Dans toutes les autres parties de l’Angleterre, jusqu’à Lynn[158]et à Yarmouth[159], les mêmes violences se produisent, et des chevaliers tels que Thomas de Morley[160], Étienne de Hales[161]et Étienne de Cosyngton sont contraints de marcher avec les révoltés. P.100à102,331,332.
Les insurgés partent de Rochester et s’acheminent vers Londres; ils passent la rivière à Brentford[162], puis s’établissent sur la montagne deBlackheath[163], à quatre lieues de Londres. Le maire, Jean Walworth[164], et les notables font fermer et garder la porte du pont de la Tamise. Plus de 30,000 habitants partagent les idées des émeutiers.
Ces derniers députent Jean Newton vers le roi, pour lui demander de venir les trouver et pour se plaindre du mauvais gouvernement du royaume. Le roi leur promet de venir les voir le lendemain jeudi 13 juin. P.102à104,332,333.
Le comte de Buckingham ne quitte pas, durant tout ce temps, le pays de Galles, où sa femme[165], fille du comte de Northampton, possède des terres[166]. Le bruit court cependant à Londres qu’il accompagne les émeutiers, et cela à cause d’un certain Thomas, de Kent, qui lui ressemble.
Le comte de Cambridge et ses barons, craignant de voir arrêter leur expédition par cette révolution, mettent à la voile malgré le vent et sont obligés de jeter l’ancre devant Plymouth.
Le duc de Lancastre, malgré les craintes qu’il ressent pour lui-même du mauvais état des choses, car il se sait peu aimé, n’en continue pas moins à traiter avec les barons écossais, les comtes de Douglas, de Moray, de Sutherland, Thomas d’Erskine[167]et autres, qui se montrent d’autant plus difficiles qu’ils sont au courant de ce qui se passe. P.104à106,333.
Le jour de la Fête-Dieu arrive (13 juin); le roi entend la messe et, accompagné des comtes de Salisbury, de Warwick, d’Oxford et de quelques chevaliers, il se dirige en bateau vers la rive droite du fleuve, du côté de son château de Rotherhithe[168]. Plus de 10,000 hommes l’accueillent par des cris; très effrayé, il n’aborde pas, et rentre au château de Londres.
Furieux de leur déconvenue, les émeutiers envahissent lesfaubourgs de Londres, saccagent les maisons des gens d’église et de cour, abattent la prison des Maréchaussées[169], délivrent les prisonniers et se présentent aux portes de la ville.
Le peuple leur ouvre les portes[170]; et ces gens affamés se jettent sans mesure sur les vivres et sur les boissons qu’on leur donne pour les apaiser.
Jean Ball, Jack Straw et Wat Tyler, avec une troupe de plus de 30,000 compagnons, brûlent l’hôtel de Savoie[171], propriété du duc de Lancastre, la maison des Hospitaliers connue sous le nom de Saint-Jean deClerkenwell[172]; puis parcourent les rues, tuent les Flamands[173]qu’ils aperçoivent, forcent et pillent les habitations des Lombards; enfin, rencontrant un riche homme, Richard Lyons[174], qui avait autrefois, pendant les guerres de France, battu Wat Tyler, son valet alors, ils lui coupent la tête, qu’ils promènent en trophée par toute la ville. P.106à108,333,334.
Le soir, les insurgés campent sur la place Sainte-Catherine[175], devant la Tour et le château de Londres; ils veulent, disent-ils, que le roi écoute leurs doléances et que le chancelier rende compte de tout l’argent qui, depuis cinq ans, a été levé dans le pays.
Le roi et son conseil, se tenant dans la Tour de Londres, sont prêts à écouter l’avis de Walworth, qui veut à minuit tomber sur tout ce monde et le massacrer. Robert Knolles a plus de 120 compagnons sous ses ordres; de même Perducat d’Albret. Avec ses chevaliers, les notables de la ville et leurs valets, le roi peut opposer au moins 7 ou 8,000 hommes aux 60,000 émeutiers. Mais le peuple de Londres n’est pas sûr; mieux vaut, comme le conseillent le comte de Salisbury et d’autres, accorder ce que demandent ces gens. On n’attaque donc point. P.108à110,334,335.
Le vendredi matin, le peuple demande à parler au roi; il menace d’assiéger le château. Le roi leur fait dire par le maire d’aller hors de Londres, à Mile-End[176], où il ira les trouver et leur accordera ce qu’ils réclament.
Les émeutiers quittent donc peu à peu la ville, mais non pas tous. Aussitôt que le roi, ses deux frères et les barons de sa suite sont sortis, 400 bandits, conduits par Jean Ball, Jack Straw et Wat Tyler, pénètrent dans les chambres du château[177]et massacrent l’archevêque de Cantorbéry, Simond de Sudbury, chancelier d’Angleterre; de même sont tués le grand prieur des Hospitaliers[178], un frère mineur, médecin du duc de Lancastre[179], et Jean Leg[180], sergent d’armes duroi; les quatre têtes sont placées sur le pont de Londres[181].
Les misérables entrent aussi dans la chambre de la mère du roi, dont ils mettent le lit en pièces; la malheureuse femme, à demi morte de peur, est transportée en bateau à la Tour royale, à la Garde-robe de la reine[182], où elle reste toute la journée et la nuit suivante[183]. P.110à112,335,336.
Le roi s’avance avec une faible escorte sur la place de Mile-End, où l’abandonnent ses deux frères et Jean de Gommegnies. Il s’adresse alors au peuple, et, après des pourparlers, il promet l’abolition du servage; chaque village aura sa charte d’affranchissement et sa bannière; tout est pardonné. L’apaisement se fait, les insurgés rentrent à Londres, et, à mesure que sont écrites les chartes[184], ils les emportent et rentrent dans leurs pays. Tous cependant ne partent pas; près de 30,000 restent à Londres avec Wat Tyler, Jack Straw et Jean Ball, attendant une occasion de pillage[185].
Le roi, voyant la rébellion un moment apaisée, se rend à la Tour royale pour rassurer sa mère: il y passe la nuit du vendredi. P.112à114,336.
Les mêmes scènes de désordre se présentent ailleurs, à Norwich[186], entre autres, où les bandes de Lynn, de Cambridge et de Yarmouth, conduites par Guillaume Lister[187], ne pouvantpersuader au capitaine de la ville, Robert Sall[188], de venir avec elles, le tuent lâchement, le jour même de la Fête-Dieu, alors qu’à Londres on brûle l’hôtel de Savoie et qu’on brise les portes de la prison de Newgate[189]. P.114à116,336,337.
Le samedi matin, 15 juin, le roi quitte la Tour royale, va à Westminster faire ses dévotions, mais n’ose entrer à Londres; arrivé près de l’abbaye de Saint-Barthélemi[190], il tombe, à Smithfield[191], au milieu des partisans de Wat Tyler, qui, au nombre de 20,000, munis de leurs nouvelles bannières, s’apprêtent à piller la ville, avant que les autres bandes, conduites par Guillaume Lister et Thomas Baker[192], ne soient arrivées des autres comtés.
Wat Tyler s’avance au-devant du roi, se prend de querelle avec un des écuyers et est frappé par le maire de Londres, Jean Walworth: un écuyer, Jean Standish[193], descend de cheval et l’achève. La foule se montre hostile et va faire un mauvais parti au roi, quand des renforts lui arrivent, 7 à 8,000 hommes, amenés par Robert Knolles, Perducat d’Albret,les neuf échevins fidèles et Nicolas Brembre. Fort de cet appui, le roi crée trois nouveaux chevaliers[194]: Jean Walworth, Jean Standish et Nicolas Brembre[195], et fait redemander aux insurgés, par ces trois chevaliers, les bannières qui leur avaient été distribuées. Les bannières sont rendues, déchirées sur place, et la foule rentre sans résistance dans Londres, au grand déplaisir de Robert Knolles, qui eût voulu tuer tout ce monde[196]. Le roi rentre à la Tour royale pour revoir sa mère. Défense est faite à quiconque n’est pas natif de Londres ou n’y demeure pas depuis un an d’y séjourner plus tard que le dimanche suivant, sous peine de mort. Chacun s’en retourne donc dans son pays[197]. Jean Ball[198]et Jack Straw[199], découverts dans leur cachette,sont décapités, ainsi que Wat Tyler[200]. Ces exécutions arrêtent la marche des bandes qui, appelées par les gens du Kent, se disposaient à venir à Londres. P.116à124,337à340.
En Écosse, le duc de Lancastre a conclu une trêve de trois ans[201]; muni d’un sauf-conduit donné par les barons écossais, il veut entrer à Berwick, mais l’entrée de la ville lui est interdite par le capitaine Matthieu Redman[202], au nom du duc de Northumberland, qui a donné ordre de ne laisser pénétrer qui que ce fût dans les villes[203].
Le duc dissimule la colère qu’il ressent de cet affront et se retire à Roxburgh, dont le châtelain lui appartient. P.124à127,340,341.
Ignorant de ce qui se passe exactement en Angleterre, le duc demande alors aux barons d’Écosse de le recevoir dans leur pays; ils viennent le chercher avec 500 lances et l’accompagnent à Édimbourg, où, logé au château, il attend de meilleures nouvelles d’Angleterre.
Le bruit court cependant que le duc a trahi le roi et a embrassé le parti écossais; propos haineux et mensongers propagés par les mêmes hommes qui, à Londres, brûlent l’hôtel de Savoie, propriété du duc[204]. P.127à129,341,342.
Quand le calme est rétabli, que Baker à Saint-Albans[205], Lister à Stafford[206], Tyler, Ball et Straw à Londres ont payé de leurs vies leur rébellion, le roi décide qu’il parcourra son royaume pour punir les coupables et reprendre les lettres d’affranchissement qu’il n’avait accordées que contraint et forcé. Il part pour le comté de Kent avec 500 lances[207], et arrive à Ospringe[208]: sept des coupables sont pendus, les lettres sont déchirées. Les mêmes exécutions (plus de 1,500) ont lieu à Cantorbéry, à Sandwich, à Yarmouth, à Orwell[209]et ailleurs[210].
Le roi envoie alors un de ses chevaliers, Nicolas Carnefelle, vers le duc de Lancastre, pour lui donner ordre de revenir[211]. Le duc obéit, quitte Édimbourg et va à Roxburgh remercier de leur bon accueil les barons écossais, qui l’accompagnent jusqu’à Melrose; puis il s’achemine vers Londres par Newcastle, Durham et York[212].
A cette époque, meurt Guichard d’Angle, comte de Huntingdon, aux obsèques duquel assistent le roi et toute la cour[213]. P.129à132,342,343.
De retour en Angleterre, le duc de Lancastre expose au roi ce qu’il a fait au sujet des trêves d’Écosse, mais garde en son cœur rancune au comte de Northumberland, qui lui a fermé les portes de Berwick. Les fêtes de l’Ascension (15 août) arrivent; le roi tient cour plénière à Westminster. Désireuxd’aller à Reading[214], à Oxford et à Coventry châtier les rebelles, comme en Sussex et en Kent, il crée de nouveaux chevaliers: le jeune comte Jean de Pembroke[215], Robert Brembre[216], Nicolas Twyford[217]et Adam Fraunceys[218]. A cette solennité assistent de nombreux barons. En leur présence, le duc de Lancastre reproche son action au comte de Northumberland et le défie. Le roi s’interpose et justifie le comte, qui n’a agi que par ses ordres. Ses ordres étaient formels; on a seulement oublié de faire une exception en faveur du duc, la faute en est à un scribe négligent. Ces explications et les supplications des barons décident le duc à faire la paix avec le comte[219]. Le roi part le surlendemain avec 500 lances et 500 archers, pour de nouvelles exécutions[220]. P.132à135,343,344.
Le vent se montre enfin favorable, et le comte de Cambridge cingle vers Lisbonne. Sa flotte est assaillie le troisième jour par une tempête terrible, qui sépare les navires. Le comte de Cambridge et la majeure partie de son expédition entrent dans le port de Lisbonne[221], ignorant ce que sont devenus les chevaliers gascons Castelnau, la Barthe, le syndic de Latrau et quarante hommes d’armes.
Le roi Ferdinand, qui caresse le projet de marier sa fille[222]avec le jeune fils du comte de Cambridge[223], accueille avec joie les chevaliers anglais, qui, au milieu de toutes les réjouissances qu’on leur prodigue[224], songent à leurs compagnons perdus, jetés peut-être par la mer sur les côtes mauresques. Les chevaliers gascons, en effet, ballottés sur les côtes du Maroc et du royaume de Tlemcen, risquent, pendant quarante jours, d’être pris par les Sarrasins. Le vent les ramène enfin dans la mer d’Espagne. Ils se dirigent d’abord sur Séville, où, sur la foi de marchands rencontrés en mer, ils croient que le roi de Castille est assiégé par le roi de Portugal et les Anglais.Détrompés par la vue tranquille de la ville, ils arrivent à Lisbonne et entrent au port, juste au moment où, les croyant morts, leurs compagnons célèbrent un service funèbre en leur honneur dans l’église Sainte-Catherine[225]. La joie est grande de leur retour. P.135à139,344,345.
1381, juillet.LE COMTE DE FLANDRE ASSIÈGE DE NOUVEAU GAND.—MORT DE GAUTHIER D’ENGHIEN.—Octobre.CONFÉRENCES D’HAERLEBEKE.—1382, janvier.MEURTRES DE SIMON BETTE ET DE GILBERT DE GRUTERE; PUISSANCE DE PHILIPPE D’ARTEVELDE. (§§228à234[226]).
Philippe d’Artevelde, une fois maître du pouvoir à Gand[227], suit les conseils de Pierre du Bois, qui le pousse à la cruauté, et fait tuer douze des meurtriers de son père; il consolide sa puissance en s’appuyant surtout sur les gens sans aveu. Du reste, tous les partis sont d’accord dans la ville et se soutiennent mutuellement.
Tandis que le doyen des tisserands, chez qui on trouve de la poudre de mine toute mouillée, est accusé de trahison et mis à mort[228], le comte de Flandre s’apprête à faire de nouveau le siège de Gand et convoque ses vassaux. Sa mère, la comtesse d’Artois, vient de mourir[229]. P.139à141,345.
Gauthier d’Enghien se garde de manquer à l’appel et, durant le siège de Gand, il se distingue dans maintes escarmouches, lui et ses chevaliers de Hainaut. C’est ainsi qu’un dimanche de juin, il prend et brûle la ville de Grammont, y tue plus de 500 hommes, et vient recevoir les félicitations du comte sous les murs de Gand[230]. P.141,142,346.
Un mois après, un jeudi, accompagné de plusieurs chevaliers, il est surpris par une embuscade de Gantois et massacré[231]. Avec lui sont tués le seigneur de Montigni, son fidèle compagnon, le bâtard d’Enghien, son frère, et Gilles du Trisson. Blessé grièvement, Michel de la Hamaide, cousin de Gauthier d’Enghien, n’est sauvé que grâce à Hustin du Lai. Le corps du seigneur d’Enghien est rendu par les Gantois contre paiement de 1,000 francs: on l’enterre à Enghien[232]. P.142à145,346,347.
Désespéré de la mort de Gauthier d’Enghien, le comte lève le siège de Gand et s’en retourne à Bruges, après avoir établi des garnisons dans les villes voisines. Il ne peut obtenir des Liégeois qu’ils renoncent à ravitailler les Gantois; il est plus heureux auprès du duc de Brabant. Le duc Aubert transmet ses ordres à son bailli de Hainaut, Simon de Lalaing[233], qui les fait exécuter en Hainaut, mais non en Hollande et en Zélande[234].
Cependant, des conférences s’ouvrent à Haerlebeke, où le comte et les villes de Flandre envoient des représentants[235], comme aussi les pays de Brabant, de Hainaut et de Liège. Les Gantois sont au nombre de douze, parmi eux Gilbert de Grutere[236]et Simon Bette. La paix, désirée par tous les gens paisibles, est décidée sous certaines conditions; et les Gantois rentrent dans leur ville. Gilbert de Grutere et Simon Bette annoncent à leurs amis que bientôt la paix sera signée, joyeuse pour les honnêtes gens, mais funeste pour les mauvais citoyens. P.145à147,347,348.
Informé de ce qui se passe et voyant dans les paroles de Gilbert de Grutere et de Simon Bette une menace pour lui, Pierre du Bois, d’accord avec Philippe d’Artevelde, convoque ses gens pour le jour où le traité doit être rendu public dans la halle de Gand. P.147à149,348,349.
Le jour dit, à neuf heures du matin, les échevins et les notables de la ville se réunissent pour entendre ceux d’entre eux qui sont allés à Haerlebeke. Gilbert de Grutere et Simon Bette prennent la parole et expliquent comment, grâce à l’intervention des ducs de Brabant et de Bavière, le comte consent à la paix, sous la condition que dans les quinze jours on lui livre 200 otages, qu’il désignera lui-même, pour aller à Lille se mettre à sa merci. Pierre du Bois se montre alors et reproche à Gilbert Grutere d’avoir trahi la ville en disposant ainsi de la vie de 200 de ses concitoyens: tirant sa dague, il le frappe à mort; Philippe d’Artevelde poignarde de son côtéSimon Bette. Une émeute semble poindre; elle se calme bientôt, tandis que le comte, apprenant à Bruges ces deux meurtres, jure de se venger[237]. P.149à151,349,350.
Les Gantois pleurent tout bas ces deux victimes, mais ils sont terrorisés[238]et continuent à souffrir de la guerre, exposés à être faits prisonniers par les garnisons qui les guettent, et ne recevant plus de vivres ni du Brabant ni du Hainaut. P.151,152,350.
1382, 24 février.RÉVOLTE A ROUEN.—1ermars.ÉMEUTE DES MAILLOTINS.—14 janvier.MARIAGE DU ROI RICHARD II ET D’ANNE DE BOHÊME.—22 février.LE DUC D’ANJOU ARRIVE A AVIGNON.—13 juin.IL PART POUR L’ITALIE.—14 octobre.IL PÉNÈTRE SUR LE TERRITOIRE NAPOLITAIN.—Mai-juin.CHEVAUCHÉE DES ANGLAIS EN ESTRAMADURE.—Août.COMMENCEMENT DES POURPARLERS DE PAIX ENTRE LE PORTUGAL ET LA CASTILLE.—Octobre.DÉPART DU COMTE DE CAMBRIDGE(§§234[239]à262).
Les Parisiens, eux aussi, s’insurgent à la même époque contre le roi, qui veut rétablir les aides et autres impôts dont la suppression, accordée par feu Charles V, avait été confirmée lors du couronnement à Reims[240].
Le roi et son conseil sont forcés de se réfugier à Meaux[241]; le peuple de Paris prend les armes[242], massacre les collecteurs, ouvre les portes des prisons[243], pille les maisons[244]et délivre Hugues Aubriot[245], ancien prévôt du Châtelet, condamné à laprison pour ses méfaits dignes du feu: il se hâte de fuir en Bourgogne.
Effrayé de cette émeute, le roi se décide à envoyer aux Parisiens le sire de Couci[246], pour traiter avec eux. P.152,153,350.
Sans autre suite que sa domesticité ordinaire, le sire de Couci se rend à Paris, descend à son hôtel et entre en négociations avec les chefs des émeutiers. En échange de la suppression des aides, ceux-ci s’engagent à payer chaque semaine à un receveur spécial du roi la somme de 10,000 francs, destinée uniquement à la solde des gens d’armes. Le roi, espérant mieux de l’avenir, accepte ce marché, mais reste éloigné de Paris[247]. P.153à155,350,351.
Même insurrection à Rouen au sujet des aides; meurtres du châtelain et des collecteurs. Craignant que l’exemple ne soit contagieux pour les autres villes, le roi arrive à Rouen, apaise la révolte et obtient pour chaque semaine une somme qui sera payée à un receveur spécial[248]. P.155,156,351.
Désireux de conquérir le royaume, dont le pape Clément l’a déclaré héritier, le duc d’Anjou prépare sa campagne d’Italie[249].Ne négligeant rien pour se faire bienvenir des Parisiens, dont il espère obtenir des subsides, il s’entend avec le duc de Savoie[250], qui, moyennant 500,000 florins, lui fournira mille lances pour un an. Le duc, de son côté, engage à sa solde 9,000 hommes d’armes[251]et s’occupe de tous les préparatifs nécessaires à un long voyage. P.156,157,351,352.
Pendant que le comte de Cambridge et ses gens se reposent à Lisbonne, on célèbre le mariage de Jean[252], fils du comte de Cambridge, et de Béatrice, fille du roi de Portugal, tous deuxâgés de dix ans ou à peu près. Les enfants sont couchés nus dans le même lit.
Après les fêtes du mariage[253], le roi assigne comme garnison au comte de Cambridge et à ses gens la ville d’Estremoz[254]; aux chevaliers anglais et gascons Villa Viçosa[255], leur recommandant de ne faire aucune chevauchée sans sa permission. Pendant ce temps, le roi de Castille[256], séjournant à Séville, fait venir des renforts de France. P.157à159,352.
Désireux de ne pas rester inactifs dans leur garnison de Villa Viçosa, le Chanoine de Robersart et les autres chevaliers gascons et anglais[257]envoient un des leurs, Jean de Sandwich, demander au roi l’autorisation de faire une chevauchée en pays ennemi. Refus du roi. Les chevaliers décident d’agir quand même, et, avec 400 hommes d’armes et 400 archers, ils partent un jour, sous les ordres du Chanoine, pour aller assiéger le château de Higuera[258], défendu par les frères Pierre et Barthélemi Gouse[259]. P.159à161,352,353.
L’assaut est donné, où se distingue tout particulièrement un jeune écuyer de Hainaut nommé Froissart Meulier[260]. Les Espagnols, ayant perdu un de leurs chefs, Barthélemi Gouse, parlementent[261]et livrent le château, où ils laissent leurs armes et bagages. Ils se dirigent vers Xérès[262], espérant y trouver le grand maître de Saint-Jacques[263], qui, de son côté, à la tête de 400 hommes d’armes, cherche les Anglais pour les combattre. P.161à163,353,354.
Les Anglais laissent une garnison à Higuera et retournent en trois routes à Villa Viçosa. La route commandée par le Chanoine de Robersart aperçoit en chemin, entre Olivenza[264]et Alconchel[265], les gens du grand maître de Saint-Jacques, qui, malgré leur nombre, n’osent attaquer. P.163,164,354,355.
Tout l’hiver se passe sans nouvelle chevauchée[266]. Le roi Jean de Castille demande alors secours au roi de France, qui lui envoie Olivier du Guesclin et autres chevaliers[267]de toutes les provinces de France. Ces nouvelles troupes traversent l’Aragon pour se rendre auprès du roi Jean. P.164,165,355.
Grâce aux négociations de Simon Burley[268], le mariage du roi d’Angleterre et d’Anne de Bohême est décidé. La sœur du roi des Romains[269], accompagnée du duc de Tesschen[270]et de nombreux chevaliers, s’achemine vers Bruxelles, où elle est reçue avec joie par le duc et la duchesse de Brabant[271]et séjourne plus d’un mois par crainte des bateaux normands qui croisent en vue des côtes.
Le duc envoie alors à la cour de France deux messagers[272]chargés d’obtenir un sauf-conduit, ce qui est facilement accordé. La jeune princesse, escortée par 100 lances brabançonnes, se rend à Gand, puis à Bruges, où le comte de Flandre lui fait bon accueil; de là à Gravelines, puis à Calais, où elle entre en compagnie des 500 lances et des 500 archers[273]que les comtes de Salisbury et de Devonshire lui ont amenés entre Gravelines et Calais[274]. P.165à168,355,356.
Anne de Bohême quitte bientôt Calais[275]grâce à un ventfavorable et débarque à Douvres[276]. De là elle se rend à Cantorbéry, où elle est reçue par le comte de Buckingham, enfin à Londres[277]. (Depuis Maestricht, la nouvelle reine est escortée par Robert de Namur.) Le roi l’épouse à Westminster le 14 janvier 1382, au milieu de grandes réjouissances[278], et l’emmène auprès de sa mère à Windsor, où se trouve aussi la duchesse de Bretagne, Marie, qu’on ne veut pas laisser retourner auprès de son mari, accusé de pactiser avec le roi de France. On propose alors aux deux fils de Charles de Blois, Jean et Gui, prisonniers en Angleterre sous la garde de Jean d’Aubrecicourt, de leur rendre l’héritage paternel sous condition d’en faire hommage au roi d’Angleterre; l’aîné épouserait Philippine, fille du duc de Lancastre et de la duchesse Blanche[279]. Les deux princes refusent, préférant mourir en prison que d’abandonner leur qualité de bons Français. P.168,169,356,357.
Ayant besoin d’argent pour la solde des gens d’armes qu’il envoie au secours du roi de Castille, le roi demande au receveur de Paris, à qui chaque semaine, comme cela est convenu, est payée une certaine somme de florins, de lui avancer 100,000 francs. Celui-ci refuse de le faire sans le consentement de la commune de Paris. Mécontent, le roi demande l’argent à ses bonnes villes de Picardie[280].
Tandis que le roi, ne venant point à Paris, réside soit àMeaux, soit à Senlis, soit à Compiègne[281], le duc d’Anjou se fait le défenseur des Parisiens et sait si bien leur parler que, pour sa campagne d’Italie, il obtient d’eux 100,000 francs sur les sommes recueillies par le receveur royal, auxquelles ni le roi ni ses autres oncles ne peuvent toucher[282](le duc avait, dit-on, rassemblé à Roquemaure[283], près d’Avignon, deux millions de florins).
Ses préparatifs faits, au commencement du printemps, le duc part pour Avignon[284], où il est bien reçu par le pape[285]; les villes de Provence, excepté Aix[286], lui font hommage. A Avignon ont lieu les paiements convenus au comte Amédée de Savoie et aux chevaliers qu’il a amenés[287].
Le duc, accompagné du comte, fait route par le Dauphiné[288]jusqu’en Savoie[289]et en Lombardie[290]. A Milan, il reçoit les présents des seigneurs Galéas et Bernabo[291], et, tenant état de roi, battant monnaie, il traverse la Toscane et s’approche de Rome[292]. Défendu par les bandes de Jean Hawkwood[293], le pape Urbain ne craint point les 9,000 lances du duc d’Anjou, du comte de Savoie et du comte de Genève[294]. P.170à173,357,358.
Le duc évite Rome, côtoyant la marche d’Ancône et le Patrimoine[295]. Pendant ce temps, Charles de la Paix est à Naples, s’apprêtant à soutenir ses droits au trône: héritier naturel de la reine Jeanne[296], il n’admet point, avec les Napolitains et lesSiciliens, qu’elle ait pu disposer de son royaume en faveur de l’antipape Clément.
Il se contente de pourvoir d’hommes et de vivres le château de l’Œuf, imprenable sinon par magie, et compte sur le temps pour rentrer en possession de ses provinces, sachant bien qu’une armée, fût-elle de 30,000 hommes[297], finit toujours, loin de son pays, à s’épuiser et à manquer d’argent. P.173à175,358,359.
Le duc arrive en Pouille et en Calabre, pays riches et fertiles, et reçoit la soumission des villes. Les habitants de Naples laissent leurs portes ouvertes, sachant bien que les gens du duc n’oseront point s’aventurer dans leurs rues dangereuses[298].
Mise à mort de l’enchanteur, qui propose au duc de le rendre maître du château de l’Œuf[299]. P.175à178,359,360.
Au commencement d’avril, les chevaliers qui ont tenu garnison tout l’hiver à Villa Viçosa envoient à Estremoz le syndic de Latrau, pour demander au comte de Cambridge l’autorisation de chevaucher. Le comte leur dit de patienter jusqu’à l’arrivée du duc de Lancastre, qui doit venir avec une grosse armée. Le roi de Portugal, en même temps, leur députe Jean Fernandez[300]pour leur défendre toute action.
Malgré tout, les chevaliers sont résolus à marcher et décident Jean Fernandez à les suivre. P.178à181,360,361.
Ils partent[301]et arrivent sous les murs de Lobon[302]; la ville se rend, ainsi que le château. Plus loin, ils assiègent et prennent Cortijo[303]. P.181à183,361,362.
Ils continuent leur chevauchée: Zafra[304]est pris et pillé; ils s’emparent d’une grande quantité de bétail et rentrent à Villa Viçosa.
De retour à Lisbonne, Jean Fernandez est emprisonné sur l’ordre du roi, pour avoir, contrairement aux instructions données, fait chevauchée avec les chevaliers gascons et anglais. P.183,184,362.
Rentrés à Villa Viçosa, les chevaliers envoient à Lisbonne Richard Talbot demander au roi le paiement de leurs gages, dus depuis près d’un an. Le roi reçoit fort mal le messager et lui reproche de lui avoir désobéi en chevauchant.
Le comte de Cambridge, que les chevaliers accusent d’avoir reçu leurs gages et de ne pas les avoir payés, quitte alors Estremoz pour venir à Villa Viçosa recevoir leurs plaintes. P.184,185,362,363.
Réunion orageuse des chevaliers, qui lèvent l’étendard de Saint-Georges, mettent à leur tête le bâtard Jean Sounder[305]et veulent guerroyer contre le roi de Portugal. P.185à187,363.
Le Chanoine les apaise et leur conseille de parler au comte de Cambridge. Celui-ci les engage à envoyer trois des leurs réclamer leurs gages au roi. P.187à189,363,364.
Les trois chevaliers sont désignés: Guillaume Elmham par les Anglais, Thomas Simond par les Allemands et autres étrangers, Castelnau par les Gascons. Ils partent. Le roi leurpromet qu’ils seront payés dans quinze jours; mais il désire que le comte de Cambridge vienne le voir. P.189à191,364.
Le comte de Cambridge se rend donc à Lisbonne auprès du roi, et tous deux se résolvent à chevaucher. Le roi convoque ses hommes d’armes, qui devront se trouver le 7 juin au rendez-vous, fixé entre Villa Viçosa et Olivenza.
Le comte, après avoir obtenu la grâce de Jean Fernandez, qui sort de prison, retourne à Villa Viçosa. Peu après, les gages des chevaliers sont payés. P.191,364,365.
Le roi de Castille, apprenant à Séville les intentions du roi Ferdinand, lui fait demander de désigner, soit en Portugal, soit en Espagne, le champ de bataille où les deux armées se rencontreront. Le roi de Portugal choisit un emplacement entre Elvas[306]et Badajoz. P.191à193,365.
Il vient camper à la place convenue avec environ 15,000 hommes; de même le comte de Cambridge, avec 600 hommes d’armes et 600 archers[307]. A cette nouvelle, le roi d’Espagne prend position à deux petites lieues de Badajoz avec plus de 30,000 hommes[308]. P.193,194,365,366.
Les deux armées sont séparées par la montagne où est située Badajoz. Pendant quinze jours, ce ne sont qu’escarmouches, où s’exercent les jeunes chevaliers. Le roi de Portugal hésite à livrer bataille: il ne se sent pas assez fort pour s’y risquer et attend toujours les 4,000 hommes d’armes et les 4,000 archers que doit lui amener le duc de Lancastre. Mais les émeutes d’Angleterre et les événements de Flandre[309]ont empêché le départ de ces renforts.
Des négociations s’engagent alors entre Martin, évêque de Lisbonne[310], et Pierre Moniz, grand maître de l’ordre de Calatrava, don Pierre de Mendoça, don Pero Ferrandez de Velasco[311], Fernand d’Osorès, grand maître de l’ordre de Saint-Jacques, et Jean de Mayorga, évêque d’Astorga[312]: la paix est signée[313]à l’insu du comte de Cambridge et des Anglais, qui reprochent au roi de Portugal sa dissimulation[314]. P.194à196,366.
Après une joute brillante entre Tristan de Roye, jeune chevalier français du roi de Castille, et Miles de Windsor, chevalier anglais, les deux armées se séparent. P.196à198,366.
Une partie des chevaliers français, parmi eux Tristan de Roye, Geoffroi de Charni le jeune, Pierre de Villaines et Robert de Clermont, prennent congé du roi de Castille pour se mettre au service du roi de Grenade[315], alors en guerre avec les rois de Barbarie[316]et de Tlemcen[317]. Quelques Anglais se joignent à eux, mais en petit nombre; les autres regagnent l’Angleterre avec le comte de Cambridge[318]et le jeune prince, mari de la princesse de Portugal.
Un an après meurt la reine d’Espagne, Éléonore d’Aragon[319]. Le roi, devenu veuf, épouse Béatrice de Portugal[320], dont le pape annule le mariage avec le fils du comte de Cambridge; il en a un fils[321].
Le roi Ferdinand de Portugal meurt peu de temps après[322]; mais les Portugais, ne voulant pas être gouvernés par le roi d’Espagne, nomment roi le frère bâtard de Ferdinand, Jean, grand maître de l’ordre d’Avis[323]. De là les nombreuses guerres qui divisèrent l’Espagne et le Portugal. P.198à200,366,367.