdiaux. Si ariva celle belle navie en Engleterre au port de Douvres; si missent hors des vaissiaux chevaux, harnas et touttes autres coses, à grant loisir, et reposèrent trois jours à Douvres. Au quart, s’en partirent, et vinrent à Saint Thummas de Cantorberie, et y fissent li seigneur leur offrande. Depuis, chevauchièrent il tant qu’il vinrent à Londres, où li roys englès et la roynne rechurent à grant joie le roy Jehan, et fu mennés à trompes et à nakaires et à touttes solemnités au palais de Wesmoustier, où il fu bien festiiés. Et fu li roys Jehans logiés assés priès de là, en ung moult très bel hostel et grant que on appelloit Savoie, qui est dou duc de Lancastre. Depuis fu il tranmués de là au castiel de Windesore, et tous ses hostels. Et alloit li roys de Franche cachier, voller, lui deduire en bos et en rivierre tout enssi qu’il li plaisoit; et estoit souvent visetés et conjoïs dou roy d’Engleterre, de madamme la roynne, sa cousine germainne, et de leurs enffans, et lui faisoient toutte l’amour et le courtoisie qu’il pooient.
En ce tamps, fu tretiés ungs respis et unes triewez entre le royaumme de Franche et le royaumme d’Engleterre, à durer jusques à le Saint Jehan, et de le saint Jehan jusques à ceste c’on compteroit l’an mil trois cens cinquante neuf. Et estoient mis tout li pays et lez marches de Franche et enclos dedens le trieuwe, exceptet Bretaingne; mès là pooient traire touttes gens d’armes, Franchois et Englès, qui vollenté en avoient, sans fourfet. Si fu ceste dite trieuwe traitie, impetrée et procurée par le pourkas des deux cardinaux chy dessus nommés, qui vinrent en Engleterre où il se tinrent ung grant temps, toudis procurans et traitans pès, se il pewissent, entre les deux roys, qui avoient respit deux ans et quatre mois. Fo108.
P.78, l. 30 et 31: leur.... retournèrent.—Ms. A 29: ce que avoyent de prisonniers et tout leur butin et gain, et si se aisèrent et rafraichirent à leur plaisir et leurs chevaux aussi, comme ceux qui bon mestier en avoyent; et quand monseigneur Raoul deRayneval et ses routtes eurent là sejourné aucuns jours, ils retournèrent.—Ms. B 6: Sy s’en retournèrent les Franchois à grant jour en la ville de Kem. Et fu depuis le pais de Normendie asseurés plus que devant, pour tant que il avoient perdu ung grant ennemy. Fo564.
P.79, l. 11: Loeis.—Ms. A 29: tenoit le parti du duc de Normandie et par nulle voye.
P.80, l. 1: en grans reviaus.—Mss. A 8, 9: en grant revel.
P.80, l. 2: pourveir navies.—Mss. A 8, 9: pourveoir navire.
P.80, l. 11: Condon.—Mss. A: Courton.
P.80, l. 12: Rosem.—Mss. A 18, 19: Rostin.—Les mss. A 15 à 17 ajoutent: le seigneur de Tannai Boutonne,.
P.80, l. 12: le seigneur de Courton.—Les mss. A omettent ces mots.
P.80, l. 13: Longuerem.—Mss. A 2, 11 à 14: Longueran.—Mss. A 18, 19: Longuerain.
P.80, l. 14: Landuras.—Ms. A 29: Duras.
P.80, l. 15: de l’Estrade.—Mss. A 8, 9: de l’Estrau.
P.80, l. 30: et disent au prince.—Ms. A 29: Adonc respondirent pour tous ceux qui commis estoyent, ce furent le seigneur de Labreth et monseigneur le captal de Beuf.
P.81, l. 4: cité.—Les mss. A 8, 9 ajoutent: et forte.
P.81, l. 11: remuneré.—Mss. A 8, 15 à 17, 20 à 22: remeri.
P.81, l. 12 à 25: Nequedent.... partesist.—Ms. A 29: Neantmoins ces paroles ne povoyent nullement convertir les Gascons qu’ils fussent contents que le prince leur eslongnast le roy de France jusques en Engleterre, dont le prince demoura pensif et melancolieux. Quand iceux chevaliers et barons de Gascongne eurent devant le prince et son conseil dict et declaré leur intention, et qu’ils furent retraicts, le prince dist: «Je trouve les Gascons d’autre volonté que jamais n’eusse cuidé.» Adonc dist monseigneur Regnault de Gobehen: «Cher sire, les barons et les nobles de Gascongne vous ont bien servi, et moult y ont frayé du leur, tant qu’ils en sont fort au derrière comme chacun sçait: veéz messire Jehan Chandos et autres, qui en ont ouy les complaintes comme moy. Si m’est avis, sauf la correction de tous, qui les pourroit adoucir par argent qu’ils ayment fort, en recompensede leurs interests, qu’ils seroyent assés contens de tout.» A cest avis ne contredit mie le prince, ains demanda qu’on leur porroit offrir. Lors fut conclud, par le conseil de monseigneur Regnault de Gobehen et de monseigneur Jehan Chandos, que le prince leur offrist cent mille florins; mais ils ne voulurent descendre à se requeste, et que s’ils avoyent faict, à cela près ils s’en passeroyent. Finablement, Regnault de Gobehen et monseigneur Jehan Chandos allèrent tant de l’un à l’autre que un accord s’i trouva parmi et moyennant cent mille francs que le prince devoit payer et delivrer aux barons et chevaliers de Gascogne, pour departir entre eulx: laquelle somme leur fut delivrée ainçois que le prince se partist pour aller en Angleterre.
P.81, l. 28: Pumiers.—Ms. B 6: Muchident. Fo564.
P.81, l. 29: Rosem.—Le ms. A 29 ajoute: et le seigneur de Willebi.
P.82, l. 6: France.—Le ms. A 26 ajoute: et ses gardes et son estat tant seulement.—Les mss. A 15 à 17 ajoutent: et son fils.
P.83, l. 7: Rocestre.—Mss. A: Clocestre, Glocestre.
P.83, l. 8: là.—Les mss. A 8, 9 ajoutent: un jour.
P.83, l. 8: Dardeforde.—Mss. A 8, 9, 15 à 17, 20 à 22: Dardefort.
P.83, l. 12 à 14: un.... poins.—Ms. B 6: le plus biel coursier et le plus grant qui fust en toute Engleterre. Fo566.
P.83, l. 15: lui.—Le ms. B 6 ajoute: à nut chief.
P.83, l. 16: Savoie.—Le ms. B 6 ajoute: sur le Tamise, et là aloit voler et cacier autour de Londrez, mais il estoit bien gardés.
P.83, l. 18: un.—Le ms. A 29 ajoute: grant.
P.83, l. 18: sa mantion.—Mss. A 8, 9, 15 à 17, 20 à 22: son maintieng.
P.83, l. 22: consoloient.—Mss. A 8, 9: consolaçoient.
P.83, l. 28: travillièrent.—Le ms. A 29 ajoute: et rendirent grant painne pour moult de journées et parlemens assignés.
P.84, l. 9: hostelz.—Les mss. A 8, 9 ajoutent: et gens.
P.84, l. 15: recreu.—Mss. A 8, 9, 15 à 17, 20 à 22: receus.
§404. P.84, l. 16: Vous avés.—Ms. d’Amiens: Vous avés bien oy coumment li roys David d’Escoce fu pris assés prièsde Durem, en le contrée de Norhombrelant, dou tamps que li roys englès seoit devant Callaix et fu prisounnier en Engleterre neuf ans et plus. Or avint que asés tost apriès ce que li roys Jehans eult estet amennés dou prinche en Engleterre, bonnes gens s’ensounniièrent de la delivranche dou dit roy d’Escoche, et par especial li doy cardinal qui lors estoient ens ou pays, à le priière de madamme Ysabiel d’Engleterre, serour germaine au roy englès et femme au roy David d’Escoche. Si fu tant traitiet et parlementé que li roys Edouwars s’ummelia et descendi à acord devers le dit roy, son serourge, parmi tant que li roys d’Escoce ne se debvoit jammais armer contre lui ne son royaumme, ne conssillier ne consentir, à son loyaul pooir, à armer ses hommes pour grever ne gueriier en Engleterre. Et devoit li roys d’Escoche, lui revenut en son royaumme, mettre toutte le painne et diligensce qu’il porroit enviers ses hommes, affin que li royaummez d’Escoce fust tenus en fief et en hoummaige du roy d’Engleterre; et, se ce ne volloit acorder le pays, li roys d’Escoche juroit et saielloit à tenir ferme le pès enviers le roys englès, et obligoit et aloieoit son royaumme, comme droit sirez, rois et hiretiers, à paiier dedens dix ans cinq cens mille nobles; et en devoit, à le semonce dou roy englès et de son consseil, envoiier bons plèges et ostages en Engleterre, et chiaux demourer en le prison dou roy, jusques adonc que la dite somme seroit paiiée.
Touttes ces coses furent escriptes, saiellées et jurées dou roy David d’Escoche à emplir à son loyaul pooir; et parmy tant il se parti d’Engleterre entre lui et sa femme la roynne dessus ditte. Et s’en revinrent en Escoce où il furent bien festiiet et conjoy, ce fu bien raisons. Or nous lairons à parler dou roy d’Engleterre et dou roy d’Escoce, et vous parlerons des avenues douroyaummede Franche et des grans merveilles et oribletéz qui y avinrent, entroes que li roys Jehans fu prisounniers en Engleterre. Fo108 vo.
Ms. B 6: En che tamps, fu traitié la delivranche du roy Davit d’Escoche qui pris avoit esté devant Durem, sy comme il est contenu en ches croniques. Et se party de Londres où il avoit esté onze ans prisonniers et retourna en son pais, parmy tant que jamais ne se devoit armer contre le roy d’Engleterre ne son royalme et se devoit paiier quatre cens milles nobles, et de che livrer plaiges et ostaiges, ou revenir en prison ens ou temps de quaresme.
Ensy se party le prinche de Galles de Bourdiaus sur Geronde,à cinq cens hommes d’armes et quinze cens archiés, et retourna vers Engleterre; sy enmena avecques luy le roy de Franche comme prisonniers et Phelippe son fil et tous les contes qui pris avoient esté à la bataille de Poitiers, car nul n’en estoit rainchonnés. Fo564.
P.84, l. 25: s’ensonnièrent.—Mss. A 8, 9: s’embesoingnèrent.
P.84, l. 29: ne son royaume, ne consillier.—Mss. A 8, 9: ne son royaume conseillier.
P.85, l. 14: Surlant.—Mss. A 8, 9: Sirelant.—Mss. A 1 à 6, 11 à 14: Fillebaron.
P.85, l. 15: Camois.—Mss. A 8, 9: Chamois.
P.85, l. 17: ostage.—Mss. A 8, 9: hostagiers.
P.85, l. 27: desparés.—Mss. A 8, 9: depeciez.
P.85, l. 27: Saint Jehanston.—Mss. A 8, 9: Saint Janston.
§405. P.85, l. 30: Environ.—Ms. d’Amiens: Environ le my may l’an de grace mil trois cens cinquante sept, mist li dus de Lancastre sus une grosse cevauchie de gens d’armes en Bretaingne, tant d’Englès que de Bretons, de l’ayde le comtesse de Montfort et son jonne fil, qui jà s’armoit et chevauchoit, et estoient bien mil hommes d’armes et cinq mil d’autres gens parmi les archiers. Et se partirent de Hainbon, et s’en vinrent, tout ardant et essillant le pays de Bretaingne, devant le bonne chité de Rennes. Si l’asega li dus tout environneement et s’i tint tout le tamps enssuivant à grant hoste et belle, et le fist par pluisseurs fois assaillir; mès peu y gaegna, car dedens avoit bonne bachelerie qui le gardoient et deffendoient: li viscomtes de Rohem, li sires de Laval, messires Carles de Dinant, li sire de Gargoullé, messires Henris et messires Oliviers de Pennefort, messires Bertrans de Claiekin, qui estoit adonc jonnes chevaliers et bacelereux, et qui se combati en celle saison, le siège durant devant Rennes, par ahatie d’armes, à un bon chevalier d’Engleterre que on clammoit monseigneur Nicolas d’Augourne. Et fu li emprise telle que trois joustes de fer de glaive, trois cops d’espée et trois cops de daghe; et s’i porta, au voir dire, chacuns des deux chevaliers vaillamment, si ques chil seigneur dessus noummet, qui estoient dedens Rennes, et encorrez li sires de Rochefort et li sires de Biaumanoir, gardèrent moult bien le chité: autrement elle ewist estet prise, car li dus de Lancastre y sist moult longement et leconstraindi, par pluisseurs assaux, d’enghiens, d’espringhalles et d’atournemens d’assault. Si estoit adonc messires Carles de Blois ens ou pays, mais il ne se pooit armer, car il estoit recreu sus se foy et prisounniers encorres au roy d’Engleterre jusques à tant qu’il ewist paiiet le somme de quatre cens mil escus. Et poursuioit le duc de Normendie et ses cousins en Franche et les troix estas, pour avoir gens d’armes et lever le siège de devant Rennes; mais très donc estoit jà li royaummes si entuilliés qu’il ne pooit y estre oys de nulle aye, mès le jettoient l’un sus l’autre: li dus de Normendie sur les troix estas, et li troy estat sour le duc de Normendie. Fo108.
Ms. B 6: En che tamps, environ Pasques, l’an mil trois cens cinquante sept, se departy le duc Henry de Lenclastre à tout une grant armée de gens d’armes et d’archiés d’Engleterre et vint monter à Hantone et naiga par mer et fist tant que il ariva en Bretaigne droit à Hambon où le contesse de Montfort et ses filz estoient, qui faisoient toudis guerre à leur povoir à monseigneur Charles de Blois. Sitost que le duc de Lenclastre fu là arrivés, il ne sejourna point plenté, mais se mist à camps avec che qu’il avoit de gens et chilz de la contesse et bien six mille pietons que il trouva en Bretaigne des gens de la contesse, et s’en vint tout ardant devant ly et sy mist le siège devant la chité de Rennez. Fo565.
P.86, l. 4: mil.—Mss. A 3, 11 à 14: deux mil.
P.86, l. 11 et 12: car.... deffendoient.—Ms. A 29: car il n’i conquirent sinon coups de pierres, de carreaux, de dondaines et viretons, qui les enfiloyent dru et menu et les occioyent ou meshaignoyent mortellement par la bonne defense qui leans estoit.
P.86, l. 14: chevalier.—Le ms. A 29 ajoute: de France et de Bretagne.
P.86, l. 15: escuier.—Les mss. A 15 à 17 ajoutent: Et y estoient nouvellement venuz deux jennes bacheliers, cousins germains, qui depuis furent moult renommez ou royaume de France et ou royaume d’Espaingne, si comme vous orrez ci avant en l’istoire. Ces deux cousins s’appeloient Bertran du Guesclin et Olivier de Mauny. Et se combatit le dit Bertran, le siège tenant par devant la cité, à un chevalier d’Angleterre, aussi moult renommé, qui s’appelloit monseigneur Thomas d’Agorne. Et fut la bataille prinse par l’ahastie de trois fers de glaive, de trois coups dehaiche et de trois coups de dagues. Et là se portèrent si vaillamment ces deux hommes d’armes qu’ilz y acquirent moult grant honneur. Mais toutefoiz le dit Bertran donna tel coup de haiche au dit Anglois qu’il l’abatit à terre moult durement, et ni ot adonc plus fait. Et voluntiers furent veuz de ceuls de dedanz et de ceuls de dehors aussi; si se partirent de la bataille sans grant dommaige. Ainsi tint le duc Henrri de Lancastre le siège devant Rennes un grant temps, et là fist pluseurs foiz assaillir, mais pou y conquist.
Or avint un jour, le siège durant, que un chevalier anglois, qui s’appelloit monseigneur Jehan Bolleton, appert homme d’armes durement, avoit esté deduire aux champs en gibier à tout son esprevier et prins six perdriz. Si monta tantost à cheval, armé de toutes pièces, ses perdriz en sa main, et vint devant les barrières de la cité et commença à escrier à ceuls de la ville que il vouloit parler à monseigneur Bertran du Guesclin.
Or avint ainsi que, d’aventure, Olivier de Mauny estoit sur la porte de la ville venu veoir comment l’ost des Anglois se portoit. Si avisa et choisit cel Anglois à tout ses perdriz et lui demanda tantost qu’il vouloit, et se il vouloit vendre ou donner ses perdriz aux dames qui là dedanz estoient encloses. «Par ma foy, respondit l’Anglois à Olivier, se vous les osiez marchander de plus près et venir jusques à moi pour combatre, vous avez trouvé marchant.»—«Et à Dieu le veu, respondit le dit Olivier, ouil, attendez moy, et je vous paieray tout sec.»
Adonques descendit des murs sur les fossez qui estoient tous plains d’eaue et se mist à nagier et passa tout oultre, armé de toutes pièces, fors du hernois de jambes et de gantelez, et vint à son marchant qui l’attendoit d’autre part. Et se combatirent moult vaillamment l’un contre l’autre longuement, et assez près de l’ost du duc de Lancastre qui les regarda et vit moult voluntiers et deffendit que nuls ni alast au devant. Et aussi ceuls de la ville, et les dames qui là dedanz estoient, prindrent grant plaisir à eulx regarder. Toutefoiz, tant se combatirent ces deux vaillans hommes et tant firent d’armes que le dit Olivier de Mauny conquist monseigneur Jehan de Bolleton son marchant à tout les perdriz; et, voulsist ou non, il l’enmena moult durement blecié parmi les fossez dedanz la cité et le presenta aux dames, à toutes les dittes perdriz, qui le receurent moult liement et l’onourèrent moult grandement.
Ne demoura mie granment après que le dit Olivier, qui se sentoit blecié durement et ne povoit finer d’aucunes herbes qu’il congnoissoit bien pour lui guerir, si appella son prinsonnier moult courtoisement et lui dist: «Monseigneur Jehan, je me sens bleciez durement. Si congnois là dehors aucunes herbes par lesquelles, à l’aide de Dieu, je pourroie legierement recouvrer santé et guerir de mes plaies. Si vous diray que vous ferez. Vous partirez de ci et yrez par devers le duc de Lancastre vostre seigneur et m’apporterez un saufconduit pour moy quatrième durant un mois tant que je soie guari; et se ce me povez impetrer, je vous quitteray de vostre prinson. Et ou cas que ainsi ne le ferez, vous retournerez ceans mon prinsonnier comme devant.»
De ces nouvelles fut le dessus dit monseigneur Jehan de Bolleton moult joieux, et partit de leans et vint en l’ost où il fut receu à grant joie de tous, et meismement du duc de Lancastre qui assez le rigola des perdriz. Et puis fist sa requeste au duc lequel le lui accorda moult bonnement, et tantost commanda que le saufconduit feust escript et sellé. Ainsi fut fait.
Tantost le dit monseigneur Jehan partit du duc à tout le saufconduit et revint en la cité, et le bailla à son maistre Olivier de Mauny qui lui dist qu’il avoit moult bien exploittié et tantost le quitta de sa prinson. Et partirent ensemble de la bonne cité de Rennes et vindrent en l’ost du duc de Lancastre lequel les vit moult voluntiers et fist grant chière et monstra grant signe d’amour au dit Olivier. Et dist bien le dit duc que en lui avoit noble cuer, et bien monstroit qu’il seroit encores moult vaillant homme et de grant prouesce quant, pour avoir mon saufconduit et un peu d’erbes, il a quitté un tel prinsonnier qui bien povoit paier dix mille moutons d’or.