[107]La flotte française, montée par des hommes d’armes dont Owen de Galles, Jean de Rye, seigneur de Balançon, Jacques et Morelet de Montmor étaient les principaux chefs, avait jeté l’ancre dans le port de Santander dès le 19 juillet 1372, comme le prouve l’extrait de compte qui suit: «Et par la main messire Jehan de Rye à Saint Ander leXIXejour de juilletCCCLXXII:VIcXXXVIfrans.» Cette flotte n’avait pas encore levé l’ancre le 22, puisque à cette date Jacques de Montmor fit montre à Santander: «par moustre faite et receue à Saint-Ander leXXIIejour de juilletCCCLXXII.» (Arch. Nat., K 475, no1001.)[108]D’après Ayala, D. Enrique se trouvait à Burgos, comme le dit Froissart, lorsque le roi de Castille reçut la nouvelle de la victoire remportée par sa flotte devant la Rochelle ainsi que de la prise du comte de Pembroke: «E el Rey Don Enrique ovo grand placer con estas nuevas,é estovo en Burgosfasta que le enviaron alli al Conde de Peñabroch é á los Caballeros que con él fueron presos.» (Crónica del Rey D. Enrique Segundo, dansCrónicas de los Reyes de Castilla, II, 12). Ayala ajoute que les chevaliers faits prisonniers étaient au nombre de soixante-dix; outre le comte de Pembroke, le chroniqueur espagnol mentionne le seigneur de Poyanne et Guichard d’Angle, maréchal d’Angleterre ou plutôt d’Aquitaine. Après avoir été détenu pendant quelque temps au château de Curiel, Jean, comte de Pembroke, fut cédé par D. Enrique à Du Guesclin en échange des seigneuries de Soria, d’Almazan et d’Atienza, dont le connétable avait été gratifié, et en déduction d’une somme de 130 000 francs d’or à valoir sur le prix de rachat de ces seigneuries. Voy. p.XCVI,note 299.[109]Charente-Inférieure, arr. Marennes, c. Saint-Agnant-les-Marais.[110]Le 14 juin 1372, Bertrand du Guesclin se trouvait sans doute à Loches, car ce jour-là Jean, duc de Berry, alors de passage à Issoire, chargea Simon Champion, l’un de ses chevaucheurs, de porter lettres de sa part à monseigneur le connétable de France «à Loches en Thoraine» (Arch. Nat., sect. hist., KK 251, fo88 vo).[111]Chef-lieu d’arrondissement de la Vienne, sur la Gartempe, affluent de la rive gauche de la Creuse, à 49 kilomètres au sud-est de Poitiers.[112]Vienne, arr. Montmorillon, à 24 kilomètres au nord-ouest de cette ville et à 24 kilomètres à l’est de Poitiers. Chauvigny n’est point sur la Creuse, comme Froissart le dit par erreur, mais sur la Vienne. Le château de Chauvigny appartenait aux évêques de Poitiers, et l’évêque était alors Gui de Malsec, qui avait succédé en 1371 à Aimeri de Mons et qui fut remplacé en 1375 par Bertrand de Maumont.[113]Lussac-les-Châteaux, Vienne, arr. Montmorillon, sur la Vienne, à 20 kilomètres au sud de Chauvigny et à 12 kilomètres à l’ouest de Montmorillon.[114]La forteresse de Moncontour (Vienne, arr. Loudun), située à 45 kilomètres au nord-ouest de Poitiers, avait été prise par les Anglais et occupée par Cressewell et Holegrave au mois de septembre de l’année précédente. Voy. plus haut, p.XV.[115]Le 9 juillet 1372, Bertrand du Guesclin et Olivier, seigneur de Clisson, qui se trouvaient alors à Loudun, à 18 kilomètres au nord-est de Moncontour, accordèrent une trêve ou abstinence de guerre aux prélats, barons, seigneurs et habitants du Poitou (Arch. Nat., sect. hist., JJ 108, fo97 vo, no160). Le lendemain 10 juillet, le connétable de France était à Chinon d’où il a daté la donation faite à Alain Saisy, écuyer, des château, ville et châtellenie de Mortemart (Haute-Vienne, arr. Bellac, c. Mézières) en Limousin, confisqués à cause de la rébellion d’Aimeri de Rochechouart, chevalier, seigneur du dit lieu, et «parce que de fait nous recouvrasmes pour le roy saisine du dit fort» (JJ 103, fo77, no141). Une lettre de rémission octroyée par Bertrand du Guesclin à Olivier Darien, l’un de ses hommes d’armes, ancien partisan de Jean de Montfort et des Anglais, est également datée de Chinon en juillet 1372 (JJ 111, fo180 vo, no346).[116]Indre, arr. la Châtre, sur l’Indre, non loin de la source de cette rivière, presque à la limite des départements de l’Indre et de la Creuse. Au moyen âge, Sainte-Sévère possédait à la fois un château dont le beau donjon cylindrique subsiste encore et des fortifications dont il ne reste qu’une porte qui remonte auXIVesiècle.[117]Vienne, arr. Civray, à 10 kilomètres à l’est de cette ville, près de la limite des départements de la Vienne, de la Charente et de la Haute-Vienne. Abbaye de Bénédictins au diocèse de Poitiers, fondée par Charlemagne en 799. Pierre, dit la Plette, abbé de Charroux, camérier du pape Grégoire XI, était tout dévoué à Charles V, qui l’admit au nombre de ses conseillers par acte daté de son château de Vincennes le 2 août 1372 (Gallia christiana, II, instrumenta, 349).[118]Le siège de Sainte-Sévère eut lieu certainement pendant la seconde quinzaine de juillet 1372. Le 21 de ce mois, Jean, duc de Berry, fit venir du pays d’Auvergne 12 tonneaux de vin «pour mener au siège de Sainte-Sévère» (Arch. Nat., sect. hist., KK 251, fo97). Le 26 juillet, le duc fit fabriquer à Bourges 4000 viretons garnis de fer pour la même destination (Ibid., fo97). Le 29, il donna l’ordre d’amener de Bourges à Sainte-Sévère 12 tonneaux de vin (Ibid.). La garnison de Sainte-Sévère avait capitulé dès le samedi 31 juillet 1372, puisque ce jour-là Jean, duc de Berry, fit allouer 100 sous tournois à un messager à cheval nommé Christian de Beaurepaire «pour faire ses frais et despens en alent de Sainte Severe à Paris pourter lettres de par mon seigneur (le duc de Berry) au roi faisant mencion de la prise du dit lieu de Sainte Severe» (Ibid., fo89 vo). Le 2 août, le duc de Berry envoyait des éclaireurs du côté du fort de la Souterraine (Creuse, arr. Guéret, un peu à l’ouest de Sainte-Sévère), alors occupé par les Anglais, pour s’enquérir des mouvements et des forces de l’ennemi; le 4 et le 5 de ce mois, il était encore à Cluis (Indre, arr. la Châtre, c. Neuvy-Saint-Sépulcre) et se dirigeait vers Poitiers (Ibid., fo97 vo).[119]L’erreur capitale de Froissart, en ce qui concerne la reddition de Poitiers, est d’avoir prêté à Bertrand du Guesclin un rôle non seulement prépondérant, mais tellement exclusif dans cette affaire que le duc de Berry n’apparaît même pas dans son récit. Deux documents, choisis entre beaucoup d’autres, que nous analysons ci-dessous, montreront que le chroniqueur n’a pas été renseigné exactement sur ce point. Cette reddition dut avoir lieu le samedi 7 août 1372. Cuvelier, dans saChronique rimée de Bertrand du Guesclin, se trompe sur l’année, puisqu’il place cet événement en 1370, mais il est bien informé quant au jour de la semaine:Quant Poitiers se rendi, ce jour fusamedis.(Éd. Charrière, II, 269, vers 21 209.)Par acte daté de Poitiers le 7 août 1372, le jour même de la reddition, Jean, duc de Berry et d’Auvergne, donna à son bien amé Alain de Taillecol, dit l’Abbé de Malepaye, écuyer d’écurie du roi, «pour services rendus en la présente conqueste du pays de Guyenne», les biens sis au pays de Poitou, qui avaient été confisqués sur Thomelin Hautebourne, Wille Loing et Wille Halle, de la nation d’Angleterre, non obstant que le dit duc eût déjà concédé au dit Alain, à titre de rente viagère, 500 livres de rente annuelle confisquées sur Guichard d’Angle, chevalier, et en toute propriété, 500 livrées de terre à Dompierre en Aunis (auj. Dompierre-sur-Mer, arr. et c. la Rochelle), confisquées sur messire Jean de Luddan, prêtre anglais, ainsi qu’un hôtel sis à la Rochelle pourvu d’un mobilier évalué à 200 livres (Arch. Nat., JJ 104, no131, fo61). Par un autre acte daté, comme le précédent, de Poitiers le dimanche 8 août 1372, le même duc de Berry donna à Jean le Page et à Guillaume Regnaut, secrétaires de son très cher et bien amé Bertrand du Guesclin, duc de Molina et connétable de France, «pour services rendus en la conqueste des pays de Guyenne, Poitou et Saintonge», certains manoirs et hébergements, estimés valoir 250 livres de rente annuelle, qui avaient appartenu à feu Robert de Grantonne, en son vivant prêtre, receveur de Poitou pour le prince d’Aquitaine et de Galles, ou que le dit feu messire Robert avait achetés au nom de Guillaume Yves son neveu, fils de sa sœur (Ibid., no33, fo14). Nous possédons également deux actes de Bertrand du Guesclin, duc de Molina et connétable de France, datés de Poitiers le lundi 9 août 1372, le premier de ces actes portant donation en faveur de Pierre de la Rocherousse, écuyer de Bretagne, de biens sis en la vicomté de Limoges confisqués sur feu Jean et Aimeri de Bonneval, frères, tous les deux morts, et sur Rouffaut de Bonneval, frère de Jean et d’Aimeri, lesquels, après être rentrés sous l’obéissance duroide France, «pour lors que nous venismes d’Espaigne», avaient embrassé de nouveau le parti anglais (Ibid., no34, fo14 vo); le second acte gratifiant un autre écuyer breton, Alain Saisy, seigneur de Mortemart, de tous les biens «que souloit tenir Aimeri de Rochechouart, chevalier, tant en Poitou, Limosin comme en la duchié de Guyenne», biens confisqués à cause de la rébellion du dit Aimeri, partisan du prince de Galles (Ibid., no38, fo16). Sans parler de la date de la donation faite à Alain de Taillecol, une autre circonstance qui semble bien indiquer que la reddition de la ville de Poitiers dut avoir lieu le 7 août, c’est que ce fut le lendemain 8 que Jean, duc de Berry, fit partir pour Paris le messager chargé d’en apporter la nouvelle à Charles V: «A Mahiet de Cheri, hussier de sale Monseigneur (le duc de Berry), pour faire ses frais et despens, en alent de Poitiers à Paris porter lettres de par Monseigneur au roy,contenant que la ville de Poitiers s’estoit rendue en l’obeissance de Monseigneur. Yci, par son mandement donné le huitiesme jour du dit moys(août 1372)» (Arch. Nat., KK 251, fo89 vo).[120]D. Rui Diaz de Rojas.[121]Ce détail doit être exact, puisque nous lisons dans leCompte des recettes et dépenses de l’expédition navale des frères Jacques et Morelet de Montmorque les Espagnols prétendirent qu’ils avaient pris part à la capture du captal de Buch, «pour obvier au debat des Espaignolz qui à la prise du dit captal vouloient participer et reclamer droit» (Arch. Nat., J 475, no1001). D’après l’auteur de laChronique des quatre premiers Valois, dont le récit paraît émaner d’un témoin oculaire, des Espagnols de la compagnie d’Owen de Galles figurèrent avec honneur parmi les combattants: «Et moult bien se portèrent les Espaingnolz qui en la compaignie de Yvain estoient.»Chronique des quatre premiers Valois, p. 240.[122]Le bourg jadis fortifié de Soubise (Charente-Inférieure, arr. Marennes, c. Saint-Agnant) est situé sur la rive gauche de la Charente, à peu de distance de l’embouchure de ce fleuve, entre Rochefort et la mer.[123]Nous possédons aux Archives Nationales le compte détaillé des dépenses de Jacques de Montmor, chevalier, et de Morelet de Montmor, écuyer, frère de Jacques, depuis le 2 juillet jusqu’au 16 décembre 1372: «C’est le compte et parties des sommes de deniers que messire Jacques de Monmor, chevalier, et Morelet de Monmor, escuier, son frère, demandent, requierent et supplient au roy nostre sire estre à eulz paiées et satisfiées et es quelles sommes ilz dient et moustrent le dit seigneur estre tenu à eulz, tant pour cause des gaiges d’eulz et de certaine quantité de gens d’armes, arbalestriers, mariniers et autres, desserviz es guerres du roy nostre dit seigneur, par mer et par terre, comme deniers par eulz pour cellui seigneur frayez, mis, despendus et paiez de leur comptant pour faire en plusieurs manières et pour plusieurs causes le plaisir, service, volonté et commandement du dit seigneur et de son connestable de France, et meesmement par vertu de leurs lettres, c’est assavoir depuis le deuxiesme jour de juillet trois cent soixante et douze, que les dessus diz frères ou l’un d’eulz commencèrent à servir le dit seigneur pour les causes dessus dites, jusques au seiziesme jour de décembre en suivant» (Arch. Nat., J 475, no1001).[124]D’après l’auteur de laChronique des quatre premiers Valoiscomme d’après Froissart, le gentilhomme auquel se rendit Jean de Grailly, captal de Buch, s’appelait Pierre d’Auvilliers ou d’Auvillers. Il appartenait à une famille plutôt normande que picarde, ainsi du reste que la plupart des hommes d’armes enrôlés dans l’expédition navale d’Owen de Galles, de Jacques et de Morelet de Montmor: «Morelet de Mommoret les Normans, lit-on dans laChronique des quatre premiers Valois(p. 240), avoient forcloz les Anglois et tenoient le bout d’une rue.» On avait attaqué les Anglais au cri de: Claquin! Notre Dame! Claquin! La chronique que nous venons d’indiquer rapporte textuellement les paroles qui furent échangées entre Jean de Grailly et Pierre d’Auvilliers avant la reddition du captal. Il ne faut pas oublier qu’en sa qualité de comte de Longueville Bertrand du Guesclin était à la tête de la chevalerie normande.[125]Thomas de Percy, sénéchal de Poitou, fut pris en effet par un Gallois, mais ce Gallois ne portait pas le nom indiqué par Froissart; il s’appelait en réalité Honvel Flinc. Par acte daté du château du Louvre le 10 janvier 1373 (n. st.), Thomas de Percy, chevalier d’Angleterre, reconnut qu’il était «prisonnier à Honvel Flinc, de Gales, lequel nous avoit pris en la bataille qui a esté ceste presente année où nous sommes (la pièce est datée de 1372 ancien style) devant la ville de Soubise, ou pais de Guienne, en laquelle bataille fut aussi pris par les gens de très noble et très puissant prince Charles, par la grâce de Dieu roy de France, monseigneur Jehan de Gresly, appellé le captal de Buch» (Arch. Nat., J 362, no2).[126]D’après une pièce de comptabilité rédigée au lendemain même de l’affaire de Soubise, Jean de Grailly, captal de Buch, et Thomas de Percy, sénéchal de Poitou, auraient été défaits et pris le lundi 23 août 1372: «... Depuis leXXIIejour d’avrilCCCLXXIIaprès Pasques qu’il reçut par monstre les dictes gens à Harefleujusques auXXIIIejour d’aoust ensuivantqu’ilz furent arrivez en l’isle d’Oleronet que ce jour le captal de Buch, le seneschal de Poitou et le sire de Mareul(Renaud, seigneur de Mareuil, neveu de Raymond de Mareuil)furent pris et les gens estans en leurs routes desconffiz en la besoingne qui lors fu...» (Arch. Nat., J 475, no1001). Le surlendemain 25 août, la nouvelle de la prise du captal était parvenue à Poitiers, et le duc de Berry, qui depuis la reddition avait établi sa résidence dans cette ville, donna l’ordre de payer six livres tournois à Simon Champion, l’un de ses chevaucheurs, qu’il envoyait à Paris en le chargeant d’apporter cette nouvelle au roi son frère: «A Symon Champion, chevaucheur monseigneur, pour faire ses fraiz et despens, en alent de Poitiers à Paris porter lettres de par monseigneur au roy contenant quele captal et plusieurs autres capitaines anglois ont esté desconffis.» (Arch. Nat., KK 251, fo90 vo). Le jeudi 26 août, Philippe, duc de Bourgogne, reçut l’heureuse nouvelle à Chinon, où il donna à cette occasion un grand dîner au comte d’Eu ainsi qu’aux principaux chevaliers du petit corps d’armée qu’il conduisait lui-même en Poitou (Bibl. Nat., Collect. de Bourgogne, t. XXI, fo8 vo). Le dimanche 29 août, six jours seulement après l’affaire de Soubise, Charles V dépêcha un religieux augustin nommé Frère Jean de Montmor vers Jacques et Morelet, frères du dit Jean, pour les inviter à remettre entre les mains du roi le captal de Buch leur prisonnier. Ce religieux était porteur d’une lettre missive revêtue de la signature du royal expéditeur:Charles, datée du bois de Vincennes et adressée «à noz amez et feaulz Jaques de Monmor, chevalier, et Morelet de Monmor, escuier, frères» (Arch. Nat., J 475, no1006).[127]Ce détail est parfaitement exact et prouve que Froissart devait tenir d’un témoin oculaire le récit qu’il nous a transmis de l’affaire de Soubise. En effet, pendant le mois d’août 1372, il y eut nouvelle lune le 3, premier quartier le 9, pleine lune le 16 et dernier quartier le 24 de ce mois. J. P. Escoffier,Calendrier perpétuel, Périgueux, 1880, p. 25 et 351.—L’auteur de laChronique des quatre premiers Valoisrapporte l’affaire de Soubise à la nuit du samedi 21 au dimanche 22 août: «Et de là alèrent à Soubise, une forte ville, et s’appareillèrent pour l’assaillir,et estoit jour de samedi.... Et lors estoit plus minuyt.»Chron. des quatre premiers Valois, p. 238, 239.—Owen de Galles et les frères de Montmor vinrent attaquer Soubise le samedi 21; mais Jean de Grailly, captal de Buch, capitaine de Saint-Jean-d’Angely, informé immédiatement de l’attaque des Français, n’a pu accourir au secours des assiégés que dans l’après-midi du dimanche 22. Le combat de Soubise a donc dû se livrer, comme le porte la pièce de comptabilité indiquée plus haut, dans la nuit du 22 au 23 août 1372.[128]Une querelle très vive ayant surgi entre les Français et les Espagnols à l’occasion de la capture de Jean de Grailly, les frères de Montmor firent embarquer le captal de Buch et les autres prisonniers sur une galiote montée par un équipage de 80 mariniers et défendue par 20 arbalétriers et les transportèrent, dès le 23 août, en pleine mer, dans les eaux de l’île d’Oléron, dont les dits frères venaient d’être nommés gouverneurs (Arch. Nat., J 400, no67).[129]Angoulême se rendit vers le 8 septembre à Geoffroi de la Roche et à Raymond de Mareuil auxquels l’Anglais Robin Sely livra l’une des tours de la ville (Arch. Nat., JJ 104, no2). Jean, duc de Berry, emprunta quatre livres tournois à Jacquet d’Ableiges, son secrétaire, le futur compilateur duGrand coutumier, pour en faire cadeau à un habitant d’Angoulême qui avait apporté au duc cette heureuse nouvelle. «A Jaquet d’Ableiges, secretaire de monseigneur (le duc de Berry), qu’il avoit presté à mon dit seigneur pour baillierà un des habitans d’Angoulesme, lequel avoit apporté novelles que les habitans d’icelle ville se rendoient à monseigneur, pour faire ses despens en soy retournant; yci, par quittance du dit secretaire donnéeleXXVIIejour du dit mois(octobre 1372) rendue à court:IIIIlivres tournois.» (Arch. Nat., KK 251, fo91). Jean Prevost du Pellegrain, d’Angoulême, receveur de cette ville et du pays d’Angoumois, gardien du château de «Thouré», s’étant efficacement entremis pour faire ouvrir les portes d’Angoulême aux Français, obtint de Charles V des lettres de quittance générale datées de Paris le 27 mars 1374 (Arch. Nat., JJ 105, no224, fo125 vo). Deux ordonnances, la première accordant à Angoulême une commune semblable à celle de Saint-Jean-d’Angely (Ordonn., V, 581 et 582), la seconde octroyant des lettres de sauvegarde à l’abbaye de Saint-Cibar, située dans les faubourgs d’Angoulême (Ibid., 591 et 592), sont datées du mois de janvier 1373 et sont postérieures d’environ quatre mois à la reddition de cette ville au roi de France.[130]Saint-Jean-d’Angely ne se rendit aux Français que le lundi 20 septembre, jour où Jean, duc de Berry, par lettres datées «de nostre ville de Saint Jehan d’Angeli», donna à Jean Ysoré, seigneur de la Varenne, et à Regnaut Chevin, seigneur de Mauzé, chevaliers, les terres confisquées sur Guichard d’Angle, partisan des Anglais, dans les sénéchaussées de Poitou, Saintonge et Angoumois (Arch. Nat., JJ 104, no331, fo137). Philippe, duc de Bourgogne, Bertrand du Guesclin, Olivier, seigneur de Clisson, se trouvaient devant cette ville au moment de la reddition. «A monseigneur (le duc de Bourgogne), tant pour faire sa volenté comme pour lui esbattre au jeu des dés, tant au Bourgneuf lez la Rochelle comme à Saint Jehan d’Angely, en la compaignie du seigneur de Clisson, du connestable du Guesclin et autres.» (Arch. de la Côte-d’Or, B 1438, fo19). Voyez la brochure intituléeCampagne de Philippe le Hardi en 1372, par Ernest Petit, p. 10.[131]Charente-Inférieure, arr. Saint-Jean-d’Angely, c. Saint-Savinien. Par acte daté de Saintes le 24 septembre 1372, Jean, duc de Berry, donna à Louis Larchevêque, seigneur de Taillebourg, les terres sises depuis le pont de Taillebourg, «ainsi comme le cours de l’ayve de la Charante emporte en alant envers Xaintes», jusqu’à un fossé près de Bussac (Arch. Nat., JJ 104, no56, fo26 vo).[132]Le prélat, qui occupait alors le siège de Saintes, s’appelait Bernard du Sault (Gallia Christiana, II, col. 1078).[133]Saintes ouvrit ses portes aux Français le vendredi 24 septembre, puisque la donation, faite par Jean, duc de Berry, à Louis Larchevesque, dont nous venons de donner l’analyse, est datée de «nostreville de Xantes,leXXIIIIejour de septembrel’an mil trois cens soixante et douze». Le jour même de la reddition, par un autre acte dressé à Saintes à la même date que la donation susdite, Simon Burleigh, chevalier anglais, se reconnut redevable envers Louis, duc de Bourbon, d’une somme de 1000 francs qu’il s’engagea sur la foi de son corps à payer à Tours à la mi-carême suivante (Arch. Nat., P. 13582, no567;Inventaire des titres de Bourbon, I, 567). Cette somme était peut-être, comme nous l’avons supposé naguères (voyez le tome VII de cette édition, sommaire, p.XCV,note 286note 286etXCVI), une avance faite par le duc de Bourbon à Simon Burleigh comme à-compte sur la rançon de la duchesse sa mère, tenue prisonnière dans la Tour de Broue (Charente-Inférieure, arr. et c. de Marennes, commune de Saint-Sornin), rançon qui avait été réglée deux mois auparavant par un traité intervenu le 23 juillet 1372, mais en réservant le cas où la dite duchesse serait délivrée «par force d’armes». Or, ce cas que l’on avait ainsi prévu se produisit, comme l’atteste expressément l’auteur de laChronique des quatre premiers Valois(p. 244). A une date que l’on ne saurait fixer avec une précision absolue, mais certainement entre le 7 août, date de la reddition de Poitiers, et le 22 du même mois, jour où le captal de Buch fut battu et fait prisonnier devant Soubise, Louis, duc de Bourbon, puissamment secondé par Bertrand du Guesclin, réussit à emporter d’assaut la Tour de Broue et délivra ainsi, sans bourse délier, la duchesse douairière sa mère.—Au lendemain même de la reddition de Saintes, dès le samedi 25 septembre au matin, Philippe, duc de Bourgogne, partit de cette ville et s’avança dans la direction de Cognac (E. Petit,Campagne de Philippe le Hardi en 1372, p. 11); mais Jean, duc de Berry, prolongea son séjour dans la capitale de la Saintonge au moins jusqu’au mardi 28: «A Pelerin, messaigier de madame (la duchesse de Berry) envoié de Xaintes à Saint Jehan d’Angeli pourter lettres de monseigneur (le duc de Berry) à Ymbaut du Peschin; yci, le ditXXVIIIejour (de septembre 1372),XXsols tournois.» (Arch. Nat., KK 251, fo91).[134]Jean Cot et Philippot Manssel étaient les deux principaux hommes d’armes de la garnison anglaise de la Rochelle. A la date du 12 septembre 1372, après la reddition de cette ville et la prise du château, Cot et Manssel étaient les prisonniers du duc de Berry, qui fit acheter deux roncins pour les monter. «A Naudon de Figac et Geffroy Narron pour deux roussins pris et achatés d’eulx, du commandement monseigneur (le duc de Berry),pour monter Jehan Cot et Philippot Manssel, Anglois, prisonniers de mon dit seigneur(Arch. Nat., KK 251, fo98).[135]En 1372, le maire de la Rochelle était non pas Jean Chauderier, mais Pierre de Boudré. Au commencement du mois d’octobre de cette année, «honorable homme et sage sire Pierre de Boudré, maire de la Rochelle», prêta aux frères Jacques et Morelet de Montmor une somme de 969 francs d’or destinée à l’achat d’un certain nombre de chevaux pour amener à Paris le captal de Buch, laquelle somme fut remboursée le 16 novembre suivant à Jean Kaint, facteur du dit maire (Arch. Nat., J 475, no1002).[136]Froissart se trompe grossièrement lorsqu’il affirme que les trois ducs de Berry, de Bourgogne et de Bourbon s’étaient tenus «moult longuement» sur les marches de l’Auvergne et du Limousin. Le duc de Berry, qui avait fait son entrée à Poitiers dès le 7 août, le jour même de la reddition, attendit dans cette ville, avant de se remettre en campagne, l’arrivée du corps d’armée que lui amenait son frère cadet, Philippe, duc de Bourgogne. Parti de Nevers le mercredi 18 août, celui-ci, après un trajet de dix jours à travers le Berry et la Touraine, n’arriva dans la capitale du Poitou que le samedi 28 au matin, le même jour qu’Olivier, seigneur de Clisson, et que Charles d’Artois, comte d’Eu. Pendant ce temps, Bertrand du Guesclin et Louis, duc de Bourbon, paraissent avoir dirigé les opérations en Saintonge, opérations dont les deux principaux résultats furent la délivrance de la duchesse de Bourbon et la prise du captal de Buch.[137]Deux-Sèvres, arr. Niort, entre cette ville et Poitiers. On voit par les comptes de Philippe le Hardi, qui sont heureusement parvenus jusqu’à nous, que le duc de Bourgogne partit de Poitiers le 30 août au matin, dîna et gîta le soir à Sanxay, fit halte le 31 à la Mothe-Sainte-Heraye (Deux-Sèvres, arr. Melle) et arriva le mercredi 1erseptembre devant le château de Saint-Maixent. Après avoir assisté à la messe dans l’église du lieu à laquelle il fit une offrande, le duc attaqua le château, qui ne fut emporté que le samedi 4 après quatre jours de siège (E. Petit,Campagne de Philippe le Hardi en 1372, p. 9). Saint-Maixent possédait une antique abbaye dont les religieux avaient mis beaucoup d’empressement à faire leur soumission. Pour les récompenser, Charles V confirma leurs privilèges par acte en date du 26 novembre 1372 (Ordonn., V, 545, 546); et dans un autre acte octroyé en leur faveur le 27 juillet de l’année suivante pour les placer dans le ressort de Chinon substitué à celui de Loudun, il est fait mention des services signalés rendus à la Couronne de France par Guillaume de Vezençay, qui fut abbé de Saint-Maixent de 1363 à 1380 (Ibid., 625, 626).[138]On a vu par ce qui précède que, des trois ducs désignés ici par Froissart, le seul qui semble avoir fait un assez long séjour à Poitiers avant la reddition de la Rochelle, à savoir du 7 au 29 août, est Jean, duc de Berry.[139]«Charles V ordonna qu’il ne seroit fait ni poursuite ni recherche de ceux qui avoient rasé le château aussitôt après l’expulsion des Anglois: ce qui prouve que la démolition de ce château ne fut point un des articles stipulés, comme nos écrivains modernes l’assurent d’après Froissart.» P. Arcère,Hist. de la Rochelle, I, 260.[140]Les habitants de la Rochelle obtinrent en effet, dans les quatre ou cinq mois qui suivirent la reddition de cette ville, la plupart des avantages énumérés ici par Froissart, à savoir, le 25 novembre 1372, la création ou plutôt le rétablissement de leur hôtel des monnaies (Ordonn., V, 543) et le 8 janvier suivant, la confirmation de tous leurs anciens privilèges et en outre l’octroi de la noblesse aux maire, échevins et conseillers en même temps que la remise des droits de franc fief aux non-nobles (Ibid., 571 à 576).[141]Par acte daté du mois d’avril 1373, Charles V institua Bernard Gautier, bourgeois de la Rochelle, ouvrier du serment de France au nouvel hôtel des monnaies qu’il venait d’établir dans cette ville, pour le récompenser des services qu’il avait rendus «à aidier à bouter hors de nostre chastel du dit lieu les Anglois» (Arch. Nat., JJ 104, no156, fo70).[142]D’après laChronique des quatre premiers Valois, plusieurs des hommes d’armes qui avaient l’habitude de combattre sous la bannière personnelle de Bertrand du Guesclin prirent part au combat de Soubise, où l’on attaqua les Anglo-Gascons en poussant le fameux cri de guerre du connétable: «Claquin! Notre Dame! Claquin!» D’un autre côté, Cabaret d’Orville, dans saChronique du bon duc Loys de Bourbon, après avoir raconté que Bertrand aida le duc de Bourbon à emporter d’assaut la Tour de Broue où l’on retenait prisonnière la duchesse douairière de Bourbon, mère du duc Louis, ajoute que cette prise de la Tour de Broue précéda immédiatement l’affaire de Soubise: «Quant la Tour de Brou fut rendue, les gens du duc de Bourbon s’en allèrent courre devant Sebise» (édit. Chazaud, 1876, p. 92). La forteresse de Soubise et la Tour de Brou ou de Broue, située à seize kilomètres au sud de Soubise, commandaient le cours inférieur de la Charente et par suite les communications par terre entre la Rochelle et Bordeaux. Une fois maître de ces deux points stratégiques, Bertrand du Guesclin, après avoir assuré ainsi ses derrières, put procéder en toute sécurité à l’investissement de la Rochelle par terre en même temps que la flotte des frères de Montmor, de Jean de Rye, d’Owen de Galles et des Espagnols, ancrée entre les îles de Ré, d’Aix, d’Oléron et le continent, bloquait étroitement cette ville par mer (Ordonn., V, 567). Ce blocus, mis ou du moins resserré et complété après l’occupation de Soubise qui eut lieu le 23 août, dura jusqu’à la reddition de la Rochelle, c’est-à-dire jusqu’au 8 septembre suivant. Ce fut pendant cet intervalle que les Rochellais, s’il en faut croire un de leurs historiens, consentirent à payer au connétable une somme de cinquante mille livres tournois, à la condition qu’on épargnerait leurs maisons et leurs terres (P. Arcère, d’après Barbot,Hist. de la Rochelle, I, 253). Le rôle actif joué par Du Guesclin dans les préliminaires de la reddition de la Rochelle est attesté par plusieurs actes, notamment par une donation datée du 5 septembre 1372, antérieure par conséquent de trois jours à l’entrée des Français dans la capitale de l’Aunis. Cette donation de deux maisons, l’une sise à la Rochelle, l’autre à Dompierre en Aunis, fut faite par Charles V à un Breton nommé Yvon le Corric, qui avait servi le roi «en la compaignie de son amé et feal connestable,pour la bonne diligence qu’il a mis à faire venir et tourner la ville de la Rochelle en nostre obeissance» (Arch. Nat., JJ 103, no287, fo136). Par un autre acte délivré à la Rochelle sous son sceau le 8 septembre, précisément le jour où Jean, duc de Berry, prit possession de cette ville au nom du roi de France, Du Guesclin lui-même fit don d’une maison sise dans la rue de la Blatrie à un bourgeois de la Rochelle appelé Jamet du Chesne, originaire de Bretagne,en remuneracion des services faiz par le dit Jamet, en pourchaçant à faire venir et retourner de nouvel la ville de la Rochelle en l’obeissance du roy(JJ 104, no36, fo15).[143]Ces Espagnols, qui depuis l’affaire de Soubise ne cessaient de réclamer le captal de Buch comme leur prisonnier, eurent un jour une rixe sanglante avec un certain nombre d’habitants de la Rochelle «ou temps que nostre dicte ville (de la Rochelle) vint derrenierement en nostre obeissance, lit-on dans une lettre de rémission datée de mai 1373, unetrès grant noize et tumulte soursist entre les gens du navire d’Espaigne et aucuns des habitans de nostre dicte ville, et y eut de part et d’autre grant quantité de gens armés tant que aussi comme tous les habitans de nostre dicte ville en furent commeuz.» Cette rixe éclata peut-être à l’occasion du transfert à la Rochelle du captal de Buch et des autres prisonniers revendiqués par les Espagnols.[144]Le 8 septembre, le captal et les autres personnages de marque faits prisonniers à l’affaire de Soubise, que l’on avait gardés jusqu’alors à bord d’un navire ancré en vue de l’île d’Oléron, furent transférés par l’ordre de Du Guesclin à la Rochelle où ils restèrent jusqu’au 6 octobre sous la garde de Morelet de Montmor et de 16 autres hommes d’armes; ensuite, on les interna dans l’abbaye de Saint-Maixent, où ils séjournèrent pendant le reste du mois d’octobre et pendant tout le mois de novembre. Au commencement de décembre, ils prirent place dans le cortège des ducs de Berry, de Bourgogne et de Bourbon, lorsque ces trois ducs quittèrent le Poitou, en compagnie de Bertrand du Guesclin, pour se diriger vers Paris, où ils arrivèrent le 11 de ce mois (Arch. Nat., J 475, no1001à7). «Ce jour de samedi xiejour de décembre (1372) retournèrent de la conqueste de Poitou, Xantonge et Angoloisme et la Rochelle et entrèrent à Paris noz seigneurs les duz de Berry, Bourgoigne et Bourbon et plusieurs autres barons et seigneurs en leur compaignie et aussi le connestable de France. Et lors Pierret d’Auvillier, escuier, amena le captal de Buch, messire Guillaume (lisez: Thomas) de Percy et le sire de Mareuil et autres prisonniers gascoins et anglois. Le dit Pierret avoit pris en bataille le dit captal, etc.» (Arch. Nat., sect. jud., X 1470, fo6).[145]Les ducs de Berry, de Bourgogne, de Bourbon et Bertrand du Guesclin n’arrivaient pas de Poitiers lorsqu’ils mirent le siège devant le château de Benon; ils venaient de prendre possession de la Rochelle.[146]Le château de Benon (Charente-Inférieure, arr. la Rochelle, c. Courçon) commandait la route de la Rochelle à Niort par Nuaillé. Les trois ducs et le connétable de France, qui arrivaient de la Rochelle ou plutôt du Bourgneuf près de la Rochelle, où ils s’étaient tenus avec leurs gens d’armes du 5 au 11 septembre, vinrent camper «aux champs devant le chastel de Benoin» dans la journée du dimanche 12. Le château fut pris le mercredi 15 après trois jours de siège (Campagne de Philippe le Hardi en 1372, p. 10). Le duc de Berry a daté de Benon en septembre 1372 (par conséquent du 12 au 15 de ce mois) un acte par lequel il transféra le marché de Bourgneuf en Aunis (Charente-Inférieure, arr. la Rochelle, c. la Jarrie) du dimanche au samedi, en même temps qu’il établit au dit lieu deux foires annuelles fixées au 30 août et à la Sainte-Catherine (25 novembre), à la supplication de Guillaume Arnaud, commandeur de la maison du Bourgneuf de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, «pour consideracion que pour cause des presentes guerrespour la première venue que noz amez et feaulx le connestable de France et le sire de Cliçon, qui ou grant nombre de gens d’armes et autres en leurs compaignies furent ou dit lieu de Bourgneuf, pour lesquelles choses il dit les biens et facultez de la dite maison estre grandement diminués» (Arch. Nat., JJ 104, no104, fo37 vo;Ordonn., V, 606).—Le passage que nous avons souligné indique clairement que Bertrand du Guesclin et Olivier, seigneur de Clisson, étaient venus camper au Bourgneuf et avaient commencé le blocus par terre de la Rochelle avant l’arrivée du duc de Bourgogne au même lieu le 5 septembre et des ducs de Berry et de Bourbon qui ne rejoignirent Philippe le Hardi, avec lequel ils dînèrent, que le lendemain 6 (Campagne de Philippe le Hardi, p. 9).[147]Le prénom de cet homme d’armes est tantôtGuillonet, tantôtGui, tantôtGuillaume, car il y a des exemples de ces trois formes dans les manuscrits. Le nom même varie et on le trouve écrit iciPans, làPaus. Comme Froissart donne à ce chef de compagnies le titre d’écuyer du comte de Foix, la forme de Paus, qui semble indiquer que cet aventurier avait pris le nom de la capitale du Béarn, d’où il était sans doute originaire, nous a paru mériter la préférence. Ernauton de Pau ou de Paus, autre chef de Compagnies, devait appartenir à la même famille que Guillonet, quoiqu’il eût embrassé le parti adverse en se mettant au service du duc d’Anjou. Cuvelier désigne comme capitaine de Benon, non point Guillonet de Pau, mais un Anglais nommé Davy:Cappitain y avoit c’on appeloit Davi.Chronique rimée de B. du Guesclin, II, 283, vers 21 642.)[148]D’après Cuvelier, ce fut un détachement de douze fiers compagnons de la garnison de Benon, et non de celle de Surgères, qui fit une sortie au milieu de la nuit et opéra la surprise meurtrière racontéeicipar Froissart (Ibid., 285-287, vers 21 700 à 21 754).[149]«Et là perdit le connestable quatre de ses gentilz hommes qui gouvernoient tout son faict lesquels estoient en leur lougis en leur lit où ils dormoient; si eurent laissé d’aventure l’huis ouvert leurs varlets qui jouoient aux dés, et furent tués les gentils hommes par ceulx de la garnison de Benon» (Cabaret d’Orville,Chronique du bon duc Loys de Bourbon, éd. Chazaud, p. 91). Ce détail est confirmé par Cuvelier, qui donne le nom du plus considérable de ces gentils hommes, celui que Froissart qualifie écuyer d’honneur du connétable, Geffroi Payen, et par l’Histoire de la Rochelled’Amos Barbot, qui mentionne outre Geffroi Payen, Thomas de la Luzerne et Jean Boterel (Chron. rimée, éd. Charrière, II, 286 et 287; Amos Barbot,Hist. de la Rochelle, Saintes, 1886, t. I, p. 204). D’après Cuvelier et l’auteur de laChronique en prose, Olivier, seigneur de Clisson, furieux de la mort de Geffroi Payen son parent, fendit à coups de hache la tête à quinze Anglais de la garnison de Benon et mérita ainsi le surnom deboucherque les Anglais lui donnèrent depuis lors:Englois ne pueent mais, par le corps sainct Benoit,S’il appellentbouchierOlivier là endroit.(Chron. rimée, II, 290, vers 21 852 et 21 853.)[150]Charente-Inférieure, arr. la Rochelle. Marans est situé à 20 kilomètres environ au nord de cette dernière ville et de Benon, sur la rive gauche et à peu de distance de l’embouchure de la Sèvre. Par lettres datées de Marans au mois de septembre 1372 et par mandement spécial adressé à Geffroi Kerimel et à Geffroi Budes, chevaliers, Bertrand du Guesclin donna à son bien amé écuyer Perrot Maingny les biens meubles et héritages confisqués sur Jean Wilale et HenriAbbot, Anglais et ennemis du roi, biens situés en la ville et châtellenie de Fontenay-le-Comte (Arch. Nat., JJ 103, no371, fo178 vo). Il n’est malheureusement pas fait mention dans cette charte du quantième du mois; mais comme l’itinéraire suivi par Du Guesclin dans la partie méridionale de la Saintonge pendant la seconde quinzaine de septembre est parfaitement établi et repose sur des actes authentiques, l’occupation de Marans par le connétable, si elle n’a pas coïncidé avec le siège de Benon, doit remonter aux premiers jours de septembre. Après s’être couvert au sud, en occupant, dès le 23 août, la forteresse de Soubise qui commandait le cours inférieur de la Charente, il est probable qu’un stratégiste aussi habile que Du Guesclin, voulant mettre les assiégeants à l’abri de toute surprise, aussi bien du côté du nord que du côté du midi, reconnut qu’il fallait pour cela réduire préalablement en son pouvoir le château de Marans par lequel on était maître du cours inférieur de la Sèvre. Si cette hypothèse est fondée, la démonstration contre Marans a dû suivre l’affaire de Soubise et avoir lieu dans les trois ou quatre premiers jours de septembre.[151]Charente-Inférieure, arr. Rochefort-sur-Mer. Un acte émané de Du Guesclin (donation à Simon La Grappe, écuyer, huissier d’armes du roi, des biens confisqués de Robert de Grantonne, prêtre anglais, sis en la châtellenie de Fontenay-le-Comte), dont une copie se trouve dans un registre du Trésor des Chartes (JJ 103, no341, fo167) est daté «devant Surgieres le treziesme jour du mois de septembre l’an milCCCLXXII»; mais comme le connétable semble avoir pris part au siège de Benon, qui dura du 12 au 15, la date de cette donation faite à La Grappe est sans doute fautive et peut provenir de l’omission dans l’acte original duVdeXVIIIécrit en chiffres romains. «Le siège de la forteresse de Surgères, écrit M. E. Petit d’après les registres des recettes et dépenses de Philippe le Hardi (Campagne de Philippe le Hardi, p. 10) fut fait sans désemparer et dura quatre jours; les assiégés firent leur reddition le dimanche 19.»[152]Aujourd’hui chef-lieu d’arrondissement du département de la Vendée, au nord de la Rochelle et de Niort, à peu près à moitié chemin de cette dernière ville et de Luçon.[153]Ce ne fut pas Jeanne de Clisson, sœur d’Olivier, première femme de JeanHarpedenne, qui présida à la défense de Fontenay-le-Comte, ainsi que l’a supposé Benjamin Fillon (Jean Chandos, Fontenay, 1856, p. 31). En 1372, Jean Harpedenne, veuf de Jeanne de Clisson, était déjà remarié à Catherine le Senecal, fille de Gui le Senecal, chevalier. Catherine suivit en Angleterre son mari expulsé du Poitou après le recouvrement de cette province par Charles V; aussi, plus tard, devenue veuve, rentrée en France et remariée à un chevalier nommé Étienne d’Aventoys, elle se vit dans la nécessité de se faire octroyer par Charles VI des lettres de rémission, datées du mois de septembre 1390, pour avoir tenu activement le parti d’Édouard III et des ennemis du royaume (Arch. Nat., JJ 139, no95, fo113). M. Kervyn de Lettenhove (Chroniques de Froissart, XXI, 526, 527) a dédoublé Jean Harpedenne et l’a confondu avec un fils portant le nom de Jean comme son père et issu du premier mariage de celui-ci avec Jeanne de Clisson.[154]C’est ici qu’aurait dû trouver place le récit des opérations qui aboutirent à la reddition de Saint-Jean-d’Angely (20 septembre), de Saintes (24 septembre), à une halte devant Cognac (26 septembre), à l’occupation d’Aulnay-de-Saintonge (2 octobre), enfin à une halte devant Niort, du 6 au 8 octobre (Campagne de Philippe le Hardi en 1372, p. 10 et 11). Comme nous l’avons déjà fait remarquer, Froissart ou bien n’a pas connu quelques-unes des opérations que nous venons d’indiquer, ou bien assigne une date inexacte à celles qu’il mentionne, telles que la reddition de Saint-Jean-d’Angely et celle de Saintes, qu’il a racontées avant la soumission de la Rochelle, tandis qu’en réalité elles sont postérieures d’un certain nombre de jours à ce dernier événement.[155]Le samedi 9 octobre, Philippe, duc de Bourgogne, venant de son campement en vue de Niort, mit le siège devant Fontenay-le-Comte. Le jour même de son arrivée, les habitants de la ville proprement dite capitulèrent, mais le château résista et ne fut enlevé de vive force que le lendemain dimanche (Ibid., p. 11). En l’absence de Jean Harpedenne, sénéchal de Saintonge, châtelain et capitaine de Fontenay-le-Comte, l’homme d’armes anglais qui dirigea surtout la résistance du château s’appelait Henri Abbot. Abbot était marié depuis environ neuf ans à une Française nommée Agnès Forgète, originaire de la Ferté-Milon et veuve d’un habitant de Fontenay nommé Mercereau, dont il avait eu un fils alors âgé de huit ans. Dès la fin de novembre 1372, un mois à peine après la reddition de Fontenay-le-Comte, Agnès se fit délivrer à la chancellerie royale des lettres de rémission et obtint que ses biens dotaux seraient exceptés de la confiscation des meubles et immeubles ayant appartenu à Henri Abbot son second mari. Dans ces lettres de rémission, il est fait mention d’un acte par lequel Jean, duc de Berry, comte de Poitou, «a donné à nostre amé et feal connestable de France la dicte ville et chastellerie de Fontenay, et aussi a donné à ses gens et autres tous les biens, meubles et heritages que tenoient les Anglois et leurs femmes qui demouroient en ycelle ville de Fontenay» (Arch. Nat., JJ 103, no254,fo128 vo).[156]Cet homme d’armes nous est inconnu. Peut-être faut-il lire, au lieu de Renaud «de Lazi», Renaud de Larçay (Indre-et-Loire, arr. et c. Tours) ou Regnault de Lassay. Le 15 octobre 1372, le duc de Berry, qui se trouvait alors aux Herbiers (Vendée, arr. la Roche-sur-Yon), fit donner 20 sous tournois à Symonnet, l’un de ses chevaucheurs, qu’il envoyait àFontenay-le-Comteporter un message à Jean, comte de Sancerre, l’un de ses conseillers (Arch. Nat., KK 251, fo91).[157]Deux-Sèvres, arr. Bressuire.[158]Louis de Harcourt, vicomte de Châtellerault.[159]Guillaume VII Larchevêque (voyezHistoire de la ville de Parthenay, par Bélisaire Ledain. Paris, 1858, p. 193).[160]Regnault de Vivonne, seigneur de Thors, fils de Savari de Vivonne et de Marie Chasteignier, marié à Catherine d’Ancenis. Thors fait partie aujourd’hui de la Charente-Inférieure, arr. Saint-Jean-d’Angely, c. Matha.[161]Ce seigneur de Roussillon, auquel Froissart donne le prénom de Geoffroi dans son récit de la bataille de Cocherel, est toujours désigné par le chroniqueur comme un chevalier poitevin. Un ancien fief de Roussillon, aujourd’hui hameau d’une centaine d’habitants, fait partie du territoire de la commune de Vaux-en-Couhé (Vienne, arr. Civray, c. Couhé). Roussillon est aussi un hameau de Charmé (Charente, arr. Ruffec, c. Aigre).[162]Guillaume de «Crupegnac» paraît être une mauvaise leçon pour Guillaume de Rouffignac (Charente-Inférieure, arr. Jonzac, c. Montendre).[163]Froissart se trompe ici très gravement et a entraîné dans son erreur la plupart des auteurs d’histoires générales ou locales. Ce chroniqueur se trompe sur deux points principaux: 1oLa trêve à laquelle il fait ici allusion ne fut pas signée devant Thouars; 2ocette trêve ne devait pas prendre fin le jour Saint-Michel, c’est-à-dire le 29 septembre 1372. Cette dernière erreur a conduit les érudits, qui se sont fourvoyés sur cette question à la suite de Froissart, à assigner une date inexacte à la conclusion de la trêve et partant au siège même de Thouars. Comme la clause la plus importante de cette trêve prévoit l’éventualité d’une armée de secours amenée devant la place assiégée par Édouard III ou par le prince de Galles avant l’expiration fixée par erreur au 29 septembre, trois mois n’étant pas de trop pour informer le roi d’Angleterre et lui donner le temps de réunir des forces suffisantes, de les transporter sur le continent et de les amener au lieu convenu, on en avait conclu qu’un traité portant une stipulation de ce genre n’avait pu être signé que dans le courant du mois de juin précédent; en conséquence, on avait reculé de trois mois la date du siège mis par les Français devant Thouars. En réalité, la convention dont il s’agit fut signée devant Surgères le samedi 18 septembre, la veille même de la reddition de cette place. Aux termes de cet acte qu’il suffira de résumer ici pour en faire comprendre la haute importance, une trêve qui devait durer jusqu’à la Saint-André, c’est-à-dire jusqu’au 30 novembre 1372, était conclue entre Jean, duc de Berry et d’Auvergne, comte de Poitou et de Mâconnais, d’Angoulême et de Saintonge, lieutenant du roi de France ès dits pays, les sujets, soumis et alliés du dit roi, d’une part, deux prélats et un certain nombre de nobles traitant au nom de tous les habitants du Poitou, sujets du roi d’Angleterre, d’autre part. L’article principal de cette convention portait que si, le jour Saint-André ou le 30 novembre suivant, le roi d’Angleterre ou son fils le prince de Galles ne se trouvait pas devant Thouars à la tête de forces assez considérables pour obliger les Français à lever le siège de cette place, les signataires de la convention, leurs sujets, alliés, hoirs et successeurs feraient leur soumission dès le lendemain et rentreraient en l’obéissance du roi de France (Voy. le texte du traité de Surgères, noI de l’Appendice,p.CLVàCLIX;Grandes Chroniques, éd. P. Paris, VI, 336, 337). «Au jour emprins et accordé vindrent à toute puissance devant Touars, de par le roy de France, les ducs de Berry et de Bourgoigne ses frères, qui la journée se tindrent sur les champs en bataille ordennée et à banieres desploiées jusques au vespres. A laquelle heure vint pardevers nos seigneurs la vicomtesse (Pernelle, vicontesse de Thouars), acompaignée de nobles barons et dames, qui en l’obeissance du roy et d’eulx mist sa seigneurie. Et au giste vint avec eulx à Lodun, auquel lieu elle fist hommage lige de sa viconté, avec serement de loyauté au duc de Berri duquel est tenue la dicte viconté à cause de sa conté de Poitou. Et ainsi fut la conté acquise sur les Anglois par leur orgueil et desloyauté.» (Chron. publiée par Secousse,Recueil de pièces sur Charles II, roy de Navarre, p. 651.)[164]Dès le 11 août, Édouard III, qui venait d’apprendre les premières opérations des Français sur les marches du Poitou, écrivit à tous les prélats de l’Angleterre pour leur demander des processions, des prières et se plaindre de l’invasion de ses possessions par les forces réunies des rois de France et de Castille (Rymer, III, 960). Dans un mandement en date du 23 août, le roi d’Angleterre annonça son projet de passer sur le continent (Ibid., 961). Le lundi 30 du même mois, il s’embarqua à Sandwich sur un navire appeléla Grâce de Dieu(Ibid., 962).[165]L’ordonnance par laquelle Édouard III institua le jeune Richard, fils d’Édouard prince de Galles, gardien du royaume d’Angleterre pendant son absence, est datée de Sandwich le mardi 31 août (Ibid.).[166]Jean, duc de Lancastre, qui s’intitulait roi de Castille et de Léon à cause de son mariage avec la fille aînée de D. Pèdre, était monté sur le même navire qu’Édouard III son père.[167]Edmond, comte de Cambridge et ensuite duc d’York.[168]Thomas de Woodstock, duc de Buckingham et ensuite de Gloucester.[169]On vient de voir que l’embarquement eut lieu, non à Southampton, mais à Sandwich.[170]Embarqué à Sandwich dès le 30 août, Édouard III dut mettre à la voile dans les premiers jours de septembre; il était rentré au palais de Westminster le 28 octobre suivant (Ibid., 963).[171]Le but spécial de cette expédition navale était, en effet, de débloquer la Rochelle et d’obliger les Français à lever le siège de cette ville (Thomæ Walsingham, Historia anglicana, éd. Riley, 1863, I, 315). Il en faut conclure que le blocus de cette place par mer et sans doute aussi par terre avait dû commencer dès le milieu du mois d’août 1372.[172]La trêve expirait le 30 novembre, ainsi que nous l’avons établi plus haut, non le 29 septembre.[173]La pensée ou du moins la pensée première d’Édouard III, lorsqu’il avait mis à la voile au commencement du mois d’août, avait été de porter secours aux bourgeois de la Rochelle et non aux gens d’armes enfermés dans Thouars. Le prince de Galles, malgré son état maladif, avait voulu accompagner son père dans cette expédition navale qui avorta si misérablement après avoir coûté au trésor anglais plus de neuf cent mille livres.[174]«Post cujus reditum, dit Thomas Walsingham en parlant du retour en Angleterre d’Édouard III après son expédition navale manquée,statim ventus ad partes oppositas se convertit» (Hist. angl., p. 315).[175]La qualité donnée ici à Thomas de Felton n’est pas formulée d’une manière tout à fait exacte. Ce chevalier portait en réalité le titre de sénéchal, non de Bordeaux, mais d’Aquitaine ou de Gascogne.[176]Toute la puissance du roi fut assemblée devant Thouars pour consommer le traité fait devant Surgères le dix-huit septembre, «tout le jour de saint André (30 novembre), l’an mil trois cens soixante et douze» Voy.p.CLV.Cf.Arch. Nat., P 13342, fo26).—Le rédacteur desGrandes Chroniques de France(VI, 336) évalue à trois mille le nombre des gens d’armes français réunis devant Thouars le 30 novembre 1372.[177]«Et le landemain (de la Saint-André 30 novembre 1372) fut redducé et remis le dit duchié de Guyenne à la dicte obeissance du roy,à Loudun, en l’église des Frères Meneurs.» (Voy. le noI de l’Appendice,p.CLV).—Le mercredi 1erdécembre, toutes les forces réunies du duc de Bourgogne, du duc de Lorraine, du comte de la Marche, du vicomte de Rohan étaient encore «aux champs devant Thouars». Le soir, la place était en leur puissance. Des lettres, annonçant cette heureuse nouvelle, furent aussitôt adressées à Charles V. (Voy. l’extrait de chronique citéen note, p.LII.) Ce mercredi 1erdécembre fut donc marqué par deux faits, l’un militaire, l’autre féodal, aussi importants l’un que l’autre. Le fait militaire fut la reddition de la forteresse de Thouars aux gens d’armes du roi de France. Le fait féodal, qui eut pour théâtre l’église des Frères Mineurs de Loudun, fut une prestation de foi et hommage solennelle faite au roi de France par les seigneurs qui avaient signé la trêve ou convention du 18 septembre précédent. Cette prestation de foi et hommage fut reçue au nom de Charles V par Jean, duc de Berry, et par Bertrand du Guesclin, connétable de France. Mais ces seigneurs et notamment le plus considérable d’entre eux, Louis de Harcourt, vicomte de Châtellerault, ne firent leur soumission et ne prêtèrent serment de fidélité que sous certaines conditions. Louis de Harcourt, par exemple, avait eu soin de se faire promettre l’usufruit de la vicomté de Saint-Sauveur (Manche, arr. Valognes), et cela dès le commencement du mois de novembre 1372, puisque la ratification par Charles V de cette promesse est datée du 20 de ce mois (Arch. Nat., J 211, no39; Delisle,Hist. de Saint-Sauveur, p. 206, 207). Par un traité daté de Loudun le 1erdécembre, le jour même où la prestation de foi et hommage eut lieu dans cette ville, le duc et le connétable s’engagèrent au nom du roi à faire entrer le vicomte de Châtellerault en jouissance du château de Saint-Sauveur, aussitôt que cette place aurait été recouvrée sur les Anglais par force ou autrement (Arch. Nat., J 211, no41; Delisle,Hist. de Saint-Sauveur, p. 207, 208). Nous voyons même par un mandement de Charles V en date du 8 janvier 1373 (n. st.) que Louis de Harcourt avait poussé la prévoyance jusqu’à se réserver les rançons ou «appâtis», comme on disait alors, levés sur un certain nombre de paroisses du Poitou à cause de ses châteaux de Châtellerault, de Gironde (auj. hameau de Saint-Genest-d’Ambière, Vienne, arr. Châtellerault, c. Lencloître) et de la Touche (auj. château de Marnay, Vienne, arr. Poitiers, c. Vivonne), levés, disons-nous, sur ces paroisses avant le 30 novembre 1372 (Arch. Nat., P 13341, fo24).—Par acte daté de Paris le 15 décembre suivant, Charles V confirma le traité et accord conclu par Jean, duc de Berry, Philippe, duc de Bourgogne, Bertrand du Guesclin, connétable de France, Olivier, seigneur de Clisson, avec les prélats, gens d’église, barons, seigneurs et dames des pays de Poitou et de Saintonge (Arch. Nat., J 241, no40; JJ 103, no361, fo174; Hay du Chastelet,Hist. de B. du Guesclin, p. 437 à 439;Ordonn., V, 557, 558). En vertu de ce même acte, confirmant les dits pays dans les libertés et franchises dont ils jouissaient au temps de Louis IX et d’Alphonse de Poitiers, et portant amnistie générale en faveur de tous les habitants, nobles ou autres, Charles V déclara les comtés de Saintonge et d’Angoulême réunis à perpétuité à la couronne de France, tandis qu’au contraire il concéda le comté de Poitou, à titre d’apanage, à son frère Jean, duc de Berry. Un acte spécial en date du 19 décembre confirma cette concession à titre d’apanage du comté de Poitou, à la condition toutefois que Jean rendrait le comté de Mâcon dont il était investi (Arch. Nat., mémorial D de la Chambre des Comptes, fo133; Blanchard,Compilation chronologique, col. 160).[178]Deux-Sèvres, arr. Melle, c. Brioux.[179]Mortagne-sur-Sèvre, Vendée, arr. la Roche-sur-Yon.[180]Vienne, arr. Montmorillon, c. Lussac.[181]Vienne, arr. Poitiers.[182]Vienne, arr. Poitiers, c. Vivonne.[183]Vienne, arr. Civray.[184]D’après Cabaret d’Orville, l’occupation par les Français de la Tour de Broue (auj. hameau de Saint-Sornin, Charente-Inférieure, arr. et c. Marennes) aurait précédé la prise du captal de Buch ainsi que la reddition de Soubise et serait par conséquent antérieure au 23 août 1372 (Chronique du bon duc Loys de Bourbon, éd. Chazaud, p. 92). Au contraire, l’auteur de laChronique des quatre premiers Valois(p. 244) place cet événement, ou du moins la délivrance de la duchesse de Bourbon enfermée dans la Tour de Broue, en 1373. Il faut donner la préférence au témoignage de Cabaret d’Orville, puisque nous possédons un acte daté du 23 juillet 1372, par lequel Simon Burleigh et Nicolas Dagworth prennent l’engagement de délivrer la duchesse de captivité et de la remettre aux mains du duc de Bourbon son fils, au plus tard le 1ernovembre suivant (Arch. Nat., P 13581, no504; Huillard-Bréholles,Titres de la maison ducale de Bourbon, I, 565, 566), sauf toutefois le cas où la dite duchesse serait reprise auparavant «par force d’armes». Lorsque Cabaret d’Orville et l’auteur de laChronique des quatre premiers Valoisaffirment que la duchesse douairière de Bourbon dut sa mise en liberté à ce dernier mode de délivrance, il y a d’autant plus lieu d’ajouter foi au témoignage de ces deux chroniqueurs que le duc de Bourbon, fils de la princesse prisonnière, qui prit part depuis le commencement jusqu’à la fin à toutes les opérations de la campagne, aurait gravement démérité au point de vue de l’honneur chevaleresque et encouru le reproche de félonie si, dès le début de cette campagne, il n’avait pas fait tous ses efforts pour enlever la Tour de Broue et reprendre ainsi de haute lutte la duchesse sa mère aux aventuriers qui la détenaient. D’un autre côté, comme Simon Burleigh, par acte daté de Saintes le 24 septembre 1372, se reconnaît redevable d’une somme de 1000 francs d’or envers le duc de Bourbon (Arch. Nat., P 13582, no567; Huillard-Bréholles,Titres, etc., I, 567), il se peut que cette somme représente ou bien une partie de la rançon de ce chevalier fait prisonnier en défendant la Tour, ou bien le remboursement d’un acompte déjà payé par le duc sur la rançon de sa mère, acompte qui devait donner lieu à une restitution, si, comme nous le supposons, Isabelle avait été déjà à cette date reprise par force d’armes. Enfin, il résulte d’un article de compte que, le 20 mai 1373, Owen de Galles occupait pour le roi de France la Tour de Broue (Arch. Nat., KK 251, fo95 vo). Cette mention, rapprochée de ce que l’on sait par laChronique des quatre premiers Valoisdu rôle décisif joué par ce même Owen de Galles dans l’affaire de la prise du captal de Buch, donne lieu de croire que les deux forteresses de Soubise et de la Tour de Broue, très rapprochées d’ailleurs l’une de l’autre, ont dû être recouvrées à peu près en même temps par les Français, c’est-à-dire à la fin du mois d’août 1372.[185]Charente, arr. et c. Cognac.[186]Vienne, arr. Poitiers, c. la Villedieu.[187]Ainsi que les trois ducs de Berry, de Bourgogne et de Bourbon dont Froissart a tort de le séparer ici, Du Guesclin, après la reddition de Thouars et la soumission des principaux seigneurs poitevins, se dirigea vers Paris où il fit son entrée le 11 décembre 1372, ayant dans son cortège les deux prisonniers anglais les plus importants, le captal de Buch et Thomas de Percy. Voy. plus haut, p.XLVI,note 144.
[107]La flotte française, montée par des hommes d’armes dont Owen de Galles, Jean de Rye, seigneur de Balançon, Jacques et Morelet de Montmor étaient les principaux chefs, avait jeté l’ancre dans le port de Santander dès le 19 juillet 1372, comme le prouve l’extrait de compte qui suit: «Et par la main messire Jehan de Rye à Saint Ander leXIXejour de juilletCCCLXXII:VIcXXXVIfrans.» Cette flotte n’avait pas encore levé l’ancre le 22, puisque à cette date Jacques de Montmor fit montre à Santander: «par moustre faite et receue à Saint-Ander leXXIIejour de juilletCCCLXXII.» (Arch. Nat., K 475, no1001.)
[108]D’après Ayala, D. Enrique se trouvait à Burgos, comme le dit Froissart, lorsque le roi de Castille reçut la nouvelle de la victoire remportée par sa flotte devant la Rochelle ainsi que de la prise du comte de Pembroke: «E el Rey Don Enrique ovo grand placer con estas nuevas,é estovo en Burgosfasta que le enviaron alli al Conde de Peñabroch é á los Caballeros que con él fueron presos.» (Crónica del Rey D. Enrique Segundo, dansCrónicas de los Reyes de Castilla, II, 12). Ayala ajoute que les chevaliers faits prisonniers étaient au nombre de soixante-dix; outre le comte de Pembroke, le chroniqueur espagnol mentionne le seigneur de Poyanne et Guichard d’Angle, maréchal d’Angleterre ou plutôt d’Aquitaine. Après avoir été détenu pendant quelque temps au château de Curiel, Jean, comte de Pembroke, fut cédé par D. Enrique à Du Guesclin en échange des seigneuries de Soria, d’Almazan et d’Atienza, dont le connétable avait été gratifié, et en déduction d’une somme de 130 000 francs d’or à valoir sur le prix de rachat de ces seigneuries. Voy. p.XCVI,note 299.
[109]Charente-Inférieure, arr. Marennes, c. Saint-Agnant-les-Marais.
[110]Le 14 juin 1372, Bertrand du Guesclin se trouvait sans doute à Loches, car ce jour-là Jean, duc de Berry, alors de passage à Issoire, chargea Simon Champion, l’un de ses chevaucheurs, de porter lettres de sa part à monseigneur le connétable de France «à Loches en Thoraine» (Arch. Nat., sect. hist., KK 251, fo88 vo).
[111]Chef-lieu d’arrondissement de la Vienne, sur la Gartempe, affluent de la rive gauche de la Creuse, à 49 kilomètres au sud-est de Poitiers.
[112]Vienne, arr. Montmorillon, à 24 kilomètres au nord-ouest de cette ville et à 24 kilomètres à l’est de Poitiers. Chauvigny n’est point sur la Creuse, comme Froissart le dit par erreur, mais sur la Vienne. Le château de Chauvigny appartenait aux évêques de Poitiers, et l’évêque était alors Gui de Malsec, qui avait succédé en 1371 à Aimeri de Mons et qui fut remplacé en 1375 par Bertrand de Maumont.
[113]Lussac-les-Châteaux, Vienne, arr. Montmorillon, sur la Vienne, à 20 kilomètres au sud de Chauvigny et à 12 kilomètres à l’ouest de Montmorillon.
[114]La forteresse de Moncontour (Vienne, arr. Loudun), située à 45 kilomètres au nord-ouest de Poitiers, avait été prise par les Anglais et occupée par Cressewell et Holegrave au mois de septembre de l’année précédente. Voy. plus haut, p.XV.
[115]Le 9 juillet 1372, Bertrand du Guesclin et Olivier, seigneur de Clisson, qui se trouvaient alors à Loudun, à 18 kilomètres au nord-est de Moncontour, accordèrent une trêve ou abstinence de guerre aux prélats, barons, seigneurs et habitants du Poitou (Arch. Nat., sect. hist., JJ 108, fo97 vo, no160). Le lendemain 10 juillet, le connétable de France était à Chinon d’où il a daté la donation faite à Alain Saisy, écuyer, des château, ville et châtellenie de Mortemart (Haute-Vienne, arr. Bellac, c. Mézières) en Limousin, confisqués à cause de la rébellion d’Aimeri de Rochechouart, chevalier, seigneur du dit lieu, et «parce que de fait nous recouvrasmes pour le roy saisine du dit fort» (JJ 103, fo77, no141). Une lettre de rémission octroyée par Bertrand du Guesclin à Olivier Darien, l’un de ses hommes d’armes, ancien partisan de Jean de Montfort et des Anglais, est également datée de Chinon en juillet 1372 (JJ 111, fo180 vo, no346).
[116]Indre, arr. la Châtre, sur l’Indre, non loin de la source de cette rivière, presque à la limite des départements de l’Indre et de la Creuse. Au moyen âge, Sainte-Sévère possédait à la fois un château dont le beau donjon cylindrique subsiste encore et des fortifications dont il ne reste qu’une porte qui remonte auXIVesiècle.
[117]Vienne, arr. Civray, à 10 kilomètres à l’est de cette ville, près de la limite des départements de la Vienne, de la Charente et de la Haute-Vienne. Abbaye de Bénédictins au diocèse de Poitiers, fondée par Charlemagne en 799. Pierre, dit la Plette, abbé de Charroux, camérier du pape Grégoire XI, était tout dévoué à Charles V, qui l’admit au nombre de ses conseillers par acte daté de son château de Vincennes le 2 août 1372 (Gallia christiana, II, instrumenta, 349).
[118]Le siège de Sainte-Sévère eut lieu certainement pendant la seconde quinzaine de juillet 1372. Le 21 de ce mois, Jean, duc de Berry, fit venir du pays d’Auvergne 12 tonneaux de vin «pour mener au siège de Sainte-Sévère» (Arch. Nat., sect. hist., KK 251, fo97). Le 26 juillet, le duc fit fabriquer à Bourges 4000 viretons garnis de fer pour la même destination (Ibid., fo97). Le 29, il donna l’ordre d’amener de Bourges à Sainte-Sévère 12 tonneaux de vin (Ibid.). La garnison de Sainte-Sévère avait capitulé dès le samedi 31 juillet 1372, puisque ce jour-là Jean, duc de Berry, fit allouer 100 sous tournois à un messager à cheval nommé Christian de Beaurepaire «pour faire ses frais et despens en alent de Sainte Severe à Paris pourter lettres de par mon seigneur (le duc de Berry) au roi faisant mencion de la prise du dit lieu de Sainte Severe» (Ibid., fo89 vo). Le 2 août, le duc de Berry envoyait des éclaireurs du côté du fort de la Souterraine (Creuse, arr. Guéret, un peu à l’ouest de Sainte-Sévère), alors occupé par les Anglais, pour s’enquérir des mouvements et des forces de l’ennemi; le 4 et le 5 de ce mois, il était encore à Cluis (Indre, arr. la Châtre, c. Neuvy-Saint-Sépulcre) et se dirigeait vers Poitiers (Ibid., fo97 vo).
[119]L’erreur capitale de Froissart, en ce qui concerne la reddition de Poitiers, est d’avoir prêté à Bertrand du Guesclin un rôle non seulement prépondérant, mais tellement exclusif dans cette affaire que le duc de Berry n’apparaît même pas dans son récit. Deux documents, choisis entre beaucoup d’autres, que nous analysons ci-dessous, montreront que le chroniqueur n’a pas été renseigné exactement sur ce point. Cette reddition dut avoir lieu le samedi 7 août 1372. Cuvelier, dans saChronique rimée de Bertrand du Guesclin, se trompe sur l’année, puisqu’il place cet événement en 1370, mais il est bien informé quant au jour de la semaine:
Quant Poitiers se rendi, ce jour fusamedis.(Éd. Charrière, II, 269, vers 21 209.)
Quant Poitiers se rendi, ce jour fusamedis.
(Éd. Charrière, II, 269, vers 21 209.)
Par acte daté de Poitiers le 7 août 1372, le jour même de la reddition, Jean, duc de Berry et d’Auvergne, donna à son bien amé Alain de Taillecol, dit l’Abbé de Malepaye, écuyer d’écurie du roi, «pour services rendus en la présente conqueste du pays de Guyenne», les biens sis au pays de Poitou, qui avaient été confisqués sur Thomelin Hautebourne, Wille Loing et Wille Halle, de la nation d’Angleterre, non obstant que le dit duc eût déjà concédé au dit Alain, à titre de rente viagère, 500 livres de rente annuelle confisquées sur Guichard d’Angle, chevalier, et en toute propriété, 500 livrées de terre à Dompierre en Aunis (auj. Dompierre-sur-Mer, arr. et c. la Rochelle), confisquées sur messire Jean de Luddan, prêtre anglais, ainsi qu’un hôtel sis à la Rochelle pourvu d’un mobilier évalué à 200 livres (Arch. Nat., JJ 104, no131, fo61). Par un autre acte daté, comme le précédent, de Poitiers le dimanche 8 août 1372, le même duc de Berry donna à Jean le Page et à Guillaume Regnaut, secrétaires de son très cher et bien amé Bertrand du Guesclin, duc de Molina et connétable de France, «pour services rendus en la conqueste des pays de Guyenne, Poitou et Saintonge», certains manoirs et hébergements, estimés valoir 250 livres de rente annuelle, qui avaient appartenu à feu Robert de Grantonne, en son vivant prêtre, receveur de Poitou pour le prince d’Aquitaine et de Galles, ou que le dit feu messire Robert avait achetés au nom de Guillaume Yves son neveu, fils de sa sœur (Ibid., no33, fo14). Nous possédons également deux actes de Bertrand du Guesclin, duc de Molina et connétable de France, datés de Poitiers le lundi 9 août 1372, le premier de ces actes portant donation en faveur de Pierre de la Rocherousse, écuyer de Bretagne, de biens sis en la vicomté de Limoges confisqués sur feu Jean et Aimeri de Bonneval, frères, tous les deux morts, et sur Rouffaut de Bonneval, frère de Jean et d’Aimeri, lesquels, après être rentrés sous l’obéissance duroide France, «pour lors que nous venismes d’Espaigne», avaient embrassé de nouveau le parti anglais (Ibid., no34, fo14 vo); le second acte gratifiant un autre écuyer breton, Alain Saisy, seigneur de Mortemart, de tous les biens «que souloit tenir Aimeri de Rochechouart, chevalier, tant en Poitou, Limosin comme en la duchié de Guyenne», biens confisqués à cause de la rébellion du dit Aimeri, partisan du prince de Galles (Ibid., no38, fo16). Sans parler de la date de la donation faite à Alain de Taillecol, une autre circonstance qui semble bien indiquer que la reddition de la ville de Poitiers dut avoir lieu le 7 août, c’est que ce fut le lendemain 8 que Jean, duc de Berry, fit partir pour Paris le messager chargé d’en apporter la nouvelle à Charles V: «A Mahiet de Cheri, hussier de sale Monseigneur (le duc de Berry), pour faire ses frais et despens, en alent de Poitiers à Paris porter lettres de par Monseigneur au roy,contenant que la ville de Poitiers s’estoit rendue en l’obeissance de Monseigneur. Yci, par son mandement donné le huitiesme jour du dit moys(août 1372)» (Arch. Nat., KK 251, fo89 vo).
[120]D. Rui Diaz de Rojas.
[121]Ce détail doit être exact, puisque nous lisons dans leCompte des recettes et dépenses de l’expédition navale des frères Jacques et Morelet de Montmorque les Espagnols prétendirent qu’ils avaient pris part à la capture du captal de Buch, «pour obvier au debat des Espaignolz qui à la prise du dit captal vouloient participer et reclamer droit» (Arch. Nat., J 475, no1001). D’après l’auteur de laChronique des quatre premiers Valois, dont le récit paraît émaner d’un témoin oculaire, des Espagnols de la compagnie d’Owen de Galles figurèrent avec honneur parmi les combattants: «Et moult bien se portèrent les Espaingnolz qui en la compaignie de Yvain estoient.»Chronique des quatre premiers Valois, p. 240.
[122]Le bourg jadis fortifié de Soubise (Charente-Inférieure, arr. Marennes, c. Saint-Agnant) est situé sur la rive gauche de la Charente, à peu de distance de l’embouchure de ce fleuve, entre Rochefort et la mer.
[123]Nous possédons aux Archives Nationales le compte détaillé des dépenses de Jacques de Montmor, chevalier, et de Morelet de Montmor, écuyer, frère de Jacques, depuis le 2 juillet jusqu’au 16 décembre 1372: «C’est le compte et parties des sommes de deniers que messire Jacques de Monmor, chevalier, et Morelet de Monmor, escuier, son frère, demandent, requierent et supplient au roy nostre sire estre à eulz paiées et satisfiées et es quelles sommes ilz dient et moustrent le dit seigneur estre tenu à eulz, tant pour cause des gaiges d’eulz et de certaine quantité de gens d’armes, arbalestriers, mariniers et autres, desserviz es guerres du roy nostre dit seigneur, par mer et par terre, comme deniers par eulz pour cellui seigneur frayez, mis, despendus et paiez de leur comptant pour faire en plusieurs manières et pour plusieurs causes le plaisir, service, volonté et commandement du dit seigneur et de son connestable de France, et meesmement par vertu de leurs lettres, c’est assavoir depuis le deuxiesme jour de juillet trois cent soixante et douze, que les dessus diz frères ou l’un d’eulz commencèrent à servir le dit seigneur pour les causes dessus dites, jusques au seiziesme jour de décembre en suivant» (Arch. Nat., J 475, no1001).
[124]D’après l’auteur de laChronique des quatre premiers Valoiscomme d’après Froissart, le gentilhomme auquel se rendit Jean de Grailly, captal de Buch, s’appelait Pierre d’Auvilliers ou d’Auvillers. Il appartenait à une famille plutôt normande que picarde, ainsi du reste que la plupart des hommes d’armes enrôlés dans l’expédition navale d’Owen de Galles, de Jacques et de Morelet de Montmor: «Morelet de Mommoret les Normans, lit-on dans laChronique des quatre premiers Valois(p. 240), avoient forcloz les Anglois et tenoient le bout d’une rue.» On avait attaqué les Anglais au cri de: Claquin! Notre Dame! Claquin! La chronique que nous venons d’indiquer rapporte textuellement les paroles qui furent échangées entre Jean de Grailly et Pierre d’Auvilliers avant la reddition du captal. Il ne faut pas oublier qu’en sa qualité de comte de Longueville Bertrand du Guesclin était à la tête de la chevalerie normande.
[125]Thomas de Percy, sénéchal de Poitou, fut pris en effet par un Gallois, mais ce Gallois ne portait pas le nom indiqué par Froissart; il s’appelait en réalité Honvel Flinc. Par acte daté du château du Louvre le 10 janvier 1373 (n. st.), Thomas de Percy, chevalier d’Angleterre, reconnut qu’il était «prisonnier à Honvel Flinc, de Gales, lequel nous avoit pris en la bataille qui a esté ceste presente année où nous sommes (la pièce est datée de 1372 ancien style) devant la ville de Soubise, ou pais de Guienne, en laquelle bataille fut aussi pris par les gens de très noble et très puissant prince Charles, par la grâce de Dieu roy de France, monseigneur Jehan de Gresly, appellé le captal de Buch» (Arch. Nat., J 362, no2).
[126]D’après une pièce de comptabilité rédigée au lendemain même de l’affaire de Soubise, Jean de Grailly, captal de Buch, et Thomas de Percy, sénéchal de Poitou, auraient été défaits et pris le lundi 23 août 1372: «... Depuis leXXIIejour d’avrilCCCLXXIIaprès Pasques qu’il reçut par monstre les dictes gens à Harefleujusques auXXIIIejour d’aoust ensuivantqu’ilz furent arrivez en l’isle d’Oleronet que ce jour le captal de Buch, le seneschal de Poitou et le sire de Mareul(Renaud, seigneur de Mareuil, neveu de Raymond de Mareuil)furent pris et les gens estans en leurs routes desconffiz en la besoingne qui lors fu...» (Arch. Nat., J 475, no1001). Le surlendemain 25 août, la nouvelle de la prise du captal était parvenue à Poitiers, et le duc de Berry, qui depuis la reddition avait établi sa résidence dans cette ville, donna l’ordre de payer six livres tournois à Simon Champion, l’un de ses chevaucheurs, qu’il envoyait à Paris en le chargeant d’apporter cette nouvelle au roi son frère: «A Symon Champion, chevaucheur monseigneur, pour faire ses fraiz et despens, en alent de Poitiers à Paris porter lettres de par monseigneur au roy contenant quele captal et plusieurs autres capitaines anglois ont esté desconffis.» (Arch. Nat., KK 251, fo90 vo). Le jeudi 26 août, Philippe, duc de Bourgogne, reçut l’heureuse nouvelle à Chinon, où il donna à cette occasion un grand dîner au comte d’Eu ainsi qu’aux principaux chevaliers du petit corps d’armée qu’il conduisait lui-même en Poitou (Bibl. Nat., Collect. de Bourgogne, t. XXI, fo8 vo). Le dimanche 29 août, six jours seulement après l’affaire de Soubise, Charles V dépêcha un religieux augustin nommé Frère Jean de Montmor vers Jacques et Morelet, frères du dit Jean, pour les inviter à remettre entre les mains du roi le captal de Buch leur prisonnier. Ce religieux était porteur d’une lettre missive revêtue de la signature du royal expéditeur:Charles, datée du bois de Vincennes et adressée «à noz amez et feaulz Jaques de Monmor, chevalier, et Morelet de Monmor, escuier, frères» (Arch. Nat., J 475, no1006).
[127]Ce détail est parfaitement exact et prouve que Froissart devait tenir d’un témoin oculaire le récit qu’il nous a transmis de l’affaire de Soubise. En effet, pendant le mois d’août 1372, il y eut nouvelle lune le 3, premier quartier le 9, pleine lune le 16 et dernier quartier le 24 de ce mois. J. P. Escoffier,Calendrier perpétuel, Périgueux, 1880, p. 25 et 351.—L’auteur de laChronique des quatre premiers Valoisrapporte l’affaire de Soubise à la nuit du samedi 21 au dimanche 22 août: «Et de là alèrent à Soubise, une forte ville, et s’appareillèrent pour l’assaillir,et estoit jour de samedi.... Et lors estoit plus minuyt.»Chron. des quatre premiers Valois, p. 238, 239.—Owen de Galles et les frères de Montmor vinrent attaquer Soubise le samedi 21; mais Jean de Grailly, captal de Buch, capitaine de Saint-Jean-d’Angely, informé immédiatement de l’attaque des Français, n’a pu accourir au secours des assiégés que dans l’après-midi du dimanche 22. Le combat de Soubise a donc dû se livrer, comme le porte la pièce de comptabilité indiquée plus haut, dans la nuit du 22 au 23 août 1372.
[128]Une querelle très vive ayant surgi entre les Français et les Espagnols à l’occasion de la capture de Jean de Grailly, les frères de Montmor firent embarquer le captal de Buch et les autres prisonniers sur une galiote montée par un équipage de 80 mariniers et défendue par 20 arbalétriers et les transportèrent, dès le 23 août, en pleine mer, dans les eaux de l’île d’Oléron, dont les dits frères venaient d’être nommés gouverneurs (Arch. Nat., J 400, no67).
[129]Angoulême se rendit vers le 8 septembre à Geoffroi de la Roche et à Raymond de Mareuil auxquels l’Anglais Robin Sely livra l’une des tours de la ville (Arch. Nat., JJ 104, no2). Jean, duc de Berry, emprunta quatre livres tournois à Jacquet d’Ableiges, son secrétaire, le futur compilateur duGrand coutumier, pour en faire cadeau à un habitant d’Angoulême qui avait apporté au duc cette heureuse nouvelle. «A Jaquet d’Ableiges, secretaire de monseigneur (le duc de Berry), qu’il avoit presté à mon dit seigneur pour baillierà un des habitans d’Angoulesme, lequel avoit apporté novelles que les habitans d’icelle ville se rendoient à monseigneur, pour faire ses despens en soy retournant; yci, par quittance du dit secretaire donnéeleXXVIIejour du dit mois(octobre 1372) rendue à court:IIIIlivres tournois.» (Arch. Nat., KK 251, fo91). Jean Prevost du Pellegrain, d’Angoulême, receveur de cette ville et du pays d’Angoumois, gardien du château de «Thouré», s’étant efficacement entremis pour faire ouvrir les portes d’Angoulême aux Français, obtint de Charles V des lettres de quittance générale datées de Paris le 27 mars 1374 (Arch. Nat., JJ 105, no224, fo125 vo). Deux ordonnances, la première accordant à Angoulême une commune semblable à celle de Saint-Jean-d’Angely (Ordonn., V, 581 et 582), la seconde octroyant des lettres de sauvegarde à l’abbaye de Saint-Cibar, située dans les faubourgs d’Angoulême (Ibid., 591 et 592), sont datées du mois de janvier 1373 et sont postérieures d’environ quatre mois à la reddition de cette ville au roi de France.
[130]Saint-Jean-d’Angely ne se rendit aux Français que le lundi 20 septembre, jour où Jean, duc de Berry, par lettres datées «de nostre ville de Saint Jehan d’Angeli», donna à Jean Ysoré, seigneur de la Varenne, et à Regnaut Chevin, seigneur de Mauzé, chevaliers, les terres confisquées sur Guichard d’Angle, partisan des Anglais, dans les sénéchaussées de Poitou, Saintonge et Angoumois (Arch. Nat., JJ 104, no331, fo137). Philippe, duc de Bourgogne, Bertrand du Guesclin, Olivier, seigneur de Clisson, se trouvaient devant cette ville au moment de la reddition. «A monseigneur (le duc de Bourgogne), tant pour faire sa volenté comme pour lui esbattre au jeu des dés, tant au Bourgneuf lez la Rochelle comme à Saint Jehan d’Angely, en la compaignie du seigneur de Clisson, du connestable du Guesclin et autres.» (Arch. de la Côte-d’Or, B 1438, fo19). Voyez la brochure intituléeCampagne de Philippe le Hardi en 1372, par Ernest Petit, p. 10.
[131]Charente-Inférieure, arr. Saint-Jean-d’Angely, c. Saint-Savinien. Par acte daté de Saintes le 24 septembre 1372, Jean, duc de Berry, donna à Louis Larchevêque, seigneur de Taillebourg, les terres sises depuis le pont de Taillebourg, «ainsi comme le cours de l’ayve de la Charante emporte en alant envers Xaintes», jusqu’à un fossé près de Bussac (Arch. Nat., JJ 104, no56, fo26 vo).
[132]Le prélat, qui occupait alors le siège de Saintes, s’appelait Bernard du Sault (Gallia Christiana, II, col. 1078).
[133]Saintes ouvrit ses portes aux Français le vendredi 24 septembre, puisque la donation, faite par Jean, duc de Berry, à Louis Larchevesque, dont nous venons de donner l’analyse, est datée de «nostreville de Xantes,leXXIIIIejour de septembrel’an mil trois cens soixante et douze». Le jour même de la reddition, par un autre acte dressé à Saintes à la même date que la donation susdite, Simon Burleigh, chevalier anglais, se reconnut redevable envers Louis, duc de Bourbon, d’une somme de 1000 francs qu’il s’engagea sur la foi de son corps à payer à Tours à la mi-carême suivante (Arch. Nat., P. 13582, no567;Inventaire des titres de Bourbon, I, 567). Cette somme était peut-être, comme nous l’avons supposé naguères (voyez le tome VII de cette édition, sommaire, p.XCV,note 286note 286etXCVI), une avance faite par le duc de Bourbon à Simon Burleigh comme à-compte sur la rançon de la duchesse sa mère, tenue prisonnière dans la Tour de Broue (Charente-Inférieure, arr. et c. de Marennes, commune de Saint-Sornin), rançon qui avait été réglée deux mois auparavant par un traité intervenu le 23 juillet 1372, mais en réservant le cas où la dite duchesse serait délivrée «par force d’armes». Or, ce cas que l’on avait ainsi prévu se produisit, comme l’atteste expressément l’auteur de laChronique des quatre premiers Valois(p. 244). A une date que l’on ne saurait fixer avec une précision absolue, mais certainement entre le 7 août, date de la reddition de Poitiers, et le 22 du même mois, jour où le captal de Buch fut battu et fait prisonnier devant Soubise, Louis, duc de Bourbon, puissamment secondé par Bertrand du Guesclin, réussit à emporter d’assaut la Tour de Broue et délivra ainsi, sans bourse délier, la duchesse douairière sa mère.—Au lendemain même de la reddition de Saintes, dès le samedi 25 septembre au matin, Philippe, duc de Bourgogne, partit de cette ville et s’avança dans la direction de Cognac (E. Petit,Campagne de Philippe le Hardi en 1372, p. 11); mais Jean, duc de Berry, prolongea son séjour dans la capitale de la Saintonge au moins jusqu’au mardi 28: «A Pelerin, messaigier de madame (la duchesse de Berry) envoié de Xaintes à Saint Jehan d’Angeli pourter lettres de monseigneur (le duc de Berry) à Ymbaut du Peschin; yci, le ditXXVIIIejour (de septembre 1372),XXsols tournois.» (Arch. Nat., KK 251, fo91).
[134]Jean Cot et Philippot Manssel étaient les deux principaux hommes d’armes de la garnison anglaise de la Rochelle. A la date du 12 septembre 1372, après la reddition de cette ville et la prise du château, Cot et Manssel étaient les prisonniers du duc de Berry, qui fit acheter deux roncins pour les monter. «A Naudon de Figac et Geffroy Narron pour deux roussins pris et achatés d’eulx, du commandement monseigneur (le duc de Berry),pour monter Jehan Cot et Philippot Manssel, Anglois, prisonniers de mon dit seigneur(Arch. Nat., KK 251, fo98).
[135]En 1372, le maire de la Rochelle était non pas Jean Chauderier, mais Pierre de Boudré. Au commencement du mois d’octobre de cette année, «honorable homme et sage sire Pierre de Boudré, maire de la Rochelle», prêta aux frères Jacques et Morelet de Montmor une somme de 969 francs d’or destinée à l’achat d’un certain nombre de chevaux pour amener à Paris le captal de Buch, laquelle somme fut remboursée le 16 novembre suivant à Jean Kaint, facteur du dit maire (Arch. Nat., J 475, no1002).
[136]Froissart se trompe grossièrement lorsqu’il affirme que les trois ducs de Berry, de Bourgogne et de Bourbon s’étaient tenus «moult longuement» sur les marches de l’Auvergne et du Limousin. Le duc de Berry, qui avait fait son entrée à Poitiers dès le 7 août, le jour même de la reddition, attendit dans cette ville, avant de se remettre en campagne, l’arrivée du corps d’armée que lui amenait son frère cadet, Philippe, duc de Bourgogne. Parti de Nevers le mercredi 18 août, celui-ci, après un trajet de dix jours à travers le Berry et la Touraine, n’arriva dans la capitale du Poitou que le samedi 28 au matin, le même jour qu’Olivier, seigneur de Clisson, et que Charles d’Artois, comte d’Eu. Pendant ce temps, Bertrand du Guesclin et Louis, duc de Bourbon, paraissent avoir dirigé les opérations en Saintonge, opérations dont les deux principaux résultats furent la délivrance de la duchesse de Bourbon et la prise du captal de Buch.
[137]Deux-Sèvres, arr. Niort, entre cette ville et Poitiers. On voit par les comptes de Philippe le Hardi, qui sont heureusement parvenus jusqu’à nous, que le duc de Bourgogne partit de Poitiers le 30 août au matin, dîna et gîta le soir à Sanxay, fit halte le 31 à la Mothe-Sainte-Heraye (Deux-Sèvres, arr. Melle) et arriva le mercredi 1erseptembre devant le château de Saint-Maixent. Après avoir assisté à la messe dans l’église du lieu à laquelle il fit une offrande, le duc attaqua le château, qui ne fut emporté que le samedi 4 après quatre jours de siège (E. Petit,Campagne de Philippe le Hardi en 1372, p. 9). Saint-Maixent possédait une antique abbaye dont les religieux avaient mis beaucoup d’empressement à faire leur soumission. Pour les récompenser, Charles V confirma leurs privilèges par acte en date du 26 novembre 1372 (Ordonn., V, 545, 546); et dans un autre acte octroyé en leur faveur le 27 juillet de l’année suivante pour les placer dans le ressort de Chinon substitué à celui de Loudun, il est fait mention des services signalés rendus à la Couronne de France par Guillaume de Vezençay, qui fut abbé de Saint-Maixent de 1363 à 1380 (Ibid., 625, 626).
[138]On a vu par ce qui précède que, des trois ducs désignés ici par Froissart, le seul qui semble avoir fait un assez long séjour à Poitiers avant la reddition de la Rochelle, à savoir du 7 au 29 août, est Jean, duc de Berry.
[139]«Charles V ordonna qu’il ne seroit fait ni poursuite ni recherche de ceux qui avoient rasé le château aussitôt après l’expulsion des Anglois: ce qui prouve que la démolition de ce château ne fut point un des articles stipulés, comme nos écrivains modernes l’assurent d’après Froissart.» P. Arcère,Hist. de la Rochelle, I, 260.
[140]Les habitants de la Rochelle obtinrent en effet, dans les quatre ou cinq mois qui suivirent la reddition de cette ville, la plupart des avantages énumérés ici par Froissart, à savoir, le 25 novembre 1372, la création ou plutôt le rétablissement de leur hôtel des monnaies (Ordonn., V, 543) et le 8 janvier suivant, la confirmation de tous leurs anciens privilèges et en outre l’octroi de la noblesse aux maire, échevins et conseillers en même temps que la remise des droits de franc fief aux non-nobles (Ibid., 571 à 576).
[141]Par acte daté du mois d’avril 1373, Charles V institua Bernard Gautier, bourgeois de la Rochelle, ouvrier du serment de France au nouvel hôtel des monnaies qu’il venait d’établir dans cette ville, pour le récompenser des services qu’il avait rendus «à aidier à bouter hors de nostre chastel du dit lieu les Anglois» (Arch. Nat., JJ 104, no156, fo70).
[142]D’après laChronique des quatre premiers Valois, plusieurs des hommes d’armes qui avaient l’habitude de combattre sous la bannière personnelle de Bertrand du Guesclin prirent part au combat de Soubise, où l’on attaqua les Anglo-Gascons en poussant le fameux cri de guerre du connétable: «Claquin! Notre Dame! Claquin!» D’un autre côté, Cabaret d’Orville, dans saChronique du bon duc Loys de Bourbon, après avoir raconté que Bertrand aida le duc de Bourbon à emporter d’assaut la Tour de Broue où l’on retenait prisonnière la duchesse douairière de Bourbon, mère du duc Louis, ajoute que cette prise de la Tour de Broue précéda immédiatement l’affaire de Soubise: «Quant la Tour de Brou fut rendue, les gens du duc de Bourbon s’en allèrent courre devant Sebise» (édit. Chazaud, 1876, p. 92). La forteresse de Soubise et la Tour de Brou ou de Broue, située à seize kilomètres au sud de Soubise, commandaient le cours inférieur de la Charente et par suite les communications par terre entre la Rochelle et Bordeaux. Une fois maître de ces deux points stratégiques, Bertrand du Guesclin, après avoir assuré ainsi ses derrières, put procéder en toute sécurité à l’investissement de la Rochelle par terre en même temps que la flotte des frères de Montmor, de Jean de Rye, d’Owen de Galles et des Espagnols, ancrée entre les îles de Ré, d’Aix, d’Oléron et le continent, bloquait étroitement cette ville par mer (Ordonn., V, 567). Ce blocus, mis ou du moins resserré et complété après l’occupation de Soubise qui eut lieu le 23 août, dura jusqu’à la reddition de la Rochelle, c’est-à-dire jusqu’au 8 septembre suivant. Ce fut pendant cet intervalle que les Rochellais, s’il en faut croire un de leurs historiens, consentirent à payer au connétable une somme de cinquante mille livres tournois, à la condition qu’on épargnerait leurs maisons et leurs terres (P. Arcère, d’après Barbot,Hist. de la Rochelle, I, 253). Le rôle actif joué par Du Guesclin dans les préliminaires de la reddition de la Rochelle est attesté par plusieurs actes, notamment par une donation datée du 5 septembre 1372, antérieure par conséquent de trois jours à l’entrée des Français dans la capitale de l’Aunis. Cette donation de deux maisons, l’une sise à la Rochelle, l’autre à Dompierre en Aunis, fut faite par Charles V à un Breton nommé Yvon le Corric, qui avait servi le roi «en la compaignie de son amé et feal connestable,pour la bonne diligence qu’il a mis à faire venir et tourner la ville de la Rochelle en nostre obeissance» (Arch. Nat., JJ 103, no287, fo136). Par un autre acte délivré à la Rochelle sous son sceau le 8 septembre, précisément le jour où Jean, duc de Berry, prit possession de cette ville au nom du roi de France, Du Guesclin lui-même fit don d’une maison sise dans la rue de la Blatrie à un bourgeois de la Rochelle appelé Jamet du Chesne, originaire de Bretagne,en remuneracion des services faiz par le dit Jamet, en pourchaçant à faire venir et retourner de nouvel la ville de la Rochelle en l’obeissance du roy(JJ 104, no36, fo15).
[143]Ces Espagnols, qui depuis l’affaire de Soubise ne cessaient de réclamer le captal de Buch comme leur prisonnier, eurent un jour une rixe sanglante avec un certain nombre d’habitants de la Rochelle «ou temps que nostre dicte ville (de la Rochelle) vint derrenierement en nostre obeissance, lit-on dans une lettre de rémission datée de mai 1373, unetrès grant noize et tumulte soursist entre les gens du navire d’Espaigne et aucuns des habitans de nostre dicte ville, et y eut de part et d’autre grant quantité de gens armés tant que aussi comme tous les habitans de nostre dicte ville en furent commeuz.» Cette rixe éclata peut-être à l’occasion du transfert à la Rochelle du captal de Buch et des autres prisonniers revendiqués par les Espagnols.
[144]Le 8 septembre, le captal et les autres personnages de marque faits prisonniers à l’affaire de Soubise, que l’on avait gardés jusqu’alors à bord d’un navire ancré en vue de l’île d’Oléron, furent transférés par l’ordre de Du Guesclin à la Rochelle où ils restèrent jusqu’au 6 octobre sous la garde de Morelet de Montmor et de 16 autres hommes d’armes; ensuite, on les interna dans l’abbaye de Saint-Maixent, où ils séjournèrent pendant le reste du mois d’octobre et pendant tout le mois de novembre. Au commencement de décembre, ils prirent place dans le cortège des ducs de Berry, de Bourgogne et de Bourbon, lorsque ces trois ducs quittèrent le Poitou, en compagnie de Bertrand du Guesclin, pour se diriger vers Paris, où ils arrivèrent le 11 de ce mois (Arch. Nat., J 475, no1001à7). «Ce jour de samedi xiejour de décembre (1372) retournèrent de la conqueste de Poitou, Xantonge et Angoloisme et la Rochelle et entrèrent à Paris noz seigneurs les duz de Berry, Bourgoigne et Bourbon et plusieurs autres barons et seigneurs en leur compaignie et aussi le connestable de France. Et lors Pierret d’Auvillier, escuier, amena le captal de Buch, messire Guillaume (lisez: Thomas) de Percy et le sire de Mareuil et autres prisonniers gascoins et anglois. Le dit Pierret avoit pris en bataille le dit captal, etc.» (Arch. Nat., sect. jud., X 1470, fo6).
[145]Les ducs de Berry, de Bourgogne, de Bourbon et Bertrand du Guesclin n’arrivaient pas de Poitiers lorsqu’ils mirent le siège devant le château de Benon; ils venaient de prendre possession de la Rochelle.
[146]Le château de Benon (Charente-Inférieure, arr. la Rochelle, c. Courçon) commandait la route de la Rochelle à Niort par Nuaillé. Les trois ducs et le connétable de France, qui arrivaient de la Rochelle ou plutôt du Bourgneuf près de la Rochelle, où ils s’étaient tenus avec leurs gens d’armes du 5 au 11 septembre, vinrent camper «aux champs devant le chastel de Benoin» dans la journée du dimanche 12. Le château fut pris le mercredi 15 après trois jours de siège (Campagne de Philippe le Hardi en 1372, p. 10). Le duc de Berry a daté de Benon en septembre 1372 (par conséquent du 12 au 15 de ce mois) un acte par lequel il transféra le marché de Bourgneuf en Aunis (Charente-Inférieure, arr. la Rochelle, c. la Jarrie) du dimanche au samedi, en même temps qu’il établit au dit lieu deux foires annuelles fixées au 30 août et à la Sainte-Catherine (25 novembre), à la supplication de Guillaume Arnaud, commandeur de la maison du Bourgneuf de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, «pour consideracion que pour cause des presentes guerrespour la première venue que noz amez et feaulx le connestable de France et le sire de Cliçon, qui ou grant nombre de gens d’armes et autres en leurs compaignies furent ou dit lieu de Bourgneuf, pour lesquelles choses il dit les biens et facultez de la dite maison estre grandement diminués» (Arch. Nat., JJ 104, no104, fo37 vo;Ordonn., V, 606).—Le passage que nous avons souligné indique clairement que Bertrand du Guesclin et Olivier, seigneur de Clisson, étaient venus camper au Bourgneuf et avaient commencé le blocus par terre de la Rochelle avant l’arrivée du duc de Bourgogne au même lieu le 5 septembre et des ducs de Berry et de Bourbon qui ne rejoignirent Philippe le Hardi, avec lequel ils dînèrent, que le lendemain 6 (Campagne de Philippe le Hardi, p. 9).
[147]Le prénom de cet homme d’armes est tantôtGuillonet, tantôtGui, tantôtGuillaume, car il y a des exemples de ces trois formes dans les manuscrits. Le nom même varie et on le trouve écrit iciPans, làPaus. Comme Froissart donne à ce chef de compagnies le titre d’écuyer du comte de Foix, la forme de Paus, qui semble indiquer que cet aventurier avait pris le nom de la capitale du Béarn, d’où il était sans doute originaire, nous a paru mériter la préférence. Ernauton de Pau ou de Paus, autre chef de Compagnies, devait appartenir à la même famille que Guillonet, quoiqu’il eût embrassé le parti adverse en se mettant au service du duc d’Anjou. Cuvelier désigne comme capitaine de Benon, non point Guillonet de Pau, mais un Anglais nommé Davy:
Cappitain y avoit c’on appeloit Davi.Chronique rimée de B. du Guesclin, II, 283, vers 21 642.)
Cappitain y avoit c’on appeloit Davi.
Chronique rimée de B. du Guesclin, II, 283, vers 21 642.)
[148]D’après Cuvelier, ce fut un détachement de douze fiers compagnons de la garnison de Benon, et non de celle de Surgères, qui fit une sortie au milieu de la nuit et opéra la surprise meurtrière racontéeicipar Froissart (Ibid., 285-287, vers 21 700 à 21 754).
[149]«Et là perdit le connestable quatre de ses gentilz hommes qui gouvernoient tout son faict lesquels estoient en leur lougis en leur lit où ils dormoient; si eurent laissé d’aventure l’huis ouvert leurs varlets qui jouoient aux dés, et furent tués les gentils hommes par ceulx de la garnison de Benon» (Cabaret d’Orville,Chronique du bon duc Loys de Bourbon, éd. Chazaud, p. 91). Ce détail est confirmé par Cuvelier, qui donne le nom du plus considérable de ces gentils hommes, celui que Froissart qualifie écuyer d’honneur du connétable, Geffroi Payen, et par l’Histoire de la Rochelled’Amos Barbot, qui mentionne outre Geffroi Payen, Thomas de la Luzerne et Jean Boterel (Chron. rimée, éd. Charrière, II, 286 et 287; Amos Barbot,Hist. de la Rochelle, Saintes, 1886, t. I, p. 204). D’après Cuvelier et l’auteur de laChronique en prose, Olivier, seigneur de Clisson, furieux de la mort de Geffroi Payen son parent, fendit à coups de hache la tête à quinze Anglais de la garnison de Benon et mérita ainsi le surnom deboucherque les Anglais lui donnèrent depuis lors:
Englois ne pueent mais, par le corps sainct Benoit,S’il appellentbouchierOlivier là endroit.(Chron. rimée, II, 290, vers 21 852 et 21 853.)
Englois ne pueent mais, par le corps sainct Benoit,
S’il appellentbouchierOlivier là endroit.
(Chron. rimée, II, 290, vers 21 852 et 21 853.)
[150]Charente-Inférieure, arr. la Rochelle. Marans est situé à 20 kilomètres environ au nord de cette dernière ville et de Benon, sur la rive gauche et à peu de distance de l’embouchure de la Sèvre. Par lettres datées de Marans au mois de septembre 1372 et par mandement spécial adressé à Geffroi Kerimel et à Geffroi Budes, chevaliers, Bertrand du Guesclin donna à son bien amé écuyer Perrot Maingny les biens meubles et héritages confisqués sur Jean Wilale et HenriAbbot, Anglais et ennemis du roi, biens situés en la ville et châtellenie de Fontenay-le-Comte (Arch. Nat., JJ 103, no371, fo178 vo). Il n’est malheureusement pas fait mention dans cette charte du quantième du mois; mais comme l’itinéraire suivi par Du Guesclin dans la partie méridionale de la Saintonge pendant la seconde quinzaine de septembre est parfaitement établi et repose sur des actes authentiques, l’occupation de Marans par le connétable, si elle n’a pas coïncidé avec le siège de Benon, doit remonter aux premiers jours de septembre. Après s’être couvert au sud, en occupant, dès le 23 août, la forteresse de Soubise qui commandait le cours inférieur de la Charente, il est probable qu’un stratégiste aussi habile que Du Guesclin, voulant mettre les assiégeants à l’abri de toute surprise, aussi bien du côté du nord que du côté du midi, reconnut qu’il fallait pour cela réduire préalablement en son pouvoir le château de Marans par lequel on était maître du cours inférieur de la Sèvre. Si cette hypothèse est fondée, la démonstration contre Marans a dû suivre l’affaire de Soubise et avoir lieu dans les trois ou quatre premiers jours de septembre.
[151]Charente-Inférieure, arr. Rochefort-sur-Mer. Un acte émané de Du Guesclin (donation à Simon La Grappe, écuyer, huissier d’armes du roi, des biens confisqués de Robert de Grantonne, prêtre anglais, sis en la châtellenie de Fontenay-le-Comte), dont une copie se trouve dans un registre du Trésor des Chartes (JJ 103, no341, fo167) est daté «devant Surgieres le treziesme jour du mois de septembre l’an milCCCLXXII»; mais comme le connétable semble avoir pris part au siège de Benon, qui dura du 12 au 15, la date de cette donation faite à La Grappe est sans doute fautive et peut provenir de l’omission dans l’acte original duVdeXVIIIécrit en chiffres romains. «Le siège de la forteresse de Surgères, écrit M. E. Petit d’après les registres des recettes et dépenses de Philippe le Hardi (Campagne de Philippe le Hardi, p. 10) fut fait sans désemparer et dura quatre jours; les assiégés firent leur reddition le dimanche 19.»
[152]Aujourd’hui chef-lieu d’arrondissement du département de la Vendée, au nord de la Rochelle et de Niort, à peu près à moitié chemin de cette dernière ville et de Luçon.
[153]Ce ne fut pas Jeanne de Clisson, sœur d’Olivier, première femme de JeanHarpedenne, qui présida à la défense de Fontenay-le-Comte, ainsi que l’a supposé Benjamin Fillon (Jean Chandos, Fontenay, 1856, p. 31). En 1372, Jean Harpedenne, veuf de Jeanne de Clisson, était déjà remarié à Catherine le Senecal, fille de Gui le Senecal, chevalier. Catherine suivit en Angleterre son mari expulsé du Poitou après le recouvrement de cette province par Charles V; aussi, plus tard, devenue veuve, rentrée en France et remariée à un chevalier nommé Étienne d’Aventoys, elle se vit dans la nécessité de se faire octroyer par Charles VI des lettres de rémission, datées du mois de septembre 1390, pour avoir tenu activement le parti d’Édouard III et des ennemis du royaume (Arch. Nat., JJ 139, no95, fo113). M. Kervyn de Lettenhove (Chroniques de Froissart, XXI, 526, 527) a dédoublé Jean Harpedenne et l’a confondu avec un fils portant le nom de Jean comme son père et issu du premier mariage de celui-ci avec Jeanne de Clisson.
[154]C’est ici qu’aurait dû trouver place le récit des opérations qui aboutirent à la reddition de Saint-Jean-d’Angely (20 septembre), de Saintes (24 septembre), à une halte devant Cognac (26 septembre), à l’occupation d’Aulnay-de-Saintonge (2 octobre), enfin à une halte devant Niort, du 6 au 8 octobre (Campagne de Philippe le Hardi en 1372, p. 10 et 11). Comme nous l’avons déjà fait remarquer, Froissart ou bien n’a pas connu quelques-unes des opérations que nous venons d’indiquer, ou bien assigne une date inexacte à celles qu’il mentionne, telles que la reddition de Saint-Jean-d’Angely et celle de Saintes, qu’il a racontées avant la soumission de la Rochelle, tandis qu’en réalité elles sont postérieures d’un certain nombre de jours à ce dernier événement.
[155]Le samedi 9 octobre, Philippe, duc de Bourgogne, venant de son campement en vue de Niort, mit le siège devant Fontenay-le-Comte. Le jour même de son arrivée, les habitants de la ville proprement dite capitulèrent, mais le château résista et ne fut enlevé de vive force que le lendemain dimanche (Ibid., p. 11). En l’absence de Jean Harpedenne, sénéchal de Saintonge, châtelain et capitaine de Fontenay-le-Comte, l’homme d’armes anglais qui dirigea surtout la résistance du château s’appelait Henri Abbot. Abbot était marié depuis environ neuf ans à une Française nommée Agnès Forgète, originaire de la Ferté-Milon et veuve d’un habitant de Fontenay nommé Mercereau, dont il avait eu un fils alors âgé de huit ans. Dès la fin de novembre 1372, un mois à peine après la reddition de Fontenay-le-Comte, Agnès se fit délivrer à la chancellerie royale des lettres de rémission et obtint que ses biens dotaux seraient exceptés de la confiscation des meubles et immeubles ayant appartenu à Henri Abbot son second mari. Dans ces lettres de rémission, il est fait mention d’un acte par lequel Jean, duc de Berry, comte de Poitou, «a donné à nostre amé et feal connestable de France la dicte ville et chastellerie de Fontenay, et aussi a donné à ses gens et autres tous les biens, meubles et heritages que tenoient les Anglois et leurs femmes qui demouroient en ycelle ville de Fontenay» (Arch. Nat., JJ 103, no254,fo128 vo).
[156]Cet homme d’armes nous est inconnu. Peut-être faut-il lire, au lieu de Renaud «de Lazi», Renaud de Larçay (Indre-et-Loire, arr. et c. Tours) ou Regnault de Lassay. Le 15 octobre 1372, le duc de Berry, qui se trouvait alors aux Herbiers (Vendée, arr. la Roche-sur-Yon), fit donner 20 sous tournois à Symonnet, l’un de ses chevaucheurs, qu’il envoyait àFontenay-le-Comteporter un message à Jean, comte de Sancerre, l’un de ses conseillers (Arch. Nat., KK 251, fo91).
[157]Deux-Sèvres, arr. Bressuire.
[158]Louis de Harcourt, vicomte de Châtellerault.
[159]Guillaume VII Larchevêque (voyezHistoire de la ville de Parthenay, par Bélisaire Ledain. Paris, 1858, p. 193).
[160]Regnault de Vivonne, seigneur de Thors, fils de Savari de Vivonne et de Marie Chasteignier, marié à Catherine d’Ancenis. Thors fait partie aujourd’hui de la Charente-Inférieure, arr. Saint-Jean-d’Angely, c. Matha.
[161]Ce seigneur de Roussillon, auquel Froissart donne le prénom de Geoffroi dans son récit de la bataille de Cocherel, est toujours désigné par le chroniqueur comme un chevalier poitevin. Un ancien fief de Roussillon, aujourd’hui hameau d’une centaine d’habitants, fait partie du territoire de la commune de Vaux-en-Couhé (Vienne, arr. Civray, c. Couhé). Roussillon est aussi un hameau de Charmé (Charente, arr. Ruffec, c. Aigre).
[162]Guillaume de «Crupegnac» paraît être une mauvaise leçon pour Guillaume de Rouffignac (Charente-Inférieure, arr. Jonzac, c. Montendre).
[163]Froissart se trompe ici très gravement et a entraîné dans son erreur la plupart des auteurs d’histoires générales ou locales. Ce chroniqueur se trompe sur deux points principaux: 1oLa trêve à laquelle il fait ici allusion ne fut pas signée devant Thouars; 2ocette trêve ne devait pas prendre fin le jour Saint-Michel, c’est-à-dire le 29 septembre 1372. Cette dernière erreur a conduit les érudits, qui se sont fourvoyés sur cette question à la suite de Froissart, à assigner une date inexacte à la conclusion de la trêve et partant au siège même de Thouars. Comme la clause la plus importante de cette trêve prévoit l’éventualité d’une armée de secours amenée devant la place assiégée par Édouard III ou par le prince de Galles avant l’expiration fixée par erreur au 29 septembre, trois mois n’étant pas de trop pour informer le roi d’Angleterre et lui donner le temps de réunir des forces suffisantes, de les transporter sur le continent et de les amener au lieu convenu, on en avait conclu qu’un traité portant une stipulation de ce genre n’avait pu être signé que dans le courant du mois de juin précédent; en conséquence, on avait reculé de trois mois la date du siège mis par les Français devant Thouars. En réalité, la convention dont il s’agit fut signée devant Surgères le samedi 18 septembre, la veille même de la reddition de cette place. Aux termes de cet acte qu’il suffira de résumer ici pour en faire comprendre la haute importance, une trêve qui devait durer jusqu’à la Saint-André, c’est-à-dire jusqu’au 30 novembre 1372, était conclue entre Jean, duc de Berry et d’Auvergne, comte de Poitou et de Mâconnais, d’Angoulême et de Saintonge, lieutenant du roi de France ès dits pays, les sujets, soumis et alliés du dit roi, d’une part, deux prélats et un certain nombre de nobles traitant au nom de tous les habitants du Poitou, sujets du roi d’Angleterre, d’autre part. L’article principal de cette convention portait que si, le jour Saint-André ou le 30 novembre suivant, le roi d’Angleterre ou son fils le prince de Galles ne se trouvait pas devant Thouars à la tête de forces assez considérables pour obliger les Français à lever le siège de cette place, les signataires de la convention, leurs sujets, alliés, hoirs et successeurs feraient leur soumission dès le lendemain et rentreraient en l’obéissance du roi de France (Voy. le texte du traité de Surgères, noI de l’Appendice,p.CLVàCLIX;Grandes Chroniques, éd. P. Paris, VI, 336, 337). «Au jour emprins et accordé vindrent à toute puissance devant Touars, de par le roy de France, les ducs de Berry et de Bourgoigne ses frères, qui la journée se tindrent sur les champs en bataille ordennée et à banieres desploiées jusques au vespres. A laquelle heure vint pardevers nos seigneurs la vicomtesse (Pernelle, vicontesse de Thouars), acompaignée de nobles barons et dames, qui en l’obeissance du roy et d’eulx mist sa seigneurie. Et au giste vint avec eulx à Lodun, auquel lieu elle fist hommage lige de sa viconté, avec serement de loyauté au duc de Berri duquel est tenue la dicte viconté à cause de sa conté de Poitou. Et ainsi fut la conté acquise sur les Anglois par leur orgueil et desloyauté.» (Chron. publiée par Secousse,Recueil de pièces sur Charles II, roy de Navarre, p. 651.)
[164]Dès le 11 août, Édouard III, qui venait d’apprendre les premières opérations des Français sur les marches du Poitou, écrivit à tous les prélats de l’Angleterre pour leur demander des processions, des prières et se plaindre de l’invasion de ses possessions par les forces réunies des rois de France et de Castille (Rymer, III, 960). Dans un mandement en date du 23 août, le roi d’Angleterre annonça son projet de passer sur le continent (Ibid., 961). Le lundi 30 du même mois, il s’embarqua à Sandwich sur un navire appeléla Grâce de Dieu(Ibid., 962).
[165]L’ordonnance par laquelle Édouard III institua le jeune Richard, fils d’Édouard prince de Galles, gardien du royaume d’Angleterre pendant son absence, est datée de Sandwich le mardi 31 août (Ibid.).
[166]Jean, duc de Lancastre, qui s’intitulait roi de Castille et de Léon à cause de son mariage avec la fille aînée de D. Pèdre, était monté sur le même navire qu’Édouard III son père.
[167]Edmond, comte de Cambridge et ensuite duc d’York.
[168]Thomas de Woodstock, duc de Buckingham et ensuite de Gloucester.
[169]On vient de voir que l’embarquement eut lieu, non à Southampton, mais à Sandwich.
[170]Embarqué à Sandwich dès le 30 août, Édouard III dut mettre à la voile dans les premiers jours de septembre; il était rentré au palais de Westminster le 28 octobre suivant (Ibid., 963).
[171]Le but spécial de cette expédition navale était, en effet, de débloquer la Rochelle et d’obliger les Français à lever le siège de cette ville (Thomæ Walsingham, Historia anglicana, éd. Riley, 1863, I, 315). Il en faut conclure que le blocus de cette place par mer et sans doute aussi par terre avait dû commencer dès le milieu du mois d’août 1372.
[172]La trêve expirait le 30 novembre, ainsi que nous l’avons établi plus haut, non le 29 septembre.
[173]La pensée ou du moins la pensée première d’Édouard III, lorsqu’il avait mis à la voile au commencement du mois d’août, avait été de porter secours aux bourgeois de la Rochelle et non aux gens d’armes enfermés dans Thouars. Le prince de Galles, malgré son état maladif, avait voulu accompagner son père dans cette expédition navale qui avorta si misérablement après avoir coûté au trésor anglais plus de neuf cent mille livres.
[174]«Post cujus reditum, dit Thomas Walsingham en parlant du retour en Angleterre d’Édouard III après son expédition navale manquée,statim ventus ad partes oppositas se convertit» (Hist. angl., p. 315).
[175]La qualité donnée ici à Thomas de Felton n’est pas formulée d’une manière tout à fait exacte. Ce chevalier portait en réalité le titre de sénéchal, non de Bordeaux, mais d’Aquitaine ou de Gascogne.
[176]Toute la puissance du roi fut assemblée devant Thouars pour consommer le traité fait devant Surgères le dix-huit septembre, «tout le jour de saint André (30 novembre), l’an mil trois cens soixante et douze» Voy.p.CLV.Cf.Arch. Nat., P 13342, fo26).—Le rédacteur desGrandes Chroniques de France(VI, 336) évalue à trois mille le nombre des gens d’armes français réunis devant Thouars le 30 novembre 1372.
[177]«Et le landemain (de la Saint-André 30 novembre 1372) fut redducé et remis le dit duchié de Guyenne à la dicte obeissance du roy,à Loudun, en l’église des Frères Meneurs.» (Voy. le noI de l’Appendice,p.CLV).—Le mercredi 1erdécembre, toutes les forces réunies du duc de Bourgogne, du duc de Lorraine, du comte de la Marche, du vicomte de Rohan étaient encore «aux champs devant Thouars». Le soir, la place était en leur puissance. Des lettres, annonçant cette heureuse nouvelle, furent aussitôt adressées à Charles V. (Voy. l’extrait de chronique citéen note, p.LII.) Ce mercredi 1erdécembre fut donc marqué par deux faits, l’un militaire, l’autre féodal, aussi importants l’un que l’autre. Le fait militaire fut la reddition de la forteresse de Thouars aux gens d’armes du roi de France. Le fait féodal, qui eut pour théâtre l’église des Frères Mineurs de Loudun, fut une prestation de foi et hommage solennelle faite au roi de France par les seigneurs qui avaient signé la trêve ou convention du 18 septembre précédent. Cette prestation de foi et hommage fut reçue au nom de Charles V par Jean, duc de Berry, et par Bertrand du Guesclin, connétable de France. Mais ces seigneurs et notamment le plus considérable d’entre eux, Louis de Harcourt, vicomte de Châtellerault, ne firent leur soumission et ne prêtèrent serment de fidélité que sous certaines conditions. Louis de Harcourt, par exemple, avait eu soin de se faire promettre l’usufruit de la vicomté de Saint-Sauveur (Manche, arr. Valognes), et cela dès le commencement du mois de novembre 1372, puisque la ratification par Charles V de cette promesse est datée du 20 de ce mois (Arch. Nat., J 211, no39; Delisle,Hist. de Saint-Sauveur, p. 206, 207). Par un traité daté de Loudun le 1erdécembre, le jour même où la prestation de foi et hommage eut lieu dans cette ville, le duc et le connétable s’engagèrent au nom du roi à faire entrer le vicomte de Châtellerault en jouissance du château de Saint-Sauveur, aussitôt que cette place aurait été recouvrée sur les Anglais par force ou autrement (Arch. Nat., J 211, no41; Delisle,Hist. de Saint-Sauveur, p. 207, 208). Nous voyons même par un mandement de Charles V en date du 8 janvier 1373 (n. st.) que Louis de Harcourt avait poussé la prévoyance jusqu’à se réserver les rançons ou «appâtis», comme on disait alors, levés sur un certain nombre de paroisses du Poitou à cause de ses châteaux de Châtellerault, de Gironde (auj. hameau de Saint-Genest-d’Ambière, Vienne, arr. Châtellerault, c. Lencloître) et de la Touche (auj. château de Marnay, Vienne, arr. Poitiers, c. Vivonne), levés, disons-nous, sur ces paroisses avant le 30 novembre 1372 (Arch. Nat., P 13341, fo24).—Par acte daté de Paris le 15 décembre suivant, Charles V confirma le traité et accord conclu par Jean, duc de Berry, Philippe, duc de Bourgogne, Bertrand du Guesclin, connétable de France, Olivier, seigneur de Clisson, avec les prélats, gens d’église, barons, seigneurs et dames des pays de Poitou et de Saintonge (Arch. Nat., J 241, no40; JJ 103, no361, fo174; Hay du Chastelet,Hist. de B. du Guesclin, p. 437 à 439;Ordonn., V, 557, 558). En vertu de ce même acte, confirmant les dits pays dans les libertés et franchises dont ils jouissaient au temps de Louis IX et d’Alphonse de Poitiers, et portant amnistie générale en faveur de tous les habitants, nobles ou autres, Charles V déclara les comtés de Saintonge et d’Angoulême réunis à perpétuité à la couronne de France, tandis qu’au contraire il concéda le comté de Poitou, à titre d’apanage, à son frère Jean, duc de Berry. Un acte spécial en date du 19 décembre confirma cette concession à titre d’apanage du comté de Poitou, à la condition toutefois que Jean rendrait le comté de Mâcon dont il était investi (Arch. Nat., mémorial D de la Chambre des Comptes, fo133; Blanchard,Compilation chronologique, col. 160).
[178]Deux-Sèvres, arr. Melle, c. Brioux.
[179]Mortagne-sur-Sèvre, Vendée, arr. la Roche-sur-Yon.
[180]Vienne, arr. Montmorillon, c. Lussac.
[181]Vienne, arr. Poitiers.
[182]Vienne, arr. Poitiers, c. Vivonne.
[183]Vienne, arr. Civray.
[184]D’après Cabaret d’Orville, l’occupation par les Français de la Tour de Broue (auj. hameau de Saint-Sornin, Charente-Inférieure, arr. et c. Marennes) aurait précédé la prise du captal de Buch ainsi que la reddition de Soubise et serait par conséquent antérieure au 23 août 1372 (Chronique du bon duc Loys de Bourbon, éd. Chazaud, p. 92). Au contraire, l’auteur de laChronique des quatre premiers Valois(p. 244) place cet événement, ou du moins la délivrance de la duchesse de Bourbon enfermée dans la Tour de Broue, en 1373. Il faut donner la préférence au témoignage de Cabaret d’Orville, puisque nous possédons un acte daté du 23 juillet 1372, par lequel Simon Burleigh et Nicolas Dagworth prennent l’engagement de délivrer la duchesse de captivité et de la remettre aux mains du duc de Bourbon son fils, au plus tard le 1ernovembre suivant (Arch. Nat., P 13581, no504; Huillard-Bréholles,Titres de la maison ducale de Bourbon, I, 565, 566), sauf toutefois le cas où la dite duchesse serait reprise auparavant «par force d’armes». Lorsque Cabaret d’Orville et l’auteur de laChronique des quatre premiers Valoisaffirment que la duchesse douairière de Bourbon dut sa mise en liberté à ce dernier mode de délivrance, il y a d’autant plus lieu d’ajouter foi au témoignage de ces deux chroniqueurs que le duc de Bourbon, fils de la princesse prisonnière, qui prit part depuis le commencement jusqu’à la fin à toutes les opérations de la campagne, aurait gravement démérité au point de vue de l’honneur chevaleresque et encouru le reproche de félonie si, dès le début de cette campagne, il n’avait pas fait tous ses efforts pour enlever la Tour de Broue et reprendre ainsi de haute lutte la duchesse sa mère aux aventuriers qui la détenaient. D’un autre côté, comme Simon Burleigh, par acte daté de Saintes le 24 septembre 1372, se reconnaît redevable d’une somme de 1000 francs d’or envers le duc de Bourbon (Arch. Nat., P 13582, no567; Huillard-Bréholles,Titres, etc., I, 567), il se peut que cette somme représente ou bien une partie de la rançon de ce chevalier fait prisonnier en défendant la Tour, ou bien le remboursement d’un acompte déjà payé par le duc sur la rançon de sa mère, acompte qui devait donner lieu à une restitution, si, comme nous le supposons, Isabelle avait été déjà à cette date reprise par force d’armes. Enfin, il résulte d’un article de compte que, le 20 mai 1373, Owen de Galles occupait pour le roi de France la Tour de Broue (Arch. Nat., KK 251, fo95 vo). Cette mention, rapprochée de ce que l’on sait par laChronique des quatre premiers Valoisdu rôle décisif joué par ce même Owen de Galles dans l’affaire de la prise du captal de Buch, donne lieu de croire que les deux forteresses de Soubise et de la Tour de Broue, très rapprochées d’ailleurs l’une de l’autre, ont dû être recouvrées à peu près en même temps par les Français, c’est-à-dire à la fin du mois d’août 1372.
[185]Charente, arr. et c. Cognac.
[186]Vienne, arr. Poitiers, c. la Villedieu.
[187]Ainsi que les trois ducs de Berry, de Bourgogne et de Bourbon dont Froissart a tort de le séparer ici, Du Guesclin, après la reddition de Thouars et la soumission des principaux seigneurs poitevins, se dirigea vers Paris où il fit son entrée le 11 décembre 1372, ayant dans son cortège les deux prisonniers anglais les plus importants, le captal de Buch et Thomas de Percy. Voy. plus haut, p.XLVI,note 144.