Aussitôt après ces cruelles exécutions, le duc d’Anjou et leconnétable, informés que les ducs de Lancastre et de Bretagne ont envahi le royaume et sont déjà arrivés sur les bords de la Marne, lèvent le siège de Derval pour se rendre en toute hâte à Paris auprès du roi de France. Là, Charles V réunit en Conseil[293]ses trois frères, les ducs d’Anjou, de Berry et de Bourgogne, Bertrand du Guesclin son connétable et Olivier, seigneur de Clisson, qu’il a mandé tout exprès, pour inviter chacun à dire son avis sur la manière dont il convient de combattre les Anglais, car il y a des barons, des chevaliers et aussi des bonnes villes qui murmurent de ce que l’on reste sur la défensive et qui prétendent que c’est une honte pour la noblesse de France de laisser ainsi les Anglaistraverser le royaume tout à leur aise, sans marcher à leur rencontre et leur tenir tête. P.160,161,316.
Du Guesclin, invité à parler le premier, conseille de ne livrer bataille aux Anglais que si l’on a sur eux l’avantage du nombre et de la position, et appelle en témoignage son compagnon d’armes le seigneur de Clisson, qui a été nourri dès l’enfance et a fait ses premières armes avec les envahisseurs. Celui-ci approuve le conseil du connétable et dit que, sans offrir le combat aux Anglais dont l’audace naturelle est encore accrue par une longue série de victoires, il faut se tenir prêt à profiter de toutes les fautes qu’ils pourront commettre; ce système de temporisation a trop bien réussi depuis un certain nombre d’années pour que l’on ne continue pas de le suivre. Charles V déclare se ranger à ces avis et veut désormais confier à Du Guesclin et à Clisson la défense de son royaume. Le duc d’Anjou donne son assentiment à cette résolution du roi et ajoute qu’il compte bien, avec l’aide de ces deux capitaines, expulser à bref délai les Anglais de l’Aquitaine et de la Haute Gascogne. Après ce conseil, Du Guesclin et Clisson, ayant réuni un corps d’armée de cinq cents lances, se dirigent vers Troyes à la poursuite des Anglais. Les deux ducs de Lancastre et de Bretagne venaient de passer devant Épernay[294]et Vertus[295], non sans avoir rançonné et fourragé tout le pays situé aux environs de ces deux villes, ainsi que la belle et riche vallée de la Marne; puis ils contournent Châlons[296]en Champagne, mais sans s’enapprocher de trop près, et prennent le chemin de Troyes. Au moment où ils arrivent sous les murs de cette cité, Du Guesclin, Clisson, les ducs de Bourgogne et de Bourbon sont déjà venus renforcer la garnison de cette place[297], dont l’effectif ne compte pas moins de douze cents lances. P.161à164,316.
Bertrand du Guesclin rend au roi de Castille la terre de Soria, rapportant bien dix mille francs de revenu annuel, dont il avait été gratifié en récompense de ses services, et le roi de Castille donne en échange au connétable de France Jean, comte de Pembroke, fait prisonnier par les Espagnols dans le combat naval livré devant la Rochelle[298]. Le comte s’engage à payer à Bertrand, par les mains des Lombards de Bruges, une rançon de cent vingt mille francs[299]; et cette somme ne doit être versée que le jour oùle prisonnier aurait été reconduit sain et sauf à Calais. Or, il arrive que le comte de Pembroke, au moment où il se rend d’Espagne dans cette ville en traversant la France à la faveurd’un sauf-conduit délivré par le connétable, est pris de maladie et meurt à Arras, et Du Guesclin perd ainsi tout à la fois son prisonnier et sa rançon[300]. Olivier de Mauny, neveu du connétable, gratifié naguère par le roi de Castille de la terre d’Agreda, d’un revenu annuel de quatre mille francs, échange aussi cette terre contre un autre prisonnier de D. Enrique nommé Guichard d’Angle[301], et pour obtenir la mise en liberté de ce chevalier ainsi que de Guillaume, neveu de Guichard, Édouard III consent à rendre le seigneur de Roye[302], qu’il garde comme otage en Angleterre. Ces deux échanges ont été la condition mise au mariage d’Olivier de Mauny[303]avec la fille du seigneur de Roye, qui doit hériter après la mort de son vieux père d’une fortune évaluée à trois mille francs de revenu annuel. Guichard d’Angle, admis au nombre des conseillers d’Édouard III, mande à sa femme et à ses enfants de venir le rejoindre en Angleterre, où il s’établit définitivement, et déclare renoncer à la possession de tous les fiefs qu’il tient en Poitou du duc de Berry, auquel il adresse des remerciements pour avoir daigné laisser en paix sa femme et ses enfants pendant son absence. P.164à166,316.
Sur ces entrefaites, le pape Grégoire XI envoie d’Avignon à Paris deux légats, l’archevêque de Ravenne et l’évêque de Carpentras, pour traiter de la paix entre les rois de France et d’Angleterre. Charles V et le duc d’Anjou invitent ces légats à se rendre à Troyes pour entamer des pourparlers, d’une part, avec le connétable et le seigneur de Clisson, d’autre part, avec les ducs de Lancastre et de Bretagne. Ces derniers viennent camper devant Troyes[304]trois jours après l’arrivée des deux légats dans cette ville. Les deux maréchaux de l’armée anglaise escarmouchent jusqu’aux barrières, tandis que le connétable, Édouard Spencer, fait merveille d’armes à la porte de Bourgogne[305]. Pendant ces escarmouches, les deux légats se rendent aux tentes des ducs de Lancastre et de Bretagne, auxquels ils exposent l’objet de leur mission. Les ducs font à ces légats un accueil courtois, maisil leur est absolument interdit de s’immiscer dans des négociations de ce genre. P.166à168,316.
Il est, en effet, d’usage en Angleterre que les chefs d’une expédition, surtout lorsque cette expédition doit avoir lieu en France, prêtent serment: 1ode ne mettre bas les armes qu’après avoir achevé ce qu’ils ont entrepris; 2ode garder un secret inviolable sur leurs projets; 3od’observer une discipline rigoureuse et de ne jamais laisser la désunion ni la révolte se mettre dans les rangs de leurs soldats. Les ducs de Lancastre et de Bretagne n’ont donc point qualité pour répondre aux propositions des légats ni même pour accorder une trêve ou une abstinence de guerre quelconque. Aussi continuent-ils, nonobstant les démarches de ces légats, de mettre le feu aux maisons isolées, aux villages et aux petits forts, de rançonner les habitants du plat pays et les abbayes[306]. Ils necessent pas non plus un seul instant de chevaucher en ordre de bataille. D’un autre côté, mille lances d’élite commandées par Du Guesclin, Clisson, les vicomtes de Rohan et de Meaux poursuivent les envahisseurs l’épée dans les reins et les serrent de si près qu’ils n’osent développer leurs lignes, car les Français se tiennent à portée et en mesure de profiter de la première occasion favorable qui s’offrira pour l’attaque. P.168à170,316,317.
C’est ainsi que les ducs de Lancastre et de Bretagne traversent la France de part en part, offrant toujours la bataille, sans jamais trouver à qui parler. Les Français qui les poursuivent en les harcelant, tantôt sur leur aile droite, tantôt sur leur aile gauche, suivant la direction du cours des rivières, se logent presque tous les soirs à leur aise dans des forteresses ou de bonnes villes, tandis que les Anglais sont réduits à planter leurs tentes en rase campagne, où ils souffrent de la disette de vivres et, quand l’hiver est arrivé, de la rigueur du froid; ils ont en outre à traverser des pays très pauvres tels que l’Auvergne[307], leLimousin[308], le Rouergue[309], l’Agenais, où les plus grands seigneurs sont parfois cinq ou six jours sans manger de pain, car vers la fin de leur chevauchée ils n’ont pas moins de trois mille lances à leur poursuite et n’osent fourrager les uns sans les autres. C’est dans cesconditions défavorables qu’ils franchissent la Loire, l’Allier, la Dordogne, la Garonne ainsi que plusieurs autres grosses rivières qui descendent des montagnes d’Auvergne. Aussi, c’est à peine s’ils ont conservé le tiers de leur charroi lorsqu’ils arrivent à Bordeaux; ils ont laissé le reste en route, soit faute de chevaux pour le traîner, soit parce que l’on n’a pu le transporter à travers les défilés des montagnes. Comme ils ne rentrent à Bordeaux qu’après Noël[310], c’est-à-dire en plein hiver, plusieurs gentilshommes succombent en chemin à l’excès du froid ou des privations, et d’autres, tels que le connétable Édouard Spencer[311], y contractent le germe du mal qui doit les emporter plus tard. P.170,171.
1373, 28 octobre-1374, 8 janvier.RETOUR DU DUC D’ANJOU A TOULOUSE PAR AVIGNON.—1373, juin et juillet.TRAITÉ DE CAPITULATION DE BÉCHEREL.EXPÉDITION DU DUC D’ANJOU EN BIGORRE; REDDITION DE SAINT-SEVER; PRISE DE LOURDES.—1374, commencement d’avril.JOURNÉE DE BATAILLE ASSIGNÉE PRÈS DE MOSSAIC ENTRE LES DUCS D’ANJOU ET DE LANCASTRE; DÉFAUT A CE RENDEZ-VOUS DE LANCASTRE, QUI PART DE BORDEAUX ET RETOURNE EN ANGLETERRE.—21 mai.EXPIRATION DE LA TRÊVE CONCLUE PAR DU GUESCLIN AVEC LE DUC DE LANCASTRE.—Juin et juillet.SOUMISSION DU VICOMTE DE CASTELBON. EXPÉDITION DE DU GUESCLIN ET DU DUC D’ANJOU, D’ABORD DANS LE BAS LANGUEDOC CONTRE LES COMPAGNIES, ENSUITE SUR LES CONFINS DE L’AGENAIS ET DUBORDELAIS CONTRE LES ANGLAIS; SIÈGE ET PRISE DE LA RÉOLE, DE LANGON, DE SAINT-MACAIRE, DE SAINTE-BAZAILLE ET DES PLACES AVOISINANTES.—2 octobre.RETOUR DE DU GUESCLIN A PARIS ET DU DUC D’ANJOU A TOULOUSE.—août et septembre.SIÈGE DE SAINT-SAUVEUR-LE-VICOMTE; REDDITION DE BÉCHEREL, DONT LA GARNISON VA RENFORCER CELLE DE SAINT-SAUVEUR.—1375, premiers mois.DÉFAITE DES FRANÇAIS DANS UNE RENCONTRE ENTRE LIQUES ET TOURNEHEM; CAPTURE DU COMTE DE SAINT-POL, EMMENÉ EN ANGLETERRE.—OUVERTURE DES NÉGOCIATIONS A BRUGES ENTRE LES AMBASSADEURS DE FRANCE ET D’ANGLETERRE.—RETOUR EN FRANCE DU DUC DE BRETAGNE ET DU COMTE DE CAMBRIDGE AVEC UN CORPS D’ARMÉE CONSIDÉRABLE; DÉBARQUEMENT A SAINT-MATHIEU; PRISE DE SAINT-POL DE LÉON; SIÈGE DE SAINT-BRIEUC.—21 mai.TRAITÉ DE CAPITULATION DE SAINT-SAUVEUR.—LEVÉE DU SIÈGE DE SAINT-BRIEUC PAR LES ANGLAIS, ET DU SIÈGE DU NOUVEAU FORT PAR LES FRANÇAIS, QUE LES ANGLAIS ACCOURUS DE SAINT-BRIEUC POURSUIVENT JUSQU’A QUIMPERLÉ OÙ ILS LES ASSIÈGENT.—27 juin.TRÊVE D’UN AN ENTRE LES ROIS DE FRANCE ET D’ANGLETERRE CONCLUE A BRUGES; LEVÉE DU SIÈGE DE QUIMPERLÉ.—3 juillet.REDDITION DE SAINT-SAUVEUR AU ROI DE FRANCE(§§749 à 768).
Après cette grande chevauchée, le duc d’Anjou regagne Toulouse[312]en compagnie du connétable de France[313]et donne rendez-vousà ses gens d’armes pour le terme de Pâques de l’année suivante. Les légats du pape continuent de s’entremettre auprès des ducs d’Anjou et de Lancastre pour amener la conclusion d’un traité de paix entre les rois de France et d’Angleterre. Le duc d’Anjou passe tout l’hiver à faire des préparatifs en vue d’une expédition projetée dans la Haute Gascogne, où il veut contraindre tous les possesseurs de fiefs et d’arrière-fiefs à reconnaître la suzeraineté du roi de France dont le comte de Foix prétend que ses hommes ne relèvent en rien non plus que du roi d’Angleterre. P.171,172,317.
Peu après Pâques, le duc d’Anjou réunit à Périgueux[314]une armée composée de dix mille hommes d’armes, dont mille étaient des Bretons, et de trente mille fantassins, dont quinze cents étaient des arbalétriers génois. Noms des principaux seigneurs enrôlés dans les rangs de cette armée. Le duc d’Anjou et le connétable de France inaugurent la campagne en mettant le siège devant l’abbaye de Saint-Sever[315]. L’abbé s’empresse de faire sa soumission et de livrer des otages que l’on envoie à Périgueux. Après quinze jours de siège, les Français emportent d’assaut lechâteau de Lourdes[316], et Pierre Arnaud de Béarn, capitaine de cette place pour le comte de Foix, se fait tuer en défendant la forteresse confiée à sa garde. La ville est livrée au pillage et les bonshommes que l’on y trouve sont massacrés ou mis à rançon. P.172,174,317.
Après la prise de Lourdes, les gens d’armes du duc d’Anjouravagent les terres du vicomte de Castelbon[317], des seigneurs de Castelnau[318]et de Lescun[319], et mettent le siège devant le fort château de Sault[320], défendu par un homme d’armes du comté de Foix nommé Guillonet de Pau. Le comte de Foix prend l’engagement, par l’entremise de l’abbé de Saint-Sever et du seigneur de Marsan, tant en son nom qu’au nom de ses feudataires, de reconnaître soit la suzeraineté du roi de France, soit celle du roi d’Angleterre, selon que l’un ou l’autre des deux rois sera vainqueur à la journée assignée à la mi-août[321]devant Moissac. Sur les instancesde l’archevêque de Ravenne et de l’évêque de Carpentras, légats[322]du pape Grégoire XI, le duc de Lancastre, qui se tient alors à Bordeaux avec le duc de Bretagne, envoie quatre de ses chevaliers à Périgueux vers le duc d’Anjou et le connétable de France. Tous ces pourparlers aboutissent à la conclusion d’une trêve[323]qui doit durer jusqu’au dernier jour du mois d’août. P.174à176,317.
Aussitôt après la conclusion de cette trêve, le duc de Lancastre[324]fait voile pour l’Angleterre en compagnie du duc de Bretagne, auquel il tarde de réunir une armée pour repasser dans son duché et faire lever le siège de Bécherel. Avant de quitter Bordeaux, le duc de Lancastre institue Thomas deFelton[325]grand sénéchal de cette ville et du Bordelais, en enjoignant aux barons de Gascogne d’obéir pendant son absence au dit Thomas comme à son lieutenant. Assiégés et bloqués depuis plus d’un an par les Français, Jean Appert et Jean de Cornouaille, capitaines de la garnison anglaise de Bécherel, lassés d’attendre en vain du secours et craignant de manquer de vivres, font proposer par un héraut de livrer cette forteresse s’ils ne reçoivent pas, dans le délai de la Toussaint, des renforts suffisants pour combattre les Français. Mouton de Blainville et Louis de Sancerre, maréchaux de France, qui commandent les assiégeants, après en avoir référé au roi de France, acceptent les ouvertures des assiégés, signent une trêve[326]qui doit durer jusqu’à la Toussaint et se font livrer des otages. Les capitaines de Bécherel profitent de cette trêve pour solliciter du roi d’Angleterre et du duc de Bretagne un envoi immédiat de secours. P.176à178,317,318.
Trois jours avant la mi-août[327], Charles V et le duc d’Anjouréunissent à Moissac une armée de quinze mille hommes d’armes et de trente mille fantassins. Au jour fixé, aucun Anglais ne se présente pour tenir la journée contre les Français. Thomas de Felton vient trouver le duc d’Anjou après la mi-août et prétend que les ducs de Lancastre et de Bretagne ont toujours considéré la trêve comme devant s’appliquer à la journée de Moissac[328]. Quoi qu’il en soit, suivant l’engagement pris, le comte de Foix[329], les prélats, les barons et autres feudataires de son comté prêtent serment de foi et hommage au roi de France entre les mains du duc d’Anjou, qui renvoie au dit comte les otages gardés à Périgueux et retourne à Toulouse après avoir pris possession des ville et château de Moissac[330]. P.178à180,318.
Pendant la première quinzaine de septembre 1374, Louis, duc d’Anjou, part de Toulouse[331]avec un corps d’armée pour faire une chevauchée du côté de la Réole et d’Auberoche. L’abbé de Saint-Sever, le vicomte de Castelbon, les seigneurs de Castelnau, de Lescun et de Marsan font partie de cette expédition. La Réole[332], Langon[333],Saint-Macaire[334], «Condon[335]», Sainte-Bazeille[336], «Prudaire[337]», «Mautlion[338]», «Dion[339]», «Sebillach[340]», Auberoche[341]et une quarantaine de villes fermées ou de forts châteaux se rendent aux Français. Pendant ce temps, les deux légats du Saint-Siège, l’archevêque de Ravenne et l’évêque de Carpentras, de retour à Saint-Omer, ne cessent de s’entremettre et d’envoyer messages sur messages tant en France qu’en Angleterre pour faire accepter une trêve par les belligérants. Édouard III, qui voit sespossessions au delà du détroit lui échapper les unes après les autres et qui éprouve une peine profonde de n’avoir pu secourir plus efficacement le duc de Bretagne chassé de ses États à cause de son attachement au parti anglais et menacé de perdre son héritage, se montre tout disposé à accueillir favorablement les ouvertures des deux prélats; il décide en conséquence que son fils le duc de Lancastre passera la mer et viendra à Calais pour s’aboucher avec les ambassadeurs du roi de France. Celui-ci, de son côté, finit par consentir à envoyer à Saint-Omer son frère Louis, duc d’Anjou, en lui donnant pour instructions de se laisser gouverner et conduire par les deux légats, et l’on arrête une entrevue pour la Toussaint suivante entre le duc de Lancastre, débarqué à Calais, et le duc d’Anjou, qui ne doit pas tarder à se rendre à Saint-Omer. Les barons de Bretagne, en particulier, se préoccupent vivement de ce qui doit être décidé dans cette entrevue au sujet de l’affaire de Bécherel. Pour se conformer aux ordres de Charles V, Louis, duc d’Anjou, Bertrand du Guesclin, connétable de France, et Olivier, seigneur de Clisson, s’éloignent du Rouergue[342], licencient leurs gens, ne retiennent à leur service que les Bretons et, sans retourner à Toulouse[343], reviennent en France. P.180à182,318.
Les places françaises des marches de Picardie sont alors pourvuesde bonnes garnisons. La garnison d’Abbeville, entre autres, a pour capitaine Hue de Châtillon[344], maître des arbalétriers de France, débarqué récemment de Boulogne et ne respirant que le désir de la vengeance; car, pris en embuscade aux alentours d’Abbeville par Nicole de Louvain qui avait refusé de le prendre à rançon, il avait été réduit à se faire enlever sur les marches du Northumberland, où on le tenait en captivité, par un marinier de l’Écluse, qui l’avait ramené en Flandre. Rétabli dans son office de maître des arbalétriers aussitôt après son retour en France, il commande la garnison d’Abbeville, d’où il fait des chevauchées aux environs. Du côté des Français, Henri des Iles[345], Jean de Longvillers[346], Guillaume de Nesle, le Châtelain de Beauvais, capitaines de Dieppe, de Boulogne, de Montreuil-sur-Mer et de Rue, sont opposés à Jean de Burleigh, à Jean de Harleston, à Jean, seigneur de Gommegnies, capitaines anglais de Calais, de Guines et d’Ardres. A Calais, le lieutenant du capitaine est Walter Devereux. Un jour, Walter Devereux, Jean de Harleston et le seigneur de Gommegnies rassemblent de très grand matin environ cent soixante lances dans la bastille d’Ardres et partent en expédition du côté de Boulogne. Ce même jour, Jean de Longvillers, à la tête d’environ soixante lances, fait route en sens contraire dans la direction de Calais. A deux lieues de Boulogne, il rencontre la petite troupe conduite par le seigneur de Gommegnies. Les Anglais attaquent les Français et font quatorze prisonniers. Le reste se sauve et rentre à Boulogne. Sitôt qu’ils sont revenus de cette poursuite, les vainqueurs se disposent à regagner Ardres en ligne directe par le beau chemin vert, dit de Leulinghe, qui traverse le pays d’Alequine. Ce même jour aussi, Hue de Châtillon ou monseigneur le Maître, comme on a coutume de l’appeler, s’est mis en campagne, de son côté, à la tête de quatre cents lances. Chemin faisant, il est rejoint par le jeune comte de Saint-Pol, Waleran de Luxembourg, qui, revenu depuis quelques joursseulement de ses possessions de Lorraine à Saint-Pol, s’est remis en route pour aller en pèlerinage à Notre-Dame de Boulogne. Hue et Waleran, une fois réunis, ne sachant rien de la chevauchée des Anglais, et les croyant toujours enfermés dans Ardres, vont courir jusque sous les fortifications de cette place et, après avoir fait une démonstration devant les barrières, rebroussent chemin et se dirigent vers Licques et vers Tournehem. P.182à184,318.
Un Anglais de la garnison d’Ardres sort de cette forteresse et va à la dérobée prévenir le seigneur de Gommegnies, Walter Devereux et Jean de Harleston de la présence des Français dans ces parages. Les trois chevaliers anglais marchent aussitôt à la rencontre de leurs adversaires qu’on leur dit être arrivés entre Licques et Tournehem. Ceux-ci, de leur côté, sitôt qu’ils sont avisés de la marche des Anglais, mettent trois cents lances en embuscade dans un petit bois près de Licques sous les ordres de Hue de Châtillon, tandis que le comte de Saint-Pol continue de s’avancer avec cent lances à la rencontre de l’ennemi. L’avant-garde anglaise ne se compose que d’une quinzaine de lances, et Jean de Harleston, qui commande cette avant-garde, a reçu l’ordre de faire semblant de fuir, aussitôt qu’il se trouvera en présence des Français, et de regagner le plus vite possible la haie derrière laquelle se tient le gros des forces anglaises. La feinte réussit, et l’avant-garde française donne la chasse aux Anglais jusqu’à cette haie où le combat s’engage. Le comte de Saint-Pol et ses gens ne tardent pas à avoir le dessous. Le comte est fait prisonnier[347]par un écuyer du duché de Gueldre ainsi que soixante autres, tant chevaliers qu’écuyers, entre autres les seigneurs de Poix[348], de Clary[349], Guillaume de Nesle, Charles de Châtillon, Lionel d’Airaines, Jean, seigneur de Chepoix[350], Guillaume, châtelain de Beauvais,les frères Henri et Jean des Isles et Gauvinet de Bailleul[351]. P.184à187,318.
Hue de Châtillon et les trois cents lances, qui se tenaient en embuscade, surviennent au moment où le combat dure encore; mais, au lieu de se porter au secours de leurs compagnons d’armes, le seigneur de Châtillon et ses gens donnent de l’éperon à leurs chevaux et s’éloignent précipitamment du champ de bataille. Embarrassés du grand nombre de prisonniers qu’ils ont faits, les Anglais ne s’acharnent point à la poursuite des fuyards et rentrent le soir même à Ardres. Après souper, Jean, seigneur de Gommegnies, achète le comte de Saint-Pol à l’écuyer qui l’avait fait prisonnier au prix de dix mille francs. Le lendemain, Jean de Harleston retourne à Guines et Walter Devereux à Calais. A la nouvelle de ce succès, Édouard III, roi d’Angleterre, fait venir auprès de lui au château de Windsor, où il se trouve alors, le seigneur de Gommegnies, capitaine d’Ardres, qui amène le comte de Saint-Pol son prisonnier et le donne au monarque anglais. Le roi est bien aise de se faire livrer ce prisonnier pour deux raisons: d’abord, parce qu’il garde rancune au comte Gui de Luxembourg, père de Valeran, de ce qu’il s’était évadé d’Angleterre sans congé et n’avait rien négligé pour rallumer la guerre entre ce pays et la France; ensuite, parce qu’il espère pouvoir échanger le comte de Saint-Pol contre le captal de Buch détenu dans la tour du Temple à Paris. En retour de la cession du comte, le seigneur de Gommegnies reçoit du roi d’Angleterre un présent de vingt mille francs. Le prisonnier est traité avec courtoisie. On le laisse aller et venir dans l’intérieur du château de Windsor, mais il ne peut franchir le seuil de la porte de ce château sans le congé de ses gardiens. De retour à Ardres, le seigneur de Gommegnies gratifie de nouvelles sommes d’argent l’écuyer de Gueldre qui avait pris Valeran de Luxembourg, seigneur de Ligny et comte de Saint-Pol. P.187à192,319.
Les rois de France et d’Angleterre concluent une trêve[352]quine s’appliquait à l’origine qu’au pays situé entre Calais et la rivière de Somme; cette trêve ne fut point observée dans les anciennes marches, notamment en Normandie et en Bretagne. Louis, duc d’Anjou[353], arrive à Saint-Omer en compagnie de deux légats[354]. L’escorte du duc se compose d’environ mille lances de Bretons dont Bertrand du Guesclin, connétable de France, Olivier, seigneur de Clisson, Jean, vicomte de Rohan, Gui, comte de Laval[355],les seigneurs de Beaumanoir et de Rochefort sont les chefs. Ces gens d’armes, logés au plat pays aux environs de Bailleul et de la Croix en Flandre, touchent une solde avec laquelle ils payent tout ce qu’ils prennent sans grever l’habitant; mais ils se tiennent prêts à prendre l’offensive et n’ont qu’une médiocre confiance dans les Anglais.—Sur ces entrefaites, Jean de Vienne[356],amiral de France, met premièrement par mer le siège devant la forteresse de Saint-Sauveur-le-Vicomte, en basse Normandie. Owen de Galles et le seigneur de Rye prennent part à ce siège où la flotte de D. Enrique, roi de Castille, est commandée par Radigho de Rous.—Gui, comte de Blois, vient rejoindre à Saint-Omer Louis, duc d’Anjou, avec une suite de trente chevaux au lieu de treize seulement sur lesquels comptait le dit duc. Jean, duc de Lancastre, arrive de son côté à Calais et ne peut s’empêcher de témoigner sa surprise en voyant la marche de Saint-Omer occupée par un si grand nombre de gens d’armes bretons. Cependant les deux légats vont de l’un à l’autre duc pour les amener à une entente et les décider à conclure, sinon un traité de paix, au moins une prorogation de la trêve.—Le terme fixé dans le traité de capitulation de Bécherel pour la reddition de cette place approchant, Charles V écrit à Bertrand du Guesclin, connétable de France, et à Olivier, seigneur de Clisson, pour réclamer leur présence à cette journée à la tête de forces imposantes; car, si les Anglais tentent de faire lever le siège de Bécherel, le roi de France veut être en mesure de s’y opposer. Du Guesclin et Clisson prennent donc congé du duc d’Anjou et conduisent devant Bécherel, avant le jour fixé pour la reddition, plus de dix mille lances. Le bruit s’était répandu que le duc de Bretagne Jean de Montfort et le comte de Salisbury amenaient par mer aux assiégés un secours de dix mille hommes; mais ce secours, la garnison de Bécherel l’attendit en vain et se plaignit amèrement de ce qu’après une défense de quinze mois elle eût été ainsi abandonnée à ses seules forces. Aux termes du traité de capitulation, les assiégés rendent au jour convenu la place aux Français. Les deux capitaines de la garnison, Jean Appert et Jean de Cornouaille, s’éloignent de Bécherel avec armes et bagages; puis, à la faveur d’un sauf-conduit qui leur avait été délivré par Bertrand du Guesclin, connétable de France, ils vont renforcer la garnison anglaise de Saint-Sauveur-le-Vicomte. P.190à192,319.
Aussitôt après la prise de possession de Bécherel, le connétable de France[357], le seigneur de Clisson et les deux maréchaux deFrance viennent mettre le siège devant le château de Saint-Sauveur-le-Vicomte dont on fait le blocus par terre et par mer. Thomas de Catterton, nommé capitaine de la garnison par Alain de Buxhull, a mis la forteresse en bon état de défense. Thomas Trevet, Jean de Burgh, Philippe Pickworth et les trois frères de Maulevrier sont au nombre des assiégés auxquels Jean Appert, Jean de Cornouaille et les compagnons partis de Bécherel ont apporté un si utile renfort. La garnison de Saint-Sauveur est encouragée à la résistance par l’espoir que le duc de Bretagne la viendra secourir par mer ou tout au moins qu’elle sera comprise dans la trêve qui se négocie entre Louis, duc d’Anjou, établi à Saint-Omer, et Jean, duc de Lancastre, débarqué à Calais. Cet espoir soutient les assiégés pendant tout le cours de l’hiver, où leurs remparts et même leurs habitations ont beaucoup à souffrir du jet des pierres énormes[358]lancées par les machines de guerre des Français. P.192à194,319.
Les négociations entamées entre les ducs d’Anjou et de Lancastre n’aboutissant, malgré l’entremise des deux légats, à aucun résultat par suite de la trop grande distance entre Saint-Omer et Calais, les deux princes conviennent d’une entrevue directe et personnelle qui doit avoir lieu à Bruges. Le duc de Bretagne,qui s’était rendu à Calais en compagnie du duc de Lancastre, retourne en Angleterre, où Édouard III met à sa disposition un corps expéditionnaire de deux mille hommes et de quatre mille archers pour l’aider à reconquérir son duché. Quelques-uns des plus grands seigneurs d’Angleterre font partie de ce corps d’armée, notamment Edmond, comte de Cambridge[359], Edmond de Mortimer, comte de March, Thomas Holland, fils aîné du premier lit de la princesse de Galles, depuis comte de Kent, et Édouard Spencer qui mourut au retour de cette expédition[360]. Les Anglais s’embarquent à Southampton et font voile vers Saint-Sauveur, où ils veulent attaquer les navires du roi de France ancrés devant cette place, mais ils sont poussés par les vents contraires sur les côtes de Bretagne et débarquent devant Saint-Mathieu. Ils s’emparent de cette place, dont ils passent la garnison au fil de l’épée. A cette nouvelle, le connétable, les barons de France, de Normandie et de Bretagne, qui bloquent étroitement Saint-Sauveur-le-Vicomte, détachent du gros de leurs forces une colonne de trois ou quatre cents lances, commandée par Olivier, seigneur de Clisson, Jean, vicomte de Rohan, Jean, seigneur de Beaumanoir, et Gui, seigneur de Laval, qui va tenir garnison à Lamballe pour faire frontière contre les Anglais. Ceux-ci, continuant leur marche en avant, prennent d’assaut Saint-Pol de Léon et viennent mettre le siège devant Saint-Brieuc. P.194à196,319.
Les Anglais, bloqués dans Saint-Sauveur-le-Vicomte, apprenant le débarquement en Bretagne de forces aussi considérables, ne doutent pas que le duc et le comte de Cambridge viennent bientôt à leur secours et forcent les Français à lever le siège. Le jet des machines de guerre des assiégeants incommode de plus en plusla garnison. Une pierre, lancée par une de ces machines, fait un jour irruption dans une chambre où le capitaine Catterton est couché malade, enfonce le plancher de cette chambre et ne s’arrête qu’à l’étage inférieur[361]. Les assiégés se décident à demander une trêve, et pour l’obtenir Thomas Trevet et Jean de Burgh entrent en pourparlers avec le connétable de France[362]et le duc de Bourbon. On convient de cesser les hostilités de part et d’autre depuis la mi-carême jusqu’à Pâques, et si dans cet intervalle la forteresse de Saint-Sauveur n’est pas secourue par le duc de Bretagne en personne, elle sera livrée aux Français, auxquels seront remis de bons otages en garantie de cette reddition[363]. Sur ces entrefaites, les négociations se poursuivent à Brugesentre les ducs d’Anjou et de Lancastre sans aboutir à aucun résultat, parce que les affaires de Bretagne et de Castille font obstacle à une entente. D’une part, en effet, le duc de Lancastre n’est disposé à consentir à un arrangement qu’à une condition, c’est que le duc de Bretagne rentre en possession de son duché tout entier, y compris la partie dont le roi de France s’est emparé et qu’il a réunie au domaine de sa Couronne. D’un autre côté, Charles V s’est engagé solennellement à ne conclure aucun traité de paix sans y faire comprendre D. Enrique de Trastamar, roi de Castille, son allié; et Jean, duc de Lancastre, qui se prétend héritier de Castille du chef de sa femme, fille de D. Pèdre, répugne à accepter une clause où l’on ne manquerait pas de voir une renonciation indirecte à ses prétentions. Les deux légats ne s’entremettent pas moins entre les négociateurs et ne désespèrent pas, malgré la gravité de ces difficultés, de les faire arriver à une entente. P.196à199,319.
En prévision d’une tentative faite par les Anglais débarqués en Bretagne pour débloquer Saint-Sauveur-le-Vicomte, Charles V fait renforcer le corps d’armée qui assiège cette forteresse[364]. Lesassiégés envoient des messagers demander du secours à Jean de Montfort, duc de Bretagne, à Edmond, comte de Cambridge, et aux barons d’Angleterre campés devant Saint-Brieuc. Ces messagers arrivent au moment où les remparts de cette place sont déjà tellement minés que la résistance ne peut plus se prolonger au delà de quelques jours. Les assiégeants décident donc de ne répondre à l’appel de la garnison de Saint-Sauveur et de ne lui porter secours qu’après la reddition de Saint-Brieuc. P.199à201,319.
Jean Devereux[365], qui occupe l’île de Quimperlé[366], fortifie une motte située à environ deux lieues de cette ville, que l’on appelle le Nouveau Fort. La garnison de ce Nouveau Fort commet tant d’exactions et se livre à de tels désordres dans tout le pays d’alentour que les jeunes gens et les fillettes de Bretagne en font une chanson. Olivier, seigneur de Clisson, le vicomte de Rohan, les seigneurs de Laval et de Beaumanoir entreprennent de réprimer ces brigandages. Ils chevauchent à la tête d’environ deux cents lances vers le Nouveau Fort et livrent à la garnison de cette petite place un grand assaut qui se prolonge pendant trois jours; les assiégés réussissent à repousser cet assaut grâce surtout à leur bonne artillerie. P.201à204,319.
Le duc de Bretagne, le comte de Cambridge et les barons d’Angleterre qui assiègent Saint-Brieuc reçoivent en même temps la triple nouvelle: 1ode la perte d’une mine pratiquée par leurs gens sous les remparts de Saint-Brieuc et de la nécessité d’en refaire une nouvelle; 2ode la conclusion d’une trêve entre les ducs de Lancastre et d’Anjou, cette dernière nouvelle apportée de Bruges par le héraut Chandos, dépêché par Jean, duc de Lancastre, vers son frère Edmond, comte de Cambridge; 3odu siège mis devant le Nouveau Fort, dont Jean Devereux commande la garnison, par les seigneurs de Clisson, de Rohan, de Beaumanoir,de Laval et de Rochefort. Jean de Montfort, duc de Bretagne, dit qu’il aurait plus chère la prise de ces cinq chevaliers que de n’importe quelle ville ou cité de son duché. C’est pourquoi il lève aussitôt le siège de Saint-Brieuc pour marcher au secours de Jean Devereux et à la rescousse du Nouveau Fort. P.204,205,320.
Avertis à temps, Clisson et les autres seigneurs de Bretagne qui sont venus mettre le siège devant le Nouveau Fort, se sentant très inférieurs en nombre à leurs adversaires, se sauvent de toute la vitesse de leurs chevaux dans la direction de Quimperlé. Trouvant les portes de cette ville tout ouvertes, ils s’y précipitent, puis ferment les barrières derrière eux pour interdire le passage aux Anglais qui n’ont pas cessé de les poursuivre. Le duc de Bretagne renonce à grand’peine à donner l’assaut et fait loger ses gens tout autour de Quimperlé. P.205à217,320.
Après deux jours qui se passent en assauts continuels, les assiégés envoient vers le duc de Bretagne un héraut chargé de négocier les conditions auxquelles ils seraient disposés à se rendre. Jean de Montfort exige qu’ils se rendent sans condition. Ils font alors proposer au duc de faire leur reddition au bout de quinze jours, si dans l’intervalle ils ne sont pas secourus. Les assiégeants se décident à accepter cette nouvelle proposition, à la condition toutefois que les quinze jours de répit demandés seront réduits à huit. P.207à210,320.
Le roi de France a cinq ou six coureurs à cheval qui vont et viennent jour et nuit de Paris en Bretagne et de Bretagne à Paris, et qui, du jour au lendemain, lui apportent des nouvelles de ce qui se passe à cent ou quatre-vingts lieues loin. De même, entre Bruges et Paris, il a organisé un service de messagers qui le tiennent au courant jour par jour de toutes les phases des négociations. Aussi, à peine est-il informé de l’affaire de Quimperlé qu’il mande en toute hâte au duc d’Anjou de conclure dans le plus bref délai possible et, coûte que coûte, une trêve avec les Anglais, trêve qui devra avoir son effet dans toute l’étendue du royaume de France. Par l’entremise des légats qu’il a réussi à mettre dans ses intérêts, le duc d’Anjou fait accepter cette trêve[367]qui doitdurer jusqu’au 1ermai 1376; et l’on fixe à Bruges pour la Toussaint suivante un rendez-vous entre les trois ducs d’Anjou, de Lancastre et de Bretagne afin de poser les bases d’un accord entre Charles V et Jean de Montfort au sujet de la succession du duché. Les deux chevaliers anglais, chargés de notifier au duc de Bretagne les clauses de l’arrangement intervenu entre les ducs de Lancastre et d’Anjou, font une diligence telle qu’ils ne mettent que cinq jours à parcourir la distance entre Bruges et Quimperlé. Ils arrivent devant cette place la veille du jour où la reddition doit avoir lieu. Le résultat immédiat des nouvelles apportées de Bruges est de forcer les Anglais à lever le siège. Aussi, ces nouvelles comblent de joie les cinq seigneurs bretons qui s’étaientrenfermés dans Quimperlé et par contre excitent au plus haut degré le mécontentement du duc de Bretagne, qui regagne Saint-Mathieu-Fin-de-Terre où la flotte anglo-bretonne était restée à l’ancre. P.210à212,320,321.
La levée du siège de Quimperlé est suivie du licenciement de l’armée du duc de Bretagne. Les comtes de Cambridge, de March et le seigneur Spencer retournent en Angleterre. Le duc de Bretagne, après avoir fait visite à la duchesse au château d’Auray où il l’avait laissée plus d’un an auparavant, l’emmène avec lui au delà du détroit. Le duc de Lancastre, revenu de Bruges à Calais, prend le même chemin, tout en se réservant de revenir à Bruges à la Toussaint suivante. Quant au duc d’Anjou, il retourne à Saint-Omer, d’où il ne s’absente que pour passer quelque temps en Thiérache auprès de la duchesse sa femme, qui a reçu la terre de Guise en héritage. Seuls, les légats envoyés par le Saint-Siège en vue de la conclusion d’un traité de paix continuent de séjourner à Bruges.—Dans l’opinion des Anglais, la trêve de Bruges, qui a amené la levée du siège de Quimperlé, doit entraîner également celle du siège de Saint-Sauveur-le-Vicomte; mais les Français, qui ont forcé la garnison de cette dernière place à capituler et qui voient approcher le jour fixé pour la reddition, ne l’entendent pas ainsi[368]et n’ont pas réuni moins de dix mille lances devant la forteresse pour le cas où le duc de Bretagne viendrait, au jour marqué par le traité de capitulation, leur offrir la bataille pour les forcer à lever le siège. Ils menacent de faire mourir les otages qui leur ont été remis et, si on les réduit à emporter la place d’assaut, de ne faire quartier à personne. Ces menaces décidentCatterton et les gens d’armes placés sous ses ordres à effectuer la reddition du château de Saint-Sauveur-le-Vicomte, dont le connétable prend possession au nom du roi de France. Après cette reddition, la garnison anglaise s’embarque[369]pour retourner en Angleterre, tandis que les gens des compagnies se dirigent vers la Bretagne et les bords de la Loire, en attendant que Charles V leur transmette de nouveaux ordres. P.212à214,321.