CHAPITRE XCVI.

1369, août.OCCUPATION DE BELLEPERCHE PAR LES COMPAGNIES ANGLAISES.—PROJET ET PRÉPARATIFS D’UNE INVASION FRANÇAISE EN ANGLETERRE.—REDDITION DE LA ROCHE-SUR-YON AUX ANGLAIS.—MORT DE JAMES D’AUDELEY; JEAN CHANDOS, SÉNÉCHAL DU POITOU.—DESCENTE DU DUC DE LANCASTRE A CALAIS; CHEVAUCHÉE DE TOURNEHEM.—AFFAIRE DE PURNON; LE COMTE DE PEMBROKE EST SURPRIS ET ASSIÉGÉ PAR LOUIS DE SANCERRE.—MORT DE PHILIPPA DE HAINAUT, REINE D’ANGLETERRE.—PRISE DES PONTS-DE-CÉ ET DE SAINT-MAUR-SUR-LOIRE PAR LES ANGLAIS, DE SAINT-SAVIN PAR LES FRANÇAIS.—1370, 1erjanvier.COMBAT DU PONT DE LUSSAC ET MORT DE JEAN CHANDOS.—Premiers jours de juillet.PRISE DE CHATELLERAULT PAR JEAN DE KERLOUET.—1369, derniers mois, et 1370, premiers mois.SIÉGE ET REPRISE DE BELLEPERCHE PAR LE DUC DE BOURBON(§§628à652).

Trois chefs des Compagnies anglaises, Hortingo, Bernard de Wisk et Bernard de la Salle, vont s’établir sur les marches du Limousin dont Jean Devereux est sénéchal pour le prince de Galles. Ils surprennent et enlèvent par escalade le château de Belleperche[219], en Bourbonnais, où ils font prisonnière la mère du duc de Bourbon et de la reine de France. Ils s’emparent aussi de Sainte-Sévère[220]qu’ils livrent à Jean Devereux.—Louis deSancerre est nommé maréchal de France en remplacement d’Arnoul, sire d’Audrehem, accablé de vieillesse, de blessures et d’infirmités[221]. P.155à157,366à368.

Le roi de France emploie tout cet été à faire des préparatifs de guerre. A Harfleur, à Rouen, sur la Seine entre Rouen et Harfleur, il travaille à rassembler une flotte qui doit transporter en Angleterre une puissante armée d’invasion sous les ordres de Philippe son frère, duc de Bourgogne. Il établit alors sa résidence à Rouen pour surveiller lui-même ces préparatifs[222]. Le sire deClisson fait de vains efforts pour détourner le roi de ce projet.—Édouard III est informé de ces préparatifs et prend ses mesures pour repousser cette invasion. Jean, duc de Lancastre, l’un des fils d’Édouard, à la tête de six cents hommes d’armes et de quinze cents archers, débarque à Calais[223]où Robert de Namur est invité à le venir rejoindre. P.157à159,368,369.

Après leur retour à Angoulême, les comtes de Cambridge, de Pembroke, Jean Chandos, James d’Audeley et la plupart des barons poitevins, au nombre de plus de trois mille lances, vont sur les marches d’Anjou mettre le siége devant la Roche-sur-Yon[224]dont Jean [Belon[225]] est capitaine pour le duc d’Anjou; ils font battre les remparts de cette forteresse par de grands enginsamenés de Thouars et de Poitiers. Jean [Belon] s’engage à rendre la place, s’il n’est secouru par le roi de France, les ducs d’Anjou et de Berry, dans le délai d’un mois. Le mois écoulé, il livre, suivant la convention, la Roche-sur-Yon aux Anglais moyennant le payement de six mille francs pour les approvisionnements laissés entre les mains des vainqueurs. Rentré à Angers, Jean [Belon] est mis en prison et noyé dans la Maine par ordre du duc d’Anjou. P.159à163,369à372.

Mort de James d’Audeley, sénéchal du Poitou[226], à Fontenay-le-Comte;funérailles de ce chevalier à Poitiers. Jean Chandos, connétable d’Aquitaine, est nommé sénéchal du Poitou[227]enremplacement de James d’Audeley et fixe sa résidence à Poitiers.—Le vicomte de Rochechouart, emprisonné, puis mis en liberté par le prince d’Aquitaine, se rend à Paris où il prête serment de fidélité au roi de France; il met le breton Thibaud du Pont en sa forteresse et fait défier le prince. P.163,164,372,373.

Incursions des deux maréchaux du duc de Lancastre au delà de Guines et de la rivière d’Oske[228], vers l’abbaye de Licques[229], vers Boulogne, vers la cité de Thérouanne défendue par le comte Gui de Saint-Pol et son fils Waleran.—Les nouvelles en viennent au roi de France, qui se tient alors à Rouen, au moment où le duc de Bourgogne est sur le point de s’embarquer et de faire voile pour l’Angleterre en compagnie de trois mille chevaliers. Force est de renoncer à ce projet pour marcher à larencontre du duc de Lancastre. De Rouen, le duc de Bourgogne se dirige vers la Picardie, passe la Somme au pont d’Abbeville et vient, par Montreuil-sur-Mer, Hesdin et Saint-Pol, se loger sur la hauteur de Tournehem[230]en face du duc de Lancastre qu’il trouve campé dans la vallée où les Anglais se sont fortifiés de haies, de fossés et de palissades et où Robert de Namur est accouru les rejoindre. Malgré une supériorité numérique de sept contre un, le duc de Bourgogne reste simplement sur la défensive, car il lui est enjoint de ne point engager de combat sans l’ordre exprès du roi son frère, et il reçoit tous les jours de Gand des messages du comte de Flandre son beau-père qui lui recommandent la même réserve. P.164à167,373à375.

Jean Chandos, qui se tient à Poitiers, invite le comte de Pembroke, capitaine de Mortagne[231]où il a sous ses ordres une garnison de deux cents lances, à faire avec lui une chevauchée en Anjou et Touraine. Le comte refuse de se rendre à cette invitation dans la crainte qu’on n’attribue au sénéchal du Poitou toutl’honneur des succès qu’ils pourraient remporter. Chandos, à la tête de trois cents lances et de deux cents archers, n’en porte pas moins le ravage en Anjou, notamment dans le Loudunois[232], et, s’avançant sur les confins de l’Anjou et de la Touraine, remonte la vallée de la Creuse. Il fait ensuite une pointe dans la vicomté de Rochechouart et essaye sans succès d’emporter la ville de ce nom défendue par une garnison bretonne dont Thibaud du Pont[233]est le capitaine. De retour à Chauvigny et apprenant que Louis de Sancerre est à la Haye, en Touraine, il invite une seconde fois le comte de Pembroke à le venir rejoindre pour marcher contre les Français et lui donne rendez-vous à Châtellerault; il reçoit un nouveau refus et rentre à Poitiers. P.167à170,375,376.

Le comte de Pembroke, aussitôt après la chevauchée de Chandos, va à son tour porter le ravage dans la vicomté de Rochechouart et le Loudunois. Louis de Sancerre[234], parti de nuit de la forteresse française de la Roche-Posay en compagnie de Jean de Beuil[235], de Jean de Vienne, de Guillaume des Bordes,de Louis de Saint-Julien et du breton Kerlouet, tombe à l’improviste sur les Anglais au moment où ils sont occupés à se loger en un village appelé Purnon[236]; il en tue plus de cent et force les autres à chercher un refuge dans une forte maison de Templiers dépourvue de fossés et entourée seulement de murs en pierre. Les Français livrent un premier assaut que les Anglais parviennent à repousser et que la tombée de la nuit vient interrompre. P.170à174,376à379.

Vers minuit, le comte de Pembroke envoie un de ses écuyers à Poitiers demander du secours à Jean Chandos.—Le lendemain matin, les Français livrent un second assaut qui dure depuis l’aube du jour jusqu’à prime (six heures du matin). P.174à176,379à381.

Entre prime et tierce (neuf heures du matin) et au plus fort de l’assaut, le comte de Pembroke dépêche vers Jean Chandos unsecond écuyer auquel il donne un anneau d’or qu’il a au doigt pour se faire plus sûrement reconnaître. Le premier écuyer, qui était parti de Purnon à minuit, s’égare en chemin et n’arrive à Poitiers que vers tierce au moment où le sénéchal du Poitou se dispose à entendre la messe. Jean Chandos, qui a sur le cœur le mauvais vouloir et les refus antérieurs du comte de Pembroke, répond que le secours qu’on lui demande n’arrivera pas en temps utile et entend toute sa messe. Au moment où il va se mettre à table, arrive le second messager. Il lui fait d’abord la même réponse qu’au premier et commence à prendre son repas. Entre le premier et le second service, il réfléchit que le comte de Pembroke a épousé la fille du roi d’Angleterre et qu’il a pour compagnon d’armes le comte de Cambridge, le propre fils de son seigneur et maître; il se décide alors à lui porter secours. Il se lève, s’arme, monte en selle et sans même attendre que tous ses gens soient prêts, s’élance de toute la vitesse de son cheval sur la route de Purnon. P.170à179,381à383.

Vers midi, les Français qui tiennent le comte de Pembroke assiégé dans la forte maison de Purnon, sont informés que Jean Chandos s’avance à la tête de deux cents lances. Épuisés par les assauts qu’ils viennent de livrer, ils n’osent attendre l’attaque de troupes fraîches et se retirent à la Roche-Posay avec leur butin et leurs prisonniers. A peine débloqué, le comte de Pembroke va au-devant de Jean Chandos qu’il rencontre à une lieue de Purnon; puis ces deux capitaines se séparent et retournent, le premier à Mortagne, le second à Poitiers. P.179à181,383,384.

Mort de la reine d’Angleterre[237], au château de Windsor, la veille de la fête de Notre-Dame, 14 août 1369; dernières volontés et dernières paroles de la bonne reine. P.181à183,384,385.

Pendant que les ducs de Bourgogne et de Lancastre sont campés en face l’un de l’autre à Tournehem, trois cents chevaliers du Vermandois et de l’Artois viennent un matin, au point du jour, pour réveiller les Anglais dans leur camp; ils sont repousséspar Robert de Namur, le seigneur de Spontin[238]et Henri de Senzeilles[239]. Un chevalier du Vermandois, nommé Roger de Cologne, est tué dans cette escarmouche. P.183à185,375,386.

Le duc de Bourgogne, honteux de rester depuis plusieurs jours avec une armée de quatre mille chevaliers devant une poignée d’ennemis sans leur offrir le combat, décampe vers minuit de Tournehem[240], à l’insu des Anglais. P.185à188,386.

Tandis que le duc de Bourgogne se dirige vers Saint-Omer, le duc de Lancastre, de son côté, reprend le chemin de Calais[241]. La semaine même de ce départ de Tournehem des deux armées française et anglaise, le comte de Pembroke, Hugh de Calverly, Louis de Harcourt et les seigneurs poitevins du parti anglais font une chevauchée en Anjou; ils assiégent sans succès Saumur défendu par Robert de Sancerre[242]; mais ils prennent et fortifientles Ponts-de-Cé[243]ainsi que l’abbaye de Saint-Maur-sur-Loire[244].En revanche, un moine de Saint-Savin[245], abbaye[246]située à sept lieues de Poitiers, livre en haine de son abbé[247]cette abbaye à Louis de Saint-Julien et à Kerlouet qui sont à la tête des forces françaises dans cette région. P.188à191,386,387.

A peine revenu à Calais de la chevauchée de Tournehem, le duc de Lancastre se remet en campagne; il passe devant Saint-Omer, Thérouanne, Hesdin, Saint-Pol, Pernes[248], Lucheux[249], Saint-Riquier. Il passe la Somme au gué de Blanquetaque, entre en Vimeu, puis dans le comté d’Eu, passe à côté de Dieppe et ne s’arrête que devant Harfleur[250]où il reste trois jours. Le but del’expédition est de s’emparer de cette ville afin d’y brûler la flotte et le matériel naval[251]du roi de France; mais le comte de Saint-Pol, qui s’est enfermé à temps dans la forteresse menacée avec une garnison de deux cents lances, déjoue cette tentative. Dès le quatrième jour, le duc de Lancastre lève le siége, va ravager la terre du seigneur d’Estouteville[252]et se dirige versOisemont pour repasser la Somme à Blanquetaque. Au moment où les Anglais longent les murs d’Abbeville, Hue de Châtillon[253], capitaine de cette ville et maître des arbalétriers de France, fait une sortie et tombe dans une embuscade entre les mains de Nicolas de Louvain, sénéchal du Pontieu, qu’il avait lui-même fait prisonnier quelques mois auparavant et rançonné à dix mille francs. P.191à195,387à389.

Le duc de Lancastre repasse la Somme à Blanquetaque, suit le chemin de Rue, de Montreuil-sur-Mer et rentre à Calais vers la Saint-Martin d’hiver. Là, il donne congé à Robert de Namur, à Waleran de Borne[254]et à tous les Allemands, puis il retourne en Angleterre. P.195,196,389.

La nuit du 30 décembre 1369, Jean Chandos, sénéchal du Poitou, et Thomas Percy, sénéchal de la Rochelle[255], font unechevauchée pour reprendre l’abbaye de Saint-Savin dont Louis de Saint-Julien est capitaine. Ils s’apprêtent à tenter l’escalade de cette forteresse lorsque, vers minuit, ils entendent sonner du cor: c’est Jean de Kerlouet qui arrive à Saint-Savin avec quarante lances, pour prendre part à une expédition en Poitou. Les deux capitaines anglais s’imaginent que c’est un signal donné par la sentinelle de l’abbaye qui les a reconnus et retournent en toute hâte à Chauvigny[256]. Thomas Percy prend alors congé de Chandos, traverse la Vienne sur le pont de Chauvigny et remonte par la rive gauche le cours de cette rivière. Le 31, au matin, on apprend que Louis de Saint-Julien et Kerlouet, partis pendant la nuit de Saint-Savin, chevauchent pour passer la Vienne au pont de Lussac[257]et porter le ravage en Poitou; Chandos s’élance aussitôt à leur poursuite. Les Français ont une lieue d’avance, ils arrivent les premiers à Lussac; mais ils trouvent le pont occupé par Thomas Percy qui se tient de l’autre côté de la rivière et entreprend de leur en disputer le passage. Ils mettent pied à terre et se préparent à faire l’assaut du pont, lorsque Jean Chandos qui les poursuit vient les charger en queue. P.196à202,389à393.

Jean Chandos est blessé mortellement par un écuyer nommé Jacques de Saint-Martin[258]et rend le dernier soupir le lendemain à Mortemer[259]. Toutefois, les Anglais, qui reçoivent un renfort pendantl’action, restent maîtres du champ de bataille; Louis de Saint-Julien et Jean de Kerlouet sont faits prisonniers[260]. La mort de Chandos excite les regrets des Français aussi bien que des Anglais. P.202à207,393à396.

Thomas Percy[261]succède à Jean Chandos dans la charge desénéchal du Poitou. Louis de Saint-Julien et Kerlouet, mis à rançon par les Anglais, retournent en leurs garnisons.—Enguerrand, sire de Coucy, marié à l’une des filles d’Édouard III, et Amanieu de Pommiers veulent rester neutres dans la guerre qui vient d’éclater entre les rois de France et d’Angleterre; le premier se rend en Savoie et en Lombardie, et le second va en Chypre et au Saint-Sépulcre.—Jean de Bourbon, comte de la Marche, et le sire de Pierre-Buffière, quoiqu’ils soient venus habiter Paris, n’en refusent pas moins de renvoyer leur hommage au prince de Galles; mais deux autres barons du Limousin, Louis, sire de Malval[262], et Raymond de Mareuil[263], neveu de Louis,embrassent ouvertement le parti du roi de France.—Caponnet de Chaponval, délivré de sa prison d’Agen et échangé contre Thomas Banastre pris dans une escarmouche devant Périgueux, rentre en France. P.207à210,396à398.

Par acte daté de Westminster le 15 novembre 1370, Édouard III abolit tous fouages et aides levés indûment par le prince de Galles et accorde amnistie pleine et entière à tous les sujets de la principauté qui, après avoir pris parti pour le roi de France, voudront bien faire leur soumission[264]. P.210,211,398.

Des copies de cet acte sont adressées secrètement à Paris aux vicomtes de Rochechouart[265], aux seigneurs de Malval[266]et de Mareuil[267].—Jean de Kerlouet, Guillaume des Bordes et Louis de Saint-Julien, capitaines de la Roche-Posay, de la Haye en Touraine et de Saint-Savin pour le roi de France, prennent un matin par escalade la ville de Châtellerault[268]. Pris à l’improviste et réveillé en sursaut, Louis de Harcourt n’a que le temps de se sauver en chemise sur le pont de Châtellerault que ses gens ont fortifié. Depuis lors, des escarmouches ont lieu tous les jours entre la garnison bretonne de la ville, dont Kerlouet prend le commandement, et celle du pont. P.212,398.

Louis, duc de Bourbon[269], Louis de Sancerre, maréchal de France, le sire de Beaujeu et les principaux chevaliers du Bourbonnais, du Beaujolais, du Forez et de l’Auvergne[270], mettentle siége devant le château de Belleperche occupé par les Compagnies anglaises. Les assiégés réclament du secours par l’entremise de Jean Devereux, sénéchal du Limousin, qui tient garnison à la Souterraine[271]. Les comtes de Cambridge[272]et de Pembroke, après avoir rassemblé à Limoges quinze cents lances et trois mille soudoyers, accourent en plein hiver pour faire lever le siége de Belleperche. P.213à216,398à401.

Les deux comtes font offrir la bataille au duc de Bourbon qui la refuse. Mécontents de ce refus, ils menacent le duc d’emmener loin de Belleperche sa mère, la duchesse douairière de Bourbon. P.216à218,401,402.

Les Compagnies anglaises évacuent le château de Belleperche, et leurs capitaines emmènent avec eux la duchesse de Bourbon à «la Roche-Vauclère[273]», en Limousin; mais le prince de Galles,peu satisfait de l’arrestation de cette princesse, voudrait à tout prix l’échanger contre Simon Burleigh. P.218,219,402.

Le duc de Bourbon reprend possession de Belleperche[274]et remet ce château en bon état. Les comtes de Cambridge et de Pembroke retournent, le premier à Angoulême, le second à Mortagne en Poitou[275], tandis que les Compagnies parties de Belleperche se répandent en Poitou et Saintonge où elles portent le ravage.—Au retour de son expédition en Guyenne, Robert Knolles est à peine rentré dans son château de Derval, en Bretagne, qu’Édouard III le mande auprès de lui; il s’embarque aussitôt pour l’Angleterre, débarque à la Roche Saint-Michel[276], en Cornouailles, et arrive à Windsor. P.219,220,402,403.

1370, mai.LE DUC D’ANJOU A PARIS; PRÉPARATIFS DE GUERRE DES ROIS DE FRANCE ET D’ANGLETERRE.—1372, du 15 au 22 août.DÉLIVRANCE DE LA DUCHESSE DOUAIRIÈRE DE BOURBON PRISE A BELLEPERCHE.—1371, du 25 au 29 mars.ENTREVUE DE VERNON; TRAITÉ DE PAIX ENTRE LES ROIS DE FRANCE ET DE NAVARRE.—1370, vers le 15 juillet.ARRIVÉE DE BERTRAND DU GUESCLIN, RAPPELÉ D’ESPAGNE, EN LANGUEDOC.—Du 15 juillet au 15août.CAMPAGNE DU DUC D’ANJOU ET DE DU GUESCLIN EN GUYENNE; OCCUPATION DE MOISSAC, D’AGEN, DE TONNEINS, DU PORT-SAINTE-MARIE, DE MONTPAZIER ET D’AIGUILLON; SIÉGE DE BERGERAC ET DE LALINDE PAR LES FRANÇAIS.—De la fin de juillet à la mi-septembre.CHEVAUCHÉE DE ROBERT KNOLLES A TRAVERS L’ARTOIS, LA PICARDIE ET L’ILE DE FRANCE.—Du 16 au 24 août.LE DUC DE BERRY ET DU GUESCLIN EN LIMOUSIN; REDDITION DE LIMOGES AU DUC DE BERRY.—Du 14 au 19 septembre.SIÉGE, REPRISE ET SAC DE LIMOGES PAR LE PRINCE DE GALLES.—24 septembre.ROBERT KNOLLES DEVANT PARIS.—2 octobre.DU GUESCLIN A PARIS; SA NOMINATION A L’OFFICE DE CONNÉTABLE DE FRANCE(§§653à668).

Louis, duc d’Anjou, lieutenant en Languedoc, fait un voyage à Paris[277]où il arrête, de concert avec le roi de France et ses deux frères, les ducs de Bourgogne et de Berry, le plan de la prochaine campagne contre les Anglais. Deux corps d’armée devront envahir la principauté d’Aquitaine, le premier sous les ordres du duc d’Anjou, du côté de Bergerac et de la Réole, le second, sous la conduite du duc de Berry, du côté du Limousin et du Quercy.L’objectif de l’expédition sera Angoulême où ces deux corps d’armée, après avoir opéré leur jonction, iront assiéger le prince d’Aquitaine. En même temps, on décide de rappeler d’Espagne Bertrand du Guesclin et de le nommer connétable de France.

A l’entrée du mois de mai[278], Louis, duc d’Anjou, prend congé de ses frères pour retourner dans son gouvernement; il s’arrête un mois à Montpellier[279], et se rend ensuite à Toulouse où il rassemble ses gens d’armes. Le petit Meschin, Ernaudon de Pau, Perrot de Savoie[280], le bour Camus et les autres chefs des Compagnies françaises n’ont pas cessé de guerroyer, pendant l’absence du duc, sur les frontières du Quercy et du Rouergue. Le duc de Berry[281], à Bourges, le duc de Bourbon, à Moulins[282], le comte Pierre d’Alençon[283]font aussi des levées de troupes et se préparentà entrer en campagne.—Gui de Blois[284], de retour d’une croisade en Prusse où il a été fait chevalier et où il a levé bannière, vient du Hainaut à Paris offrir ses services au roi de France qui l’envoie rejoindre le corps d’armée commandé par le duc de Berry. P.220à223,403à405.

Le roi d’Angleterre met sur pied, de son côté, deux corps d’armée. Le premier doit opérer enGuyennesous les ordres du duc de Lancastre, envoyé au secours de ses frères. Le second, sous la conduite de Robert Knolles[285], doit débarquer à Calais et traverser la France de part en part.—Par l’entremise d’Eustache d’Auberchicourt, la duchesse douairière de Bourbon est échangée contre Simon Burleigh[286].—Des négociations s’ouvrentà Vernon entre les envoyés[287]du roi de France et du roi de Navarre, qui se tient alors en Normandie; à la faveur de ces négociations, un traité de paix est conclu entre les deux rois. Charles le Mauvais renonce à l’alliance d’Édouard III et promet de le faire défier, aussitôt après son retour en Navarre; il s’engage, en outre, à laisser ses deux fils, Charles et Pierre, comme otages entre les mains de Charles V. Il se rend auprès du roi de France à Rouen, puis à Paris[288], d’où il regagne, en prenant le chemin de Montpellier et du comté de Foix, son royaume de Navarre[289]. P.223à225,405à408.

Bertrand du Guesclin reçoit dans la ville de Léon, en Castille, des lettres et de nombreux messages[290], tant du roi Charles V que du duc d’Anjou, qui l’invitent à rentrer en France. Le chevalier breton prend aussitôt congé de don Enrique et va avectous ses gens rejoindre à Toulouse le duc d’Anjou.—Dans le même temps, le duc de Lancastre s’embarque à Southampton et cingle vers Bordeaux; il emmène avec lui quatre cents hommes d’armes et un égal nombre d’archers. P.225,226,408,409.

Le duc d’Anjou entre en campagne à la tête de deux mille hommes et de six mille soudoyers à pied, commandés par Bertrand du Guesclin[291], auxquels viennent bientôt s’ajouter un millier de combattants des Compagnies françaises cantonnées en Quercy; il s’avance dans la direction d’Agen. Les Français, après s’être fait rendre successivement Moissac[292], Agen[293], le Port-Sainte-Marie[294], Aiguillon[295], Tonneins[296]etMontpazier[297], mettent le siége devant Bergerac[298]défendu par une garnison de cent lances dont Thomas Felton et le captal de Buch sont capitaines.—Le duc de Berry, de son côté, ayant sous sesordres douze cents lances et trois mille brigands, envahit le Limousin et assiége Limoges[299], ville soumise à l’influencetoute-puissante de son évêque[300], malgré la garnison anglaise qui l’occupe[301]. Noms des principaux seigneurs qui prennent part à l’expédition du duc de Berry. P.226à229,409à412.

Le prince de Galles se prépare à marcher à la rencontre du duc d’Anjou; il quitte Angoulême et établit son quartier général à Cognac où il donne rendez-vous à tous ses gens d’armes.—Pendant le siége de Bergerac[302], les Français traitent de la reddition de Lalinde[303], moyennant une certaine somme de florins, avecTonnet[304]de Badefol, capitaine de cette dernière place; mais le captal de Buch, informé à temps de ce projet, accourt avec cent lances de Bergerac et tue Tonnet au moment où celui-ci s’apprête à exécuter le marché et à ouvrir les portes de Lalinde aux assiégeants. P.229à232,412à415.

Le roi d’Angleterre conclut avec l’Écosse une trêve de neuf ans[305]. Robert Knolles débarque à Calais à la tête de quinzecents[306]hommes d’armes, dont cent Écossais, et de quatre mille archers, qu’il a enrôlés pour envahir la France. Les Anglais passent à Fiennes[307], à Thérouanne[308], au Mont-Saint-Éloi[309], mettent le feu aux faubourgs d’Arras, poursuivent leur marche par Bapaume[310], Roye[311]et Ham[312]en Vermandois. Ils ne chevauchent que deux ou trois lieues par jour, car ils vivent sur le pays et, comme on vient de faire la moisson, ils trouvent partout les granges pleines de blés[313]. Partout aussi, les habitants du plat pays se sont mis en sûreté dans les forteresses. Loin de s’attarder à faire le siége de ces forteresses, Robert Knolles se contente d’exiger de grosses rançons, à titre de rachat du pays environnant, de ceux qui y sont enfermés et gagne ainsi cent mille francs; il n’épargne que les possessions du seigneur de Coucy[314]. P.232à235,415à418.

Robert Knolles, logé à l’abbaye d’Ourscamps[315], offre en vain labataille aux habitants de Noyon[316]qui ont remis les remparts de leur ville en bon état de défense. Un chevalier écossais, nommé Jean Asneton, vient seul avec son page devant les barrières jouter pendant une heure contre Lancelot de Lorris[317], Jean de Roye, Dreux de Roye[318]et dix ou douze autres gentilshommes en garnison à Noyon. P.235à237,418,419.

Robert Knolles, à son départ de la marche de Noyon, brûle Pont-l’Évêque[319], sur l’Oise. Soixante lances de la garnison de Noyon font une sortie et mettent en déroute l’arrière-garde anglaise qui a allumé cet incendie. Knolles se dirige vers le Laonnois, traverse l’Oise, l’Aisne et épargne le comté de Soissons qui appartient au seigneur de Coucy. Poursuivi par le comte de Saint-Pol, le vicomte de Meaux, le seigneur de Canny, Raoul de Coucy, Jean de Melun et autres chevaliers de France, il passe la Marne, entre en Champagne[320], franchit l’Aube[321]et gagne lamarche de Provins[322]. Après avoir passé et repassé plusieurs fois la Seine, il se dirige vers Paris dans l’espoir que le comte de Saint-Pol et le seigneur de Clisson, mis à la tête des forces françaises, lui offriront la bataille. Charles V invite Bertrand du Guesclin, qui se tient en Guyenne avec le duc d’Anjou, à se rendre en toute hâte à Paris.—Urbain V, qui depuis quatre ans a reporté le saint-siége à Rome, revient à Avignon[323]pour s’employer de tout son pouvoir à faire la paix entre les deux rois de France et d’Angleterre. P.237à239,419,420.

Jean, duc de Lancastre, débarque à Bordeaux et vient, après avoir fait sa jonction en route avec le comte de Pembroke,rejoindre à Cognac le prince d’Aquitaine et le comte de Cambridge ses frères.—A cette nouvelle, le duc d’Anjou, qui a conquis plus de quarante forteresses et s’est avancé jusqu’à cinq lieues de Bordeaux, voyant que Bertrand du Guesclin est mandé à la fois à Paris par le roi de France et devant Limoges par le duc de Berry, prend le parti d’interrompre sa chevauchée et de licencier ses gens. Tandis que les comtes d’Armagnac, de Périgord et le seigneur d’Albret vont pourvoir à la sûreté de leurs possessions et que le duc d’Anjou établit son quartier général à Cahors[324], du Guesclin accourt[325]au siége de Limoges auprès des ducs de Berry et de Bourbon. P.239à241,420,421.

L’entremise de Bertrand[326]fait aboutir les négociations entamées entre l’évêque de Limoges et le duc de Berry. Ce dernier, accompagné du duc de Bourbon et de Gui de Blois, fait son entrée dans la ville assiégée; il en confie la garde à une garnison decent lances commandée par Jean de Villemur, Hugues de la Roche et Roger de Beaufort et s’y repose trois jours[327]. Après la reddition de Limoges, les deux ducs de Berry et de Bourbon licencient leurs gens et retournent dans leurs duchés menacés par la chevauchée de Robert Knolles. Resté en Limousin avec deux cents lances, Bertrand du Guesclin s’enferme dans les châteaux du seigneur de Malval. P.241,242,421,422.

A la nouvelle de la reddition de Limoges, le prince d’Aquitaine jure sur l’âme de son père de se venger de cette trahison[328]; il est d’autant plus irrité contre l’évêque, qui a livré la ville aux Français, que cet évêque est son compère[329]. Il part de Cognacavec douze cents lances, mille archers, trois mille hommes de pied, et vient mettre le siége devant Limoges. Noms des principaux seigneurs anglais et poitevins, qui prennent part à cette expédition. La garnison de Limoges oppose aux Anglais la résistance la plus opiniâtre. Le prince, n’espérant pas emporter de vive force une ville si bien défendue, prend le parti de faire miner les remparts. P.243à245,422à424.

Robert Knolles, s’avançant à travers la Brie, vient camper devant Paris[330]un jour et deux nuits. De son hôtel de Saint-Pol, Charles V peut apercevoir la fumée des incendies allumés par les Anglais du côté du Gâtinais. Le roi est entouré de l’élite de ses chevaliers; mais, par le conseil du sire de Clisson, il leur a fait défense de s’aventurer en rase campagne contre l’ennemi. A la porte Saint-Jacque notamment, se tiennent le comte de Saint-Pol, le vicomte de Rohan, les principaux seigneurs de la Picardie et de l’Artois. Le mardi, jour où les Anglais lèvent leur camp après avoir mis le feu aux villages où ils étaient logés, un de leurs chevaliers, qui a voulu par bravade frapper du fer de sa lance les barrières de cette porte Saint-Jacque, est tué au retour par un boucher de Paris. P.245à248,424,425.

Pendant le siége de Limoges par le prince de Galles, Bertrand du Guesclin, prenant pour base d’opérations les forteresses françaises de Louis de Malval et de Raymond de Mareuil, fait la guerre aux Anglais en Limousin au nom de la veuve de Charlesde Blois[331]à qui ce pays a jadis appartenu; il se fait rendre Saint-Yrieix[332]et met dans cette place une garnison bretonne[333]. P.248,249,425,426.

Ce siége de Limoges dure environ un mois[334]. Les mineurs duprince de Galles parviennent à faire tomber un pan du mur d’enceinte dans les fossés, et les Anglais entrent aussitôt dans la ville par cette brèche. Ils passent au fil de l’épée plus de trois mille habitants de Limoges; ils saisissent l’évêque lui-même dans son palais et l’emmènent devant le prince qui le menace de lui faire trancher la tête. Seuls, les hommes d’armes de la garnison, au nombre de quatre-vingts, s’adossant contre une muraille, déploient au vent leurs bannières et refusent de se rendre. Des combats corps à corps s’engagent entre le duc de Lancastre et Jean de Villemur, entre le comte de Cambridge et Hugues de la Roche[335], entre le comte de Pembroke et Roger de Beaufort[336]; les trois chevaliers français sont réduits à rendre leurs épées. P.249à252,426à428.

Les Anglais brûlent la ville de Limoges[337], la mettent au pillage et retournent chargés de butin[338]à Cognac. Le duc de Lancastreprie le prince son frère de lui livrer l’évêque auquel il fait grâce[339], à la prière du pape Urbain V. P.252,253,428,429.

La nouvelle de la reprise de Limoges, du massacre des habitants et de la destruction de la ville, porte un coup sensible à Charles[340]V. Sur ces entrefaites, Moreau de Fiennes ayant voulu se démettre de l’office de connétable de France, la voix publique désigne Bertrand du Guesclin pour le remplacer. Le chevalier breton est mandé à Paris par messages, et les courriers porteurs de ces messages le trouvent dans la vicomté de Limoges où ilvient de s’emparer de Brantôme. Bertrand confie la garde des places conquises à son neveu Olivier de Mauny et se rend aussitôt auprès du roi de France. Il est investi, malgré ses objections, de l’office de connétable; le roi le fait asseoir à sa table et lui assigne quatre mille francs de revenu par an[341]. P.253à255,429,430.

CHRONIQUESDE J. FROISSART.


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