Chapter 8

[188]A la date du 31 août 1373, Mortagne était encore au pouvoir des Anglais, comme le prouve l’article de compte suivant: «A Berry le heraut pour faire ses fraiz et despens,en alent de Poitiers à Mortaigne convoier une quantité d’Anglois, du commandement de monseigneur (le duc de Berry), yci, par quittance donnée le darrain jour d’aoust (1373) rendue à court:XLsols.» (Arch. Nat., KK 251, fo128).[189]«Et celle saison (pendant les deux derniers mois de 1372), le roy de France envoia plusieurs fois messaiges grans et notables par devers le duc de Bretaigne que l’en sentoit moult favorable aux Anglois, et le fist le roy par plusieurs fois requerir que il feist son devoir vers luy, si comme tenu y estoit comme vassal et homme lige du roy et pair de France et que il ne voulsist souffrir les Anglois entrer en son pais de Bretaigne ne les conforter en aucune maniere: lequel duc respondoit toujours que ainsi le feroit.» (Grandes Chroniques de France, VI, 337.)—Au commencement de novembre 1372, Jean, duc de Berry, fit un voyage en Bretagne où le roi de France son frère l’avait chargé sans doute d’une mission diplomatique. Le 9 de ce mois, il était à Rennes d’où il envoya Guillaume Mauvinet, chevalier, l’un de ses chambellans, à Paris «devers le roi» (Arch. Nat., KK 251, fo99 vo).[190]Saint-Mathieu, surnommé par les Bretons Loc Mazé Pen ar Bed ou la Cellule de Saint-Mathieu Fin de Terre, est aujourd’hui un simple écart de la commune de Plougonvelin, située à l’extrémité occidentale du département du Finistère. D’après une légende, c’est l’endroit où aurait été débarqué le chef de saint Mathieu apporté d’Éthiopie par des navigateurs du Léon et où saint Tanguy fonda un monastère à l’époque mérovingienne. En réalité, l’envoi fait par Édouard III au duc de Bretagne fut seulement de 300 hommes d’armes et de 300 archers, et non de 400. Voy. plus haut, p.XXX,en note.[191]Du Guesclin, après avoir quitté le Poitou au commencement de décembre 1372 et avoir fait son entrée à Paris le 11 de ce mois, se trouvait encore dans cette ville le 10 janvier suivant, car ce jour-là il reçut au château du Louvre le serment de Thomas de Percy qui, mis en liberté provisoire pour aller en Angleterre recueillir l’argent exigé pour sa rançon, s’engagea, la main dans la main du connétable, à être de retour au Palais royal à Paris pour le terme de Pâques suivant ou le 17 avril 1373 (Arch. Nat., J 362, no2). D’un autre côté, un mois ne s’était pas écoulé depuis cette prestation de serment que Bertrand était déjà retourné en Poitou. Dès le 17 février 1373, il était à Poitiers, d’où il a daté un acte par lequel il fit don à son bien amé écuyer Jean de Kerlouet des biens confisqués de Hugues Beuf, de la mère de Hugues, de Galhaut le Boucher et de Perrot de Saint-Flavet, «en remuneracion de partie des bons et agreables services qu’il a fais au roy nostre sire en ces presentes guerres, en la prise du fort de Chistré (auj. Chitré, hameau de Vouneuil-sur-Vienne, Vienne, arr. Châtellerault, sur la rive gauche de la Vienne), occupé et tenu pour le roi d’Angleterre par les dits Hugues, Galhaut et Perrot.» (Arch. Nat., JJ 104, no87, fo41 vo).[192]Deux-Sèvres, arr. Melle, c. Brioux, un peu au sud de Niort et de Melle, sur la Boutonne, affluent de la rive droite de la Charente.[193]Au commencement de 1373, la place où Jean Devereux, sénéchal anglais du Limousin, tenait le plus habituellement garnison était la Souterraine (Creuse, arr. Guéret), forteresse qui commandait la route de Bourges et de Châteauroux à Limoges, sur les confins des trois provinces de Limousin, de Berry et de Poitou. Par acte daté de mai 1374, Charles V donna à une femme de la Souterraine, nommée Rose des Moulins, les biens confisqués de Laurence Lescharde, fille de la dite Rose, maîtresse de Jean Devereux, au temps où ce chevalier anglais «tenoit et occupoit ycelle ville de la Sousterraine, laquelle Lorance, par legiereté de cuer et de sa voulenté, après ce que elle eust esté par certain temps en la compaignie du dit chevalier anglois, s’est partyepuis demi an ençade la dite villeet s’en est alée avecques les Anglois, afin de dédommager la dite Rose des Moulins «des dommages euz et soustenuzou conflit et prise de la dite ville de la Sousterraine» (Arch. Nat., JJ 105, no340, fo183). Dès la fin de mars 1373, aussitôt après la victoire de Chizé et la reddition de Niort, Jean, duc de Berry, mit le siège devant la Souterraine (Arch. Nat., KK 251, fos93 vo, 94; Delisle,Mandements de Charles V, p. 499, no960). Toutefois, cette forteresse ne tomba au pouvoir des français que vers la fin de cette même année 1373.[194]Vienne, arr. Civray. Le château de Gençay, dont il subsiste des ruines imposantes, situé un peu au sud de Poitiers, à 133 mètres d’altitude, commandait la vallée de la Cloyère, affluent de la rive droite du Clain et la route qui va directement de cette ville à Civray, à Ruffec, à Angoulême et à Bordeaux. Le 12 juin 1373, Jean, duc de Berry, comte de Poitou, fit donner 60 sous tournois à un nommé Rynant, «escuier de monseigneur le connestable de France,lequel s’estoit eschapé des Anglois de Gençay où il estoit prisonnier» (Arch. Nat., KK 251, fo122 vo). Vers le milieu de cette année, les Français assiégeaient Gençay en même temps que Lusignan et avaient élevé des bastilles devant ces deux châteaux. Par un mandement en date du 14 juillet 1373, Jean, duc de Berry et comte de Poitou, fit sommation à un certain nombre de retardataires de payer leur quote-part d’une somme de 2000 francs d’or levée pour les frais de la bastille de devant le château de Gençay (Redet,Inventaire des archives de Poitiers, p. 312, no1955). Le 3 octobre suivant, ce même duc de Berry, qui se trouvait à Gençay, envoya de cette ville Clément l’Enffant, l’un de ses messagers, porter une lettre au maréchal d’Auvergne (KK 251, fo129). Le 8 du même mois, un chevalier nommé Grégoire Seys, qui tenait du roi d’Angleterre la seigneurie de Gençay, se fit donner à Bordeaux par Thomas de Felton, sénéchal d’Aquitaine, 20 arcs, 20 gerbes de flèches, 24 cordes et autres munitions destinées à la défense du dit lieu de Gençay (Arch. hist. de la Gironde, XII, 330. Cf. le sommaire du tome VII de notre édition, p.LIV,note 165). Gençay ne redevint français qu’au commencement de 1375. Par acte «donné devant le fort de Gençay» le 17 février de cette année, Bertrand du Guesclin, comte de Longueville, connétable de France, en vertu d’un traité de capitulation intervenu entre lui, d’une part, messire Dagori Sais (Gregoire ou Gregori Seys, dans le compte du contrôleur de l’artillerie de Bordeaux), seigneur de Gençay, les capitaine, connétable, receveur et autres Anglais tenant le dit fort de Gençay, d’autre part, moyennant la reddition du dit fort dans le délai fixé et à un certain terme convenu, confirma la femme et la fille du dit Dagori Sais et leurs hoirs dans la possession et la jouissance de tous les revenus des héritages que le dit Dagori et sa femme tenaient au temps que le pays était sous l’obéissance du prince de Galles. Ce traité fut ratifié par le roi dès le 22 février suivant. (Arch. Nat., JJ 106, no249, fo136; JJ 153, no94, fo46.) Le 7 avril 1376 (n. st.), Charles V donna à son frère le duc de Berry les châteaux de Gençay, de Mortemer et de Neuville (Neuville-de-Poitou, arr. Poitiers) que Radegonde Bechet, «femme d’un certain Anglois nommé Dagoris Sès» et Catherine le Senecal, fille de la dite Radegonde et seconde femme de Jean Harpedenne, avaient fortifiés et si bien pourvus de gens d’armes qu’il avait fallu de grands frais et des troupes nombreuses pour en faire le siège et en déloger l’ennemi (Arch. Nat., JJ 109, no18, fo10). Cf. p.XLIX,note 153.[195]Froissart rapporte l’affaire de Chizé au 21 mars 1373. Ce combat dut certainement être livré peu de jours avant le 30 mars 1373, puisque ce fut à cette dernière date que Jean, duc de Berry, qui se trouvait alors à la Souterraine (Creuse, arr. Guéret), envoya Vitu, l’un de ses messagers, à Mehun-sur-Yèvre porter à la duchesse sa femme la nouvelle de la défaite et de la prise de Jean Devereux: «A dit Vitu, messaigier monseigneur, envoié le dit jour (30 mars 1373) de la Souterraine à Mehun-sur-Yèvre porter lettres de par monseigneur à madame de Berry contenant quemessire Jehan d’Esvreux avoit esté desconfit et pris:XXXVsols tournois.» (Arch. Nat., KK 251, fo93 vo.) Le même jour, le duc envoya Simonnet Champion, l’un de ses chevaucheurs, porter à Poitiers et à la Rochelle des lettres dont le contenu se rapportait sans doute au même événement que le message confié à Vitu (Ibid., fos93 voet 94). Cabaret d’Orville et Pierre Cauchon se trompent donc, le premier en plaçant l’affaire de Chizé avant la fête de Noël 1372 et le retour de Du Guesclin à Paris (Chronique du bon duc Loys de Bourbon, p. 41), le second après le lundi d’avant Pâques Fleuries ou le 4 avril 1373 (Chronique de P. Cauchon, p. 127). Au mois de décembre 1373, Charles V octroya des lettres de rémission à Perrin, dit Crespé, «en considération de ses services, tant au fait de la prise du captal de Buch où il fuet en la desconfiture que nostre amé et feal connestable fist devant le fort de Chiset, comme en la chevauchie et poursuite de nos ennemis.» (Arch. Nat., JJ 105, no90, fo57.) Du Guesclin avait formé son petit corps d’armée en concentrant les garnisons françaises du Poitou dont beaucoup occupaient des églises que l’on avait fortifiées et où l’on s’était retranché pour résister aux Anglais. C’est ainsi que Philibert de l’Étoile, Jean de Rasiné, Aimeri Paillart, écuyers, et un nommé Perrot Caillé avaient converti en forteresse l’église paroissiale de Bertegon (Vienne, arr. Loudun, c. Monts) dont la seigneurie appartenait en partie à Charles d’Artois, comte d’Eu; et nous lisons dans des lettres de rémission datées de juillet 1376 que ces écuyers se «départirent de la dite forteresse et nous alèrent servir en nos guerres, tantà la bataille de Chiseyet au siège de Lesignan comme autre part». (Arch. Nat., JJ 109, no116.) Chizé était le chef-lieu d’une châtellenie. L’église de cette localité avait sans doute été endommagée pendant le combat; aussi, pour la réparer, Du Guesclin légua une somme de cent francs, par une clause spéciale de son testament daté de juillet 1380. Jean Devereux, le principal chef du corps d’armée anglais, fut fait prisonnier à Chizé par Pierre de Negron.[196]Le 28 avril 1373, cinq semaines après l’affaire de Chizé, Jean, duc de Berry, était à Niort, d’où il envoya Jean Blondeau, l’un de ses valets de pied, porter lettres au sénéchal de Poitou: «A Jehan Blondeau, vallet de pié, pourporter lettres de par monseigneur(Jean, duc de Berry), deNyortau seneschal de Poitou(Alain de Beaumont). Yci le dit jour (28 avril 1373),XVsols.» (Arch. Nat., KK 251, fo94 vo.) L’occupation n’eut pas lieu sans coup férir, puisque l’intrépide écuyer breton Jean de Kerlouet fut tué devant Niort. Ce fut aussi sans doute à cette occasion que périt le maître de ce chien dont parle l’auteur duMénagier de Paris(éd. Jérôme Pichon, I, 94), auquel le duc de Berry, probablement pendant un séjour qu’il fit à Niort du 18 au 25 juillet 1373 (Arch. Nat., KK 251, fo105 vo), assura une pension alimentaire, pour le récompenser de sa fidélité envers son maître défunt sur la tombe duquel il se tenait, sans vouloir la quitter, depuis trois mois. D’après Cuvelier (Chronique rimée de B. du Guesclin, II, vers 22 486 à 22 504), Du Guesclin, ayant défait à Chizé les garnisons anglaises réunies sous le commandement de Jean Devereux, aurait fait revêtir à ses gens les cottes d’armes des Anglais et aurait pris ainsi Niort par surprise. Cette version s’accorde avec celle de Froissart pour placer la prise de Niort presque immédiatement après le combat de Chizé qui fut livré, comme on l’a vu plus haut, le 21 mars. Il y a tout lieu, par conséquent, d’accepter une tradition qui avait cours à Niort dès la fin duXVesiècle et qui fixait au 27 mars la reprise de cette ville par Bertrand du Guesclin. Voici, en effet, ce qu’on lit dans le plus ancien registre conservé sous le no881 aux Archives municipales de Niort; c’est le compte de Geoffroi Faifeu, receveur du 1erjuillet 1487 au 1erjuillet 1488: «Item, à messire Jehan Bonnet, viquayre de l’eglise paroschiale de Nostre Dame de la dicte ville, la somme de cinq solz pour la messe dicte à notte, à dyacre et soubzdyacre,du jour de la reprinse de la ville qui fut leXXVIIejour du dit moys de mars.» En souvenir de cet événement, les habitants de Niort firent construire une chapelle, dite deRecouvrance, dont le nom s’est conservé jusqu’à nos jours dans un lieu-dit situé à l’extrémité du territoire de cette ville, sur le bord de la route de Fontenay-le-Comte. C’était l’usage de se rendre tous les ans en procession à cette chapelle, le 27 mars, anniversaire de la «recouvrance» de Niort sur les Anglais; cet usage paraît être tombé en désuétude vers la fin duXVIesiècle, à l’époque des guerres de religion qui amenèrent en Poitou l’abandon de quelques cérémonies publiques du culte en même temps que la destruction de plusieurs dépôts d’archives et d’un certain nombre de monuments religieux. A la date du 22 juillet 1373, Guillaume de la Mousse était châtelain de Niort pour Jean, duc de Berry (Arch. Nat., KK 251, fo105 vo). A cette même date, Owen de Galles était capitaine de la Tour de Broue (Ibid., fo95 vo), Tristan Rouaut de Thouars, André Rouaut de Marans (Ibid., P 128 vo), Maurice du Parc de la Rochelle (Bibl. Nat., Decamps, 84, fo177 vo), Alain de Beaumont de Saint-Maixent et de Saintes (Ibid., fo94 vo) et Thibaud du Pont de Rochechouart et d’Angoulême (Ibid., fo128). Les Anglais continuaient d’occuper Cognac (Ibid., fo129) qui ne fut repris par du Guesclin que le 1erjuin 1375 (Grandes Chroniques de France, VI, 346).[197]Le château de Lusignan, situé à 134 mètres d’altitude, commandait la route de Poitiers à Saint-Maixent et à Niort, ainsi que l’étroite vallée de la Vonne, bordée presque dans toute sa longueur de hautes murailles de rochers à pic. Froissart se trompe en rapportant l’occupation de Lusignan par les Français à la même date que la reddition de Niort. Le samedi 5 mars 1373, le premier samedi de carême, trois semaines par conséquent avant l’affaire de Chizé, Alain de Beaumont, sénéchal de Poitou, Jean de la Personne, vicomte d’Aunay, Gadifer de la Sale et Aimeri de Rochechouart mirent le siège devant le château de Lusignan, défendu par une garnison anglaise dont les deux principaux chefs étaient Jean Cressewell et Geffroi de Saint-Quentin (Delpit,Documents français en Angleterre, p. 191;Bibl. Nat., collection Decamps, vol. 84, fo170). Afin de protéger les assiégeants contre les sorties de cette garnison, Jean, duc de Berry, fit construire au moins deux bastilles, chacune pourvue de quatre «eschiffes» et d’un engin apporté de Loudun, lesquelles bastilles ne furent complètement terminées et mises en état que plusieurs mois après l’investissement (Redet,Invent. des arch. de Poitiers, p. 90, 91;Arch. Nat., KK 251, fos102 vo, 122, 127 à 129). Cet investissement dura sans interruption depuis le 5 mars 1373 jusque vers le milieu de l’année suivante (Ibid., KK 252, fos27 vo, 29 vo, 30). Par une «endenture» datée de Bordeaux le 4 avril 1374, en présence du seigneur de Percy et de Thomas de Felton, sénéchal d’Aquitaine, Jean, duc de Lancastre, ayant conclu avec Du Guesclin une trêve pendant la durée de laquelle les garnisons anglaises devaient cesser de vivre comme par le passé aux dépens du pays environnant, alloua à titre d’indemnité 6000 florins d’Avignon à Jean Cressewell et à Geffroi de Saint-Quentin, capitaines du château de Lusignan, en même temps qu’il les prorogea dans leur commandement jusqu’au 1erseptembre suivant (Delpit,Documents français, etc., p. 191, 192). Du 19 septembre 1373 au 20 juillet 1374, les comptes du contrôleur de l’artillerie du château de Bordeaux mentionnent plusieurs livraisons de munitions, notamment d’arcs, de gerbes de flèches et de cordes, faites par Thomas de Felton, par Florimond, seigneur de Lesparre, ainsi que par Robert Roux, maire de Bordeaux, tant à Jean Cressewell, capitaine de Lusignan, qu’à Thomas Brancestre, lieutenant du dit capitaine (Arch. hist. de la Gironde, XII, 329, 330, 337). Cressewell fut fait prisonnier par les Français un peu avant le 24 juin 1374, puisque ce jour-là le duc de Berry, qui se trouvait à Issoudun, donna l’ordre de payer 40 sous à Araby le chevaucheur «qui estoit venu de Poitou dire lesnovelles de la prise de Cressoelle» (Arch. Nat., KK 252, fo21). La capture de cet audacieux partisan contribua sans nul doute à amener la reddition du château de Lusignan, qui dut avoir lieu vers la fin de septembre 1374 au plus tard. Ce qui est certain, c’est que, dès le 1eroctobre suivant, Lyonnet de Pennevaire fut institué par Jean, duc de Berry, capitaine, châtelain et gardien du château de Lusignan (Redet,Tables de Dom Fonteneau, Poitiers, 1839, p. 305). D’après Thomas Walsingham, une des conditions de la reddition aurait été la mise en liberté de Thomas de Percy, sénéchal du Poitou, fait prisonnier à Soubise (Hist. angl., p. 317). La délivrance du prisonnier coïncida avec la livraison de la forteresse. Conduit de Tours à Poitiers le 18 septembre 1374, Thomas de Percy fut dirigé sur Cognac le 11 octobre suivant (KK 252, fos22, 31). Le roman deMélusine, par Jean d’Arras, contient de curieuses légendes relatives à ce siège de Lusignan et surtout aux apparitions de la fée Mélusine, qui passait pour avoir fondé ce château, à Cressewell (éd. de 1854, p. 420-424). Il résulte d’un acte de donation daté de mars 1376 (n. st.) que le duc de Berry fit un vœu à saint Germain d’Auxerre et une fondation en faveur de l’abbaye placée sous le vocable de ce saint, pour obtenir la reddition d’une forteresse réputée imprenable en raison de son origine féerique (Arch. Nat., J 185, no36;Gall. Christ.,XII, col. 395).[198]Vienne, arr. Poitiers, c. Vivonne.[199]Jeanne Payen de Monpipeau.[200]Vienne, arr. Montmorillon, c. Lussac.[201]Vienne, arr. Poitiers, c. la Villedieu.[202]Mortagne-sur-Sèvre, Vendée, arr. la Roche-sur-Yon. Voyez le sommaire du tome VII de notre édition, p.LXXVII,note 231.[203]Charente, arr. et c. Cognac.[204]Froissart commet ici une erreur. La Tour de Broue avait été reprise par Bertrand du Guesclin et par Louis, duc de Bourbon, vers le milieu du mois d’août 1372. Voyez plus haut, p.XLI,note 133.[205]Bécherel (Ille-et-Vilaine, arr. Montfort) est situé à 500 mètres à gauche de l’une des deux routes qui vont de Rennes à Dinan, près de la source de l’un des affluents de la Rance, à 175 mètres d’altitude; c’est un des points les plus élevés de la péninsule armoricaine. Des hommes d’armes au service du roi de France assiégeaient déjà le château de Bécherel dans le courant du mois d’août 1371 (Bibl. Nat., Collect. de Clairambault, reg. 10, p. 559). Le 4 novembre suivant, Édouard III, dont les gens tenaient depuis longues années garnison à Bécherel, donna l’ordre de livrer cette place à Jean de Montfort, duc de Bretagne, en échange de Morlaix, de Brest et d’Hennebont (Rymer, III, 927); mais, le duc ayant déclaré, dans un acte daté de son château d’Auray le 25 février 1372, qu’il renonçait à toute réclamation ultérieure au sujet du château de Bécherel, il en faut conclure que les Anglais n’avaient pas cessé d’occuper ce château (Ibid., 936).[206]Après la mort de Jean Chandos, blessé mortellement à l’affaire du pont de Lussac le 1erjanvier 1370 (Voy. tome VII de notre édition, p.LXXXVI,note 259), Édouard III avait confié la garde de Saint-Sauveur à Guillaume de Latimer (Delisle,Hist. du château et des sires de Saint-Sauveur-le-Vicomte; Preuves, p. 178, 179; Rymer, III, 900), qui choisit pour lieutenant Thomas de Catterton; mais, le 26 novembre suivant, il retira cette garde au successeur immédiat de Chandos pour la donner à Alain de Buxhull (Rymer, III, 903), confirmé dans cet office le 3 juin 1371 (Ibid., 917). La capitainerie de Saint-Sauveur étant considérée à la fois comme un office militaire et comme une ferme exceptionnellement lucrative, Alain de Buxhull avait dû s’engager, pour jouir de cette ferme, à payer au roi d’Angleterre une rente annuelle de mille marcs d’argent (Delisle,Hist. de Saint-Sauveur, P. 177).[207]Froissart revient ici en arrière sur des faits qu’il a déjà racontés et qui remontent à l’année 1371. Les négociations s’ouvrirent directement entre les rois de France et de Navarre à Vernon du 25 au 29 mars de cette année, et le 24 mai suivant Charles le Mauvais se rendit à Paris, où il passa en fêtes la dernière semaine de ce mois (Grandes Chroniques, VI, 329-332; cf. t. VII de notre édition, sommaire, p.XCVI,notes 287 à 289). Le roi de Navarre se trouvait encore dans cette ville les 15 et 17 juin suivants (Secousse,Preuves de l’hist. de Charles le Mauvais, p. 318 à 321) et il y revint au mois de novembre (Bibl. Nat., Quittances, XIX, 1255), avant de regagner par terre son royaume de Navarre, où il fit sa rentrée vers le commencement de 1372.[208]Pierre de Navarre, comte de Mortain, second fils de Charles le Mauvais, n’arriva à la cour du roi de France et n’y tint état qu’à partir du 8 juillet 1376 (Bibl. Nat., Quittances, XXII, 1771). Quant à Charles, l’aîné des fils du Navarrais, le rédacteur desGrandes Chroniquesdit qu’il se rendit auprès de Charles V, son oncle maternel, au commencement de 1378 (VI, 432).[209]Charles le Mauvais, qui retournait de France en Navarre, fit son entrée à Montpellier le samedi 20 mars 1372, veille des Rameaux; il était accompagné de Raymond de Baux, prince d’Orange, et de Philippe de Savoisy (Chronique romane de Montpellier dansThalamus Parvus, Montpellier, 1836, p. 387).[210]David Bruce mourut le 22 février 1371 (Art de vérifier les dates, I, 845). Il est fait mention de la mort du roi d’Écosse dans un mandement d’Édouard III en date du 20 juin suivant (Rymer, III, 919). Au mois de mai 1373, le roi d’Angleterre fit acheter en Flandre des blocs de pierre de couleur noire destinés à l’érection du mausolée de David Bruce (Ibid., 980).[211]La prise du captal de Buch, dont les gens d’armes de DuGuesclinet les marins castillans s’étaient disputé la capture l’année précédente à la suite de l’affaire de Soubise, avait amené un refroidissement entre les cours de France et de Castille depuis la fin d’août 1372, et D. Enrique avait rappelé sa flotte. Aussi, lorsque au printemps de l’année suivante des navires anglais vinrent menacer certains points des côtes de Normandie, Charles V ne put leur opposer que trois galées dont l’armement et la solde des équipages lui avaient coûté 5300 francs (Delisle,Mandements de Charles V, p. 500, no963).[212]Dans les premiers mois de 1373, Owen de Galles se trouvait en Saintonge, où Charles V et Jean, duc de Berry, l’avaient institué capitaine de la Tour de Broue (Voyez plus haut, p.LXIII,en note); et nous savons, d’un autre côté, que cet écuyer gallois, qui se prétendait de lignée princière, fut retenu le 9 juin de cette année avec 100 hommes d’armes de sa compagnie pour poursuivre les ennemis sous monseigneur de Bourgogne (Ibid., p. 502, no965;Bibl. Nat., Decamps, vol. 84, fo173). Entre ces deux dates, il ne reste guère de temps pour une campagne sur mer, à moins que les 100 hommes d’armes d’Owen de Galles n’aient formé, ainsi que les 40 glaives de Jean de Vienne mentionnés plus bas, les équipages des trois galées armées vers la fin de mai et qui purent à la rigueur faire des courses en mer au cours des mois de juin et de juillet 1373. Toutefois l’effectif très considérable attribué à la flotte dont il s’agit donne lieu de croire que Froissart, ayant omis de mentionner Owen de Galles parmi les commandants de la flotte victorieuse devant la Rochelle le 23 juin 1372 (Voyez plus haut, p.XXV), commet ici la même confusion que Cabaret d’Orville (La vie du bon duc Loys de Bourbon, p. 45, 46), en rapportant à l’année 1373 des faits qui s’étaient passés un an auparavant.[213]Sur le véritable nom de cet amiral, voyez plus haut, p.XXV,note 92.[214]Le Comtois Jean de Rye, seigneur de Balançon (château de Thervay, Jura, arr. Dôle, c. Montmirey), fut un des principaux agents diplomatiques employés par Charles V auprès de D. Enrique, roi de Castille, dont la flotte et les équipages constituaient la principale force maritime du roi de France.[215]Par mandement daté du bois de Vincennes le 2 juin 1373, Charles V enjoignit à Cornevalois de payer, depuis le 24 mai précédent jusqu’à nouvel ordre, les gages de Jean de Vienne, chevalier, l’un de ses chambellans, et de 40 glaives de sa compagnie enrôlés pour surveiller les mouvements d’une flottille anglaise qui s’était montrée devant Harfleur en la fosse de Leure (Delisle,Mandements de Charles V, p. 501, no964).[216]Le 8 février 1373, Guillaume de Montagu, comte de Salisbury, s’engagea à servir pendant six mois le roi d’Angleterre sur mer avec 300 hommes d’armes et 300 archers; et le 16 de ce même mois, il fut institué capitaine de la flotte ou armée des barges qui se disposait à prendre la mer (Rymer, III, 971).[217]Troisième fils de Raoul de Nevill et d’Alice d’Audley.[218]A la date du 20 février 1373, Philippe de Courtenay remplissait l’office d’amiral de la flotte anglaise vers les parties de l’ouest dans le port de Dartmouth (Rymer, III, 971).[219]Un mandement d’Édouard III, adressé le 20 février 1373 à Philippe de Courtenay, est précisément relatif à la saisie de plusieurs navires de Castille qui faisaient voile vers les parties de Flandre et «de Sancto Maloro».[220]Jean, seigneur de Nevill, fils aîné de Raoul de Nevill et d’Alice d’Audley, sénéchal de l’hôtel du roi d’Angleterre, avait été envoyé en Bretagne, vers la fin de juillet 1372, avec une compagnie de 300 hommes d’armes et de 300 archers; il était porteur d’instructions qui lui conféraient dans le duché de Bretagne une autorité supérieure à celle du duc lui-même (Rymer, III, 948, 960; dom Morice,Preuves de l’hist. de Bretagne, II, col. 48). Froissart le désigne ainsi: «le seigneur de Neuville, d’Angleterre», par opposition aux Neuville de France, famille chevaleresque à laquelle appartenait Jean de Neuville, neveu du maréchal d’Audrehem.[221]D’après Cabaret d’Orville (La vie du bon duc Loys de Bourbon, p. 42), la concentration des troupes destinées à l’expédition de Bretagne se fit à Angers et aux Ponts-de-Cé.[222]Cabaret d’Orville évalue l’effectif de l’armée de Bretagne à 2000 chevaliers et écuyers et à 800 hommes de trait. Ces chiffres sont beaucoup plus acceptables que ceux de Froissart.[223]Jean ou John Austyn, que Froissart appelle à la française Jean Augustin, servait encore en Bretagne au mois d’août 1376; il était alors avec Jean ou John Lakyngeth, mentionné plus loin comme capitaine de Conq, l’un des deux principaux gardiens du château de Brest (Rymer, III, 1062).[224]Le «Conq» de Froissart n’est pas Concarneau; c’est un écart de la commune actuelle de Beuzec-Conq (Finistère, arr. Quimper, c. Concarneau), tout au fond d’une anse qui communique avec la baie de La Forest ou de Fouesnant. D’après l’auteur duChronicon Briocense(D. Morice,Preuves de l’hist. de Bretagne, II, 45), le duc de Bretagne ne s’embarqua pas pour l’Angleterre à Conq, mais à Brest. Cet embarquement se fit le jeudi 28 avril 1373.[225]Du Guesclin dut faire ses préparatifs pour l’expédition de Bretagne et se diriger vers ce pays par l’Anjou immédiatement après la victoire de Chizé et la prise de Niort, qu’il faut dater, comme nous croyons l’avoir établi plus haut, des 21 et 27 mars 1373 (Cf. p.LXII,note 134). Dès la fin d’avril, le 29 de ce mois, le connétable de France devait être arrivé en Bretagne, puisque à cette date un chevaucheur du duc de Berry se rendit dans cette province où il était chargé de remettre à Bertrand des lettres de son maître: «A Baudet de Choret, chevaucheur de mon dit seigneur (le duc de Berry), pour faire ses fraiz et despens en alent de Poiters enBerthaigne porter lettres de par monseigneur au connestable de France.» (Arch. Nat., KK 251, fo94 vo). La quittance de la somme allouée à ce chevaucheur pour l’accomplissement de son message est datée du 29 avril 1373. Le même chevaucheur fut renvoyé en Bretagne vers le connétable, le 13 mai suivant (Ibid., fo95). Nous devons faire remarquer néanmoins que Louis, duc de Bourbonnais, qui fut avec Du Guesclin le principal chef de l’expédition de Bretagne n’avait pas encore quitté Paris à la date du 23 avril (Arch. Nat., P 13622, no1107; Huillard-Bréholles,Titres de Bourbon, I, 569). Le 19 mai 1373, il est certain que Du Guesclin se trouvait à Rennes, où, sur le rapport de son cousin Hervé de Mauny, seigneur de Torigni, il donna l’ordre de laisser les religieux de Saint-Melaine de cette ville jouir de leurs droits d’usage dans la forêt de Rennes (Bibl. Nat., ms. fr.22 325, fo105).[226]Le 9 mai 1373, Jean, vicomte de Rohan, et Raoul, seigneur de Montfort, donnèrent quittance de leurs gages à Dinan, et la date de ces quittances nous donne lieu de conjecturer avec quelque vraisemblance le moment où le corps d’armée au service du roi de France, ou du moins un détachement de cette armée, prit possession de cette ville au nom de Charles V (D. Morice,Preuves de l’hist. de Bretagne, II, col. 65).[227]Cet ancien château des ducs de Bretagne, dont six tours subsistent encore, est situé dans la presqu’île de Ruis, au sud du golfe du Morbihan et à l’est de la baie de Quiberon, sur le territoire de la commune de Sarzeau (Morbihan, arr. Vannes).[228]Côtes-du-Nord, arr. Dinan.[229]D’après M. Arthur de La Borderie, «Ghoy la Forest» de Froissart devrait être identifié avec un château de Coët, mot qui en breton signifie forêt, situé sur le territoire de la commune de Languidic (Morbihan, arr. Lorient, c. Hennebont), à trois lieues environ au nord-est d’Hennebont.[230]Côtes-du-Nord, arr. Lannion. Selon toute vraissemblance, Du Guesclin n’alla prendre possession de la Roche-Derrien et en général des places de la Bretagne septentrionale qu’après le traité de capitulation de Brest daté du 6 juillet; le 14 août, il était à la Roche-Derrien. Voyez plus loin, p.LXXXV,note 267.[231]Morbihan, arr. Ploërmel.[232]Morbihan, arr. Pontivy.[233]Voyez plus haut, p.LIX,note 190. Le 6 juillet, à la date du traité de capitulation de Brest, Saint-Mathieu ou Saint-Mahé n’avait pas cessé d’être aux mains des Anglais et des partisans de Montfort.[234]Loire-Inférieure, arr. Saint-Nazaire. L’ordre ou plutôt le désordre absolu de cette énumération prouve avec évidence, d’abord que Froissart était tout à fait ignorant en matière de géographie bretonne, ensuite que ce chroniqueur cite au hasard et pêle-mêle les forteresses ou lieux forts de cette province dont le nom lui était resté dans la mémoire, par conséquent que son témoignage, en ce qui concerne la marche suivie par Du Guesclin et son corps d’armée, ne mérite aucune confiance. Cabaret d’Orville ajoute aux places mentionnées ici Broons (Côtes-du-Nord, arr. Dinan), Tinténiac (Ille-et-Vilaine, arr. Saint-Malo), Fougères et Dinan (La vie du bon duc Loys de Bourbon, p. 42 à 44); et Guillaume de Saint-André (Le livre du bon Jehan duc de Bretaigne, dans Charrière,Chronique rimée de B. du Guesclin, II, 489), indique en outre Montmuran (château de la commune des Ifs, Ille-et-Vilaine, arr. Montfort, c. Bécherel) et Auray (Morbihan, arr. Lorient). L’auteur de laChronique des quatre premiers Valois(p. 245) se borne à dire que toutes les villes et forteresses de Bretagne se rendirent, excepté Brest et Derval. Le rédacteur desGrandes Chroniques de France(VI, 335) se contente également de cet énoncé sommaire, avec cette différence toutefois qu’il excepte Auray, aussi bien que Brest et Derval, du nombre des forteresses bretonnes qui reconnurent l’autorité du roi de France. Ce dernier témoignage est à la fois le plus sommaire et le plus exact.[235]Morbihan, arr. Lorient, petit port sur la rivière de Blavet qui communique avec la mer par les rades de Lorient et de Port-Louis. En faisant mouiller à Hennebont une flotte qui cinglait de Saint-Malo vers Brest, Froissart a montré ici une fois de plus sa complète ignorance au sujet de la situation réciproque de ces trois villes.[236]Thomelin étant un diminutif de Thomas, dont on usait volontiers pour distinguer un fils de son père, lorsque celui-ci portait ce même prénom, nous croyons pouvoir identifier le «Thomelin Wisk» auquel le comte de Salisbury avait confié la garde d’Hennebont, avec Thomas West, du comté de Southampton, mentionné dans des mandements d’Édouard III en date des 12 juin et 20 juillet 1373 comme l’un des hommes d’armes chargés spécialement de pourvoir à la défense des rivages de ce comté (Rymer, III, 945, 988). Le capitaine d’une garnison anglaise, lorsqu’il était réduit à capituler comme ce fut le cas de Thomas West à Hennebont, se voyait d’ordinaire imposer l’obligation de ne pas porter les armes en France, du moins pendant un temps déterminé. Si notre identification est fondée, la reddition d’Hennebont à Du Guesclin serait antérieure au 12 juin et, selon toute apparence, des derniers jours de mai 1373.[237]Quoi qu’en dise Froissart, Louis, duc d’Anjou, ne joua personnellement aucun rôle dans la campagne de Bretagne, du moins pendant les huit premiers mois de 1373. Tandis que Du Guesclin dirigeait les opérations contre les Anglais dans cette province, l’aîné des frères de Charles V guerroyait en Languedoc et, vers la fin de juin, entreprenait contre les places anglo-gasconnes du comté de Bigorre, notamment contre Mauvezin et Lourdes, cette expédition que le chroniqueur de Valenciennes, conséquent dans son erreur, a reculée d’une année en la reportant, comme nous le montrerons plus loin, au mois de juin 1374.[238]Le siège fut mis devant la Roche-sur-Yon presque aussitôt après la victoire de Chizé et la prise de Niort, non point, comme le raconte Froissart, par le duc d’Anjou, mais par Olivier, seigneur de Clisson. Le 1ermai 1373, Jean, duc de Berry, qui se trouvait alors à Poitiers, donna l’ordre d’allouer une somme de 40 sous au Roi de Berry, un de ses hérauts, pour porter un «message à monseigneur de Clisson à la Roche sur Yon» (Arch. Nat., KK. 251, fo94 vo). Ce siège durait sans doute encore le 23 juillet suivant, puisque ce jour-là ce même duc fit partir de Niort l’un de ses chevaucheurs avec des lettres destinées «au sire de Clisson à la Roche sur Yon» (Ibid., fo127). Parmi les assiégeants figuraient quelques-uns des plus grands seigneurs du Poitou, entre autres Guillaume Larchevesque, seigneur de Parthenay, vers lequel le duc de Berry envoya de Poitiers, le 18 mai, Guillaume Bonnet, l’un de ses chambellans (Ibid., fo102 vo).[239]Loire-Inférieure, arr. Châteaubriant, à la croisée des routes de Rennes à Nantes, de Château-Gontier et de Châteaubriant à Redon et à Vannes. Il ne reste aujourd’hui de l’ancien château de Derval, situé a 3 kil. au nord-est du bourg de ce nom, que la moitié du donjon coupé verticalement et haut de 28 mètres.[240]Par acte daté du palais de Westminster le 2 novembre 1374, des lettres de sauf-conduit furent délivrées à Hugue ou Hue Browe, chevalier, qui se disposait à passer la mer pour le service du roi d’Angleterre en compagnie d’Edmond, comte de March (Rymer, III, 1014).[241]Plusieurs montres de gens d’armes reçues devant Brest, notamment celles de Jean de Beaumanoir et de Robert de Guitté, chevaliers, maréchaux «de monseigneur le connestable de France» (Hay du Chastelet,Hist. de B. du Guesclin, p. 382), celle de Jean Raguenel, vicomte de Dinan, de Pierre, seigneur de Rostrenen, de Geffroi de Kerimel, de Guillaume, châtelain de Beauvais, de Henri de Pledren, de Thibaud de Rivière (D. Morice,Preuves, II, col. 64, 65; Hay de Chastelet,Hist. de B. du Guesclin, p. 379-382), plusieurs montres, disons-nous, établissent que le corps d’armée placé sous le commandement immédiat de Bertrand du Guesclin avait mis le siège devant Brest dès le 1erjuin 1373. Le 4 de ce mois, le connétable en personne dirigeait les opérations du siège, puisque ce jour-là, par lettres données devant Brest, il confirma une donation antérieurement faite à maître Jean le Barbu, conseiller de Jean de Montfort, de certains héritages situés dans l’évêché de Léon (Arch. Nat., JJ 104, no234, fo99 vo). Le 23 juin, Henri de Pledren donna quittance de ses gages «au siège devant Brest» (Hay du Chastelet, p. 382). Le 26 du même mois, Du Guesclin continuait de diriger en personne les opérations du siège et octroyait à Perrin Mottin, de la paroisse de Notre-Dame d’Ambrières (Mayenne, arr. Mayenne) des lettres de grâce ou de rémission «données devant Brest» (Arch. Nat., JJ 105, no80, fo52). Enfin, le 28 juin, Brumor de Laval, Pierre, seigneur de Rostrenen, Gilbert de Combray, Henri de Pledren firent montre ou donnèrent quittance «au siège devant Brest» (Dom Morice,Preuves, II, col. 66;Bibl. Nat.,Collect. Clairambault, reg. 33, p. 2491).[242]Plusieurs mandements d’Édouard III en date des 22 et 28 avril 1373 se rapportent aux préparatifs maritimes de l’expédition du duc de Lancastre (Rymer, III, 974, 977). Un autre mandement du roi d’Angleterre, adressé le 28 mai suivant à Adam Blakemore, maréchal de Jean de Montfort, qui comptait alors des Anglais parmi les officiers de sa maison, semble indiquer que l’objectif de l’expédition projetée, du moins à cette date, était la Bretagne; on y lit en effet les mots suivants: «quos(il s’agit des hommes d’armes de Jean de Montfort)in obsequium nostrum,in comitiva præfati ducis,AD PARTES BRITANNIÆproficisci ordinavimus» (Rymer, III, 981).[243]L’acte par lequel Édouard III institua Jean, duc de Lancastre, roi de Castille et de Léon, son lieutenant spécial et capitaine général, tant au royaume de France qu’en Aquitaine, avec les pleins pouvoirs attachés à ces titres, est daté du palais de Westminster le 12 juin 1373. Le 16 de ce mois, le roi d’Angleterre ordonna des prières publiques par tout son royaume pour le succès de l’expédition (Rymer, III, 982, 983). Le 23, il décida que, dès le lendemain vendredi 24 juin, jour de la fête de Saint-Jean-Baptiste, tous les hommes d’armes enrôlés devraient être rendus dans leurs ports respectifs pour s’embarquer et prendre immédiatement la mer (Ibid., 987).[244]Sur Conq, voyez plus haut p.LXXI,note 224. La forteresse de Conq fut assiégée et prise d’assaut par Du Guesclin en personne vers la fin de mai 1373. En effet, par lettres datées de Conq le 28 de ce mois, le duc de Molina, connétable de France, donna à son amé cousin et bachelier Jean de Juch les châtellenies et villes de Rosporden et de Fouesnant (Finistère, arr. Quimper), en l’évêché de Cornouaille, confisquées sur Robert Knolles, Anglais et ennemi du roi de France (Arch. Nat., JJ 105, no26, fo22 vo).[245]Jean Lakyngeth, chevalier, était trois ans plus tard, en 1376, l’un des deux principaux gardiens du château de Brest (Voyez plus haut, p.LXXI,note 223). D’après Cabaret d’Orville (p. 44), le capitaine de Conq était un écuyer anglais nommé Jennequin Pel. Cet écuyer est sans doute le même personnage que «Jehan Pil», écuyer, l’un des six otages livrés le 8 juillet 1373 à Du Guesclin en vertu de la capitulation de Brest (Arch. Nat., J 642, no21).[246]Dans le traité de capitulation du château de Brest en date du 6 juillet 1373, Robert Knolles eut soin de stipuler que Jean Lakyngeth, prisonnier des Français, serait remis en liberté et échangé contre Hervé de Saint-Gouëno.[247]Au moment où le traité de capitulation fut conclu, c’est-à-dire le mercredi 6 juillet 1373, Du Guesclin ne se tenait point près de Nantes; il était présent devant Brest, comme l’attestent les deux premières lignes de ce traité que nous transcrivons littéralement: «Saichent touz que nous Jehan, seigneur de Neuville, Robert Kenole, sire de Derval, et Thomas de Melleborne, à present tenanz la ville et chastel de Brest, avons octroié, promis et accordé à nobles et puissanz seigneurs le duc de Bourbon,le connestable de Franceet au viconte de Rohan,estanz à presant davant le dit fort» (Voy. le texte de ce traité, p.CLXàCLXIII). Clisson, au contraire, devait être alors, non devant Brest, mais à la Roche-sur-Yon. En vertu du premier et principal article du traité de capitulation du 6 juillet 1373, Jean, seigneur de Nevill, Robert Knolles et Thomas de Melbourne prenaient l’engagement de rendre un mois plus tard, c’est-à-dire le 6 août suivant, les ville et château de Brest ès mains du vicomte de Rohan, «en cas que le duc ne vendra le derrain jour du dit mois de paiz ou si fort que il puisse tenir les champs en place égal davant la dicte ville de Brest.» Semblable engagement fut pris pour la duchesse de Bretagne enfermée dans Auray, avec cette réserve toutefois qu’il serait accordé huit jours à la dite duchesse pour accorder ou refuser sa ratification, en ce qui concernait la dite forteresse d’Auray.[248]Les six otages accordés au connétable de France, Jourdan d’Aulen, chevalier, Robert Clifton, Jean Welelbort, Jean Pil, Jean Ambloy et Jean Hecton, écuyers anglais, prêtèrent serment devant Brest le 8 juillet 1373 (Arch. Nat., J 642, no21; Kervyn de Lettenhove,Œuvres de Froissart, XVIII, 509, 510).[249]Si Robert Knolles avait tenu la conduite que lui prête ici Froissart, il aurait forfait à un engagement qu’il avait pris de la manière la plus solennelle, car il avait promis, en vertu de l’un des articles du traité du 6 juillet, de demeurer avec tous ses compagnons dans la place de Brest jusqu’au 6 août suivant, en d’autres termes pendant un mois: «Nous dessus nommez (Nevill, Knolles, Melbourne), avecques touz noz compaignons que nous avons à present,demourrons un mois après le jour de ceste accordance jurée en la dicte ville et chastel de Brest.» Au premier abord, une lettre close adressée au duc de Bourbon, à Du Guesclin et au vicomte de Rohan semblerait donner un démenti au chroniqueur, puisqu’elle est écrite au nom des trois capitaines anglais et qu’elle est datée de Brest le 4 août, à la veille de l’expiration de l’armistice. Quoique cette lettre ait été déjà publiée par M. Kervyn de Lettenhove (Œuvres de Froissart, XVIII, 510), nous croyons utile de la reproduire ici, parce que deux mots, fort importants pour indiquer le ton et préciser le sens de ce document, ont été mal lus par le premier éditeur: «Jouhan, sire de Neuville, Robert Kanoles, sire de Derval et de Rougé, et Thomas de Melborne. Vous (Kervyn:à Lois), sire duc de Bourbon, sire Bertram du Guesclin, conestable de France, Jouhan, viconte de Rohan, nous nous en merveillonx moult que vous nous avés enxin (Kervyn:en rien) rescript depuis que nous vous avons trois foiz rescript, vous certefiant les deffaux que vous nous avez faict contre l’acordance juré entre vous et nous et scellé de voz seaux. Sur quoy nous nous tenons quittes et delivres de toutes trette et promesse entre vous et nous. Si vous requerons, comme autreffoiz vous avons requis, de nous rendre noz ostages en la ville de Brest quitement sanz empechement. Escript à Brest, le judi quatriesme jour d’aoust, à houre de vespres, l’an mill tres cens sexante et treze.» (Arch. Nat., J 642, no22). Quoique cette lettre close soit écrite au nom de Nevill, de Knolles et de Melbourne, elle n’est munie ni du sceau de Robert Knolles ni de celui de Thomas de Melbourne. Un seul sceau est plaqué sur le papier, celui de Jean de Nevill, seigneur de Raben. La légende de ce sceau est ainsi conçue:Sigillum Johannis de Nevile, domini de Raben.L’absence des sceaux de Knolles et de Melbourne semble indiquer que ces deux personnages ne se trouvaient pas à Brest au moment où la lettre du 4 août a été rédigée. Cette circonstance tendrait donc à confirmer la version de Froissart.[250]Il est certain qu’à la date du 7 août 1373 Guillaume de Montagu, comte de Salisbury, qui s’intitule «lieutenant du roi d’Angleterre en Bretagne dans le voyage ordonné pour le siège du château de Brest», était venu mouiller avec sa flotte devant ce château, puisque, ce jour-là, lui et Jean, seigneur de Nevill, lieutenant du duc de Bretagne, firent mandement au contrôleur de l’artillerie du château de Bordeaux de livrer à Thomas de Melbourne, clerc trésorier de Jean de Montfort, 100 arcs, 200 gerbes de flèches et 200 cordes d’arc pour la défense du dit château de Brest (Arch. hist. de la Gironde, XII, 328).[251]Comme on l’a vu dans une des notes précédentes, cette sommation ne fut pas adressée par le comte de Salisbury, mais par les trois personnages qui avaient scellé le traité de capitulation du 6 juillet, à savoir: Jean, seigneur de Nevill, Robert Knolles et Thomas de Melbourne.[252]Jean, dit de Gand, duc de Lancastre, et Jean de Montfort, duc de Bretagne, débarquèrent à Calais dans le courant du mois de juillet 1373: «Adivit (dux Britanniæ) villam de Calaisio in eodem anno 1373,mense Julii» (Chronicon Briocense, dansHist. de Bretagne, par dom Morice, Preuves, I, 47).—«Item,en celuy mois de juillet(1373), Jehan, duc de Lenclastre, fils du roy d’Angleterre, et Jehan, conte de Montfort.... vindrent d’Angleterre à Calais» (Grandes Chroniques, VI, 339). Dès le 27 de ce mois, la nouvelle du débarquement de l’armée anglaise sur le continent fut transmise par Philippe le Hardi, qui se trouvait alors à Amiens, à la duchesse sa femme restée en Bourgogne (Dom Plancher,Hist. de Bourgogne, III, 41; Preuves,XXXIII). Toutefois, le matin du 3 août suivant, Jean, duc de Lancastre, n’avait pas encore quitté Calais (Delpit,Documents français en Angleterre, p. 189). L’armée d’invasion dut s’ébranler ce jour-là même qui était, comme le dit Froissart, un mercredi, dans l’après-midi, puisqu’elle était déjà arrivée devant Roye lorsque Jean de Montfort, duc de Bretagne, vassal du roi de France, envoya à ce dernier des lettres de défi ou, comme nous dirions aujourd’hui, une déclaration de guerre qui fut remise à Charles V le 8 août (Hay du Chastelet,Hist. de B. du Guesclin, p. 452).[253]Guines en Calaisis, Pas-de-Calais, arr. Boulogne-sur-Mer.[254]Ardres en Calaisis, Pas-de-Calais, arr. Saint-Omer.[255]Hameau de Zutkerque, Pas-de-Calais, arr. Saint-Omer, c. Audruicq.[256]Auj. Nordausques (Pas-de-Calais, arr. Saint-Omer, c. Ardres). La belle rivière dont parle Froissart est le Hem, qui, prenant ses diverses sources à Escœuilles, à Surques, à Rebergues, à Haut-Loquin et à Alquines, passe à Audrehem, à Tournehem et à Nordausques; à Polincove (arr. Saint-Omer, c. Audruicq), le Hem ou Meulestroom se divise en deux bras dont l’un se jette dans l’Aa près d’Holque, tandis que l’autre va alimenter le canal de Calais à Saint-Omer.[257]Pas-de-Calais, arr. Saint-Omer, c. Ardres.[258]Pas-de-Calais, arr. Boulogne-sur-Mer, c. Guines. Abbaye de Prémontrés au diocèse de Thérouanne. Cette abbaye était fortifiée et défendue par une garnison dont Jean de Calonne, écuyer, était capitaine en 1375 (Arch. Nat., JJ 106, no376, fo96) et en 1382 (Bibl. Nat., Collection Clairambault, reg. 24, p. 1743). Le 2 avril 1376, ce même Jean de Calonne commandait aussi la garnison du fort d’Alquines (Ibid., p. 1741). Au mois de mars 1375 (n. st.), Charles V octroya des lettres de rémission à Jean de Calonne, fils de Jean, à Enguerran Wik, à Etienne de Lambel, dit le Flamand, et à Jean Barbier, «pauvres compagnons de la garnison de l’abbaye de Licques», au sujet du meurtre d’un valet qui, mangeant des harengs et les trouvant trop maigres, avait proposé ironiquement de les faire cuire avec une chandelle de suif pour les rendre plus gras (Arch. Nat., JJ 106, no376).[259]Robert de Béthune, vicomte de Meaux.[260]Le plateau de Helfaut est situé à 7 kil. au sud de Saint-Omer, à moitié chemin de cette ville et de Thérouanne.[261]Pas-de-Calais, arr. Saint-Omer, c. Aire-sur-la-Lys. La Roque a publié (Hist. de la maison d’Harcourt, addit. aux preuves, IV, 1466, 1467) les montres des gens d’armes reçus à Thérouanne du 1erjanvier au 24 avril 1373 pour servir ès parties de Picardie sous Hue de Châtillon, sire de Dampierre et de Rollaincourt, maître des arbalétriers de France et capitaine général pour le roi ès parties de Picardie.[262]Le 1ermai 1373, Charles V octroya des lettres de quittance générale à Jean, seigneur de Sempy, chargé de la garde de Boulogne-sur-Mer et du pays d’environ sur la frontière de Calais, du 1eravril 1368 au dernier avril 1372, et depuis lors capitaine du pays de Picardie (Arch. Nat., JJ 106, no166, fo92).[263]Par actes datés de Thérouanne les 21 janvier 1373 (n. st.) et 26 août 1374, David de Poix, seigneur de Brimeux (Pas-de-Calais, arr. Montreuil-sur-Mer, c. Campagne-lez-Hesdin), donna quittance de ses gages ès guerres de Picardie (Bibl. Nat., Collect. Clairambault, reg. 22, p. 1571, et reg. 87, p. 6831).[264]Jean, seigneur de Poix (Somme, arr. Amiens), donna quittance de ses gages à Abbeville le 11 janvier 1370 (Bibl. Nat., Collect. Clairambault, reg. 87, p. 6833).[265]Le 1ermars 1376 (n. st.), Lionel d’Airaines, chevalier, donna quittance de ses gages desservis à la poursuite des routiers (Bibl. Nat., Clairambault, reg. 5, p. 239).[266]Les choses se passèrent en réalité d’une manière tout à fait contraire à ce que raconte ici Froissart. Le texte du traité de capitulation de Derval n’est malheureusement pas parvenu jusqu’à nous, mais nous savons par un mandement de Charles V que Clisson, et non Du Guesclin, avait arrêté les bases de ce traité avec les capitaines anglais (Voy. p.XCIII,note 292). Le chroniqueur ne se trompe pas moins lorsqu’il affirme qu’Olivier répondit à l’appel du roi de France plus tôt que Bertrand et rejoignit le premier le corps d’armée qui poursuivait les Anglais sous les ordres du duc de Bourgogne. Il résulte de l’Itinéraire de Philippe le Hardi en 1373, dressé d’après le registre B 1436 des Archives de la Côte-d’Or, dont nous devons la communication à l’obligeance de M. Ernest Petit, qu’Olivier, seigneur de Clisson, ne vint se joindre aux gens d’armes chargés de harceler l’armée du duc de Lancastre qu’à Sézanne (Marne, arr. Épernay), le mardi 13 septembre, plus d’un mois après le commencement des opérations. Jean de Beuil ne venait pas de Bretagne, mais du Languedoc.[267]Nous ne connaissons aucun acte de Du Guesclin daté du «siège devant Derval», comme on aurait dit alors en style de chancellerie. Depuis le 6 juillet, date du traité de capitulation de Brest et de la levée du siège de cette place, jusqu’à la fin d’août où Bertrand quitta la Bretagne pour se rendre à Paris d’abord et ensuite dans le corps d’armée du duc de Bourgogne, le connétable de France paraît avoir employé cet intervalle de deux mois environ à prendre possession d’un certain nombre de places de la partie septentrionale de la Bretagne, c’est-à-dire des évêchés de Tréguier, de Saint-Brieuc, de Saint-Malo et de Rennes. Le 11 juillet, il était à Tréguier, où il fit une donation à Guillaume de Kermartin, écuyer (Hay du Chastelet,Hist. de Du Guesclin, p. 383; D. Morice,Preuves, II, col. 76, 77), et où il confirma les privilèges maritimes de l’église et de la ville (Bibl. de l’École des Chartes, VIII, 235). Le lendemain 12, il s’était transporté à Moncontour (Moncontour-de-Bretagne, arr. Saint-Brieuc), d’où il a daté une donation faite à Alain de Guihemarrou de biens sis dans la châtellenie d’Auray et confisqués sur Pierre de Guymarrou, partisan des Anglais (Arch. Nat., JJ 112, no158, fo94). Le 28 juillet, il était rentré à Rennes, d’où il était parti un peu après le 19 mai précédent, comme l’atteste une charte datée de cette ville et par laquelle il manda à Perrot Nepveu, receveur de l’ordinaire, à Alain du Bouais, receveur de l’extraordinaire et des fouages de l’évêché, de ne plus faire obstacle au payement des ouvriers employés par les Frères Prêcheurs à la construction d’une église dans les faubourgs de la dite ville (Arch. dép. d’Ille-et-Vilaine, série H, carton 5, no2). Dans le courant du mois d’août, sans doute dans les premiers jours de ce mois, c’est-à-dire à la date fixée pour la reddition de Brest, le connétable de France était revenu camper à peu de distance de cette place, puisque nous avons des lettres de rémission ou de grâce émanées de Bertrand du Guesclin, duc de Molina, et datées «de Mout Relaix, ou mois d’aoust 1373»; Moutrelaix, c’est Morlaix, et ces lettres furent octroyées à un écuyer au service du duc de Bourbon, nommé Guillaume de Mars, qui avait rossé deux ou trois habitants de Cusset en Auvergne (Arch. Nat., JJ 104, no302, fo126). Le 14 août, Bertrand passait à la Roche-Derrien (Côtes-du-Nord, arr. Lannion), où il enjoignit au capitaine de cette place de maintenir les franchises de l’église, de la ville et de la banlieue de Tréguier; ce capitaine était alors Bertrand de Saint-Pern (Bibl. de l’École des Chartes, VIII, 237-239). Enfin, le 20 août, il était pour la seconde fois de retour à Rennes, où il notifia la levée d’un subside de 1 franc ou 20 sous par feu dans les cinq diocèses de Rennes, de Dol, de Saint-Malo, de Saint-Brieuc et de Vannes, subside destiné au payement des gens d’armes employés au siège de Derval, «jaçoit ce que l’en ait encommencié treitié avec les gens d’armes ou dit lieu, pour les garder qu’ils ne dommagent le peuple, celui treitié pendant, etpour paier certaine somme de chevance que l’en leur a accordé paier le jour de la Saint Michiel prochaine, et auxipour paier certaine somme à messire Robert Richier pour cause de Becherel.» (D. Morice,Preuves, II, col. 77). Cette mesure fut, selon toute apparence, l’un des derniers actes d’autorité exercés en Bretagne par Du Guesclin, qui était alors à la veille de quitter le duché, puisqu’il dut arriver à Paris dans les derniers jours d’août (Voy. p.XCII,note 291).[268]Aire-sur-la-Lys, Pas-de-Calais, arr. Saint-Omer.[269]Saint-Pol-sur-Ternoise, chef-lieu d’arrondissement du Pas-de-Calais.[270]Le rédacteur desGrandes Chroniques de France(VI, 339) dit au contraire que les Anglais, venant de Hesdin, firent route par Doullens «sans l’assaillir», ensuite par Beauquesne (Somme, arr. et c. Doullens) et passèrent la Somme à Corbie (chef-lieu de canton de l’arr. d’Amiens, situé à 16 kil. à l’est de cette ville, sur la rive droite de la Somme). Un détachement de l’aile droite s’avança jusqu’au village de Sainte-Geneviève-en-Caux (Seine-Inférieure, arr. Dieppe, c. Tôtes) et y mit le feu (Delisle,Mandements de Charles V, no1076, p. 558). Philippe, duc de Bourgogne, chargé par Charles V de pourvoir à la mise en bon état de défense d’Amiens, arriva dans cette ville le jeudi 14 juillet et y prolongea son séjour jusqu’au mardi 16 août. Le samedi 16, le surlendemain de son arrivée, il donna un grand dîner où assistèrent Jean, duc de Lorraine, Charles d’Artois, comte d’Eu, Valeran de Luxembourg, comte de Saint-Pol, plusieurs chevaliers ou écuyers et aussi quelques-uns des plus notables bourgeois d’Amiens. Le duc ne s’absenta de cette ville que les mercredi 20 et 27 juillet pour aller en partie de chasse à Bettencourt, chez messire Raoul de Renneval (Itinéraire de Philippe le Hardi, dressé et communiqué par M. Ernest Petit).[271]Pas-de-Calais, arr. Arras, c. Vimy, sur le bord de la route qui va de Thérouanne à Arras, à 9 kil. au nord de cette dernière ville. Il y avait au Mont-Saint-Éloi une abbaye de l’ordre de Saint-Augustin, près de laquelle campa l’aile gauche de l’armée anglaise, tandis que l’aile droite, après avoir traversé le comté de Saint-Pol, s’avançait dans la direction de Doullens.[272]Somme, arr. Péronne. Le 21 août 1373, les échevins, gouverneurs et conseil de la ville et cité de Reims, remirent à un messager, envoyé vers eux par leurs grands amis les habitants de Troyes, copie d’une lettre reçue la veille, où le capitaine de Nesle leur annonçait que les Anglais avaient passé la rivière de Somme le 19, que le duc de Lancastre était devant la ville de Bray, et le duc de Bretagne devant celle de Cappy (Somme, arr. Péronne, c. Bray), dont les habitants avaient converti leur clocher en tour fortifiée. Au moment du départ de ce messager, les Rémois ajoutèrent en post-scriptum qu’ils venaient d’être informés que les envahisseurs étaient logés à Roye (Arch. mun. de Troyes, série AA, 48ecarton, 3eliasse; Boutiot,Hist. de Troyes, II, 234, 235). Une lettre de rémission octroyée en septembre 1373 à un clerc de Liège nommé Jean Anseaux, qui avait fait partie du «tinel du duc de Lenclastre depuis Calais jusques à l’eaue de Somme», mentionne le passage des Anglais à Bray (Arch. Nat., JJ 104, no350, fo143 vo).[273]Les Anglais traversèrent l’Artois, la Picardie et le Vermandois depuis le 4 jusqu’au 31 août 1373. En décembre suivant, Charles V assigna 120 livres de rente annuelle à son amé et féal chevalier et conseiller Jean Barreau, maître des requêtes de son hôtel et gouverneur de son bailliage d’Amiens, «lequel Jean Barreau a servi en ceste année (1373) sous nostre très cher frère le duc de Bourgogne à la teste des arbalestriers de Picardie» (Arch. Nat., JJ 105, no53, fo37o). Un espion de Charles V, Guyon Grassin, originaire de Poitiers, entré au service du duc de Lancastre pour surprendre les secrets des Anglais, se fit prendre par les Français assiégés dans le fort de Nesle (Somme, arr. Péronne) (Arch. Nat., JJ 105, no42, fo32). La ville de Roye (Somme, arr. Montdidier), qui avait alors commune, prévôté, siège royal, et qui était le chef-lieu de l’une des châtellenies du bailliage de Vermandois, fut à peu près complètement détruite (Arch. Nat., JJ 105, no144, fo83; JJ 112, no353, fo175 voet 176). Les Anglais y demeurèrent sept jours et ne purent s’emparer de l’église (Grandes Chroniques, VI, 339), qu’un sergent d’armes de Charles V, nommé Jean Charles, avait travaillé à fortifier pendant trois ans et où il sut se maintenir en repoussant les assauts répétés des Anglais. Le roi son maître le récompensa en le nommant, le 6 octobre suivant, capitaine du fort de Roye (Delisle,Mandements, p. 507, no981).

[188]A la date du 31 août 1373, Mortagne était encore au pouvoir des Anglais, comme le prouve l’article de compte suivant: «A Berry le heraut pour faire ses fraiz et despens,en alent de Poitiers à Mortaigne convoier une quantité d’Anglois, du commandement de monseigneur (le duc de Berry), yci, par quittance donnée le darrain jour d’aoust (1373) rendue à court:XLsols.» (Arch. Nat., KK 251, fo128).

[189]«Et celle saison (pendant les deux derniers mois de 1372), le roy de France envoia plusieurs fois messaiges grans et notables par devers le duc de Bretaigne que l’en sentoit moult favorable aux Anglois, et le fist le roy par plusieurs fois requerir que il feist son devoir vers luy, si comme tenu y estoit comme vassal et homme lige du roy et pair de France et que il ne voulsist souffrir les Anglois entrer en son pais de Bretaigne ne les conforter en aucune maniere: lequel duc respondoit toujours que ainsi le feroit.» (Grandes Chroniques de France, VI, 337.)—Au commencement de novembre 1372, Jean, duc de Berry, fit un voyage en Bretagne où le roi de France son frère l’avait chargé sans doute d’une mission diplomatique. Le 9 de ce mois, il était à Rennes d’où il envoya Guillaume Mauvinet, chevalier, l’un de ses chambellans, à Paris «devers le roi» (Arch. Nat., KK 251, fo99 vo).

[190]Saint-Mathieu, surnommé par les Bretons Loc Mazé Pen ar Bed ou la Cellule de Saint-Mathieu Fin de Terre, est aujourd’hui un simple écart de la commune de Plougonvelin, située à l’extrémité occidentale du département du Finistère. D’après une légende, c’est l’endroit où aurait été débarqué le chef de saint Mathieu apporté d’Éthiopie par des navigateurs du Léon et où saint Tanguy fonda un monastère à l’époque mérovingienne. En réalité, l’envoi fait par Édouard III au duc de Bretagne fut seulement de 300 hommes d’armes et de 300 archers, et non de 400. Voy. plus haut, p.XXX,en note.

[191]Du Guesclin, après avoir quitté le Poitou au commencement de décembre 1372 et avoir fait son entrée à Paris le 11 de ce mois, se trouvait encore dans cette ville le 10 janvier suivant, car ce jour-là il reçut au château du Louvre le serment de Thomas de Percy qui, mis en liberté provisoire pour aller en Angleterre recueillir l’argent exigé pour sa rançon, s’engagea, la main dans la main du connétable, à être de retour au Palais royal à Paris pour le terme de Pâques suivant ou le 17 avril 1373 (Arch. Nat., J 362, no2). D’un autre côté, un mois ne s’était pas écoulé depuis cette prestation de serment que Bertrand était déjà retourné en Poitou. Dès le 17 février 1373, il était à Poitiers, d’où il a daté un acte par lequel il fit don à son bien amé écuyer Jean de Kerlouet des biens confisqués de Hugues Beuf, de la mère de Hugues, de Galhaut le Boucher et de Perrot de Saint-Flavet, «en remuneracion de partie des bons et agreables services qu’il a fais au roy nostre sire en ces presentes guerres, en la prise du fort de Chistré (auj. Chitré, hameau de Vouneuil-sur-Vienne, Vienne, arr. Châtellerault, sur la rive gauche de la Vienne), occupé et tenu pour le roi d’Angleterre par les dits Hugues, Galhaut et Perrot.» (Arch. Nat., JJ 104, no87, fo41 vo).

[192]Deux-Sèvres, arr. Melle, c. Brioux, un peu au sud de Niort et de Melle, sur la Boutonne, affluent de la rive droite de la Charente.

[193]Au commencement de 1373, la place où Jean Devereux, sénéchal anglais du Limousin, tenait le plus habituellement garnison était la Souterraine (Creuse, arr. Guéret), forteresse qui commandait la route de Bourges et de Châteauroux à Limoges, sur les confins des trois provinces de Limousin, de Berry et de Poitou. Par acte daté de mai 1374, Charles V donna à une femme de la Souterraine, nommée Rose des Moulins, les biens confisqués de Laurence Lescharde, fille de la dite Rose, maîtresse de Jean Devereux, au temps où ce chevalier anglais «tenoit et occupoit ycelle ville de la Sousterraine, laquelle Lorance, par legiereté de cuer et de sa voulenté, après ce que elle eust esté par certain temps en la compaignie du dit chevalier anglois, s’est partyepuis demi an ençade la dite villeet s’en est alée avecques les Anglois, afin de dédommager la dite Rose des Moulins «des dommages euz et soustenuzou conflit et prise de la dite ville de la Sousterraine» (Arch. Nat., JJ 105, no340, fo183). Dès la fin de mars 1373, aussitôt après la victoire de Chizé et la reddition de Niort, Jean, duc de Berry, mit le siège devant la Souterraine (Arch. Nat., KK 251, fos93 vo, 94; Delisle,Mandements de Charles V, p. 499, no960). Toutefois, cette forteresse ne tomba au pouvoir des français que vers la fin de cette même année 1373.

[194]Vienne, arr. Civray. Le château de Gençay, dont il subsiste des ruines imposantes, situé un peu au sud de Poitiers, à 133 mètres d’altitude, commandait la vallée de la Cloyère, affluent de la rive droite du Clain et la route qui va directement de cette ville à Civray, à Ruffec, à Angoulême et à Bordeaux. Le 12 juin 1373, Jean, duc de Berry, comte de Poitou, fit donner 60 sous tournois à un nommé Rynant, «escuier de monseigneur le connestable de France,lequel s’estoit eschapé des Anglois de Gençay où il estoit prisonnier» (Arch. Nat., KK 251, fo122 vo). Vers le milieu de cette année, les Français assiégeaient Gençay en même temps que Lusignan et avaient élevé des bastilles devant ces deux châteaux. Par un mandement en date du 14 juillet 1373, Jean, duc de Berry et comte de Poitou, fit sommation à un certain nombre de retardataires de payer leur quote-part d’une somme de 2000 francs d’or levée pour les frais de la bastille de devant le château de Gençay (Redet,Inventaire des archives de Poitiers, p. 312, no1955). Le 3 octobre suivant, ce même duc de Berry, qui se trouvait à Gençay, envoya de cette ville Clément l’Enffant, l’un de ses messagers, porter une lettre au maréchal d’Auvergne (KK 251, fo129). Le 8 du même mois, un chevalier nommé Grégoire Seys, qui tenait du roi d’Angleterre la seigneurie de Gençay, se fit donner à Bordeaux par Thomas de Felton, sénéchal d’Aquitaine, 20 arcs, 20 gerbes de flèches, 24 cordes et autres munitions destinées à la défense du dit lieu de Gençay (Arch. hist. de la Gironde, XII, 330. Cf. le sommaire du tome VII de notre édition, p.LIV,note 165). Gençay ne redevint français qu’au commencement de 1375. Par acte «donné devant le fort de Gençay» le 17 février de cette année, Bertrand du Guesclin, comte de Longueville, connétable de France, en vertu d’un traité de capitulation intervenu entre lui, d’une part, messire Dagori Sais (Gregoire ou Gregori Seys, dans le compte du contrôleur de l’artillerie de Bordeaux), seigneur de Gençay, les capitaine, connétable, receveur et autres Anglais tenant le dit fort de Gençay, d’autre part, moyennant la reddition du dit fort dans le délai fixé et à un certain terme convenu, confirma la femme et la fille du dit Dagori Sais et leurs hoirs dans la possession et la jouissance de tous les revenus des héritages que le dit Dagori et sa femme tenaient au temps que le pays était sous l’obéissance du prince de Galles. Ce traité fut ratifié par le roi dès le 22 février suivant. (Arch. Nat., JJ 106, no249, fo136; JJ 153, no94, fo46.) Le 7 avril 1376 (n. st.), Charles V donna à son frère le duc de Berry les châteaux de Gençay, de Mortemer et de Neuville (Neuville-de-Poitou, arr. Poitiers) que Radegonde Bechet, «femme d’un certain Anglois nommé Dagoris Sès» et Catherine le Senecal, fille de la dite Radegonde et seconde femme de Jean Harpedenne, avaient fortifiés et si bien pourvus de gens d’armes qu’il avait fallu de grands frais et des troupes nombreuses pour en faire le siège et en déloger l’ennemi (Arch. Nat., JJ 109, no18, fo10). Cf. p.XLIX,note 153.

[195]Froissart rapporte l’affaire de Chizé au 21 mars 1373. Ce combat dut certainement être livré peu de jours avant le 30 mars 1373, puisque ce fut à cette dernière date que Jean, duc de Berry, qui se trouvait alors à la Souterraine (Creuse, arr. Guéret), envoya Vitu, l’un de ses messagers, à Mehun-sur-Yèvre porter à la duchesse sa femme la nouvelle de la défaite et de la prise de Jean Devereux: «A dit Vitu, messaigier monseigneur, envoié le dit jour (30 mars 1373) de la Souterraine à Mehun-sur-Yèvre porter lettres de par monseigneur à madame de Berry contenant quemessire Jehan d’Esvreux avoit esté desconfit et pris:XXXVsols tournois.» (Arch. Nat., KK 251, fo93 vo.) Le même jour, le duc envoya Simonnet Champion, l’un de ses chevaucheurs, porter à Poitiers et à la Rochelle des lettres dont le contenu se rapportait sans doute au même événement que le message confié à Vitu (Ibid., fos93 voet 94). Cabaret d’Orville et Pierre Cauchon se trompent donc, le premier en plaçant l’affaire de Chizé avant la fête de Noël 1372 et le retour de Du Guesclin à Paris (Chronique du bon duc Loys de Bourbon, p. 41), le second après le lundi d’avant Pâques Fleuries ou le 4 avril 1373 (Chronique de P. Cauchon, p. 127). Au mois de décembre 1373, Charles V octroya des lettres de rémission à Perrin, dit Crespé, «en considération de ses services, tant au fait de la prise du captal de Buch où il fuet en la desconfiture que nostre amé et feal connestable fist devant le fort de Chiset, comme en la chevauchie et poursuite de nos ennemis.» (Arch. Nat., JJ 105, no90, fo57.) Du Guesclin avait formé son petit corps d’armée en concentrant les garnisons françaises du Poitou dont beaucoup occupaient des églises que l’on avait fortifiées et où l’on s’était retranché pour résister aux Anglais. C’est ainsi que Philibert de l’Étoile, Jean de Rasiné, Aimeri Paillart, écuyers, et un nommé Perrot Caillé avaient converti en forteresse l’église paroissiale de Bertegon (Vienne, arr. Loudun, c. Monts) dont la seigneurie appartenait en partie à Charles d’Artois, comte d’Eu; et nous lisons dans des lettres de rémission datées de juillet 1376 que ces écuyers se «départirent de la dite forteresse et nous alèrent servir en nos guerres, tantà la bataille de Chiseyet au siège de Lesignan comme autre part». (Arch. Nat., JJ 109, no116.) Chizé était le chef-lieu d’une châtellenie. L’église de cette localité avait sans doute été endommagée pendant le combat; aussi, pour la réparer, Du Guesclin légua une somme de cent francs, par une clause spéciale de son testament daté de juillet 1380. Jean Devereux, le principal chef du corps d’armée anglais, fut fait prisonnier à Chizé par Pierre de Negron.

[196]Le 28 avril 1373, cinq semaines après l’affaire de Chizé, Jean, duc de Berry, était à Niort, d’où il envoya Jean Blondeau, l’un de ses valets de pied, porter lettres au sénéchal de Poitou: «A Jehan Blondeau, vallet de pié, pourporter lettres de par monseigneur(Jean, duc de Berry), deNyortau seneschal de Poitou(Alain de Beaumont). Yci le dit jour (28 avril 1373),XVsols.» (Arch. Nat., KK 251, fo94 vo.) L’occupation n’eut pas lieu sans coup férir, puisque l’intrépide écuyer breton Jean de Kerlouet fut tué devant Niort. Ce fut aussi sans doute à cette occasion que périt le maître de ce chien dont parle l’auteur duMénagier de Paris(éd. Jérôme Pichon, I, 94), auquel le duc de Berry, probablement pendant un séjour qu’il fit à Niort du 18 au 25 juillet 1373 (Arch. Nat., KK 251, fo105 vo), assura une pension alimentaire, pour le récompenser de sa fidélité envers son maître défunt sur la tombe duquel il se tenait, sans vouloir la quitter, depuis trois mois. D’après Cuvelier (Chronique rimée de B. du Guesclin, II, vers 22 486 à 22 504), Du Guesclin, ayant défait à Chizé les garnisons anglaises réunies sous le commandement de Jean Devereux, aurait fait revêtir à ses gens les cottes d’armes des Anglais et aurait pris ainsi Niort par surprise. Cette version s’accorde avec celle de Froissart pour placer la prise de Niort presque immédiatement après le combat de Chizé qui fut livré, comme on l’a vu plus haut, le 21 mars. Il y a tout lieu, par conséquent, d’accepter une tradition qui avait cours à Niort dès la fin duXVesiècle et qui fixait au 27 mars la reprise de cette ville par Bertrand du Guesclin. Voici, en effet, ce qu’on lit dans le plus ancien registre conservé sous le no881 aux Archives municipales de Niort; c’est le compte de Geoffroi Faifeu, receveur du 1erjuillet 1487 au 1erjuillet 1488: «Item, à messire Jehan Bonnet, viquayre de l’eglise paroschiale de Nostre Dame de la dicte ville, la somme de cinq solz pour la messe dicte à notte, à dyacre et soubzdyacre,du jour de la reprinse de la ville qui fut leXXVIIejour du dit moys de mars.» En souvenir de cet événement, les habitants de Niort firent construire une chapelle, dite deRecouvrance, dont le nom s’est conservé jusqu’à nos jours dans un lieu-dit situé à l’extrémité du territoire de cette ville, sur le bord de la route de Fontenay-le-Comte. C’était l’usage de se rendre tous les ans en procession à cette chapelle, le 27 mars, anniversaire de la «recouvrance» de Niort sur les Anglais; cet usage paraît être tombé en désuétude vers la fin duXVIesiècle, à l’époque des guerres de religion qui amenèrent en Poitou l’abandon de quelques cérémonies publiques du culte en même temps que la destruction de plusieurs dépôts d’archives et d’un certain nombre de monuments religieux. A la date du 22 juillet 1373, Guillaume de la Mousse était châtelain de Niort pour Jean, duc de Berry (Arch. Nat., KK 251, fo105 vo). A cette même date, Owen de Galles était capitaine de la Tour de Broue (Ibid., fo95 vo), Tristan Rouaut de Thouars, André Rouaut de Marans (Ibid., P 128 vo), Maurice du Parc de la Rochelle (Bibl. Nat., Decamps, 84, fo177 vo), Alain de Beaumont de Saint-Maixent et de Saintes (Ibid., fo94 vo) et Thibaud du Pont de Rochechouart et d’Angoulême (Ibid., fo128). Les Anglais continuaient d’occuper Cognac (Ibid., fo129) qui ne fut repris par du Guesclin que le 1erjuin 1375 (Grandes Chroniques de France, VI, 346).

[197]Le château de Lusignan, situé à 134 mètres d’altitude, commandait la route de Poitiers à Saint-Maixent et à Niort, ainsi que l’étroite vallée de la Vonne, bordée presque dans toute sa longueur de hautes murailles de rochers à pic. Froissart se trompe en rapportant l’occupation de Lusignan par les Français à la même date que la reddition de Niort. Le samedi 5 mars 1373, le premier samedi de carême, trois semaines par conséquent avant l’affaire de Chizé, Alain de Beaumont, sénéchal de Poitou, Jean de la Personne, vicomte d’Aunay, Gadifer de la Sale et Aimeri de Rochechouart mirent le siège devant le château de Lusignan, défendu par une garnison anglaise dont les deux principaux chefs étaient Jean Cressewell et Geffroi de Saint-Quentin (Delpit,Documents français en Angleterre, p. 191;Bibl. Nat., collection Decamps, vol. 84, fo170). Afin de protéger les assiégeants contre les sorties de cette garnison, Jean, duc de Berry, fit construire au moins deux bastilles, chacune pourvue de quatre «eschiffes» et d’un engin apporté de Loudun, lesquelles bastilles ne furent complètement terminées et mises en état que plusieurs mois après l’investissement (Redet,Invent. des arch. de Poitiers, p. 90, 91;Arch. Nat., KK 251, fos102 vo, 122, 127 à 129). Cet investissement dura sans interruption depuis le 5 mars 1373 jusque vers le milieu de l’année suivante (Ibid., KK 252, fos27 vo, 29 vo, 30). Par une «endenture» datée de Bordeaux le 4 avril 1374, en présence du seigneur de Percy et de Thomas de Felton, sénéchal d’Aquitaine, Jean, duc de Lancastre, ayant conclu avec Du Guesclin une trêve pendant la durée de laquelle les garnisons anglaises devaient cesser de vivre comme par le passé aux dépens du pays environnant, alloua à titre d’indemnité 6000 florins d’Avignon à Jean Cressewell et à Geffroi de Saint-Quentin, capitaines du château de Lusignan, en même temps qu’il les prorogea dans leur commandement jusqu’au 1erseptembre suivant (Delpit,Documents français, etc., p. 191, 192). Du 19 septembre 1373 au 20 juillet 1374, les comptes du contrôleur de l’artillerie du château de Bordeaux mentionnent plusieurs livraisons de munitions, notamment d’arcs, de gerbes de flèches et de cordes, faites par Thomas de Felton, par Florimond, seigneur de Lesparre, ainsi que par Robert Roux, maire de Bordeaux, tant à Jean Cressewell, capitaine de Lusignan, qu’à Thomas Brancestre, lieutenant du dit capitaine (Arch. hist. de la Gironde, XII, 329, 330, 337). Cressewell fut fait prisonnier par les Français un peu avant le 24 juin 1374, puisque ce jour-là le duc de Berry, qui se trouvait à Issoudun, donna l’ordre de payer 40 sous à Araby le chevaucheur «qui estoit venu de Poitou dire lesnovelles de la prise de Cressoelle» (Arch. Nat., KK 252, fo21). La capture de cet audacieux partisan contribua sans nul doute à amener la reddition du château de Lusignan, qui dut avoir lieu vers la fin de septembre 1374 au plus tard. Ce qui est certain, c’est que, dès le 1eroctobre suivant, Lyonnet de Pennevaire fut institué par Jean, duc de Berry, capitaine, châtelain et gardien du château de Lusignan (Redet,Tables de Dom Fonteneau, Poitiers, 1839, p. 305). D’après Thomas Walsingham, une des conditions de la reddition aurait été la mise en liberté de Thomas de Percy, sénéchal du Poitou, fait prisonnier à Soubise (Hist. angl., p. 317). La délivrance du prisonnier coïncida avec la livraison de la forteresse. Conduit de Tours à Poitiers le 18 septembre 1374, Thomas de Percy fut dirigé sur Cognac le 11 octobre suivant (KK 252, fos22, 31). Le roman deMélusine, par Jean d’Arras, contient de curieuses légendes relatives à ce siège de Lusignan et surtout aux apparitions de la fée Mélusine, qui passait pour avoir fondé ce château, à Cressewell (éd. de 1854, p. 420-424). Il résulte d’un acte de donation daté de mars 1376 (n. st.) que le duc de Berry fit un vœu à saint Germain d’Auxerre et une fondation en faveur de l’abbaye placée sous le vocable de ce saint, pour obtenir la reddition d’une forteresse réputée imprenable en raison de son origine féerique (Arch. Nat., J 185, no36;Gall. Christ.,XII, col. 395).

[198]Vienne, arr. Poitiers, c. Vivonne.

[199]Jeanne Payen de Monpipeau.

[200]Vienne, arr. Montmorillon, c. Lussac.

[201]Vienne, arr. Poitiers, c. la Villedieu.

[202]Mortagne-sur-Sèvre, Vendée, arr. la Roche-sur-Yon. Voyez le sommaire du tome VII de notre édition, p.LXXVII,note 231.

[203]Charente, arr. et c. Cognac.

[204]Froissart commet ici une erreur. La Tour de Broue avait été reprise par Bertrand du Guesclin et par Louis, duc de Bourbon, vers le milieu du mois d’août 1372. Voyez plus haut, p.XLI,note 133.

[205]Bécherel (Ille-et-Vilaine, arr. Montfort) est situé à 500 mètres à gauche de l’une des deux routes qui vont de Rennes à Dinan, près de la source de l’un des affluents de la Rance, à 175 mètres d’altitude; c’est un des points les plus élevés de la péninsule armoricaine. Des hommes d’armes au service du roi de France assiégeaient déjà le château de Bécherel dans le courant du mois d’août 1371 (Bibl. Nat., Collect. de Clairambault, reg. 10, p. 559). Le 4 novembre suivant, Édouard III, dont les gens tenaient depuis longues années garnison à Bécherel, donna l’ordre de livrer cette place à Jean de Montfort, duc de Bretagne, en échange de Morlaix, de Brest et d’Hennebont (Rymer, III, 927); mais, le duc ayant déclaré, dans un acte daté de son château d’Auray le 25 février 1372, qu’il renonçait à toute réclamation ultérieure au sujet du château de Bécherel, il en faut conclure que les Anglais n’avaient pas cessé d’occuper ce château (Ibid., 936).

[206]Après la mort de Jean Chandos, blessé mortellement à l’affaire du pont de Lussac le 1erjanvier 1370 (Voy. tome VII de notre édition, p.LXXXVI,note 259), Édouard III avait confié la garde de Saint-Sauveur à Guillaume de Latimer (Delisle,Hist. du château et des sires de Saint-Sauveur-le-Vicomte; Preuves, p. 178, 179; Rymer, III, 900), qui choisit pour lieutenant Thomas de Catterton; mais, le 26 novembre suivant, il retira cette garde au successeur immédiat de Chandos pour la donner à Alain de Buxhull (Rymer, III, 903), confirmé dans cet office le 3 juin 1371 (Ibid., 917). La capitainerie de Saint-Sauveur étant considérée à la fois comme un office militaire et comme une ferme exceptionnellement lucrative, Alain de Buxhull avait dû s’engager, pour jouir de cette ferme, à payer au roi d’Angleterre une rente annuelle de mille marcs d’argent (Delisle,Hist. de Saint-Sauveur, P. 177).

[207]Froissart revient ici en arrière sur des faits qu’il a déjà racontés et qui remontent à l’année 1371. Les négociations s’ouvrirent directement entre les rois de France et de Navarre à Vernon du 25 au 29 mars de cette année, et le 24 mai suivant Charles le Mauvais se rendit à Paris, où il passa en fêtes la dernière semaine de ce mois (Grandes Chroniques, VI, 329-332; cf. t. VII de notre édition, sommaire, p.XCVI,notes 287 à 289). Le roi de Navarre se trouvait encore dans cette ville les 15 et 17 juin suivants (Secousse,Preuves de l’hist. de Charles le Mauvais, p. 318 à 321) et il y revint au mois de novembre (Bibl. Nat., Quittances, XIX, 1255), avant de regagner par terre son royaume de Navarre, où il fit sa rentrée vers le commencement de 1372.

[208]Pierre de Navarre, comte de Mortain, second fils de Charles le Mauvais, n’arriva à la cour du roi de France et n’y tint état qu’à partir du 8 juillet 1376 (Bibl. Nat., Quittances, XXII, 1771). Quant à Charles, l’aîné des fils du Navarrais, le rédacteur desGrandes Chroniquesdit qu’il se rendit auprès de Charles V, son oncle maternel, au commencement de 1378 (VI, 432).

[209]Charles le Mauvais, qui retournait de France en Navarre, fit son entrée à Montpellier le samedi 20 mars 1372, veille des Rameaux; il était accompagné de Raymond de Baux, prince d’Orange, et de Philippe de Savoisy (Chronique romane de Montpellier dansThalamus Parvus, Montpellier, 1836, p. 387).

[210]David Bruce mourut le 22 février 1371 (Art de vérifier les dates, I, 845). Il est fait mention de la mort du roi d’Écosse dans un mandement d’Édouard III en date du 20 juin suivant (Rymer, III, 919). Au mois de mai 1373, le roi d’Angleterre fit acheter en Flandre des blocs de pierre de couleur noire destinés à l’érection du mausolée de David Bruce (Ibid., 980).

[211]La prise du captal de Buch, dont les gens d’armes de DuGuesclinet les marins castillans s’étaient disputé la capture l’année précédente à la suite de l’affaire de Soubise, avait amené un refroidissement entre les cours de France et de Castille depuis la fin d’août 1372, et D. Enrique avait rappelé sa flotte. Aussi, lorsque au printemps de l’année suivante des navires anglais vinrent menacer certains points des côtes de Normandie, Charles V ne put leur opposer que trois galées dont l’armement et la solde des équipages lui avaient coûté 5300 francs (Delisle,Mandements de Charles V, p. 500, no963).

[212]Dans les premiers mois de 1373, Owen de Galles se trouvait en Saintonge, où Charles V et Jean, duc de Berry, l’avaient institué capitaine de la Tour de Broue (Voyez plus haut, p.LXIII,en note); et nous savons, d’un autre côté, que cet écuyer gallois, qui se prétendait de lignée princière, fut retenu le 9 juin de cette année avec 100 hommes d’armes de sa compagnie pour poursuivre les ennemis sous monseigneur de Bourgogne (Ibid., p. 502, no965;Bibl. Nat., Decamps, vol. 84, fo173). Entre ces deux dates, il ne reste guère de temps pour une campagne sur mer, à moins que les 100 hommes d’armes d’Owen de Galles n’aient formé, ainsi que les 40 glaives de Jean de Vienne mentionnés plus bas, les équipages des trois galées armées vers la fin de mai et qui purent à la rigueur faire des courses en mer au cours des mois de juin et de juillet 1373. Toutefois l’effectif très considérable attribué à la flotte dont il s’agit donne lieu de croire que Froissart, ayant omis de mentionner Owen de Galles parmi les commandants de la flotte victorieuse devant la Rochelle le 23 juin 1372 (Voyez plus haut, p.XXV), commet ici la même confusion que Cabaret d’Orville (La vie du bon duc Loys de Bourbon, p. 45, 46), en rapportant à l’année 1373 des faits qui s’étaient passés un an auparavant.

[213]Sur le véritable nom de cet amiral, voyez plus haut, p.XXV,note 92.

[214]Le Comtois Jean de Rye, seigneur de Balançon (château de Thervay, Jura, arr. Dôle, c. Montmirey), fut un des principaux agents diplomatiques employés par Charles V auprès de D. Enrique, roi de Castille, dont la flotte et les équipages constituaient la principale force maritime du roi de France.

[215]Par mandement daté du bois de Vincennes le 2 juin 1373, Charles V enjoignit à Cornevalois de payer, depuis le 24 mai précédent jusqu’à nouvel ordre, les gages de Jean de Vienne, chevalier, l’un de ses chambellans, et de 40 glaives de sa compagnie enrôlés pour surveiller les mouvements d’une flottille anglaise qui s’était montrée devant Harfleur en la fosse de Leure (Delisle,Mandements de Charles V, p. 501, no964).

[216]Le 8 février 1373, Guillaume de Montagu, comte de Salisbury, s’engagea à servir pendant six mois le roi d’Angleterre sur mer avec 300 hommes d’armes et 300 archers; et le 16 de ce même mois, il fut institué capitaine de la flotte ou armée des barges qui se disposait à prendre la mer (Rymer, III, 971).

[217]Troisième fils de Raoul de Nevill et d’Alice d’Audley.

[218]A la date du 20 février 1373, Philippe de Courtenay remplissait l’office d’amiral de la flotte anglaise vers les parties de l’ouest dans le port de Dartmouth (Rymer, III, 971).

[219]Un mandement d’Édouard III, adressé le 20 février 1373 à Philippe de Courtenay, est précisément relatif à la saisie de plusieurs navires de Castille qui faisaient voile vers les parties de Flandre et «de Sancto Maloro».

[220]Jean, seigneur de Nevill, fils aîné de Raoul de Nevill et d’Alice d’Audley, sénéchal de l’hôtel du roi d’Angleterre, avait été envoyé en Bretagne, vers la fin de juillet 1372, avec une compagnie de 300 hommes d’armes et de 300 archers; il était porteur d’instructions qui lui conféraient dans le duché de Bretagne une autorité supérieure à celle du duc lui-même (Rymer, III, 948, 960; dom Morice,Preuves de l’hist. de Bretagne, II, col. 48). Froissart le désigne ainsi: «le seigneur de Neuville, d’Angleterre», par opposition aux Neuville de France, famille chevaleresque à laquelle appartenait Jean de Neuville, neveu du maréchal d’Audrehem.

[221]D’après Cabaret d’Orville (La vie du bon duc Loys de Bourbon, p. 42), la concentration des troupes destinées à l’expédition de Bretagne se fit à Angers et aux Ponts-de-Cé.

[222]Cabaret d’Orville évalue l’effectif de l’armée de Bretagne à 2000 chevaliers et écuyers et à 800 hommes de trait. Ces chiffres sont beaucoup plus acceptables que ceux de Froissart.

[223]Jean ou John Austyn, que Froissart appelle à la française Jean Augustin, servait encore en Bretagne au mois d’août 1376; il était alors avec Jean ou John Lakyngeth, mentionné plus loin comme capitaine de Conq, l’un des deux principaux gardiens du château de Brest (Rymer, III, 1062).

[224]Le «Conq» de Froissart n’est pas Concarneau; c’est un écart de la commune actuelle de Beuzec-Conq (Finistère, arr. Quimper, c. Concarneau), tout au fond d’une anse qui communique avec la baie de La Forest ou de Fouesnant. D’après l’auteur duChronicon Briocense(D. Morice,Preuves de l’hist. de Bretagne, II, 45), le duc de Bretagne ne s’embarqua pas pour l’Angleterre à Conq, mais à Brest. Cet embarquement se fit le jeudi 28 avril 1373.

[225]Du Guesclin dut faire ses préparatifs pour l’expédition de Bretagne et se diriger vers ce pays par l’Anjou immédiatement après la victoire de Chizé et la prise de Niort, qu’il faut dater, comme nous croyons l’avoir établi plus haut, des 21 et 27 mars 1373 (Cf. p.LXII,note 134). Dès la fin d’avril, le 29 de ce mois, le connétable de France devait être arrivé en Bretagne, puisque à cette date un chevaucheur du duc de Berry se rendit dans cette province où il était chargé de remettre à Bertrand des lettres de son maître: «A Baudet de Choret, chevaucheur de mon dit seigneur (le duc de Berry), pour faire ses fraiz et despens en alent de Poiters enBerthaigne porter lettres de par monseigneur au connestable de France.» (Arch. Nat., KK 251, fo94 vo). La quittance de la somme allouée à ce chevaucheur pour l’accomplissement de son message est datée du 29 avril 1373. Le même chevaucheur fut renvoyé en Bretagne vers le connétable, le 13 mai suivant (Ibid., fo95). Nous devons faire remarquer néanmoins que Louis, duc de Bourbonnais, qui fut avec Du Guesclin le principal chef de l’expédition de Bretagne n’avait pas encore quitté Paris à la date du 23 avril (Arch. Nat., P 13622, no1107; Huillard-Bréholles,Titres de Bourbon, I, 569). Le 19 mai 1373, il est certain que Du Guesclin se trouvait à Rennes, où, sur le rapport de son cousin Hervé de Mauny, seigneur de Torigni, il donna l’ordre de laisser les religieux de Saint-Melaine de cette ville jouir de leurs droits d’usage dans la forêt de Rennes (Bibl. Nat., ms. fr.22 325, fo105).

[226]Le 9 mai 1373, Jean, vicomte de Rohan, et Raoul, seigneur de Montfort, donnèrent quittance de leurs gages à Dinan, et la date de ces quittances nous donne lieu de conjecturer avec quelque vraisemblance le moment où le corps d’armée au service du roi de France, ou du moins un détachement de cette armée, prit possession de cette ville au nom de Charles V (D. Morice,Preuves de l’hist. de Bretagne, II, col. 65).

[227]Cet ancien château des ducs de Bretagne, dont six tours subsistent encore, est situé dans la presqu’île de Ruis, au sud du golfe du Morbihan et à l’est de la baie de Quiberon, sur le territoire de la commune de Sarzeau (Morbihan, arr. Vannes).

[228]Côtes-du-Nord, arr. Dinan.

[229]D’après M. Arthur de La Borderie, «Ghoy la Forest» de Froissart devrait être identifié avec un château de Coët, mot qui en breton signifie forêt, situé sur le territoire de la commune de Languidic (Morbihan, arr. Lorient, c. Hennebont), à trois lieues environ au nord-est d’Hennebont.

[230]Côtes-du-Nord, arr. Lannion. Selon toute vraissemblance, Du Guesclin n’alla prendre possession de la Roche-Derrien et en général des places de la Bretagne septentrionale qu’après le traité de capitulation de Brest daté du 6 juillet; le 14 août, il était à la Roche-Derrien. Voyez plus loin, p.LXXXV,note 267.

[231]Morbihan, arr. Ploërmel.

[232]Morbihan, arr. Pontivy.

[233]Voyez plus haut, p.LIX,note 190. Le 6 juillet, à la date du traité de capitulation de Brest, Saint-Mathieu ou Saint-Mahé n’avait pas cessé d’être aux mains des Anglais et des partisans de Montfort.

[234]Loire-Inférieure, arr. Saint-Nazaire. L’ordre ou plutôt le désordre absolu de cette énumération prouve avec évidence, d’abord que Froissart était tout à fait ignorant en matière de géographie bretonne, ensuite que ce chroniqueur cite au hasard et pêle-mêle les forteresses ou lieux forts de cette province dont le nom lui était resté dans la mémoire, par conséquent que son témoignage, en ce qui concerne la marche suivie par Du Guesclin et son corps d’armée, ne mérite aucune confiance. Cabaret d’Orville ajoute aux places mentionnées ici Broons (Côtes-du-Nord, arr. Dinan), Tinténiac (Ille-et-Vilaine, arr. Saint-Malo), Fougères et Dinan (La vie du bon duc Loys de Bourbon, p. 42 à 44); et Guillaume de Saint-André (Le livre du bon Jehan duc de Bretaigne, dans Charrière,Chronique rimée de B. du Guesclin, II, 489), indique en outre Montmuran (château de la commune des Ifs, Ille-et-Vilaine, arr. Montfort, c. Bécherel) et Auray (Morbihan, arr. Lorient). L’auteur de laChronique des quatre premiers Valois(p. 245) se borne à dire que toutes les villes et forteresses de Bretagne se rendirent, excepté Brest et Derval. Le rédacteur desGrandes Chroniques de France(VI, 335) se contente également de cet énoncé sommaire, avec cette différence toutefois qu’il excepte Auray, aussi bien que Brest et Derval, du nombre des forteresses bretonnes qui reconnurent l’autorité du roi de France. Ce dernier témoignage est à la fois le plus sommaire et le plus exact.

[235]Morbihan, arr. Lorient, petit port sur la rivière de Blavet qui communique avec la mer par les rades de Lorient et de Port-Louis. En faisant mouiller à Hennebont une flotte qui cinglait de Saint-Malo vers Brest, Froissart a montré ici une fois de plus sa complète ignorance au sujet de la situation réciproque de ces trois villes.

[236]Thomelin étant un diminutif de Thomas, dont on usait volontiers pour distinguer un fils de son père, lorsque celui-ci portait ce même prénom, nous croyons pouvoir identifier le «Thomelin Wisk» auquel le comte de Salisbury avait confié la garde d’Hennebont, avec Thomas West, du comté de Southampton, mentionné dans des mandements d’Édouard III en date des 12 juin et 20 juillet 1373 comme l’un des hommes d’armes chargés spécialement de pourvoir à la défense des rivages de ce comté (Rymer, III, 945, 988). Le capitaine d’une garnison anglaise, lorsqu’il était réduit à capituler comme ce fut le cas de Thomas West à Hennebont, se voyait d’ordinaire imposer l’obligation de ne pas porter les armes en France, du moins pendant un temps déterminé. Si notre identification est fondée, la reddition d’Hennebont à Du Guesclin serait antérieure au 12 juin et, selon toute apparence, des derniers jours de mai 1373.

[237]Quoi qu’en dise Froissart, Louis, duc d’Anjou, ne joua personnellement aucun rôle dans la campagne de Bretagne, du moins pendant les huit premiers mois de 1373. Tandis que Du Guesclin dirigeait les opérations contre les Anglais dans cette province, l’aîné des frères de Charles V guerroyait en Languedoc et, vers la fin de juin, entreprenait contre les places anglo-gasconnes du comté de Bigorre, notamment contre Mauvezin et Lourdes, cette expédition que le chroniqueur de Valenciennes, conséquent dans son erreur, a reculée d’une année en la reportant, comme nous le montrerons plus loin, au mois de juin 1374.

[238]Le siège fut mis devant la Roche-sur-Yon presque aussitôt après la victoire de Chizé et la prise de Niort, non point, comme le raconte Froissart, par le duc d’Anjou, mais par Olivier, seigneur de Clisson. Le 1ermai 1373, Jean, duc de Berry, qui se trouvait alors à Poitiers, donna l’ordre d’allouer une somme de 40 sous au Roi de Berry, un de ses hérauts, pour porter un «message à monseigneur de Clisson à la Roche sur Yon» (Arch. Nat., KK. 251, fo94 vo). Ce siège durait sans doute encore le 23 juillet suivant, puisque ce jour-là ce même duc fit partir de Niort l’un de ses chevaucheurs avec des lettres destinées «au sire de Clisson à la Roche sur Yon» (Ibid., fo127). Parmi les assiégeants figuraient quelques-uns des plus grands seigneurs du Poitou, entre autres Guillaume Larchevesque, seigneur de Parthenay, vers lequel le duc de Berry envoya de Poitiers, le 18 mai, Guillaume Bonnet, l’un de ses chambellans (Ibid., fo102 vo).

[239]Loire-Inférieure, arr. Châteaubriant, à la croisée des routes de Rennes à Nantes, de Château-Gontier et de Châteaubriant à Redon et à Vannes. Il ne reste aujourd’hui de l’ancien château de Derval, situé a 3 kil. au nord-est du bourg de ce nom, que la moitié du donjon coupé verticalement et haut de 28 mètres.

[240]Par acte daté du palais de Westminster le 2 novembre 1374, des lettres de sauf-conduit furent délivrées à Hugue ou Hue Browe, chevalier, qui se disposait à passer la mer pour le service du roi d’Angleterre en compagnie d’Edmond, comte de March (Rymer, III, 1014).

[241]Plusieurs montres de gens d’armes reçues devant Brest, notamment celles de Jean de Beaumanoir et de Robert de Guitté, chevaliers, maréchaux «de monseigneur le connestable de France» (Hay du Chastelet,Hist. de B. du Guesclin, p. 382), celle de Jean Raguenel, vicomte de Dinan, de Pierre, seigneur de Rostrenen, de Geffroi de Kerimel, de Guillaume, châtelain de Beauvais, de Henri de Pledren, de Thibaud de Rivière (D. Morice,Preuves, II, col. 64, 65; Hay de Chastelet,Hist. de B. du Guesclin, p. 379-382), plusieurs montres, disons-nous, établissent que le corps d’armée placé sous le commandement immédiat de Bertrand du Guesclin avait mis le siège devant Brest dès le 1erjuin 1373. Le 4 de ce mois, le connétable en personne dirigeait les opérations du siège, puisque ce jour-là, par lettres données devant Brest, il confirma une donation antérieurement faite à maître Jean le Barbu, conseiller de Jean de Montfort, de certains héritages situés dans l’évêché de Léon (Arch. Nat., JJ 104, no234, fo99 vo). Le 23 juin, Henri de Pledren donna quittance de ses gages «au siège devant Brest» (Hay du Chastelet, p. 382). Le 26 du même mois, Du Guesclin continuait de diriger en personne les opérations du siège et octroyait à Perrin Mottin, de la paroisse de Notre-Dame d’Ambrières (Mayenne, arr. Mayenne) des lettres de grâce ou de rémission «données devant Brest» (Arch. Nat., JJ 105, no80, fo52). Enfin, le 28 juin, Brumor de Laval, Pierre, seigneur de Rostrenen, Gilbert de Combray, Henri de Pledren firent montre ou donnèrent quittance «au siège devant Brest» (Dom Morice,Preuves, II, col. 66;Bibl. Nat.,Collect. Clairambault, reg. 33, p. 2491).

[242]Plusieurs mandements d’Édouard III en date des 22 et 28 avril 1373 se rapportent aux préparatifs maritimes de l’expédition du duc de Lancastre (Rymer, III, 974, 977). Un autre mandement du roi d’Angleterre, adressé le 28 mai suivant à Adam Blakemore, maréchal de Jean de Montfort, qui comptait alors des Anglais parmi les officiers de sa maison, semble indiquer que l’objectif de l’expédition projetée, du moins à cette date, était la Bretagne; on y lit en effet les mots suivants: «quos(il s’agit des hommes d’armes de Jean de Montfort)in obsequium nostrum,in comitiva præfati ducis,AD PARTES BRITANNIÆproficisci ordinavimus» (Rymer, III, 981).

[243]L’acte par lequel Édouard III institua Jean, duc de Lancastre, roi de Castille et de Léon, son lieutenant spécial et capitaine général, tant au royaume de France qu’en Aquitaine, avec les pleins pouvoirs attachés à ces titres, est daté du palais de Westminster le 12 juin 1373. Le 16 de ce mois, le roi d’Angleterre ordonna des prières publiques par tout son royaume pour le succès de l’expédition (Rymer, III, 982, 983). Le 23, il décida que, dès le lendemain vendredi 24 juin, jour de la fête de Saint-Jean-Baptiste, tous les hommes d’armes enrôlés devraient être rendus dans leurs ports respectifs pour s’embarquer et prendre immédiatement la mer (Ibid., 987).

[244]Sur Conq, voyez plus haut p.LXXI,note 224. La forteresse de Conq fut assiégée et prise d’assaut par Du Guesclin en personne vers la fin de mai 1373. En effet, par lettres datées de Conq le 28 de ce mois, le duc de Molina, connétable de France, donna à son amé cousin et bachelier Jean de Juch les châtellenies et villes de Rosporden et de Fouesnant (Finistère, arr. Quimper), en l’évêché de Cornouaille, confisquées sur Robert Knolles, Anglais et ennemi du roi de France (Arch. Nat., JJ 105, no26, fo22 vo).

[245]Jean Lakyngeth, chevalier, était trois ans plus tard, en 1376, l’un des deux principaux gardiens du château de Brest (Voyez plus haut, p.LXXI,note 223). D’après Cabaret d’Orville (p. 44), le capitaine de Conq était un écuyer anglais nommé Jennequin Pel. Cet écuyer est sans doute le même personnage que «Jehan Pil», écuyer, l’un des six otages livrés le 8 juillet 1373 à Du Guesclin en vertu de la capitulation de Brest (Arch. Nat., J 642, no21).

[246]Dans le traité de capitulation du château de Brest en date du 6 juillet 1373, Robert Knolles eut soin de stipuler que Jean Lakyngeth, prisonnier des Français, serait remis en liberté et échangé contre Hervé de Saint-Gouëno.

[247]Au moment où le traité de capitulation fut conclu, c’est-à-dire le mercredi 6 juillet 1373, Du Guesclin ne se tenait point près de Nantes; il était présent devant Brest, comme l’attestent les deux premières lignes de ce traité que nous transcrivons littéralement: «Saichent touz que nous Jehan, seigneur de Neuville, Robert Kenole, sire de Derval, et Thomas de Melleborne, à present tenanz la ville et chastel de Brest, avons octroié, promis et accordé à nobles et puissanz seigneurs le duc de Bourbon,le connestable de Franceet au viconte de Rohan,estanz à presant davant le dit fort» (Voy. le texte de ce traité, p.CLXàCLXIII). Clisson, au contraire, devait être alors, non devant Brest, mais à la Roche-sur-Yon. En vertu du premier et principal article du traité de capitulation du 6 juillet 1373, Jean, seigneur de Nevill, Robert Knolles et Thomas de Melbourne prenaient l’engagement de rendre un mois plus tard, c’est-à-dire le 6 août suivant, les ville et château de Brest ès mains du vicomte de Rohan, «en cas que le duc ne vendra le derrain jour du dit mois de paiz ou si fort que il puisse tenir les champs en place égal davant la dicte ville de Brest.» Semblable engagement fut pris pour la duchesse de Bretagne enfermée dans Auray, avec cette réserve toutefois qu’il serait accordé huit jours à la dite duchesse pour accorder ou refuser sa ratification, en ce qui concernait la dite forteresse d’Auray.

[248]Les six otages accordés au connétable de France, Jourdan d’Aulen, chevalier, Robert Clifton, Jean Welelbort, Jean Pil, Jean Ambloy et Jean Hecton, écuyers anglais, prêtèrent serment devant Brest le 8 juillet 1373 (Arch. Nat., J 642, no21; Kervyn de Lettenhove,Œuvres de Froissart, XVIII, 509, 510).

[249]Si Robert Knolles avait tenu la conduite que lui prête ici Froissart, il aurait forfait à un engagement qu’il avait pris de la manière la plus solennelle, car il avait promis, en vertu de l’un des articles du traité du 6 juillet, de demeurer avec tous ses compagnons dans la place de Brest jusqu’au 6 août suivant, en d’autres termes pendant un mois: «Nous dessus nommez (Nevill, Knolles, Melbourne), avecques touz noz compaignons que nous avons à present,demourrons un mois après le jour de ceste accordance jurée en la dicte ville et chastel de Brest.» Au premier abord, une lettre close adressée au duc de Bourbon, à Du Guesclin et au vicomte de Rohan semblerait donner un démenti au chroniqueur, puisqu’elle est écrite au nom des trois capitaines anglais et qu’elle est datée de Brest le 4 août, à la veille de l’expiration de l’armistice. Quoique cette lettre ait été déjà publiée par M. Kervyn de Lettenhove (Œuvres de Froissart, XVIII, 510), nous croyons utile de la reproduire ici, parce que deux mots, fort importants pour indiquer le ton et préciser le sens de ce document, ont été mal lus par le premier éditeur: «Jouhan, sire de Neuville, Robert Kanoles, sire de Derval et de Rougé, et Thomas de Melborne. Vous (Kervyn:à Lois), sire duc de Bourbon, sire Bertram du Guesclin, conestable de France, Jouhan, viconte de Rohan, nous nous en merveillonx moult que vous nous avés enxin (Kervyn:en rien) rescript depuis que nous vous avons trois foiz rescript, vous certefiant les deffaux que vous nous avez faict contre l’acordance juré entre vous et nous et scellé de voz seaux. Sur quoy nous nous tenons quittes et delivres de toutes trette et promesse entre vous et nous. Si vous requerons, comme autreffoiz vous avons requis, de nous rendre noz ostages en la ville de Brest quitement sanz empechement. Escript à Brest, le judi quatriesme jour d’aoust, à houre de vespres, l’an mill tres cens sexante et treze.» (Arch. Nat., J 642, no22). Quoique cette lettre close soit écrite au nom de Nevill, de Knolles et de Melbourne, elle n’est munie ni du sceau de Robert Knolles ni de celui de Thomas de Melbourne. Un seul sceau est plaqué sur le papier, celui de Jean de Nevill, seigneur de Raben. La légende de ce sceau est ainsi conçue:Sigillum Johannis de Nevile, domini de Raben.

L’absence des sceaux de Knolles et de Melbourne semble indiquer que ces deux personnages ne se trouvaient pas à Brest au moment où la lettre du 4 août a été rédigée. Cette circonstance tendrait donc à confirmer la version de Froissart.

[250]Il est certain qu’à la date du 7 août 1373 Guillaume de Montagu, comte de Salisbury, qui s’intitule «lieutenant du roi d’Angleterre en Bretagne dans le voyage ordonné pour le siège du château de Brest», était venu mouiller avec sa flotte devant ce château, puisque, ce jour-là, lui et Jean, seigneur de Nevill, lieutenant du duc de Bretagne, firent mandement au contrôleur de l’artillerie du château de Bordeaux de livrer à Thomas de Melbourne, clerc trésorier de Jean de Montfort, 100 arcs, 200 gerbes de flèches et 200 cordes d’arc pour la défense du dit château de Brest (Arch. hist. de la Gironde, XII, 328).

[251]Comme on l’a vu dans une des notes précédentes, cette sommation ne fut pas adressée par le comte de Salisbury, mais par les trois personnages qui avaient scellé le traité de capitulation du 6 juillet, à savoir: Jean, seigneur de Nevill, Robert Knolles et Thomas de Melbourne.

[252]Jean, dit de Gand, duc de Lancastre, et Jean de Montfort, duc de Bretagne, débarquèrent à Calais dans le courant du mois de juillet 1373: «Adivit (dux Britanniæ) villam de Calaisio in eodem anno 1373,mense Julii» (Chronicon Briocense, dansHist. de Bretagne, par dom Morice, Preuves, I, 47).—«Item,en celuy mois de juillet(1373), Jehan, duc de Lenclastre, fils du roy d’Angleterre, et Jehan, conte de Montfort.... vindrent d’Angleterre à Calais» (Grandes Chroniques, VI, 339). Dès le 27 de ce mois, la nouvelle du débarquement de l’armée anglaise sur le continent fut transmise par Philippe le Hardi, qui se trouvait alors à Amiens, à la duchesse sa femme restée en Bourgogne (Dom Plancher,Hist. de Bourgogne, III, 41; Preuves,XXXIII). Toutefois, le matin du 3 août suivant, Jean, duc de Lancastre, n’avait pas encore quitté Calais (Delpit,Documents français en Angleterre, p. 189). L’armée d’invasion dut s’ébranler ce jour-là même qui était, comme le dit Froissart, un mercredi, dans l’après-midi, puisqu’elle était déjà arrivée devant Roye lorsque Jean de Montfort, duc de Bretagne, vassal du roi de France, envoya à ce dernier des lettres de défi ou, comme nous dirions aujourd’hui, une déclaration de guerre qui fut remise à Charles V le 8 août (Hay du Chastelet,Hist. de B. du Guesclin, p. 452).

[253]Guines en Calaisis, Pas-de-Calais, arr. Boulogne-sur-Mer.

[254]Ardres en Calaisis, Pas-de-Calais, arr. Saint-Omer.

[255]Hameau de Zutkerque, Pas-de-Calais, arr. Saint-Omer, c. Audruicq.

[256]Auj. Nordausques (Pas-de-Calais, arr. Saint-Omer, c. Ardres). La belle rivière dont parle Froissart est le Hem, qui, prenant ses diverses sources à Escœuilles, à Surques, à Rebergues, à Haut-Loquin et à Alquines, passe à Audrehem, à Tournehem et à Nordausques; à Polincove (arr. Saint-Omer, c. Audruicq), le Hem ou Meulestroom se divise en deux bras dont l’un se jette dans l’Aa près d’Holque, tandis que l’autre va alimenter le canal de Calais à Saint-Omer.

[257]Pas-de-Calais, arr. Saint-Omer, c. Ardres.

[258]Pas-de-Calais, arr. Boulogne-sur-Mer, c. Guines. Abbaye de Prémontrés au diocèse de Thérouanne. Cette abbaye était fortifiée et défendue par une garnison dont Jean de Calonne, écuyer, était capitaine en 1375 (Arch. Nat., JJ 106, no376, fo96) et en 1382 (Bibl. Nat., Collection Clairambault, reg. 24, p. 1743). Le 2 avril 1376, ce même Jean de Calonne commandait aussi la garnison du fort d’Alquines (Ibid., p. 1741). Au mois de mars 1375 (n. st.), Charles V octroya des lettres de rémission à Jean de Calonne, fils de Jean, à Enguerran Wik, à Etienne de Lambel, dit le Flamand, et à Jean Barbier, «pauvres compagnons de la garnison de l’abbaye de Licques», au sujet du meurtre d’un valet qui, mangeant des harengs et les trouvant trop maigres, avait proposé ironiquement de les faire cuire avec une chandelle de suif pour les rendre plus gras (Arch. Nat., JJ 106, no376).

[259]Robert de Béthune, vicomte de Meaux.

[260]Le plateau de Helfaut est situé à 7 kil. au sud de Saint-Omer, à moitié chemin de cette ville et de Thérouanne.

[261]Pas-de-Calais, arr. Saint-Omer, c. Aire-sur-la-Lys. La Roque a publié (Hist. de la maison d’Harcourt, addit. aux preuves, IV, 1466, 1467) les montres des gens d’armes reçus à Thérouanne du 1erjanvier au 24 avril 1373 pour servir ès parties de Picardie sous Hue de Châtillon, sire de Dampierre et de Rollaincourt, maître des arbalétriers de France et capitaine général pour le roi ès parties de Picardie.

[262]Le 1ermai 1373, Charles V octroya des lettres de quittance générale à Jean, seigneur de Sempy, chargé de la garde de Boulogne-sur-Mer et du pays d’environ sur la frontière de Calais, du 1eravril 1368 au dernier avril 1372, et depuis lors capitaine du pays de Picardie (Arch. Nat., JJ 106, no166, fo92).

[263]Par actes datés de Thérouanne les 21 janvier 1373 (n. st.) et 26 août 1374, David de Poix, seigneur de Brimeux (Pas-de-Calais, arr. Montreuil-sur-Mer, c. Campagne-lez-Hesdin), donna quittance de ses gages ès guerres de Picardie (Bibl. Nat., Collect. Clairambault, reg. 22, p. 1571, et reg. 87, p. 6831).

[264]Jean, seigneur de Poix (Somme, arr. Amiens), donna quittance de ses gages à Abbeville le 11 janvier 1370 (Bibl. Nat., Collect. Clairambault, reg. 87, p. 6833).

[265]Le 1ermars 1376 (n. st.), Lionel d’Airaines, chevalier, donna quittance de ses gages desservis à la poursuite des routiers (Bibl. Nat., Clairambault, reg. 5, p. 239).

[266]Les choses se passèrent en réalité d’une manière tout à fait contraire à ce que raconte ici Froissart. Le texte du traité de capitulation de Derval n’est malheureusement pas parvenu jusqu’à nous, mais nous savons par un mandement de Charles V que Clisson, et non Du Guesclin, avait arrêté les bases de ce traité avec les capitaines anglais (Voy. p.XCIII,note 292). Le chroniqueur ne se trompe pas moins lorsqu’il affirme qu’Olivier répondit à l’appel du roi de France plus tôt que Bertrand et rejoignit le premier le corps d’armée qui poursuivait les Anglais sous les ordres du duc de Bourgogne. Il résulte de l’Itinéraire de Philippe le Hardi en 1373, dressé d’après le registre B 1436 des Archives de la Côte-d’Or, dont nous devons la communication à l’obligeance de M. Ernest Petit, qu’Olivier, seigneur de Clisson, ne vint se joindre aux gens d’armes chargés de harceler l’armée du duc de Lancastre qu’à Sézanne (Marne, arr. Épernay), le mardi 13 septembre, plus d’un mois après le commencement des opérations. Jean de Beuil ne venait pas de Bretagne, mais du Languedoc.

[267]Nous ne connaissons aucun acte de Du Guesclin daté du «siège devant Derval», comme on aurait dit alors en style de chancellerie. Depuis le 6 juillet, date du traité de capitulation de Brest et de la levée du siège de cette place, jusqu’à la fin d’août où Bertrand quitta la Bretagne pour se rendre à Paris d’abord et ensuite dans le corps d’armée du duc de Bourgogne, le connétable de France paraît avoir employé cet intervalle de deux mois environ à prendre possession d’un certain nombre de places de la partie septentrionale de la Bretagne, c’est-à-dire des évêchés de Tréguier, de Saint-Brieuc, de Saint-Malo et de Rennes. Le 11 juillet, il était à Tréguier, où il fit une donation à Guillaume de Kermartin, écuyer (Hay du Chastelet,Hist. de Du Guesclin, p. 383; D. Morice,Preuves, II, col. 76, 77), et où il confirma les privilèges maritimes de l’église et de la ville (Bibl. de l’École des Chartes, VIII, 235). Le lendemain 12, il s’était transporté à Moncontour (Moncontour-de-Bretagne, arr. Saint-Brieuc), d’où il a daté une donation faite à Alain de Guihemarrou de biens sis dans la châtellenie d’Auray et confisqués sur Pierre de Guymarrou, partisan des Anglais (Arch. Nat., JJ 112, no158, fo94). Le 28 juillet, il était rentré à Rennes, d’où il était parti un peu après le 19 mai précédent, comme l’atteste une charte datée de cette ville et par laquelle il manda à Perrot Nepveu, receveur de l’ordinaire, à Alain du Bouais, receveur de l’extraordinaire et des fouages de l’évêché, de ne plus faire obstacle au payement des ouvriers employés par les Frères Prêcheurs à la construction d’une église dans les faubourgs de la dite ville (Arch. dép. d’Ille-et-Vilaine, série H, carton 5, no2). Dans le courant du mois d’août, sans doute dans les premiers jours de ce mois, c’est-à-dire à la date fixée pour la reddition de Brest, le connétable de France était revenu camper à peu de distance de cette place, puisque nous avons des lettres de rémission ou de grâce émanées de Bertrand du Guesclin, duc de Molina, et datées «de Mout Relaix, ou mois d’aoust 1373»; Moutrelaix, c’est Morlaix, et ces lettres furent octroyées à un écuyer au service du duc de Bourbon, nommé Guillaume de Mars, qui avait rossé deux ou trois habitants de Cusset en Auvergne (Arch. Nat., JJ 104, no302, fo126). Le 14 août, Bertrand passait à la Roche-Derrien (Côtes-du-Nord, arr. Lannion), où il enjoignit au capitaine de cette place de maintenir les franchises de l’église, de la ville et de la banlieue de Tréguier; ce capitaine était alors Bertrand de Saint-Pern (Bibl. de l’École des Chartes, VIII, 237-239). Enfin, le 20 août, il était pour la seconde fois de retour à Rennes, où il notifia la levée d’un subside de 1 franc ou 20 sous par feu dans les cinq diocèses de Rennes, de Dol, de Saint-Malo, de Saint-Brieuc et de Vannes, subside destiné au payement des gens d’armes employés au siège de Derval, «jaçoit ce que l’en ait encommencié treitié avec les gens d’armes ou dit lieu, pour les garder qu’ils ne dommagent le peuple, celui treitié pendant, etpour paier certaine somme de chevance que l’en leur a accordé paier le jour de la Saint Michiel prochaine, et auxipour paier certaine somme à messire Robert Richier pour cause de Becherel.» (D. Morice,Preuves, II, col. 77). Cette mesure fut, selon toute apparence, l’un des derniers actes d’autorité exercés en Bretagne par Du Guesclin, qui était alors à la veille de quitter le duché, puisqu’il dut arriver à Paris dans les derniers jours d’août (Voy. p.XCII,note 291).

[268]Aire-sur-la-Lys, Pas-de-Calais, arr. Saint-Omer.

[269]Saint-Pol-sur-Ternoise, chef-lieu d’arrondissement du Pas-de-Calais.

[270]Le rédacteur desGrandes Chroniques de France(VI, 339) dit au contraire que les Anglais, venant de Hesdin, firent route par Doullens «sans l’assaillir», ensuite par Beauquesne (Somme, arr. et c. Doullens) et passèrent la Somme à Corbie (chef-lieu de canton de l’arr. d’Amiens, situé à 16 kil. à l’est de cette ville, sur la rive droite de la Somme). Un détachement de l’aile droite s’avança jusqu’au village de Sainte-Geneviève-en-Caux (Seine-Inférieure, arr. Dieppe, c. Tôtes) et y mit le feu (Delisle,Mandements de Charles V, no1076, p. 558). Philippe, duc de Bourgogne, chargé par Charles V de pourvoir à la mise en bon état de défense d’Amiens, arriva dans cette ville le jeudi 14 juillet et y prolongea son séjour jusqu’au mardi 16 août. Le samedi 16, le surlendemain de son arrivée, il donna un grand dîner où assistèrent Jean, duc de Lorraine, Charles d’Artois, comte d’Eu, Valeran de Luxembourg, comte de Saint-Pol, plusieurs chevaliers ou écuyers et aussi quelques-uns des plus notables bourgeois d’Amiens. Le duc ne s’absenta de cette ville que les mercredi 20 et 27 juillet pour aller en partie de chasse à Bettencourt, chez messire Raoul de Renneval (Itinéraire de Philippe le Hardi, dressé et communiqué par M. Ernest Petit).

[271]Pas-de-Calais, arr. Arras, c. Vimy, sur le bord de la route qui va de Thérouanne à Arras, à 9 kil. au nord de cette dernière ville. Il y avait au Mont-Saint-Éloi une abbaye de l’ordre de Saint-Augustin, près de laquelle campa l’aile gauche de l’armée anglaise, tandis que l’aile droite, après avoir traversé le comté de Saint-Pol, s’avançait dans la direction de Doullens.

[272]Somme, arr. Péronne. Le 21 août 1373, les échevins, gouverneurs et conseil de la ville et cité de Reims, remirent à un messager, envoyé vers eux par leurs grands amis les habitants de Troyes, copie d’une lettre reçue la veille, où le capitaine de Nesle leur annonçait que les Anglais avaient passé la rivière de Somme le 19, que le duc de Lancastre était devant la ville de Bray, et le duc de Bretagne devant celle de Cappy (Somme, arr. Péronne, c. Bray), dont les habitants avaient converti leur clocher en tour fortifiée. Au moment du départ de ce messager, les Rémois ajoutèrent en post-scriptum qu’ils venaient d’être informés que les envahisseurs étaient logés à Roye (Arch. mun. de Troyes, série AA, 48ecarton, 3eliasse; Boutiot,Hist. de Troyes, II, 234, 235). Une lettre de rémission octroyée en septembre 1373 à un clerc de Liège nommé Jean Anseaux, qui avait fait partie du «tinel du duc de Lenclastre depuis Calais jusques à l’eaue de Somme», mentionne le passage des Anglais à Bray (Arch. Nat., JJ 104, no350, fo143 vo).

[273]Les Anglais traversèrent l’Artois, la Picardie et le Vermandois depuis le 4 jusqu’au 31 août 1373. En décembre suivant, Charles V assigna 120 livres de rente annuelle à son amé et féal chevalier et conseiller Jean Barreau, maître des requêtes de son hôtel et gouverneur de son bailliage d’Amiens, «lequel Jean Barreau a servi en ceste année (1373) sous nostre très cher frère le duc de Bourgogne à la teste des arbalestriers de Picardie» (Arch. Nat., JJ 105, no53, fo37o). Un espion de Charles V, Guyon Grassin, originaire de Poitiers, entré au service du duc de Lancastre pour surprendre les secrets des Anglais, se fit prendre par les Français assiégés dans le fort de Nesle (Somme, arr. Péronne) (Arch. Nat., JJ 105, no42, fo32). La ville de Roye (Somme, arr. Montdidier), qui avait alors commune, prévôté, siège royal, et qui était le chef-lieu de l’une des châtellenies du bailliage de Vermandois, fut à peu près complètement détruite (Arch. Nat., JJ 105, no144, fo83; JJ 112, no353, fo175 voet 176). Les Anglais y demeurèrent sept jours et ne purent s’emparer de l’église (Grandes Chroniques, VI, 339), qu’un sergent d’armes de Charles V, nommé Jean Charles, avait travaillé à fortifier pendant trois ans et où il sut se maintenir en repoussant les assauts répétés des Anglais. Le roi son maître le récompensa en le nommant, le 6 octobre suivant, capitaine du fort de Roye (Delisle,Mandements, p. 507, no981).


Back to IndexNext