NOTESCHAPITRE LXXVIII.[1]Cf. Jean le Bel,Chroniques, t. II, ch.XCXIV, p. 195 à 203. Ici commence, d’après le témoignage de Froissart lui-même (t. I de cette édition, p. 210), la partie vraiment originale de son œuvre historique; notrechroniqueurcesse d’emprunter la plupart des faits qu’il raconte à Jean le Bel son devancier, il les doit désormais en grande partie à ses propres enquêtes et à ses informations personnelles.—Nous demandons la permission d’insérer ici l’analyse de trois documents qui nous paraissent offrir un intérêt capital au point de vue des conséquences sociales du désastre de Poitiers. Cette défaite, comme celle de Crécy, obligea un grand nombre de seigneurs, qui avaient été faits prisonniers, à affranchir leurs serfs pour se procurer de l’argent. Par acte daté de Paris en décembre 1357, Charles, aîné fils et lieutenant du roi, confirme gratuitement les lettres d’affranchissement accordées le vendredi 27 janv. 1357 (n. st.) par Jean de Champlay écuyer, seigneur de Charmoy, à divers hommes et femmes, y dénommés, ses serfs, demeurant à Charmoy et à Bassou (Yonne, arr. et c. Joigny) moyennant une certaine somme d’argent une fois payée et une rente annuelle de 12 deniers parisis, lesquelles lettres d’affranchissement avaient été ratifiées par messire Gui de Valery, chevalier, seigneur de Champlay, frère du dit Jean: «Comme il soit ainsi que le dit suppliant et le dit seigneur de Chanloy son frère, qui tous jours ont servi nostre dit seigneur et nous ès guerreset derrenierement à Poitiers, où il ont touz deux esté pris et mis à très grant et excessive raençon par les ennemis, si comme il nous a esté souffisamment relaté, ne puissent paier la ditte raençon, et aussi plusieurs creanciers à qui il est tenuz et obligiez, sanz faire vile distraccion de ses biens; et pour ce ycellui escuier ait fait certain traittié et acort aveucques ses diz hommes et femmes de la condicion dessus ditte....»Arch. nat., sect. hist., JJ89, no43.—Le 4 mars 1358 (n. st.), Ancel, sire dePommolain(auj. Pont-Molin, hameau de Coulommiers, Seine-et-Marne), fait prisonnier ainsi qu’un de ses fils à la bataille de Poitiers et n’ayant pas de quoi payer sa rançon sans déshériter lui et ses dix ou onze enfants, affranchit ouesbonna(abonna), moyennant 120 florins d’or à l’écu du coing et aloi du roi Jean, Guiot du Vivier, dit du Bois, son serf, Marguerite, femme de Guiot, et leurs enfants. JJ114, no98.—Par acte daté de Fontaine-du-Houx (auj. château de Bézu-la-Forêt, Eure, arr. les Andelys, c. Lyons-la-Forêt), en juin 1357, Charles, aîné fils du roi de France et son lieutenant, duc de Normandie, autorise Normand de Beauvilliers, écuyer, fils aîné de Jouin de Beauvilliers, à mettre en liberté moyennant finance, tant en son nom qu’au nom de ses frères et sœurs, cinq de ses serfs taillables «....cum ipse, in ultimo exercitu domini genitoris nostri prope Pictavis existente, tanquam fidelis serviens ipsi genitori nostro per suos et nostros inimicos captus et magne pecunie summe, causa redempcionis, positus extiterit, quam quidem pecunie summam de omnibus bonis suis mobilibus solvere non posset.» JJ85, no139, fo64.[2]Le roi Jean séjourna à Chartres depuis le dimanche 28 août jusqu’aux premiers jours de septembre 1356. De Chartres sont datés divers priviléges accordés le 28 août aux habitants de Castelnaudary (JJ89, no93), d’Avignonet (JJ89, no131), de Carbonne (JJ89, no94), de Fanjeaux (JJ89, no95), de Montgiscard (JJ89, no96), du Mas-Saintes-Puelles (JJ89, no298), localités que les Anglais avaient ravagées et en partie brûlées à la fin de 1355 et au commencement de 1356. (t. IV de cette édition, sommaire, p.LIXàLXIV). D’autres actes sont datés de Chartres le mardi 30 août (JJ84, nos673 et 699) et en septembre (JJ89, no316).[3]Les Anglais avaient pris de nuit et par escalade la cité de Périgueux au commencement de 1356 (Ordonn., t. III, p. 55). Voilà pourquoi la chronique anonyme d’un moine de Malmesbury, qui nous a conservé l’itinéraire jour par jour de l’armée anglaise, donne Brantôme comme première étape. D’après cette chronique, le prince de Galles était à Brantôme (Dordogne, arr. Périgueux) le 9 août; le 12, à Rochechouart; le 13, à la Péruze (Charente, arr. Confolens, c. Chabanais); le 14 et le 15 à Lesterps (Charente, arr. et c. Confolens); le 16, à Bellac; le 19, à Lussac (Lussac-les-Églises, Haute-Vienne, arr. Bellac, c. Saint-Sulpice-les-Feuilles); le 20, à Saint-Benoît-du-Sault (Indre, arr. le Blanc); le 21, à Argenton (Argenton-sur-Creuse, Indre, arr. Châteauroux); le 21 et le 22, à Châteauroux et au Bourg-Dieu (auj. Déols, Indre, arr. et c. Châteauroux).—Le prince de Galles dit, dans une lettre adressée de Bordeaux le 20 octobre 1356 à l’évêque de Worcester (publiée par Buchon, Froissart, éd. du Panthéon, t. I, p. 354, en note), qu’il commença à chevaucher vers les parties de France «la veille de la translation saint Thomas de Canterbire», c’est-à-dire le mercredi 6 juillet 1356. D’un autre côté, Barthélemi de Burghersh, dans sa lettre à Jean Montagu, publiée par M. Coxe (The life of black prince, notes, p. 369 et 370), raconte que «le prince se parti de Burdeux l’endemayn de saynt Johan en auguste l’an de Nostre Seignur M.CCC.LVI.»[4]Par acte daté de Paris en février 1358 (n. st.), Charles, aîné fils et lieutenant du roi de France, accorda des lettres d’amortissement pour 30 livres de rente annuelle sises à Dampierre et achetées de son amé et féal messire Philippe de Prie, cher, à ses amés et féaux les doyen et chapitre de l’église de Bourges «attentis dampnis et gravaminibus in ipsorum ecclesie terra ac eorum hominibus factis et illatis tam per exercitum principis Wallie quam per alios Anglicos, qui eciam nonnulla castra seu fortalicia in diocesi et partibus Bituricensibus et circumvicinis de facto occuparunt, attentis eciam miseriis et expensis per eosdem decanum et capitulum pro dictorum castrorum seu fortaliciorum redemptione et alias pro guerris presentibus multipliciter factis....» JJ89, no57.[5]D’après la chronique anonyme d’un moine de Malmesbury, le prince de Galles fut devant Issoudun du 24 au 26 août.[6]Cher, arr. Bourges. D’après la chronique déjà citée, le prince de Galles fut le 28 août devant le château de la Ferté appartenant au vicomte de Thouars et devant Vierzon, le jour même où Jean Chandos et James Audley mirent le feu à Aubigny (Cher, arr. Sancerre). Le samedi 19 octobre 1359, Jean Chabot, bourgeois de Vierzon, affranchit, avec l’agrément de Hutin de Vermeilles, chevalier, seigneur de Vierzon, Martin Prevostel, homme serf et de condition servile, taillable haut et bas à la volonté du dit bourgeois, qui demeurait à Vierzon «tempore quo princeps Vallie et alii inimici domini regis et regni Francie incurrerunt et invaserunt Biturriam et maxime dictam villam Virsionis, in qua quidem villa predicta et terra predictus Martinus habebat omnia bona sua et ipsa ibidem amiserit....» JJ90, no406.[7]Romorantin, aujourd’hui chef-lieu d’arrondissement du département de Loir-et-Cher, est situé sur la Saudre, affluent de la rive droite du Cher, un peu au nord-ouest de Vierzon, qui est sur le Cher. D’après la chronique du moine de Malmesbury, le siége fut mis devant Romorantin les mardi 30 et mercredi 31 août à la suite d’un combat victorieux livré le lundi 29 au sire de Craon et à Boucicaut. Le jeudi 1erseptembre, trois assauts furent donnés par le comte de Suffolk, Barthélemi de Burghersh et un baron de Gascogne. Les vendredi 2 et samedi 3 septembre, le feu grégeois fut mis au donjon. Les assiégés, manquant de vin et d’eau pour éteindre l’incendie, capitulèrent. Le prince de Galles se reposa le dimanche 4 à Romorantin. Robert de Avesbury dit (éd. d’Oxford, 1720, p. 255) que la ville et le château de Romorantin furent emportés d’assaut quinze jours avant la bataille de Poitiers et qu’on fit prisonniers environ 80 gens d’armes, entre autres le sire de Craon et Boucicaut; le chroniqueur anglais ajoute que près de 120 hommes d’armes français s’étaient fait prendre dans l’escarmouche qui avait précédé le siége de Romorantin.[8]Le 5 juillet 1356, Jean le Maingre, dit Boucicaut, était à Poitiers où il donnait quittance des gages à lui dus pour la défense du château.Catalogue Joursanvault, t. I, p. 5, no27.[9]Le roi Jean était à Meung-sur-Loire (Loiret, arr. Orléans, un peu au sud-ouest de cette ville) le jeudi 8 septembre:Datum Magduni super Ligerim octava die mensis septembris anno Domini 1356.Per regem, presente domino marescallo d’Odeneham. P. Blanchet. JJ84, no598. Tandis que le roi de France était encore sur la rive droite de la Loire, son adversaire le prince de Galles se tenait sur la rive gauche de ce fleuve, qu’il essayait en vain de franchir, à Chaumont-sur-Loire (Loir-et-Cher, arr. Blois, c. Montrichard, un peu en aval de Blois) où, d’après la chronique déjà citée du moine de Malmesbury, il séjourna du mercredi 7 au samedi 10 septembre. Le roi de France qui, comme nous l’avons établi plus haut, était à Meung le 9, arriva sans doute à Blois le 10 pour y passer la Loire, car le 11 le prince de Galles franchit précipitamment le Cher ainsi que l’Indre et vint coucher à Montbazon (Indre-et-Loire, arr. Tours, sur la rive gauche de l’Indre); il y reçut le 12 la visite du cardinal de Périgord, qui venait s’interposer comme médiateur entre les belligérants; il apprit en même temps que le roi de France s’avançait à marches forcées et que le dauphin était à Tours.[10]Il faut dire, à l’honneur du roi Jean, que des mesures avaient été prises, dès les premiers mois de 1356, pour mettre Tours en état de défense. En mars de cette année, Jean mandait à son bailli de Tours de nommer, après en avoir délibéré avec le conseil de la ville, 6 élus chargés de pourvoir aux travaux des fortifications, en leur donnant pouvoir de lever des tailles, impositions et collectes sur tous les habitants de la ville et de la châtellenie,de quelque condition qu’ils soient, et de frapper les réfractaires d’une amende qui ne dépassera pas 60 sous. JJ118, no176.[11]Jean était le mardi 13 septembre à Loches sur Indre, où il rendit deux ordonnances sur les monnaies (Ordonn., t. III, p. 84 et 85). Nous apprenons par la chronique du moine de Malmeslmry que le même jour le prince de Galles, menacé d’être débordé par son aile gauche et enveloppé, traversa Sainte-Maure (Sainte-Maure-de-Touraine, Indre-et-Loire, arr. Chinon, à l’ouest de Loches) et vint coucher à la Haye-sur-Creuse (auj. la Haye-Descartes, Indre-et-Loire, arr. Loches, sur la rive droite de la Creuse, un peu en amont de son confluent avec la Vienne).[12]Jean, qui était à Loches le mardi 13, dut arriver le lendemain soir mercredi 14 à la Haye, où le prince de Galles l’avait précédé seulement de 24 heures. La Haye est sur la Creuse, et non sur la Vienne, comme le dit par erreur Froissart (p. 246).[13]Vienne, arr. Montmorillon, sur la rive droite de la Vienne, à 10 lieues au sud de la Haye, à 7 lieues au sud de Châtellerault, à 5 lieues à l’est de Poitiers.[14]Lorsque Jean arriva à Chauvigny le jeudi soir 15 septembre, il laissait en effet les Anglais derrière lui sur sa droite, puisque nous savons par le moine de Malmesbury que le prince de Galles séjourna à Châtellerault du mercredi 14 au vendredi 16 septembre. Comment Jean, dont l’armée dut suivre la vallée de la Vienne en remontant par la rive droite le cours de cette rivière, pour se rendre de la Haye à Chauvigny, put-il passer si près de Châtellerault sans apercevoir les Anglais? Craignit-il de tenter le passage de la Vienne en présence de l’ennemi campé sur la rive gauche?[15]L’immobilité du prince de Galles à Châtellerault pendant trois jours, du mercredi 14 au vendredi soir 16 septembre, prouve qu’il se savait devancé et débordé sur sa gauche par l’armée française à laquelle il voulut laisser le temps de s’écouler avant de reprendre lui-même sa marche en avant. Le mouvement de l’armée française dans la journée du vendredi prouvait que le roi Jean, croyant Poitiers menacé par les Anglais, avait voulu le couvrir. Le prince de Galles prit aussitôt ses mesures pour mettre cette erreur à profit en essayant de s’échapper par la gauche de son adversaire. Dans la nuit du vendredi 16 au samedi 17, il fit passer tout son charroi, et le samedi 17, dès la pointe du jour, il se porta lui-même en avant dans la direction de Chauvigny en remontant la Vienne par la rive gauche. C’est alors que ses éclaireurs rencontrèrent l’arrière-garde française sur la route qui va de Chauvigny à Poitiers, en un lieu dit la Chaboterie marqué sur la carte de Cassini. Les Français eurent le dessous dans cette escarmouche où, selon Robert de Avesbury (p. 255), environ 240 hommes d’armes furent tués ou pris et où les comtes d’Auxerre, de Joigny et le maréchal de Bourgogne restèrent entre les mains des vainqueurs; mais cet engagement, en révélant au roi Jean la véritable position des Anglais, rendait la bataille inévitable. Les Grandes Chroniques disent (t. VI, p. 31) que ce fut le comte de Sancerre, et non le comte d’Auxerre, qui fut pris avec le comte de Joigny.[16]L’endroit, ditMaupertuisjusqu’à la fin du quinzième siècle, qui s’appelle aujourd’huila Cardinerie, est situé dans la commune de Nouaillé (Vienne, arr. Poitiers, c. la Villedieu, à deux lieues au sud-est de Poitiers). Ce changement de nom, d’après les renseignements qu’a bien voulu nous fournir notre savant confrère M. Redet, provient de la concession faite par le commandeur de Beauvoir à Richard Delyé, ditCardin, le 31 janvier 1495 (n. st.) de terres sises au lieu appeléMaupertuis(Archives de la Vienne, fonds de la commanderie de Beauvoir). De nombreux lieux-dits rappellent encore la bataille de 1356. Tout près de la Cardinerie (Maupertuis), un endroit ditChamp-de-la-Bataillefait partie de la pièce desGrimaudièressise sur la commune de Saint-Benoît (Vienne, arr. et c. Poitiers). Le prince de Galles campé sur des hauteurs alors couvertes de vignes et hérissées de haies épaisses, ayant derrière lui et à sa gauche le ravin assez profond du Miausson, appuyait sa droite aux bois et à l’abbaye de Nouaillé; il avait devant lui la plaine qui s’étend de la Cardinerie (Maupertuis) vers Beauvoir et que traverse une voie romaine. «Commissum est prælium, disaient en 1720 les auteurs duGallia Christiana(t. II, col. 1243)in extrema parte saltus Nobiliacensis(bois de Nouaillé),ubi etiamnum Anglorum castra fossis munita cernere est.» V. la dissertation, accompagnée d’une carte, publiée par le capitaine F. Vinet à la suite de l’ouvrage intituléBertrand du Guesclin et son époque, de Jamison, traduit par J. Baissac, in-8o, 1866, p. 575 à 578. On peut consulter encore les ouvrages suivants:Annales d’Aquitaine, par Jean Bouchet, Poitiers, Abraham Monnin, 1644, in-4o, p. 200.—Essai de dissertation touchant la situation duCampus vocladensis, dansDissertations sur l’histoire ecclésiastique et civile de Paris, par l’abbé Lebeuf, 1739-1743, 3 vol. in-12, t. I, p. 304 à 338.—Archæologia britannica, vol. I, p. 213; mémoire lu le 24 janvier 1754 à la Société des Antiquaires de Londres, par le docteur Lyttleton, doyen d’Exeter.—Affiches du Poitou, feuille hebdomadaire publiée de 1773 à 1790, in-4o, 1774, p. 187.—Abrégé de l’histoire du Poitou, par Thibaudeau, Poitiers, 1783, 6 vol. in-12, t. II, p. 247.—Vies des grands capitaines, par Mazas, t. III, p. 112 à 141.—Revue anglo-française, publiée à Poitiers par M. de la Fontenelle de Vaudoré, de 1833 à 1841, 7 vol. in-8o; t. V, p. 99, 106, 108, 194, 204, 206.—Essai sur l’ancien Poitou, par Joseph Guérinière, Poitiers, 1836, 2 vol. gr. in-8o, t. I, p. 534.—Campagne du prince de Galles dans le Languedoc, l’Aquitaine et la France, terminée par la bataille de Poitiers; dans lesMémoires de la Société des Antiquaires de l’Ouest, t. VIII, 1841, p. 75.—Life of Edward the black prince; chronique rimée du héraut Chandos sur les faits d’armes du prince de Galles, publiée par M. Coxe pour le Roxburgh-Club; in-4ode I-XII et 1-399 pages. M. Francisque Michel a bien voulu nous communiquer un exemplaire de cette importante publication, fort rare, même en Angleterre; cet exemplaire est probablement le seul qui existe en France.—Bataille de Maupertuis, par M. Saint-Hippolyte; dans lesMémoires de la Société des Antiquaires de l’Ouest, t. XI (1844), avec carte.—Bulletin de la Société d’Agriculture de Poitiers, in-8o, t. I, p. 27 et t. II, p. 361.—Chroniques de Froissartpubliées par M. Kervyn de Lettenhove, t. V, p. 526.[17]Le dimanche 18 juillet, l’armée française était campée près de Poitiers, comme l’atteste la date suivante d’un acte émané du roi Jean: «Datum in exercitu nostroprope Pictavis die decima octava septembris, anno Domini 1356. Per regem, episcopo Lingonensi (Guillaume de Poitiers) presente.» JJ84, no635.[18]Le rédacteur desGrandes Chroniques(t. VI, p. 32) et le héraut Chandos, dans son poëme sur la bataille de Poitiers publié par M. Coxe (p. 72 à 82, vers 1046 à 1189), indiquent aussi cet ordre de bataille.[19]Eustache de Ribemont est ce chevalier auquel Édouard III avait décerné le chapelet de bravoure à la suite du combat livré sous les murs de Calais, dans la nuit du 31 décembre 1349 au 1erjanvier 1350. (t. IV de cette édition, sommaire, p.XXXIIIetXXXIV). Il fut tué à Poitiers ainsi que Jean de Landas et Guichard de Beaujeu; Guichard d’Angle fut grièvement blessé.[20]L’incontestable supériorité militaire des Anglais au quatorzième siècle résidait surtout dans l’adresse, le bon outillage et la proportion numérique de leurs archers par rapport au reste de leurs troupes. Dès le 30 janvier 1356, Édouard III mandait à ses vicomtes de faire fabriquer 5600 arcs blancs et 11400 gerbes de flèches dont moitié devra être prête et rendue à la Tour de Londres à Pâques (24 avril) et l’autre moitié dans la quinzaine de la Trinité (1requinzaine de juin) 1356. Rymer, vol. III, p. 322.[21]Le héraut Chandos passe sous silence cet incident, mais il rapporte (p. 88, v. 1280 à 1299) l’altercation qui s’éleva entre Jean de Clermont, partisan de l’immobilité, et Arnoul d’Audrehem qui assurait que les Anglais essayaient de fuir et voulait les attaquer. «La pointe de votre lance ne viendra pas au cul de mon cheval,» avait dit Jean de Clermont impatienté. Le brave maréchal se fit tuer, en effet, au premier choc.[22]En février 1361, le châtelain d’Emposte(Amposta, Catalogne, prov. Lerida) était Jean Ferdinand de Heredia, grand prieur de Saint-Gilles, qui fut chargé par le pape Innocent VI de traiter avec les brigands des Compagnies maîtres du Pont-Saint-Esprit. Dom Vaissette,Hist. du Languedoc, t. IV, p. 311, 576 et 577.[23]Le témoignage du héraut Chandos vient confirmer celui de Froissart relativement à l’ordre de bataille de l’armée anglaise (p. 82 à 86, v. 1200 à 1259). Seulement, d’après Chandos, cette armée fut attaquée sur ses derrières au moment même où elle se mettait en mesure de passer le Miausson et où l’avant-garde, commandée par le comte de Warwick, était déjà de l’autre côté de cette rivière. Les passages suivants, qui mettent ce fait hors de doute, doivent être cités textuellement. Le prince de Galles dit au comte de Warwick:Primers, passerés le passageEt garderés nostre cariage,Je chevacherai après vous (v. 1222 à 1224).Et plus loin:Et li prince se desloga,A chivacher se chimina,Car celui jour ne quidoit pasCombatre, je ne vous mente pas (v. 1268 à 1271).Aussi, le héraut Chandos a bien soin de faire remarquer que ce fut l’arrière-garde, placée sous les ordres du comte de Salisbury, qui eut à soutenir le choc des maréchaux de France et de leurs 300 chevaliers d’élite et qui les mit en déroute. Il ajoute que cette déconfiture eut lieu:Devant qe poist estre tournéeL’avauntgarde et repassée,Car jà fuist outre la rivère (le Miausson).(V. 1374 à 1376.)[24]L’armée anglaise occupait le plateau de la Cardinerie (alors Maupertuis) sur la rive droite du Miausson entre cette rivière et la voie romaine de Poitiers à Limoges. L’étroit chemin dont il s’agit ici est le chemin rural, allant du hameau des Minières à celui des Bordes, qui traverse le plateau de la Cardinerie dans sa largeur, qui par conséquent coupait en deux la position des Anglais.[25]«Par conseil», dit Froissart. La version desGrandes Chroniquesrelativement à ce départ du champ de bataille du dauphin et des princes ses frères est la même que celle de notre chroniqueur (t. VI, p. 33 et 34): «Et de la dite besoigne l’en fist retraire le duc de Normendie, ainsné fils du roy, le duc d’Anjou et le conte de Poitiers ses frères et le duc d’Orleans, frère du dit roy.» Charles, dauphin, né à Vincennes le 21 janvier 1337, n’avait pas encore 20 ans. Le comte d’Armagnac, alors lieutenant du roi en Languedoc, dans une lettre en provençal, datée de Moissac le 1eroctobre 1356 et adressée aux habitants des villes de son gouvernement, que dom Vaissette (Hist. du Languedoc, t. IV, p. 288) a signalée le premier et dont Ménard a donné le texte d’après l’original conservé aux Archives municipales de Nîmes (Hist. de Nismes, t. II (1751), Preuves, p. 182), le comte d’Armagnac confirme la version desGrandes Chroniques: «Cars amis, ab la plus grant tristor et dolor de cor que avenir nos pogues, vos faut assaber que dilhus ac VIII jorns que lo rey Mossenhor se combatet ab lo princep de Gualas; et aychi cum a Dio a plagut a suffrir, lo rey Mossenhor es estat desconfit e es pres cum lo melhor cavalier que fos le jorn de sa part, e es naffrat el vizatge de doas plaguas. Mossenhor Phelip son dernier filh es pres ab lhuy.Mossenhor lo duc de Normandia et mossenhor d’Anjo et de Peito et mossenhor le duc d’Orlhes, de comandamen del rey Mossenhor, se so salvatz; et lo princep es o sera dins III jorns à Bordeus, e mena lo rey Mossenhor ab lhuy e son dig filh et d’autres preyos....»[26]Par acte daté de Londres le 15 novembre 1356, Édouard, prince de Galles, donna en viager à son amé et féal chevalier Jean Chandos «pro bono et gratuito servitio in partibus Vasconiæ etpræcipue in bello de Peyters» deux parts de son manoir deKirketon in Lyndeseye(auj. Kirton ou Kirktown dans le comté de Lincoln près de Lindsey) à la condition de lui apporter chaque année une rose rouge à la fête de la Nativité-Saint-Jean-Baptiste (24 juin). Rymer, vol. III, p. 343.[27]La liste des morts de Poitiers, donnée par Froissart, est à la fois très-incomplète et très-inexacte. Le défaut d’espace nous permet de citer seulement Pierre I du nom, duc de Bourbon, comte de Clermont et de la Marche, Gautier, duc d’Athènes, connétable de France, Renaud Chauveau, évêque de Châlons, André de Chauvigny, vicomte de Brosse et le vicomte de Rochechouart. V. les listes données par Robert de Avesbury (éd. de 1720, p. 252 et 253) et à la suite d’une lettre du prince de Galles à l’évêque de Worcester en date du 20 octobre 1356; cette dernière liste a été reproduite par Buchon (Froissart, éd. du Panthéon, t. I, p. 355, en note). V. aussi la nomenclature des chevaliers et écuyers enterrés aux Frères Mineurs et aux Frères Prêcheurs de Poitiers publiée par Bouchet (Annales d’Aquitaine, p. 202 à 205) et reproduite ainsi que les listes précédentes dans les notes de l’édition de Buchon. V. enfin René de Belleval,La Grande Guerre, Paris, 1862, in-8o, p. 172 à 177.[28]La liste des prisonniers, donnée par Froissart, est comme celle des morts incomplète et inexacte. Les principaux grands feudataires, ou grands officiers, pris avec le roi Jean et Philippe son plus jeune fils, étaient: Jacques de Bourbon I du nom, comte de Ponthieu et de la Marche, prisonnier de Jean de Grailly captal de Buch (Rymer, vol. III, p. 346); Jean d’Artois, comte d’Eu; Charles d’Artois, comte de Longueville; Charles de Trie, comte de Dammartin, prisonnier du comte de Salisbury (JJ116, no115); Henri, sire de Joinville, comte de Vaudemont du chef de sa mère; Louis II, comte d’Étampes; Jean de Chalon, III du nom, comte d’Auxerre et de Tonnerre; Jean III, comte de Sancerre; Jean de Noyers, comte de Joigny; Robert II, comte de Roucy; Jean VI, comte de Vendôme; Bernard, comte de Ventadour. Jean II du nom, vicomte de Melun, comte de Trancarville; Jean, comte de Nassau; Jean, comte de Saarbruck; le comte de Nidau, en tout 16 comtes, 13 français, 3 allemands; Aymeri IX, vicomte de Narbonne; Guillaume de Melun, archevêque de Sens, prisonnier pour un quart de Robert de Clynton qui vendit ce quart à Édouard III 1000 livres (Rymer, vol. III, p. 399); Arnoul d’Audrehem, maréchal de France; le vicomte de Beaumont. V., outre les listes dont il a été question plus haut et qui ont été reproduites par Buchon, René de Belleval, ouvrage cité, p. 170 à 180.[29]Froissart dit (p.51,278) queBerclerest «un moult biel chastiel seant sus le rivière de Saverne, en le marce de Galles». Berkeley est en effet situé sur la rive gauche de la Savern, près de son embouchure dans le canal de Bristol qui forme la limite sud-est du pays de Galles.[30]Nous identifionsEllènes, que notre chroniqueur dit être le nom d’un écuyer et par suite d’un fief picard, avec Allaines, Somme, arr. et c. Péronne.[31]Mignaloux-Beauvoir, Vienne, arr. Poitiers, c. Saint-Julien-l’Ars.[32]Renaud, sire de Pons, de Blaye et de Ribérac, est mentionné comme mort à Poitiers dans un acte de Charles, duc de Normandie, daté de Paris en avril 1357. JJ85, no128.[33]Le 21 novembre 1356, à la requête de Jeanne de Vergy, dame de Montfort et de Savoisy, veuve de Geoffroi de Charny, Charles fils aîné du roi de France, confirma une donation faite par son père au dit Geoffroi au mois de juillet précédent; et cette confirmation est accordée en faveur de Geoffroi de Charny, fils mineur du dit Geoffroi «tué à la bataille livrée dernièrement près de Poitiers». JJ84, no671.[34]Denis de Saint-Omer, sire de Morbecque, se fit délivrer des lettres patentes datées de Westminster le 20 décembre 1357 (Rymer, vol. III, p. 385) où le roi d’Angleterre constate que c’est bien à Denis que le roi de France s’est rendu et a baillé sa foi le jour de la bataille de Poitiers. Denis de Morbecque avait été secondé dans cette glorieuse capture par Enguerrand de Beaulincourt son cousin.[35]Sir James Touchet, baron Audley, descendait d’une famille normande fixée en Angleterre après la conquête.[36]La bataille de Poitiers se livra en effet un lundi, mais ce lundi tomba en 1356 le 19 septembre, non le 20, d’après la leçon la moins fautive, celle du ms. d’Amiens (p. 284), ni le 21, d’après la leçon des mss. de la première rédaction revisée (p. 60), ni le 22, d’après la leçon des mss. de la première rédaction proprement dite (p. 284). Jean le Bel avait commis une erreur en sens inverse en fixant cette bataille au lendemain de la Saint-Lambert, c’est-à-dire au 18 septembre. (Chron., t. II, p. 200). Entre autres documents authentiques qui nous donnent la date exacte de la défaite du roi Jean, il convient d’en citer un qui nous a été signalé par notre confrère M. Molinier: c’est une lettre datée de Paris le 27 septembre 1356 et adressée, sous forme de circulaire, par les Gens du Conseil du roi de France à l’évêque d’Alby au sujet de la bataille livrée à Poitiers huit jours auparavant, le lundi 19 septembre (Bibl. nat., dép. des mss., fonds Baluze, t. 87, fo183).[37]Froissart dit que le prince de Galles acheta de ceux qui les avaient capturés les prisonniers les plus notables. Nous voyons en effet que le vainqueur de Poitiers paya 25 000 écus d’or vieux au captal de Buch et à six autres Gascons en échange de Jacques de Bourbon. Rymer, vol. III, p. 346.[38]Il reste de ce butin un manuscrit de laBible hystoriaustrouvé avec quelques autres ouvrages dans la tente du roi Jean et conservé aujourd’hui auBritish Museum, fonds du roi, DII, no19; on y lit la mention suivante: «Cest livre fut pris ove le roy de Fraunce à la bataille de Peyters; et le boun count de Saresbirs (Salisbury), William Montague, le achata pur cent marsz et le dona à sa compaigne Elizabeth la bone countesse, qe Dieux assoile!» M. Delisle a démontré (Comptes rendus des séances de l’Académie des Inscriptions, année 1867, in-8o, p. 262 à 266) qu’un manuscrit desMiracles de Notre-Dame, qui appartient aujourd’hui au séminaire de Soissons, avait été pris aussi par les Anglais sur le champ de bataille dans la tente du roi Jean.[39]Un registre de l’hôtel de ville de Poitiers mentionne ce souper, devenu historique grâce au récit de Froissart, que le vainqueur offrit à son royal prisonnier au château de Savigny-l’Evesquault appartenant à l’évêque de Poitiers (auj. Savigny, hameau de 300 h. de la commune de Saint-Julien-l’Ars, Vienne, arr. Poitiers, à une lieue à l’est de la Cardinerie (Maupertuis) et de Beauvoir).[40]Les quatre écuyers de James Audley étaient du comté de Chester. Walter Woodland avait porté la bannière du prince de Galles (Rymer, vol. III, p. 359); Jean, sire de Maignelay, dit Tristan, qui tenait celle du duc de Normandie, fut fait prisonnier (JJ89, no160; JJ91, no499).[41]Nous devons à la chronique anonyme du moine de Malmesbury l’itinéraire suivi par les Anglais à leur retour de Poitiers à Bordeaux. Le mardi 20 septembre à midi, le prince de Galles arriva à la Roche-de-Gençay (Vienne, arr. Civray) et y passa la journée du lendemain; le jeudi 22, il logea à Couhé (Vienne, arr. Civray); le 23, à Ruffec; le 24, à Champagne-Mouton (Charente, arr. Confolens); le dimanche 25 à la Rochefoucauld (Charente, arr. Angoulême); le 26, à Bors (Bors-de-Montmoreau, Charente, arr. Barbezieux, c. Montmoreau); le 27, à Saint-Aulaye (Dordogne, arr. Ribérac); le 28, à Saint-Antoine (Saint-Antoine-de-l’Isle ou du Pizon, Gironde, arr. Libourne, c. Coutras); le 30, sur les bords de la Dordogne. Le 2 octobre, le prince s’arrêta à Libourne, pendant qu’on préparait à Bordeaux le logement du roi de France.[42]Le procès intenté par cet écuyer, dont le nom est écritBernard de Troiedans Rymer, à Denis de Morbecque, durait encore le 13 janvier 1360. V. Rymer, vol. III, p. 467.[43]Dès la fin de 1356, Henri, duc de Lancastre, s’était emparé des forteresses de Bois-de-Maine (auj. château de Rennes-en-Grenouille, Mayenne, arr. Mayenne, c. Lassay), de Domfront, de Messei (Orne, arr. Domfront), de Condé (Condé-sur-Sarthe, Orne, arr. et c. Alençon) et de la tour de Villiers. JJ85, nos105, 184; JJ119, no84.—Les intéressés rachetèrent ces forteresses au vainqueur moyennant 20 000 florins d’or qui n’étaient pas encore entièrement payés en 1366 (Arch. nat., sect. jud., accord du 10 avril 1366 qui nous a été signalé par M. Fagniez). Le 8 août 1356, le roi d’Angleterre avait nommé Henri, duc de Lancastre, son très-cher cousin, lieutenant et capitaine au duché de Bretagne (Rymer, vol. III, p. 335), et le 30 octobre suivant Philippe de Navarre, comte de Longueville, sire de Cassel, son féal et très-cher cousin, lieutenant et capitaine au duché de Normandie. Rymer, vol. III, p. 342.CHAPITRE LXXIX.[44]Cf. Jean le Bel,Chroniques, t. II, p. 205 à 213.[45]Ces sentiments se font jour dans une complainte en vers conservée au deuxième registre capitulaire de Notre-Dame de Paris, commençant en septembre 1356, finissant en janvier 1361 (Archives nationales, sect. hist., fonds de Notre-Dame, LL 209 A, fo183). Entre les séances du 4 et du 7 octobre 1359 ont été transcrites plusieurs pièces plus anciennes et entre autres la complainte dont nous parlons, relative à la bataille de Poitiers, qui doit avoir été composée à la fin de 1356 ou au commencement de 1357 et qui paraît être l’œuvre d’un chanoine ou d’un clerc de la cathédrale (voir dans laBibliothèque de l’École des Chartes3esérie, t. II, p. 257 à 263, un article de M. Charles de Beaurepaire qui le premier a publié ce curieux document). L’auteur de ce petit poëme attribue la déroute de l’armée française à la trahison de la noblesse dont il flétrit énergiquement le luxe et les vices; il fait des vœux pour la délivrance du roi Jean dont il célèbre la vaillance, et il espère que le souverain, avec l’aide du peuple, désigné sous le sobriquet deJacques Bonhomme, parviendra à triompher de ses ennemis. V. un fac-simile du document original dans leMusée des Archives nationales, Paris, 1872, in-4o, p. 212 et 213.[46]Dès leur première réunion à Paris le 17 octobre 1356, les États avaient demandé: 1ola délivrance du roi de Navarre; 2ola destitution des principaux membres du conseil du roi et du dauphin; 3ol’établissement d’un nouveau conseil entièrement pris dans le sein des États eux-mêmes. Licenciés le 2 novembre suivant par le dauphin, puis rappelés le 5 février 1357, ils réclament de nouveau, dans la séance du 3 mars, par l’organe de Robert le Coq, évêque de Laon, en même temps que la destitution de vingt-deux hauts fonctionnaires et la suspension de tous les officiers du royaume, la création d’un grand conseil de réformateurs généraux nommés par les États qui ordonneront souverainement de la guerre et des finances; dès le vendredi 10 mars, ils organisent ce grand conseil tiré de leur sein et qui concentre en ses mains tous les pouvoirs. Ce conseil n’était pas composé de 36 membres, comme le dit Froissart, mais seulement de 34 dont 11 appartenaient au clergé, 6 à la noblesse et dont 17 représentaient la bourgeoisie. M. Douet d’Arcq a publié leurs noms (Bibl. de l’École des Chartes, t. II, p. 382 et 383) qui se trouvent au dos d’un rouleau conservé au dép. des mss. de la Bibliothèque nationale. Par acte daté du Louvre lez Paris le 8 mars 1357 (n. st.), Charles, lieutenant du roi, nomma réformateurs généraux par tout le royaume ses amés les évêques de Nevers (Bertrand de Fumel), de Meaux (Philippe de Vitry, le traducteur d’Ovide, mort en juin 1361), et de Thérouanne (Gilles Aycelin de Montagu), maître Jean de Gonnelieu, doyen de Cambrai, maître Robert de Corbie; messire Mahieu, sire de Moucy, messire Jean de Conflans, maréchal de Champagne, chevaliers; Colard le Caucheteur, bourgeois d’Abbeville, Jean Godart, bourgeois de Paris (JJ89, no150). Ces réformateurs se contentèrent d’imposer aux fonctionnaires convaincus de concussion des amendes pécuniaires (JJ89, nos150, 319).[47]Le combat où périt Godefroi de Harcourt eut lieu au mois de novembre 1356. M. Delisle a établi le premier, d’après une chronique inédite (Bibl. nat., mss., fonds français, no4987, fo61), que l’action, engagée sur la chaussée qui traverse les marais de Brévands (Manche, arr. Saint-Lô, c. Carentan, entre les embouchures de la Taute et de la Vire), en un lieu ditCocbour, se termina près des gués de Saint-Clément (Calvados, arr. Bayeux, c. Isigny), non loin de l’endroit où Amauri de Meulan, lieutenant du dauphin Charles en Normandie, avait été battu et fait prisonnier peu de temps auparavant (JJ84, no710). Le même savant a prouvé aussi que Robert de Clermont et le Baudrain de la Heuse, maréchaux de Normandie, et non Raoul de Renneval, commandaient les forces françaises. V. Delisle,Hist. du château de Saint-Sauveur-le-Vicomte, p. 92 à 108;Preuves, p. 142 et 143.[48]Godefroi de Harcourt n’avait pas vendu, il avait légué, le 18 juillet 1356, au roi d’Angleterre son immense fortune territoriale dont il avait juré de frustrer son neveu Louis de Harcourt (Rymer, vol. III, p. 332). M. Delisle n’a pas trouvé mention dans les actes de ce Jean de l’Isle, auquel Édouard aurait confié, d’après Froissart, la garde du château de Saint-Sauveur; Pierre Pigache remplissait ces fonctions dès le 7 février 1357.Ibid., p. 111.[49]Le prince de Galles et le roi Jean s’embarquèrent le mardi 11 avril 1357 à Bordeaux, où une trêve avait été conclue entre la France et l’Angleterre le 23 mars précédent; cette trêve devait durer deux ans (Rymer, vol. III, p. 348 à 351). Nous avons un acte du roi Jean daté de Bordeaux le 25 mars 1357 (n. st.). JJ84, no801.[50]Le prince et son prisonnier débarquèrent en Angleterre le jeudi 4 mai (Grandes Chroniques, t. VI, p. 58), probablement à Plymouth, selon la version des chroniqueurs anglais, qui pourraient bien avoir raison contre Froissart; car, dans l’ordre que le roi d’Angleterre expédia le 20 mars pour faire tout préparer sur la route de son fils et du roi son prisonnier, il est dit qu’ils devaient arriver à Plymouth (Rymer, vol. III, p. 348). Le mercredi 24 mai, ils firent leur entrée dans Londres où il était accouru une si grande foule pour les voir passer que le cortége, qui avait traversé à neuf heures du matin le pont de Londres, arriva au palais de Westminster à midi seulement.[51]Nous avons en effet plusieurs actes émanés du roi Jean pendant les quatre premiers mois de son séjour en Angleterre, qui sont datés de Londres en août (JJ86, no416); l’un de ces actes fut passé dans cette ville le 11 septembre 1357 (JJ89, no247). Un acte passé le 7 juillet 1358 en présence du roi de France est daté dumanoir de Savoie ès faubourgs de Londres(Rymer, vol. III, p. 401 et 402). L’hôtel de Savoie, résidence de Henri duc de Lancastre, était situé au sud du Strand, à côté de la rue qui a reçu dans ces derniers temps le nom de Wellington-Street. Il ne reste de ce grand palais que la chapelle, naguère reconstruite aux frais du gouvernement sur l’emplacement de l’ancienne détruite par un incendie en 1864.[52]On connaît un acte du roi Jean daté du château de Windsor en octobre 1357 (JJ89, no220).[53]Il y a, comme l’a fait remarquer Dacier, trois erreurs capitales dans le peu de mots que dit Froissart, concernant cette trêve: 1oelle fut conclue, non en Angleterre, mais à Bordeaux, le 23 mars 1357, dix-neuf jours avant le départ du prince de Galles et du roi Jean pour l’Angleterre; 2oelle devait durer depuis le jour de Pâques (9 avril 1357) jusques à deux ans (21 avril 1359), et non jusqu’à la Saint-Jean-Baptiste; 3oPhilippe de Navarre et les héritiers du comte de Montfort y étaient expressément compris; il convient d’ajouter toutefois qu’ils ne voulurent en tenir aucun compte, et c’est ce qui a pu induire Froissart en erreur sur ce dernier point.[54]Ce traité fut signé à Berwick le 3 octobre 1357. Rymer, vol. III, p. 372 à 374.[55]Henri, duc de Lancastre, n’ayant pu parvenir au commencement de septembre 1356 à opérer sa jonction par les Ponts-de-Cé avec le prince de Galles, mit le siége devant Rennes. Ce siége, qui suivit immédiatement le désastre de Poitiers et qui dura neuf mois, du 2 octobre 1356 au 5 juillet 1357, est le pendant du siége de Calais après la défaite de Crécy; une si longue et si honorable défense releva un peu les courages du côté des vaincus. Charles de Blois, alors prisonnier sur parole du roi d’Angleterre, se tint pendant toute la durée du siége à la cour du dauphin (Morice,Preuves, t. 1, col. 1513; JJ89, no276; JJ85, no115; JJ89, no312). Le duc de Normandie envoya, dès le mois de décembre 1356, Thibaud, sire de Rochefort, au secours des assiégés (Morice,Preuves, t. 1, col. 1512 à 1514). En dépit de la trêve conclue à Bordeaux le 23 mars 1357, Lancastre ne voulait pas lever le siége de Rennes; il fallut deux lettres du roi d’Angleterre, la première en date du 28 avril, la seconde du 4 juillet 1357 (Rymer, vol. III, p. 353 et 359), pour vaincre la résistance de son lieutenant, qui n’en obligeapasmoins les habitants de la ville assiégée, quoi qu’en aient dit des historiens bretons plus patriotes que véridiques, à se racheter et à payer au vainqueur une contribution de guerre considérable (Morice,Preuves, t. I, col. 1522).—Dans les premiers mois de 1357, Charles dauphin avait chargé Guillaume de Craon, son lieutenant en Anjou, Maine, Poitou et Touraine, d’inquiéter le duc de Lancastre et d’obliger les Anglais à lever le siége de Rennes (JJ89, nos37 et 127). C’est alors seulement que Bertrand du Guesclin pénétra dans l’intérieur de la place, car, comme le dit Cuvelier dans son poëme (v. 1080 et 1081):
[1]Cf. Jean le Bel,Chroniques, t. II, ch.XCXIV, p. 195 à 203. Ici commence, d’après le témoignage de Froissart lui-même (t. I de cette édition, p. 210), la partie vraiment originale de son œuvre historique; notrechroniqueurcesse d’emprunter la plupart des faits qu’il raconte à Jean le Bel son devancier, il les doit désormais en grande partie à ses propres enquêtes et à ses informations personnelles.—Nous demandons la permission d’insérer ici l’analyse de trois documents qui nous paraissent offrir un intérêt capital au point de vue des conséquences sociales du désastre de Poitiers. Cette défaite, comme celle de Crécy, obligea un grand nombre de seigneurs, qui avaient été faits prisonniers, à affranchir leurs serfs pour se procurer de l’argent. Par acte daté de Paris en décembre 1357, Charles, aîné fils et lieutenant du roi, confirme gratuitement les lettres d’affranchissement accordées le vendredi 27 janv. 1357 (n. st.) par Jean de Champlay écuyer, seigneur de Charmoy, à divers hommes et femmes, y dénommés, ses serfs, demeurant à Charmoy et à Bassou (Yonne, arr. et c. Joigny) moyennant une certaine somme d’argent une fois payée et une rente annuelle de 12 deniers parisis, lesquelles lettres d’affranchissement avaient été ratifiées par messire Gui de Valery, chevalier, seigneur de Champlay, frère du dit Jean: «Comme il soit ainsi que le dit suppliant et le dit seigneur de Chanloy son frère, qui tous jours ont servi nostre dit seigneur et nous ès guerreset derrenierement à Poitiers, où il ont touz deux esté pris et mis à très grant et excessive raençon par les ennemis, si comme il nous a esté souffisamment relaté, ne puissent paier la ditte raençon, et aussi plusieurs creanciers à qui il est tenuz et obligiez, sanz faire vile distraccion de ses biens; et pour ce ycellui escuier ait fait certain traittié et acort aveucques ses diz hommes et femmes de la condicion dessus ditte....»Arch. nat., sect. hist., JJ89, no43.—Le 4 mars 1358 (n. st.), Ancel, sire dePommolain(auj. Pont-Molin, hameau de Coulommiers, Seine-et-Marne), fait prisonnier ainsi qu’un de ses fils à la bataille de Poitiers et n’ayant pas de quoi payer sa rançon sans déshériter lui et ses dix ou onze enfants, affranchit ouesbonna(abonna), moyennant 120 florins d’or à l’écu du coing et aloi du roi Jean, Guiot du Vivier, dit du Bois, son serf, Marguerite, femme de Guiot, et leurs enfants. JJ114, no98.—Par acte daté de Fontaine-du-Houx (auj. château de Bézu-la-Forêt, Eure, arr. les Andelys, c. Lyons-la-Forêt), en juin 1357, Charles, aîné fils du roi de France et son lieutenant, duc de Normandie, autorise Normand de Beauvilliers, écuyer, fils aîné de Jouin de Beauvilliers, à mettre en liberté moyennant finance, tant en son nom qu’au nom de ses frères et sœurs, cinq de ses serfs taillables «....cum ipse, in ultimo exercitu domini genitoris nostri prope Pictavis existente, tanquam fidelis serviens ipsi genitori nostro per suos et nostros inimicos captus et magne pecunie summe, causa redempcionis, positus extiterit, quam quidem pecunie summam de omnibus bonis suis mobilibus solvere non posset.» JJ85, no139, fo64.
[2]Le roi Jean séjourna à Chartres depuis le dimanche 28 août jusqu’aux premiers jours de septembre 1356. De Chartres sont datés divers priviléges accordés le 28 août aux habitants de Castelnaudary (JJ89, no93), d’Avignonet (JJ89, no131), de Carbonne (JJ89, no94), de Fanjeaux (JJ89, no95), de Montgiscard (JJ89, no96), du Mas-Saintes-Puelles (JJ89, no298), localités que les Anglais avaient ravagées et en partie brûlées à la fin de 1355 et au commencement de 1356. (t. IV de cette édition, sommaire, p.LIXàLXIV). D’autres actes sont datés de Chartres le mardi 30 août (JJ84, nos673 et 699) et en septembre (JJ89, no316).
[3]Les Anglais avaient pris de nuit et par escalade la cité de Périgueux au commencement de 1356 (Ordonn., t. III, p. 55). Voilà pourquoi la chronique anonyme d’un moine de Malmesbury, qui nous a conservé l’itinéraire jour par jour de l’armée anglaise, donne Brantôme comme première étape. D’après cette chronique, le prince de Galles était à Brantôme (Dordogne, arr. Périgueux) le 9 août; le 12, à Rochechouart; le 13, à la Péruze (Charente, arr. Confolens, c. Chabanais); le 14 et le 15 à Lesterps (Charente, arr. et c. Confolens); le 16, à Bellac; le 19, à Lussac (Lussac-les-Églises, Haute-Vienne, arr. Bellac, c. Saint-Sulpice-les-Feuilles); le 20, à Saint-Benoît-du-Sault (Indre, arr. le Blanc); le 21, à Argenton (Argenton-sur-Creuse, Indre, arr. Châteauroux); le 21 et le 22, à Châteauroux et au Bourg-Dieu (auj. Déols, Indre, arr. et c. Châteauroux).—Le prince de Galles dit, dans une lettre adressée de Bordeaux le 20 octobre 1356 à l’évêque de Worcester (publiée par Buchon, Froissart, éd. du Panthéon, t. I, p. 354, en note), qu’il commença à chevaucher vers les parties de France «la veille de la translation saint Thomas de Canterbire», c’est-à-dire le mercredi 6 juillet 1356. D’un autre côté, Barthélemi de Burghersh, dans sa lettre à Jean Montagu, publiée par M. Coxe (The life of black prince, notes, p. 369 et 370), raconte que «le prince se parti de Burdeux l’endemayn de saynt Johan en auguste l’an de Nostre Seignur M.CCC.LVI.»
[4]Par acte daté de Paris en février 1358 (n. st.), Charles, aîné fils et lieutenant du roi de France, accorda des lettres d’amortissement pour 30 livres de rente annuelle sises à Dampierre et achetées de son amé et féal messire Philippe de Prie, cher, à ses amés et féaux les doyen et chapitre de l’église de Bourges «attentis dampnis et gravaminibus in ipsorum ecclesie terra ac eorum hominibus factis et illatis tam per exercitum principis Wallie quam per alios Anglicos, qui eciam nonnulla castra seu fortalicia in diocesi et partibus Bituricensibus et circumvicinis de facto occuparunt, attentis eciam miseriis et expensis per eosdem decanum et capitulum pro dictorum castrorum seu fortaliciorum redemptione et alias pro guerris presentibus multipliciter factis....» JJ89, no57.
[5]D’après la chronique anonyme d’un moine de Malmesbury, le prince de Galles fut devant Issoudun du 24 au 26 août.
[6]Cher, arr. Bourges. D’après la chronique déjà citée, le prince de Galles fut le 28 août devant le château de la Ferté appartenant au vicomte de Thouars et devant Vierzon, le jour même où Jean Chandos et James Audley mirent le feu à Aubigny (Cher, arr. Sancerre). Le samedi 19 octobre 1359, Jean Chabot, bourgeois de Vierzon, affranchit, avec l’agrément de Hutin de Vermeilles, chevalier, seigneur de Vierzon, Martin Prevostel, homme serf et de condition servile, taillable haut et bas à la volonté du dit bourgeois, qui demeurait à Vierzon «tempore quo princeps Vallie et alii inimici domini regis et regni Francie incurrerunt et invaserunt Biturriam et maxime dictam villam Virsionis, in qua quidem villa predicta et terra predictus Martinus habebat omnia bona sua et ipsa ibidem amiserit....» JJ90, no406.
[7]Romorantin, aujourd’hui chef-lieu d’arrondissement du département de Loir-et-Cher, est situé sur la Saudre, affluent de la rive droite du Cher, un peu au nord-ouest de Vierzon, qui est sur le Cher. D’après la chronique du moine de Malmesbury, le siége fut mis devant Romorantin les mardi 30 et mercredi 31 août à la suite d’un combat victorieux livré le lundi 29 au sire de Craon et à Boucicaut. Le jeudi 1erseptembre, trois assauts furent donnés par le comte de Suffolk, Barthélemi de Burghersh et un baron de Gascogne. Les vendredi 2 et samedi 3 septembre, le feu grégeois fut mis au donjon. Les assiégés, manquant de vin et d’eau pour éteindre l’incendie, capitulèrent. Le prince de Galles se reposa le dimanche 4 à Romorantin. Robert de Avesbury dit (éd. d’Oxford, 1720, p. 255) que la ville et le château de Romorantin furent emportés d’assaut quinze jours avant la bataille de Poitiers et qu’on fit prisonniers environ 80 gens d’armes, entre autres le sire de Craon et Boucicaut; le chroniqueur anglais ajoute que près de 120 hommes d’armes français s’étaient fait prendre dans l’escarmouche qui avait précédé le siége de Romorantin.
[8]Le 5 juillet 1356, Jean le Maingre, dit Boucicaut, était à Poitiers où il donnait quittance des gages à lui dus pour la défense du château.Catalogue Joursanvault, t. I, p. 5, no27.
[9]Le roi Jean était à Meung-sur-Loire (Loiret, arr. Orléans, un peu au sud-ouest de cette ville) le jeudi 8 septembre:Datum Magduni super Ligerim octava die mensis septembris anno Domini 1356.Per regem, presente domino marescallo d’Odeneham. P. Blanchet. JJ84, no598. Tandis que le roi de France était encore sur la rive droite de la Loire, son adversaire le prince de Galles se tenait sur la rive gauche de ce fleuve, qu’il essayait en vain de franchir, à Chaumont-sur-Loire (Loir-et-Cher, arr. Blois, c. Montrichard, un peu en aval de Blois) où, d’après la chronique déjà citée du moine de Malmesbury, il séjourna du mercredi 7 au samedi 10 septembre. Le roi de France qui, comme nous l’avons établi plus haut, était à Meung le 9, arriva sans doute à Blois le 10 pour y passer la Loire, car le 11 le prince de Galles franchit précipitamment le Cher ainsi que l’Indre et vint coucher à Montbazon (Indre-et-Loire, arr. Tours, sur la rive gauche de l’Indre); il y reçut le 12 la visite du cardinal de Périgord, qui venait s’interposer comme médiateur entre les belligérants; il apprit en même temps que le roi de France s’avançait à marches forcées et que le dauphin était à Tours.
[10]Il faut dire, à l’honneur du roi Jean, que des mesures avaient été prises, dès les premiers mois de 1356, pour mettre Tours en état de défense. En mars de cette année, Jean mandait à son bailli de Tours de nommer, après en avoir délibéré avec le conseil de la ville, 6 élus chargés de pourvoir aux travaux des fortifications, en leur donnant pouvoir de lever des tailles, impositions et collectes sur tous les habitants de la ville et de la châtellenie,de quelque condition qu’ils soient, et de frapper les réfractaires d’une amende qui ne dépassera pas 60 sous. JJ118, no176.
[11]Jean était le mardi 13 septembre à Loches sur Indre, où il rendit deux ordonnances sur les monnaies (Ordonn., t. III, p. 84 et 85). Nous apprenons par la chronique du moine de Malmeslmry que le même jour le prince de Galles, menacé d’être débordé par son aile gauche et enveloppé, traversa Sainte-Maure (Sainte-Maure-de-Touraine, Indre-et-Loire, arr. Chinon, à l’ouest de Loches) et vint coucher à la Haye-sur-Creuse (auj. la Haye-Descartes, Indre-et-Loire, arr. Loches, sur la rive droite de la Creuse, un peu en amont de son confluent avec la Vienne).
[12]Jean, qui était à Loches le mardi 13, dut arriver le lendemain soir mercredi 14 à la Haye, où le prince de Galles l’avait précédé seulement de 24 heures. La Haye est sur la Creuse, et non sur la Vienne, comme le dit par erreur Froissart (p. 246).
[13]Vienne, arr. Montmorillon, sur la rive droite de la Vienne, à 10 lieues au sud de la Haye, à 7 lieues au sud de Châtellerault, à 5 lieues à l’est de Poitiers.
[14]Lorsque Jean arriva à Chauvigny le jeudi soir 15 septembre, il laissait en effet les Anglais derrière lui sur sa droite, puisque nous savons par le moine de Malmesbury que le prince de Galles séjourna à Châtellerault du mercredi 14 au vendredi 16 septembre. Comment Jean, dont l’armée dut suivre la vallée de la Vienne en remontant par la rive droite le cours de cette rivière, pour se rendre de la Haye à Chauvigny, put-il passer si près de Châtellerault sans apercevoir les Anglais? Craignit-il de tenter le passage de la Vienne en présence de l’ennemi campé sur la rive gauche?
[15]L’immobilité du prince de Galles à Châtellerault pendant trois jours, du mercredi 14 au vendredi soir 16 septembre, prouve qu’il se savait devancé et débordé sur sa gauche par l’armée française à laquelle il voulut laisser le temps de s’écouler avant de reprendre lui-même sa marche en avant. Le mouvement de l’armée française dans la journée du vendredi prouvait que le roi Jean, croyant Poitiers menacé par les Anglais, avait voulu le couvrir. Le prince de Galles prit aussitôt ses mesures pour mettre cette erreur à profit en essayant de s’échapper par la gauche de son adversaire. Dans la nuit du vendredi 16 au samedi 17, il fit passer tout son charroi, et le samedi 17, dès la pointe du jour, il se porta lui-même en avant dans la direction de Chauvigny en remontant la Vienne par la rive gauche. C’est alors que ses éclaireurs rencontrèrent l’arrière-garde française sur la route qui va de Chauvigny à Poitiers, en un lieu dit la Chaboterie marqué sur la carte de Cassini. Les Français eurent le dessous dans cette escarmouche où, selon Robert de Avesbury (p. 255), environ 240 hommes d’armes furent tués ou pris et où les comtes d’Auxerre, de Joigny et le maréchal de Bourgogne restèrent entre les mains des vainqueurs; mais cet engagement, en révélant au roi Jean la véritable position des Anglais, rendait la bataille inévitable. Les Grandes Chroniques disent (t. VI, p. 31) que ce fut le comte de Sancerre, et non le comte d’Auxerre, qui fut pris avec le comte de Joigny.
[16]L’endroit, ditMaupertuisjusqu’à la fin du quinzième siècle, qui s’appelle aujourd’huila Cardinerie, est situé dans la commune de Nouaillé (Vienne, arr. Poitiers, c. la Villedieu, à deux lieues au sud-est de Poitiers). Ce changement de nom, d’après les renseignements qu’a bien voulu nous fournir notre savant confrère M. Redet, provient de la concession faite par le commandeur de Beauvoir à Richard Delyé, ditCardin, le 31 janvier 1495 (n. st.) de terres sises au lieu appeléMaupertuis(Archives de la Vienne, fonds de la commanderie de Beauvoir). De nombreux lieux-dits rappellent encore la bataille de 1356. Tout près de la Cardinerie (Maupertuis), un endroit ditChamp-de-la-Bataillefait partie de la pièce desGrimaudièressise sur la commune de Saint-Benoît (Vienne, arr. et c. Poitiers). Le prince de Galles campé sur des hauteurs alors couvertes de vignes et hérissées de haies épaisses, ayant derrière lui et à sa gauche le ravin assez profond du Miausson, appuyait sa droite aux bois et à l’abbaye de Nouaillé; il avait devant lui la plaine qui s’étend de la Cardinerie (Maupertuis) vers Beauvoir et que traverse une voie romaine. «Commissum est prælium, disaient en 1720 les auteurs duGallia Christiana(t. II, col. 1243)in extrema parte saltus Nobiliacensis(bois de Nouaillé),ubi etiamnum Anglorum castra fossis munita cernere est.» V. la dissertation, accompagnée d’une carte, publiée par le capitaine F. Vinet à la suite de l’ouvrage intituléBertrand du Guesclin et son époque, de Jamison, traduit par J. Baissac, in-8o, 1866, p. 575 à 578. On peut consulter encore les ouvrages suivants:
Annales d’Aquitaine, par Jean Bouchet, Poitiers, Abraham Monnin, 1644, in-4o, p. 200.
—Essai de dissertation touchant la situation duCampus vocladensis, dansDissertations sur l’histoire ecclésiastique et civile de Paris, par l’abbé Lebeuf, 1739-1743, 3 vol. in-12, t. I, p. 304 à 338.
—Archæologia britannica, vol. I, p. 213; mémoire lu le 24 janvier 1754 à la Société des Antiquaires de Londres, par le docteur Lyttleton, doyen d’Exeter.
—Affiches du Poitou, feuille hebdomadaire publiée de 1773 à 1790, in-4o, 1774, p. 187.
—Abrégé de l’histoire du Poitou, par Thibaudeau, Poitiers, 1783, 6 vol. in-12, t. II, p. 247.
—Vies des grands capitaines, par Mazas, t. III, p. 112 à 141.
—Revue anglo-française, publiée à Poitiers par M. de la Fontenelle de Vaudoré, de 1833 à 1841, 7 vol. in-8o; t. V, p. 99, 106, 108, 194, 204, 206.
—Essai sur l’ancien Poitou, par Joseph Guérinière, Poitiers, 1836, 2 vol. gr. in-8o, t. I, p. 534.
—Campagne du prince de Galles dans le Languedoc, l’Aquitaine et la France, terminée par la bataille de Poitiers; dans lesMémoires de la Société des Antiquaires de l’Ouest, t. VIII, 1841, p. 75.
—Life of Edward the black prince; chronique rimée du héraut Chandos sur les faits d’armes du prince de Galles, publiée par M. Coxe pour le Roxburgh-Club; in-4ode I-XII et 1-399 pages. M. Francisque Michel a bien voulu nous communiquer un exemplaire de cette importante publication, fort rare, même en Angleterre; cet exemplaire est probablement le seul qui existe en France.
—Bataille de Maupertuis, par M. Saint-Hippolyte; dans lesMémoires de la Société des Antiquaires de l’Ouest, t. XI (1844), avec carte.
—Bulletin de la Société d’Agriculture de Poitiers, in-8o, t. I, p. 27 et t. II, p. 361.
—Chroniques de Froissartpubliées par M. Kervyn de Lettenhove, t. V, p. 526.
[17]Le dimanche 18 juillet, l’armée française était campée près de Poitiers, comme l’atteste la date suivante d’un acte émané du roi Jean: «Datum in exercitu nostroprope Pictavis die decima octava septembris, anno Domini 1356. Per regem, episcopo Lingonensi (Guillaume de Poitiers) presente.» JJ84, no635.
[18]Le rédacteur desGrandes Chroniques(t. VI, p. 32) et le héraut Chandos, dans son poëme sur la bataille de Poitiers publié par M. Coxe (p. 72 à 82, vers 1046 à 1189), indiquent aussi cet ordre de bataille.
[19]Eustache de Ribemont est ce chevalier auquel Édouard III avait décerné le chapelet de bravoure à la suite du combat livré sous les murs de Calais, dans la nuit du 31 décembre 1349 au 1erjanvier 1350. (t. IV de cette édition, sommaire, p.XXXIIIetXXXIV). Il fut tué à Poitiers ainsi que Jean de Landas et Guichard de Beaujeu; Guichard d’Angle fut grièvement blessé.
[20]L’incontestable supériorité militaire des Anglais au quatorzième siècle résidait surtout dans l’adresse, le bon outillage et la proportion numérique de leurs archers par rapport au reste de leurs troupes. Dès le 30 janvier 1356, Édouard III mandait à ses vicomtes de faire fabriquer 5600 arcs blancs et 11400 gerbes de flèches dont moitié devra être prête et rendue à la Tour de Londres à Pâques (24 avril) et l’autre moitié dans la quinzaine de la Trinité (1requinzaine de juin) 1356. Rymer, vol. III, p. 322.
[21]Le héraut Chandos passe sous silence cet incident, mais il rapporte (p. 88, v. 1280 à 1299) l’altercation qui s’éleva entre Jean de Clermont, partisan de l’immobilité, et Arnoul d’Audrehem qui assurait que les Anglais essayaient de fuir et voulait les attaquer. «La pointe de votre lance ne viendra pas au cul de mon cheval,» avait dit Jean de Clermont impatienté. Le brave maréchal se fit tuer, en effet, au premier choc.
[22]En février 1361, le châtelain d’Emposte(Amposta, Catalogne, prov. Lerida) était Jean Ferdinand de Heredia, grand prieur de Saint-Gilles, qui fut chargé par le pape Innocent VI de traiter avec les brigands des Compagnies maîtres du Pont-Saint-Esprit. Dom Vaissette,Hist. du Languedoc, t. IV, p. 311, 576 et 577.
[23]Le témoignage du héraut Chandos vient confirmer celui de Froissart relativement à l’ordre de bataille de l’armée anglaise (p. 82 à 86, v. 1200 à 1259). Seulement, d’après Chandos, cette armée fut attaquée sur ses derrières au moment même où elle se mettait en mesure de passer le Miausson et où l’avant-garde, commandée par le comte de Warwick, était déjà de l’autre côté de cette rivière. Les passages suivants, qui mettent ce fait hors de doute, doivent être cités textuellement. Le prince de Galles dit au comte de Warwick:
Primers, passerés le passageEt garderés nostre cariage,Je chevacherai après vous (v. 1222 à 1224).
Primers, passerés le passage
Et garderés nostre cariage,
Je chevacherai après vous (v. 1222 à 1224).
Et plus loin:
Et li prince se desloga,A chivacher se chimina,Car celui jour ne quidoit pasCombatre, je ne vous mente pas (v. 1268 à 1271).
Et li prince se desloga,
A chivacher se chimina,
Car celui jour ne quidoit pas
Combatre, je ne vous mente pas (v. 1268 à 1271).
Aussi, le héraut Chandos a bien soin de faire remarquer que ce fut l’arrière-garde, placée sous les ordres du comte de Salisbury, qui eut à soutenir le choc des maréchaux de France et de leurs 300 chevaliers d’élite et qui les mit en déroute. Il ajoute que cette déconfiture eut lieu:
Devant qe poist estre tournéeL’avauntgarde et repassée,Car jà fuist outre la rivère (le Miausson).(V. 1374 à 1376.)
Devant qe poist estre tournée
L’avauntgarde et repassée,
Car jà fuist outre la rivère (le Miausson).
(V. 1374 à 1376.)
[24]L’armée anglaise occupait le plateau de la Cardinerie (alors Maupertuis) sur la rive droite du Miausson entre cette rivière et la voie romaine de Poitiers à Limoges. L’étroit chemin dont il s’agit ici est le chemin rural, allant du hameau des Minières à celui des Bordes, qui traverse le plateau de la Cardinerie dans sa largeur, qui par conséquent coupait en deux la position des Anglais.
[25]«Par conseil», dit Froissart. La version desGrandes Chroniquesrelativement à ce départ du champ de bataille du dauphin et des princes ses frères est la même que celle de notre chroniqueur (t. VI, p. 33 et 34): «Et de la dite besoigne l’en fist retraire le duc de Normendie, ainsné fils du roy, le duc d’Anjou et le conte de Poitiers ses frères et le duc d’Orleans, frère du dit roy.» Charles, dauphin, né à Vincennes le 21 janvier 1337, n’avait pas encore 20 ans. Le comte d’Armagnac, alors lieutenant du roi en Languedoc, dans une lettre en provençal, datée de Moissac le 1eroctobre 1356 et adressée aux habitants des villes de son gouvernement, que dom Vaissette (Hist. du Languedoc, t. IV, p. 288) a signalée le premier et dont Ménard a donné le texte d’après l’original conservé aux Archives municipales de Nîmes (Hist. de Nismes, t. II (1751), Preuves, p. 182), le comte d’Armagnac confirme la version desGrandes Chroniques: «Cars amis, ab la plus grant tristor et dolor de cor que avenir nos pogues, vos faut assaber que dilhus ac VIII jorns que lo rey Mossenhor se combatet ab lo princep de Gualas; et aychi cum a Dio a plagut a suffrir, lo rey Mossenhor es estat desconfit e es pres cum lo melhor cavalier que fos le jorn de sa part, e es naffrat el vizatge de doas plaguas. Mossenhor Phelip son dernier filh es pres ab lhuy.Mossenhor lo duc de Normandia et mossenhor d’Anjo et de Peito et mossenhor le duc d’Orlhes, de comandamen del rey Mossenhor, se so salvatz; et lo princep es o sera dins III jorns à Bordeus, e mena lo rey Mossenhor ab lhuy e son dig filh et d’autres preyos....»
[26]Par acte daté de Londres le 15 novembre 1356, Édouard, prince de Galles, donna en viager à son amé et féal chevalier Jean Chandos «pro bono et gratuito servitio in partibus Vasconiæ etpræcipue in bello de Peyters» deux parts de son manoir deKirketon in Lyndeseye(auj. Kirton ou Kirktown dans le comté de Lincoln près de Lindsey) à la condition de lui apporter chaque année une rose rouge à la fête de la Nativité-Saint-Jean-Baptiste (24 juin). Rymer, vol. III, p. 343.
[27]La liste des morts de Poitiers, donnée par Froissart, est à la fois très-incomplète et très-inexacte. Le défaut d’espace nous permet de citer seulement Pierre I du nom, duc de Bourbon, comte de Clermont et de la Marche, Gautier, duc d’Athènes, connétable de France, Renaud Chauveau, évêque de Châlons, André de Chauvigny, vicomte de Brosse et le vicomte de Rochechouart. V. les listes données par Robert de Avesbury (éd. de 1720, p. 252 et 253) et à la suite d’une lettre du prince de Galles à l’évêque de Worcester en date du 20 octobre 1356; cette dernière liste a été reproduite par Buchon (Froissart, éd. du Panthéon, t. I, p. 355, en note). V. aussi la nomenclature des chevaliers et écuyers enterrés aux Frères Mineurs et aux Frères Prêcheurs de Poitiers publiée par Bouchet (Annales d’Aquitaine, p. 202 à 205) et reproduite ainsi que les listes précédentes dans les notes de l’édition de Buchon. V. enfin René de Belleval,La Grande Guerre, Paris, 1862, in-8o, p. 172 à 177.
[28]La liste des prisonniers, donnée par Froissart, est comme celle des morts incomplète et inexacte. Les principaux grands feudataires, ou grands officiers, pris avec le roi Jean et Philippe son plus jeune fils, étaient: Jacques de Bourbon I du nom, comte de Ponthieu et de la Marche, prisonnier de Jean de Grailly captal de Buch (Rymer, vol. III, p. 346); Jean d’Artois, comte d’Eu; Charles d’Artois, comte de Longueville; Charles de Trie, comte de Dammartin, prisonnier du comte de Salisbury (JJ116, no115); Henri, sire de Joinville, comte de Vaudemont du chef de sa mère; Louis II, comte d’Étampes; Jean de Chalon, III du nom, comte d’Auxerre et de Tonnerre; Jean III, comte de Sancerre; Jean de Noyers, comte de Joigny; Robert II, comte de Roucy; Jean VI, comte de Vendôme; Bernard, comte de Ventadour. Jean II du nom, vicomte de Melun, comte de Trancarville; Jean, comte de Nassau; Jean, comte de Saarbruck; le comte de Nidau, en tout 16 comtes, 13 français, 3 allemands; Aymeri IX, vicomte de Narbonne; Guillaume de Melun, archevêque de Sens, prisonnier pour un quart de Robert de Clynton qui vendit ce quart à Édouard III 1000 livres (Rymer, vol. III, p. 399); Arnoul d’Audrehem, maréchal de France; le vicomte de Beaumont. V., outre les listes dont il a été question plus haut et qui ont été reproduites par Buchon, René de Belleval, ouvrage cité, p. 170 à 180.
[29]Froissart dit (p.51,278) queBerclerest «un moult biel chastiel seant sus le rivière de Saverne, en le marce de Galles». Berkeley est en effet situé sur la rive gauche de la Savern, près de son embouchure dans le canal de Bristol qui forme la limite sud-est du pays de Galles.
[30]Nous identifionsEllènes, que notre chroniqueur dit être le nom d’un écuyer et par suite d’un fief picard, avec Allaines, Somme, arr. et c. Péronne.
[31]Mignaloux-Beauvoir, Vienne, arr. Poitiers, c. Saint-Julien-l’Ars.
[32]Renaud, sire de Pons, de Blaye et de Ribérac, est mentionné comme mort à Poitiers dans un acte de Charles, duc de Normandie, daté de Paris en avril 1357. JJ85, no128.
[33]Le 21 novembre 1356, à la requête de Jeanne de Vergy, dame de Montfort et de Savoisy, veuve de Geoffroi de Charny, Charles fils aîné du roi de France, confirma une donation faite par son père au dit Geoffroi au mois de juillet précédent; et cette confirmation est accordée en faveur de Geoffroi de Charny, fils mineur du dit Geoffroi «tué à la bataille livrée dernièrement près de Poitiers». JJ84, no671.
[34]Denis de Saint-Omer, sire de Morbecque, se fit délivrer des lettres patentes datées de Westminster le 20 décembre 1357 (Rymer, vol. III, p. 385) où le roi d’Angleterre constate que c’est bien à Denis que le roi de France s’est rendu et a baillé sa foi le jour de la bataille de Poitiers. Denis de Morbecque avait été secondé dans cette glorieuse capture par Enguerrand de Beaulincourt son cousin.
[35]Sir James Touchet, baron Audley, descendait d’une famille normande fixée en Angleterre après la conquête.
[36]La bataille de Poitiers se livra en effet un lundi, mais ce lundi tomba en 1356 le 19 septembre, non le 20, d’après la leçon la moins fautive, celle du ms. d’Amiens (p. 284), ni le 21, d’après la leçon des mss. de la première rédaction revisée (p. 60), ni le 22, d’après la leçon des mss. de la première rédaction proprement dite (p. 284). Jean le Bel avait commis une erreur en sens inverse en fixant cette bataille au lendemain de la Saint-Lambert, c’est-à-dire au 18 septembre. (Chron., t. II, p. 200). Entre autres documents authentiques qui nous donnent la date exacte de la défaite du roi Jean, il convient d’en citer un qui nous a été signalé par notre confrère M. Molinier: c’est une lettre datée de Paris le 27 septembre 1356 et adressée, sous forme de circulaire, par les Gens du Conseil du roi de France à l’évêque d’Alby au sujet de la bataille livrée à Poitiers huit jours auparavant, le lundi 19 septembre (Bibl. nat., dép. des mss., fonds Baluze, t. 87, fo183).
[37]Froissart dit que le prince de Galles acheta de ceux qui les avaient capturés les prisonniers les plus notables. Nous voyons en effet que le vainqueur de Poitiers paya 25 000 écus d’or vieux au captal de Buch et à six autres Gascons en échange de Jacques de Bourbon. Rymer, vol. III, p. 346.
[38]Il reste de ce butin un manuscrit de laBible hystoriaustrouvé avec quelques autres ouvrages dans la tente du roi Jean et conservé aujourd’hui auBritish Museum, fonds du roi, DII, no19; on y lit la mention suivante: «Cest livre fut pris ove le roy de Fraunce à la bataille de Peyters; et le boun count de Saresbirs (Salisbury), William Montague, le achata pur cent marsz et le dona à sa compaigne Elizabeth la bone countesse, qe Dieux assoile!» M. Delisle a démontré (Comptes rendus des séances de l’Académie des Inscriptions, année 1867, in-8o, p. 262 à 266) qu’un manuscrit desMiracles de Notre-Dame, qui appartient aujourd’hui au séminaire de Soissons, avait été pris aussi par les Anglais sur le champ de bataille dans la tente du roi Jean.
[39]Un registre de l’hôtel de ville de Poitiers mentionne ce souper, devenu historique grâce au récit de Froissart, que le vainqueur offrit à son royal prisonnier au château de Savigny-l’Evesquault appartenant à l’évêque de Poitiers (auj. Savigny, hameau de 300 h. de la commune de Saint-Julien-l’Ars, Vienne, arr. Poitiers, à une lieue à l’est de la Cardinerie (Maupertuis) et de Beauvoir).
[40]Les quatre écuyers de James Audley étaient du comté de Chester. Walter Woodland avait porté la bannière du prince de Galles (Rymer, vol. III, p. 359); Jean, sire de Maignelay, dit Tristan, qui tenait celle du duc de Normandie, fut fait prisonnier (JJ89, no160; JJ91, no499).
[41]Nous devons à la chronique anonyme du moine de Malmesbury l’itinéraire suivi par les Anglais à leur retour de Poitiers à Bordeaux. Le mardi 20 septembre à midi, le prince de Galles arriva à la Roche-de-Gençay (Vienne, arr. Civray) et y passa la journée du lendemain; le jeudi 22, il logea à Couhé (Vienne, arr. Civray); le 23, à Ruffec; le 24, à Champagne-Mouton (Charente, arr. Confolens); le dimanche 25 à la Rochefoucauld (Charente, arr. Angoulême); le 26, à Bors (Bors-de-Montmoreau, Charente, arr. Barbezieux, c. Montmoreau); le 27, à Saint-Aulaye (Dordogne, arr. Ribérac); le 28, à Saint-Antoine (Saint-Antoine-de-l’Isle ou du Pizon, Gironde, arr. Libourne, c. Coutras); le 30, sur les bords de la Dordogne. Le 2 octobre, le prince s’arrêta à Libourne, pendant qu’on préparait à Bordeaux le logement du roi de France.
[42]Le procès intenté par cet écuyer, dont le nom est écritBernard de Troiedans Rymer, à Denis de Morbecque, durait encore le 13 janvier 1360. V. Rymer, vol. III, p. 467.
[43]Dès la fin de 1356, Henri, duc de Lancastre, s’était emparé des forteresses de Bois-de-Maine (auj. château de Rennes-en-Grenouille, Mayenne, arr. Mayenne, c. Lassay), de Domfront, de Messei (Orne, arr. Domfront), de Condé (Condé-sur-Sarthe, Orne, arr. et c. Alençon) et de la tour de Villiers. JJ85, nos105, 184; JJ119, no84.—Les intéressés rachetèrent ces forteresses au vainqueur moyennant 20 000 florins d’or qui n’étaient pas encore entièrement payés en 1366 (Arch. nat., sect. jud., accord du 10 avril 1366 qui nous a été signalé par M. Fagniez). Le 8 août 1356, le roi d’Angleterre avait nommé Henri, duc de Lancastre, son très-cher cousin, lieutenant et capitaine au duché de Bretagne (Rymer, vol. III, p. 335), et le 30 octobre suivant Philippe de Navarre, comte de Longueville, sire de Cassel, son féal et très-cher cousin, lieutenant et capitaine au duché de Normandie. Rymer, vol. III, p. 342.
[44]Cf. Jean le Bel,Chroniques, t. II, p. 205 à 213.
[45]Ces sentiments se font jour dans une complainte en vers conservée au deuxième registre capitulaire de Notre-Dame de Paris, commençant en septembre 1356, finissant en janvier 1361 (Archives nationales, sect. hist., fonds de Notre-Dame, LL 209 A, fo183). Entre les séances du 4 et du 7 octobre 1359 ont été transcrites plusieurs pièces plus anciennes et entre autres la complainte dont nous parlons, relative à la bataille de Poitiers, qui doit avoir été composée à la fin de 1356 ou au commencement de 1357 et qui paraît être l’œuvre d’un chanoine ou d’un clerc de la cathédrale (voir dans laBibliothèque de l’École des Chartes3esérie, t. II, p. 257 à 263, un article de M. Charles de Beaurepaire qui le premier a publié ce curieux document). L’auteur de ce petit poëme attribue la déroute de l’armée française à la trahison de la noblesse dont il flétrit énergiquement le luxe et les vices; il fait des vœux pour la délivrance du roi Jean dont il célèbre la vaillance, et il espère que le souverain, avec l’aide du peuple, désigné sous le sobriquet deJacques Bonhomme, parviendra à triompher de ses ennemis. V. un fac-simile du document original dans leMusée des Archives nationales, Paris, 1872, in-4o, p. 212 et 213.
[46]Dès leur première réunion à Paris le 17 octobre 1356, les États avaient demandé: 1ola délivrance du roi de Navarre; 2ola destitution des principaux membres du conseil du roi et du dauphin; 3ol’établissement d’un nouveau conseil entièrement pris dans le sein des États eux-mêmes. Licenciés le 2 novembre suivant par le dauphin, puis rappelés le 5 février 1357, ils réclament de nouveau, dans la séance du 3 mars, par l’organe de Robert le Coq, évêque de Laon, en même temps que la destitution de vingt-deux hauts fonctionnaires et la suspension de tous les officiers du royaume, la création d’un grand conseil de réformateurs généraux nommés par les États qui ordonneront souverainement de la guerre et des finances; dès le vendredi 10 mars, ils organisent ce grand conseil tiré de leur sein et qui concentre en ses mains tous les pouvoirs. Ce conseil n’était pas composé de 36 membres, comme le dit Froissart, mais seulement de 34 dont 11 appartenaient au clergé, 6 à la noblesse et dont 17 représentaient la bourgeoisie. M. Douet d’Arcq a publié leurs noms (Bibl. de l’École des Chartes, t. II, p. 382 et 383) qui se trouvent au dos d’un rouleau conservé au dép. des mss. de la Bibliothèque nationale. Par acte daté du Louvre lez Paris le 8 mars 1357 (n. st.), Charles, lieutenant du roi, nomma réformateurs généraux par tout le royaume ses amés les évêques de Nevers (Bertrand de Fumel), de Meaux (Philippe de Vitry, le traducteur d’Ovide, mort en juin 1361), et de Thérouanne (Gilles Aycelin de Montagu), maître Jean de Gonnelieu, doyen de Cambrai, maître Robert de Corbie; messire Mahieu, sire de Moucy, messire Jean de Conflans, maréchal de Champagne, chevaliers; Colard le Caucheteur, bourgeois d’Abbeville, Jean Godart, bourgeois de Paris (JJ89, no150). Ces réformateurs se contentèrent d’imposer aux fonctionnaires convaincus de concussion des amendes pécuniaires (JJ89, nos150, 319).
[47]Le combat où périt Godefroi de Harcourt eut lieu au mois de novembre 1356. M. Delisle a établi le premier, d’après une chronique inédite (Bibl. nat., mss., fonds français, no4987, fo61), que l’action, engagée sur la chaussée qui traverse les marais de Brévands (Manche, arr. Saint-Lô, c. Carentan, entre les embouchures de la Taute et de la Vire), en un lieu ditCocbour, se termina près des gués de Saint-Clément (Calvados, arr. Bayeux, c. Isigny), non loin de l’endroit où Amauri de Meulan, lieutenant du dauphin Charles en Normandie, avait été battu et fait prisonnier peu de temps auparavant (JJ84, no710). Le même savant a prouvé aussi que Robert de Clermont et le Baudrain de la Heuse, maréchaux de Normandie, et non Raoul de Renneval, commandaient les forces françaises. V. Delisle,Hist. du château de Saint-Sauveur-le-Vicomte, p. 92 à 108;Preuves, p. 142 et 143.
[48]Godefroi de Harcourt n’avait pas vendu, il avait légué, le 18 juillet 1356, au roi d’Angleterre son immense fortune territoriale dont il avait juré de frustrer son neveu Louis de Harcourt (Rymer, vol. III, p. 332). M. Delisle n’a pas trouvé mention dans les actes de ce Jean de l’Isle, auquel Édouard aurait confié, d’après Froissart, la garde du château de Saint-Sauveur; Pierre Pigache remplissait ces fonctions dès le 7 février 1357.Ibid., p. 111.
[49]Le prince de Galles et le roi Jean s’embarquèrent le mardi 11 avril 1357 à Bordeaux, où une trêve avait été conclue entre la France et l’Angleterre le 23 mars précédent; cette trêve devait durer deux ans (Rymer, vol. III, p. 348 à 351). Nous avons un acte du roi Jean daté de Bordeaux le 25 mars 1357 (n. st.). JJ84, no801.
[50]Le prince et son prisonnier débarquèrent en Angleterre le jeudi 4 mai (Grandes Chroniques, t. VI, p. 58), probablement à Plymouth, selon la version des chroniqueurs anglais, qui pourraient bien avoir raison contre Froissart; car, dans l’ordre que le roi d’Angleterre expédia le 20 mars pour faire tout préparer sur la route de son fils et du roi son prisonnier, il est dit qu’ils devaient arriver à Plymouth (Rymer, vol. III, p. 348). Le mercredi 24 mai, ils firent leur entrée dans Londres où il était accouru une si grande foule pour les voir passer que le cortége, qui avait traversé à neuf heures du matin le pont de Londres, arriva au palais de Westminster à midi seulement.
[51]Nous avons en effet plusieurs actes émanés du roi Jean pendant les quatre premiers mois de son séjour en Angleterre, qui sont datés de Londres en août (JJ86, no416); l’un de ces actes fut passé dans cette ville le 11 septembre 1357 (JJ89, no247). Un acte passé le 7 juillet 1358 en présence du roi de France est daté dumanoir de Savoie ès faubourgs de Londres(Rymer, vol. III, p. 401 et 402). L’hôtel de Savoie, résidence de Henri duc de Lancastre, était situé au sud du Strand, à côté de la rue qui a reçu dans ces derniers temps le nom de Wellington-Street. Il ne reste de ce grand palais que la chapelle, naguère reconstruite aux frais du gouvernement sur l’emplacement de l’ancienne détruite par un incendie en 1864.
[52]On connaît un acte du roi Jean daté du château de Windsor en octobre 1357 (JJ89, no220).
[53]Il y a, comme l’a fait remarquer Dacier, trois erreurs capitales dans le peu de mots que dit Froissart, concernant cette trêve: 1oelle fut conclue, non en Angleterre, mais à Bordeaux, le 23 mars 1357, dix-neuf jours avant le départ du prince de Galles et du roi Jean pour l’Angleterre; 2oelle devait durer depuis le jour de Pâques (9 avril 1357) jusques à deux ans (21 avril 1359), et non jusqu’à la Saint-Jean-Baptiste; 3oPhilippe de Navarre et les héritiers du comte de Montfort y étaient expressément compris; il convient d’ajouter toutefois qu’ils ne voulurent en tenir aucun compte, et c’est ce qui a pu induire Froissart en erreur sur ce dernier point.
[54]Ce traité fut signé à Berwick le 3 octobre 1357. Rymer, vol. III, p. 372 à 374.
[55]Henri, duc de Lancastre, n’ayant pu parvenir au commencement de septembre 1356 à opérer sa jonction par les Ponts-de-Cé avec le prince de Galles, mit le siége devant Rennes. Ce siége, qui suivit immédiatement le désastre de Poitiers et qui dura neuf mois, du 2 octobre 1356 au 5 juillet 1357, est le pendant du siége de Calais après la défaite de Crécy; une si longue et si honorable défense releva un peu les courages du côté des vaincus. Charles de Blois, alors prisonnier sur parole du roi d’Angleterre, se tint pendant toute la durée du siége à la cour du dauphin (Morice,Preuves, t. 1, col. 1513; JJ89, no276; JJ85, no115; JJ89, no312). Le duc de Normandie envoya, dès le mois de décembre 1356, Thibaud, sire de Rochefort, au secours des assiégés (Morice,Preuves, t. 1, col. 1512 à 1514). En dépit de la trêve conclue à Bordeaux le 23 mars 1357, Lancastre ne voulait pas lever le siége de Rennes; il fallut deux lettres du roi d’Angleterre, la première en date du 28 avril, la seconde du 4 juillet 1357 (Rymer, vol. III, p. 353 et 359), pour vaincre la résistance de son lieutenant, qui n’en obligeapasmoins les habitants de la ville assiégée, quoi qu’en aient dit des historiens bretons plus patriotes que véridiques, à se racheter et à payer au vainqueur une contribution de guerre considérable (Morice,Preuves, t. I, col. 1522).—Dans les premiers mois de 1357, Charles dauphin avait chargé Guillaume de Craon, son lieutenant en Anjou, Maine, Poitou et Touraine, d’inquiéter le duc de Lancastre et d’obliger les Anglais à lever le siége de Rennes (JJ89, nos37 et 127). C’est alors seulement que Bertrand du Guesclin pénétra dans l’intérieur de la place, car, comme le dit Cuvelier dans son poëme (v. 1080 et 1081):