Chapter 18

Et se logoit adonc li rois de Navare à Saint Denis, ossi qui retenoit grant fuison de gens d’armes. Fo110.

P.106, l. 22 et 23: troi mil.—Mss. A 8, 9, 15 à 17, 20 à 22: sept mille.—Ms. A 29: mille lances de bonne estoffe.—Ms. B 6: cinq mille, que chevaliers, que escuiers. Fo572.

P.106, l. 26: à Paris.—Ms. A 29: aux portes et barrières de Paris.

P.107, l. 1: castiier.—Ms. A 29: dompter et endomager.

P.107, l. 2 et 3: fortefiie.... destruite.—Ms. A 29: de portes, de tours, de murs et de bons fossés, ainsi qu’elle estoit, sans nul deport elle eust à celle foys esté destruite et rasée, tant estoit le duc de Normandie animé et courroucé sur les Parisiens.

P.107, l. 4: issir.—Ms. A 29: saillir n’entrer.

P.107, l. 5: qui.—Le ms. A 29 ajoute: jour et nuyt.

P.107, l. 8 et 9: sentoit.—Le ms. A 29 ajoute: grandement.

P.107, l. 13: ouvrer.—Le ms. A 29 ajoute: de la maçonnerie et fossoyer pour.

P.107, l. 15: compagnons.—Le ms. A 29 ajoute: et planté de bons arbalestriers et paveschers.

P.107, l. 18 et 19: telz que.... linage.—Mss. A 8, 9, 15 à 17, 20 à 22: telz que messire Pepin des Essars, messire Jehan de Charny, chevaliers, et pluseurs autres bonnes gens. Fo186.

P.107, l. 20: grandement.—Les mss. A 8, 9 ajoutent: de.

P.107, l. 20: duch.—Les mss. A 8, 9 ajoutent: de Normandie.

P.107, l. 23: gens.—Les mss. A 8, 9 ajoutent: et.

P.108, l. 1: peut.—Le ms. A 29 ajoute: à tout son arroy.

P.108, l. 3: saus.—Mss. A 8, 9: solz.—Ms. A 29: soudées.

P.108, l. 8: riens.—Ms. A 29: si petit non.

§418. P.108, l. 10: Entre ces deux.—Ms. d’Amiens: De quoy il avint que li dus de Normendie, qui estoit à Charenton, manda [au roy de Navarre] quel cose il penssoit et qu’il volloit faire. Li message, qui furent envoiiet de par le duc au roy de Navare, parlèrent si bellement et si courtoisement au dit roy, que li roys de Navare s’en vint en l’ost dou duc et s’escuza bellement et humblement envers lui; et eult en couvent, par serment et par foy, qu’il demouroit dallez lui à bien et à mal de celle emprise. Et fu là entr’iaux li pès faite et confremmée entre les deux seigneurs, parmy tant que chil de Paris amenderoient le despit qu’il avoient fait au ducq de tuer ses chevaliers en se presenche ou palais à Paris, et ossi le meffait que fait avoient chil qui avoient estet à l’asaut dou Markiet de Miaux, à l’ordounnanche de quatre arbitrez, desquelx li roys de Navarre devoit estre cinquimes et souverains. Et avoecq chou, li dis dus devoit eslire douze hommes dedens lez bourgois de Paris qui devoient y estre justiciés et corrigiéz par le regart et jugement dez pers de France: si ques, sus le fianche de cest accord, li dus de Normendie dounna à ses gens d’armes congiet, mès mies ne rentra dedens Paris; car il avoit juret que jammais n’y renteroit jusquez adonc qu’il aroit par deviers lui le prouvost dez marchans et lez douze qu’il devoit eslire. Si s’en revint à Miaux, où la duçoise sa femme estoit, si comme vous avés oy, et li roys de Navarre à Saint Denis, qui souvent estoit visetés dou prouvost des marchans et de chiaux de sa secte. Fo110 vo.

P.108, l. 18: à.—Mss. A 8, 9: près de.

P.108, l. 22: Robert de Clermont et le mareschal de Campagne.—Mss. A 15 à 17: Jehan de Cleremont, le mareschal de Champaingne. Fo204 vo.

P.108, l. 23: le mareschal de Campagne.—Mss. A 18, 19: Robert de Champaigne. Fo218 vo.

P.108, l. 24: Symon de Bussi.—Mss. A 8, 9, 15 à 17, 20 à 22: Regnault d’Acy. Fo186.

P.108, l. 26 et 27: eut en couvent.—Mss. A 8, 9: promist.

P.109, l. 24: li dus.—Les mss. A 8, 9 ajoutent: de Normandie.

P.109, l. 24: Paris.—Le ms. A 29 ajoute: pour cause que le prevost des marchans et ses alliés avoient moult grandement villené et injurié le dit duc en sa chambre au pallais et occis ses deux mareschaulx.

§419. P.109, l. 25: Li prevos.—Ms. d’Amiens: Assés tost après, s’esmut ungs mautalens entre les saudoiiers englèz et ciaux de Paris, que li prevos avoit retenus à ses gaiges, pour garder le cité contre le ducq, si comme vous avés oy chy dessus. Et adonc se porta si malement li debas pour les Englès, qu’il en y eut bien soissante tués sus les rues, et furent chil tout liet et tout ewireux qui peurent escapper. Et en fist adonc li prouvos des marchans, en l’aïe de chiaux de Paris, bien prendre cent et cinquante, et mettre en diviers lieux en prison; et dist as coummuns qui ochir les volloient, que il les ochiroit et feroit tous morir de male mort. Mais dedens deux jours apriès, quant la cose fu ung peu rappaisie, il leur fist voie et lez delivra de nuit, et les mist hors de Paris. Liquel Englès l’endemain se requeillièrent enssamble, et grant fuison d’autres compaignons qui se boutèrent en leur conroi, et deffiièrent chiaux de Paris et coummenchièrent à courir jusques as barrièrez de Paris, et à ocir et decopper gens, et à ardoir maissons et villiaux entours Paris. Fo110 vo.

P.110, l. 3: trois.—Le ms. A 29 ajoute: mareschaux.

P.110, l. 4: Paris.—Le ms. A 29 ajoute: ou plain conseil du duc de Normandie et tout au plus près de luy.

P.110, l. 10: secte.—Mss. A 8, 9: aliance.

P.110, l. 14: Certes.—Mss. A 8, 9: Chiers.

P.110, l. 19: se il besongne.—Ms. A 29: si aucun grant besoing vous sourt.

P.111, l. 12: mors.—Le ms. B 6 ajoute: sur ung samedy. Fo574.

P.111, l. 13: soixante.—Ms. B 6: quarante. Fo574.

P.111, l. 17: en trois portes.—Ces mots manquent dans A 8, 9, 15 à 17, 20 à 22.—Ms. A 29: en troys des portes de Paris.

P.111, l. 17: cent et cinquante.—Ms. B 6: deux cens.

P.111, l. 18: prison.—Les mss. A 8, 9, 15 à 17, 20 à 22 ajoutent: au Louvre.

P.111, l. 21: Paris.—Le ms. A 29 ajoute: pensant que l’endemain ils s’en feroyent justice.

P.111, l. 23: delivrer.—Le ms. A 29 ajoute: et partir à tout leurs bagues de Paris.

P.111, l. 30: uns sages.—Ms. A 29: comme sage et subtil.

P.111, l. 31: adonc oster.—Ms. A 29: chevir pour celle foys.

P.112, l. 4: trois cens.—Ms. B 6: quatre cens. Fo575.

P.112, l. 10 et 11: en estoit demandés et par derrière encoupés.—Mss. A 3, 11 à 14: en estoit en derrière encolpé.—Mss. A 8, 9, 15 à 17, 20 à 22: en estoit cause et consentant.

P.112, l. 11: encoupés.—Le ms. B 6 ajoute: Ches nouvelles vinrent au duc de Normendie comment ly Parisiens estoient triboulés par ches Englès et Navarois. Desquelles nouvelles le duc de Normendie et son consail furent tout joieulx, car par celle voie poroient il bien venir à leur entente. Sy se faindy le duc de Normendie de non yauls guerrier sy fort que il avoit fait par avant. Fo575.

§420. P.112, l. 12: Quant cil de Paris.--Ms. d’Amiens: Quant chil de Paris se virent enssi herriiet de ces Englès, si furent tout foursenet et requissent au prouvost des marchans que il vosist faire armer une partie de le coummunauté de Paris et mettre hors as camps, car il volloient aller combattre ces Englès qui se tenoient à Saint Clo et là environ. Li prevos leur acorda volentiers, et dist que il ysteroit avoecq yaux pour mieux besongnier, et yssirent un jour de Paris yaux bien vingt deux cens. Quant il furent as camps, il entendirent que chil Englès qui les guerioient, estoient devers Saint Clo; si se avisèrent que il se partiroient en deux parties et prenderoient deux chemins, affin que chil Englèz ne leur pewissent escapper. Si se ordonnèrent enssi et se devoient retourner et rencontrer à un certain lieu, assés priés de Saint Clo. Si se deseverèrent li ung de l’autre, et en prist li prevost des marchans le menre partie. Si tourniièrent ces deux batailles ce meysme jour entour Monmartre, et ne trouvèrent nulle aventure. Toutteffois, li prouvos des marchans, qui estoit nesis d’estre sour les camps et riens faire, rentra en Paris par le porte Saint Martin très remontière.

Li autre bataille, qui cheminèrent plus avant, se tinrent tout le jour sour les camps, et au viespre il s’en revenoient tout hodet et tout lasset, li uns se bachinet en se main; li autres le portoiten unez besaches; li tiers traienoit son planchon ou portoit sen espée à eskierpe; et devoient rentrer en Paris par le porte Saint Hounouré. Si trouvèrent de rencontre ces Englèz ou fons d’un chemin, qui estoient bien quatre cens, c’uns c’aultrez, qui tantost les escriièrent et se ferirent entre yaux. Chil, qui soudainenment se virent assailli, ne tinrent point de conroy, mès coummenchièrent à fuir, chacuns qui mieux mieux, par tropiaux enssi que brebis, et chil Englès lez sieuvoient de prièz, qui les tuoient à vollenté. Là en y eut, sus mains d’une lieuwe de terre, ochis plus de sept cens, et chil furent tout euwireux qui peurent escapper et rentrer en Paris; et dura li cache jusques dedens les barrierrez de Paris. De ceste avenue fu trop durement blaméz li prevos dez marchans de le coumunauté de Paris, et dissent que il lez avoit trahis. Encorres à l’endemain, avint que li proïme et li amit de chiaux qui mort estoient, yssirent de Paris pour yaux aller requerre à kars et à karettez et les corps ensepvelir; mès li Englès avoient mis une embusche sur les camps, et en tuèrent et mehaignièrent de rechiés plus de six vingt.

En tel tourble et en tel meschief et en tel pestilence estoient escheu chil de Paris, et ne se savoient de qui garder. Et vous di qu’il vivoient et estoient nuit et jour en grans souppechons, car li roys de Navarre se refroidoit d’iaux aidier, pour le cause de le pès qu’il avoit juret à son serourge le ducq de Normendie, et pour l’outraige ossi qu’il avoient fait des saudoiiers englès qu’il avoient ochis, et si les avoit mis et envoiiés à leur priierre dedens Paris. Si n’en volloit mies avoir le haynne enviers leurs compaignons, mès consentoit bien que chil de Paris fuissent castiiet, afin qu’il amendaissent plus grandement ce fourfet. D’autre part, li dus de Normendie le souffroit assés, pour tant que li prouvos des marchans avoit encorres le gouvernement de chiaux de Paris; et leur mandoit bien et segnefioit que nulle pès ne leur tenroit jusques à tant que douze hommes de Paris, lesquelx qu’il vorroit eslire, il aroit à sa volenté, mors ou emprisonnés deviers lui.

Vous devés savoir que li prouvos des marchans et chil qui se sentoient fourfet deviers le duch et en se haynne, n’estoient mies bien aise. Si veoient il bien, tout consideret et ymaginet, que ceste cose ne pooit longement demourer en tel estat, car il estoient hay dou duc et n’en pooient issir fors par le mort. Et li coummuns coummenchoit jà fort à murmurer sus yaux. Et disoient li ung à l’autre, par rues et par quarfours où il s’asambloient, que il valloitmieux que douze hommes le comparassent, que li noble chités de Paris fust perdue ne perrie. Fos110 voet 111.

P.112, l. 19: vingt deux cens.—Mss. A 20 à 22: douze cens.—Le ms. A 29 ajoute: bien armés et embastonnés et en belle ordonnance.—Ms. B 6: plus de vingt mille hommes. Fo576.

P.112, l. 28: batailles.—Mss. A 8, 9: parties.

P.113, l. 2: nesis.—Mss. A 8, 9: ennuiez.

P.113, l. 3: remontière.—Mss. A 8, 9: remontée.—Ms. A 29: haute nonne.

P.113, l. 13: hodé.—Mss. A 8, 9, 15 à 17, 20 à 22: travailliez et ennuiez.

P.113, l. 14: en unes besaces.—Mss. A 8, 9: à son col.

P.113, l. 14: tanison.—Mss. A 8, 9: lascheté et ennuy.

P.113, l. 15: eskerpe.—Mss. A 8, 9: escharpe.

P.113, l. 19: quatre cens.—Ms. B 6: cinq cens. Fo576.

P.113, l. 19: sorte.—Les mss. A 8, 9 ajoutent: et d’un accort.

P.113, l. 21: trop.—Les mss. A 8, 9 ajoutent: durement et.

P.113, l. 26 et 27: ensi que bestes.—Ms. A 29: comme pouvres bestes.

P.113, l. 27: que mieulz mieulz.—Mss. A 8, 9: qui mieulx povoient.

P.113, l. 28: sept cens.—Ms. A 29: huit cens.—Ms. B 6: quinze cens. Fo576.

P.113, l. 29: poursuivi.—Mss. A 8, 9: tous chaciez.

P.113, l. 30: blasmez.—Ms. A 29: escharni.

P.114, l. 5 et 6: plus de six vingt.—Ms. B 6: bien deux cens. Ensy aloit de pis en pis, dont le duc de Normendie n’estoit pas courouchiés. Fo577.

P.114, l. 14: Paris.—Le ms. A 29 ajoute: pour garder la cité à l’encontre des Normans.

P.114, l. 18: le gouvrenement.—Le ms. A 29 ajoute: et l’administration de la communauté et de toute la cité.

P.114, l. 29: secte.—Mss. A 8, 9: sorte et aliance.

P.114, l. 29: les.—Mss. A 8, 9: le.

P.114, l. 30: enfourmé.—Le ms. A 29 ajoute: ne nul remède il n’i savoyent mettre, si le dissimuloyent et passoyent à leur plus bel.

§421. P.115, l. 1: Li prevos.—Ms. d’Amiens: Si eurent li prevos des marchans et cil de sa secte pluisseurs ymaginations et conssaux enssamble coumment il en poroient yssir. Si regardèrent qu’il valloit mieux qu’il demoraissent en vie et en prosperité dou leur et de leurs amis que ce qu’il fuissent destruit. Si tretiièrent deviers ces Englès, qui estoient annemit à le coummunauté de Paris, et deviers aucuns dou consseil le roy de Navare. Et se porta certains traitiés et acors, secretement fais et pourparléz, que li prouvos des marchans et chil de sa secte devoient une nuit ouvrir les portes de Paris et laissier entrer ens ces gens d’armes englès et autres; et devoient courir et rober toutte le chité, et ochir hommes et femmes sans pité et sans merchy, excepté chiaux et celles qui demouroient ès hostelx et ès maisons où ungs signes de croie, telz qu’il devisèrent, devoit estre fais et escrips.

Celle propre nuit que ce devoit avenir, espira et esvilla Dieux aucuns bourgois de Paris qui estoient de l’acord dou ducq, et s’armèrent tout quoiement en leurs maisons et fissent armer leurs amis, et furent bien deux cens d’une sorte, desquelz ungs bourgois de Paris, qui s’appelloit Jehans Maillars, estoit chiés. Si s’en vint li dis Jehans, bien acompaigniés et tous ahastis, à le porte Saint Anthonne, et trouva là le dit prevost des marchans: che fu environ l’eure de mienuit. Se li demanda Jehans Maillars qu’il queroit là à ceste heure, et l’amist tantost de trayson, et li dist qu’il n’y estoit pour nul bien. Li prevost l’en desmenti et dist que si estoit. Tant montèrent les parolles entre yaux deux que Jehans Maillars escria: «A le mort au traiteur!» Et tantost qu’il eult dit ce mot, cil qui estoient dallés lui saillirent avant et ferirent à lui et à ses gens. Si fu là li dis prevos tués et huit hommes de se mesnie. Puis coururent li dis bourgois à leur compaignie par le ville, querant ciaux qui estoient de l’acord le dit prouvost, et en tuèrent pluisseurs qui ne se laissoient prendre, et emprisonnèrent bien soixante qu’il missent en prison en Castelet, à Paris.

L’endemain au matin, la chité de Paris fu moult esmeue, che fu bien raisons; et s’asambla toutte li coumunaulté ou marchiet as halles. Là recorda et remoustra Jehans Maillars, voiant tout le peuple, en quel estat il avoit, le nuit passée, trouvet le prouvost dessus dit et se route, et pourquoy il l’avoit ochis et emprisounnés lez autres, et quel cose chil qui estoient en Castellet, avoient confesset et coumment celle propre nuit li Englès et li Navarois devoient entrer en Paris sus le comfort dou dit prouvost, et toutmettre à l’espée sans remède et sans merchy, hommes et femmes, excepté chiaux qui estoient de le secte le dit prouvost.

Ces parolles oyes, tous li peupples fu moult esmervilliés, et loèrent Dieu de le grace qu’il leur avoit fait. Là fu adviset et conssilliet de coummun acord c’on manderoit le dit duc, leur seigneur, qui estoit au pont de Charenton. Si envoiièrent chil de Paris siis bourgois des plus souffissans et des mieux advisés, liquel montèrent tantost à cheval et s’en vinrent deviers le ducq au pont à Charenton. Si le trouvèrent, le duc d’Orliiens, son oncle, dalléz lui, le seigneur de Saint Venant, monseigneur de Rainneval, monseigneur Raoul de Couchy, monseigneur Ernoul d’Audrehen et pluisseurs autres chevaliers. Se li recordèrent tout l’affaire, si comme vous avés devant oy, et li priièrent en hummelité qu’il volsist venir à Paris, et que li bourgois avoient grant desir de lui veoir et avoir dalléz yaux, et obeir dou tout à lui, enssi c’à leur seigneur.

De ces parolles fu li dus tous joieaus et encorres plus des nouvelles. Si se parti dou pont à Charenton à tout son arroy, et s’en vint à Paris où il fu moult grandement honnourés et festiiés, et touttes les rues jonchées et parées à l’encontre de sa venue. Si pardounna li dus tantost de bonne vollenté l’entreprise que fait avoient de le mort le prouvost des marchans et de chiaux de son accord.

Si remanda li dus la duçoise sa femme, qui estoit à Miaux, et touttes les autres dammes et dammoiselles qui adonc estoient avoecq lui: se vinrent à Paris et y furent bien festiées et bien conjoïes. Si furent justiciet et mis à fin en pluisseurs mannierres tout chil qui estoient emprisonnet en Castelet, qui avoient estet de le partie le prevost des marchans. Depuis se tint li dus de Normendie tout à pès dedens Paris et sans nulle souppechon.

En ce tamps, se deffist li sièges de devant Rennes, qui avoit duret priès d’un an entier; et retourna li dus de Lancastre en Engleterre et touttes ses gens d’armes.

Et messires Carles de Blois envoya ses deux filx, Jehan et Ghuy, en Engleterre, hostagier pour lui, tant qu’il ewist paiiet sa raenchon. Si les rechupt li roys englès liement ou nom de leur père, et les mist en garde par deviers un très bon chevalier loyaul et preudomme, qui s’appelloit messires Rogiers de Biaucamp, et damme Sebille sa femme: cil furent garde des deux enffansdessus diz moult long tamps, si comme vous orés avant en l’istoire.

Or revenrons au roy Charlons de Navarre, qui se tenoit à che donc à Saint Denis, et messires Phelippes ses frères, et pluisseur chevalier et escuier navarois, englès, pickars et de pluisseurs pays, au jour et à l’eure que li prevos des marchans fu tués. Fo111.

P.115, l. 1 à 24: Li prevos.... Paris.—Ms. B 6: Or avint que le prouvost des marchans, qui moult se doubtoit des Parisiens et ossy chil de sa secte, et que en la fin le dus ne les tenist à se vollenté, avisèrent que il renderoient et deliveroient la bonne chité de Paris as Navarois de nuit: par quoy chil de qui il se doubtoient seroient corrigiet et pugnit et metteroient tout le leur hors à sauveté, car cheste chose ne povoit longement durer que il ne leur mesvenist par aulcune aventure, et jà en avoient yl oït murmurer sur yauls. Sy se retrairent devers monseigneur Jehan de Pikegni et le conseil du roy de Navare tout secretement à faire leur emprise, et ordonnèrent coment de nuit ly Navarois enteroient ens Paris par le porte Saint Anthoine. Fo577.

P.115, l. 1 et 2: de sa secte.—Mss. A 8, 9: de son aliance et accort.

P.115, l. 5: Normendie.—Le ms. A 29 ajoute: qui mandoit generalement à tous ceux de Paris que nulle paix ne leur tiendroit jusques à tant que douze hommes de Paris, lesquels qu’il voudroit eslire, luy fussent livrés pour en faire et ordonner du tout à son plaisir.

P.115, l. 13: certains.—Les mss. A 8, 9 ajoutent: trettiés et.

P.115, l. 15 à 24: estre.... Paris.—Mss. A 8, 9, 15 à 17, 20 à 22: tous prests et ordonnez entre la porte Saint Honnouré et la porte Saint Anthoine tellement que, à heure de mienuit, Anglois et Navarrois devoient tous d’une sorte y venir si pourveus que pour courir et destruire Paris, et les devoient trouver toutes ouvertes. Et ne devoient les dis coureurs deporter homme ne femme, de quelque conversacion qu’ilz feussent, mais tous mettre à l’espée, exceptez aucuns que les ennemis devoient congnoistre par les signes qui seroient mis à leurs huis et fenestres. Fo188.

P.115, l. 21 à 23: de quel.... cognoistre.—Mss. A 2, 11 à 14, 18, 19: de quelque estat qu’il feussent, mais tout mettre àl’espée où un signe que les amis avoient (Mss. A 18, 19: devoient congnoistre) entre eulx....

P.115, l. 25: que ce devoit avenir.—Mss. A 18, 19: que Dieu ne voult ceste chose avenir.

P.115, l. 25: espira.—Mss. A: inspira.

P.115, l. 26: esvilla.—Ms. B 6: resvilla. Fo577.

P.115, l. 27 et 28 à p. 118, l. 20: Normendie.... recorder.—Mss. A 8, 9, 15 à 17, 20 à 22: desquelz messire Pepin des Essars et messire Jehan de Charny se faisoient chiefs. Et furent yceulx par inspiracion divine, ainsy le doit on supposer, enformez que Paris devoit estre courue et destruite. Tantost ilz s’armèrent et firent armer tous ceulx de leur costé, et revelèrent secretement ces nouvelles en pluseurs lieux, pour avoir plus de confortans.

Or s’en vint le dit messire Pepin et pluseurs autres, bien pourveus d’armeures et de bons compaignons. Et prist le dit messire Pepin la banière de France, en criant: «Au roy et au duc!» Et les suivoit le peuple. Et vindrent à la porte Saint Anthoine où ilz trouvèrent le prevost des marchans qui tenoit les clefs de la porte en ses mains.

Là estoit Jehan Maillart qui, pour ce jour, avoit eu debat au prevost des marchans et à Josseran de Mascon et s’estoit mis avecques ceulx de la partie du duc de Normandie. Et illecques fut le dit prevost des marchans forment arguez, assaillis et deboutez. Et y avoit si grant noise et criée du peuple qui là estoit, que l’en ne pouvoit riens entendre. Et disoient: «A mort, à mort, tuez, tuez ce prevost des marchans et ses aliez, car ilz sont traitres!»

Là ot entr’eulx grant hutin. Et le prevost des marchans, qui estoit sur les degrez de la bastide Saint Anthoine, s’en feust voulentiers fuy, s’il eust peu; mais il fu si hastez que il ne pot. Car messire Jehan de Charny le feri d’une hache en la teste et l’abati à terre; et puis fut feru de maistre Pierre Fouace et autres qui ne le laissièrent jusques à tant que il fut occis et six de ceulx qui estoient de sa secte, entre lesquelz estoient Phelippe Gaiffart, Jehan de Lisle, Jehan Poiret, Simon le Paonnier et Gille Marcel. Et pluseurs autres traitres furent pris et envoiez en prison. Et puis commencèrent à courir et à cerchier parmi les rues de Paris, et mirent la ville en bonne ordenance, et firent grant gait toute nuit.

Vous devez savoir que, sitost que le prevost des marchans etles autres dessus nommez furent mors et pris, ainsi que vous avez oy, et fut le mardi derrenier jour de juillet l’an mil trois cens cinquante huit, après disner, messages partirent de Paris très hastivement pour porter ces nouvelles àmonseigneurle duc de Normendie qui estoit à Meaulx, lequel en fut très grandement resjoui, et non sans cause. Si se ordonna pour venir à Paris. Mais avant sa venue, Josseran de Mascon, qui estoit tresorier du roy de Navarre, et Charles Toussac, eschevin de Paris, lesquelz avoient esté prins avecques les autres, furent excecutez et orent les testes copées en la place de Grève, pour ce qu’ilz estoient traitres et de la secte du prevost des marchans. Et le corps du dit prevost et de ceulx qui avecques lui avoient esté tuez, furent atrainez en la court de l’eglise de Sainte Katherine du Val des Escolliers. Et, tous nuz, ainsi qu’ilz estoient, furent estendus devant la croix de la dicte court où ilz furent longuement, afin que chascun les peust veoir qui veoir les vouldroit, et après furent gettez en la rivière de Saine.

Le duc de Normandie, qui avoit envoiez à Paris de ses gens, [et[371]] grant foison de gens d’armes pour reconforter la ville et aidier à la deffendre contre les Anglois et Navarrois qui estoient environ et y faisoient guerre, se parti de Meaulx où il estoit et s’en vint hastivement à Paris à noble et grant compaignie de gens d’armes. Et fut receus en la bonne ville de Paris de toutes gens à grant joye, et descendi pour lors au Louvre.

Là estoit Jehan Maillart delez lui, qui grandement estoit en sa grace et en son amour; et, au voir dire, il l’avoit bien acquis, si comme vous avez oy cy dessus recorder, combien que par avant il feust de l’aliance au prevost des marchans, si comme l’en disoit. Fo188.

P.115, l. 32: armer.—Ms. B 6: tout leur linage et bien trois cens bourgois de Paris ens esquels il avoient grant fianche, et puis en allèrent à tout grans fallos et torses deviers la porte Saint Anthoine. Fo578.

P.116, l. 20: trahites.—Ms. A 29: Estienne.

P.116, l. 29: six.—Ms. B 6: dix huit. Fo578.

P.116, l. 30: prison.—Le ms. A 29 ajoute: Quant Jehan Maillart eut ainsi exploitté sur le prevost des marchans et sur aucuns de ses complices, il se saisit des clefs de la porte Sainct Anthoine que le prevost tenoit encores en ses poings, depuis qu’ilfut occis, voire si estroittement que à peine on les luy povoit oster, et les pendit à son ceinct.

P.117, l. 3 à 11: si les.... mesfet.—Ms. A 29: Adonc Jehan Maillart les arraisonna, leur demandant qu’ils queroyent là à celle heure et qui les y avoit envoyés. Ils respondirent qu’ils estoyent là commis à garder la porte de par le prevost des marchans, qui avoit la charge et la garde de Paris, et que tantost il devoit là venir. «Par mon serment, dict Jehan Maillart, il n’a talent d’y venir, car veez, ci l’en a bien gardé.» Adonc il leur monstra sa hache encores toute rouge et teincte de sang.

Quant les traistres virent et entendirent que ce dict est, ils furent tous esbahis, si ne sçeurent que penser, fors que leur maistre estoit mort, et eurent grant doubte de leur vie; car là entour veoyent tant de peuple assemblé contre eux que leur deffense n’auroit lieu. Lors leur dist Jehan Maillart: «Vous estes tous de la bande du prevost: si vous fay tous prisonniers, de par le roy nostre sire et la communauté de Paris.» Et ainsi furent tous encoulpés de trahison et prins, et excusance qu’ils en fissent, ne leur proufita riens. Là furent tous ceulx de la secte du prevost saisis et loyés estroittement comme traistres, et menés en fortes prisons en divers lieux; et ceux qui ne se laissoyent prendre doucement, estoyent tantost occis et assommés sans quelque merci.

Celle nuict mesme, aussi en furent prins en leurs licts et maisons plus de soixante, qui tous furent encoulpés de la trahison et du mesme faict dont le prevost des marchans estoit mort; car ceulx qui prins estoyent, confessoyent à tous costés plainement tout le faict. L’endemain au matin, Jehan Maillart fit assembler le plus grant partie de la communauté de Paris au marché des Halles. Là monta sur un echaffaut et remonstra generallement la cause pourquoy il avoyt tué le prevost des marchans. Puis furent jugés à mort, par le conseil des preudhommes de Paris, tous ceux qui estoyent attaincts d’avoir esté de la secte du prevost; si furent tous executés en divers tourments de mort.

P.117, l. 8: soixante.—Ms. B. 6: quarante de l’amisté et de la secte du dit prouvost lesquels, à l’endemain, on leur coppa les testes comme traites. Fo578.

§422. P.118, l. 30: Quant li rois.—Ms. d’Amiens: Quant li roys de Navare sceut le verité de le mort le prouvost des marchans, son grant amy, et de chiaux de sa secte, si fu durementtourblés et courouchiés en deux manierres: l’une, pour tant que li prouvos li estoit mout favourablez et amis, et l’avoit aidiet à delivrer de prison et trouvet toudis plains de grant avis et de bon consseil; l’autre raison si estoit telle, qui mout li touchoit à sen onneur, que, par la mort dou dit prouvost et de chiaux de sa secte, li faummes courroit coumunement que, par son enhort et son pourcach, il volloit trahir le duc de Normendie, son serorge, et chiaux de Paris, laquel cose li estoit à son grant blasme et ne faisoit mie à souffrir ne à demourer enssi. Ce li emfourmoit ses consseils: si ques li roys Charles de Navare, comme homs moult ymaginatis, eut pluisseurs considerations et conssaux sus ces raisons, et ne pooit nullement veoir ne trouver qu’il ne deffiast et gueriast le duc de Normendie et le royaumme de France. Si le fist deffiier, de par lui et en son nom, et se parti de Saint Denis et s’en vint à Meslun sus Sainne, où la roynne Blanche, sa soer, estoit. Si se saisi de le ville et dou castel, et retint partout saudoiiers, gens d’armes et compaignons, Gascons, Englès et Espagnolx, Prouvenchiaux, Alemans, Haynuiers, Flamens, Braibenchons et touttez mannierrez de gens qui volloient yestre de son accord. Si en eult ossi pluisseurs ou royaumme de Franche, qui furent de son accord à gueriier le duc de Normendie et le pays; et venoient touttes mannierres de gens deviers lui, pour mieux pillier et gaegnier. Car li royaummes de Franche estoit adonc si gras, si riches et si plains de tous biens, que tout compaignon aventureus s’i traioient vollentiers pour pourfiter.

Si coummencha li rois de Navarre et ses gens, que on appelloit Navarrois, à gueriier le royaumme de Franche tellement que oncques il ne fu si grevés ne si essilliés de par les Englès, qu’il fu par les Navarois. Si coummenchièrent à ardoir et à essillier tout le pays d’entours Paris, et à desrober partout quanqu’il trouvoient, sans deport, à estudiier et à soutillier, à prendre castiaux, villes et fortrèces, les uns par eschiellement, les autres par tretiez et par pourchach de chiaux meysmes qui demoroient ens ès fors, dont li gentilz hommes de France avoient tués leurs amis. S’en fu tantost li noblez et li bons pays dou royaumme de Franche si raemplis de tous lés que nulx n’y osoit aller, venir, yssir, ne chevauchier, fors que pour ardoir et pour pillier. Et se tenoit li roys de Navarre à Mellun sur Sainne, à grant fuisson de gens d’armes; et couroient en Brie, en Gastinois, en Campaingne, et faisoient dou pays et des gens auques leurs vollentés.

D’autre part, messires Phelippez de Navare se tenoit à Mantez sur Sainne, desous Paris; et couroient ses gens en Normendie bien avant, en Biauvoisis et jusques as portes de Paris. A l’autre lés, ravoient li Navarois pris le bonne ville de Cray et l’avoient durement fortefiie; et en estoit cappittainne ungs chevaliers navarrois, bons hommez d’armes durement, qui s’appelloit messires Fourdrigais, et tenoit desoubz lui bien cinq cens combatans. Et estoient chil tout mestre de le rivierre d’Oise et d’Esne, et prissent le castiel de Mauconseil à deux lieuwez de Noyon, où nulx ne demoroit adonc; et en fissent une grant et grosse garnisson qui si constraindoit chiaux de Noyon, que nulx n’osoit yssir hors. Encorrez fu pris en ce tamps li fors castiaux de le Herelle, dont li Navarois fissent une très grant garnisson. Assés tost apriès, vint li captaus de Beus en Franche, à le priière dou roy de Navare son cousin, et à ses gages, et prist par eskiellement le fort castel de Clermont en Biauvoisis.

Ces quatre fortrèches constraindoient si le pays de Picardie, de Biauvoisis, de Franche, de Vermendois, que nulx n’osoit yssir de se maison; et n’estoit chevaliers ne escuiers, ne comtes ne dus, qui alast au devant. Et estoient chil de Paris si comme assis, car touttes les rivierres desoubz et deseure, dont li bien et les pourveanches leur devoient venir, estoient prises et saisies, et li Navarois mestres et souverains.

En ce tamps, fu pris par les Navarrois li fors castiaux de Saint Walery en Pontieu, qui trop durement greva et adamaga le pays de là environ; et en estoient cappittainne messire Guillaumme Bonnemare, un chevalier navarois, et Jehan de Segure, apert homme et hardit as armes mallement. Et avoient chil bien cinq cens compaignons desoubz yaux, etcouroienttout le pays de là environ, parmy le comfort de chiaux de le garnisson d’Eu qui se tenoit navaroise; et pilloient et roboient tout le Vismeu et le comté d’Eu et jusques as portes de Dièpe, et tout le Pontieu et environ Abbeville et jusquez à Amiens, et assamblèrent si grant avoir que sans nombre. Fo111 vo.

P.118, l. 30: Navare.—Le ms. A 29 ajoute: qui se tenoit à Sainct Denis, et monseigneur Philippe de Navarre son frère, à tout grosse compagnie de gens d’armes, Angloys, Navarroys et autres.

P.119, l. 1: secte.—Mss. A 8, 9: aliance.

P.119, l. 20: toute.—Le ms. A 29 ajoute: sauf l’abbayequ’ils reservèrent, et chargèrent leur pillage sur chars et charrettes et tout emportèrent.

P.119, l. 21: Et.... Sainne.—Mss. A 8, 9, 15 à 17, 20 à 22: Et envoia gens d’armes le dit roy de Navarre à Melun sur Saynne.—Le ms. B 6 ajoute: une bonne ville et forte en Brie et en Gastinois, qui estoit douaire de la royne Blanche se seur. Fo579.

P.119, l. 28: Hasbegnons.—Mss. A 8, 9: Espaignols.—Mss. A 23 à 29: Behaignons.—Le ms. B 6 ajoute: Flamens, Franchois.

P.120, l. 15: present.—Le ms. A 29 ajoute: quant il eurent sis sept jours.

P.120, l. 16: Cray.—Mss. A 8, 9: Creel.

P.120, l. 17: le Herielle.—Mss. A 8, 9: la Harelle.

P.120, l. 22: en.... restoré.—Mss. A 8, 9: en avant cent ans ne furent reparez ne restorez.

P.120, l. 29: Segure.—Mss. A 1 à 6, 11 à 14, 18, 19: Segre.

P.121, l. 1: Abbeville.—Le ms. A 29 ajoute: et tout le Vimeu, toute la comté d’Aumalle, tout le Cayeu.

P.121, l. 1: le marine.—Mss. A 8, 9: la riviere de Somme.

P.121, l. 1 et 2: jusques ens ès portes.—Mss. A 8, 9, 15 à 17, 20 à 22: jusques.

P.121, l. 9: trente.—Ms. A 29: vingt cinq ou trente.

P.121, l. 18: Fourdrigais.—Ms. B 6: Foudrigas. Fo580.

P.121, l. 20: Paris.—Mss. A 3, 7, 18, 19: Noion.

P.121, l. 29: combatans.—Le ms. A 29 ajoute: tous routtiers.

P.121, l. 30: Rabigos.—Mss. B 6, A 8, 9: Radigos. Fo580.

P.121, l. 30: de Duri.—Ms. B 6: de Bury.

P.121, l. 30: de Duri, Richars Frankelins.—Mss. A 1 à 6, 11 à 14, 18, 19, 29: de Durichars, Franquelin.

P.121, l. 31: Hanekins.—Ms. B 6: Hannek.

P.122, l. 3: toutes les sepmainnes.—Ms. A 29: tous les mois.

P.122, l. 6: ennemis.—Le ms. B 6 ajoute: D’autre part, à Pons sur Saine, se tenoient aultre Navarrois desquelz messire Ustasses d’Aubrechicourt estoit capitaine, lequelz tenoit tout le paysde Campaigne, durement chiaus de le chité de Troies et ranchonnoit tout le pais, ne nulz n’aloit au devant. Fo580.

P.122, l. 6: gens.—Le ms. A 29 ajoute: et par leurs cruautés et tirannies.

P.122, l. 7: et à tries.—Ces mots manquent dans A 8, 9.

P.122, l. 7 et 8: ne les labouroit ne ouvroit.—Mss. A 8, 9: ne les osoit labourer ne ouvrer.

§423. P.122, l. 10: Quant li dus.—Ms. d’Amiens: Quant li dus de Normendie, qui se tenoit à Paris, entendi que ces gens d’armes essilloient le pays sus le comfort dou roy de Navarre et qu’il monteplioient de jour en jour, il envoya par touttes les cités et les bonnes villes de Pikardie et de Vermendois, que chacune chité et seloncq se quantité, li envoyast une somme de gens d’armes à piet et à cheval, pour contrester contre les Navarois qui li essilloient son pays. Les citéz et les bonnes villes le fissent vollentiers et li envoiièrent gens d’armes et arbalestriers, seloncq ce qu’il estoient puissans. Si se traissent premierement par devant Mauconseil, pour ce qu’il leur sambla que c’estoit li fors plus legiers à prendre, et qui plus herioit chiaux de Noyon, et le bon pays de Vermendois. Si furent cappittainne de touttez ces gens d’armes et coumugnes li evesques de Noyon qui estoit filx à messire Robert de Loris, messires Raoulx de Couchy, messires Raoulx de Raineval, li sires de Canny et li sires de Roye. Et avoient avoecq yaux pluisseurs chevaliers et escuiers de Vermendois et de là environ, et assegièrent Mauconsseil assés estroitement, et y livrèrent pluisseurs assaux, et constraindirent moult chyaux qui le gardoient et deffendoient.

Quant li compaignon qui dedens estoient, se virentenssiapressé de ces seigneurs de Franche, et que longement ne se pooient tenir qu’il ne fuissent pris et desconffi, si mandèrent leur povreté et signefiièrent à monseigneur Jehan de Pikegni, qui se tenoit adonc à le Herielle et à qui touttes ces fortrèces obeyssoient, en depriant qu’il fuissent comforté et secourut hasteement, ou autrement il les couvenoit rendre à meschief. Quant messires Jehans de Pikegny entendi ces nouvelles, si se hasta d’iaux secourir et assambla ung jour tous chiaux des fors, et firent tant qu’il furent bien mil lanches de bons combatans. Si chevauchièrent ces gens de nuit et vinrent sus une ajournée devant Mauconsseil et se ferirent soudainnement en l’ost des Franchois, qui de cepoint ne se gardoient et qui dormoient à petit ghet comme tout aseuret. Si escriièrent li Navarrois leur cri et coummenchièrent à tuer et à decopper gens, et à abattre tentes et trés et à faire ung grant esparssin; car li Franchois furent pris si sour un piet qu’il n’eurent loisir d’iaux armer ne requeillier, mès se missent à le fuite, chacuns qui mieux mieux, deviers le chité de Noyon, et li Navarois apriès.

Là eult grant bataille et dur hustin, et moult de gens mors entre Noyon et Oskans et entre Noyon et le Pont l’Evesque et tout là entours; et gisoient li mors et li navret à fous et à mons par les camps. Et y perdirent chil de Tournay trop grossement, car il y estoient alet en grant estoffe et yaux bien sept cens, mès il furent priès tous mors ou tout pris. Et furent pris li evesques de Noyon, messires Raoulx de Couchy, li sires de Canni et si doy fil, et pluisseurs bons chevaliers et escuiers de là environ, et dura li cache jusquez ens ès portez de Noyon. Ceste bataille fu l’an de grace mil trois cens cinquante huit, le mardi apriès le feste en my aoust, c’on dist le Nostre Dame.

P.122, l. 11: essilloient.—Mss. A 8, 9: exilloient.

P.122, l. 18 et 19: une somme.—Mss. A 8, 9: un nombre.

P.122, l. 23: villes.—Le ms. B 6 ajoute: et par especial cil de Tournay y envoièrent bien cinq cens saudoiers moult bien abilliés. Fo582.

P.122, l. 30: herioit.—Mss. A 8, 9: grevoit.

P.122, l. 30: constraindoit.—Mss. A 8, 9: contraingnoit.—Ms. A 7: constraingnoit. Fo200.

P.123, l. 7: environ.—Ms. B 6: Et avoit devant Mauconseil plus de quinze cens hommes, que uns, que aultres. Fo582.

P.123, l. 12: malement.—Mss. A 8, 9: durement.

P.123, l. 24: Cray.—Mss. A 8, 9: Creel.

P.123, l. 30: mil lances de bons combatans.—Ms. B 6: bien quinze cens combatans, tout d’eslite. Fo582.

P.124, l. 2: loing.—Mss. A 8, 9, 15 à 17, 20 à 22: devant lui.

P.124, l. 6: Saint Jorge! Navare!—Mss. A: leur cry.

P.124, l. 8: et à faire un grant esparsin.—Mss. A 8, 9, 15 à 17, 20 à 22: à grant exploit.

P.124, l. 14: Oskans.—Mss. A 8, 9: Ourcans l’Abbaye.

P.124, l. 16: à fous et à mons.—Mss. A 8, 9: à monceaulx.

P.124, l. 27: Raoulz de Couci.—Ces mots manquent dans les mss. A 1 à 6, 8, 9, 11 à 22.

P.124, l. 28 et 29: et si.... Rouvroy.—Mss. A 8, 9, 15 à 17, 20 à 22: et les deux filz au Borgne de Rouvroy.

P.124, l. 31: escuiers.—Ms. B 6: et y eult plus de seize cens prisonniers. Fo583.

P.124, l. 31 et 32: quinze cens et plus.—Ms. B 6: plus de quatre mille. Fo582.

P.125, l. 5 et 6: paraidièrent.... desconfiture.—Ms. A 29: parardirent la bonne abbaye d’Oquans et aidièrent à parfaire la desconfiture.

§424. P.125, l. 10: Ceste desconfiture.—Ms. d’Amiens: Ceste desconfiture enorgilli et amonta si les Navarois et leurs routtes qu’il cevauchoient par tout le pays à leur vollenté; car il conquissent là grant avoir et pluisseurs bons prisonniers qu’il ranchounnèrent bien et fort: dont il furent si rice et si puissant que touttes mannierrez de gens estraigniers s’en venoient deviers yaux et s’enboutoient de leurs routtez pour plus pillier et gaegnier. Si fissent cil de Mauconsseil, après ceste bataille, assés plus de maux que devant, car il ardirent et violèrent la belle et le bonne abbeie d’Orkans, dont ce fu dammaigez; et rançonnèrent tout le pays environ yaux, à bleds, à vins et as autres pourveanches pour leurs chevaux. Et aloient de l’un à l’autre jewer et esbattre sans peril et sans rencontre, et ne trouvoient nullui dez seigneurs ne des bonnes villez qui leur destournast ne qui chief en fesist; ains regardoit chacune cité et chacune ville fremmée pour lui, et laissoient le plat pays rober et pillier sans deffensce, ensi que vous avés oy.

Et tousjours se doubtoient de trayson li nobles des coumunez, et li coumun dez gentilx hommez. Pour quoy li noble et li gentil homme dou royaumme ne s’osoient faire chief ne riens entreprendre pour yaux; car, se il leur mesavenist en aucune mannierre, tantost on les amesist de traison. Encorrez disoient assés lez coummunautez des villez et chitéz qui furent devant Mauconsseil, que li gentil homme les avoient tray, et c’estoient cil qui le plus y avoient perdu. Enssi estoient gentil et vilain dou royaumme de France enchantéz et enfantouméz li ung pour l’autre. Et meysmement li dus de Normendie et si frère et leurs onclez li dus d’Orliiens et pluisseur autre contez et baron gisoienttous quoys en le cité de Paris sans yaux bougier, et ne savoient de quel part traire pour delivrer le royaumme des Navarrois, car il en y avoit tant à tous lés que li royaummes en estoit tous plains. Fo112.

P.125, l. 13: Cray.—Mss. A 8, 9: Creel.

P.125, l. 16: prisons.—Mss. A: prisonniers.

P.125, l. 17: friche.—Mss. A: riches.—Ms. A 7, fo200 vo.

P.125, l. 20 et 21: jupons.—Mss. A: gipons.

P.125, l. 21: à tous hostieus.—Ms. A 7: à toutez manières d’ostielz.

P.126, l. 1: enterinement.—Mss. A 8, 9: entierement.

P.126, l. 2: bevenes.—Mss. A 8, 9: bievres.

P.126, l. 2: d’osterice.—Ms. A 7: d’ostruce.

P.126, l. 8: d’Oskans.—Mss. A 8, 9: d’Orquans.

P.126, l. 9: as chapitains.—Ms. A 7: au capitaine.

P.126, l. 10: sceurent.—Ms. A 7: sot.

P.126, l. 21: certains saulz.—Mss. A 8, 9: certaines souldées.

P.126, l. 25: ensonniet.—Mss. A 8, 9: embesoingniez.

P.127, l. 4: durement.—Les mss. A 7 à 9 ajoutent: et vaillant homme.

P.127, l. 8: Roye.—Mss. A 8, 9: Rue.

§425. P.127, l. 9: Or avint.—Ms. d’Amiens. Or avint enssi que messires Jehans de Pikegny, qui estoit de le partie le roy de Navare, acquist tant d’accord en le bonne chité d’Ammiens des grans bourgois et d’aucuns dez coumugnes, qu’il y osa bien ung soir venir, sus le fianche des amis qu’il avoit laiiens, à tout bien huit cens lanches, en cause que de prendre le cité et toutte rober; et fist son amas en le Herielle, à trois lieuwez de là, et vint tout de nuit à touttes ses gens d’armes, et trouva la premierre porte appareillie et entra ens à grant bruit.

Chil de le chité s’estourmirent, qui sentirent et entendirent le friente dez gens d’armes. Si se coururent tantost armer et criièrent: «Trahi!» et vinrent vers le porte où li Navarois estoient, et le fremmèrent au plus tost qu’il peurent. Là eut grant hustin et fort, et maint homme mort et reverssé à terre, car c’estoit de nuit: se ne congnissoient l’un l’autre. Et si avoit dedens le cité enclos et repus dez Navarois qui mettoient grant painne à ocirechiaux de le chité; et en fuissent dou tout venut à leur entente et destruit et efforchié le bonne chité d’Amiens, se n’ewist estet le jonne comte de Saint Pol, ungs hardis et entreprendans chevaliers, et li sirez de Fiennez, ses oncles, qui entrèrent à ce donc en le cité, à bien quatre cens lanchez, par une autre porte. Chil recomfortèrent et rencoragièrent grandement chiaux d’Ammiens, et reboutèrent les Navarrois ens ès fourbours de le ville et gardèrent les portes de le cité.

Quant messires Jehans de Pikeny senti que li comtes de Saint Pol et si grant gens d’armes estoient venu en le cité pour comforter et qu’il les reboutoient, si se retraist et retray ses gens tout bellement et fist bouter le feu ens ès fourbours, qui furent tout ars, où il y avoit bonne ville et grosse et pluisseurs belles eglises. Fo112.

P.127, l. 14: langage.—Ms. A 7: par soubtil engin et biau langage. Fo201.—Ms. A 29: par subtils moyens, par promesses et beau langage.

P.127, l. 17: Navarois.—Le ms. A 29 ajoute: de nuict.

P.127, l. 19 et 20: celiers.... ville.—Ms. A 29: demeures de un grand nombre de Navarroys lesquels s’estoyent boutés en la cité, ci deux, ci troys, et devoyent ayder à destruire et piller toute la ville, sans nul deport.

P.127, l. 22: Gauville.—Mss. A 1 à 6, 11 à 14, 20 à 22: Graville.—Mss. A 23 à 29: Gaville.

P.127, l. 22: Frikes.—Ms. A 29: Friquet.

P.127, l. 23: Bekisi.—Mss. A 1 à 6, 11 à 14, 18, 19: Kisy.—Mss. A 8, 9: Bethisi.

P.127, l. 24: Fourdrigais.—Mss. A 8, 9: Fourdigais.—Ms. A 29: Foudrigay.

P.127, l. 24: sept cens.—Mss. A 8, 9, 14 à 17, 20 à 22: cinq cens.—Ms. B 6: cinq cens lanches. Fo580.

P.127, l. 25: amis.—Ms. B 6: Et il (Jean de Piquigny) y avoit envoiiet, par cinq jours devant, plus de deux cens hommes navarois en le chité d’Amiens et en le maison des bourgois de leur acort, en tonneaulx, sur chars, en manière de vins. Fos580 et 581.

P.127, l. 28: repus.—Mss. A 8, 9: muciez.

P.128, l. 9 et 10: cowardement.—Mss. A: couardement. A 7, fo201.

P.128, l. 21: caudement.—Ms. A 7: cautement.

P.128, l. 25: cilz.—Le ms. A 29 ajoute: noble.

P.128, l. 26: rencoraga.—Mss. A 8, 9: renforça.

P.128, l. 27: feus.—Ms. A 29: torches.

P.129, l. 1: d’autre part.—Ms. A 29: venus en Amiens.

P.129, l. 3: que.—Le ms. A 29 ajoute: qu’à là longuement demourer.

P.129, l. 9 et 10: plus de trois mil.—Ms. A 29: bien trois mil.—Ms. B 6: plus de quinze cens. Fo581.

P.129, l. 11: perrociaulz.—Mss. A 8, 9: parrocheaulx.

P.129, l. 12: de deport.—Mss. A: deporté.

P.129, l. 13: Navarois.—Le ms. A 29 ajoute: vers la Herielle.

P.129, le 15: prisonniers.—Le ms. A 29 ajoute: dont les plusieurs payèrent grant rançon.

P.129, l. 15: et.—Le ms. A 29 ajoute: de la Herielle.

§426. P.129, l. 17: Quant li Navarois.—Ms. d’Amiens: Quant li Navarois furent retrait, li comtes de Saint Pol, messires Moriaux de Fiennes et aucuns bourgois d’Ammiens allèrent par aucuns hosteux et prissent de chiaux dont li ville devoit estre gaegnie. Si en furent l’endemain justiciiet quatorze des plus gros, et meysmement li abbes dou Gart, qui avoit conssenti ceste traison et herbregiés en se abbeie une quantité dez Navarois. Ossi assés tost apriès, en furent trainet et justiciiet à Laon six des plus grans et des plus riches bourgois de le chité de Laon; et li evesquez de Laon meysmement souppeçonnés de traison, et se parti de Laon secretement, car, se il ewist estet tenus, il euist estet mal pour lui. Telz aventurez, telz meschiés et tellez amisses avenoient adonc ens ou royaumme de Franche. Pour ce se tenoient li seigneur, li chevalier et les bonnes villes, chacuns sus se garde, car on ne se savoit de qui garder.

En ce tamps que li dus de Normendie et si frère se tenoient à Paris, n’osoit nulx marchans ne autres yssir de Paris, ne aller aval le pays, ne n’y pooit marchandise venir ne yssir; car li rois de Navarre se tenoit à Melun sus Sainne, deseure Paris, et messires Phelippes de Navarre ses frères, à Mantes, desoubz Paris: par quoy riens ne pooit par le rivierre venir à Paris, ne par le terre ossi, sans le dangier des Navarois. Si y avint si grans chiers tamps que on vendi un tonnelet de herens trente escus. De l’aigue [de mer] et de sel n’y pooit nulx recouvrer, fors parle coummandement des ministres dou duc; et le faissoit as gens achater pour estordre plus grant argent pour leurs saudoiiers paiier, car les rentes et les revenues dou dit duc en autre mannierre estoient touttes pardues. Fo112.

P.129, l. 28: dix sept.—Ms. A 29: dix huit.

P.130, l. 6: tenus.—Les mss. A 8, 9 ajoutent: il eust esté.

P.130, l. 11: Meleun.—Mss. A 8, 9, 15 à 22: Mante.

P.130, l. 11: Sainne.—Le ms. A 29 ajoute: où il s’estoit retraict de Saint Denis.

P.130, l. 11: liement.—Le ms. A 29 ajoute: et reconforta et promit à faire de grans biens.


Back to IndexNext