Chapter 23

[208]Les obsèques du roi Jean furent célébrées, malgré l’épuisement du Trésor, avec un grande magnificence. On dépensa à ces obsèques, en trois jours, du 27 au 29 avril, dix-sept mille sept cent soixante et une livre de cire, qui, à 23 francs les cent livres, coûtèrent 4,805 francs 7 deniers parisis.Bibl. Nat., Quittances, XV, nº 21.[209]Le lundi 13 mai, le captal de Buch était à Vernon, où la reine Blanche de Navarre, veuve de Philippe VI de Valois, dévouée de cœur à la cause du roi de Navarre son frère, offrit un dîner magnifique au généralissime de Charles le Mauvais.[210]La seigneurie de Sault (auj. Sault-de-Navailles, Basses-Pyrénées, arr. et c. Orthez) était située, non en Navarre, mais en Béarn.[211]Tous les historiens semblent avoir ignoré jusqu’à ce jour que le bascle ou le bascon de Mareuil appartenait à la famille béarnaise de Sault. Le surnom debascle,basconoubasquinest un équivalent de notre mot basque, qui, au moyen âge, servait à désigner les Béarnais aussi bien que les Navarrais proprement dits. Le véritable nom de l’aventurier qui périt à Cocherel est Jean de Sault, ainsi que le prouve la quittance suivante dont nous devons l’indication à notre savant collègue M. Demay: «Sachent tous que je Jehan de Sault, dit le bascon de Mareul, escuier, sergant d’armes du roy de Navarre notre seignour, ay eu et receu de Jehan des Ylles, viconte de Coutances pour nostre dit seigneur, la somme de cent livres tourneis pour cest present terme de la Saint Michiel, en rabatant de la somme de deulx cens livres tourneis que je pren chacun an sur la recepte de la dicte vicontey à ma vie tant seulement du don de mon dit seigneur. De laquelle somme de cent livres je me tiens pour bien paié et promet aporter quitance envers le dit monseignour au dit viconte. En tesmoing de cen, j’ay seellé ces lettres de mon seel. Donné à Gavray, le vejour d’octobre mil ccc soixante et trois.»Bibl. Nat., Titres scellés de Clairambault, vol. 101, fº 7859.[212]En 1364, le mercredi de la Pentecôte est tombé le 15 mai.[213]Jean de Grailly, captal de Buch, occupa, dès la journée du mercredi 15 mai, le sommet et les pentes d’une colline escarpée qui domine le village de Cocherel, situé sur la rive droite de l’Eure, à l’endroit où un pont mettait alors en communication les deux tronçons d’une très-ancienne route reliant ensemble Vernon et Évreux. Cocherel (auj. Houlbecq-Cocherel, Eure, arr. Évreux, c. Vernon), situé sur la rive droite de l’Eure à environ 2 kil. 1/2 de cette rivière, est à peu près à égale distance d’Évreux, de Pacy, de Vernon et d’Acquigny, places qui étaient alors fortifiées et occupées par les Navarrais.[214]Ce Jean Jouel avait été en quelque sorte lâché sur la Normandie par Édouard III, furieux de la mauvaise foi de Louis, duc d’Anjou, qui refusait de revenir se constituer otage en Angleterre: «Puis manda le dit roi Edouart à monseigneur Jehan Jouel, qui avoit et tenoit plusieurs fors en Normandie, qu’il guerroiast en France en son propre nom comme Jehan Jouel, et fut une guerre couverte.»Chronique des quatre premiers Valois, p. 409.—Les Compagnies tenaient alors la France tellement à discrétion que, de tous les points du royaume, leurs chefs purent se rendre en Normandie et amener des renforts au captal de Buch sans être inquiétés. Il en vint jusque des confins du Berry, du Nivernais, du Bourbonnais et de l’Auvergne. Il faut lire le charmant épisode des chroniques de Froissart, où un aventurier basque, nommé le Bascot de Mauléon, capitaine du Bec-d’Allier (auj. forges de la commune de Cuffy, Cher, arr. Saint-Amand-Mont-Rond, c. la Guerche) en 1364, raconte, vingt-quatre ans après ces événements, à notre chroniqueur, son commensal à l’hôtel de la Lune, à Orthez, ses prouesses de routier et notamment la part qu’il prit à la bataille de Cocherel où il fut fait prisonnier par un Gascon du parti français, l’un de ses cousins, appelé Bernard de Terride, qui le rançonna à mille francs: «Quant les nouvelles me furent venues que le captal mon maistre estoit en Costentin et assambloit gens à son povoir, pour le grant desir que je avois de le voir, je me partis de mon fort à douze lances et me mis en la route messire Jehan Jouel et messire Jacqueme Planthin et vinsmes sans dommage et sans rencontre qui nous portast dommage devers le captal.»Froissart de Buchon, éd. du Panthéon, II, 408.[215]On a ici la version anglo-gasconne de la bataille de Cocherel que Froissart, pendant son séjour à Bordeaux à la cour du prince d’Aquitaine et de Galles en 1366 et 1367, s’était fait raconter par le Roi Faucon et aussi sans doute par quelques-uns des seigneurs gascons, ralliés dès lors au parti anglais, qui avaient combattu à Cocherel dans les rangs français. Cette version est un conte inventé à plaisir et, comme nous l’avons dit ailleurs, une pure gasconnade. Pour prouver que la prise du captal par les Gascons ne se peut soutenir, il suffit de citer les lignes suivantes d’un acte authentique où Jean de Grailly reconnaît qu’il a été fait prisonnier par un écuyer breton, bien connu, nommé Roland Bodin: «Je Jehan de Greilly, captal du Buch, de ma pure et franche voulenté, reconnois et confesse par ces présentes que, comme pieça, en la bataille qui fu decoste Coicherel en Normandie,Rolant Bodin, escuier, m’eust pris et fusse son loyal prison...»Arch. Nat., J616, nº 6. Cf.Hist. de B. du Guesclin, p. 448 à 450, 600 à 603.[216]Froissart a beaucoup surfait l’influence qu’ont pu avoir les Gascons sur l’heureuse issue de la journée du 16 mai. Nous avons prouvé ailleurs, en nous appuyant sur le témoignage très-explicite de quatre chroniqueurs contemporains, que Bertrand gagna la bataille de Cocherel, d’abord grâce à sa retraite feinte, ensuite à la faveur du mouvement tournant exécuté au dernier moment par une réserve de ses Bretons qui chargèrent en queue les Anglo-navarrais.Hist. de du Guesclin, p. 446, note 4.[217]Raymond de Montaut, seigneur de Mussidan (Dordogne, arr. Ribérac), avait prêté serment de foi et hommage au prince d’Aquitaine et de Galles, en l’église Saint-Front de Périgueux, le 13 août 1363. (Delpit,Documents français en Angleterre, p. 104). Arnaud Amanieu, sire d’Albret (auj. Labrit, Landes, arr. Mont-de-Marsan), voulant accompagner Charles V à Reims et assister à la cérémonie du couronnement du roi de France, avait placé ses gens d’armes sous la conduite du sire de Mussidan.[218]Ces détails intéressants sont empruntés à un manuscrit des Chroniques de Froissart conservé aujourd’hui à la bibliothèque de l’université de Leyde. Ce manuscrit, désigné dans notre classement des manuscrits de Froissart et dans nos variantes sous le nº 17, paraît être l’œuvre de deux copistes; mais les interpolations que nous signalons n’appartiennent qu’à l’un de ces copistes qui semble être le même que le scribe à qui nous devons les manuscrits nos6474 et 6475 de la Bibliothèque Nationale (nº 15 de notre classement). Or, le copiste de ce dernier manuscrit s’appelait Raoul Tainguy. Ce nom accuse une origine bretonne, et en effet presque toutes les interpolations, que nous avons relevées dans les deux manuscrits dont nous venons de parler, se rapportent à la Bretagne et surtout à Bertrand du Guesclin et à ses compagnons d’armes. C’est d’après le manuscrit de Raoul Tainguy, conservé à la Bibliothèque Nationale sous les nos6474 et 6475, que nous avons pu donner dans nos variantes (p. 299) la liste des principaux chevaliers bretons qui combattirent à Cocherel, et cette liste est tellement exacte, qu’on la croirait dressée d’après une montre authentique. La miniature, qui forme l’en-tête de ce manuscrit, est aux couleurs (blanc,vermeil,vertetnoir) et porte la devise (jamès) de Charles VI. Du Guesclin y est représenté avec un costume de cérémonie brodé à ses armes, debout, tête nue, tenant de la main droite son épée et de la main gauche l’épée de connétable. La physionomie du célèbre capitaine a une expression individuelle si prononcée, qu’il est impossible de n’y pas voir un portrait. On lit sur la feuille de garde du 1ervolume de ce manuscrit (nº 6474): «Ce manuscrit,échappé du château du Verger, a été envoyé par M. Marchand de la part de M. le prince de Rohan pour la bibliothèque de M. le prince de Soubise. Ce 21 avril 1779.» La terre et le château du Verger, en Anjou (auj. château de la commune de Seiches, Maine-et-Loire, arr. Baugé), avaient passé aux Rohan à la fin du quatorzième siècle par le mariage de Charles de Rohan avec Catherine du Guesclin, dame du Verger, fille unique de Bertrand du Guesclin, II du nom, marié à Isabeau d’Ancenis et neveu à la mode de Bretagne du connétable qui lui avait légué par testament, le 10 juillet 1380, deux cents livres de rente assises sur sa seigneurie de Sens. Il y a lieu de croire par conséquent que le manuscrit provenant du Verger, et dont l’écriture trahit la fin du quatorzième siècle ou les premières années du quinzième, a appartenu à Catherine du Guesclin. Le manuscrit de la bibliothèque de Leyde, qui est aussi en grande partie l’œuvre de Raoul Tainguy, provient de la même région que son congénère de la Bibliothèque Nationale, car on y lit ces mots en marge, à la partie supérieure du premier feuillet: «Premier volume de l’histoire de messire Jehan Froissartachepté à Angerspar moi C. (Claude) Fauchet l’an 1593; fut relié à Tours; me cousta 5 livres 2 sous en tout.» Raoul Tainguy a farci le texte de Froissart, dans le manuscrit de Leyde, d’interpolations qui n’ont pas une saveur bretonne moins prononcée que celles du manuscrit de la Bibliothèque Nationale. Le chroniqueur de Valenciennes nomme-t-il, par exemple, les principaux aventuriers qui accompagnèrent le prince de Galles en Espagne, Tainguy ajoutera à cette liste le nom d’un de ses compatriotes qu’il désignera ainsi: «Maleterre, breton, nez de Saint Melair lez Cancalle où sont les bonnes oestres.»Ms. de la bibliothèque de l’université de Leyde, fonds Vossius, nº 9, fº 344 vº.[219]Baudouin de Lens, sire d’Annequin (Pas-de-Calais, arr. Béthune, c. Cambrin), était depuis dix ans le fidèle compagnon d’armes de Bertrand du Guesclin avec lequel il avait organisé des joutes à Pontorson dès 1354 (Hist. de du Guesclin, p. 122, note 2). Environ trois semaines avant Cocherel, le 25 avril, Baudouin, sire d’Annequin, avait donné quittance de 1088 francs d’or qui lui avaient été assignés «pour certain service par lui fait ou roy nostre dit seigneur devant Rolleboise.»Bibl. Nat., Quittances, XV, nº 7.[220]Charles V donna vers 1366, les château et seigneurie de Tillières (auj. Tillières-sur-Avre, Eure, arr. Évreux, c. Verneuil) à Gui le Baveux, seigneur de Longueville, «en recompensedece qu’il avoit fait prisonnier en la bataille proche Cocherel Guillaume de Gauville, ennemi du roi.»Arch. Nat., J217, nº 23.[221]A la liste des prisonniers de Cocherel on peut ajouter Geffroi de Roussillon pris par Amanieu de Pommiers, l’Anglais Robert Chesnel par Gaudry de Ballore (Arch. Nat., sect. jud., X1a19,fos300 et 301), le Navarrais Pierre d’Aigremont, capitaine du Bois-de-Maine, par un écuyer du diocèse de Quimper (Bibl. Nat., ms. lat. nº 5381, II, 175), Jacques Froissart, secrétaire du roi de Navarre (Bibl. Nat., Quittances, XV, 211), Jean de Trousseauville, cher(Ibid., XV, 258), Colin de Fréville, écuyer (Arch. Nat., JJ146, nº 364), Jean de Launoy, bourgeois d’Évreux (JJ116, nº 111,), enfin Baudouin de Bauloz, Jean Gansel, Lopez de Saint-Julien, capitaines navarrais d’Anet, de Livarot et de Saint-Sever (Arch. Nat., J381, nº 3).[222]Eure, arr. et c. Louviers. En 1364, Acquigny était au pouvoir des Navarrais.Bibl. Nat., Quittances, XV, 264.[223]Vernon avait été cédé par le dauphin régent le 21 août 1359, en échange de Melun, à la reine Blanche de Navarre, veuve de Philippe de Valois, ainsi que Vernonnet, Pontoise, Neaufles, toute la vicomté de Gisors à l’exception de la ville et du château, Neufchâtel et Gournay. Blanche, sœur de Charles le Mauvais, était toute dévouée à son frère; et, s’il faut en croire le Cauchois Pierre Cochon, la châtelaine de Vernon, trompée par la feinte de Bertrand, se hâta trop de fêter la victoire du captal de Buch: «Si avint que messire Bertran se retray et fist passer ses sommages oultre la rivière (d’Eure). Les nouvelles vindrent à la royne Blanche que les Franchois estoient desconfits et, celles nouvelles oyes, menestriex commenchèrent à corner, et dames et damoiselles à danser et demener si grant joye que nul ne le peust penser. Et tantost après, en mainz de deux hores, oïrent autres nouvelles. De quoy les vielles furent mises soubz le banc et fu la grant joye tournée à grant plor. Et avoit la dite roine une grant huche toute plaine de linges, robes et de chausses semellées à poulaine, qui couroient pour le temps, à leur donner après la bataille; et pour ce que le roy de Franche oy parler de celle grant joye et que Vernon estoit trop entre les forteresches des Navarrois, elle fu mise hors.»Chronique Normande de P. Cochon, publiée par M. Charles de Beaurepaire, Rouen, 1870, p. 111 et 112.—Il est certain, en effet, que presque tous les actes, émanés de la chancellerie de la reine Blanche postérieurement à la bataille de Cocherel, sont datés de son château de Neaufles (aujourd’hui Neaufles-Saint-Martin, Eure, arr. les Andelys, c. Gisors).Bibl. Nat., Quitt.,XV(voir p.59-64-71), 167, 218.[224]Charles V reçut la nouvelle de la victoire de Cocherel la veille de son sacre, le samedi 18 mai, deux jours après la bataille, au moment où il arrivait aux portes de Reims. Cette nouvelle lui fut apportée par deux messagers, l’un, Thomas Lalemant, son huissier d’armes, à qui il assigna en récompense 200 livres parisis de rente (Arch. Nat., JJ96, nº 372), l’autre Thibaud de la Rivière, écuyer breton de la Compagnie de du Guesclin, qu’il gratifia de 500 livres tournois de rente (Catalogue Joursanvault, I, 6, nº 33; 309, nº 1710).[225]Quoique Philippe eût été créé duc de Bourgogne par le roi Jean à Germigny-sur-Marne dès le 6 septembre 1363, Charles V continua de donner à son plus jeune frère le titre de «duc de Touraine» jusqu’au 2 juin 1364, jour où il se décida à confirmer au profit de Philippe la donation du duché de Bourgogne faite par son père (dom Plancher,Hist. de Bourgogne, II, Preuves,CCLXXVIII). Une particularité que tous les historiens semblent avoir ignorée, c’est que Charles V, par acte daté de son château du Goulet, le 18 avril 1364, dut promettre à son second frère Louis, duc d’Anjou, qu’au cas où il viendrait à avoir des héritiers mâles légitimes aptes à lui succéder sur le trône, il donnerait à perpétuité à son dit frère le duché de Touraine, tant la citéetle château de Tours, que toutes les autres appartenances de ce duché.Arch. Nat., J375, nº 3.[226]Pierre de Sacquenville fut exécuté à Rouen entre le 27 mai et le 13 juin 1364. Le 13 juin 1364, Charles V donna à son amé et féal cheret chambellan Pierre de Domont les châteaux, forteresses ou manoirs de Sacquenville (Eure, arr. et c. Évreux) et de Bérengeville ainsi que les terres, situées en Brie et en Champagne, confisquées sur Pierre de Sacquenville, «comme il se feust mis en la bataille du captal de Buch pour le roy de Navarre, ennemi de nous et de notre royaume, contre noz bons et loyaux chevaliers et subgiez et en ycelle bataille, à la desconfiture du dit captal et sa compaignie, le dit Pierre ait esté pris et, comme traitre de nous et de nostre royaume,amené en noz prisons en nostre ville de Rouen et illeucques pour ses demerites executez(Arch. Nat., JJ96, nº 116). A la même date, les châteaux ou manoirs de Corvail et de Couvay, confisqués comme les précédents sur feu Pierre de Sacquenville, furent donnés à Jean de Gaillon, sire de Grosley.Ibid., nº 118.[227]Au commencement du mois de septembre 1364, la belle reine Jeanne d’Évreux, veuve de Charles le Bel, dame de Château-Thierry, qui nourrissait un sentiment tendre pour le captal de Buch, obtint du roi que le vaincu de Cocherel reviendrait tenir prison à Paris.Hist. de du Guesclin, p. 600 à 603.[228]Du 14 juillet au 20 août, Mouton, sire de Blainville, capitaine pour le roi au diocèse de Rouen par deçà Seine, alla assiéger Acquigny, à la tête d’une troupe qui comprenait à la fin du siége 44 chevaliers, tant bannerets que autres, et 105 écuyers (Bibl. Nat., Quitt.,XV, 49, 53). Mouton leva au commencement de septembre le siége d’Acquigny pour aller avec le duc de Bourgogne sur les bords de la Loire renforcer le siége mis par les Français devant la Charité.[229]L’une de ces forteresses, situées entre Loire et Allier, était encore occupée en 1367 par un routier navarrais nommé le bour Camus. Nous voulons parler de Beauvoir qu’il nous est impossible d’identifier même d’une manière dubitative, ainsi que l’a fait M. Chazaud (La Chronique du bon duc Loys de Bourbon, p. 16, note 2), avec Beauregard. Beauvoir est aujourd’hui un château de Saint-Germain-Chassenay, Nièvre, arr. Nevers, c. Decize. Ce lieu fort était tombé de bonne heure au pouvoir des Compagnies, car dès 1358 Pierre de Chandio, châtelain de Decize pour le comte de Flandre et de Nevers, faisait réparer le pont-levis du château confié à sa garde, «pour obvier à la male volenté des Englois qui tenoient plus de cent forteresses... Droy,Beauvoir, Vitry, Isenay, Saint Gracien sur Allier,... lesquelz plusieurs fois se misent en essey de eschaler, embler et prendre la ville et le chastel de Decize.»Arch. de la Côte d’Or, B4406;Invent., II, 112.—La reddition de Beauvoir et la prise du bour Camus par les gens du duc de Bourbon durent avoir lieu après décembre 1367 (Ibid., B5498;Invent., II, 273).—Un peu au nord-est de Beauvoir, sur la rive droite de la Loire, les Compagnies anglo-navarraises tenaient à la même époque le château de Montécot dont les ruines informes se voient encore à Sémelay, Nièvre, arr. Château-Chinon, c. Luzy. L’identification, faite par M. Chazaud, de Montécot avec Montesche nous paraît inadmissible.La Chronique du bon duc Loys de Bourbon, p. 16, note 3.[230]La date de l’occupation de la Charité-sur-Loire (Nièvre, arr. Cosne), qui n’a été donnée jusqu’à ce jour d’une manière un peu précise par aucun historien, doit être fixée au mois d’octobre 1363. Cela résulte d’une lettre de rémission accordée par Charles V en janvier 1367 (n. st.) à Jeannet Sardon ou Sadon, de la Charité-sur-Loire, «comme, en la fin du moys de septembreen l’anMCCCLXIII, le fort de la tour de Bèvre (auj. château de Germigny, Nièvre, arr. Nevers, c. Pougues, sur la rive droite de la Loire, à peu près à égale distance de Nevers au sud et de la Charité-sur-Loire au nord) eust esté et fust prins par aucuns Angloiz, noz enemiset cellui an la ville de la Charité dessus dicte eust esté et fust ou moys d’octobre ensuivant prinse par autres Angloiz, Gascons et autres gens de Compaignie, eulx portans pour lors noz enemis, lesquelles forteresses, ainsin prises, furent detenues et occupées par noz diz ennemisbien par l’espace de sèze ou dix et sept moys ou environ: durant lequel temps, le dit Sardon, qui pour l’empeschement de noz diz enemis ne povoit demourer en la dicte ville de la Charité, demoura en la ville de Sancerre en l’ostel et ou service de Estienne de Heriçon, bourgois du dit lieu de Sancerre, son oncle. Si advint que par pluseurs foys les diz enemis furent et vindrent en la dicte ville de Sancerre, tant pour traictier de finances ou raençons d’aucuns de leurs Compaignons qui prins y furent par pluseurs intervalles par nostre amé et feal le conte de Sancerre et sez frères et par leurs genz qui contre yceulx enemis firent moult honorable et loyal guerre et leur portèrent très grans domaiges, si comme l’en dit, comme pour traictier de la raençon de pluseurs personnes du pays que les enemis y tindrent prisonniers par devers eulx. Et mesmement les diz enemis, tenans la dicte ville de la Charité, furent et repairèrent pluseurs foiz en la dicte ville de Sancerre pour traictier de la delivrance de la dicte Charité, duquel traictié le dit conte fu par aucune partie du temps chargié, si comme l’en dit, auxquielz enemis, tant pour ce que il fussent plus favorables et gracieux à la delivrance de leurs prisonniers et à passer et consentir lez traictiez de la dicte delivrance de la Charité et afin de apaisier leurs malvaises et dures volentez et que il n’ardissent les maisons et manoirs du dit Sadon et du dit Estienne son oncle, ycellui Sadon tint aucune foiz compaignie en la dicte ville de Sancerre et leur vendi et delivra vins, advenes et autres choses, et merchanda avec eulx de chevaulx et d’autres choses, tant pour lui et pour le dit Estienne son oncle comme pour le traictié et delivrance d’aucuns prisonniers qui prins furent ou temps dessus dit, tant en la dicte tour de Bèvre comme en la dicte ville de la Charité...»Arch. Nat., JJ97, nº 638, fº 178.[231]Auj. hameau de Péronville, Eure-et-Loir, arr. Châteaudun, c. Orgères. Les ruines du fort de Marchelainville sont encore marquées sur la carte de Cassini. La forme de ce nom de lieu, dans les divers manuscrits de Froissart, estMarceranville,Marcerainville,Macerenville,Macheranville(p. 139, 315). M. de Barante (Hist. des ducs de Bourgogne, éd. de Bruxelles, 1837, I, 74) a identifié la forteresse ainsi désignée avec Marchéville (Eure-et-Loir, arr. Chartres, c. Illiers), mais cette identification ne soutient pas l’examen.[232]Château situé à Chilleurs-aux-Bois, Loiret, arr. et c. Pithiviers. Les ruines de ce lieu fort sont, comme celles de Marchelainville, marquées sur la carte de Cassini. Par acte daté de Paris en septembre 1367, Charles V octroya une lettre de rémission à Thibaud de Grassay, écuyer, seigneur de Tremblevif (Loir-et-Cher, arr. Romorantin, c. Salbris) qui «en l’anLXIII, environ la Saint Denis (9 octobre), avait fortifié l’église de ce village, s’y ravitaillant aux dépens du plat pays des environs et employant le produit de ses rapines à mettre la dite église en état de résister aux attaques des Compagnies, «excepté une queue de vin que ycellui suppliant vendi pour faire couvrir un jaque,quant il ala servir nostre très cher et très amé frère le duc de Bourgoigne quant il fu devant le fort de Chameroles...»Arch. Nat., JJ97, nº 413, fº 106.—D’après le récit de Froissart, le fort de Chamerolles devait être situé dans le voisinage de Marchelainville. M. de Barante s’est donc trompé en voulant reconnaître dans le premier de ces deux forts un «Camerolles» qu’il faudrait aller chercher à mi-chemin de Montargis et de Gien et un peu à l’est de ces deux villes (auj. hameau de Châtillon-sur-Loing, Loiret, arr. Montargis).[233]Vers le milieu de 1364, le château de Dreux n’était plus depuis longtemps au pouvoir des Compagnies, et nous révoquons en doute jusqu’à preuve du contraire cette partie du récit de Froissart. Quant à Preux, que M. de Barante a transformé en Preuil, nous ne connaissons aucun lieu fort de ce nom en Beauce, dans le pays chartrain ou le Perche.[234]On peut lire à volonté dans lesmanuscritsde FroissartConnai,Connay,CouvaiouCouvay. Nous avons préféré la formeCouvai, nom de lieu qui s’est conservé en composition dans Crécy-Couvé, Eure-et-Loir, arr. et. c. Dreux. Quoi qu’il en soit, l’identification faite par M. de Barante duCouvaide Froissart avec unConneray, nom de lieu qui nous est inconnu (serait-ce Connerré, Sarthe, arr. le Mans, c. Montfort?), cette identification est tout à fait inadmissible: le temps et l’usage contractent souvent les formes, mais ne les allongent jamais, surtout à l’intérieur des mots. V.Hist. des ducs de Bourgogne, I, 75.[235]Une montre publiée par dom Plancher (Hist. de Bourgogne, III, 556) nous fait connaître les principaux chevaliers qui servirent en Beauce sous le duc de Bourgogne. On y distingue le comte de la Marche, Simon, comte de Braine, Jean le Maingre, dit Boucicaut, maréchal de France, Enguerrand, sire de Coucy, Amauri, sire de Craon, Antoine, sire de Beaujeu, Jean de Vienne et Robinet de Chartres, écuyer. Philippe, duc de Bourgogne, dut quitter la Beauce, pour se rendre à la cour du roi son frère, du 10 au 24 août 1364, car c’est entre ces deux dates que Charles V fit un séjour en Brie, soit à Crevecœur, soit à Vaux, soit à Crécy. L. Delisle,Mandements de Charles V, p. 31 à 33, nos66 à 70.—Cette campagne du duc de Bourgogne en Beauce fut entreprise presque au lendemain de la victoire de Cocherel, dans le courant de juin 1364. Du Guesclin semble avoir été chargé au début de la direction générale des opérations. Dans deux quittances de Renier le Coutelier, vicomte de Bayeux et trésorier des guerres, en date des 15 et 24 juin, Bertrand est qualifiécapitaine général de la province de Rouen et du bailliage de Chartres ou encore lieutenant du roi entre Loire et Seine(Bibl. Nat., Quitt.,XV, 29, 34). C’est seulement dans la dernière semaine de juin que le comte de Longueville fut envoyé en Basse Normandie contre les Navarrais (La Roque,Hist. de la maison de Harcourt, IV, 2300). Bertrand était à Caen le 21 juin (Bibl. Nat., ms. fr. nº 22469, fº 77); il assiégeait Valognes le 9 juillet (Arch. Nat., JJ98, nº 210) et, le 11, il avait pris cette ville (Ibid., JJ108, nº 329). Le 24, il était de passage à Saint-Lo (Ibid., JJ96, nº 429). Il allait renforcer la petite armée qui, dès le 12 juillet, avait mis le siége devant Échauffour (Orne, arr. Argentan, c. Merlerault), sous les ordres du maréchal de la Ferté, de Pierre, seigneur de Tournebu, et de Guillaume du Merle, seigneur de Messey. Les machines des assiégeants lancèrent 2960 pierres, et les assiégés ne se rendirent qu’au bout de 42 jours. (Bibl. Nat., ms. fr. nº 4987, fº 91; Quittances,XV, nº 723.[236]Philippe, alors duc de Touraine, avait lancé les Compagnies sur le comté de Bourgogne dès le mois de décembre 1363. La comtesse Marguerite avait appelé sous les armes la noblesse comtoise, après avoir fait rompre le pont d’Apremont (Haute-Saône, arr. et c. Gray); et le comte de Montbéliard et Jean de Neufchâtel, neveu du comte, s’étaient mis à la tête de cette noblesse. Le 25 juillet 1364, Ancel de Salins avait signé à Villers-Farlay un traité de paix avec le duc au nom de la comtesse; mais le comte de Montbéliard et son neveu avaient refusé d’y souscrire. A la fin du mois de septembre suivant, apprenant que le comte de Montbéliard, à la tête de quinze cents lances recrutées en Alsace et en Allemagne, s’était avancé jusqu’à Châtillon-sur-Seine, le duc de Bourgogne s’était mis à sa poursuite avec l’Archiprêtre et l’avait forcé à chercher un refuge en Alsace, où Arnaud de Cervolle alla porter le ravage, ainsi que dans les comtés de Bourgogne et de Montbéliard. Finot,Recherches, p. 92.[237]Robert, dit Moreau, sire de Fiennes.[238]La première rédaction (p. 145, lignes 4 et 5) dit que ces maréchaux étaient Boucicaut et Mouton, sire de Blainville. Boucicaut était en effet maréchal de France et il prit part au siége de la Charité. Quant à Jean de Mauquenchy, dit Mouton, sire de Blainville, il assista aussi à ce siége, à la fin de septembre et dans les premiers jours d’octobre (Bibl. Nat., Quitt.,XV, 66, 95), et il y eut plusieurs chevaux tués et affolés (Delisle,Mandements de Charles V, p. 48, nº 93); mais il ne fut fait maréchal de France que le 20 juin 1368 (Anselme,Hist. généal., VI, 756). La seconde rédaction (p. 321) substitue Arnoul, sire d’Audrehem, à Mouton, sire de Blainville.[239]Philippe, duc de Bourgogne, avait mis le siége devant le fort de Moulineaux (auj. hameau de la Bouille, Seine-Inférieure, arr. Rouen, c. Grand-Couronne) à la fin d’août et dans les premiers jours de septembre.Le 8 septembre, Guillaume de Calletot, cher, était envoyé avec un autre chevalier, quinze hommes d’armes et deux archers étoffés «en l’aide de très excellent et puissant prince mgrle duc de Bourgoignequi a mis un siège devant le fort de Moulineaux.»Bibl. Nat., Quitt., XV, 54 à 57.—Rappelé par l’invasion des Compagnies sur les frontières de son duché, Philippe quitta précipitamment la Normandie et n’arriva devant la Charité qu’à la fin de septembre, car nous avons une lettre de Philippe adressée à Jacques de Vienne, son lieutenant dans le Lyonnais, et datée deCosne-sur-Loire, le lundi 30 septembre(dom Plancher,Hist. de Bourgogne, II, 300). D’un autre côté, le mandement de Charles V mentionnant la présencedevant la Charitéde Mouton, sire de Blainville, «en la compaignie de nostre très chier et amé frère leduc de Bourgoigne», est du 7 octobre 1364.[240]Quoi qu’en dise Froissart, il est presque impossible d’admettre que du Guesclin ait pu assister au siége de la Charité. Le 20 août 1364, le nouveau comte de Longueville, sire de Broons et de la Roche Tesson, chambellan du roi, s’intitulait encore «lieutenant général enNormandie» dans une quittance de cent francs d’or de l’argenterie du roi délivrée à Renier le Coutelier (Bibl. Nat., dép. des mss., Titres originaux, au motdu Guesclin). Peu avant le 20 septembre, Charles V donnait l’ordre d’annuler les assignations de deniers faites antérieurement à Bertrand sur les receveurs de Chartres, d’Évreux, de Lisieux de Séez, de Bayeux, de Coutances et d’Avranches (Bibl. Nat., Quitt., XV, 62); et cette annulation serait inexplicable, s’il fallait admettre avec Froissart que du Guesclin servait alors le roi de France devant la Charité. Le 29 septembre suivant, le vainqueur de Cocherel prenait part à la bataille d’Auray. Entre ces deux dates, on voit qu’il ne reste pas de place pour un voyage à la Charité et le retour en Bretagne.[241]Dès le commencement de juillet 1364, Mouton, sire de Blainville, avait mis le siége devant Évreux (Bibl. Nat., Quittances, XV, 53). Au mois deseptembresuivant, Charles V accorda une lettre de rémission à Jean le Rebours, doyen, vicaire et official d’Évreux, partisan du roi de Navarre, «à la requeste de Hue de Chastillon, maistre de nos arbalestriers (nommé en remplacement de Baudouin, sire d’Annequin, tué à Cocherel), de Jean, sire de la Rivière et de Preaux, nostre chambellan, et de Mouton, sire de Blainville, nostre conseiller,qui ont esté et sont de par nous à siége devant la dicte ville.»Arch. Nat., JJ96, nº 256, fº 85 vº.—Les Français avaient déjà levé le siége d’Évreux en octobre, cardans le courant de ce moisle roi octroya une lettre de rémission à Jean Quieret, seigneur de Fransu, chevalier, et à Godefroi de Noyelle, écuyer, considéré que «dicti miles et Godefriduscoram civitate Ebroycensiin comitiva dilecti et fidelis militis et cambellani nostri Johannis de Ripariafuerunt...»Arch. Nat., JJ96, nº 294, fos93 et 94.[242]En 1364, Jean de Chalon, IV du nom, fils aîné de Jean de Chalon, III du nom, comte d’Auxerre et de Tonnerre, prenait le titre de comte d’Auxerre concurremment avec son père, quoique celui-ci, prisonnier non racheté des Anglais, fût encore vivant. Le père Anselme (Hist. généal., VIII, 419) se trompe en faisant mourir Jean III avant 1361.Bibl. Nat., Clairambault, xxvii, 1993.[243]Louis de Navarre, frère de Charles le Mauvais, arriva en Normandie, non pas, comme le dit Froissart, après la mort de Philippe de Navarre, comte de Longueville, décédé dès le 29 août 1363, mais après la défaite du captal de Buch à Cocherel, vers le milieu du mois d’octobre 1364. Le premier acte que nous connaissions, qui atteste l’arrivée et la présence de Louis de Navarre en Normandie, est datéde Mortain le 21 octobre 1364; Louis, comte de Beaumont le Roger, prend dans cet acte le titre delieutenant du roi de Navarre en France, Normandie et Bourgogne(Bibl. Nat., Quitt., XV, 92). D’autres actes, émanés de Louis de Navarre, sont datés de Cherbourg le 31 octobre (Ibid., nº 99), de Bricquebec, le 2 novembre (Ibid., nº 104), de Valognes, le 16 novembre (Ibid., nº 110), d’Avranches, le 16 décembre 1364 (Ibid., nos113 et 114), d’Évreux, le 14 février 1365 (Ibid., nº 136), de Pontaudemer, le 19 février (Ibid., nº 138), d’Évreux, le 22 mars (Ibid., nº 151), de Cherbourg, le 10 avril (Ibid., nº 156), les 12 et 20 août (Ibid., nos195, 197), de Bricquebec, le 4 novembre (Ibid., nº 226), de Cherbourg, le 13 novembre (Ibid., nº 232), de Gavray, le 24 novembre (Ibid., nº 238), de Bricquebec, les 11 et 12 décembre (Ibid., nos245, 246), de Gavray, le 19 décembre (Ibid., nº 251), d’Avranches, le 20 décembre 1365 (Ibid., nº 252).[244]Ce ne fut point, comme Froissart le dit par erreur, pour les enrôler au service de Charles de Blois, que le roi de France rappela les gens d’armes envoyés devant la Charité, car le retour de ces gens d’armes est postérieur à la bataille d’Auray. Cette bataille se livra le 29 septembre, et à cette date, Mouton, sire de Blainville, par exemple, n’était pas encore revenu du siége de la Charité, puisque l’on fut obligé, «en l’absence de ce chevalier, capitaine pour le roy ès cité et diocèse de Rouen», de confier la défense du pays à Regnault des Illes, bailli de Caux (Bibl. Nat., Quitt., XV, 66). Traqué à outrance sur tous les points de la Normandie depuis la journée du 16 mai 1364, le parti navarrais essaya dans le courant de septembre de mettre à profit le départ du duc de Bourgogne et du sire de Blainville pour la Charité, de Bertrand du Guesclin pour la Bretagne; il crut que les circonstances étaient favorables pour regagner le terrain perdu depuis Cocherel. Les choses en vinrent à ce point que l’on craignit un instant que le clos des galées de Rouen, ce grand arsenal de la France au quatorzième siècle, ne tombât au pouvoir des Navarrais qui occupaient Moulineaux; et l’on mit sur pied en toute hâte douze hommes d’armes, vingt arbalétriers et archers chargés spécialement de la défense de ce clos (Bibl. Nat., Quitt., XV, 58). C’est pour ces motifs que Charles V rappela ses gens d’armes de la Charité et que, comme nous le montrerons dans une des notes du chapitre suivant, il dut voir avec un certain déplaisir Bertrand du Guesclin interrompre une campagne signalée par tant de succès et laisser la Normandie à peu près sans défense pour aller en Bretagne mettre l’épée du vainqueur de Cocherel au service de Charles de Blois.[245]Le duc de Bourgogne, après le siége de la Charité, ne retourna pas en France. Le 26 novembre 1364, il fit son entrée solennelle à Dijon en compagnie de son frère le duc d’Anjou. Au mois de janvier de l’année suivante, il entreprit une expédition contre les Compagnies qui ravageaient la Champagne et assiégea Nogent-sur-Seine. Dom Plancher, III, 13, 557, 568.CHAPITRE LXXXIX[246]Du Guesclin, en allant mettre son épée au service de Charles de Blois, à la fin de septembre 1364, semble avoir obéi bien plutôt à l’inspiration de la fidélité et du dévouement qu’aux ordres du roi de France. Charles V, en effet, put être contrarié de voir le vainqueur de Cocherel s’éloigner de la Normandie au moment où le parti navarrais, réduit à la défensive depuis la journée du 16 mai, tendait à reprendre l’offensive et redoublait d’audace dans toutes les parties de cette province. Quoi qu’il en soit, il est certain que, dès les premiers jours d’août 1364, le roi de France fit tous ses efforts pour prévenir le conflit et dépêcha auprès des deux compétiteurs Pierre Domont, l’un de ses chambellans et Philippe de Troismons, l’un de ses conseillers, commis pour «aller devers le duc de Bretagne et le comte de Montfort pour certaines choses touchans l’onneur et proufit du royaume.»Bibl. Nat., Quitt., XV, 46; cf. les nos41 et 47.—Et lorsque les hostilités furent sur le point d’éclater, lorsque Bertrand eut quitté la Normandie pour aller rejoindre le prince au service duquel il avait fait ses premières armes, Charles V n’eut rien de plus pressé que de casser aux gages le chevalier breton, comme le prouve un curieux mandement des trésoriers généraux des aides, en date du 20 septembre 1364, dont le texte est signalé et publié ici pour la première fois: «De par les generauls tresoriers. Jehan l’Uissier, nous vous mandons que des deniers de vostre recepte vous paiez et delivrez à Rollant Fournier, notaire du Chastellet de Paris, pour l’escripture de sept paires de lettres de vidimus du dit Chastellet faisans mencion des lettres du roy nostre sire encorporées ès diz vidimus, par lesquelles le roy nostre dit seigneur rappelloit l’assignacion faicte à monseigneur Bertran du Glesquin, conte de Longueville, sur les esleuz et receveurs de Chartres, d’Évreux, de Lisieux, de Sées, de Baieux, de Coustances et d’Avranches: pour chascune lettre, iii sous parisis valentXXIsous parisis. Et, par rapportant ceste presente cedule avecques lettres de quittance sur ce du dit notaire, la dicte somme de xxi sous parisis sera allouée en voz comptes sanz aucun contredit. Escript à Paris leXXejour de septembre l’an mil ccclxiiii.»Bibl. Nat., Quitt., XV, nº 62.—Quand on connaît cet acte, il est impossible d’admettre avec Froissart que du Guesclin ait fourni à Charles de Blois un renfort de mille lances. Sans doute, Bertrand ne put guère amener en Bretagne que sa compagnie proprement dite, composée surtout de ses parents ou alliés de Bretagne et de Normandie. L’un de ces derniers, Robert de Brucourt, cher, seigneur de Maisy (Calvados, arr. Bayeux, c. Isigny), marié à Alice Paynel, fut fait prisonnier à Auray par un homme d’armes anglais nommé Thomas Caterton. Celui-ci exigea une rançon de quatorze mille francs. Robert de Brucourt, se trouvant hors d’état de payer cette somme, l’emprunta à Bertrand du Guesclin, son cousin, auquel il dut engager toutes ses terres et seigneuries à titre hypothécaire.Arch. Nat., JJ109, nº 427.[247]Au mois d’août 1364, Charles de Blois ne se trouvait pas à Nantes, mais à Guingamp; et Cuvelier est beaucoup plus exact que Froissart dans les deux vers suivants:/* Tout droit à une ville, qui nommée est Guinguans, Fu faite la semonce des hardiz combatans. *//* (Vers 5412 et 5413.) */[248]Charles de Blois, partant de Guingamp pour aller au secours d’Auray assiégé par Montfort, se serait détourné de son chemin en passant par Rennes, et il n’avait garde de suivre l’itinéraire indiqué par Froissart. Il fit sa première et principale étape à Josselin, où les contingents qui n’avaient pas rallié Guingamp vinrent le rejoindre. Cuvelier,Chronique de Bertrand du Guesclin, édit. de Charrière, I, 203, vers 5467 et 5476.[249]Froissart travaillait sans avoir sous les yeux aucune carte des pays où se sont passés les événements qu’il raconte dans ses Chroniques. Aussi sa géographie est-elle très défectueuse, surtout quand il s’agit de régions où l’infatigable narrateur n’avait pas été conduit par son humeur curieuse ou les hasards de sa vie errante. Personne n’ignore que la distance qui sépare Rennes d’Auray est, non pas de huit, mais de plus de vingt lieues.[250]Nous avons dit, dans une des notes précédentes, que Charles de Blois avait fait sa première halte à Josselin (Morbihan, arr. Ploërmel). La distance de Josselin à Auray (Morbihan, arr. Lorient) est de douze à quinze lieues. L’étape suivante se fit, pendant la nuit du vendredi 27 au samedi 28 septembre, dans la lande de Lanvaux (à 3 kil. au N. de Rochefort, entre la rivière d’Arz et le cours de la Claie). Un témoin qui déposa en 1371 dans l’enquête pour la canonisation de Charles de Blois «... vidit semel dictum dominum Carolum de Blesiis, dum ibat ad conflictum de Aurroyo in quo fuit mortuus, jacentem in abbatia de Longis Vallibus supra quamdam sargiam, præcinctum ad carnem quadam corda.»Bibl. Nat., ms. lat., nº 5381, t. II, fº 158. Cf. Cuvelier, vers 5760 et 5761.[251]A la nouvelle de l’approche de Charles de Blois, Jean de Montfort, qui venait de s’emparer d’Auray, abandonna ses positions et vint occuper, sur la rive droite du Loch, les hauteurs de la Forêt et de Rostevel, dans les environs de la gare actuelle d’Auray. La rivière seule le séparait des Franco-Bretons campés dans le bois de Kermadio. Ces détails topographiques, extraits d’une chronique inédite de la Chartreuse d’Auray conservée à l’abbaye de Solesmes, sont empruntés à un très-intéressant mémoire de dom François Plaine intitulé:La journée d’Auray d’après quelques documents nouveaux. Mémoires de l’association bretonne, Saint-Brieuc, 1875, in-8º, p. 87 et 88.[252]Après avoir passé la nuit du 27 au 28 septembre dans la lande de Lanvaux, l’armée de Charles de Blois s’était remise en marche le samedi 28 par Plumergat (Morbihan, arr. Lorient, c. Auray). En peu d’heures, on atteignit Keranna, aujourd’hui Sainte-Anne, et ensuite les bois de Kermadio, sur la rive gauche du Loch; mais il n’y eut qu’une partie des troupes à s’avancer si loin: le reste de l’armée s’échelonna entre le manoir de Kermadio et les moulins du duc en Trevalleray. Dom François Plaine,Mém. de l’association bretonne, p. 88.[253]Ce même nombre de quatre mille donné approximativement par le P. Péan de Quélen (dom Morice,Preuves de l’histoire de Bretagne, II, 11), par Cuvelier (vers 5758), par Guillaume de Saint-André (vers 1129) confirme sur ce point la version de Froissart. Il paraît y avoir eu beaucoup de recrues dans les rangs des Franco-Bretons (Bibl. Nat., ms. lat. nº 5381, t. I, fº 109), et Cuvelier mentionne parmi les champions du duc de Bretagne un jeune damoiseau qui n’avait pas quinze ans: «Chevaliers fu là faiz, n’ot pas quinze ans passez.» Vers 5915.[254]Le saint et le héros sont si intimement fondus en la personne de Charles de Blois qu’il est impossible de les distinguer: «Carolus, antequam iret ad conflictum de Aurroyo in quo mortuus fuit, adeo infirmus fuerat per septem septimanas quod se sustinere non poterat; sed illa infirmitate non obstante, ipse semper super straminibus, ut præfertur, jacebat. Et dum per istum et alios cubicularios suos reprehendebatur pro eo quod ad conflictum ire volebat in tali debilitate, ipse dicebat: «Ego ibo defendere populum meum: placeret modo Deo quod contentio esset solum inter me et adversarium meum, absque eo quod alii propter hoc morirentur!»Bibl. Nat., ms. lat. nº 5381, fº 175.[255]S’il fallait accepter les données de Froissart, l’effectif de l’armée de Montfort ne se serait élevé qu’à environ trois mille deux cents combattants. L’auteur de laChronique des quatre premiers Valois, le plus exact des chroniqueurs du quatorzième siècle, fait remarquer en effet que les Franco-Bretons avaient l’avantage du nombre: «Et avoit monseigneur Charles de Bloiz plus grant nombre de gent que n’avoit le conte de Montfort.» Guillaume de Saint-André, dont on a le droit, il est vrai, de suspecter le témoignage, ne donne à Montfort que dix-huit cents hommes: «Montfort n’est que à dix huit cens.» vers 1130. Si l’on excepte Olivier de Clisson et la clientèle de ce grand seigneur, Montfort n’avait pour ainsi dire sous ses ordres que des Anglais. Or, les contingents disponibles des garnisons anglaises de la Bretagne et du Poitou ne pouvaient guère dépasser deux mille ou deux mille cinq cents combattants.[256]On lit dans Froissart: «le samedi 8 octobre.» Il y a là deux erreurs. En 1364, le 8 octobre tomba un mardi, et non un samedi, et la veille de la bataille d’Auray doit être rapportée, non au 8 octobre, mais au samedi 28 septembre.[257]Cet épisode est purement romanesque. Le comte de Montfort venait de s’emparer de la ville et avait forcé la garnison du château d’Auray à capituler, lorsque Charles de Blois arriva pour faire lever le siége de cette forteresse.[258]C’est Charles de Blois, et non Jean Chandos, qui rompit définitivement les négociations. Les capitaines anglais, dont Montfort n’était que l’instrument, voulaient conserver le droit de lever des rançons sur la Bretagne pendant cinq années. Le mari de Jeanne de Penthièvre aima mieux courir les chances d’une bataille que de laisser ses sujets en butte à de telles vexations. Cela résulte de l’affirmation d’un témoin oculaire, Geoffroi de Dinan, cher, qui déposa sous la foi du serment, en 1371, dans l’enquête pour la canonisation de Charles de Blois: «... Die conflictus prædicti de Aurroyo, dum ipse (Carolus de Blesiis) cum suis gentibus armorum paratus fuisset ad bellum in campo contra adversarios suos etiam ex adverso paratos contra ipsum, perlocutum fuit de tractatu habendo cum ipso ex parte dictorum adversariorum suorum, dummundo ipsi haberent redemptiones a popularibus sui ducatus usque ad quinquennium, prout antea de facto habuerant. Et cum nobiles viri dominus de Ruppeforti et vicecomes Rohanni, presentes ibidem in armis et de parte ipsius existentes, tractatui hujusmodi consentirent, dicens dictus dominus de Ruppeforti quod, quantum in ipso erat, prædiligebat summam triginta milium librarum levari et exigi a subditis suis, quam ipsa die debellare; ac dixit presenti testi quod ipse iret ad dictum dominum Carolum et sibi diceret quod melius sibi foret permittere hujusmodi redemptiones levari a dictis popularibus quam eventum belli expectare.Qui presens testis accessit ad dictum dominum Carolum, et hoc ex parte dictorum nobilium eidem nunciavit. Quod cum audisset, respondit quod prædiligebat incidere in eventum belli, ad voluntatem Dei, quam permittere populum suum talibus miseriis et angustiis prægravari quibus compatiebatur, et pro ipsis pugnare volebat, ut dicebat, et finaliter pugnavit ac mortuus fuit.»Bibl. Nat., ms. lat. nº 5381, t. I, fos360 vº et 361.[259]On a publié, d’après une liste manuscrite dressée au dix-huitième siècle par Yves Duchesnoy, les noms des principaux capitaines qui combattirent à Auray sous Jean Chandos (Revue des provinces de l’Ouest, III, 203). Cf. un opuscule intitulé:Jean Chandos, connétable d’Aquitaine et sénéchal du Poitou, par Benjamin Fillon, 1856, p. 13, note 1.[260]«Prie» est la leçon que donnent tous les manuscrits; mais comme Froissart ajoute que ce chevalier était un grand banneret de Normandie, on peut supposer qu’il a voulu désigner le seigneur de Trie.[261]D’après la chronique de la Chartreuse d’Auray, dont la rédaction relativement moderne, repose en général sur une tradition orale non interrompue, Hugh de Calverly s’était embusqué dans le bois de Kerlain.[262]En 1371, six ans après l’événement, Georges de Lesven, écolâtre et chanoine de Nantes, maître ès arts et bachelier en médecine, rapportait comme une tradition très-autorisée que Charles de Blois s’était constitué prisonnier lorsqu’un partisan de Montfort (d’après les traditions de la maison de Penthièvre, Pierre de Lesnérac, Guérandais d’origine) le tua par trahison: «per magnum spatium temporis postquam captus fuit per inimicos suos et se reddiderat prisonarium eisdem, ipsi inimici eumdem occideruntac armis et aliis vestimentis suis despoliaverunt ac ipsum indutum cilicio ad carnem invenerunt.»Bibl. Nat., ms. lat. nº 5381, t. I, fº 54. Cf. dom Morice,Preuves de l’histoire de Bretagne, II, 7.[263]Froissart, par suite de l’erreur que nous avons déjà signalée, assigne à la bataille d’Auray la date du 9 octobre. Il est constant que cette bataille se livra le dimanche 29 septembre 1364, le jour de la fête de saint Michel. On a pu dire, en réfléchissant à cette coïncidence et par allusion à la part prise par les Anglais, dont saint Georges était le patron, au succès de Montfort, que saint Michel avait fait les honneurs de cette journée à saint Georges. Peu de temps avant la bataille d’Auray, Charles de Blois était allé pieds nus en pèlerinage au Mont-Saint-Michel où il avait fait cadeau aux religieux d’une relique de saint Yves, comme en témoignait l’inscription suivante gravée sur un reliquaire en vermeil de la célèbre abbaye: «C’est la coste saint Yves que monseigneur Charles de Blois cy donna.» Dom Huynes,Hist. du Mont-Saint-Michel, II, 44.[264]Il faut lire dans le texte tout ce récit empreint de je ne sais quel charme mélancolique qui va jusqu’à l’éloquence. Toutefois, il est impossible de ne pas faire remarquer que la générosité prêtée ici à Montfort s’accorde assez mal avec l’irrévérence des Anglais attestée par un témoin oculaire, Frère Geoffroi Rabin, dominicain de la maison de Nantes: «Et postmodum,dum ipse dominus Carolus fuisset dearmatus et despoliatus omnibus vestimentis suis per Anglicos, vidit aliquos dictorum Anglicorum tenentes quoddam cilicium album quod dicebant fuisse et esse cilicium dicti domini Caroli quod habebat indutum, quod quasi pro nihilo reputantes ad terram dimiserant.»Bibl. Nat., ms. lat. nº 5381, t. I, fos192 vº et 193.[265]Le cinquième jour après la bataille d’Auray nous reporte au 4 octobre; or, la veille, c’est-à-dire le 3 octobre, Édouard III a daté l’un de ses actes de Canterbury, ville située, comme chacun sait, sur la route de Londres à Douvres (Rymer, III, 749): l’assertion de Froissart offre par conséquent un haut degré de vraisemblance.[266]L’historien et le critique ne doivent pas un instant perdre de vue que le récit de Froissart, relatif à la journée d’Auray, dérive principalement du héraut anglais Windsor, comme la narration que le même chroniqueur a consacrée à l’affaire de Cocherel provient surtout du roi d’armes ou héraut anglo-gascon Faucon.[267]Les conventions relatives à ce projet de mariage, qui ne se réalisa point, sont datées de Douvres, le 19 octobre 1364. Rymer, III, 751.[268]Dinan et Jugon se rendirent à Montfort dans le courant du mois d’octobre 1364. Dom Morice,Preuves, I, 1583.[269]Par acte daté de Paris le 25 octobre 1364, Charles V donna pleins pouvoirs pour traiter de la paix à Jean de Craon, archevêque de Reims et au maréchal Boucicaut (Ibid., 1584); il n’est fait dans cet acte aucune mention d’Amauri, sire de Craon.[270]Il est très-vraisemblable, suivant une conjecture fort plausible de Dacier (p. 615 de son édition, note 1), que les préliminaires de la paix furent arrêtés devant Quimper-Corentin qui se rendit à Montfort le 17 novembre de cette année (Ibid., 1585 et 1586); mais la paix ne fut conclue définitivement et signée qu’à Guérande le samedi 12 avril de l’année suivante, la veille de Pâques.[271]Par acte daté d’Angers le 11 mars 1365 (n. st.), Jeanne de Penthièvre, qui continuait de s’intituler «duchesse de Bretagne», chargea de ses pleins pouvoirs Hugues de Montrelais, évêque de Saint-Brieuc, Jean, sire de Beaumanoir, Gui de Rochefort, sire d’Assérac, et maître Gui de Cleder.Ibid., 1587 et 1588.[272]Le traité de Guérande maintient en outre Jeanne de Penthièvre en possession de la vicomté de Limoges. Froissart donne seulement les grandes lignes de ce traité, qu’il faut lire dans sa teneur pour en avoir une idée exacte.Ibid., 1588 à 1599.[273]Le dauphin, duc de Normandie, avait travaillé de bonne heure à rallier Clisson au parti français. Dès le 27 septembre 1360, il avait rendu à Olivier la moitié de la baronnie de Thury (auj. Thury-Harcourt, Calvados, arr. Falaise) et la terre du Thuit (Notre-Dame duThuitest marquée comme ruine sur la carte de Cassini, nº 94, au N. O. de la forêt de Cinglais, sur la rive droite de l’Orne, à 16 kil. S. de Caen, entre Boulon et les Moutiers), que le sire de Clisson devait tenir dans le duché de Normandie et qui avaient été confisquées (Arch. Nat., JJ87, nº 274). Aussitôt après le traité de Guérande, cette habile politique, servie par la morgue et les convoitises des Anglais, auxiliaires de Montfort, réussit à rattacher peu à peu et par degrés Clisson et sa puissante clientèle au parti français (Ibid., JJ113, nº 162). Jeanne de Penthièvre, qui avait nommé Olivier son lieutenant et gouverneur en ses terres et pays de Bretagne (Bibl. Nat., ms. lat. nº 5381, II, 83 à 85; dom Morice,Preuves, I, 1631 et 1632), Jeanne de Penthièvre fut le principal intermédiaire de cette réconciliation définitive, accomplie au mois de septembre 1367, et en vertu de laquelle Charles rétablit le fils unique et l’héritier de Jeanne de Belleville dans la possession de toutes ses terres confisquées (Arch. Nat., K1666, nº 176).[274]Jean de Montfort, devenu duc de Bretagne, veuf en premières noces de Marie d’Angleterre, l’une des filles d’Édouard III, morte vers 1363 après quelques mois de mariage, épousa en 1366 Jeanne Holland, fille de Thomas Holland et de la fameuse Jeanne de Kent, devenue en 1362 princesse de Galles et d’Aquitaine par son mariage avec le prince Noir. Jeanne Holland mourut en 1384.[275]Seine-et-Marne, arr. Fontainebleau. Nous ne connaissons aucun acte qui mentionne cette donation de Nemours au captal de Buch; mais Christine de Pisan dit aussi que Jean de Grailly fut comblé de faveurs par Charles V et qu’il reçut même le titre de chambellan du roi de France (Le livre des faits et bonnes mœurs du sage roi Charles, 1repartie, chap.XXX).[276]Par le traité de paix conclu à Paris le 6 mars 1365 (n. st.) entre les rois de France et de Navarre, il fut stipulé que CharlesleMauvais aurait, non comme le dit Froissart, des châteaux situés en Normandie, mais la ville et la baronnie de Montpellier en dédommagement de Mantes, de Meulan et du comté de Longueville (Arch. Nat., J617, nº 31; Secousse,Mémoires sur Charles II, II, 222 à 231). La confirmation de ce traité par Charles V est, suivant la judicieuse remarque de M. Delisle (Mandements de Charles V, p. 104, n. 2 et p. 112) antérieure au 20 juin de la même année (Secousse,Mémoires, II, 254 à 256).[277]Louis de Navarre emprunta à Charles V, non pas 60 000, mais 50 000 florins d’or fin du coin de France, appelés francs. Le 4 avril 1366 (n. st.), il engagea son comté de Beaumont-le-Roger, Bréval et Anet à son royal créancier qui devait toucher le revenu de ces terres évalué à 8000 livres, jusqu’à parfait remboursement de la somme prêtée (Arch. Nat., J617, nº 32).[278]Froissart commet ici deux erreurs. Louis de Navarre épousa en 1366, non la reine de Sicile, mais Jeanne de Sicile, duchesse de Duras, fille de Charles de Sicile duc de Duras et de Marie de Sicile, et il survécut si bien à ce mariage qu’il mourut seulement en 1372, dans la Pouille et fut enterré à Naples. (Anselme,Hist. généal., I, 291). Louis de Navarre quitta Évreux vers la fin d’avril 1366, et il n’est plus fait mention de sa présence en Normandie à partir du 20 de ce mois (Bibl. Nat., Quitt., XVI, 290). Le captal de Buch, mis en liberté par Charles V, remplit, dès les derniers mois de 1365 et jusqu’à la fin de 1366, les fonctions de lieutenant du roi de Navarre en Normandie (Ibid., XV, 224). Ayant appris, sur ces entrefaites, que le prince de Galles se disposait à entrer en Espagne pour restaurer don Pèdre et renverser don Henri de Trastamare soutenu par du Guesclin, le vaincu de Cocherel rassembla en toute hâte les débris des Compagnies anglo-navarraises aux environs d’Avranches où il avait donné rendez-vous à Jean, duc de Lancastre, et se mit en route pour Bordeaux. Le dernier acte de sa lieutenance est un mandement daté de Genest (Manche, arr. Avranches, c. Sartilly), le 22 décembre 1366, par lequel il enjoignit de payer 88 livresIIsous «pour certains vivres qui furent amenez à Genez pour la despense de monseigneur le duc de Lancastre et de nous.»Ibid., XVI, 340.CHAPITRE XC[279]Le 24 novembre 1364, Édouard III somma Eustache d’Auberchicourt, Robert Scot et Hugh de Calverly, chevaliers anglais, qui faisaient la guerre au royaume de France, «à l’ombre du roy de Navarre», de licencier leurs bandes.Bibl. Nat., collection Bréquigny, XV, 38.[280]Froissart semble faire allusion ici à un projet d’expédition contre les infidèles conçu vers le milieu de 1365 par le pape Urbain V. Le trop fameux Arnaud de Cervolle, dit l’Archiprêtre, devait être le chef de cette expédition (V. plus haut, p.XXXV,note 141). Le samedi 5 avril 1365, Urbain fulmina une bulle d’excommunication contre les Compagnies (Arch. Nat., J711, nº 3022).[281]Don Alphonse XI du nom, roi de Castille, était mort à la fleur de l’âge le vendredi saint, 27 mars 1350. Il ne laissait qu’un fils légitime, don Pèdre, alors âgé de quinze ans et quelques mois, dont la mère doña Maria était une infante de Portugal, fille du roi Alphonse IV, surnomméle Brave. Don Alphonse avait eu en outre de son union illégitime avec une jeune veuve d’une illustre maison de Séville, doña Léonor de Guzman, dix enfants naturels, neuf garçons et une fille. L’aîné de ces bâtards, don Henri, avait été fait de bonne heure comte de Trastamare et, aussitôt après l’avénement au trône de l’héritier légitime, s’était posé en rival de don Pèdre.[282]Blanche de Bourbon, la seconde des filles de Pierre Ier, duc de Bourbon, et d’Isabelle de Valois, sœur cadette de Jeanne de Bourbon, mariée à Lyon en juillet 1349 à Charles dauphin, depuis Charles V, avait épousé don Pèdre, roi de Castille, par contrat passé en l’abbaye de Preuilly, le 23 juillet 1352 (Arch. Nat., J603, nº 55). Abandonnée dès les premiers mois de son mariage en faveur d’une maîtresse, nommée doña Maria de Padilla, cette princesse mourut en 1361, et la rumeur publique accusa don Pèdre de cette mort, «jussu Petri mariti crudelis», ainsi que portait l’inscription tracée à Jerez sur le tombeau de Blanche (Llaguno,ad Ayala, p. 328, note 3).[283]Innocent VI avait été pendant les dernières années de son pontificat en lutte presque continuelle avec don Pèdre, auprès duquel il avait député avec le titre de légat le célèbre Gui de Boulogne, cardinal évêque de Porto (Martène,Thes. Anecdot., II, 964, 997 et 998;Arch. Nat., L377, caps. 217, nº 57). Urbain V, successeur d’Innocent VI, prit ouvertement parti pour Pierre IV, roi d’Aragon, et même pour le comte de Trastamare contre don Pèdre.[284]Charles V contribua au payement de cette rançon pour une somme de quarante mille florins d’or, dont nous avons les quittances délivrées par Jean Chandos; et en retour Bertrand du Guesclin fit le serment, par acte daté de son château de la Roche-Tesson le 22 août 1365, d’emmener les Compagnies hors du royaume, engageant au roi le comté de Longueville en cas de non exécution de cette promesse (Arch. Nat., J281, nos4, 5 et 6; Charrière,Chronique de B. du Guesclin, II, 393 à 395: Charrière a daté à tort du 20 et du 27 août deux pièces qui ont été l’une et l’autre libellées à la Roche Tesson le 22 août). Bertrand renouvela cet engagement par acte passé à Paris le mardi 30 septembre, dans l’hôtel à l’enseigne duPapegaut, près de Sainte-Opportune (Ibid., J381, nº 4bis). Aussitôt après l’accomplissement de cette formalité, il se mit en route pour l’Espagne; il était de passage à Auxerre, le 10 octobre (Arch. Nat., X1a38, fº 246), à Avignon, du 12 au 16 novembre (Ibid., K49, nº 5, fº 7), à Montpellier, du 29 novembre au 3 décembre (Thalamus parvus, p. 369), enfin à Barcelone, à la cour de Pierre, roi d’Aragon, du 1erau 9 janvier 1366 (Zurita,Annales, l. IX, c. 61;Arch. Nat., X1a38, fº 246). Prosper Mérimée a supposé par erreur que du Guesclin avait levé, à l’occasion de son passage à Avignon vers la fin de 1365, une rançon de 5000 florins sur les habitants du Comtat. Du Guesclin ne commit cette exaction que deux ans plus tard, dans le cours d’une campagne qui se termina le 8 avril 1368 par la prise de Tarascon. V.Hist. de don Pèdre Ier, p. 407, note 1.[285]Ce chevalier accompagna du Guesclin sans l’aveu et même contre le gré du roi d’Angleterre, puisque celui-ci, par acte daté du 6 décembre 1365, alors que Bertrand et ses compagnons d’aventure étaient déjà en route pour l’Espagne, manda à Jean Chandos, àHugh de Calverlé, à Nicol de Dagworth et à William de Elmham, chevaliers, de prendre des mesures pour que nuls gens d’armes de sa ligeance, assemblés en certaines Compagnies, ne pussent entrer au royaume d’Espagne pour faire guerre à noble prince le roi de Castille son cousin. Rymer, III, 779.[286]Dans le courant du mois d’août 1365, Bertrand du Guesclin, en vertu d’un traité passé avec Louis de Navarre et Eustache d’Auberchicourt, lieutenants de Charles le Mauvais en basse Normandie, avait consenti à rendre les château et ville de Carentan au roi de Navarre, moyennant une rançon de 14 000 francs; et en outre Olivier de Mauny, capitaine de Carentan pour son cousin, s’était fait donner 3535 francs à titre d’arrérages des rançons (Bibl. Nat., ms. fr. 10 367, fº 20).[287]Ce Bertucat était un cadet, sinon même un bâtard, de la puissante maison d’Albret, et le père Anselme ne l’a pas classé dans sa généalogie de cette famille. Parmi ces seigneurs anglais ou anglo-gascons qui accompagnèrent du Guesclin en Espagne, Froissart n’a pas mentionné le plus important. Nous voulons parler de Guardia Raymond, cher, seigneur d’Aubeterre (auj. Aubeterre-sur-Dronne, Charente, arr. Barbezieux), qui paraît avoir été le grand recruteur et condottière des compagnies anglo-gasconnes. Il prétendit plus tard que, le 10 octobre 1365, à Auxerre, Bertrand lui avait souscrit une obligation de 2400 francs d’or; le 6 et le 9 janvier 1366, à Barcelone, deux autres obligations l’une de 6066 francs d’or et l’autre de 2060 florins du coin du roi d’Aragon, cette dernière de moitié avec Arnoul, sire d’Audrehem, maréchal de France; enfin, le 20 juillet suivant, à Albatera, en Castille, une quatrième obligation de 4000 florins d’or. L’année suivante, le sire d’Aubeterre ayant combattu à Najera dans l’armée du prince de Galles contre don Henri de Trastamare, du Guesclin avait différé de payer le chevalier anglo-gascon, qui mourut sans avoir pu réussir à se faire rembourser. Plus de vingt ans après ces événements, en 1390, Jean Raymond, frère et héritier de Guardia Raymond, intenta pour ce fait devant le Parlement à Olivier du Guesclin, comte de Longueville, le principal héritier du connétable, un procès dont les pièces, qui seront analysées à la fin du second volume de notreHistoire de du Guesclin, nous ont permis d’établir pour la première fois d’une manière sûre les principales étapes ainsi que les dates précises de l’expédition de du Guesclin et des Compagnies en Espagne (Arch. Nat., sect. jud., X1a1475, fº 87, vº; X1a37, fos333 vº et 334; X1a1475, fos176, 178 vº et 179; X1a38, fos246 et 247). Une fois arrivés à Montpellier, les brigands des Compagnies voulurent être payés avant de continuer leur route; et du Guesclin fut obligé, pour les satisfaire, d’emprunter 10 000 francs aux bourgeois de cette ville: «Et alèrent à Montpellier dont ne vouldrent partir, se ilz n’avoient argent; et pour ce emprunta (Bertrand) à certains bourgois dix mille francs, et lors partirent.» X1a1475, fº 176.

[208]Les obsèques du roi Jean furent célébrées, malgré l’épuisement du Trésor, avec un grande magnificence. On dépensa à ces obsèques, en trois jours, du 27 au 29 avril, dix-sept mille sept cent soixante et une livre de cire, qui, à 23 francs les cent livres, coûtèrent 4,805 francs 7 deniers parisis.Bibl. Nat., Quittances, XV, nº 21.

[209]Le lundi 13 mai, le captal de Buch était à Vernon, où la reine Blanche de Navarre, veuve de Philippe VI de Valois, dévouée de cœur à la cause du roi de Navarre son frère, offrit un dîner magnifique au généralissime de Charles le Mauvais.

[210]La seigneurie de Sault (auj. Sault-de-Navailles, Basses-Pyrénées, arr. et c. Orthez) était située, non en Navarre, mais en Béarn.

[211]Tous les historiens semblent avoir ignoré jusqu’à ce jour que le bascle ou le bascon de Mareuil appartenait à la famille béarnaise de Sault. Le surnom debascle,basconoubasquinest un équivalent de notre mot basque, qui, au moyen âge, servait à désigner les Béarnais aussi bien que les Navarrais proprement dits. Le véritable nom de l’aventurier qui périt à Cocherel est Jean de Sault, ainsi que le prouve la quittance suivante dont nous devons l’indication à notre savant collègue M. Demay: «Sachent tous que je Jehan de Sault, dit le bascon de Mareul, escuier, sergant d’armes du roy de Navarre notre seignour, ay eu et receu de Jehan des Ylles, viconte de Coutances pour nostre dit seigneur, la somme de cent livres tourneis pour cest present terme de la Saint Michiel, en rabatant de la somme de deulx cens livres tourneis que je pren chacun an sur la recepte de la dicte vicontey à ma vie tant seulement du don de mon dit seigneur. De laquelle somme de cent livres je me tiens pour bien paié et promet aporter quitance envers le dit monseignour au dit viconte. En tesmoing de cen, j’ay seellé ces lettres de mon seel. Donné à Gavray, le vejour d’octobre mil ccc soixante et trois.»Bibl. Nat., Titres scellés de Clairambault, vol. 101, fº 7859.

[212]En 1364, le mercredi de la Pentecôte est tombé le 15 mai.

[213]Jean de Grailly, captal de Buch, occupa, dès la journée du mercredi 15 mai, le sommet et les pentes d’une colline escarpée qui domine le village de Cocherel, situé sur la rive droite de l’Eure, à l’endroit où un pont mettait alors en communication les deux tronçons d’une très-ancienne route reliant ensemble Vernon et Évreux. Cocherel (auj. Houlbecq-Cocherel, Eure, arr. Évreux, c. Vernon), situé sur la rive droite de l’Eure à environ 2 kil. 1/2 de cette rivière, est à peu près à égale distance d’Évreux, de Pacy, de Vernon et d’Acquigny, places qui étaient alors fortifiées et occupées par les Navarrais.

[214]Ce Jean Jouel avait été en quelque sorte lâché sur la Normandie par Édouard III, furieux de la mauvaise foi de Louis, duc d’Anjou, qui refusait de revenir se constituer otage en Angleterre: «Puis manda le dit roi Edouart à monseigneur Jehan Jouel, qui avoit et tenoit plusieurs fors en Normandie, qu’il guerroiast en France en son propre nom comme Jehan Jouel, et fut une guerre couverte.»Chronique des quatre premiers Valois, p. 409.—Les Compagnies tenaient alors la France tellement à discrétion que, de tous les points du royaume, leurs chefs purent se rendre en Normandie et amener des renforts au captal de Buch sans être inquiétés. Il en vint jusque des confins du Berry, du Nivernais, du Bourbonnais et de l’Auvergne. Il faut lire le charmant épisode des chroniques de Froissart, où un aventurier basque, nommé le Bascot de Mauléon, capitaine du Bec-d’Allier (auj. forges de la commune de Cuffy, Cher, arr. Saint-Amand-Mont-Rond, c. la Guerche) en 1364, raconte, vingt-quatre ans après ces événements, à notre chroniqueur, son commensal à l’hôtel de la Lune, à Orthez, ses prouesses de routier et notamment la part qu’il prit à la bataille de Cocherel où il fut fait prisonnier par un Gascon du parti français, l’un de ses cousins, appelé Bernard de Terride, qui le rançonna à mille francs: «Quant les nouvelles me furent venues que le captal mon maistre estoit en Costentin et assambloit gens à son povoir, pour le grant desir que je avois de le voir, je me partis de mon fort à douze lances et me mis en la route messire Jehan Jouel et messire Jacqueme Planthin et vinsmes sans dommage et sans rencontre qui nous portast dommage devers le captal.»Froissart de Buchon, éd. du Panthéon, II, 408.

[215]On a ici la version anglo-gasconne de la bataille de Cocherel que Froissart, pendant son séjour à Bordeaux à la cour du prince d’Aquitaine et de Galles en 1366 et 1367, s’était fait raconter par le Roi Faucon et aussi sans doute par quelques-uns des seigneurs gascons, ralliés dès lors au parti anglais, qui avaient combattu à Cocherel dans les rangs français. Cette version est un conte inventé à plaisir et, comme nous l’avons dit ailleurs, une pure gasconnade. Pour prouver que la prise du captal par les Gascons ne se peut soutenir, il suffit de citer les lignes suivantes d’un acte authentique où Jean de Grailly reconnaît qu’il a été fait prisonnier par un écuyer breton, bien connu, nommé Roland Bodin: «Je Jehan de Greilly, captal du Buch, de ma pure et franche voulenté, reconnois et confesse par ces présentes que, comme pieça, en la bataille qui fu decoste Coicherel en Normandie,Rolant Bodin, escuier, m’eust pris et fusse son loyal prison...»Arch. Nat., J616, nº 6. Cf.Hist. de B. du Guesclin, p. 448 à 450, 600 à 603.

[216]Froissart a beaucoup surfait l’influence qu’ont pu avoir les Gascons sur l’heureuse issue de la journée du 16 mai. Nous avons prouvé ailleurs, en nous appuyant sur le témoignage très-explicite de quatre chroniqueurs contemporains, que Bertrand gagna la bataille de Cocherel, d’abord grâce à sa retraite feinte, ensuite à la faveur du mouvement tournant exécuté au dernier moment par une réserve de ses Bretons qui chargèrent en queue les Anglo-navarrais.Hist. de du Guesclin, p. 446, note 4.

[217]Raymond de Montaut, seigneur de Mussidan (Dordogne, arr. Ribérac), avait prêté serment de foi et hommage au prince d’Aquitaine et de Galles, en l’église Saint-Front de Périgueux, le 13 août 1363. (Delpit,Documents français en Angleterre, p. 104). Arnaud Amanieu, sire d’Albret (auj. Labrit, Landes, arr. Mont-de-Marsan), voulant accompagner Charles V à Reims et assister à la cérémonie du couronnement du roi de France, avait placé ses gens d’armes sous la conduite du sire de Mussidan.

[218]Ces détails intéressants sont empruntés à un manuscrit des Chroniques de Froissart conservé aujourd’hui à la bibliothèque de l’université de Leyde. Ce manuscrit, désigné dans notre classement des manuscrits de Froissart et dans nos variantes sous le nº 17, paraît être l’œuvre de deux copistes; mais les interpolations que nous signalons n’appartiennent qu’à l’un de ces copistes qui semble être le même que le scribe à qui nous devons les manuscrits nos6474 et 6475 de la Bibliothèque Nationale (nº 15 de notre classement). Or, le copiste de ce dernier manuscrit s’appelait Raoul Tainguy. Ce nom accuse une origine bretonne, et en effet presque toutes les interpolations, que nous avons relevées dans les deux manuscrits dont nous venons de parler, se rapportent à la Bretagne et surtout à Bertrand du Guesclin et à ses compagnons d’armes. C’est d’après le manuscrit de Raoul Tainguy, conservé à la Bibliothèque Nationale sous les nos6474 et 6475, que nous avons pu donner dans nos variantes (p. 299) la liste des principaux chevaliers bretons qui combattirent à Cocherel, et cette liste est tellement exacte, qu’on la croirait dressée d’après une montre authentique. La miniature, qui forme l’en-tête de ce manuscrit, est aux couleurs (blanc,vermeil,vertetnoir) et porte la devise (jamès) de Charles VI. Du Guesclin y est représenté avec un costume de cérémonie brodé à ses armes, debout, tête nue, tenant de la main droite son épée et de la main gauche l’épée de connétable. La physionomie du célèbre capitaine a une expression individuelle si prononcée, qu’il est impossible de n’y pas voir un portrait. On lit sur la feuille de garde du 1ervolume de ce manuscrit (nº 6474): «Ce manuscrit,échappé du château du Verger, a été envoyé par M. Marchand de la part de M. le prince de Rohan pour la bibliothèque de M. le prince de Soubise. Ce 21 avril 1779.» La terre et le château du Verger, en Anjou (auj. château de la commune de Seiches, Maine-et-Loire, arr. Baugé), avaient passé aux Rohan à la fin du quatorzième siècle par le mariage de Charles de Rohan avec Catherine du Guesclin, dame du Verger, fille unique de Bertrand du Guesclin, II du nom, marié à Isabeau d’Ancenis et neveu à la mode de Bretagne du connétable qui lui avait légué par testament, le 10 juillet 1380, deux cents livres de rente assises sur sa seigneurie de Sens. Il y a lieu de croire par conséquent que le manuscrit provenant du Verger, et dont l’écriture trahit la fin du quatorzième siècle ou les premières années du quinzième, a appartenu à Catherine du Guesclin. Le manuscrit de la bibliothèque de Leyde, qui est aussi en grande partie l’œuvre de Raoul Tainguy, provient de la même région que son congénère de la Bibliothèque Nationale, car on y lit ces mots en marge, à la partie supérieure du premier feuillet: «Premier volume de l’histoire de messire Jehan Froissartachepté à Angerspar moi C. (Claude) Fauchet l’an 1593; fut relié à Tours; me cousta 5 livres 2 sous en tout.» Raoul Tainguy a farci le texte de Froissart, dans le manuscrit de Leyde, d’interpolations qui n’ont pas une saveur bretonne moins prononcée que celles du manuscrit de la Bibliothèque Nationale. Le chroniqueur de Valenciennes nomme-t-il, par exemple, les principaux aventuriers qui accompagnèrent le prince de Galles en Espagne, Tainguy ajoutera à cette liste le nom d’un de ses compatriotes qu’il désignera ainsi: «Maleterre, breton, nez de Saint Melair lez Cancalle où sont les bonnes oestres.»Ms. de la bibliothèque de l’université de Leyde, fonds Vossius, nº 9, fº 344 vº.

[219]Baudouin de Lens, sire d’Annequin (Pas-de-Calais, arr. Béthune, c. Cambrin), était depuis dix ans le fidèle compagnon d’armes de Bertrand du Guesclin avec lequel il avait organisé des joutes à Pontorson dès 1354 (Hist. de du Guesclin, p. 122, note 2). Environ trois semaines avant Cocherel, le 25 avril, Baudouin, sire d’Annequin, avait donné quittance de 1088 francs d’or qui lui avaient été assignés «pour certain service par lui fait ou roy nostre dit seigneur devant Rolleboise.»Bibl. Nat., Quittances, XV, nº 7.

[220]Charles V donna vers 1366, les château et seigneurie de Tillières (auj. Tillières-sur-Avre, Eure, arr. Évreux, c. Verneuil) à Gui le Baveux, seigneur de Longueville, «en recompensedece qu’il avoit fait prisonnier en la bataille proche Cocherel Guillaume de Gauville, ennemi du roi.»Arch. Nat., J217, nº 23.

[221]A la liste des prisonniers de Cocherel on peut ajouter Geffroi de Roussillon pris par Amanieu de Pommiers, l’Anglais Robert Chesnel par Gaudry de Ballore (Arch. Nat., sect. jud., X1a19,fos300 et 301), le Navarrais Pierre d’Aigremont, capitaine du Bois-de-Maine, par un écuyer du diocèse de Quimper (Bibl. Nat., ms. lat. nº 5381, II, 175), Jacques Froissart, secrétaire du roi de Navarre (Bibl. Nat., Quittances, XV, 211), Jean de Trousseauville, cher(Ibid., XV, 258), Colin de Fréville, écuyer (Arch. Nat., JJ146, nº 364), Jean de Launoy, bourgeois d’Évreux (JJ116, nº 111,), enfin Baudouin de Bauloz, Jean Gansel, Lopez de Saint-Julien, capitaines navarrais d’Anet, de Livarot et de Saint-Sever (Arch. Nat., J381, nº 3).

[222]Eure, arr. et c. Louviers. En 1364, Acquigny était au pouvoir des Navarrais.Bibl. Nat., Quittances, XV, 264.

[223]Vernon avait été cédé par le dauphin régent le 21 août 1359, en échange de Melun, à la reine Blanche de Navarre, veuve de Philippe de Valois, ainsi que Vernonnet, Pontoise, Neaufles, toute la vicomté de Gisors à l’exception de la ville et du château, Neufchâtel et Gournay. Blanche, sœur de Charles le Mauvais, était toute dévouée à son frère; et, s’il faut en croire le Cauchois Pierre Cochon, la châtelaine de Vernon, trompée par la feinte de Bertrand, se hâta trop de fêter la victoire du captal de Buch: «Si avint que messire Bertran se retray et fist passer ses sommages oultre la rivière (d’Eure). Les nouvelles vindrent à la royne Blanche que les Franchois estoient desconfits et, celles nouvelles oyes, menestriex commenchèrent à corner, et dames et damoiselles à danser et demener si grant joye que nul ne le peust penser. Et tantost après, en mainz de deux hores, oïrent autres nouvelles. De quoy les vielles furent mises soubz le banc et fu la grant joye tournée à grant plor. Et avoit la dite roine une grant huche toute plaine de linges, robes et de chausses semellées à poulaine, qui couroient pour le temps, à leur donner après la bataille; et pour ce que le roy de Franche oy parler de celle grant joye et que Vernon estoit trop entre les forteresches des Navarrois, elle fu mise hors.»Chronique Normande de P. Cochon, publiée par M. Charles de Beaurepaire, Rouen, 1870, p. 111 et 112.—Il est certain, en effet, que presque tous les actes, émanés de la chancellerie de la reine Blanche postérieurement à la bataille de Cocherel, sont datés de son château de Neaufles (aujourd’hui Neaufles-Saint-Martin, Eure, arr. les Andelys, c. Gisors).Bibl. Nat., Quitt.,XV(voir p.59-64-71), 167, 218.

[224]Charles V reçut la nouvelle de la victoire de Cocherel la veille de son sacre, le samedi 18 mai, deux jours après la bataille, au moment où il arrivait aux portes de Reims. Cette nouvelle lui fut apportée par deux messagers, l’un, Thomas Lalemant, son huissier d’armes, à qui il assigna en récompense 200 livres parisis de rente (Arch. Nat., JJ96, nº 372), l’autre Thibaud de la Rivière, écuyer breton de la Compagnie de du Guesclin, qu’il gratifia de 500 livres tournois de rente (Catalogue Joursanvault, I, 6, nº 33; 309, nº 1710).

[225]Quoique Philippe eût été créé duc de Bourgogne par le roi Jean à Germigny-sur-Marne dès le 6 septembre 1363, Charles V continua de donner à son plus jeune frère le titre de «duc de Touraine» jusqu’au 2 juin 1364, jour où il se décida à confirmer au profit de Philippe la donation du duché de Bourgogne faite par son père (dom Plancher,Hist. de Bourgogne, II, Preuves,CCLXXVIII). Une particularité que tous les historiens semblent avoir ignorée, c’est que Charles V, par acte daté de son château du Goulet, le 18 avril 1364, dut promettre à son second frère Louis, duc d’Anjou, qu’au cas où il viendrait à avoir des héritiers mâles légitimes aptes à lui succéder sur le trône, il donnerait à perpétuité à son dit frère le duché de Touraine, tant la citéetle château de Tours, que toutes les autres appartenances de ce duché.Arch. Nat., J375, nº 3.

[226]Pierre de Sacquenville fut exécuté à Rouen entre le 27 mai et le 13 juin 1364. Le 13 juin 1364, Charles V donna à son amé et féal cheret chambellan Pierre de Domont les châteaux, forteresses ou manoirs de Sacquenville (Eure, arr. et c. Évreux) et de Bérengeville ainsi que les terres, situées en Brie et en Champagne, confisquées sur Pierre de Sacquenville, «comme il se feust mis en la bataille du captal de Buch pour le roy de Navarre, ennemi de nous et de notre royaume, contre noz bons et loyaux chevaliers et subgiez et en ycelle bataille, à la desconfiture du dit captal et sa compaignie, le dit Pierre ait esté pris et, comme traitre de nous et de nostre royaume,amené en noz prisons en nostre ville de Rouen et illeucques pour ses demerites executez(Arch. Nat., JJ96, nº 116). A la même date, les châteaux ou manoirs de Corvail et de Couvay, confisqués comme les précédents sur feu Pierre de Sacquenville, furent donnés à Jean de Gaillon, sire de Grosley.Ibid., nº 118.

[227]Au commencement du mois de septembre 1364, la belle reine Jeanne d’Évreux, veuve de Charles le Bel, dame de Château-Thierry, qui nourrissait un sentiment tendre pour le captal de Buch, obtint du roi que le vaincu de Cocherel reviendrait tenir prison à Paris.Hist. de du Guesclin, p. 600 à 603.

[228]Du 14 juillet au 20 août, Mouton, sire de Blainville, capitaine pour le roi au diocèse de Rouen par deçà Seine, alla assiéger Acquigny, à la tête d’une troupe qui comprenait à la fin du siége 44 chevaliers, tant bannerets que autres, et 105 écuyers (Bibl. Nat., Quitt.,XV, 49, 53). Mouton leva au commencement de septembre le siége d’Acquigny pour aller avec le duc de Bourgogne sur les bords de la Loire renforcer le siége mis par les Français devant la Charité.

[229]L’une de ces forteresses, situées entre Loire et Allier, était encore occupée en 1367 par un routier navarrais nommé le bour Camus. Nous voulons parler de Beauvoir qu’il nous est impossible d’identifier même d’une manière dubitative, ainsi que l’a fait M. Chazaud (La Chronique du bon duc Loys de Bourbon, p. 16, note 2), avec Beauregard. Beauvoir est aujourd’hui un château de Saint-Germain-Chassenay, Nièvre, arr. Nevers, c. Decize. Ce lieu fort était tombé de bonne heure au pouvoir des Compagnies, car dès 1358 Pierre de Chandio, châtelain de Decize pour le comte de Flandre et de Nevers, faisait réparer le pont-levis du château confié à sa garde, «pour obvier à la male volenté des Englois qui tenoient plus de cent forteresses... Droy,Beauvoir, Vitry, Isenay, Saint Gracien sur Allier,... lesquelz plusieurs fois se misent en essey de eschaler, embler et prendre la ville et le chastel de Decize.»Arch. de la Côte d’Or, B4406;Invent., II, 112.—La reddition de Beauvoir et la prise du bour Camus par les gens du duc de Bourbon durent avoir lieu après décembre 1367 (Ibid., B5498;Invent., II, 273).—Un peu au nord-est de Beauvoir, sur la rive droite de la Loire, les Compagnies anglo-navarraises tenaient à la même époque le château de Montécot dont les ruines informes se voient encore à Sémelay, Nièvre, arr. Château-Chinon, c. Luzy. L’identification, faite par M. Chazaud, de Montécot avec Montesche nous paraît inadmissible.La Chronique du bon duc Loys de Bourbon, p. 16, note 3.

[230]La date de l’occupation de la Charité-sur-Loire (Nièvre, arr. Cosne), qui n’a été donnée jusqu’à ce jour d’une manière un peu précise par aucun historien, doit être fixée au mois d’octobre 1363. Cela résulte d’une lettre de rémission accordée par Charles V en janvier 1367 (n. st.) à Jeannet Sardon ou Sadon, de la Charité-sur-Loire, «comme, en la fin du moys de septembreen l’anMCCCLXIII, le fort de la tour de Bèvre (auj. château de Germigny, Nièvre, arr. Nevers, c. Pougues, sur la rive droite de la Loire, à peu près à égale distance de Nevers au sud et de la Charité-sur-Loire au nord) eust esté et fust prins par aucuns Angloiz, noz enemiset cellui an la ville de la Charité dessus dicte eust esté et fust ou moys d’octobre ensuivant prinse par autres Angloiz, Gascons et autres gens de Compaignie, eulx portans pour lors noz enemis, lesquelles forteresses, ainsin prises, furent detenues et occupées par noz diz ennemisbien par l’espace de sèze ou dix et sept moys ou environ: durant lequel temps, le dit Sardon, qui pour l’empeschement de noz diz enemis ne povoit demourer en la dicte ville de la Charité, demoura en la ville de Sancerre en l’ostel et ou service de Estienne de Heriçon, bourgois du dit lieu de Sancerre, son oncle. Si advint que par pluseurs foys les diz enemis furent et vindrent en la dicte ville de Sancerre, tant pour traictier de finances ou raençons d’aucuns de leurs Compaignons qui prins y furent par pluseurs intervalles par nostre amé et feal le conte de Sancerre et sez frères et par leurs genz qui contre yceulx enemis firent moult honorable et loyal guerre et leur portèrent très grans domaiges, si comme l’en dit, comme pour traictier de la raençon de pluseurs personnes du pays que les enemis y tindrent prisonniers par devers eulx. Et mesmement les diz enemis, tenans la dicte ville de la Charité, furent et repairèrent pluseurs foiz en la dicte ville de Sancerre pour traictier de la delivrance de la dicte Charité, duquel traictié le dit conte fu par aucune partie du temps chargié, si comme l’en dit, auxquielz enemis, tant pour ce que il fussent plus favorables et gracieux à la delivrance de leurs prisonniers et à passer et consentir lez traictiez de la dicte delivrance de la Charité et afin de apaisier leurs malvaises et dures volentez et que il n’ardissent les maisons et manoirs du dit Sadon et du dit Estienne son oncle, ycellui Sadon tint aucune foiz compaignie en la dicte ville de Sancerre et leur vendi et delivra vins, advenes et autres choses, et merchanda avec eulx de chevaulx et d’autres choses, tant pour lui et pour le dit Estienne son oncle comme pour le traictié et delivrance d’aucuns prisonniers qui prins furent ou temps dessus dit, tant en la dicte tour de Bèvre comme en la dicte ville de la Charité...»Arch. Nat., JJ97, nº 638, fº 178.

[231]Auj. hameau de Péronville, Eure-et-Loir, arr. Châteaudun, c. Orgères. Les ruines du fort de Marchelainville sont encore marquées sur la carte de Cassini. La forme de ce nom de lieu, dans les divers manuscrits de Froissart, estMarceranville,Marcerainville,Macerenville,Macheranville(p. 139, 315). M. de Barante (Hist. des ducs de Bourgogne, éd. de Bruxelles, 1837, I, 74) a identifié la forteresse ainsi désignée avec Marchéville (Eure-et-Loir, arr. Chartres, c. Illiers), mais cette identification ne soutient pas l’examen.

[232]Château situé à Chilleurs-aux-Bois, Loiret, arr. et c. Pithiviers. Les ruines de ce lieu fort sont, comme celles de Marchelainville, marquées sur la carte de Cassini. Par acte daté de Paris en septembre 1367, Charles V octroya une lettre de rémission à Thibaud de Grassay, écuyer, seigneur de Tremblevif (Loir-et-Cher, arr. Romorantin, c. Salbris) qui «en l’anLXIII, environ la Saint Denis (9 octobre), avait fortifié l’église de ce village, s’y ravitaillant aux dépens du plat pays des environs et employant le produit de ses rapines à mettre la dite église en état de résister aux attaques des Compagnies, «excepté une queue de vin que ycellui suppliant vendi pour faire couvrir un jaque,quant il ala servir nostre très cher et très amé frère le duc de Bourgoigne quant il fu devant le fort de Chameroles...»Arch. Nat., JJ97, nº 413, fº 106.—D’après le récit de Froissart, le fort de Chamerolles devait être situé dans le voisinage de Marchelainville. M. de Barante s’est donc trompé en voulant reconnaître dans le premier de ces deux forts un «Camerolles» qu’il faudrait aller chercher à mi-chemin de Montargis et de Gien et un peu à l’est de ces deux villes (auj. hameau de Châtillon-sur-Loing, Loiret, arr. Montargis).

[233]Vers le milieu de 1364, le château de Dreux n’était plus depuis longtemps au pouvoir des Compagnies, et nous révoquons en doute jusqu’à preuve du contraire cette partie du récit de Froissart. Quant à Preux, que M. de Barante a transformé en Preuil, nous ne connaissons aucun lieu fort de ce nom en Beauce, dans le pays chartrain ou le Perche.

[234]On peut lire à volonté dans lesmanuscritsde FroissartConnai,Connay,CouvaiouCouvay. Nous avons préféré la formeCouvai, nom de lieu qui s’est conservé en composition dans Crécy-Couvé, Eure-et-Loir, arr. et. c. Dreux. Quoi qu’il en soit, l’identification faite par M. de Barante duCouvaide Froissart avec unConneray, nom de lieu qui nous est inconnu (serait-ce Connerré, Sarthe, arr. le Mans, c. Montfort?), cette identification est tout à fait inadmissible: le temps et l’usage contractent souvent les formes, mais ne les allongent jamais, surtout à l’intérieur des mots. V.Hist. des ducs de Bourgogne, I, 75.

[235]Une montre publiée par dom Plancher (Hist. de Bourgogne, III, 556) nous fait connaître les principaux chevaliers qui servirent en Beauce sous le duc de Bourgogne. On y distingue le comte de la Marche, Simon, comte de Braine, Jean le Maingre, dit Boucicaut, maréchal de France, Enguerrand, sire de Coucy, Amauri, sire de Craon, Antoine, sire de Beaujeu, Jean de Vienne et Robinet de Chartres, écuyer. Philippe, duc de Bourgogne, dut quitter la Beauce, pour se rendre à la cour du roi son frère, du 10 au 24 août 1364, car c’est entre ces deux dates que Charles V fit un séjour en Brie, soit à Crevecœur, soit à Vaux, soit à Crécy. L. Delisle,Mandements de Charles V, p. 31 à 33, nos66 à 70.—Cette campagne du duc de Bourgogne en Beauce fut entreprise presque au lendemain de la victoire de Cocherel, dans le courant de juin 1364. Du Guesclin semble avoir été chargé au début de la direction générale des opérations. Dans deux quittances de Renier le Coutelier, vicomte de Bayeux et trésorier des guerres, en date des 15 et 24 juin, Bertrand est qualifiécapitaine général de la province de Rouen et du bailliage de Chartres ou encore lieutenant du roi entre Loire et Seine(Bibl. Nat., Quitt.,XV, 29, 34). C’est seulement dans la dernière semaine de juin que le comte de Longueville fut envoyé en Basse Normandie contre les Navarrais (La Roque,Hist. de la maison de Harcourt, IV, 2300). Bertrand était à Caen le 21 juin (Bibl. Nat., ms. fr. nº 22469, fº 77); il assiégeait Valognes le 9 juillet (Arch. Nat., JJ98, nº 210) et, le 11, il avait pris cette ville (Ibid., JJ108, nº 329). Le 24, il était de passage à Saint-Lo (Ibid., JJ96, nº 429). Il allait renforcer la petite armée qui, dès le 12 juillet, avait mis le siége devant Échauffour (Orne, arr. Argentan, c. Merlerault), sous les ordres du maréchal de la Ferté, de Pierre, seigneur de Tournebu, et de Guillaume du Merle, seigneur de Messey. Les machines des assiégeants lancèrent 2960 pierres, et les assiégés ne se rendirent qu’au bout de 42 jours. (Bibl. Nat., ms. fr. nº 4987, fº 91; Quittances,XV, nº 723.

[236]Philippe, alors duc de Touraine, avait lancé les Compagnies sur le comté de Bourgogne dès le mois de décembre 1363. La comtesse Marguerite avait appelé sous les armes la noblesse comtoise, après avoir fait rompre le pont d’Apremont (Haute-Saône, arr. et c. Gray); et le comte de Montbéliard et Jean de Neufchâtel, neveu du comte, s’étaient mis à la tête de cette noblesse. Le 25 juillet 1364, Ancel de Salins avait signé à Villers-Farlay un traité de paix avec le duc au nom de la comtesse; mais le comte de Montbéliard et son neveu avaient refusé d’y souscrire. A la fin du mois de septembre suivant, apprenant que le comte de Montbéliard, à la tête de quinze cents lances recrutées en Alsace et en Allemagne, s’était avancé jusqu’à Châtillon-sur-Seine, le duc de Bourgogne s’était mis à sa poursuite avec l’Archiprêtre et l’avait forcé à chercher un refuge en Alsace, où Arnaud de Cervolle alla porter le ravage, ainsi que dans les comtés de Bourgogne et de Montbéliard. Finot,Recherches, p. 92.

[237]Robert, dit Moreau, sire de Fiennes.

[238]La première rédaction (p. 145, lignes 4 et 5) dit que ces maréchaux étaient Boucicaut et Mouton, sire de Blainville. Boucicaut était en effet maréchal de France et il prit part au siége de la Charité. Quant à Jean de Mauquenchy, dit Mouton, sire de Blainville, il assista aussi à ce siége, à la fin de septembre et dans les premiers jours d’octobre (Bibl. Nat., Quitt.,XV, 66, 95), et il y eut plusieurs chevaux tués et affolés (Delisle,Mandements de Charles V, p. 48, nº 93); mais il ne fut fait maréchal de France que le 20 juin 1368 (Anselme,Hist. généal., VI, 756). La seconde rédaction (p. 321) substitue Arnoul, sire d’Audrehem, à Mouton, sire de Blainville.

[239]Philippe, duc de Bourgogne, avait mis le siége devant le fort de Moulineaux (auj. hameau de la Bouille, Seine-Inférieure, arr. Rouen, c. Grand-Couronne) à la fin d’août et dans les premiers jours de septembre.Le 8 septembre, Guillaume de Calletot, cher, était envoyé avec un autre chevalier, quinze hommes d’armes et deux archers étoffés «en l’aide de très excellent et puissant prince mgrle duc de Bourgoignequi a mis un siège devant le fort de Moulineaux.»Bibl. Nat., Quitt., XV, 54 à 57.—Rappelé par l’invasion des Compagnies sur les frontières de son duché, Philippe quitta précipitamment la Normandie et n’arriva devant la Charité qu’à la fin de septembre, car nous avons une lettre de Philippe adressée à Jacques de Vienne, son lieutenant dans le Lyonnais, et datée deCosne-sur-Loire, le lundi 30 septembre(dom Plancher,Hist. de Bourgogne, II, 300). D’un autre côté, le mandement de Charles V mentionnant la présencedevant la Charitéde Mouton, sire de Blainville, «en la compaignie de nostre très chier et amé frère leduc de Bourgoigne», est du 7 octobre 1364.

[240]Quoi qu’en dise Froissart, il est presque impossible d’admettre que du Guesclin ait pu assister au siége de la Charité. Le 20 août 1364, le nouveau comte de Longueville, sire de Broons et de la Roche Tesson, chambellan du roi, s’intitulait encore «lieutenant général enNormandie» dans une quittance de cent francs d’or de l’argenterie du roi délivrée à Renier le Coutelier (Bibl. Nat., dép. des mss., Titres originaux, au motdu Guesclin). Peu avant le 20 septembre, Charles V donnait l’ordre d’annuler les assignations de deniers faites antérieurement à Bertrand sur les receveurs de Chartres, d’Évreux, de Lisieux de Séez, de Bayeux, de Coutances et d’Avranches (Bibl. Nat., Quitt., XV, 62); et cette annulation serait inexplicable, s’il fallait admettre avec Froissart que du Guesclin servait alors le roi de France devant la Charité. Le 29 septembre suivant, le vainqueur de Cocherel prenait part à la bataille d’Auray. Entre ces deux dates, on voit qu’il ne reste pas de place pour un voyage à la Charité et le retour en Bretagne.

[241]Dès le commencement de juillet 1364, Mouton, sire de Blainville, avait mis le siége devant Évreux (Bibl. Nat., Quittances, XV, 53). Au mois deseptembresuivant, Charles V accorda une lettre de rémission à Jean le Rebours, doyen, vicaire et official d’Évreux, partisan du roi de Navarre, «à la requeste de Hue de Chastillon, maistre de nos arbalestriers (nommé en remplacement de Baudouin, sire d’Annequin, tué à Cocherel), de Jean, sire de la Rivière et de Preaux, nostre chambellan, et de Mouton, sire de Blainville, nostre conseiller,qui ont esté et sont de par nous à siége devant la dicte ville.»Arch. Nat., JJ96, nº 256, fº 85 vº.—Les Français avaient déjà levé le siége d’Évreux en octobre, cardans le courant de ce moisle roi octroya une lettre de rémission à Jean Quieret, seigneur de Fransu, chevalier, et à Godefroi de Noyelle, écuyer, considéré que «dicti miles et Godefriduscoram civitate Ebroycensiin comitiva dilecti et fidelis militis et cambellani nostri Johannis de Ripariafuerunt...»Arch. Nat., JJ96, nº 294, fos93 et 94.

[242]En 1364, Jean de Chalon, IV du nom, fils aîné de Jean de Chalon, III du nom, comte d’Auxerre et de Tonnerre, prenait le titre de comte d’Auxerre concurremment avec son père, quoique celui-ci, prisonnier non racheté des Anglais, fût encore vivant. Le père Anselme (Hist. généal., VIII, 419) se trompe en faisant mourir Jean III avant 1361.Bibl. Nat., Clairambault, xxvii, 1993.

[243]Louis de Navarre, frère de Charles le Mauvais, arriva en Normandie, non pas, comme le dit Froissart, après la mort de Philippe de Navarre, comte de Longueville, décédé dès le 29 août 1363, mais après la défaite du captal de Buch à Cocherel, vers le milieu du mois d’octobre 1364. Le premier acte que nous connaissions, qui atteste l’arrivée et la présence de Louis de Navarre en Normandie, est datéde Mortain le 21 octobre 1364; Louis, comte de Beaumont le Roger, prend dans cet acte le titre delieutenant du roi de Navarre en France, Normandie et Bourgogne(Bibl. Nat., Quitt., XV, 92). D’autres actes, émanés de Louis de Navarre, sont datés de Cherbourg le 31 octobre (Ibid., nº 99), de Bricquebec, le 2 novembre (Ibid., nº 104), de Valognes, le 16 novembre (Ibid., nº 110), d’Avranches, le 16 décembre 1364 (Ibid., nos113 et 114), d’Évreux, le 14 février 1365 (Ibid., nº 136), de Pontaudemer, le 19 février (Ibid., nº 138), d’Évreux, le 22 mars (Ibid., nº 151), de Cherbourg, le 10 avril (Ibid., nº 156), les 12 et 20 août (Ibid., nos195, 197), de Bricquebec, le 4 novembre (Ibid., nº 226), de Cherbourg, le 13 novembre (Ibid., nº 232), de Gavray, le 24 novembre (Ibid., nº 238), de Bricquebec, les 11 et 12 décembre (Ibid., nos245, 246), de Gavray, le 19 décembre (Ibid., nº 251), d’Avranches, le 20 décembre 1365 (Ibid., nº 252).

[244]Ce ne fut point, comme Froissart le dit par erreur, pour les enrôler au service de Charles de Blois, que le roi de France rappela les gens d’armes envoyés devant la Charité, car le retour de ces gens d’armes est postérieur à la bataille d’Auray. Cette bataille se livra le 29 septembre, et à cette date, Mouton, sire de Blainville, par exemple, n’était pas encore revenu du siége de la Charité, puisque l’on fut obligé, «en l’absence de ce chevalier, capitaine pour le roy ès cité et diocèse de Rouen», de confier la défense du pays à Regnault des Illes, bailli de Caux (Bibl. Nat., Quitt., XV, 66). Traqué à outrance sur tous les points de la Normandie depuis la journée du 16 mai 1364, le parti navarrais essaya dans le courant de septembre de mettre à profit le départ du duc de Bourgogne et du sire de Blainville pour la Charité, de Bertrand du Guesclin pour la Bretagne; il crut que les circonstances étaient favorables pour regagner le terrain perdu depuis Cocherel. Les choses en vinrent à ce point que l’on craignit un instant que le clos des galées de Rouen, ce grand arsenal de la France au quatorzième siècle, ne tombât au pouvoir des Navarrais qui occupaient Moulineaux; et l’on mit sur pied en toute hâte douze hommes d’armes, vingt arbalétriers et archers chargés spécialement de la défense de ce clos (Bibl. Nat., Quitt., XV, 58). C’est pour ces motifs que Charles V rappela ses gens d’armes de la Charité et que, comme nous le montrerons dans une des notes du chapitre suivant, il dut voir avec un certain déplaisir Bertrand du Guesclin interrompre une campagne signalée par tant de succès et laisser la Normandie à peu près sans défense pour aller en Bretagne mettre l’épée du vainqueur de Cocherel au service de Charles de Blois.

[245]Le duc de Bourgogne, après le siége de la Charité, ne retourna pas en France. Le 26 novembre 1364, il fit son entrée solennelle à Dijon en compagnie de son frère le duc d’Anjou. Au mois de janvier de l’année suivante, il entreprit une expédition contre les Compagnies qui ravageaient la Champagne et assiégea Nogent-sur-Seine. Dom Plancher, III, 13, 557, 568.

[246]Du Guesclin, en allant mettre son épée au service de Charles de Blois, à la fin de septembre 1364, semble avoir obéi bien plutôt à l’inspiration de la fidélité et du dévouement qu’aux ordres du roi de France. Charles V, en effet, put être contrarié de voir le vainqueur de Cocherel s’éloigner de la Normandie au moment où le parti navarrais, réduit à la défensive depuis la journée du 16 mai, tendait à reprendre l’offensive et redoublait d’audace dans toutes les parties de cette province. Quoi qu’il en soit, il est certain que, dès les premiers jours d’août 1364, le roi de France fit tous ses efforts pour prévenir le conflit et dépêcha auprès des deux compétiteurs Pierre Domont, l’un de ses chambellans et Philippe de Troismons, l’un de ses conseillers, commis pour «aller devers le duc de Bretagne et le comte de Montfort pour certaines choses touchans l’onneur et proufit du royaume.»Bibl. Nat., Quitt., XV, 46; cf. les nos41 et 47.—Et lorsque les hostilités furent sur le point d’éclater, lorsque Bertrand eut quitté la Normandie pour aller rejoindre le prince au service duquel il avait fait ses premières armes, Charles V n’eut rien de plus pressé que de casser aux gages le chevalier breton, comme le prouve un curieux mandement des trésoriers généraux des aides, en date du 20 septembre 1364, dont le texte est signalé et publié ici pour la première fois: «De par les generauls tresoriers. Jehan l’Uissier, nous vous mandons que des deniers de vostre recepte vous paiez et delivrez à Rollant Fournier, notaire du Chastellet de Paris, pour l’escripture de sept paires de lettres de vidimus du dit Chastellet faisans mencion des lettres du roy nostre sire encorporées ès diz vidimus, par lesquelles le roy nostre dit seigneur rappelloit l’assignacion faicte à monseigneur Bertran du Glesquin, conte de Longueville, sur les esleuz et receveurs de Chartres, d’Évreux, de Lisieux, de Sées, de Baieux, de Coustances et d’Avranches: pour chascune lettre, iii sous parisis valentXXIsous parisis. Et, par rapportant ceste presente cedule avecques lettres de quittance sur ce du dit notaire, la dicte somme de xxi sous parisis sera allouée en voz comptes sanz aucun contredit. Escript à Paris leXXejour de septembre l’an mil ccclxiiii.»Bibl. Nat., Quitt., XV, nº 62.—Quand on connaît cet acte, il est impossible d’admettre avec Froissart que du Guesclin ait fourni à Charles de Blois un renfort de mille lances. Sans doute, Bertrand ne put guère amener en Bretagne que sa compagnie proprement dite, composée surtout de ses parents ou alliés de Bretagne et de Normandie. L’un de ces derniers, Robert de Brucourt, cher, seigneur de Maisy (Calvados, arr. Bayeux, c. Isigny), marié à Alice Paynel, fut fait prisonnier à Auray par un homme d’armes anglais nommé Thomas Caterton. Celui-ci exigea une rançon de quatorze mille francs. Robert de Brucourt, se trouvant hors d’état de payer cette somme, l’emprunta à Bertrand du Guesclin, son cousin, auquel il dut engager toutes ses terres et seigneuries à titre hypothécaire.Arch. Nat., JJ109, nº 427.

[247]Au mois d’août 1364, Charles de Blois ne se trouvait pas à Nantes, mais à Guingamp; et Cuvelier est beaucoup plus exact que Froissart dans les deux vers suivants:

/* Tout droit à une ville, qui nommée est Guinguans, Fu faite la semonce des hardiz combatans. */

/* (Vers 5412 et 5413.) */

[248]Charles de Blois, partant de Guingamp pour aller au secours d’Auray assiégé par Montfort, se serait détourné de son chemin en passant par Rennes, et il n’avait garde de suivre l’itinéraire indiqué par Froissart. Il fit sa première et principale étape à Josselin, où les contingents qui n’avaient pas rallié Guingamp vinrent le rejoindre. Cuvelier,Chronique de Bertrand du Guesclin, édit. de Charrière, I, 203, vers 5467 et 5476.

[249]Froissart travaillait sans avoir sous les yeux aucune carte des pays où se sont passés les événements qu’il raconte dans ses Chroniques. Aussi sa géographie est-elle très défectueuse, surtout quand il s’agit de régions où l’infatigable narrateur n’avait pas été conduit par son humeur curieuse ou les hasards de sa vie errante. Personne n’ignore que la distance qui sépare Rennes d’Auray est, non pas de huit, mais de plus de vingt lieues.

[250]Nous avons dit, dans une des notes précédentes, que Charles de Blois avait fait sa première halte à Josselin (Morbihan, arr. Ploërmel). La distance de Josselin à Auray (Morbihan, arr. Lorient) est de douze à quinze lieues. L’étape suivante se fit, pendant la nuit du vendredi 27 au samedi 28 septembre, dans la lande de Lanvaux (à 3 kil. au N. de Rochefort, entre la rivière d’Arz et le cours de la Claie). Un témoin qui déposa en 1371 dans l’enquête pour la canonisation de Charles de Blois «... vidit semel dictum dominum Carolum de Blesiis, dum ibat ad conflictum de Aurroyo in quo fuit mortuus, jacentem in abbatia de Longis Vallibus supra quamdam sargiam, præcinctum ad carnem quadam corda.»Bibl. Nat., ms. lat., nº 5381, t. II, fº 158. Cf. Cuvelier, vers 5760 et 5761.

[251]A la nouvelle de l’approche de Charles de Blois, Jean de Montfort, qui venait de s’emparer d’Auray, abandonna ses positions et vint occuper, sur la rive droite du Loch, les hauteurs de la Forêt et de Rostevel, dans les environs de la gare actuelle d’Auray. La rivière seule le séparait des Franco-Bretons campés dans le bois de Kermadio. Ces détails topographiques, extraits d’une chronique inédite de la Chartreuse d’Auray conservée à l’abbaye de Solesmes, sont empruntés à un très-intéressant mémoire de dom François Plaine intitulé:La journée d’Auray d’après quelques documents nouveaux. Mémoires de l’association bretonne, Saint-Brieuc, 1875, in-8º, p. 87 et 88.

[252]Après avoir passé la nuit du 27 au 28 septembre dans la lande de Lanvaux, l’armée de Charles de Blois s’était remise en marche le samedi 28 par Plumergat (Morbihan, arr. Lorient, c. Auray). En peu d’heures, on atteignit Keranna, aujourd’hui Sainte-Anne, et ensuite les bois de Kermadio, sur la rive gauche du Loch; mais il n’y eut qu’une partie des troupes à s’avancer si loin: le reste de l’armée s’échelonna entre le manoir de Kermadio et les moulins du duc en Trevalleray. Dom François Plaine,Mém. de l’association bretonne, p. 88.

[253]Ce même nombre de quatre mille donné approximativement par le P. Péan de Quélen (dom Morice,Preuves de l’histoire de Bretagne, II, 11), par Cuvelier (vers 5758), par Guillaume de Saint-André (vers 1129) confirme sur ce point la version de Froissart. Il paraît y avoir eu beaucoup de recrues dans les rangs des Franco-Bretons (Bibl. Nat., ms. lat. nº 5381, t. I, fº 109), et Cuvelier mentionne parmi les champions du duc de Bretagne un jeune damoiseau qui n’avait pas quinze ans: «Chevaliers fu là faiz, n’ot pas quinze ans passez.» Vers 5915.

[254]Le saint et le héros sont si intimement fondus en la personne de Charles de Blois qu’il est impossible de les distinguer: «Carolus, antequam iret ad conflictum de Aurroyo in quo mortuus fuit, adeo infirmus fuerat per septem septimanas quod se sustinere non poterat; sed illa infirmitate non obstante, ipse semper super straminibus, ut præfertur, jacebat. Et dum per istum et alios cubicularios suos reprehendebatur pro eo quod ad conflictum ire volebat in tali debilitate, ipse dicebat: «Ego ibo defendere populum meum: placeret modo Deo quod contentio esset solum inter me et adversarium meum, absque eo quod alii propter hoc morirentur!»Bibl. Nat., ms. lat. nº 5381, fº 175.

[255]S’il fallait accepter les données de Froissart, l’effectif de l’armée de Montfort ne se serait élevé qu’à environ trois mille deux cents combattants. L’auteur de laChronique des quatre premiers Valois, le plus exact des chroniqueurs du quatorzième siècle, fait remarquer en effet que les Franco-Bretons avaient l’avantage du nombre: «Et avoit monseigneur Charles de Bloiz plus grant nombre de gent que n’avoit le conte de Montfort.» Guillaume de Saint-André, dont on a le droit, il est vrai, de suspecter le témoignage, ne donne à Montfort que dix-huit cents hommes: «Montfort n’est que à dix huit cens.» vers 1130. Si l’on excepte Olivier de Clisson et la clientèle de ce grand seigneur, Montfort n’avait pour ainsi dire sous ses ordres que des Anglais. Or, les contingents disponibles des garnisons anglaises de la Bretagne et du Poitou ne pouvaient guère dépasser deux mille ou deux mille cinq cents combattants.

[256]On lit dans Froissart: «le samedi 8 octobre.» Il y a là deux erreurs. En 1364, le 8 octobre tomba un mardi, et non un samedi, et la veille de la bataille d’Auray doit être rapportée, non au 8 octobre, mais au samedi 28 septembre.

[257]Cet épisode est purement romanesque. Le comte de Montfort venait de s’emparer de la ville et avait forcé la garnison du château d’Auray à capituler, lorsque Charles de Blois arriva pour faire lever le siége de cette forteresse.

[258]C’est Charles de Blois, et non Jean Chandos, qui rompit définitivement les négociations. Les capitaines anglais, dont Montfort n’était que l’instrument, voulaient conserver le droit de lever des rançons sur la Bretagne pendant cinq années. Le mari de Jeanne de Penthièvre aima mieux courir les chances d’une bataille que de laisser ses sujets en butte à de telles vexations. Cela résulte de l’affirmation d’un témoin oculaire, Geoffroi de Dinan, cher, qui déposa sous la foi du serment, en 1371, dans l’enquête pour la canonisation de Charles de Blois: «... Die conflictus prædicti de Aurroyo, dum ipse (Carolus de Blesiis) cum suis gentibus armorum paratus fuisset ad bellum in campo contra adversarios suos etiam ex adverso paratos contra ipsum, perlocutum fuit de tractatu habendo cum ipso ex parte dictorum adversariorum suorum, dummundo ipsi haberent redemptiones a popularibus sui ducatus usque ad quinquennium, prout antea de facto habuerant. Et cum nobiles viri dominus de Ruppeforti et vicecomes Rohanni, presentes ibidem in armis et de parte ipsius existentes, tractatui hujusmodi consentirent, dicens dictus dominus de Ruppeforti quod, quantum in ipso erat, prædiligebat summam triginta milium librarum levari et exigi a subditis suis, quam ipsa die debellare; ac dixit presenti testi quod ipse iret ad dictum dominum Carolum et sibi diceret quod melius sibi foret permittere hujusmodi redemptiones levari a dictis popularibus quam eventum belli expectare.Qui presens testis accessit ad dictum dominum Carolum, et hoc ex parte dictorum nobilium eidem nunciavit. Quod cum audisset, respondit quod prædiligebat incidere in eventum belli, ad voluntatem Dei, quam permittere populum suum talibus miseriis et angustiis prægravari quibus compatiebatur, et pro ipsis pugnare volebat, ut dicebat, et finaliter pugnavit ac mortuus fuit.»Bibl. Nat., ms. lat. nº 5381, t. I, fos360 vº et 361.

[259]On a publié, d’après une liste manuscrite dressée au dix-huitième siècle par Yves Duchesnoy, les noms des principaux capitaines qui combattirent à Auray sous Jean Chandos (Revue des provinces de l’Ouest, III, 203). Cf. un opuscule intitulé:Jean Chandos, connétable d’Aquitaine et sénéchal du Poitou, par Benjamin Fillon, 1856, p. 13, note 1.

[260]«Prie» est la leçon que donnent tous les manuscrits; mais comme Froissart ajoute que ce chevalier était un grand banneret de Normandie, on peut supposer qu’il a voulu désigner le seigneur de Trie.

[261]D’après la chronique de la Chartreuse d’Auray, dont la rédaction relativement moderne, repose en général sur une tradition orale non interrompue, Hugh de Calverly s’était embusqué dans le bois de Kerlain.

[262]En 1371, six ans après l’événement, Georges de Lesven, écolâtre et chanoine de Nantes, maître ès arts et bachelier en médecine, rapportait comme une tradition très-autorisée que Charles de Blois s’était constitué prisonnier lorsqu’un partisan de Montfort (d’après les traditions de la maison de Penthièvre, Pierre de Lesnérac, Guérandais d’origine) le tua par trahison: «per magnum spatium temporis postquam captus fuit per inimicos suos et se reddiderat prisonarium eisdem, ipsi inimici eumdem occideruntac armis et aliis vestimentis suis despoliaverunt ac ipsum indutum cilicio ad carnem invenerunt.»Bibl. Nat., ms. lat. nº 5381, t. I, fº 54. Cf. dom Morice,Preuves de l’histoire de Bretagne, II, 7.

[263]Froissart, par suite de l’erreur que nous avons déjà signalée, assigne à la bataille d’Auray la date du 9 octobre. Il est constant que cette bataille se livra le dimanche 29 septembre 1364, le jour de la fête de saint Michel. On a pu dire, en réfléchissant à cette coïncidence et par allusion à la part prise par les Anglais, dont saint Georges était le patron, au succès de Montfort, que saint Michel avait fait les honneurs de cette journée à saint Georges. Peu de temps avant la bataille d’Auray, Charles de Blois était allé pieds nus en pèlerinage au Mont-Saint-Michel où il avait fait cadeau aux religieux d’une relique de saint Yves, comme en témoignait l’inscription suivante gravée sur un reliquaire en vermeil de la célèbre abbaye: «C’est la coste saint Yves que monseigneur Charles de Blois cy donna.» Dom Huynes,Hist. du Mont-Saint-Michel, II, 44.

[264]Il faut lire dans le texte tout ce récit empreint de je ne sais quel charme mélancolique qui va jusqu’à l’éloquence. Toutefois, il est impossible de ne pas faire remarquer que la générosité prêtée ici à Montfort s’accorde assez mal avec l’irrévérence des Anglais attestée par un témoin oculaire, Frère Geoffroi Rabin, dominicain de la maison de Nantes: «Et postmodum,dum ipse dominus Carolus fuisset dearmatus et despoliatus omnibus vestimentis suis per Anglicos, vidit aliquos dictorum Anglicorum tenentes quoddam cilicium album quod dicebant fuisse et esse cilicium dicti domini Caroli quod habebat indutum, quod quasi pro nihilo reputantes ad terram dimiserant.»Bibl. Nat., ms. lat. nº 5381, t. I, fos192 vº et 193.

[265]Le cinquième jour après la bataille d’Auray nous reporte au 4 octobre; or, la veille, c’est-à-dire le 3 octobre, Édouard III a daté l’un de ses actes de Canterbury, ville située, comme chacun sait, sur la route de Londres à Douvres (Rymer, III, 749): l’assertion de Froissart offre par conséquent un haut degré de vraisemblance.

[266]L’historien et le critique ne doivent pas un instant perdre de vue que le récit de Froissart, relatif à la journée d’Auray, dérive principalement du héraut anglais Windsor, comme la narration que le même chroniqueur a consacrée à l’affaire de Cocherel provient surtout du roi d’armes ou héraut anglo-gascon Faucon.

[267]Les conventions relatives à ce projet de mariage, qui ne se réalisa point, sont datées de Douvres, le 19 octobre 1364. Rymer, III, 751.

[268]Dinan et Jugon se rendirent à Montfort dans le courant du mois d’octobre 1364. Dom Morice,Preuves, I, 1583.

[269]Par acte daté de Paris le 25 octobre 1364, Charles V donna pleins pouvoirs pour traiter de la paix à Jean de Craon, archevêque de Reims et au maréchal Boucicaut (Ibid., 1584); il n’est fait dans cet acte aucune mention d’Amauri, sire de Craon.

[270]Il est très-vraisemblable, suivant une conjecture fort plausible de Dacier (p. 615 de son édition, note 1), que les préliminaires de la paix furent arrêtés devant Quimper-Corentin qui se rendit à Montfort le 17 novembre de cette année (Ibid., 1585 et 1586); mais la paix ne fut conclue définitivement et signée qu’à Guérande le samedi 12 avril de l’année suivante, la veille de Pâques.

[271]Par acte daté d’Angers le 11 mars 1365 (n. st.), Jeanne de Penthièvre, qui continuait de s’intituler «duchesse de Bretagne», chargea de ses pleins pouvoirs Hugues de Montrelais, évêque de Saint-Brieuc, Jean, sire de Beaumanoir, Gui de Rochefort, sire d’Assérac, et maître Gui de Cleder.Ibid., 1587 et 1588.

[272]Le traité de Guérande maintient en outre Jeanne de Penthièvre en possession de la vicomté de Limoges. Froissart donne seulement les grandes lignes de ce traité, qu’il faut lire dans sa teneur pour en avoir une idée exacte.Ibid., 1588 à 1599.

[273]Le dauphin, duc de Normandie, avait travaillé de bonne heure à rallier Clisson au parti français. Dès le 27 septembre 1360, il avait rendu à Olivier la moitié de la baronnie de Thury (auj. Thury-Harcourt, Calvados, arr. Falaise) et la terre du Thuit (Notre-Dame duThuitest marquée comme ruine sur la carte de Cassini, nº 94, au N. O. de la forêt de Cinglais, sur la rive droite de l’Orne, à 16 kil. S. de Caen, entre Boulon et les Moutiers), que le sire de Clisson devait tenir dans le duché de Normandie et qui avaient été confisquées (Arch. Nat., JJ87, nº 274). Aussitôt après le traité de Guérande, cette habile politique, servie par la morgue et les convoitises des Anglais, auxiliaires de Montfort, réussit à rattacher peu à peu et par degrés Clisson et sa puissante clientèle au parti français (Ibid., JJ113, nº 162). Jeanne de Penthièvre, qui avait nommé Olivier son lieutenant et gouverneur en ses terres et pays de Bretagne (Bibl. Nat., ms. lat. nº 5381, II, 83 à 85; dom Morice,Preuves, I, 1631 et 1632), Jeanne de Penthièvre fut le principal intermédiaire de cette réconciliation définitive, accomplie au mois de septembre 1367, et en vertu de laquelle Charles rétablit le fils unique et l’héritier de Jeanne de Belleville dans la possession de toutes ses terres confisquées (Arch. Nat., K1666, nº 176).

[274]Jean de Montfort, devenu duc de Bretagne, veuf en premières noces de Marie d’Angleterre, l’une des filles d’Édouard III, morte vers 1363 après quelques mois de mariage, épousa en 1366 Jeanne Holland, fille de Thomas Holland et de la fameuse Jeanne de Kent, devenue en 1362 princesse de Galles et d’Aquitaine par son mariage avec le prince Noir. Jeanne Holland mourut en 1384.

[275]Seine-et-Marne, arr. Fontainebleau. Nous ne connaissons aucun acte qui mentionne cette donation de Nemours au captal de Buch; mais Christine de Pisan dit aussi que Jean de Grailly fut comblé de faveurs par Charles V et qu’il reçut même le titre de chambellan du roi de France (Le livre des faits et bonnes mœurs du sage roi Charles, 1repartie, chap.XXX).

[276]Par le traité de paix conclu à Paris le 6 mars 1365 (n. st.) entre les rois de France et de Navarre, il fut stipulé que CharlesleMauvais aurait, non comme le dit Froissart, des châteaux situés en Normandie, mais la ville et la baronnie de Montpellier en dédommagement de Mantes, de Meulan et du comté de Longueville (Arch. Nat., J617, nº 31; Secousse,Mémoires sur Charles II, II, 222 à 231). La confirmation de ce traité par Charles V est, suivant la judicieuse remarque de M. Delisle (Mandements de Charles V, p. 104, n. 2 et p. 112) antérieure au 20 juin de la même année (Secousse,Mémoires, II, 254 à 256).

[277]Louis de Navarre emprunta à Charles V, non pas 60 000, mais 50 000 florins d’or fin du coin de France, appelés francs. Le 4 avril 1366 (n. st.), il engagea son comté de Beaumont-le-Roger, Bréval et Anet à son royal créancier qui devait toucher le revenu de ces terres évalué à 8000 livres, jusqu’à parfait remboursement de la somme prêtée (Arch. Nat., J617, nº 32).

[278]Froissart commet ici deux erreurs. Louis de Navarre épousa en 1366, non la reine de Sicile, mais Jeanne de Sicile, duchesse de Duras, fille de Charles de Sicile duc de Duras et de Marie de Sicile, et il survécut si bien à ce mariage qu’il mourut seulement en 1372, dans la Pouille et fut enterré à Naples. (Anselme,Hist. généal., I, 291). Louis de Navarre quitta Évreux vers la fin d’avril 1366, et il n’est plus fait mention de sa présence en Normandie à partir du 20 de ce mois (Bibl. Nat., Quitt., XVI, 290). Le captal de Buch, mis en liberté par Charles V, remplit, dès les derniers mois de 1365 et jusqu’à la fin de 1366, les fonctions de lieutenant du roi de Navarre en Normandie (Ibid., XV, 224). Ayant appris, sur ces entrefaites, que le prince de Galles se disposait à entrer en Espagne pour restaurer don Pèdre et renverser don Henri de Trastamare soutenu par du Guesclin, le vaincu de Cocherel rassembla en toute hâte les débris des Compagnies anglo-navarraises aux environs d’Avranches où il avait donné rendez-vous à Jean, duc de Lancastre, et se mit en route pour Bordeaux. Le dernier acte de sa lieutenance est un mandement daté de Genest (Manche, arr. Avranches, c. Sartilly), le 22 décembre 1366, par lequel il enjoignit de payer 88 livresIIsous «pour certains vivres qui furent amenez à Genez pour la despense de monseigneur le duc de Lancastre et de nous.»Ibid., XVI, 340.

[279]Le 24 novembre 1364, Édouard III somma Eustache d’Auberchicourt, Robert Scot et Hugh de Calverly, chevaliers anglais, qui faisaient la guerre au royaume de France, «à l’ombre du roy de Navarre», de licencier leurs bandes.Bibl. Nat., collection Bréquigny, XV, 38.

[280]Froissart semble faire allusion ici à un projet d’expédition contre les infidèles conçu vers le milieu de 1365 par le pape Urbain V. Le trop fameux Arnaud de Cervolle, dit l’Archiprêtre, devait être le chef de cette expédition (V. plus haut, p.XXXV,note 141). Le samedi 5 avril 1365, Urbain fulmina une bulle d’excommunication contre les Compagnies (Arch. Nat., J711, nº 3022).

[281]Don Alphonse XI du nom, roi de Castille, était mort à la fleur de l’âge le vendredi saint, 27 mars 1350. Il ne laissait qu’un fils légitime, don Pèdre, alors âgé de quinze ans et quelques mois, dont la mère doña Maria était une infante de Portugal, fille du roi Alphonse IV, surnomméle Brave. Don Alphonse avait eu en outre de son union illégitime avec une jeune veuve d’une illustre maison de Séville, doña Léonor de Guzman, dix enfants naturels, neuf garçons et une fille. L’aîné de ces bâtards, don Henri, avait été fait de bonne heure comte de Trastamare et, aussitôt après l’avénement au trône de l’héritier légitime, s’était posé en rival de don Pèdre.

[282]Blanche de Bourbon, la seconde des filles de Pierre Ier, duc de Bourbon, et d’Isabelle de Valois, sœur cadette de Jeanne de Bourbon, mariée à Lyon en juillet 1349 à Charles dauphin, depuis Charles V, avait épousé don Pèdre, roi de Castille, par contrat passé en l’abbaye de Preuilly, le 23 juillet 1352 (Arch. Nat., J603, nº 55). Abandonnée dès les premiers mois de son mariage en faveur d’une maîtresse, nommée doña Maria de Padilla, cette princesse mourut en 1361, et la rumeur publique accusa don Pèdre de cette mort, «jussu Petri mariti crudelis», ainsi que portait l’inscription tracée à Jerez sur le tombeau de Blanche (Llaguno,ad Ayala, p. 328, note 3).

[283]Innocent VI avait été pendant les dernières années de son pontificat en lutte presque continuelle avec don Pèdre, auprès duquel il avait député avec le titre de légat le célèbre Gui de Boulogne, cardinal évêque de Porto (Martène,Thes. Anecdot., II, 964, 997 et 998;Arch. Nat., L377, caps. 217, nº 57). Urbain V, successeur d’Innocent VI, prit ouvertement parti pour Pierre IV, roi d’Aragon, et même pour le comte de Trastamare contre don Pèdre.

[284]Charles V contribua au payement de cette rançon pour une somme de quarante mille florins d’or, dont nous avons les quittances délivrées par Jean Chandos; et en retour Bertrand du Guesclin fit le serment, par acte daté de son château de la Roche-Tesson le 22 août 1365, d’emmener les Compagnies hors du royaume, engageant au roi le comté de Longueville en cas de non exécution de cette promesse (Arch. Nat., J281, nos4, 5 et 6; Charrière,Chronique de B. du Guesclin, II, 393 à 395: Charrière a daté à tort du 20 et du 27 août deux pièces qui ont été l’une et l’autre libellées à la Roche Tesson le 22 août). Bertrand renouvela cet engagement par acte passé à Paris le mardi 30 septembre, dans l’hôtel à l’enseigne duPapegaut, près de Sainte-Opportune (Ibid., J381, nº 4bis). Aussitôt après l’accomplissement de cette formalité, il se mit en route pour l’Espagne; il était de passage à Auxerre, le 10 octobre (Arch. Nat., X1a38, fº 246), à Avignon, du 12 au 16 novembre (Ibid., K49, nº 5, fº 7), à Montpellier, du 29 novembre au 3 décembre (Thalamus parvus, p. 369), enfin à Barcelone, à la cour de Pierre, roi d’Aragon, du 1erau 9 janvier 1366 (Zurita,Annales, l. IX, c. 61;Arch. Nat., X1a38, fº 246). Prosper Mérimée a supposé par erreur que du Guesclin avait levé, à l’occasion de son passage à Avignon vers la fin de 1365, une rançon de 5000 florins sur les habitants du Comtat. Du Guesclin ne commit cette exaction que deux ans plus tard, dans le cours d’une campagne qui se termina le 8 avril 1368 par la prise de Tarascon. V.Hist. de don Pèdre Ier, p. 407, note 1.

[285]Ce chevalier accompagna du Guesclin sans l’aveu et même contre le gré du roi d’Angleterre, puisque celui-ci, par acte daté du 6 décembre 1365, alors que Bertrand et ses compagnons d’aventure étaient déjà en route pour l’Espagne, manda à Jean Chandos, àHugh de Calverlé, à Nicol de Dagworth et à William de Elmham, chevaliers, de prendre des mesures pour que nuls gens d’armes de sa ligeance, assemblés en certaines Compagnies, ne pussent entrer au royaume d’Espagne pour faire guerre à noble prince le roi de Castille son cousin. Rymer, III, 779.

[286]Dans le courant du mois d’août 1365, Bertrand du Guesclin, en vertu d’un traité passé avec Louis de Navarre et Eustache d’Auberchicourt, lieutenants de Charles le Mauvais en basse Normandie, avait consenti à rendre les château et ville de Carentan au roi de Navarre, moyennant une rançon de 14 000 francs; et en outre Olivier de Mauny, capitaine de Carentan pour son cousin, s’était fait donner 3535 francs à titre d’arrérages des rançons (Bibl. Nat., ms. fr. 10 367, fº 20).

[287]Ce Bertucat était un cadet, sinon même un bâtard, de la puissante maison d’Albret, et le père Anselme ne l’a pas classé dans sa généalogie de cette famille. Parmi ces seigneurs anglais ou anglo-gascons qui accompagnèrent du Guesclin en Espagne, Froissart n’a pas mentionné le plus important. Nous voulons parler de Guardia Raymond, cher, seigneur d’Aubeterre (auj. Aubeterre-sur-Dronne, Charente, arr. Barbezieux), qui paraît avoir été le grand recruteur et condottière des compagnies anglo-gasconnes. Il prétendit plus tard que, le 10 octobre 1365, à Auxerre, Bertrand lui avait souscrit une obligation de 2400 francs d’or; le 6 et le 9 janvier 1366, à Barcelone, deux autres obligations l’une de 6066 francs d’or et l’autre de 2060 florins du coin du roi d’Aragon, cette dernière de moitié avec Arnoul, sire d’Audrehem, maréchal de France; enfin, le 20 juillet suivant, à Albatera, en Castille, une quatrième obligation de 4000 florins d’or. L’année suivante, le sire d’Aubeterre ayant combattu à Najera dans l’armée du prince de Galles contre don Henri de Trastamare, du Guesclin avait différé de payer le chevalier anglo-gascon, qui mourut sans avoir pu réussir à se faire rembourser. Plus de vingt ans après ces événements, en 1390, Jean Raymond, frère et héritier de Guardia Raymond, intenta pour ce fait devant le Parlement à Olivier du Guesclin, comte de Longueville, le principal héritier du connétable, un procès dont les pièces, qui seront analysées à la fin du second volume de notreHistoire de du Guesclin, nous ont permis d’établir pour la première fois d’une manière sûre les principales étapes ainsi que les dates précises de l’expédition de du Guesclin et des Compagnies en Espagne (Arch. Nat., sect. jud., X1a1475, fº 87, vº; X1a37, fos333 vº et 334; X1a1475, fos176, 178 vº et 179; X1a38, fos246 et 247). Une fois arrivés à Montpellier, les brigands des Compagnies voulurent être payés avant de continuer leur route; et du Guesclin fut obligé, pour les satisfaire, d’emprunter 10 000 francs aux bourgeois de cette ville: «Et alèrent à Montpellier dont ne vouldrent partir, se ilz n’avoient argent; et pour ce emprunta (Bertrand) à certains bourgois dix mille francs, et lors partirent.» X1a1475, fº 176.


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