Si prioit li roys Carles de Franche humblement à tous les seigneurs dessus dis et à leurs conssaux que ilz volsissent, à grant loisir, lire ou faire lire ces presentes lettres, et regarder et ymaginer sus et bien examiner de poinct em poinct, car il juroit et prommetoit en se loyauté que oncque li roys d’Engleterre ne ses fils li prinches de Galles, par especial, n’en avoient mies tenu ne acompli le dizime partie: pour quoy il disoit que ilz avoient allé et erré contre leur sierement, et enfraint et brisié le pais sans nul title de raison, et tenu et envoiiés gens d’armes et Compaignes sus le royaumme de Franche, et avoient retenu pluisseurs cappittainnes et autres des Compaingnes, tant Englès comme Gascon, qui avoient estet pris ou royaumme de Franche. Quant on les faisoit morir pour leurs villains fais, tels que le bourch Camus, le bourch de Bretuel, Espiotte, Batillier et Jehan le Nègre, sus leur mort, il confessoient que li prinches de Galles les avoit envoiiés, et envoieoit ains le guerre ouverte encorres tous les jours. Sidevés sçavoir que telx parolles et moustranches que li roys de Franche moustroit et declaroit, coulouroient mout ses besoingnes. Si les fist il preechier, publiier et remoustrer notoirement et generaument parmy son royaumme par monsigneur Guillaume de Dormans, qui bien le savoit faire, et pluisseurs autres prelas et ses offisciers, ydosnes et propisses à ce faire; et en signe d’umelité et en cremeur de Dieu, il en faisoit faire pourcessions publicques, et ils meysmes et la roynne de Franche y aloient en grant devotion, tout à nus piés. D’autre part, li roys Edouwart d’Engleterre, en son pays et par dechà le mer, as seigneurs de son acord et à li alyé se complaindoit trop grandement dou roy de Franche, et moustroit voies de droit et de raison, qui ooit et entendoit ses lettres et ses proches. Et pour ce, se il envoieoient enssi des uns as autres, ne se laissoient il mies à pourveir et à gueriier l’un l’autre par mer et par terre. Fos162 à 164.
P.124, l. 8 à 13: telz que.... gens d’armes.—Ms. B 6: messire Jehan d’Erminach, messire Jehan de Villemur, le sire de Bieaugieu, le sire d’Alençon, messire Jehan de Boullongne, messire de Sailly, messire Robert de Sansoire, marisal de Franche, ou lieu de messire Ernoul d’Audrehem qui estoit nouvellement mort à Paris sus son lit. Fo734.
P.124, l. 11: Serignach.—Ms. A 8: Sergnac. Fo306.
P.124, l. 15: apovrissoient.—Le ms. A 8 ajoute: dommagoient.
P.124, l. 19: leurs gens.—Ms. A 8: le duc de Berry et ses gens.
P.124, l. 25 et 26: si bellement.—Ms. A 8: par si bonne manière.
P.124, l. 30: la querelle.—Ms. A 8: le bon droit.
P.125, l. 4: Gramach.—Ms. A 8: Gramat.
P.126, l. 18: envoiiet.—Ms. A 8: enjoint.
P.126, l. 24: lés.—Ms. A 8: pais.
P.127, l. 30 et 31: soutieus.—Mss. A 7, 8: soubtilz. Fo300 vo.
P.128, l. 10: eu.—Ms. A 8: sur ce.
P.128, l. 12: cambres.—Le ms. A 8 ajoute: et compaingnies.
P.129, l. 4: trau.—Ms. A 7: dommage.—Ms. A 8: cam.
P.129, l. 4: vint.—Ms. A 7: neuf.
§617. Vous avés.—Ms. d’Amiens: En ce tamps, envoiea li comtes Loeis de Flandres grans messaiges en Engleterre, pour requerre au roy que il le volsist quitter d’aucuns couvens que il avoient enssamble, pour le cause dou mariaige dont j’ay parlé chy dessus en ceste histoire, de la fille dou dit comte et dou fil dou dit roy, le comte de Cantbruge: lequel mariaige pappes Urbains ne vot oncques dispensser, et cousta au roi d’Engleterre li pourcach très grant avoir, mais li pappes avoit dit et juret que, pour lui detraire as chevaux, il ne le dispensseroit ja. Et qant li roys englès vit chou que il n’en aroit aultre cose, enssi comme tout tannés il quitta le comte de Flandres et la damme ossi. Si vous di que, sitost que les quittanches furent faittes, li mariaiges fu fais, car il estoit ja tout tretiés de celle damme, fille au comte Loeis de Flandres, et de monsigneur Phelippe, ducq de Bourgoingne, maisné frère dou roy Carle de Franche, parmy tant que ly roys de Franche rendi et quitta tout liegement au comte de Flandres et à le comtet, et à tousjours mès, Lille et Douay et touttes lez appendanches; et encorres eut li comtes de Flandres, pour lez frès de lui et de ses gens, six vingt mil frans franchois. Si espousa li dis dus de Bourgoingne la fille au comte de Flandres en l’abbeie de Saint Piere de Gand, et là eut grans festez et nobles et mout de signeurs, et y jousta on par trois jours. Ce fu environ le Saint Jehan Baptiste, l’an de grasce mil trois cens soissante et neuf. Or revenrons as besoingnes d’Acquittainne. Fo154 vo.
P.129, l. 25: paraus.—Mss. A 7, 8: pareil. Fo301.
P.129, l. 28: Cil.—Le ms. A 8 ajoute: qui envoiez y furent.
P.130, l. 5: li contes.—Le ms. A 8 ajoute: de Flandres.
P.130, l. 12: wage.—Ms. A 8: gage.
P.130, l. 19: affreoit.—Ms. A 8: afferoit.
P.130, l. 31 et 32: un petit plus frans et plus fors.—Ms. A 7: un petit plus frans et plus durs.—Ms. A 8: plus dur et plus fel. Fo307 vo.
P.130, l. 32: grignes.—Ms. A 8: griefz.
§618. Li rois Edowars.—Ms. d’Amiens: En ce tamps, passa li roys Carles de Navarre outre en Engleterre, et trouva le roy englès et le duc de Lancastre, son fil, et une partie du consseil d’Engleterre en l’ille de Cepée, en ung mout biel castiel que li roys englès avoit là fait faire et fonder nouvellement sus le rivièrede Tamise, assés priès de Cantorbie. Si eurent chil doy roy parlemens, tretiés et aliances adonc enssamble, et devoit li roys de Navarre faire guerre au roy de Franche, lui revenut en Normendie. Enssi le proummist il au roy englèz et l’eut en couvent; si s’en retourna arrière en son pays à Chierebourch, où il se tenoit. Et le raconvoiièrent les gens dou roi englès, tant qu’il fu là où il volloit y estre, asquelx il n’ezchei mies trop bien à leur retour; car, ensi qu’il s’en ralloient en Engleterre, il encontrèrent quatre nefs de Normans à qui il leur couvint parler. Si furent assailli li Englès qui là estoient, mort et desconfit une nef tant seullement; mais petit y avoit de gentilz hommez, fors que gens d’offisse. Si desplaisoit il mout auroyenglès, quant il oy recorder ces nouvelles que ses gens avoient eu ung si dur rencontre. Fo162.
P.131, l. 12: lés.—Ms. A 8: costez. Fo307 vo.
P.131, l. 26: se tenoit.—Ms. A 8: se tenoient.
P.131, l. 27: partout.—Ms. A 8: par toutes.
P.132, l. 20: moult mal.—Les mss. A 15 à 17 ajoutent: car endementres que le roi de Navarre, qui nouvellement estoit venu d’Engleterre de parlementer avec le roi, si comme j’ai dit ci devant, festioit ces chevaliers d’Engleterre qui raconduit et ramené l’avoient, seurent aulcuns Normans et Bretons et aultres escumeurs de mer, ceste avenue du roi de Navarre et des Englès, et comment il s’en devoient tantost retourner en Engleterre. Si s’ordonnèrent et misent en aguet sus mer, et assés tost rencontrèrent ces chevaliers d’Engleterre qui parti estoient de Chierebourch et du roi de Navarre et s’en retournoient en leur pays ne point ne se donnoient de garde. Si rencontrèrent.... Fo338 vo.
P.132, l. 32: querre.—Ms. A 8: querir.
P.133, l. 2: donna.—Le ms. A 8 ajoute: congiet.
P.133, l. 14: le captal.—Le ms. A 8 ajoute: de Beuch.
§619. En ce temps.—Ms. d’Amiens: Si comme nous avons parlé ung grant tamps des besoingnes et des avenues qui avinrent adonc en Ango, em Poito, en Tourainne, en Saintonge, en le Rocelle et en le Langhe d’Ok, et des rebellions des villes, des chités et des castiaux, et ossi des gentilx hommes qui s’esmurent et se levèrent contre le prinche d’Acquittainne et se tournèrent franchois, nous couvient parler des avenues qui avinrent en celle saison en Picardie, environ Saint Omer, Arde, Ghines et Calais. Si vous di que li roys Carles de Franche avoit si grossement et sigrandement pourvueu ces frontières de bonnes gens d’armes, que on ne pooit entrer ne chevauchier ou pays de Pikardie, fors à grant routte; et en estoit cappittainnes et mestres souverains li comtes de Saint Pol, qui tenoit plus de mil combatans ens ès fortrèches et sus les frontières par les garnisons. Et estoit à ce donc cappittainnes de Boulongne li sires de Saintpi, qui de garder son frontière faisoit mout bien son devoir. Si s’esmurent en cel estet tout li chevalierz et escuier d’Artois, et de Haynnau aucuns, et par especial messires Jehans de Werchin, senescaux de Haynnau, li sires de Floion, et li connestables de France pour le temps, messires Moriaux de Fiennes, et s’en vinrent devant le bastide d’Arde, et s’y ordounnèrent et appareillièrent pour l’assaillir. Et là eut à ceste assamblée plus de cinq cens chevaliers et escuiers franchois et leurs gens; mès noient n’y fissent. Si furent il par devant je croy cinq jours, et y fissent aucunes escarmuches, mès riens n’y conquestèrent. Quant il virent que il ne pooient riens gaegnier à assaillir Arde et que elle estoit trop bien gardée et pourvueue, si s’avisèrent que il se retrairoient en leur fortrèce et guerriroient par garnisons. Si se departirent, et s’en ralla chacuns là où il estoit ordounnés pour li tenir, et li senescaux de Haynnau s’en alla en Franche deviers le roy. Fo161 vo.
P.133, l. 20: d’Arde.—Ms. A 8: d’Ardre. Fo308.
P.133, l. 23: seneschaus.—Ms. A 8: connestable.
P.134, l. 5: frice.—Ms. A 8: frique.
§620. Nous revenrons.—Ms. d’Amiens: Là (devant Royauville) eut, je vous di, par pluisseurs jours moult de grans assaus et de belles appertisses d’armes faittes. Toutteffois finablement, à un grant assaut qui fu entre les autres, li Franchois assaillirent si ouniement et si bien continuèrent que de forche il prissent Royauville, et furent tout li Englès qui dedens estoient mort et ochis, sans nul prendre à merci. Et fissent jurer as hommes de le ville que, de ce jour en avant, il seroient bons Franchois et loyal, et le jurèrent et eurent en couvent, et furent tout joyant, quant par enssi il peurent escaper.
Et toudis se tenoit en la Millau li senescaux de Roherge, messires Thummas de Wettevale, quoique li pays d’environ lui se tournast franchois, et faisoit souvent des yssues et des chevauchies moult honnerables pour lui; et tenoit encorres une fortrèche, queon appelloit le Roche Vauclère, où souvent chevauchoit de l’un à l’autre, pour rafreschir ses gens et yaux renouveller de comfort et de corage et regarder coumment il leur estoit. Or retourrons nous au siège de Bourdille, en le comté de Pieregorth, qui ne fait mies à oubliier. Fo155 vo.
P.134, l. 19: gens.—Le ms. A 8 ajoute: d’armes.
P.134, l. 25: besongnast.—Ms. A 8: besoing eust esté.
P.135, l. 1: Pennebruch.—Ms. A 8: Pennebroch.
P.135, l. 1: seoient.—Ms. A 8: estoient à siège.
P.135, l. 22: Paus.—Ms. A 8: Pans.
P.135, l. 24: Laille.—Mss. A 7, 8: Lisle.
P.136, l. 3: Wettevale.—Ms. A 8: Witevale.
P.136, l. 8: Roerge.—Ms. A 8: Bretaingne.
P.136, l. 11: jusques adonc.—Ms. A 8: jusques à ce.
§621. Sur les marces.—Ms. d’Amiens: En ce tamps, si comme je vous ay ja dit chy dessus, estoient sour les marces de Poito et de Tourainne messires Guillaummes des Bordes, messires Jehans de Buel, messires Loeis de Saint Juliien et Caruel le Breton et leurs routtes. Si penssoient et estudioient nuit et jour coumment il pewissent grever les Englès et leurs ennemis. Si avisèrent tant qu’il prissent de nuit et emblèrent par esciellement le fort castiel qui s’appelle le Roche de Ponsoy en Poito, sus le rivierre de Cruese, à deux liewes de le Haie en Tourainne et assés priès de Casteleraut: de quoy tous li pays d’environ fu durement effraés, et chil dou lés des Franchois grandement recomfortés, car tantost il missent une bonne grosse garnison dedens, sus le comfort de le fortrèce.
En ce meysme tamps, tenoient les camps en Poito messires Guichars d’Angle, marescaux d’Acquittainne, et messires James d’Audelée, senescaux de Poito, et messires Bauduins de Fraville, senescaux de Saintonge; et avoient bien douze cens combatans, et cevauchoient sus les marches de Berri et de Tourainne et mettoient le pays où il converssoient, qui estoit contraire à yaux, en grant tribulation. Et vinrent li dessus noummet chevalier et leur routtes devant le ville de Breuse, qui est au seigneur de Cauvegny, ung grant baron de Poito, liquelx viscomtez de Breuse et sires de Cauvegny estoit tournés franchois: dont li prinches avoit grant mautalent et avoit coummandé à monseigneur Guichart d’Angle que la terre dou dessus dist chevalier fust toutte courueet gastée sans deport, pour tant qu’il s’estoit tournés franchois et l’avoit relenqui, qui estoit ses naturelx sires.
Quant messires Guichars d’Angle et li chevalier dessus noummet et leurs gens furent venut devant le ville de Breuse, il s’arestèrent et l’avisèrent, et ymaginèrent mout bien coumment il le poroient assaillir à leur plus grant prouffit. Toutteffois, quant il l’eurent bien consideré, il s’ordounnèrent à l’asaut, les archiers par devant, qui coummencièrent à traire moult fort et mout roit, et chil de le fortrèche à traire contre yaux et bien deffendre. Là eut grant assaut et dur et bien continué, mès che premier jour il n’y fissent riens. Dont se retraissent sus le soir li Englès et li Poitevin à leurs logeis, et dissent que, à l’endemain, il feroient leur pooir dou concquerre, quoi qu’il dewist couster. Si passèrent enssi celle nuit. L’endemain au matin, il s’armèrent et ordounnèrent, et aprocièrent le ville de grant vollenté et le coummencièrent à assaillir fortement et vistement, et se prendre chacun priès de bien faire le besoingne. Si eut aucuns compaignons appers et aventureux, qui vinrent jusquez as murs de le ville, car li fosset n’estoit mies trop larges ne trop perfons, et avoient piks et haviaux en leurs mains, dont il picquetoient les dis murs; et pour le get des pierres qui leur pooient venir d’amont, il estoient très bien paveschiet. Ossi y avoit archiers d’Engleterre qui estoient aroutté sus les fossés: chil traioient si roit et si ouniement que à painnes osoit nuls aparoir as gharittes pour deffendre le ville. Et tant picquetèrent et assaillirent chil d’aval des fossés, qu’il pertrusièrent le mur d’un grant trau et tant que doy homme y pooient de froncq bien entrer. En peu d’eure, li murs fu si efforchiés que li assallant en rompirent ung grant pan, par quoy touttes gens sans dangier pooient bien par là entrer en le ville. Enssi Bruse prise, et les gens contourné à grant meschief, car on les ochioit sans merchy, dont c’estoit pités, et furent pris seize cens hommes d’armes dou viscomte de Breuse, et tantost et sans delay pendu en leurs armures meysmes. Ceste contrevenganche prissent les gens dou prinche des hommes et de le ville de Breuse, affin que li autre ewissent cause et matère de yaux castiier; et quant il en eurent fait leur vollenté, il se retraissent deviers la chité de Poitiers. Ces nouvelles vinrent au signeur de Cauvegny, qui se tenoit à Paris, coumment sa ville de Breuse estoit prise et gastée et ses gens mors et mis à destruction. Si en fu durement courouchiés, che fu bien raisons, et dist qu’il l’amenderoit, quantil poroit, sus messire Guichars d’Angle, qui estoit ses voisins et qui li avoit pourcachiet che dammaige.
En ce tamps, manda li prinches de Galles en Angouloime, là où il se tenoit tous malades, le viscomte de Rochuwart, que il venist parler à lui, car li prinches estoit enfourmés que il se volloit tourner franchois. Se vint li viscomtes deviers le prinche. Si trestost qu’il fu venus, li prinches le fist prendre et mettre en prison courtoise et bien garder, et jura qu’il ne partiroit de là jusques à tant que il aroit bonne caution dou dit viscomte, qu’il seroit bons Englès et demourroit dalés lui et ses gens en touttes besoingnes, ensi qu’uns feables doit demourer dalés son seigneur. De le prise dou dit viscomte et de le souppechon que li princes avoit sour lui, furent tout si proïsme mout courouchiet, et si n’en peurent avoir autre cose, tant qu’à ceste fois. Enssi estoient adonc li seigneur et les terres en le duché d’Acquittainne en grant variement et guerriiet de leurs voisins. Si ne savoient li pluisseur bonnement que faire. Fo156 roet vo.
P.136, l. 17 et 18: Carenloet.—Mss. B: Charuel.—Ms. A 7: Kaeranloet. Fo302 vo.—Ms. A 8: Carnet. Fo309.
P.136, l. 18: douze cens.—Mss. B 4 et A 8: douze mille. Fo306.
P.136, l. 23: le Roce de Ponsoy.—Ms. A 8: la Roche de Posoy.
P.137, l. 18: Rocewart.—Ms. A 8: Rochechouart.
P.138, l. 3: Fraiville.—Ms. A 8: Franville.
P.138, l. 10: contournés.—Ms. B 4: tournés. Fo306 vo.—Ms. A 8: tourmentez.
P.138, l. 29: tamainte.—Le ms. A 8: ajoute: belle.
P.139, l. 10: ou.—Ms. A 8: en.
§622. Messires Robers.—Ms. d’Amiens: Or entendi messires Robers Canolles les nouvelles coumment li Franchois faisoient très forte guerre au prinche, et li tolloient tous les jours ses villes et ses castiaux, et ardoient et essilloient en la ducé d’Acquittainne mout avant. Si s’avisa li dis messires Robers que il venroit deviers le prinche et le serviroit et conforteroit à ce besoing de son corps et de ses gens, car moult y estoit tenus pour tant que li roys ses pères l’avoit mout amet et avanchiet en tous cas. Si fist ses pourveanches pour lui et pour ses gens en quatre vaissiaux, sus ung havene de mer en Bretaigne, que on appelleKonke; et quant il eut tout apresté, il vint celle part et entra en son vaissiel à soixante hommes d’armes, et naga et singla tant qu’il arriva ou havene au kay de le Rocelle. Si yssirent, il et ses gens, de leurs vaissiaux, et descargièrent tout bellement leurs pourveanches et leurs chevaux et se rafreschirent quatre jours en le Rocelle. Au cinquime, s’em partit messires Robers Canolles et se routte, et chevaucièrent tant parmy Saintonge et Poito que il vinrent en la cité d’Angouloime, là où li princes et la princesse et leur enffant se tenoient, Edouwars et Richars. De le venue monsigneur Robert Canolle fu li prinches grandement resjoys, car li dis messires Robers se presenta et offri en son serviche et à faire tout ce qu’il li plairoit. De quoy li prinches li dist par pluisseurs fois: «Monsigneur Robert, très grans merchis, et je vous doy moult regrasciier, et bien y sui tenus, de ce c’à che besoing vous m’estes venus secourir. Si vous fay et ordounne souverain mestre et cappittainne de tous les chevaliers et escuiers de mon hostel.»—«Monsigneur, respondi messires Robers, et quant vous me voullés de tant honnourer, je ne le doy mies refusser; et Dieux me fait faire esploit qui vous vaille, car j’ay très grant desir de vous servir en tous kas.»
En ce tamps, avoit une grosse garnison de Franche en le chité de Chaours, qui estoit tournée francoise, si comme il vous est dit chy dessus par le pourcach de l’arcevesque de Thoulouse. Si en estoient souverain et cappittainne bon guerieurs durement et gens de Compaingnes, c’est assavoir: Ammenions d’Ortige, Perros de Savoie, Jakes de Bray, Ernautons de Paus et Petis Meschins. Si estoient tout chil de le comté de Fois appert bacheler et hardit homme durement, et faisoient souvent des yssues grandes et belles, et chevauchoient en Quersin, en Limozin et jusques en Roherge et en Aginois, et mettoient le pays en grant destruction. Et se rendoient à yaux villes, cités et castiel, et prendoient hommes et prisonniers à force et à esploit, et y faisoient mout de desrois, tout au title et ou nom dou roy de Franche et dou duc d’Ango, pour qui il chevauchoient. Et vinrent devant une bonne ville que on nomme Fumel, et y sissent quatre jours, et le prissent par force et par assault, et fu toutte robée et pillie; et puis en fissent une garnison et le remparèrent. Apriès, il vinrent à Villenove d’Aghinois et l’asegièrent, et y fissent ung jour mout grant assaut. Chil de le ville doubtèrent qu’il ne fuissent pris par forche et tout gastet et essilliet; si se rendirent, saufve leurs corpset leurs biens, et jurèrent qu’il seroient en avant bons Franchois et loyal, mès puis en mentirent.
Ces nouvelles parvinrent jusques au prinche, qui se tenoit à Angouloime, coumment li Franchois destruisoient et gastoient son pays: si en fu durement courouchiés. Adonc estoit assés nouvellement venus messires Robers Canolles. Si s’avisa li prinches que il l’envoieroit de celle part pour contrester as Compaingnes, et li deliveroit touttes ses gens d’armes. Si l’en delivra grant fuisson et tous les chevaliers et escuiers de son hostel, premierement: monsigneur Thummas de Persi, monsigneur Estievene de Gousenton, monsigneur Richart de Pontchardon, monsigneur d’Aghoriset, monsigneur Noël Lorinch, monsigneur Guillaumme Tourssiel, monsigneur Nicoulas Bonde, monsigneur Jehan Trivet, monsigneur Richart Tantonne, monsigneur Thummas de Welkefare et pluisseurs autres; et estoient bien, quant il furent tout assamblé, cinq cens lanches et cinq cens archiers et otant de brigans à tous pavais. Si chevauchièrent ces gens d’armes, dont messires Robers estoit chiés, deviers la chité d’Aghens, car leurs ennemis estoient ens ou pays, et toudis leur croissoient gens, car encorres y revint messires Ustasses d’Abrecicourt à une routte de gens d’armes, par l’ordounnanche dou prinche.
Entroes que messires Robers Canolles et ses gens chevauchoient celle part, il entendi que messires Perducas de Labreth, qui estoit ungs grans cappittaines entre les Compaingnes, estoit sus le pays à tout une grosse routte de compaignons, et si estoit nouvellement tournés franchois. Adonc envoiea li dis messires Robers deviers lui parlementer et tretiier qu’il se volsist retourner englès et qu’il avoit estet decheus et enchantés malement, quant il estoit devenus franchois et avoit laissiet le prinche, son droit signeur, qui tant de biens li avoit fais et pooit faire; et encorres, se il se voloit retourner, il li feroit le prinche pardounner son mautalent. Tant fu li dis messires Perducas de Labret prechiés, qu’il se retourna englès et fist tourner plus de trois cens armures de fier des Compaignes. De tant fu rengroissie et remforchie li chevauchie monsigneur Robert Canolle. Fos156 voet 157.
P.140, l. 2: otant d’arciers.—Ms. B 6: cent arciers. Fo738.
P.140, l. 15: Chandos.—Le ms. A 8 ajoute: et.
P.140, l. 17: le bonne.—Ms. A 8: la meilleur.
P.141, l. 5: d’Aghorises.—Ms. A 8: d’Aghoriseth.
P.141, l. 21: entendre des.—Ms. A 8: attendre leurs.
P. 142, l. 10: plus de cinq cens.—Ms. B 6: dont il avoit bien trois cens, et pour l’amour de luy s’en retournèrent plus de trois cens. Fo739.
P.142, l. 12: bien.—Ms. A 8: compte.
§623. Ces nouvelles.—Ms. d’Amiens: Quant Ammenions d’Ortige, Ernautons de Paus et Petis Meschins et leur compaignon, qui menoient les routtes, entendirent que messires Perducas de Labreth estoit tournés englès, si en furent mout courouchiet, et dissent que il avoit fait une grant lasqueté au duc d’Ango, car il avoit proummis et juret qu’il demour[r]oit à tousjours mès bons Franchois; et n’en peurent il avoir autre cose, tant qu’à present. Si n’eurent mies consseil d’atendre messire Robert Canolles ne se routte, mès s’en vinrent en une forterèche que on claimme Durviel, que il avoient malement fortifiie, et une prestrie. Si le pourveirent, avoecq ce que elle estoit bien pourvueue de tous vivres, de vins, de chars, de farinnes et d’avainnes et de grant fuisson de bonne artillerie, et se retraissent là dedens les cappittaines dessus noummés.
Quant ces nouvelles vinrent à messire Robiers Canolles qu’il ne trouveroit point sus les camps chiaux qu’il demandoit pour combattre, et qu’il s’estoient boutés en le forterèce de Durviel, si dist qu’il se trairoit celle part et y meteroit le siège. Si s’achemina et toutte se routte deviers Durviel, et fissent tant que il y vinrent. Si l’asegièrent de tous poins bien et ordounneement, et y fissent biaux logeis et grans de bois et de arbres, et bielles fueillies, où leur chevaux estoient establé. Si coururent leur coureur aval le pays pour avoir vivres et vitailles pour avitaillier l’ost, mès il le trouvoient si povre et si desrobet partout qu’il n’y avoit riens deux journées environ; car les Compaingnes avoient tout mis ens ou destruit le demorant, pour le cause de chou qu’il ne volloient point que leur ennemy en ewissent aise.
Le siège pendant devant Durviel, il y eult maint assaut et tamainte escarmuche fette et mainte appertisse d’armes, car c’estoient, d’un lés et de l’autre, droite gens d’armes. Si venoient priesque tous les jours chil de Durviel, Ammenion d’Ortige, Jakes de Bray, Perros de Savoie, Petis Meschins, li bours de Bretuel, Lamit, Ernauton de Paus et leur compaignon lanchier, escarmucier et combattre as Englès à leurs barrières. Si vous di que il ne se partoient nient qu’il n’en y ewist des mors et des blechiésd’un lés et de l’autre, mais la cose estoit trop mieux partie pour chiaux de dedens que pour chiaux de dehors; car il estoient bien avitailliet, et chil dou siège n’en avoient fors à grant dangier, et fu tel fois que on vendoit en l’ost ung pain un florin: encorres n’en pooit on recouvrer.
Or avint, sitost que messires Jehans Camdos et li captaus de Beus et messires Thummas de Felleton et li autre chevalier dou prinche qui se tenoient à Montalben, entendirent que messires Robers Canolles et ses gens avoient assis Durviel en Agenois et grant fuisson des cappittainnes des Compaignes dedens, il s’avisèrent li ungs par l’autre qu’il se trairoient de celle part; car il leur fu dit que li comtes de Comminges, li viscomtes de Quarmaing, li seneschaux de Toulouse, li senescaux de Biauquaire et chils de Carcasonne, messires Bertrans de Taride, li sires de la Barde et pluisseur autre chevalier et escuier se queilloient et les devoient venir combattre et lever le siège. Si ne volloient mies que, en le deffaut d’iaux, lors gens fuissent noient foullé. Si se partirent de Montalben moult ordounneement, et y laissièrent à cappittainne monsigneur le soudich de Lestrade et monsigneur Bernadet de Labreth, et puis chevauchièrent deviers Durviel. Si avint qu’il trouvèrent en leur chemin une ville qui s’apelloit Monsach, et se tenoit franchoise; assés forte estoit, mès il n’y avoit dedens nul gentil homme pour le garder et deffendre, fors que les hommes de le ville. Si dist messires Jehans Camdos: «Che seroit blammes pour nous, se nous laissions ceste fortrèce derrière, et nous poroit bien, sus le tamps à venir, faire dammaige. Je consseile que nous l’alons veoir de plus priès, et regardons quelle cose nous em porrons faire.» Chis conssaux fu tenus et creus; il s’acheminèrent deviers Mossac. Si l’imaginèrent mout bien. Quant il y furent parvenu et virent que elle estoit forte malement et que par assaut elle ne fesoit point à prendre, si se tinrent tout quoy un espasse, et se conssillièrent enssamble quel cose il feroient. Et estoient ja tout ravisé dou departir, et aller leur chemin devant Durviel, quant aucuns coureurs des leurs vinrent par deviers yaux, qui avoient chevauchiet sour le pays et trouvé quatre sommeliers, qui amenoient en Durviel pourveanches pour vivre, et les avoient examiné si avant qu’il disoient ensi que dedens Monsach n’avoit de tous vivres non pour durer plus hault de sept jours. Tout che raportèrent li coureur englès à leurs signeurs, à qui il fissent present des hommes et de leur vitaille.
Quant messires Jehans Camdos et li autre chevalier eurent entendu que la necessité de vivres estoit si grans dedens le fortrèche là où il se tenoient devant, si dissent enssi: «Nous nos logerons ychy, car longement ne se poront tenir, mès que che soit verités que on nous a dit.» Si se logièrent erramment par devant le fort de Montsach et l’environnèrent de tous costés, et fissent tous les chemins mout songneusement getier, par quoy nul vivre ne pewissent en le ville venir, et ne fissent oncques nul samblant de l’asaillir, car il veoient bien que il y perderoient leur painne. Quant chil de Montsach virent que c’estoit tout à certes que messires Jehans Camdos et li captaux et li autre chevalier les avoient asegiés, et si n’avoient mies vivres dedens la ville par quoy sus ce comfort il se pewissent longement tenir, et si n’en esperoient nul à avoir de nul costé, si se coummencièrent à esbahir, et eurent consseil qu’il trairoient deviers monsigneur Jehan Camdos, enssi qu’il fissent. Il jurèrent et proummissent que, de ce jour en avant, il seroient bon Englès et loyal et obeyssant au prinche, et ne le relenquiroient pour nul seigneur. Parmy tant et sus ce sierement se deslogièrent li Englès, et se traissent deviers Durviel, où messires Robers Canolles et li autre estoient.
Tant chevauchièrent messires Jehans Camdos, li captaus et li autre de leur compaignie, qu’il vinrent devant Durviel. De tant fu li sièges renforchiet. Si se conjoïrent li baron et li chevalier grandement, quant il se trouvèrent enssamble. Fo157.
P.142, l. 23: anoi.—Le ms. A 8 ajoute: aucuer. Fo310 vo.
P.142, l. 28: ville.—Le ms. B 6 ajoute: et leur laissèrent environ cent lanches pour aidier à consillier cheulx de la ville. Fo740.
P.142, l. 28: priorie.—Mss. A 7, 8: prioré. Fo303 vo.
P.143, l. 6: usé.—Ms. A 8: avisiez.
P.143, l. 9: captaus.—Le ms. A 8 ajoute: de Beuch.
P.143, l. 20: Tarse.—Ms. A 8: Tarstre.
P.143, l. 27: hommes.—Le ms. A 8 ajoute: de la ville.
P.144, l. 6: en sus.—Ms. A 8: oultre.
P.144, l. 8: sommelier.—Ms. A 8: sommiers.
P.144, l. 15: astrainte.—Ms. A 8: estrainte.
P.145, l. 12: saus.—Ms. A 8: frais.
§624. Ce siège pendant.—Ms. d’Amiens: Depuis la venue des dessus dis, eut à Durviel tamaint assaut et maint paletich,et pluisseurs biaux fès d’armes empris et fait. Si y veoit on souvent jones bachelers, chevaliers et escuiers, pour yaus aloser et avanchier as armes, enventurer leurs corps et venir as barrierres de le forterèche lanchier et escarmuchier à chiaux de dedens. Et chil dou fort ossi venoient contre yaux, et se combatoient enssi li ungs à l’autre tout le jour. Si vous di que chacuns se prendoit endroit li mout priès de bien faire le besoingne. Mout bien se tinrent chil de le fortrèche de Durviel, tant que riens n’y perdirent. Si fu li sièges devant yaux plus de cinq sepmainnes entières, et tous les jours avoient l’assaut et le hustin par trois ou par quatre estours, et gisoient li Englès qui devant se tenoient, en grant painne; car, tous les jours et priesque touttes les nuis, plouvoit si ouniement que ce leur faisoit trop d’anois, et en estoient lez armures et leurs draps tout souilliet et tout poury. Avoecq tout ce qui leur estoit uns grans griefs, li plus grant partie des leurs ne mangoient pas touttes les fois qu’il leur en souvenoit. Des vins avoient il assés par raison, qui grandement recomfortoit les mesaises, mais de pain mout petit, et à grant dur en recouvroient; et ce qu’il en avoient, il leur venoit de mout loing. Meysmement leur foureur et leur coureur ne savoient où aller pour mieux fourer, et telle fois estoit qu’il chevauchoient si loing, qu’il estoient trouvet et rencontret des garnisons franchoises, qui estoient enexesées sus le pays: si perdirent bien souvent tout.
Quant chil qui devant Durviel seoient, virent que il ne conquestoient riens à là seoir, ne appairans n’estoit de riens concquester, et que leur ost estoit en grant destrèche de faminne, si eurent consseil et advis qu’il se deslogeroient et se trairoient plus avant en plus cras pays. Si se deslogièrent et s’en vinrent devant un castiel que on dist de Domme, dont messires Robers de Domme estoit sires, et se tenoit adonc par dedens et avoecq lui messires Pierres Senglers, doi bon chevalier et hardi et preu as armes. Là se traist et atraya toutte li hos des Englès et des poursuiwans, et asegièrent Domme et l’envirounnèrent de tous costés, affin que ilz le pewissent mieux constraindre et plus tost prendre.
Par devant Domme avoit à siège grant chevalerie et bonne. Si vous en noummeray les aucuns: premierement monsigneur Jehan Camdos, monsigneur le captal de Beus, monsigneur Loeis de Halcourt, monsigneur Robert Canolles, monsigneur Thummas deFelleton et son frère, monsigneur Loeis de Melval, le signeur de Pierebufière, monsigneur Raimmont de Maruel, monsigneur Richart de Pontchardon, monsigneur Thummas de Persi, monsigneur Thummas le Despenssier, monsigneur d’Aghorises, monsigneur Ustasse d’Aubrecicourt, monsigneur Thummas de Wetevale, monsigneur Estevene de Ghousenton, monsigneur Richart Tanton et pluisseurs autres que je ne puis mies tout noummer. Si avoient chil signeur belles routtes et grandes compaignies, et, à chou qu’il disoient et moustroient, il desiroient grandement à trouver les Franchois et yaux combattre. Si se tinrent devant Domme à siège bien ordounné et bien estaubli, et y fissent asaillir par pluisseurs fois, mès petit y concquissent; car li doy chevalier qui dedens estoient, messires Robers de Domme et messires Pierres Sengler, estoient bon homme d’arme, durement et sage guerieur. Si penssoient et songnoient moult bien de le fortrèche et des compaignons saudoiiers qui dedens avoecq se tenoient.
Quant il eurent là sis et estet environ quinze jours, il se conssillièrent et regardèrent l’un parmy l’autre quel cose il poroient faire, car il sejournoient sour le pays à grans frès et à grant painne, et si ne faissoient mies trop grant esploit. Si eurent consseil que il envoieroient Camdos le hiraut deviers le prinche en le chité d’Angouloime, et li remoustrer l’affaire et le verité de leur chevauchie, à savoir de par lui quel cose il lui plaisoit qu’il fesissent. Si escripsirent li quatre, qui estoient chief et souverain de ceste chevauchie, messires Jehans Camdos, messires Robers Canolles, messires li captaus de Beus et messires Thummas de Felleton; et, avoecq les lettres, il emfourmèrent et endittèrent Camdos le hiraut d’aucune cose dont il devoit parler au prinche. Si se parti d’iaux et dou siège de Domme. Quant touttes ses besoingnes furent ordounnées, il se mist à voie deviers Angouloime. Or lairons ung petit de lui et parlerons des signeurs englès et limozins qui estoient devant Domme... Fos157 voet 158.
Tant chevaucha li dis hiraus, envoiiés en messaige, qu’il vint en le chité d’Angouloime et trouva le prinche assés à privée mesnée, car touttes ses gens, chevaliers et escuiers, estoient en ces chevauchies et armées dessus dittes; ne nuls n’avoit cause ne raison de sejourner à l’ostel, se il ne voloit estre deshonnerés. Sitost que li dis Camdos fu venus deviers le prinche, il le requeilla moult liement et li demanda de touttes nouvelles, et chils l’en dist assés, si avant qu’il les savoit et non autrement. Et li baillali hiraux les lettres que li dit cevallier li envoieoient. Il les prist; si les ouvri et les lisi. Quant il les eut leutes, il penssa sus mout longement, et puis dist au hiraut: «Camdos, je rescripray deviers yaux temprement ce que je voeil qu’il fachent.» Il respondi: «Monsigneur, à le bonne heure.» Fo158 vo.
P.145, l. 22: devant.—Ms. A 8: d’armes. Fo311.
P.146, l. 1: viés.—Ms. A 8: vieulx.
P.146, l. 14: Sengler.—Ms. A 8: Sanglier.
P.146, l. 21: livrèrent.... assaus.—Ms. A 8: levèrent pluiseurs grans engins.
P.146, l. 24: faisoient.—Le ms. A 8 ajoute: ne riens n’y conquestoient.
§625. Assés tost.—Ms. d’Amiens: Quant li signeur englès qui devant Domme se tenoient, virent et considerèrent qu’il ne prenderoient point le fort, si eurent consseil qu’il chevaucheroient avant et concquerroient autres villes qui estoient tournées franchoises, et trouveroient plus plentiveusement à vivre. Si se deslogièrent de Domme et s’aroutèrent par deviers Gramath, et fissent tant qu’il y vinrent. Si l’asegièrent de tous sens, et envoiièrent leurs archiers et leurs bidaus bien pavesciés, assaillir et escarmucher à chiaux de dedens. Quant chil de Gramath virent approchier tant de gens d’armes et que tout se logoient environ yaux, si furent durement effraet, et coummenchièrent à traitier deviers monsigneur Jehan Camdos que il se renderoient volentiers, et seroient, de ce jour en avant, bons Englès sans plus variier, mais que on les volsist prendre à merchi et sauver yaux et le leur. Li chevalier eurent consseil que oïl. Si prissent et rechurent chiaux de Gramath à merchy, parmy tant qu’il jurèrent tout ensi que chy devant est devisé. Si entrèrent aucuns des seigneurs en le ville de Gramath, et s’y rafreschirent et reposèrent par trois jours; et chil qui ne se peurent logier ne hebergier dedens, se logièrent par dehors et trouvèrent là assés largement et à fuisson de tous vivres pour yaux et pour leurs chevaux, car la ville en estoit bien pourvueue et bien garnie. Au quatrime jour, il s’em partirent et se traissent par deviers une autre fortrèche que on claimme Fours, que les Compaignes franchoises avoient assés nouvellement fait tourner. Tant chevauchièrent et esploitièrent qu’il vinrent par devant; si s’i logièrent à siège fait et ordounné. Quant cil de Fours virent le mannierre que les Englès se logièrent là et quechil de Gramath estoient rendu, qui estoient leur voisin et avoient ossi forte ville ou plus qu’il n’ewissent, si n’eurent mies consseil ne vollenté de yaux tenir là où on les voroit prendre à merchy. Si traitièrent deviers monsigneur Jehan Camdos, que li prinches de Galles avoit là envoiiet et estaubli avoecq ses gens pour conssillier, qui estoit li plus grans cappittainnes de ceste chevauchie; et dissent que il estoient en bonne vollenté d’yaux rendre, sauve lor corps et lors biens, se on les volloit prendre à merchy. Messires Jehans Camdos et li chevalier eurent consseil que oïl. Si les prissent et se missent en sasine de le fortrèche, et y laissièrent à gouverneur un escuier gascon des gens le captal, que on appelloit Naudon d’Azerant, et environ quarante archiers d’Engleterre avoecq lui; et puis s’em partirent et chevauchièrent plus avant par deviers Rocemadour, qui est une bonne ville et forte. Si tos que li dessus dit chevalier englès et gascon des gens le prinche vinrent par devant, il l’envirounnèrent et envoiièrent leurs gens assaillir et escarmuchier. Si y eut mout grant assaut et pluisseurs navrés et bleciés de chiaux de dedens et des assallans. Au vespre, il se retraissent à leurs logeis, et se aisièrent et reposèrent le nuit. Quant ce vint à l’endemain au matin, il fissent leurs gens tout de rechief armer et aroutter par devant Rochemadour et aller asaillir. Quant chil de le ville virent le couvenant des Englès et coumment il estoient en grant vollenté d’iaux porter dammaige, et ossi très bien pourveu et appareilliet et grant fuisson de bonnes gens d’armes, si se coummenchièrent à effraer. Et dissent li plus sage et qui le plus avoient à perdre, que à le longe il ne se poroient tenir as gens le prinche, et que mieux leur valloit à faire une pais honteuse que d’iaux mettre en peril et en adventure de tout perdre. A ce consseil entendirent touttes mannierres de gens vollentiers, car il n’avoient nul gentil homme qui les gardast ne conseillast. Si traitièrent deviers monsigneur Jehan Camdos et les autres chevaliers, en yaux remoustrant que on les volsist prendre et recepvoir en le fourme et mannierre que on avoit fait chiaux de Gramath et de Fours, et il jurroient à estre bon Englès et loyal de ce jour en avant, et requissent que on leur volsist laissier à cappittainne ung chevalier englès et gens avoecq lui à leur coustage, pour garder et deffendre le ville, se li Franchois y venoient. Chils tretiés fu vollentiers oys des chevaliers d’Engleterre, et rechurent chiaux de Rochemadour à merchi, et entrèrent ens et s’i reposèrent et rafreschirent par deux jours;et quant il s’em partirent, il y laissièrent un chevalier englès qui s’appelloit monseigneur Guillaumes Toursel et environ quarante armures de fier avoecq lui.
Apriès le rendaige de Rochemadour, chevauchièrent deviers Villefranche, à l’entrée de Thoulousain, gastant et essillant tout le pays de chou qu’il y trouvoient; mès c’estoit petit, car les gens dou plat pays, par le coummandement dou duc d’Ango, avoient tout retret ens ès fortrèches, et ossi les Compaignes franchoises avoient tout courut ce pays et tout pilliet: se n’y avoit point de remanant. Et recouvroient li Englès de vivres à grant dangier, et le plus qu’il en avoient, c’estoit par tretiez et par rachas de petis fors et de villages qu’il ranchounnoient as vivres. Et envoieoient souvent leurs coureurs devant une fortrèche, qui disoient à chiaux de dedens: «O bon homme de laiiens, que nous donrés vous de sommades de pain, de vin, de farinne et d’avainne, et nous respiterons à ardoir tous les villaiges de chy environ?» Là estoient il d’acord, et se composoient à une cantité de sommiers de pourveanches. Parmy tant li Englès passoient oultre: autrement il n’avoient nulx vivres fors que de chars, mais de ce recouvroient il assés par raison. Si chevauchièrent tant en cel estat qu’il vinrent à Villefranche, que li Franchois avoient fortefiié et laissiet dedens environ quarante saudoiiers pour le garder, qui assés bien en fissent leur devoir, car il le tinrent quatre jours contre les Englès, maugré tous chiaux de le ville. Au cinqime jour, il se rendirent sauve leurs cors et leurs biens, et s’em partirent li estragnier sans dammaige, et li Englès prissent le saisinne de le ville. Or vous parlerons de Camdos le hirault, que li quatre chevalier dessus noummet, cappittainne et meneur de touttes ces gens d’armes, avoient envoiiet deviers le prinche, et ossi coumment il esploita. Fo158 roet vo.
P.148, l. 5: entrues.—Ms. A 7: entrementres. Fo304 vo.—Ms. A 8: pendant ce. Fo311 vo.
P.148, l. 8: claime.—Ms. A 8: appelle.
P.148, l. 17: que.—Ce mot manque dans le ms. A 8.
P.148, l. 30: apressés.—Ms. A 8: assaillis et pressez. Fo312.
P.149, l. 3: trettiés.—Le ms. A 8 ajoute: si bien.
P.149, l. 27 et 28: à le longe.—Ms. A 8: longuement.
P.150, l. 3: courouciés.—Le ms. A 8 ajoute: et dolens.
P.150, l. 8: pays.—Ici finit le premier livre dans les mss.A 20(ms. fr., no86 de la Bibl. Nat. de Paris)et A 29(ms. de Froissart de la bibl. de la ville de Breslau).
P.150, l. 9 à 11: Or retourrons.... perseverèrent.—Cette phrase manque dans les mss. A 21 et 22.
§626. Entrues.—Ms. d’Amiens: Vous devés savoir que devant Bourdille eult moult grant siège de par les Englès, les Gascons et les Poitevins. Si en estoient chief et souverain li comtes de Cantbruge, filz au roy englès, et li comtes Jehans de Pennebruc, qui n’estoit mies encorres fais chevalliers; et là estoit messires Jehans de Montagut, filz dou frère au comte de Salebrin, qui y devint chevaliers, si comme je vous diray assés briefment. Ad ce siège devant le fort castiel de Bourdille avoit moult des bonnes gens d’armes et qui souvent resvilloient chiaux de dedens. Ossi li compaignon et li saudoiier dou dit fort estoient mout vaillant et mout hardi, et qui souvent se venoient combattre as bailles main à main as Englès, dont on le doit bien recorder à proèche; et tout devant estoient li doy frère de Batefol, Ernaudon et Bernardet, qui merveillez y faisoient d’armes. Avint que, ung jour entre les autres, le siège pendant, il s’armèrent et fissent armer tous leurs compaignons, et pooient estre mout bien deux cens armures de fier, tout à cheval, et que bidaus et gens de piet à pavais, environ trois cens. Si parlementèrent dou soir que à la journée il wuideroient hors de leur fortrèche, et venroient resvillier chiaux de l’ost, qui si souvent les resvilloient, et s’aventuroient assavoir se ilz poroient prendre nulx bons prisounniers, car il ne faisoient tout le jour que heriier et picqueter, sans trop grant fais d’armes emprendre ne achiever.
Chils conssaux et advis fu tenus; il s’armèrent et aprestèrent bien et gaiement, et wuidièrent hors de Bourdille à l’aube poindant, et s’en vinrent par une fausse voie autour d’une montaigne en costiant l’ost des Englès, pour venir par derrière et chevauchier tout parmy et rentrer par devant en leur ville. Ceste emprise fu moult hautainne, au voir dire, et vinrent tout enssi que ordounné l’avoient, et se ferirent par derrière en l’ost, en s’escriant: «Bourdille!» et coummenchièrent à ochir, à decopper et à mehaignier gens à grant esploit. Ceste nuit avoit fait le gait chilz banerés d’Engleterre li sires de Carbestonne, et estoit entre ses gens, à l’un des corons des logeis, encorres en sen ordounnanche, chacuns des siens le bachinet en le teste. Si tost qu’il entendi le huée etl’esmeutin, il desploiia se bannierre et dist: «Avant! Avant! de par Dieu et monsigneur saint Jorge! Che sont nostre ennemy qui nous viennent resvillier.» Dont brochièrent chevaux des esperons, et vinrent au devant de chiaux de Bourdille. Là eut grant hustin et fort et dur encontre. La noise et la huée estoit ja esparse par les logeis. Si s’esmurent touttes manierres de gens, et venoient de celle part, fust à cheval, fust à piet. Si se traissent tantost li comtes de Pennebrucq et Jehans de Montagut deviers le tente de monsigneur Ammon, comte de Cantbruge, qui ossi fu tantost armés et montés à cheval, le glaive ou poing et le targe au col.
Quant li frère de Batefol, qui cappittainne estoient de Bourdille, virent que li hos estoit estourmie et acouroit sus yaux, si se coummenchièrent à retraire deviers leurs fortrèches, tout combatant et escarmuchant; mès li comtes de Cantbruge et li comtes de Pennebrucq et li chevalier et escuiier qui là estoient, se missent entre le ville et yaux, et descendirent tout à piet. Là fist messires Ammon, filx au roy d’Engleterre, le jouene comte Jehan de Pennebrucq chevalier, et monsigneur Jehan de Montagut, et des autres jusques à douze. Là eut grant bataille et dur rencontre, car il estoient tous combatans d’un lés et de l’autre. Là eut fait maintes belles appertisses d’armes, mainte prise et mainte rescousse. Quant chil qui estoient dedens Bourdille, virent les compaignons combattre leurs proïsmes, leurs frères et leurs amis, si dissent entr’iaux que il ne seroient mies bien conssilliet ne preudomme, se il ne les aidoient à leur pooir. Si ouvrirent leur porte et se rengièrent devant le barrière, et avoient là entre yaux des bons arbalestriers. Si coummencièrent à traire et à bersser sour les Englès, et li archier englès contre yaux. Là eut, je vous di, maint grant escarmuche. Et y fu, en se nouvelle chevalerie, li comtes de Pennebrucq très bons chevaliers, et y fist merveilles d’armes de le main, et ossi fu messires Jehans de Montagut. Là estoit li comtes de Cantbruge en bon couvenant, et li sires de Carbestonne, et chacuns s’acquittoit à son loyal pooir.
Que vous feroie je loing parlement? Chil de Bourdille furent si dur rebouté, que li Englès concquissent le barrière et se missent ens avoecq yaux, et enchauchièrent leurs ennemis de si priès, qu’il n’eurent pooir ne loisir de refremmer le porte. Et entra li comtes de Pennebrucq premierement ens, et sa bannierre tout devant, et furent ses gens mestre et souverain des bailles et de le porte, etgaegnièrent de premier encontre le ville. Là eut grant occision et grant encauch, et furent pris li doy frère de Battefol et tout chil à qui li Englès veurent entendre pour prisounniers; mès li plus furent mort et ochis sans merchy. Tantost apriès le prise de Bourdille, li comtes de Cantbruge en escripsi à son frère le prinche, assavoir qu’il volloit que on en fesist et qui on y laiast à cappittainne pour tenir et garder contre les Franchois; et il rescripsi et manda à son frère et as seigneurs qui là estoient, que il y ordounnoit le signeur de Muchident, et volloit qu’il em fuist souverains et cappittainnes. Che plaisi mout bien as dessus dis seigneurs. Si le delivrèrent tantost au seigneur de Mucident et le missent en sa garde, et y fissent une belle et forte garnison. Et entendirent encorres li seigneur as tours, as portes et as deffenses de le ville; et tout ce qui estoit deffait et brisiet, il le remparrèrent et missent à point, et le pourveirent et rafresquirent de vins et de vivres, et ossi de bons saudoiiers. Fo156.
P.150, l. 16: se tenoit li sièges.—Ms. A 22: se tenoient le conte de Cantebruge et le conte de Pennebroq à siège. Tome II, Fo256.
P.150, l. 17: onze.—Ms. A 8: neuf. Fo312.
P.151, l. 4: Or eurent un jour.—Ms. A 8: Or avint un jour qu’il eurent.
P.151, l. 26: Bernadés.—Ms. A 8: Bernardés.
P.151, l. 29: able.—Ms. A 7: abiles. Fo805 vo.—Ms. A 8: jeunes. Fo312 vo.
P.152, l. 25: le terme.—Ms. A 8: l’espace.
P.153, l. 10: seurté.—Le ms. A 8 ajoute: à eulx.
P.153, l. 13 à 22: arciers.... Galles.Cette fin manque dans le ms. A 22, t. II, fo257.
P.153, l. 13 et 14: deffisent.—Ms. A 8: depecièrent.
§627. Ensi que.—Ms. d’Amiens: Depuis, ne demoura gaires de temps que li prinches fu si consilliés de soy meymes qu’il rescripsi as chevaliers dessus noummés. Et raporta li hiraux les lettres et trouva les seigneurs englès sus les camps où il chevauchoient. Et estoient en Quersin, et mettoient leurs gens le pays en grant tribulation. Et avoient ja fait tourner pluisseurs villes et forterèches en Roherge, en Quersin et en Aginois, meysmement celles que li Franchois avoient pris. Si fu li hiraus li bien venus entre yaux, et prissent les lettres que liprinches leur envoieoit, qui faisoient mention, avoecq salus et amistés: li prinches mandoit et volloit que messires Jehans Camdos, messires Thummas de Felleton et messires li captaux de Beus, chil troy tant seulement, venissent en Angouloime parler à lui, et messires Robers Canolles, avoecq le demourant de le chevalerie et escuierie et de touttes les autres gens d’armes, tenist les camps. Quant il oïrent ces nouvelles, si se traissent en consseil et s’avisèrent li ung par l’autre que il obeiroient au coummandement dou prinche, c’estoit raisons. Si dissent à monsigneur Robert Canolle: «Sire, vous oés que messires li princes nous escript et nous mande et voet que vous soiiés chiés de ceste chevauchie.» Dont respondi messires Robers et dist: «Biau seigneur, li prinches, Dieux li puist merir! me honneure plus que je ne vaille; mès ce n’est pas me vollenté ne men entente que je fache chief tous seux de ceste guerre, car, se vous partés, je partiray ossi.»
Là eut pluisseurs parolles entre yaux, lesquelles je ne puis mies touttes recorder; mès finablement, il conssillièrent et avisèrent qu’il revenroient deviers le prinche et romperoient ceste chevauchie, et envoieroient toutes gens d’armes en leurs garnisons et guer[r]iroient par garnissons. Si appellèrent li dessus dit chevalier les cappittainnes des Compagnes, et leur dissent enssi: «Signeur, li prinches nous mande. Si vollons aller deviers lui savoir, plus plainnement qu’il nous a escript, quel cose il nous voet. Or envoieons nous touttes nos gens ens es garnisons, et ne penssons en grant tams gueriier autrement. Si vous dounnons bon congiet de faire vostre prouffit partout là où vous le polrés faire sus le royaumme de Franche; et, se il avient que vous prendés ne concquerés ville, cité ne castiel en Franche, et vous le voeilliés tenir et faire guerre à nos ennemis ou nom de nous, et vous aiiés affaire ou soiiés, par cas d’aventure, assegiet, nous vous proummettons et jurons loyaument que nous vous comforterons, où que ce soit ne à quel meschief.» De ces parolles et proummesses se contentèrent bien li compaignon et dissent: «Chiers seigneurs, grant merchis, et c’est bien dit.» Ensi se deffist et desrompi adonc celle chevaucie, et s’en ralla chacuns en se garnison là où il estoient ordounnés. Et li quatre chevalier s’en vinrent en Angouloime deviers le prinche, à qui il recordèrent une partie de leur exploit et tout ce que il avoient fait et ordounné. Li prinches n’y sceut riens que corrigier ne amender; car il les tenoit pour sibons et si avisés, que dessus yaux ne volloit il riens deviser. Fos158 voet 159.
P.153, l. 23 et 24: Ensi.... yaus.—Ms. A 22: Aynsy que messire Jehans Chandoz et les autre seigneurs d’Angleterre et de Gascongne. T. II, fo257.
P.153, l. 27: evous.—Ms. A 8: Et puis. Fo313.
P.153, l. 28: revenu.—Ms. A 8: revint.
P.154, l. 21: vaille.—Ms. A 8: vauldray jamais.
P.154, l. 23: adire.—Ms. A 8: conseillier.
P.155, l. 9 et 10: où que ce soit ne en quel marce.—Ms. A 8: en quelque lieu que ce soit ne en quelque marche. Fo313 vo.
P.155, l. 14: retenons.—Ms. A 8: recevons.
§628. Entre les Compagnes.—Ms. d’Amiens: Assés tost apriès chou que li comtes de Pennebruc fu revenus à Poitiers et qu’il eut enssi estet rués jus de monsigneur Guillaummes des Bordes et des autres, si comme vous avés oy chy dessus, il se recouvra au mieux qu’il peult, et ossi se recouvrèrent ses gens; et s’en vint li dis comtes en Angouloime deviers le prinche, qui là se tenoit. Se li desplaisoit souvent dou rencontre que li Franchois li avoient fait, et dist que il meteroit sus une plus grosse chevauchie de gens d’armes que il n’ewist eu par devant. Si em pria pluisseurs chevaliers et escuiers de Poito, de Saintonge et des marches là environ. Entroes qu’il faisoit sen asamblée, avint que troy hommes d’armes, cappittainnes des Compaingnes et des gens le prinche, fissent et achievèrent une moult hardie emprise ou pays de Bourbonnois, si comme je le vous diray. Vous avés bien oy recorder chy dessus que, quant li chevauchie des Englès et des Gascons fu faite en Quersin et en Roherge devant Domme et Fuiguach et sus cesti pays, et que li signeur se departirent li uns de l’autre, car messires Robers Canolles ne volloit mies tous seux tenir les camps, il dounnèrent congiet as Compaignes de faire leur proufit où que ce fust ou royaumme de Franche; et ou cas qu’il y prenderoient ville, chitez ou castiel, et il seroient apressé des Franchois, on les comforteroit.
Dont les Compaignes qui avoecq les Englès s’estoient tenu, sedepartirentet se tinrent enssamble, et se traissent par deviers Auvergne. Entr’iaux avoit trois escuiers, appers hommes d’armes et hardis durement, dont on noummoit l’un Bernart deWest; l’autre, Hortingo; le tierch, Chikos de la Sale. Chil troy estoient meneur et gouvreneur de tous les autres. Si s’avisèrent ung jour qu’il feroient une emprise assés hardie et mervilleuse, et jetèrent leur avis que de nuit il chevaucheroient environ cent compaignons tant seulement, et venroient dou matin, en cottes de villain, par devant Belleperche en Bourbonnois, et enteroient en le forterèche; car li dis castiaux n’estoit mies trop bien gardés, si comme il avoient entendu, et si estoit dedens la mère dou ducq de Bourbon et de la roynne de Franche, dont il aroient grant prouffit, se il le pooient prendre. Tout enssi comme li dessus dit s’avisèrent, il perseverèrent, et chevauchièrent ung jour tout le jour et le nuit enssuiwant à petit de repos; et s’en vinrent sus l’ajournement embuschier assés priès de Belleperche, et se missent en une viese maison où nulz ne demouroit, dehors les fourbours. Quant il furent venu jusques à là, li troy dessus noummet et trente dez leurs tant seulement, vestis dessus leurs armures de cottes de villains, se partirent de leur embuschement; et s’en y avoit aucuns qui menoient petis aulnes cargiés de fruis et de poullaille, et li autres, cretins plains d’oels et de froummaiges sus lors testes, et li remannans, grans pains de soille à l’usaige dou pays: se devoit che jour y estre li marchiés ou dit fort.
Quant il vinrent devant le porte, il le trouvèrent toute ouverte et trois hommes qui le gardoient, qui trop bien leur demandèrent dont il estoient et dont il venoient si matin. Il trouvèrent tantost une bourde et une escuzanche, et dissent que il estoient de Moulins en Auviergne, et qu’il venoient là ou marchiet. Les gardes les laissièrent ens entrer tout paisiulement. Si tost qu’il furent ens, il se saisierent de le porte et de celi dou fort et ochirent les gardes, et sounnèrent un cor; auquel son, chil qui estoient en l’embusque, vinrent tantost avant et entrèrent en le ville, et trouvèrent leurs compaignons qui estoient maistre dou castiel. Enssi fu prise et emblée la forterèce de Belleperche, et la mère de la roynne de Franche dedens. Si le trouvèrent bien pourvueuwe de tous vivres et de grant fuisson de vins. Si s’avisèrent qu’il le tenroient et garderoient bien contre tout homme. Ces nouvelles vinrent au ducq de Bourbon, qui estoit à Paris, que on avoit pris et emblet Belleperche, son dit castiel, et le tenoient les Compaignes, et madamme sa mère dedens. Si en fu li dis dus mout courouchiez, che fu bien raison, mès amender ne le peut, tant c’adonc.Touteffois, il s’en complaindi au roy, son serourge, qui li proummist que hasteement il y pourveroit de remède.
En ce meysme jour que li dessus dit cappittainne des Compaignes englesces prissent Belleperche, il esploitièrent encorres plus avant et prissent une autre fortrèche que on appelle Saint Sivière; et le fortefiièrent tantost et le dounnèrent à monsigneur Jehan d’Ewrues, cappittainne et gouverneur de Limozin, pour tant que ses gens y avoient estet. Et se tenoit li dis messires Jehans d’Ewrues en une autre garnison que on appelle le Soteresne, et avoec lui grant fuisson de bonnes gens d’armes. Fo161 vo.
P.156, l. 8: ens.—Ms. A 8: y. Fo313 vo.
P.156, l. 11: asseulée.—Ms. A 8: seule.
P.156, l. 14: songneus.—Le ms. A 8 ajoute: de le garder.
P.156, l. 20: France.—Le ms. A 8 ajoute: qui estoit.
P.157, l. 2 et 3: Sanssoirre.—Mss. A 7, 8: Sancerre. Fo306 vo.
P.157, l. 7: ensonniier.—Ms. A 8: embesoignier. Fo314.