De retour en Angleterre, le comte de Cambridge explique au duc de Lancastre comment le roi de Portugal, ne voyant pas arriver les renforts annoncés, a dû se résoudre à la paix sans combattre. Pour lui, quoi qu’il puisse arriver, il a ramené avec lui son fils, croyant avoir agi pour le mieux[324]. P.200,201,367,368.
1382, avril.CONFÉRENCE DE TOURNAI; PROPOSITIONS INACCEPTABLES DU COMTE DE FLANDRE.—3 mai.BATAILLE DE BEVERHOUTSVELD; VICTOIRE DES GANTOIS; PRISE DE BRUGES; FUITE DU COMTE.—Commencement de juin.SIÈGE D’AUDENARDE PAR PHILIPPE D’ARTEVELDE.—Août.ASSEMBLÉE A COMPIÈGNE DES NOBLES ET DES PRÉLATS.—Septembre-octobre.PHILIPPE NÉGOCIE AVEC L’ANGLETERRE.—3 novembre.LE ROI DE FRANCE ARRIVE À ARRAS POUR PRÊTER SECOURS AU COMTE DE FLANDRE ET S’APPRÊTE À ENTRER EN FLANDRE AVEC SON ARMÉE(§§263à312).
La guerre de garnisons continue entre les Flamands fidèles au comte et les Gantois, qui ne reçoivent de vivres que du comté d’Alost et des Quatre-Métiers; encore ceux d’Alost, poursuivis et harcelés par les gens de Termonde, ne peuvent-ils continuer à les secourir.
D’accord avec le duc Aubert et le duc de Brabant, le comte empêche le blé de pénétrer dans la ville de Gand; la famine est imminente[325]et Philippe d’Artevelde fait ouvrir les greniers des abbayes et des riches bourgeois et vendre le blé à un taux fixé[326].
Malgré quelques secours venus de Hollande, de Zélande et parfois de Brabant, la ville manque de tout à l’époque du carême.
Douze mille hommes, poussés par la faim, s’acheminent alors vers Bruxelles et Louvain, où ils trouvent des vivres[327]. Leurchef, François Ackerman[328], demande aux Liégeois et à leur évêque, Arnould de Hornes[329], d’intervenir auprès du comte et de leur laisser faire de copieuses provisions. P.201à204,368,369.
La permission est accordée; en deux jours, six cents chars sont remplis de farine et de blé. François Ackerman songe alors au retour; mais, en passant par Vilvorde[330], il s’avise d’aller trouver à Bruxelles, au palais de Caudenberg[331], la duchesse de Brabant. Celle-ci, en l’absence du duc, promet aux Gantois d’intercéder pour eux auprès du comte et de provoquer à Tournai la réunion d’une conférence en vue de la paix. P.205,206,369,370.
Ces vivres permettent aux Gantois de prolonger quelques jours la lutte, mais bientôt ils n’en souffrent pas moins. On était en carême (mars et avril 1382): le comte décide alors[332]de mettre le siège devant Gand et de châtier les Quatre-Métiers. Il convoque ses bonnes villes de Flandre et seschevaliers de Hainaut, voulant être prêt à partir après la procession de Bruges (3 mai 1382). P.206à208,370.
Cependant, la conférence de Tournai est fixée au dimanche 13 avril[333]. Le comte de Flandre s’est engagé à s’y rendre. L’évêque de Liège est représenté par douze notables et le chevalier Lambert d’Oupey; le Brabant a envoyé ses députés, le Hainaut les siens, avec le bailli Simon de Lalaing; les Gantois ont choisi douze des leurs, ayant Philippe d’Artevelde à leur tête. Ils sont résolus à accepter toutes les conditions du comte, sauf les sentences de mort. P.208,209,370.
On attend le comte trois jours; puis on lui envoie en députation le seigneur de Crupelant, Lambert d’Oupey, Guillaume d’Hérimez[334]et six bourgeois des villes de Flandre. Le comte leur répond qu’il leur fera bientôt part à Tournai de ses décisions.
Six jours après, en effet, arrivant à Tournai Guillaume de Reighersvliet, Jean de la Gruthuse, Jean Vilain et le prévôt de Haerlebeke[335], porteurs des conditions du comte, qui n’entend faire la paix avec les Gantois que si on lui livre, pour en disposer selon sa volonté, tous les hommes de la ville de Gand de quinze à soixante ans. Philippe d’Artevelde et ses compagnons refusent d’accepter un pareil traité, sans avoir consulté lesGantois; ils retournent à leur ville en passant par Ath. P.209à211,370,371.
La conférence de Tournai est donc terminée, à la grande joie du comte, qui ne veut à aucun prix faire la paix avec les Gantois avant d’en avoir tiré un châtiment exemplaire.
Nouvelle émeute des Parisiens, qui, craignant que le roi ne prenne la ville par surprise et ne fasse des exécutions, mettent les quartiers en état de défense et multiplient les patrouilles de nuit[336]. P.211,212,371.
Philippe d’Artevelde, revenu à Gand, hésite à annoncer à ses compatriotes les mauvaises nouvelles qu’il rapporte et ajourne cette communication au lendemain, 9 heures, sur la place du marché du Vendredi. Seul, Pierre du Bois est mis au courant des conditions que veut imposer le comte. C’est une lutte qui se prépare où il faut réussir ou mourir. P.212à214,371,372.
Le jour arrivé, un mercredi, en présence du peuple et des capitaines de la ville, Philippe rend compte de sa mission et démontre qu’en réponse aux exigences du comte, ils n’ont d’autre parti à prendre que de marcher sur Bruges au nombre de 5 ou 6,000, et de livrer bataille. Les Gantois acclament Philippe. Rendez-vous est pris pour le lendemain: on choisira les combattants et on partira. P.214à219,372,373.
Le jeudi, 1ermai, les 5,000[337]hommes sont choisis; ils partent accompagnés des vœux de la population et viennent gîter à une heure et demie de la ville. Le vendredi, ils sont à une lieue de Bruges[338]. Protégés d’un côté par un grand marais,de l’autre par leurs bagages, ils passent la nuit dans l’attente de la bataille. P.219,220,373.
Le samedi, 3 mai, jour de la fête et procession de Bruges, le comte est informé de l’arrivée des Gantois. Il fait prendre les armes et envoie en avant trois de ses hommes pour le renseigner; ce sont Lambert de Lambres, Damas de Buxeuil[339]et Jean du Béart[340]. De son côté, Philippe d’Artevelde fait dire la messe dans son camp et prêcher la guerre par les moines qui ont accompagné les Gantois. P.220à222,373à375.
Philippe harangue ses troupes. Le repas a lieu, et les Gantois se préparent au combat en s’abritant derrière leursribaudeaux, sortes de brouettes blindées de fer, garnies de piques et armées de canons, qu’ils poussent devant eux. P.222à224,375.
Les trois chevaliers envoyés en éclaireurs reviennent à Bruges. Le comte fait sonner le départ, et ses gens, au nombre de 40,000[341], viennent prendre position en face des Gantois. La journée est déjà assez avancée[342]. Effrayés par les 300 canons des Gantois[343]et aveuglés par le soleil, qui baisse à l’horizon, les Brugeois se débandent bientôt et s’enfuient vers la ville, poursuivis par leurs ennemis. Les morts sont nombreux[344]. P.224à227,375,376.
Voyant la lâcheté des gens de Bruges[345], le comte, avec quelques chevaliers[346], profite de la nuit qui commence pour rentrer dans Bruges, dont il ordonne de fermer les portes. Il convoque toute la population sur la place du marché. P.227,228,376,377.
Les Gantois brisent les portes et s’emparent de la ville[347]. Le comte, qui se rend au marché, est forcé de renvoyer son escorte et de revêtir la houppelande de son valet[348]. P.228à231,377,378.
A minuit, il se fait reconnaître d’une pauvre femme, qui le cache dans le lit de ses enfants[349]: il échappe ainsi aux recherches des routiers de Gand, qui veulent le remettre vivant aux mains de Philippe d’Artevelde. P.231à233,378,379.
Maîtres de la ville, les Gantois, sur l’ordre de François Ackerman, épargnent les marchands et les étrangers, mais sont sans pitié pour les quatre métiers, courtiers, fripiers, bouchers et poissonniers, qui ont toujours été du parti du comte: on en tue plus de 1,200, leurs maisons sont pillées[350], leurs femmes violentées.
Le dimanche matin, 4 mai, à sept heures, les habitants de Gand apprennent la nouvelle de leur victoire et en ont grandejoie. A Audenarde, la frayeur est extrême[351], car on craint l’arrivée des Gantois qui, avec 3 ou 4,000 hommes, prendraient facilement la ville. Mais il n’en est rien, et les gens d’Audenarde, encouragés par trois chevaliers, Jean de Baronaige[352], Thierri d’Anvaing[353]et Florent de Heule[354], attendent la venue de Daniel d’Halewyn que le comte va leur envoyer. P.233à235,379,380.
Philippe d’Artevelde et les autres chefs des Gantois ne font aucun mal à ceux des menus métiers, dont ils respectent la vie et la propriété[355]. Sans se soucier de ce qu’est devenu le comte, ils songent à ravitailler la ville de Gand. Damme et l’Écluse leur ouvrent leurs portes et leur fournissent du vin et des farines qu’ils expédient à Gand. P.235,236,380.
C’est le dimanche, pendant la nuit, que le comte sort de Bruges, seul, à pied, couvert d’une vieille houppelande. Une fois dans la campagne, il gagne Lille, monté sur un cheval que lui procure Robert le Marescal, un de ses fidèles chevaliers, mari d’une de ses filles bâtardes. Il retrouve, le lundi, à Lille la plupart de ses barons, qui ont échappé au combat[356]. Lesautres, comme Gui de Ghistelles, se sont réfugiés en Zélande et en Hollande. P.237,238,380.
La nouvelle de la défaite du comte est reçue avec plaisir par les habitants des bonnes villes, les Liégeois entre autres, par ceux de Paris et de Rouen, par le pape Clément, qui voit dans cet échec un châtiment céleste[357], et par les gens de Louvain[358], qui se sentent d’autant plus forts pour lutter contre leur seigneur le duc Wenceslas de Brabant. Le comte n’est même pas plaint par les hauts barons, qui n’aiment pas son grand orgueil. P.238,239,380,381.
Les Gantois décident d’abattre deux portes[359]de Bruges, avec les murs qui sont du côté de Gand, et de prendre comme otages 500 bourgeois notables. Puis ils se font jurer obéissance par toutes les villes du Franc de Bruges et du littoral du comté de Flandre. La soumission est reçue à Bruges par Pierre du Bois et Philippe d’Artevelde, qui tient état de prince. Le château de Male est pillé, toutes ses richesses volées. Pendant quinze jours, deux cents chariots ne font que transporter à Gand l’or, l’argent, les vêtements de prix, la vaisselle, les bijoux que l’on trouve à Bruges[360]. P.239à241,381.
Les 500 otages partent pour Gand[361]escortés par François Ackerman, Pierre de Wintere et 1,000 de leurs hommes. Pierre du Bois reste à Bruges pour hâter la démolition des murs. Philippe d’Artevelde, avec 4,000 hommes, part pour Ypres, où il reste huit jours pour recevoir la soumission de Cassel, de Furnes et autres villes[362]. Puis il se rend à Courtrai[363], maisne peut obtenir qu’Audenarde fasse acte d’obéissance. Les trois chevaliers, gardiens de la ville, ne veulent point trahir le comte et se rient des menaces du fils d’un brasseur d’hydromel[364]. P.241,242,381.
Furieux de cette résistance, Philippe séjourne cinq ou six jours à Courtrai, puis retourne à Gand, où il est accueilli avec les plus grands honneurs. Magnifiquement vêtu, entouré de soldats, menant vie joyeuse et dépensant largement, le nouveaurewaertde Flandre est au comble de sa puissance. P.242,243,381,382.
Le comte est à Lille[365]; il songe à reconquérir son pays rebelle avec l’aide de son gendre le duc de Bourgogne et du jeune roi de France, qui, certainement, suivra les avis de son oncle. En attendant, il envoie comme capitaine à Audenarde Daniel d’Halewyn, accompagné de 150 lances, de 100 arbalétriers et de 200 hommes de pied. P.243à245,382,383.
Le 17 mai, Daniel d’Halewyn entre dans Audenarde; avec lui sont Louis et Gilbert de Leeuwerghem[366], Jean[367]et Florent de Heule, Blanchart de Calonne, Gérard de Rasseghem, Gérardde Marquillies, Lambert de Lambres, Enguerran Zannequin[368], Morelet d’Halewyn, Hanghenandin et plusieurs autres chevaliers et écuyers de Flandre et d’Artois. P.245,246,383.
Philippe entreprend alors le siège d’Audenarde, il lève une taille de quatre gros par semaine sur chaque feu et convoque tous les combattants flamands pour le 9 juin sous les murs d’Audenarde. Personne ne manque à l’appel et Philippe se trouve à la tête d’une armée de plus de 100,000 hommes[369], bien approvisionnés de tous côtés. Son premier soin est de planter des pieux dans l’Escaut, pour empêcher les bateaux de Tournai de descendre à Audenarde. P.246,247,383,384.
Daniel d’Halewyn s’apprête à soutenir le siège; il distribue les provisions, couvre de terre les toits des maisons voisines des murs, exposées plus particulièrement aux coups des nombreux canons des Gantois, renvoie de la ville les vieillards et les bêtes de somme et loge dans les églises les femmes et les enfants. Il soutient ainsi le siège tout l’été, faisant parfois des escarmouches où se distinguent deux frères, écuyers d’Artois, Lambert et Tristan[370]de Lambres.
Philippe d’Artevelde, qui ne veut point donner l’assaut pour ménager son monde, établit sur la montagne qui domine Audenarde un immensemoutondestiné à jeter de grosses pierres sur la ville[371]; il a de plus à sa disposition d’autres puissants engins, qui ne peuvent réussir à lasser la patience et le courage des assiégés. P.247à249,384.
Pendant le siège d’Audenarde, 1,200 routiers environ se détachent de l’armée et s’en vont détruire par toute la Flandre les châteaux des nobles; ils dévastent une seconde fois le château du comte à Male et brisent le berceau où il dormait enfant. De là, ils se rendent à Bruges, où ils sont bien reçus par Pierre du Bois et Pierre de Wintere; et, après quelques joursde repos, ils passent la Lys à Warneton[372]et viennent devant Lille abattre les moulins à vent et brûler les villages.
Attaqués par 4,000 hommes de la garnison de Lille, les routiers entrent en Tournaisis et, après avoir brûlé Helchin[373]et autres villages, qui sont du royaume de France, ils retournent au siège d’Audenarde[374].
Le duc de Bourgogne apprend ces nouvelles à Bapaume: il en donne aussitôt avis à Charles VI, qui est à Compiègne[375]; c’est pour lui une bonne fortune de voir ainsi mêlé le roi de France à cette affaire, d’où il ne peut advenir que secours pour le comte de Flandre, son beau-père. P.249,250,384,385.
Le comte apprend à Hesdin[376]le sac de son château de Male: furieux, il se rend à Arras, puis à Bapaume[377]auprès du duc de Bourgogne, son beau-fils, qui lui promet aide contre toute laribaudaillede Flandre. Revenu à Arras, il délivre de prison plus de deux cents otages et retourne à Hesdin. P.250à252,385.
Soucieux de tenir sa promesse, le duc de Bourgogne quitte Bapaume avec Gui de la Trémoïlle et l’amiral Jean de Vienne. Il se rend à Senlis auprès du roi, dont la jeunesse ardente ne demande qu’à combattre, d’accord avec les ducs de Berri et de Bourbon. Un conseil de prélats et de nobles est convoqué à Compiègne pour décider ce qu’il y a lieu de faire[378]. P.252à256,385,386.
Songe du roi à Senlis; origine du cerf volant adopté par le roi comme emblème[379]. P.256à259,386,387.
Le siège d’Audenarde traîne en longueur. Craignant l’intervention du roi de France, Philippe d’Artevelde, qui a déjà dans son armée des archers anglais, songe à une alliance avec le roi d’Angleterre. P.259à261,387,388.
Mais, pour masquer son jeu, il écrit au roi de France une lettre où il lui demande d’obtenir la paix du comte de Flandre[380]. Le messager, porteur de la lettre, arrive à Senlis; comme il n’a pas de sauf-conduit, il est arrêté et mis en prison pour plus de six semaines[381]. Le roi et son conseil ne font que rire de la lettre de Philippe. Ne recevant pas de réponse, ce dernier propose alors à ses capitaines de faire alliance[382]avec le roi d’Angleterre, qu’on laissera passer par les Flandres pour entrer en France; moyennant quoi le roi d’Angleterre remboursera les 200,000 vieux écus que le pays flamand prêta autrefois auroi Édouard III, pour payer ses troupes devant Tournai[383]. P.261à263,388.
Après avoir pris l’avis de Pierre du Bois et de Pierre de Wintere, capitaines de Bruges[384], et de ceux d’Ypres et de Courtrai, Philippe organise son ambassade: chaque bonne ville enverra un ou deux bourgeois, Gand en enverra six[385], à savoir François Ackerman[386], Rasse vande Voorde[387], Louis de Vos[388], Jean de Scotelaere[389], Martin vande Water[390]et Jacques de Brauwere[391].
A ces envoyés se joint un clerc[392], parent de Philippe d’Artevelde, qui vient d’être élu évêque urbaniste de Gand en remplacement de Jean de West[393], ancien doyen de Notre-Dame de Tournai.
L’ambassade, composée de douze bourgeois, quitte le camp d’Audenarde au commencement de juillet[394]et arrive à Calais. Le capitaine de la ville, Jean d’Évreux, leur procure des bateaux pour passer en Angleterre. Ils débarquent à Douvres et arrivent à Londres, bien accueillis par la population anglaise.
Le roi venait de donner à Perducat d’Albret, en récompense de ses services, la terre de Caumont en Gascogne, qui, après le décès de Jean de Caumont[395]et d’Alexandre, son frère, morts tous deux sans héritiers, avait été attribuée par le roi à JeanChandos, puis à Thomas de Felton. P.263à265,388,389.
Perducat accepte la terre de Caumont et s’engage, lui et son hoir, à servir le roi d’Angleterre contre tout ennemi, excepté contre la maison d’Albret, dont il est issu. Il est mis en possession de sa nouvelle terre par le sénéchal de Bordeaux, Jean de Neuville[396], mais meurt bientôt, laissant son héritage à un jeune cousin, Perducet, qui prend les mêmes engagements vis-à-vis du roi d’Angleterre[397]. P.265à267,389.
Les ambassadeurs flamands sont reçus par le conseil du roi; ils demandent l’alliance de l’Angleterre et offrent au roi 100,000 hommes pour combattre les Français[398]; mais ils tiennent avant tout à être remboursés des 200,000 vieux écus prêtés autrefois par Jacques d’Artevelde[399]. Les seigneursanglais trouvent les propositions quelque peu risibles et diffèrent leur réponse. Les choses vont ainsi à bien pour le roi de France, qui se prépare à entrer en Flandre. P.267à269,390.
Charles VI fait relâcher le messager de Philippe d’Artevelde. Échange de prisonniers entre la ville de Courtrai et la ville de Tournai. Philippe d’Artevelde, qui s’attend à être attaqué par le roi de France, défend aux habitants de Tournai de venir s’approvisionner dans les Flandres. P.269à272,390,391.
Philippe continue à assiéger Audenarde, mais ne donne pas l’assaut; il espère affamer la ville et la prendre sans risquer de faire tuer ses gens[400]. P.272,273,391.
Le roi de France se résout à intervenir auprès des Flamands[401]; il envoie à Tournai l’évêque de Beauvais Milon de Dormans, l’évêque d’Auxerre[402], l’évêque de Laon[403], Gui de Honcourt[404]etTristan du Bos. Ces commissaires[405]apprennent à Tournai de Jean Bonenfant[406]et de Jean Piétart[407], qui se sont occupés de l’échange des prisonniers avec Courtrai, que Philippe d’Artevelde ne veut point entendre parler de traiter avant la prise d’Audenarde et de Termonde; mais, confiant dans le bon sens des Flamands, ils adressent à chacune des trois villes, Gand, Bruges et Ypres, une lettre portée par un messager spécial. P.273,274,391.
Par cette lettre, datée du 16 octobre 1382, les trois bonnes villes sont informées que le roi de France, désirant voir la paix se rétablir entre le comte et son peuple, ne saurait tolérer l’alliance que les villes de Flandre pourraient contracter avec le roi d’Angleterre. En conséquence, les commissaires demandent un sauf-conduit leur permettant de mener à bien les négociations de paix. P.274,391,392.
Les trois messagers arrivent et sont retenus prisonniers. Philippe, qui a lu la lettre à Gand, va la communiquer au seigneur d’Herzeele sous les murs d’Audenarde. P.274,275,392.
Réponse de Philippe, datée d’Audenarde, 20 octobre 1382[408]:il s’étonne que son souverain seigneur, le roi de France, veuille aujourd’hui s’interposer en faveur de la paix, alors qu’il ne lui a pas répondu naguères sur le même sujet. Aucun traité n’aura lieu tant que toutes les villes et forteresses de Flandre ne seront pas ouvertes au peuple flamand; jusque-là, tous les messagers seront emprisonnés. P.275à278,392,393.
Cette lettre est confiée à un écuyer d’Artois qui avait été fait prisonnier. Il la remet, à Tournai, à l’évêque de Laon et aux autres commissaires royaux, qui la communiquent au prévôt et aux jurés de la ville. P.278à280,393.
Voulant ne pas trop s’aliéner les gens de Tournai, Philippe leur écrit quelques jours après (23 octobre), pour leur dire qu’il désire vivre toujours en bonne amitié avec eux, qu’il regrette de ne pouvoir encore mettre en liberté les messagers, mais qu’il accorde toute facilité aux marchands pour trafiquer et passer par les Flandres. P.280à282,393,394.
Cette lettre est apportée à Tournai par un valet de Douai; elle est lue en présence des commissaires royaux, qui conseillent aux gens de Tournai de ne pas répondre aux avances des Gantois, de crainte de mécontenter le roi de France et le duc de Bourgogne. Trois jours après, les commissaires retournent à Péronne[409]auprès du roi et de ses oncles. P.282,283,394.
La veille, le comte de Flandre était arrivé pour plaider sa cause et faire hommage du comté d’Artois, qu’il venait d’hériter de sa mère. L’orgueil des Flamands et leur désir de s’allier aux Anglais décident le roi à soutenir les droits de son nouveau vassal[410].
Le comte retourne à Hesdin, et le roi appelle à Arras tous les gens d’armes du royaume[411]. P.283à285,394,395.
Le comte s’occupe des vivres nécessaires à l’armée royale[412]. Le roi arrive à Arras[413], où le comte le rejoint; en recevant son hommage[414], il lui promet de le secourir en Flandre. P.285,286,395.
Bien qu’il affecte de se moquer des entreprises du jeune roi de France, Philippe d’Artevelde n’en appelle pas moins à Audenarde le seigneur d’Herzeele pour le remplacer, tandis qu’il part pour Bruges et Ypres[415]. Craignant que les Français ne traversent la Lys, il charge Pierre du Bois de garder le passage de la rivière à Commines[416]et Pierre de Wintere de défendre lepont de Warneton, avec ordre de rompre les ponts d’Estaires[417], de la Gorgue[418], de Merville[419]et autres jusqu’à Courtrai. Philippe pense ainsi empêcher le roi de France de pénétrer en Flandre, jusqu’à l’arrivée des troupes anglaises, qui ne saurait tarder. P.286à288,395,396.
Un certain nombre de chevaliers et écuyers de la garnison de Lille, 120 hommes environ, tentent, sous la direction du Hase de Flandre, de faire une chevauchée. Ils passent la Lys à Menin[420]et dévastent la ville, tuant et chassant tout devant eux; mais au retour, assaillis par les paysans, ne pouvant se servir du pont qui s’est brisé, ils perdent, tant tués que noyés, plus de 60 des leurs, sans parler des blessés[421], parmi lesquels il faut compter Jean de Jeumont. Le châtelain de Bouillon et Bouchard de Saint-Hilaire[422]sont tués; Henri de Duffle[423]se noie. P.288à291,396,397.
Tandis que Pierre du Bois démolit le pont de Commines, Philippe apprend à Ypres la défaite des Français et s’en réjouit. Pendant cinq jours, il harangue le peuple, lui faisant entrevoir l’appui de l’Angleterre, et, confiant dans la fidélité des habitants, il retourne au siège d’Audenarde en passant par Courtrai, où il se repose deux jours. P.291,292,397.
CHRONIQUESDE J. FROISSART.
CHRONIQUESDE J. FROISSART.