Chapter 17

Après ces choses ainsi faittes, le duc de Lancastre ordonna une chambre pour logier Olivier de Mauny et commanda qu’elle fust tendue et parée moult richement et que on lui baillast et delivrast tout ce qui besoing lui seroit. Ainsi que le duc le commanda, ainsi fut fait. Là fut le dit Olivier logié en l’ost du duc, et lui bailla l’en lescirurgienet medicins du duc qui le visitoient touz les jours. Et aussi le duc l’aloit veoir et conforter moult souvent. Et tant fut illec qu’il fut guari de ses plaies. Et tantost prinst congié au duc de Lancastre et le remercia moult grandement de la très grant honneur qu’il lui avoit faitte. Et aussi prinst il congié aux autres seigneurs et à son prinsonnier qui avoit estémonseigneur Jehan Bolleton. Mais au departir le duc de Lancastre lui donna moult belle vaisselle et lui dist: «Mauny, je vous prie que vous me recommendez aux dames et damoiselles, et leur dittes que nous leur avons souhaidé souvent perdriz.»

A ces paroles, se partit Olivier de Mauny et puis s’en revint en la cité de Rennes où il fut receu joieusement de tous, grans petiz, et des dames ausquèles il compta moult de ses nouvelles. Et par especial à son cousin Bertran du Guesclin compta il comment il avoit exploittié. Et s’entrefirent grant joie, car moult s’entramoient; et firent jusques à la mort, comme vous orrez compter ci avant en l’istoire. Fos198 et 199.

P.86, l. 16: de Claiekin.—Mss. A 8, 9, 15 à 17, 20 à 22: du Guesclin.—Ms. A 23: de Glayaquin.—Mss. A 1 à 7, 11 à 14, 18, 19: de Claiquin.

P.87, l. 12: Gauville.—Mss. A 1 à 6, 11 à 14, 20 à 22: Graville.

§406. P.87, l. 17: Cis.—Mss. A 8, 9: cil.

P.87, l. 20: plusieurs.—Les mss. A 8, 9 ajoutent: seigneurs de la cité d’Evreux et bourgois.

P.88, l. 2: prise.—Le ms. A 29 ajoute: au chastel de Rouen, et de ceux qui avec lui furent prins, dont aux plusieurs le roy de France fit trancher les testes, et aussi comment il estoit estroitement emprisonné en la tour de Crevecuer en Cambresis: si leur en desplaisoit moult grandement.

P.88, l. 2: anoioit.—Mss. A 8, 9: ennuyoit.

P.88, l. 5 et 6: racquerroie.—Mss. A 8, 9: conquesteroie.

P.88, l. 10: Dist li chevaliers.—Ms. A 23: messire Guillaume respondit.

P.88, l. 29: nostre gent saudroient.—Mss. A 1 à 6, 11 à 14, 18, 19: vos gens lors sauldroient et tantost vendroient.

P.89, l. 9: acquist.—Mss. A 8, 9: assembla.

P.89, l. 10: d’Evrues.—Les mss. A 8, 9 ajoutent: comme hors.

P.89, l. 19: seullement.—Le ms. A 29 ajoute: et les hommages.

P.89, l. 25: entouellies.—Mss. A 8, 9: entroublées.

P.89, l. 29: premerain.—Mss. A 8, 9: premier.

§407. P.90, l. 10: commença à petiier.—Ms. A 7: ets’en vint petier. Fo192 vo.—Mss. A 8, 9: et s’en vint esbatant.

P.90, l. 11: jadis.—Les mss. A 8, 9 ajoutent: par.

P.90, l. 12: en petiant.—Mss. A 8, 9: par la dicte place.

P.90, l. 14: dou guicet.—Mss. A 8, 9: le guichet.

P.90, l. 20: huiseuses.—Mss. A 8, 9: choses oiseuses.

P.90, l. 28: leurs.—Les mss. A 8, 9 ajoutent: terres ne.

P.91, l. 5: sorti.—Les mss. A 23 à 29 ajoutent: et prenostiqué.

P.91, l. 17: que.... volentiers.—Ms. A 29: je verrai voulentiers ce tant beau tablier et ce jeu qui vous est ainsi envoyé.

P.91, l. 24 et 25: va.... porte.—Mss. A 29: va à l’hostel en ma chambre querir mon beau tablier, et les eschets qui en un sacheau y pendent et le nous apporte vistement à ceste porte.

P.91, l. 28: verial.—Mss. A 8, 9: verrouil.

P.92, l. 4: oultre.—Le ms. A 29 ajoute: le second guichet.

P.92, l. 9: tantost.—Le ms. A 29 ajoute: à tout le tablier et les eschets.

P.92, l. 14: entoise.—Mss. A 8, 9: rancaine.

P.92, l. 17: suel.—Ms. A 29: mort et ecervellé si qu’onques puis mot ne sonna.

P.92, l. 21 et 22: un ban.—Mss. A 8, 9: une ordonnance.

P.92, l. 22: sus.... perdre.—Mss. A 8, 9: sur paine de perdre le poing.

P.93, l. 4 à 12: volt.... Evrues.—Ms. A 29: Et tout leur avoir fut buttiné et mesmes tous les biens du chastelain, or, argent à plenté, vaisselle, joyaux, meubles, chevaux et armeures. Mais à l’artillerie et aux pourveances du chastel, dont ils avoyent largement, il ne fut touché pour amendrir; et la femme du chastelain fut mise et ses enfans et ses chambrières à pied par une poterne hors du chastel, sur les champs, pour aller où bon leur sembleroit. Si ploroyent tous et demenoyent le plus merveilleux dueil du monde. Ainsi fut le fort chastel d’Evreux reconquis sur les Francoys pour les Navarroys, comme les Francoys l’avoyent paravant gangné sur les gens du roy Charles de Navarre, comme dict est dessus. Et quant la cité et la ville virent la prise du chastel, ils se rendirent navarroys assez legerement et boutèrent hors tous les Françoys, leurs femmes et enfans, qui là s’estoyent venus amasser, pour cuider vivre plus en paix. Quand ils eurent pourveu à tout, ils mandèrent tout leur estat à monseigneur Philippe deNavarre qui assez nouvellement estoit retourné d’Angleterre et arrivé à Cherbourg, lequel fut moult joyeux de ces nouvelles: si se partit à soixante armures de fer et quatre cens archers et brigands du dict Cherbourg, qu’il laissa très bien garni de compagnons et de toutes pourveances, et se vint boutter en la cité d’Evreux et au chastel.

P.93, l. 15: Pipes.—Ms. A 29: Pape.

P.93, l. 16: le bascle de Maruel.—Mss. A 20 à 22: le bastard de Marval.

P.93, l. 17: Jeuiel.—Mss. A 8, 9: Jouel.

P.93, l. 17: Fourdrigais.—Mss. A 8, 9: Sourdigais.—Ms. A 29: Foudrigais.

P.93, l. 19: France.—Le ms. A 29 ajoute: et en Normandie, dont ce fut pitié.

§408. P.93, l. 21: En ce temps.—Ms. d’Amiens: En ce temps meysmes, prist ungs chevaliers, que on clammoit monseigneur l’Arceprestre, une grant compaignie de gens d’armes assamblés de tous pays, qui virent que leurs sauldées estoient fallies, puisque li roys de Franche estoit pris. Si ne savoient où gaegnier en Franche: si s’en allèrent par deviers la duché de Prouvenche, et y prissent et esciellèrent fortes villes et castiaux, et desroboient tout le pays jusquez en Avignon et outre Avignon, et n’avoient autre chief ne cappittaine que li chevalier dessus noummet. De quoy li pappez Ynocens VIe, qui adonc demoroit en Avignon, et tout li cardinal avoient si grant paour qu’il ne savoient que devenir; ains faisoit chacuns cardinaux se famille, prestres, clers et autres gens, touttes les nuis armer, pour le cité d’Auvignon garder et deffendre contre ces pilleurs. Et manda li pappes au darrain en Auvignon monseigneur l’Arceprestre, et li fist si grant reverence qu’il pot, et li dounna à disner en son palais. Ossi fissent pluisseur cardinal à osi grant reverence comme se fust li uns des filz le roy de Franche. Si dist on adonc coummunaulment que li pappes et li colègez li avoient donnet quarante mil escus tous appareilliés pour departir entre ses compaignons et pour yaux assegurer. Je n’en voeil plus parler, mès voeil retourner as merveillez qui avinrent en ce tamps ou royaumme de Franche. Fos108 voet 109.

P.93, l. 21 et 22: En.... Cervole.—Ms. A 29: En ce mesme temps que le royaume de France et toutes ses marches,depuis les monts Saint Bernard et Pirenées jusques à la rivière du Rin, estoyent si entouillés par guerres et discords d’aucuns princes l’un contre l’autre, dont tant de cruautés et domages en avenoyent que trop grand pitié estoit, print et assembla un moult hardi chevalier, nommé monseigneur Regnault de Cervolles....

P.93, l. 25: saudées.—Mss. A 8, 9: souldées.

P.94, l. 1: en Avignon.—Ms. A 29: aux portes d’Avignon.

P.94, l. 3: nommet.—Le ms. A 29 ajoute: dont il avint qu’il fut tant cremu et redouté par toute la Prouvence et jusques en la cité de Lion sur le Rosne.

P.94, l. 7: familles.—Mss. A 8, 9, 15 à 17, 20 à 22: familliers.

P.94, l. 9: à segur.—Mss. A 8, 9: asseur.

P.94, l. 11: composition.—Mss. A 1 à 7, 11 à 14, 23 à 29: condicion.

P.94, l. 15: furent.—Le ms. A 29 ajoute: du Saint Père pardonnés tous ses pechés par luy confessés et dont il estoit contrit.

P.94, l. 16 et 17: pour.... quantité.—Ms. A 29: pour en departir à ses compagnons une quantité.

P.94, l. 17: là.—Ms. A 29: çà et là et sus les terres du pape.

§409. P.94, l. 19: Encorres.—Ms. d’Amiens: Encorres en ce temps, vint et se leva une compaignie de gens d’armes et de brigans assembléz de tous pays, et concqueroient et roboient de jour en jour tout le pays entre le rivierre de Loirre et le rivierre de Sainne: par quoy nulx n’osoit aller entre Paris et Vendomme ne entre Paris et Orliiens ne entre Paris et Montargis, ne nulx dou pays n’y osoit demourer; ains estoient touttes lez gens dou plat pays afuioit à Paris ou à Orliiens. Et avoit ceste dite compaingnie faite une cappittainne d’un Gallois que on clammoit Ruffin, et le fissent faire chevalier; et devint si riches et si puissans d’avoir que on n’en pooit savoir le nombre. Et chevauchoient souvent cez dittes compagnes priès de Paris, ung autre jour viers Orliiens, l’autre fois vers Chartres. Et ne demoura à painne ne ville ne fortrèche, s’elle ne fu trop bien gardée, qui ne fust adonc toutte robée et courue, à savoir: Saint Ernoul, Gallardon, Bonneu, Cloies, Estampes, C[h]astres, Montleheri, Peviers en Gastinois,Larchant, Milly, Castiel Landon, Montargies et tant d’autres grosses villes que merveilles seroit à recorder. Et chevauchoient aval le pays par tropiaux chà vingt, chà trente, chà quarante, et ne trouvoient qui les encontrast ne destournast.

D’autre part, ou pays de Normendie, sus le marinne, ravoit une autre plus grant compaignie de pilleurs et de robeurs, dont Robers Canolles estoit mestre et cappittainne, qui en telle mannierre conqueroient villes et castiaux et roboient tout le pays, et ne trouvoient qui lors destourbast. Sachiés que chilx Robiers Canollez dont je parolle, s’amonta par telz hardies emprises tellement qu’il avoit bien le fin de deux cens mil viés escus, et tenoit grant fuison de saudoiiers à ses gaiges, et bien les paioit tant que chacuns le sieuwoit et servoit vollentiers. Fo109.

P.94, l. 23: aller.—Le ms. A 29 ajoute: fors en grants routes, s’il ne vouloit estre mort ou durement rançonné.

P.94, l. 25: Montargies.—Mss. A 8, 9: Montargis.—Mss. A 20 à 22: Mortaigne.

P.94, l. 26: demorer.—Le ms. A 29 ajoute: Et ensi toute celle marche demouroit sans labourer, car les gens du plat pays s’estoyent tous retraicts à Paris ou à Orleans ou à Vendosme; car très petit d’autres villes en celle province se tenoyent contre ces routtiers.

P.94, l. 28: d’un Gallois.—Mss. A 2, 11 à 14, 18, 19: d’un Anglois Galois.—Ms. A 29: de un hardi et outrageux homme de Galles.

P.95, l. 8: Gallardon.—Ms. A 29: Galandon.

P.95, l. 8: Bonivaus.—Mss. A 8, 9: Bonneval.—Mss. A 11 à 14: Bonnaux.—Mss. A 23 à 29: Bonniaux.

P.95, l. 9: Chastres.—Mss. A 1 à 6, 11 à 14, 18, 19: Chartres.

P.95, l. 9: Peuviers.—Ms. A 29: Pluviers.

P.95, l. 10: Chastiel Landon.—Mss. A 8, 9: Chasteau Landon.—Mss. A 23 à 29: Chastillon.

P.95, l. 10: Yzières.—Mss. A 8, 9: Yèvre.—Mss. A 2, 7, 11 à 14, 18, 19: Yrières.

P.95, l. 14: les.—Mss. A 8, 9: leur.

P.95, l. 19 et 20: en tel manière.—Ms. A 29: par emblée d’eschelle ou par assaults.

P.95, l. 20: conqueroient.—Mss. A 8, 9: conqueroit.

P.95, l. 21: devant.—Le ms. A 29 ajoute: Et quand il estoitrapporté au duc de Normandie et regent de France, par les plaintes qui journellement luy venoient jusques en son hostel à Paris où il se tenoit, il respondoit qu’en brief terme il y pourverroit de remède. Et autre chose il ne respondoit, et aussi à grand peine il y eust pour le present remedié, tant estoyent les besongnes du royaume entouillées.

P.95, l. 22: maintenu.—Mss. A 8, 9: tenu.

P.95, l. 23: très donc.—Mss. A 8, 9: dès lors.

P.95, l. 25: sievoient.—Mss. A 8, 9: suivoit.

§410. P.95, l. 26: En ce tempore.—Ms. d’Amiens: En ce tempore que chil troy estat resgnoient, se coummenchièrent à lever tels manierres de gens qui s’appelaient Compaingnes, et avoient guerre à touttes gens qui portoient malètes. Or vous di que li prelat de Sainte Eglise et li noble se commenchièrent à naisir et tanner de l’emprise et ordounnanche dez trois estas; si en laissièrent le prouvost dez marchans couvenir et aucuns des bourgois de Paris, pour ce que chil s’en entremetoient plus avant qu’il ne vosissent.

Si avint, ung jour que li dus de Normendie estoit ou pallais à Paris à tout grant fuison de chevaliers et de prelas, li prevos des marchans assambla grant fuison des coummuns de Paris qui estoient de sa secte et de son accord, et portoient chil caperons tous sannablez, affin que mieux se reconneuissent. Si s’en vint li dis prevos ou pallais, envirounnés de ses hommes, et entra en le cambre dou duc et li requist mout aigrement qu’il volsist emprendre le fait dez besoingnes dou royaumme et mettre y consseil, par tant que li royaummes, qui à lui devoit parvenir, fust si bien gardés que telx mannierres de Compaignes qui regnoient, n’alaissent mies gastant ne robant le pays. Li dus respondi qu’il le feroit vollentiers, se il avoit le mise par quoy il le pewist faire; mais qui fesoit lever les prouffis et lez droitures appertenant au roy, le devoit faire: si le fesist.

Je ne say pourquoy ne coumment che fu, mès lez parolles montèrent si hault que là endroit furent, en le presence del duc, ochis trois dez plus grans de son consseil, si priès de lui que sa robe en fu ensanglentée. Et en fu il meysmes en grant peril; mès on li dounna uns des capperons à porter, et couvint que il pardonnaist là celle mort de ses trois chevaliers, les deux d’armes, et l’autre de lois. Si appelloit on l’un monseigneur Robert de Cleremont,gentil homme durement, et l’autre le seigneur d’Esconflans, marescal de Campaingne, et le canonne monseigneur Simon de Bussi: dont che fu grans pités, quant, pour bien dire et bien conseillier leur seigneur, il furent là enssi ochis. Fo109.

P.95, l. 26: tempore.—Mss. A 8, 9: temps.

P.95, l. 26: regnoient.—Mss. A 8, 9: gouvernoient.

P.95, l. 28: Compagnes.—Mss. A 8, 9: Compaignes.

P.95, l. 27 à 29: gens.... malettes.—Ms. A 29: de toutes nations, et par especial Angloys, Bretons, Navarroys et Gascons, lesquels s’appeloyent Compagnies, en plus grand nombre que jamais n’avoyent esté, et avoyent guerre à toutes gens qui portoyent malettes ou bons fardeaux.

P.95, l. 31: et.—Le ms. A 29 ajoute: nouvelle.

P.96, l. 1: estas.—Le ms. A 29 ajoute: Et leur estoit avis que les besongnes du royaume n’en amendoyent pas, ains empiroyent de jour en jour, tant par le fait des Compagnies qui toujours croissoyent et dont journellement les plaintes venoyent à Paris de tous lés; et si n’y avoyt quelque provision ne resistance: pourquoy le plat pays, dont les pourveances venoyent et dont les cités et bonnes villes se vivoyent, estoit destruit, et brief en sourdroit grand famine.

P.96, l. 4: volsissent.—Le ms. A 29 ajoute: en moult d’affaires.

P.96, l. 9: secte.—Mss. A 11 à 14, 20 à 22: sorte.

P.96, l. 10: tous sannables.—Mss. A: semblables.—Ms. A 7, fo193 vo:.

P.96, l. 13: emprendre.—Mss. A 8, 9: entreprendre.

P.96, l. 21: fesist.—Le ms. A 29 ajoute: Adonc le prevost, qui celle responce avoit ouye, pensa bien qu’il le disoit pour lui, car à son avis le duc le regardoit moult sus et plusieurs chevaliers qui là estoyent.

P.96, l. 23: hault.—Le ms. A 29 ajoute: que le duc et ses nobles furent fort indignés sur le dict prevost qu’il estoit là venu, ainsi accompagné de ses communes et à main armée.

P.96, l. 32: d’Esconflans.—Mss. A 8, 9: de Conflans.

P.97, l. 1 et 2: monsigneur Symon de Bussi.—Mss. A 8, 9, 15 à 17, 20 à 22: maistre Regnault d’Acy, avocat.—Le ms. A 29 ajoute: qui moult fut de tous plaint et regretté.

§411. P.97, l. 5: Apriès ceste avenue.—Ms. d’Amiens:Apriès avint que aucun chevalier, messires Jehans de Pikegny et autre vinrent, sus le comfort dou prouvost des marchans et des conssaux des aucunnes bonnes villes, au castiel que on dist de Alues en Pailloeil, qui est uns des fors castiaux du monde, où li roys Carles de Navare estoit pour le tamps emprisounnet et en le garde de monseigneur Tristran dou Bos. Si apportèrent telx enssaignes, et si bien espiièrent que messires Tristrans n’y estoit point, fors ungs castellains ses lieutenans: si fu delivrés hors de prison et amenés à Amiens où on li fist grant feste, et ciés ung chanonne grandement son amy, que on clammoit monseigneur Gui Kierés. Là fu li roys de Navare environ quinze jours, tant que on li eut appareilliet tout son arroi et qu’il fu tous aseghurés dou duc de Normendie, et que li prevos des marchans li eut pourcachiet et fait sa pès enviers le dit duc. Si fu amennés à Paris par monseigneur Jehan de Pikegny et aucuns bourgois d’Ammiens, et y fu rechups adonc à grant joie; et le virent moult vollentiers touttez mannièrez de gens. Et meysmement li dus de Normendie le festia grandement, mès faire li couvenoit, car li prouvos des marçans et chil de Paris li enhortoient affaire: si le couvenoit obeir, volsist ou non, à touttez leurs devises. Fo109.

P.97, l. 5: Apriès ceste avenue.—Ms. A 29: Après la mort des troys chevaliers dessus nommés, environ quinze jours.

P.97, l. 9: Allues.—Mss. A 8, 9, 15 à 17, 20 à 22: Arleux.—Mss. A 1 à 6, 11 à 14, 18, 19, 23 à 29: Alluez, Arlues.

P.97, l. 11 et 12: Tristran dou Bos.—Mss. A 8, 9: Tristan Dubois.

P.97, l. 10: Kieret.—Mss. A 8, 9, 15 à 17, 20 à 22: Quieret.—Mss. A 11 à 14: Quiert.

P.97, l. 23: pourcas.—Mss. A 8, 9: pourchas.

P.97, l. 28: de la cité d’Amiens.—Ms. A 29: des bourgeois de la bonne ville de Paris et aucuns aussi de la bonne ville d’Amiens.

P.97, l. 29: gens.—Le ms. A 29 ajoute: car chacun esperoit que sa venue à Paris seroit cause du bien et honneur de tout le royaume.

P.98, l. 3: secte.—Mss. A 8, 9: accort.

P.98, l. 5: Paris.—Le ms. A 29 ajoute: combien que voulentiers s’en fust passé, mais il estoit fort atempré, sage et souffrant.

§412. P.98, l. 6: Quant li rois.—Ms. d’Amiens: Quant li roys de Navarre eult estet une espasse à Paris, il fist ung jour assambler touttes mannierres de gens, prelas, chevaliers, clers de l’université et tous chiaux qui y vorent estre, et là precha et remoustra premierement en latin moult bellement et moult sagement, present le duc de Normendie, en lui plaindant dez griés et des villounnies que on li avoit fait à grant tort et sans raison, et dist que nuls ne se volsist de lui doubter, car il volloit vivre et morir en deffendant le royaumme de Franche. Et le devoit bien faire, car il en estoit extrais de père et de mère et de tous d’ancisserie, et dounna assés à entendre que, se il volloit callengier le courounne, il mousteroit bien par droit qu’il estoit plus prochains que li roys d’Engleterre ne fust. Et sachiés que ses sermons et ses langages fu vollentiers oys, et petit à petit descendi et entra si en l’amour de chiaux de Paris, qu’il avoient plus grant fiance et plus d’amour en lui que il n’ewissent ou regent le duc de Normendie, ossi enssuiwant de chiaux de Roem, d’Ammiens et de Biauvais et dez autres bonnes villes. Mès quel samblant que li prevos des marchans moustrast au roy de Navarre, ne ossi chil de Paris, messires Phelippes de Navarre ne s’i vot oncques affiiier ne entrer dedens Paris, mès se tenoit en le conté d’Ewrues qui estoit de leur hiretaige et senefioit bien au roy son frère que en communes il n’ewist nulle fiance, car il n’estoient boin, fors que pour tout hounnir. Fo109.

P.98, l. 6 et 7: une espasse.—Mss. A 8, 9: une pièce.

P.98, l. 10: bellement.—Mss. A 8, 9: courtoisement.

P.98, l. 7 à 15: il fist.... France.—Ms. A 29: Il fut averti par aucuns de la ville, ses amis, qu’il estoit moult bien en la grace de tout le peuple et qu’il se devroit plus monstrer qu’il ne faisoit, pour acquerir l’amour des gros et des menus. Si s’avisa qu’un jour il feroit assembler toutes manières de gens, prelats, chevaliers, clercs de l’université, bourgeoys et le menu peuple sur le cimetière de Saint Germain, comme il fit, car il estoit moult grant clerc; et là il prescha et remonstra sagement et bien en beau latin et en françoys, present le duc de Normandie regent et presens tous les autres dessus dicts, la complainte des griefs et grands villennies, qu’en maintes manières on lui avoit faits. Et bien dict que nul ne se vousist doubter de riens; car il vouloit vivre et mourir, en gardant et defendant le règne de France.

P.98, l. 17: ancisserie.—Mss. A 8, 9: ancestre.

P.98, l. 20: rois.—Le ms. A 29 ajoute: Edouart.

P.98, l. 21: sachiés.—Le ms. A 29 ajoute: fermement.

P.98, l. 22: recommendés.—Le ms. A 29 ajoute: de toutes gens et par especial des menus.

P.98, l. 25: n’euissent.—Mss. A 8, 9: n’avoient.

P.99, l. 1: s’i.—Mss. A 8, 9: se.

P.99, l. 2: communauté.—Le ms. A 29 ajoute: de villains.

§413. P.99, l. 4: Assés tost.—Ms. d’Amiens: Assés tost apriès le delivranche dou roy de Navare, avint une mervilleuse grande tribulation en pluisseurs parties dou royaumme de Franche, si comme en Biauvesis, en Brie, sus le rivierre de Marne, en Laonnois, en Valois et tout jusques à Soissons; car aucunes gens de villes campestres sans chief s’asamblèrent en Biauvesis, et ne furent mies cent homme ly premier, et dissent que tout li noble del royaumme de Franche, chevalier et escuier, hounnissoient et traïssoient le royaumme, et que ce seroit grans biens qui tous les destruiroit. Chacun d’iaux dist: «Il dist voirs: hounis soit par qui ce demourra qu’il ne soient tout destruit.»

Lors se queillirent et s’en allèrent sans autre consseil et sans nulle armure, fors que de bastons fierés et de coutiaux, premiers à le maison d’un chevalier qui priès de là demouroit. Si brisièrent le maison et tuèrent le chevalier, la damme et les enfans, petis et grans, et ardirent le maison. En apriès, il allèrent à un autre fort castiel et fissent pis assés; car il prissent le chevalier et le loiièrent à une estache bien fort, et viollèrent le damme et le fille li pluisseur, li ungs apriès l’autre, voyant le chevalier; puis tuèrent le damme, qui estoit enchainte, et le fille apriès et tous les enffans et puis le chevalier, et ardirent et habatirent le castiel.

Enssi fissent il en pluisseurs castiaux et bonnes maisons, et montepliièrent tant qu’il furent bien six mil. Et partout là où il venoient, leurs nonbres croissoit, car chacuns de leur samblanche les sieuvoit: si ques chacuns chevaliers, dammes, escuiers et leurs femmes enfuioient et emportoient lors petis enfans à lors [cols] diis lieuwes ou vint lieuwes loing, là où il se pooient garandir, et laissoient leurs maisons touttes quittes et leur avoir. Et ces meschans gens, assamblés sans cief et sans armures, roboient et ardoient tout, et tuoient tous gentils hommes qu’il trouvoient, et efforchoient et violoient touttes dammes et pucelles sans pité et sans merchy, enssi comme chiens esragiés. Certes, oncques n’avintentre crestiiens ne Sarrazins telle forsenerie que ces meschans gens faisoient; car qui plus faisoit de maux ou de villains fais, telz fais que creature hummainne [ne deveroit] oser pensser ne regarder, chilz estoit li plus prisiés entre yaux et li plus grans mestrez. Je n’oseroie escripre ne racompter les horiblez fais et incouvenables qu’il faisoient as dammes, mès entre les autres desordounnés et villains fais, il tuèrent un chevalier et boutèrent en un hastier et le tournèrent au feu et le rostirent, voyant le damme et ses enfans, apriès ce que dix ou douze eurent le damme efforcie et violée, et les en vorent faire mengier par force; et puis les tuèrent et les fissent morir de malle mort. Et avoient fait un roy entr’iaux qui estoit, si comme on disoit adonc, de Cleremont en Biauvesis, et le eslisirent le pieur des pieurs. Et l’appelloient le roy Jake Bon Homme.

Il ardirent ou abatirent bien, ou pais de Biauvoisis et environ Corbie et Amiens et Mondidier, plus de soissante bonnez maisons et fors castiaux. Et, se Dieux n’y ewist mis remède par se grasce, li meschiefs fuist si montepliiés que touttes coumunautéz ewissent destruit gentilz hommez, sainte eglise après, et touttez rices gens par tous pays. Car tout en telle mannierre si faittes gens faisoient ens ou pays de Brie et de Partois; et couvint touttez les dammes et les dammoiselles dou pais, et lez chevaliers et escuiers qui escapper leur pooient, afuir à Miaux en Brie, l’un apriès l’autre, en pur lor cottez, enssi que elles pooient, ossi bien la duçoise de Normendie, et fuisson de hautez dammes comme autrez, se elles se volloient garder de y estre viollées et efforchies et puis apriès tuées et mourdries.

Toutte enssamble mannierre de si faittez geus se maintenoient entre Paris et Noyon, et entre Paris et Soissons, et entre Soissons et Hen, en Vermendois, et par toute le terre de Couchi. Là estoient li grant maufeteur, et essilièrent, que en le terre de Couchy, que en le terre de Vallois, que en l’evesquet de Laon, de Soissons et de Senlis, plus de cent castiaux et bonnes maisons de chevaliers et d’escuiers, et tuoient et roboient quanqu’il trouvoient. Mais Dieux, par sa grasce, mist telle remède de quoy on le doit bien regraciier, si comme vous orés chy apriès. Fo109 vo.

P.99, l. 4 et 5: Assés.... Navare.—Ms. A 29: En celui temps que le roy de France estoit prisonnier en Angleterre.

P.99, l. 5: une.... tribulations.—Ms. A 29: une grant raige et forcenerie de villains du plat pais.—Mss. A 8, 9: unegrant merveilleuse tribulacion.—Ms. B 6: une grant tribulacion et pestilenche. Fo567.

P.99, l. 9: aucunes gens.—Ms. A 17: plusieurs vilains tuffes et giveliers.

P.99, l. 13: escuier.—Les mss. A 8, 9 ajoutent: honnissoient et.

P.99, l. 13 à 15: trahissoient.... voir.—Ms. A 29: gastoient et honnissoient tout le royaume de France et qu’ils avoient faulsement et mauvaisement laissié prendre et emmener leur roy en Angleterre au prince de Galles, qui n’avoit que une poingnée de gens au regard des François, et que ils ne faisoient que destruire et manger tout le menu commun, qui moult avoit de povretés et de tribulations, tant d’eulx comme des guerres qui estoient par tout le royaume ausquelles nul ne remedioit, et que, par leur foy, moult grant aumosne seroit qui tous les destruiroit, sans nul en laissier. Et à cellui qui ainsi parloit, chascun disoit: «il dit voir.»

P.99, l. 17: soient.—Ms. A 29 ajoute: brievement.

P.99, l. 17: destruit.—Le ms. A 29 ajoute: autant qu’on en pourra trouver.

P.99, l. 18: cueillièrent.—Mss. A 8, 9: se assemblèrent.

P.99, l. 19: bastons fierés.—Ms. A 29: d’espées.

P.99, l. 20: coutiaus.—Le ms. A 29 ajoute: au bout d’une virolle, et les aucuns d’une pointe en manière d’un bourdon et de longs cousteaux à clou, et s’en alèrent une routte.

P.99, l. 23: maison.—Le ms. A 29 ajoute: quand ils en eurent osté ce que bon leur sembla.

P.99, l. 23: secondement.—Ms. A 29: quand ils eurent faict ceste mauditte rèse.

P.99, l. 24 à 29: chastiel.... chastiel.—Ms. A 29: et boutèrent la maison oultre et prindrent le chevalier qu’ils trouvèrent en son lict: si le tirèrent en la court et le lièrent à une estache de cordes par les jambes, par le corps et par le col, les mains loyées derrière moult estroittement. Et en sa presence, les plusieurs violèrent sa femme et sa fille, et puis ils occirent la dame et sa fille et tous les enfans, et puis ils tuèrent le bon chevalier à grant martire. Et bouttèrent le feu au chastel et tout l’ardirent et les pourveances et l’avoir qui dedans estoit, puis abatirent les murailles du chastel. Et puis firent le dit chevalier bouter en une broche et rostir au feu et illec mourir à grant martire.

P.100, l. 1 et 2: bonnes maisons.—Ms. A 29: bonnes villes champestres.

P.100, l. 2 à 4: montepliièrent.... sievoit.—Ms. B 6: Tantost, en mal faisant, il montepelièrent et furent deux cens et puis cinq cens et puis mille et puis cinq mille. Fo568.

P.100, l. 4: sievoit.—Ms. A 29 ajoute: c’est à dire ceuxquiavoyent voulenté de mal faire.

P.100, l. 5 et p. 101, l. 24 et 25: si ques.... trouvoient.—Ms. A 29: Quant les chevaliers et nobles hommes de celle marche virent que celle maudicte gent multiplioyent ainsi et qu’il n’y avoit autre remède que de les fuir et eslongner, ils troussoyent leurs meilleurs meubles et leurs femmes et enfans, et en abandonnant le remanant ils se retrayoient à tout charrettes et chevaux ou ce qu’ils pouvoient avoir, les uns à Meaux en Brie, à Paris, à Corbeil ou ailleurs. Et quant ces ribaux venoyent en ces bonnes maisons qu’ils trouvoyent vagues et pleines de tous biens, certes ils en roboyent ce que bon leur sembloit, puis boutoyent les feux partout; et, sans nuls espargner, ils occioyent tous chevaliers ou gentilshommes qu’ils trouvoyent et forçoyent toutes dames, damoiselles et pucelles, qu’ils povoient attraper. Et celui d’eux aultres, qui commettoit plus de maux et de vilains faits et oultrageux et si horribles et cruels que creature humaine ne devroit oser penser ne remembrer, estoit le plus prisé et le plus grand maistre. Et au contraire, ceux qui ne s’entremettoyent de boutter feus, de violer pucelles, de occire gentilshommes ou marchans, se ils les rencontroyent, ils estoyent escharnis et debouttés.

Je n’oseroy descrire les horribles faicts inhumains et inconvenables qu’ils faisoyent aux dames. Entre autres horribles et desordonnés faicts, ils occirent un moult gentil et bon chevalier de Soissonnoys, puis l’enfilèrent en un hastier et le tournèrent et rostirent à un feu ardent, voyant la dame son espeuse et ses enfans. Et après, quant dix ou douze de ces ribaux eurent la dame efforcée, ils lui voulurent par force faire manger de la chair de son propre mari, puis le firent mourir et tous ses enfants de malle mort. Et avoyent faict un roy entre eulx, qui estoit de Clairmont en Beauvoisis, et l’esleurent pour le plus cruel et le plus inhumain d’eux tous; et estoit ce roy appellé Jacques Bonhomme.

Que vous en feroy je long comte? Ces maudictes gens ardirent et abatirent, au pais de Beauvoisis et environ Corbie, Amiens et Montdidier, plus de soixante bonnes maisons et forts chasteaulx.En semblable manière regnoyent et couroyent telle ribaudaille au pais de Brie et de Parthoys. Et convint toutes les dames et damoiselles du pais et tous les chevaliers et escuyers, qui eschapper leur povoyent, affuir à Meaux en Brie, l’un après l’autre, en purs leurs cottes simples ou surcots, ainsi qu’elles povoient, et leurs maris pareillement, aussi bien la duchesse de Normandie et la duchesse d’Orleans, qui lors se tenoyent là entours en leurs manoirs, comme plusieurs hautes dames, s’elles se vouloyent garder d’estre violées et en après ce tantost meurtries.

En semblable manière, couroyent pais et desoloyent pareille larronaille, entre Paris et Noyon, et entre Paris et Soissons, et entre Soissons et Hem en Vermandoys, et par toute la terre de Couci. Là estoyent les grants violeurs et malfaiteurs, et essillièrent entre la terre de Couci, entre le conté de Valoys et entre l’evesché de Laon, de Noyon et de Soissons, plus de cent chasteaux et bonnes maisons de chevaliers et escuyers. Et avec ce ils occioyent les nobles hommes, femmes et enfans, et roboyent et emportoyent ce que bon sembloit.

P.100, l. 12: tous.... trouvoient.—Ces mots manquent dans A 8, 9.

P.100, l. 12 et 13: efforçoient.—Les mss. A 8, 9 ajoutent: et violoient.

P.100, l. 15: crestiiens.—Ms. A 17: Juifs.

P.100, l. 21: inconvignables.—Mss. A 8, 9: inconvenables.—Ms. A 23: inhumanitez.

P.100, l. 26: il.—Mss. A 20 à 22: ilz lui vouldrent faire mengier de son mari rosti. Fo289 vo.

P.100, l. 27: par force.—Les mss. A 15, 16 ajoutent: et pour ce qu’ilz ne vouldrent. Fo202.—Le ms. A 17 ajoute: et aussi à ces douze villains tuffes, qui la dite dame avoient esforciée, si comme j’ay dit, pour eulx acharner tousjours plus à telles cruaultés faire; mais ils n’en vouldrent oncques mangier, et pour ce les aultres villains tuffes et giveliers....

P.100, l. 30: eslisirent.—Mss. A 15 à 17 ajoutent: le plus lait, le plus viliain et le pieur des mauvais. Fo202 vo.

P.100, l. 31: pieur des pieurs.—Mss. A 8, 9, 15 à 17, 20 à 22: pieur des mauvais.—Mss. A 11 à 14: pire des pires.

P.101, l. 4 à 6: li meschiés.... apriès.—Ms. A 17: tous ces tuffes, plains de tuffalités, eussent destruit tous les nobles et toute sainte eglise.

P.101, l. 16: gens.—Ms. A 17: villains, marrados et cratinas avec termulons et gars loubas.

P.101, l. 18 à 24: entre.... d’escuiers.—Mss. A 18, 19: et environ Hen en Vermandois et la terre de Coucy et en la conté de Valois, en l’eveschié de Laon, de Noion, de Soissons, plus de cent chasteaulx et de bonnes maisons de chevaliers et d’escuiers y ardirent et abatirent.

§414. P.101, l. 28: Quant li gentil.—Ms. d’Amiens: Quant li gentil homme de Corbieis, de Vermendois, de Vallois et des terres où ces meschans gens converssoient et faisoient leur fourssenerie, virent enssi leurs maisons destruites et leurs amis tués, il mandèrent secours à lors amis en Flandrez, en Haynnau, en Braibant et en Hasebaing; s’en y vint tantost assés de tous costéz. Si s’asamblèrent li gentil homme estraignier et chil dou pays qui les menoient. Si coummenchièrent ossi à tuer et decopper ces mesçans gens sans pité et sans merchy, et lez pendoient par fous as arbres où il les trouvoient. Meysmement li roys de Navarre en mist un jour à fin plus de trois mil assés priès de Cleremont en Biauvesis; mès il estoient jà tant montepliiet que, s’il fuissent tout enssamble, il estoient bien cent mil. Et quant on leur demandoit pour quoy il faisoient chou, il disoient qu’il ne savoient, mais il le veoient les autrez faire, si le faisoient ossi; et penssoient que il dewissent en telle mannière destruire tous les nobles et gentils hommes dou monde, par quoy nuls n’en pewist jammais estre.

En ce temps, se parti li dus de Normendie de Paris, et se doubta dou roy de Navarre, dou prevost des marchans et d’aucuns qui estoient de leur accord, et fist ung grant mandement de gentils hommes de Campaigne et de Bourgoingne, et s’en vint au Pont à Chare[n]ton. Quant li prevos des marchans perchupt que li dus estoit partis et qu’il faisoit son amas de chevaliers et d’escuiers, si se doubta et fist tantost ouvrer, à quanq c’on peut recouvrer d’ouvriers, à le fremmeté de Paris. Et ne fu oncques jour, ung an enthier, qu’il n’y ewist bien troy mil hommes ouvrans, machons, carpentiers et fosseurs: dont che fu ungs grans fès que de fremmer, sus une année, et d’englore et d’envirounner de murs, de portes et de tours, de barrierres et de fossés, une tèle chité que Paris est et de si grant circuité. Et vous di que ce fu li plus grans biens que oncques li prevos des marchans fesist en toutte se vie; carautrement elle ewist estet depuis courue, gastée et robée par trop de fois, et par pluisseurs actions, si comme vous orés chy apriès. Or voeil jou revenir à chiaux et à celles qui estoient afui à Miaux en Brie, à sauveté. Fos109 voet 110.

P.102, l. 3: veirent.—Ms. A 29: cette crudelité et forcenerie regner.

P.102, l. 5: Hesbain.—Mss. A 1 à 6, 11 à 14, 18, 19, 23 à 28: Behaigne.

P.102, l. 9: meschans.—Mss. A 15, 16: villains giveliers. Fo202 vo.—Ms. A 17: villains, tuffes, giveliers, bomules, termulons, tacriers, craffeurs, marrados et cratinas, petaulx et gars loubas.

P.102, l. 10: fous.—Mss. B 3, A 1 à 6, 8 à 22: fois. Fo204 vo.—Mss. A 23 à 33: troupeaulx. Fo226.

P.102, l. 10: trouvoient.—Le ms. A 29 ajoute: Et ainsi, en petit de temps, ils en firent une très grande discipline.

P.102, l. 12: plus de trois mil.—Ms. B 6: plus de quinze cens. Fo569.

P.102, l. 12 et 13: Biauvoisis.—Le ms. A 29 ajoute: et estoyent là venus et arrestés pour cuider le lendemain au matin entrer en la ville et tout piller et occire ce que bon leur sembleroit.

P.102, l. 14 et 15: cent mil hommes.—Mss. A 15 à 17: plus de cent mille petaulx. Fo202 vo.—Le ms. A 17 ajoute: tous tuffes et villains.

P.102, l. 20: estre.—Mss. A 15 à 17: naistre.

P.102, l. 22: sans.... Paris.—Ces mots manquent dans les mss. A.

P.102, l. 32: heriier.—Mss. A 8, 9: guerroier.

P.103, l. 1à14: Paris.... après.—Ms. B 6: En che tamps, n’estoit la chité de Paris point frumée: sy ques chilz prouvost des marchans, qui fu ung moult saige et soultis homs, avisa que il le feroit frumer as despens de la ville. Et ymagina bien en soy meismes que les besoignes ne se pooient ensy longement demorer que la chité de Paris n’euist à faire ou de l’Empire ou du roy de Navare ou du duc de Normendie et des gentil hommes, car jà commenchoient il à murmurer, le duc et son consail, sus chiaus qui avoient mis paine et rendu conseil à le delivranche du roy de Navare, quoyque ly duc de Normendie, à che commenchement, n’en osoit moustrer au dit roy nul samblant, mais disoit qu’il en estoittous liés. Pour quoy, le prouvost des marchans, sy comme chy dessus est dit, pour estre plus aseur, fist fremer la dite chité de Paris. Che fut ung très grant fait et belle emprise pour ung homme, car elle fut toutte frumée sur ung an de murs, de tours, de portes et de bons larges fossés plains de yauve. Fo567.

P.103, l. 7: bien.—Ms. A 29: plus de.

P.103, l. 10: si grant.—Mss. A 8, 9: tel.

P.103, l. 13: essillie.—Mss. A 8, 9: gastée.

§415. P.103, l. 17: En ce temps.—Ms. d’Amiens: En ce tamps que ces meschans gens couroient, revinrent de Prusse li comtes de Fois et li captaus de Beus, ses cousins. Si entendirent sus leur chemin, si comme il devoient entrer en Franche, le pestilence et l’oribleté qui couroient sus les gentilz hommes; si en eurent chil doy seigneur grant pité. Si chevauchièrent par lors journées tant qu’il vinrent à Chaalons en Campaigne, qui riens ne se mouvoit dou fet des villains, ne point n’y entroient. Si entendirent là que la duçoise de Normendie et la duçoise d’Orliiens et bien trois cens dammes et dammoiselles et li dus d’Orliiens ossi estoient à Miaux en Brie, en grant meschief de coer pour celle Jakerie.

Chil doi bon chevalier s’acordèrent qu’il yroient veoir ces dammes et les recomforteroient à leur pooir, quoyque li captaux fust englès; mais il estoient adonc trieuwes entre le royaumme d’Engleterre et celui de France: si pooit bien chevauchier partout, et ossi il volloit là moustrer sa gentilèce en la compaignie de son oncle le comte de Fois. Si pooient y estre de leur routte environ quarante lanches et non plus, car il venoient d’un pelerinage, si comme je vous ay jà dit. Tant chevaucièrent il qu’il vinrent à Miaux en Brie. Si allèrent tantost deviers la duçoise de Normendie et les autrez dammes, qui furent moult lies de leur venue; car tous les jours elles estoient mannechies des Jakez et des villains de Brie, et meismement de chiaux de le ville, enssi qu’il fu appairant. Car pour chou que ces meschans gens entendirent qu’il y avoit fuison de dammes et de dammoiselles et de jonnes gentilz enfans, il se queillirent enssamble, et cil de le comté de Vallois ossi, et s’en vinrent deviers Miaux.

D’autre part, chil de Paris, qui bien savoient ceste assamblée, se partirent ung jour par fous et par tropiaux et s’en vinrent avoecq les autres, et furent bien neuf mil tout enssamble en trèsgrant vollenté de mal faire. Et toudis leur croissoient gens de diviers lieux et de pluisseurs chemins, qui se racordoient à Miaux, et s’en vinrent jusques as portes; et ces meschans gens de le ville ne veurent contredire l’entrée à chiaux de Paris, mès ouvrirent leurs portez. Si entrèrent ou bourch si grant plentet que touttes les rues en estoient couvertes jusquez au marchiet.

Or regardés le grant grasce que Dieu fist as dammes et dammoiselles, car pour voir ellez ewissent estet efforchiez, viollées et perdues, com noblez qu’elles fuissent, se ce n’ewissent estet li gentil homme qui là estoient, et par especial li comtez de Foix et li captaux de Beus, car chil doy chevalier donnèrent l’avis pour yaux desconfire. Fo110.

P.103, l. 21: qui.—Le ms. A 29 ajoute: nouvellement.

P.103, l. 21 et 22: hommes.—Le ms. A 29 ajoute: et sur les dames et damoiselles.

P.103, l. 26: en.... Chalons.—Mss. A 8, 9: en la ditte cité.

P.103, l. 29 et 30: en.... jakerie.—Ms. A 17: à grant tristesse de cuer et à moult grant meschief, pour la grant paour et grand doubte qu’il avoit de celle Jaquerie.

P.103, l. 29 et 30: pour.... Jakerie.—Ms. A 29: pour le grant doute qu’ils avoient de celle maudite jaquerie.

P.104, l. 1: leur.—Le ms. A 29 ajoute: leal.

P.104, l. 2: quoique.—Mss. A 8, 9: combien que.

P.104, l. 7: quarante lances.—Ms. A 29: soixante lances de bonnes gens d’armes.

P.104, l. 11: lies.—Le ms. A 29 ajoute: et moult joyeuses et moult reconfortées.

P.104, l. 13: villains.—Ms. A 17: tuffes et giveliers.

P.104, l. 17: enfans.—Ms.A29: pucelles.

P.104, l. 17: cueillièrent.—Mss. A 8, 9: s’assemblèrent.

P.104, l. 21: fous.—Mss. A8, 9: flotes.—Ms. B 6: flos. Fo569.

P.104, l. 22: aultres.—Le ms. A 29 ajoute: pour ce qu’ils estoient du parti des Jacques.

P.104, l. 23: bien neuf mil.—Ms. B 6: plus de vingt mille. Fo570.—Le ms. A 29 ajoute: villains.

P.104, l. 30: plenté.—Le ms. A 17 ajoute: de villains petaux.

P.105, l. 2: nobles.—Mss. A 8, 9: grandes.

P.105, l. 5: Beus.—Le ms. A 29 ajoute: son cousin.

P.105, l. 6: desconfire.—Les mss. A 8, 9 ajoutent: et destruire.

§416. P.105, l. 7: Quant ces nobles.—Ms. d’Amiens: Quant ces nobles dammes, qui estoient hebregies ou Marquiet de Miaux, qui est assés fors, car li rivière de Marne l’environne, virent si grant cantitet de peuple acourir et venir sour elles, si furent moult esbahies et effraées. Mais li comtez de Fois et li captaux et leur routte, qui jà estoient tout armet, se rengièrent sour le Marquiet et vinrent à le porte dou Marchié et le fissent ouvrir toutte arrière, et puis se missent au devant de ces villains noirs et petis et mal armés.

Quant ces meschans gens virent ces chevaliers et escuiers si bien armés, et le bannierre le comte de Fois et ceste dou duc d’Orliiens et le pennon dou captaul, et les glaves et les espées en lors mains, et bien appareilliés d’iaux deffendre et de garder le Marchiet, si ne furent mies si foursenet que devant. Mès se coummenchièrent li premier à reculler, et li gentil homme à yaux poursuir, et à lanchier de lors glaves et lors espées et à abattre. Adonc chil qui estoient devant, qui sentoient les horions ou qui les resongnoient à avoir, reculoient tout à ung fès; si cheoient l’un parmy l’autre.

Adonc yssirent touttes mannierres de gens d’armes hors des barrières, et gaegnièrent tantost le plache, et se boutèrent entre ces meschans gens. Si les abatoient as fous et à mons et les tuoient enssi que brebis, et les reboutèrent tous hors de le ville, que oncques nulx d’iaux n’y tint ordounanche ne conroy; et en tuèrent tant qu’il en estoient tout lasset et tout naisit, et les faisoient saillir à mons en le rivierre de Marne. Briefment, il en tuèrent ce jour plus de sept mil, ne jà n’en fust nulx escappés, se il les volsissent avoir cachiés plus avant.

Et quant li gentil homme retournèrent, il boutèrent le feu en le dessousterraine ville et l’ardirent toutte et tous les villains dou bourch qu’il peurent ens enclore. Depuis ceste desconfiture qui ensi fu faitte à Miaux, ne se rassamblèrent il nulle part, car li sirez de Couchy avoit grant fuison de gentils hommes avoecq lui, qui les mettoient à fin partout où qu’il les trouvoient, sans pité et sans merchi. Fo110.

P.105, l. 7 et 8: herbergies.—Ms. A 29: logées par les hostels.

P.105, l. 10: gens.—Ms. A 17: villains tuffes.

P.105, l. 12: captaus.—Les mss. A 8, 9 ajoutent: de Beuch.

P.105, l. 12: qui.—Les mss. A 8, 9 ajoutent: jà.

P.105, l. 16: noirs et petis.—Ms. A 17: tuffes et giveliers, lais et hideus.

P.105, l. 22: comment.—Mss. A 8, 9: combien.

P.105, l. 22: point.—Mss. A 8, 9: mie.

P.105, l. 28: ressongnoient.—Mss. A 8, 9: redoubtoient.

P.105, l. 29: tout.... et.—Mss. A 8, 9: tant à une fois qu’ilz.

P.106, l. 2: à fous et à mons.—Mss. A 8, 9: à grans monceaulx.

P.106, l. 3: reboutèrent.—Mss. A 8, 9: boutèrent.

P.106, l. 7: que.—Mss. A 8, 9: et.

P.106, l. 7 et 8: plus de sept mil.—Ms. B 6: six mille. Fo570.

P.106, l. 6 et 7: Briefment.—Mss. A 8, 9: Finablement.

P.106, l. 8 et 9: volsissent.—Mss. A 8, 9: eussent voulu.

P.106, l. 9: avant.—Le ms. B 6 ajoute: Oncques depuis il n’eurent vollenté de retourner celle part. Che biau serviche firent ly conte de Fois et le capitauls de Beus à la duchesse de Normendie. Ossy ches coumuns de Paris estoient vuidiet et party et n’avoient trouvé ne prouvost ne aultres qui leur euist dit chest malfait; ne ossy de leur follie il ne furent point corigiet à leur retour. Fo571.

P.106, l. 11: desoustrainne.—Mss. A 8, 9: desordonnée.

P.106, l. 16: de.—Le ms. A 29 ajoute: bons.

§417. P.106, l. 19: Assés tost.—Ms. d’Amiens: Assés tost apriès celle avenue, li dus de Normendie assambla tous les nobles gentils hommes qu’il peut avoir, tant dou royaumme que de l’empire, parmy leurs saudées payans, et s’en vint assegier Paris par deviers Saint Anthonne, et avoit bien cinq mil armures de fier. Si estoient touttes ses gens logies à Saint Mor et as autres villes et villettez environ, et li dus se tenoit au pont à Charenton. Et prendoient ses gens fourraiges et pourveanches de vivres et quanqu’il trouvoient aval le pays, et ardirent bien deuxcens villiaux pour mieux castiier et destruire ces meschans gens. Et couroient souvent cez gens d’armes devant Paris; et n’en osoit nulz yssir, pour le doubtanche dou ducq.

D’autre part, li prevos des marchans, qui se tenoit en le haynne et yndination dou dit duc de Normendie, tenoit à amour ce qu’il pooit le dit roy de Navare et son consseil et le coummunaulté de Paris, et faisoit de jour et de nuit ouvrer à le fremeté de Paris; et tenoit laiens grant fuison de gens d’armes navarois et englèz, archiers et autres gens, pour estre plus asseur contre ceux qui les guerioient.


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