[274]Thierry de Robersart, dit le Chanoine, seigneur d’Écaillon (Nord, arr. et c. Douai), attiré en Angleterre comme Eustache d’Auberchicourt et tant d’autres chevaliers du Hainaut par la reine Philippa.[275]Le 9 août 1373, Charles V donna l’ordre au bailli de Vermandois de prendre sans nul retard toutes les mesures que réclamait l’invasion des ennemis dont on était menacé (Varin,Archives administratives de Reims, III, 385).[276]Aisne, arr. Saint-Quentin. On voit par des lettres de rémission datées du 11 mai 1374 que les Anglais passèrent à Ribemont «environ la première semaine du mois de septembre derrenierement passé», après avoir mis le feu aux villages de Moy (Moy-de-l’Aisne, arr. Saint-Quentin) et d’Alaincourt (Aisne, arr. Saint-Quentin, c. Moy), et qu’ils furent poursuivis par Philippe, duc de Bourgogne, Bertrand du Guesclin, Jacques de Werchin, fils du sénéchal de Hainaut, Floridas de Moreuil, Floridas de Cramaille, Gontlart de Moy, fils du seigneur de Moy, chevaliers, et Alemant de Sissy (Aisne, arr. Saint-Quentin, c. Ribemont), écuyer (Arch. Nat., JJ 105, no298, fo159 vo). Il semblerait résulter de la mention faite dans cette pièce de la part prise à la défense du Vermandois par le connétable de France que celui-ci, dont un acte signale la présence à Paris en septembre, sans doute dans les premiers jours de ce mois, ne fit que traverser cette ville et courut rejoindre le duc de Bourgogne et Jean de Vienne, spécialement chargés de harceler les Anglais du duc de Lancastre et de leur donner la chasse. Outre Moy et Alaincourt, quatre autres villages de la même région, Remigny, Vendeuil, Essigny-le-Grand et «Royeglise», furent également la proie des flammes (Delisle,Mandements de Charles V, nos1092, 1093, p. 565, 566).[277]Chin fait aujourd’hui partie du royaume de Belgique (prov. Hainaut, arr. Tournai, c. Templeuve) et Bousies du département du Nord (arr. Avesnes, c. Landrecies).[278]En 1380, Gilles de Chin (Bibl. Nat., Collect. Clairambault, reg. 32, p. 2351) et Jean, seigneur de Fosseux (Ibid., reg. 49, p. 3649), servaient ès guerres de Picardie.[279]Aisne, arr. Laon, c. Rozoy-sur-Serre. Ce seigneur de Soize s’appelait Gérard.[280]Hugues, seigneur de Clary (Nord, arr. Cambrai).[281]Tant que les Anglais avaient occupé la Picardie et menacé Amiens, le duc de Bourgogne s’était tenu renfermé dans cette ville. Il en partit le mercredi 17 août pour harceler l’aile droite des Anglais qui avait envahi le Vermandois; ce jour-là, il vint souper et gîter à Montdidier.[282]Vaux est un faubourg de la ville de Laon.[283]Charles avait établi des garnisons non seulement à Laon, mais encore dans les petites places des environs, telles que Crépy-en-Laonnois (Aisne, arr. et c. Laon). Nous lisons dans une lettre de rémission datée de novembre 1373 que, «environ la derreniere sepmaine du mois d’aoust derrain passée», Gui, comte de Blois, le protecteur de Froissart, tenait garnison à Crépy, «pour le garder contre nos ennemis qui lors estoient sur le pays» (Arch. Nat., JJ 104, no373, fo152).[284]Les Anglais, dans leur marche de Laon à Soissons, passèrent à Vailly-sur-Aisne (Grandes Chroniques, VI, 340). Le 25 août 1373, les élus au Conseil de Châlons écrivirent à leurs bons amis de Troyes qu’ils avaient appris, grâce à des nouvelles reçues de Reims, que l’avant-garde des Anglais, après avoir passé l’Oise, développait ses lignes et lançait ses coureurs dans toute la région comprise entre Pont-l’Évêque (Oise, arr. Compiègne, c. Noyon) et Vailly (Aisne, arr. Soissons), se préparant à traverser l’Aisne pour continuer sa marche dans la direction de Reims et de Châlons (Arch. mun. de Troyes, série AA, 58ecarton, 3eliasse; Boutiot, Hist. de Troyes, II, 235). Mon très savant confrère, M. d’Arbois de Jubainville, a publié pour la première fois les deux lettres des habitants de Reims et de Châlons (Voyage paléographique dans le département de l’Aube, Troyes, 1855, p. 148 et 151). Le duc de Bourgogne, qui continuait de surveiller l’aile droite anglaise, se tint à Compiègne du jeudi 18 au samedi 20 août.[285]Parti de Compiègne le 20 au matin, le duc de Bourgogne vint souper et gîter à Ambleny (Aisne, arr. Soissons, c. Vic-sur-Aisne), le dimanche 21 et se tint à Soissons depuis le lundi 22 août jusqu’au vendredi 9 septembre (Itinéraire de Philippe le Hardi, par M. Ernest Petit.)[286]Henri, fils de Henri de Percy et de Marie de Lancastre, marié successivement à Marguerite Nevill et à Mathilde de Lucy, maréchal d’Angleterre en 1376, fut créé comte de Northumberland par Richard III en 1377. Il était le frère aîné de Thomas de Percy, sénéchal de Poitou, fait prisonnier à Soubise en 1372, et fut le père de Henri, surnommé Hotspur, immortalisé par Shakspeare, mort en 1403; le comte de Northumberland survécut quatre ans à son fils.[287]Guillaume, comte de Namur, quatrième fils de Jean Ieret de Marie d’Artois, dont Robert de Namur, seigneur de Beaufort, l’un des protecteurs de Froissart, n’était que le sixième fils, touchait une pension de 1000 livres de rente annuelle sur le trésor du roi à Paris.[288]Enguerrand VII, seigneur de Coucy, servait alors en Italie à la solde du pape Grégoire XI.[289]Oulchy-le-Château, Aisne, arr. Soissons, sur la route et à peu près à moitié chemin de cette ville à Château-Thierry.[290]Dans le courant du mois de septembre, et sans doute dans les premiers jours de ce mois, Louis, duc d’Anjou, qui était de passage à Blois et qui arrivait du Périgord où il se trouvait encore à Limeuil (Dordogne, arr. Bergerac, c. Saint-Alvère) le 30 août précédent, donna des ordres à Pierre Scatisse, trésorier de France à Toulouse, pour le payement de la solde d’un corps d’armée, composé de 2000 hommes d’armes et de 500 arbalétriers, qu’il amenait du Languedoc à marches forcées au secours du roi de France son frère contre le duc de Lancastre (D. Vaissete,Hist. de Languedoc, IV, 352). Jean de Beuil, sénéchal de Beaucaire et de Nîmes, devait être l’un des principaux chefs de ces troupes de renfort. Aussi n’est-il pas sans intérêt de remarquer le rôle prêté ici par Froissart à ce chevalier, parce qu’il y a là un indice que le corps auxiliaire amené par le duc d’Anjou venait d’entrer en ligne et de se joindre aux gens d’armes du duc de Bourgogne pour harceler les Anglais et leur donner la chasse. L’affaire d’Oulchy eut lieu le vendredi 9 septembre, au matin. Sans parler de Gautier ou Walter Hewet tué les armes à la main, les Anglais ainsi surpris, qui formaient un petit détachement de 50 lances et de 20 archers, laissèrent entre les mains des vainqueurs 10 chevaliers de grand état et 24 écuyers (Grandes Chroniques, VI, 340). Ce beau fait d’armes ne contribua pas médiocrement à la haute fortune de Jean de Vienne, qui fut pourvu le 27 décembre suivant de la charge d’amiral de France, dont Aimeri, vicomte de Narbonne, avait été investi pendant quatre ans depuis le 28 décembre 1369 (Jean de Vienne, amiral de France, par le marquis Terrier de Loray, Paris, 1878, p. 65).[291]Au moment du combat d’Oulchy, livré, comme on l’a vu ci-dessus, le 9 septembre, ni Du Guesclin ni le duc d’Anjou ne se tenaient devant le château de Derval. Arrivé à Paris depuis une dizaine de jours, puisque ses deux maréchaux, Jean de Beaumanoir et Robert de Guitté, avaient passé une revue à Saint-Cloud le 1eraoût précédent (Dom Morice,Preuves, II, col. 64, 65), le connétable de France a daté de Paris,au mois de septembre, des lettres de grâce ou de rémission qu’il octroya à un écuyer du comté de Longueville nommé Wautier du Mesnil, au sujet d’un homicide dont cet écuyer s’était rendu coupable (Arch. Nat., JJ 104, no310, fo129). D’ailleurs un acte, postérieur à l’événement de moins d’une année, nous montre Bertrand guerroyant contre les Anglais dans le Vermandois dès la première semaine de septembre (Voy. plus haut, p.LXXXVIII,note 276, et p.LXXXIX). Quant au duc d’Anjou, qui venait d’arriver précipitamment du Languedoc par le Périgord, il ne se dirigea, selon toute apparence, vers l’Anjou et la Bretagne qu’après avoir touché barre à Paris, où il prit les instructions du roi de France son frère, auquel il amenait les importants renforts dont il a été question plus haut. Comme le raconte Froissart, il dut aller ensuite devant le château de Derval, mais il n’y alla que pour prendre possession de cette place dont la reddition devait avoir lieu, aux termes du traité de capitulation, le 29 septembre seulement (Voy. la note suivante).[292]Un mandement de Charles V en date du 8 octobre 1373 établit que la reddition du château de Derval avait été fixée par le traité de capitulation au 29 septembre précédent ou à la Saint-Michel, et que Bureau, seigneur de la Rivière, premier chambellan du roi de France, avait été chargé de faire escorte au duc d’Anjou, avec une nombreuse compagnie de gens d’armes, de Blois à Derval, «pour l’accompagner à tenircertaine journée que monseigneur de Cliçon avoit emprinse d’estre devant le chastel de Derval à ceste Saint Michel dernière passée, à laquelle journée ceux qui le tenoient le devoient rendre au roy.» (Delisle,Mandements de Charles V, no984, p. 510). Les sanglantes exécutions dont parle Froissart eurent lieu sans doute, soit le soir du jour fixé pour la reddition, soit plutôt le lendemain, c’est-à-dire le 30 septembre 1373.[293]La mention de la présence à cette mémorable séance du duc d’Anjou, de Du Guesclin et de Clisson, ainsi que du rôle prépondérant qu’y jouèrent ces trois grands personnages, nous permet d’en déterminer la date au moins approximative. Elle ne put avoir lieu que dans le courant du mois de septembre, puisque aucun des trois orateurs qui y prirent la parole n’était arrivé à Paris avant cette date (Voy. ci-dessus, p.LXXXV,note 266, et p.XCII,note 291), et vraisemblablement vers la fin de la première quinzaine de ce mois, puisque, d’une part, Clisson rejoignit le corps d’armée du duc de Bourgogne à Sézanne le 13 septembre (Voy. p.LXXXV,note 266), et que, d’autre part, le duc d’Anjou ne put guère partir de Paris beaucoup après cette date pour se trouver devant Derval à la Saint-Michel (Voy. p.XCII,note 291, et p.XCIII). Nous inclinerions à fixer au 10 septembre la tenue de ce grand Conseil de guerre, précisément au lendemain de l’affaire d’Oulchy, dont l’heureuse issue venait de relever le crédit des partisans d’une offensive plus énergique. La présence de Du Guesclin et de Clisson à Paris, à la date que nous indiquons, est d’autant plus probable que cette même journée du 10 septembre 1373 fut marquée par les faveurs dont Charles V gratifia un certain nombre de chevaliers ou écuyers bretons, tels que Guillaume, seigneur de Penhoet (Hay du Chastelet, p. 383), Sevestre Campson, capitaine de Morlaix (Arch. Nat., J 621, no82), Maurice de Plusquellec (Ibid., no792), Hervé de Saint-Gouëno (Ibid., no793), enfin Olivier le Moine (Ibid., no79).—Quant aux ducs de Bourgogne et de Berry, dont Froissart mentionne également la présence, sans indiquer du reste l’avis qu’ils n’auraient certainement pas manqué d’émettre s’ils avaient réellement assisté à ce grand Conseil, ils étaient absents de Paris l’un et l’autre et ne purent par conséquent être consultés, du moins de vive voix. Quoi qu’il en soit, ce que dit Froissart de l’intimité qui s’établit dès lors entre le duc d’Anjou et Du Guesclin est confirmé par les faits. Le 28 octobre suivant, le jour même où Louis, duc d’Anjou, qui regagnait son gouvernement de Languedoc par Avignon, était de passage à Gien sur Loire (D. Vaissete,Hist. de Languedoc, Toulouse, 1885, X, 1495), Charles V, inspiré sans doute par son connétable, institua l’aîné de ses frères son lieutenant général dans tout le duché de Bretagne (Hay du Chastelet,Hist. de B. du Guesclin, p. 453).[294]Des lettres de rémission, datées de novembre 1373, mentionnent le passage du duc de Lancastre et en particulier du connétable de son armée Édouard Spencer à Damery-sur-Marne (Marne, arr. et c. Épernay), où les deux ménestrels du dit connétable, originaires de la châtellenie d’Ypres, s’enfuirent en déserteurs du camp anglais avec leur valet (Arch. Nat., JJ 105, no68, fo44).[295]Marne, arr. Châlons-sur-Marne. Eustache des Champs, dit Morel, a décrit dans quelques-unes de ses poésies les ravages commis par les Anglais aux environs de Vertus, d’où il était originaire.[296]Le 18 octobre 1373, quelques-uns des hommes d’armes préposés à la défense de la Champagne, Béraud, comte dauphin d’Auvergne, Hugues de Melun, seigneur d’Antoing, Louis, seigneur de Sully et de Grez, Jacques Win, dit le Poursuivant d’Amours, furent passés en revue à Melun (La Roque,Hist. de la maison d’Harcourt, IV, 1452). Dès le 1erde ce mois, Jean, vicomte de Melun, comte de Tancarville, était à Pont-sur-Yonne (Yonne, arr. Sens) avec 50 hommes d’armes (Ibid., 1431, 1432). C’est à ce dernier grand seigneur que Charles V donna en 1379, à titre viager, le château de Beaufort (auj. Montmorency, Aube, arr. Arcis-sur-Aube, c. Chavanges), confisqué sur Jean, duc de Lancastre, qui le tenait du chef de sa femme (Arch. de la Côte-d’Or, série B, carton 3112).[297]De Sézanne, qu’il quitta pendant la nuit du mardi 13, le duc de Bourgogne vint dîner et camper à Saint-Just (Saint-Just-Sauvage, Marne, arr. Épernay, c. Anglure) et, pressé de couvrir Troyes devenu l’objectif de l’ennemi, fit une telle diligence qu’il arriva dans la capitale de la Champagne le jeudi soir 15 septembre. Il y resta onze jours du jeudi 15 au lundi 26; le mardi 20, il alla coucher à Juilly (Côte-d’Or, arr. et c. Semur), où la duchesse de Bourgogne vint à sa rencontre; mais il était de retour à Troyes dès le lendemain. Cette excursion matrimoniale du duc de Bourgogne nous est un indice que les Anglais passèrent devant Troyes, selon toute apparence, entre le mercredi 21 et le lundi 26 septembre. Cf.Revue de Champagne et Brie, VI, 1879, p. 58.[298]Jean de Hastings, comte de Pembroke, nommé lieutenant du roi d’Angleterre en la principauté d’Aquitaine le 20 avril 1372, avait été battu et fait prisonnier par la flotte de Castille à la bataille navale livrée devant la Rochelle le 23 juin suivant (Voy. plus haut, p.XXIIIàXXVII).[299]Aux termes de «l’endenture» faite le 11 janvier 1375 (n. st.) entre Du Guesclin et le comte de Pembroke, le chiffre de la rançon s’élevait, non à 120 000, comme le dit Froissart, mais à 130 000 francs d’or du coin de France, payables: 50 000 francs avant la Purification ou le 2 février suivant, 10 000 francs six semaines après la rentrée du comte en Angleterre, et 70 000 en obligations munies des sceaux de cinq comtes et de cinq chevaliers anglais, lesquelles obligations seraient remboursables 35 000 francs à Noël ou le 25 décembre 1375, 35 000 francs le 24 juin ou à la Saint-Jean-Baptiste 1376. Il était convenu en outre que Jean de Hastings se pourrait armer et faire tout ce qui appartient à bon et loyal chevalier, aussitôt qu’il aurait payé les 10 000 francs pour lesquels il s’était personnellement obligé. A l’échéance du 2 février 1375, le comte de Pembroke n’ayant pu réunir tout l’argent dont il avait besoin pour faire son premier payement, Du Guesclin consentit d’autant plus facilement à accorder un délai à son prisonnier que l’évêque de Bayeux et le comte de Saarbruck furent bientôt appelés à se rendre à Bruges pour sceller chez un marchand lucquois nommé Fortiguerra le sac où l’on avait mis en dépôt, non seulement 23 135 nobles et demi et 2 gros valant 50 000 francs, mais encore deux obligations représentant une somme de 70 000 francs et revêtues de la garantie des cinq comtes et des cinq chevaliers anglais désignés dans l’endenture. Le comte de Pembroke était mort sur ces entrefaites, le lundi 16 avril 1375; et les gens du connétable avaient eu beau faire diligence, le malheureux prisonnier avait rendu le dernier soupir à Moreuil en Picardie (Somme, arr. Montdidier), et non à Arras, suivant la version de Froissart, avant d’avoir touché une terre anglaise. Sur l’ordre du duc de Lancastre, qui savait que le roi son père avait fait l’avance des sommes déposées chez Fortiguerra, la garnison anglaise de Guines avait refusé de prendre livraison d’un cadavre qui aurait coûté si cher, de telle sorte que les restes du comte auraient pu être abandonnés sur la voie publique si on ne les eût pas recueillis par pitié dans une abbaye située à deux lieues de Calais. Aussitôt qu’il fut informé du décès de son gendre, Édouard III n’eut rien de plus pressé que de se faire restituer par les échevins de Bruges ou plutôt de faire restituer à son fils le duc de Lancastre les sommes mises en dépôt chez Fortiguerra. Ce fut alors que le Breton Yves de Kerambars, procureur de Bertrand du Guesclin, adressa à ces mêmes échevins de Bruges, à l’appui des réclamations du connétable, un long mémoire conservé aux Archives Nationales dans un des registres du Trésor des Chartes (J 381, no16), mémoire dont M. Kervyn de Lettenhove a publié le texte en 1874 (Œuvres de Froissart, XVIII, 511-543). Le 20 juillet 1375, Charles V, prenant en considération l’appel interjeté par Du Guesclin contre la décision des échevins, fit ajourner ces derniers devant le Parlement de Paris. Les magistrats de Bruges n’ayant point comparu, furent condamnés par défaut, et le profit de ce défaut fut adjugé au connétable. Ce profit, purement de style, fut la seule satisfaction que Bertrand parvint à obtenir, quoique le procès en revendication qu’il avait intenté ait continué de figurer sur les rôles du Parlement pendant les années 1376 et 1377. La somme de 120 000 francs, chiffre de la rançon imposée par D. Enrique de Trastamar, roi de Castille, au comte de Pembroke, son prisonnier, avait été accepté par Du Guesclin en déduction du montant du produit de la vente de son duché de Molina et de son comté de Soria, rachetés par le dit roi de Castille. Comme le connétable n’avait fait cette vente que pour rester au service de Charles V, ce prince éprouva le besoin de dédommager, au moins dans une certaine mesure, son fidèle et loyal serviteur, auquel il donna, par acte daté de Paris, le lundi 30 mars 1377, une somme de 50 000 francs, exigible à raison de 5000 francs par mois jusqu’à parfait payement, en retour de quoi Bertrand lui transporta le 27 novembre suivant tout le droit qu’il pouvait avoir contre les échevins de Bruges (Hay du Chastelet,Hist. de B. du Guesclin, p. 454, 456, 457).[300]Jean de Hastings, comte de Pembroke, mourut à Moreuil le 16 avril 1375, et Du Guesclin fit de vains efforts, dans le cours des années 1375 et 1376, pour se faire payer la rançon de son prisonnier. Froissart connaissait tous ces faits lorsqu’il en a intercalé la mention dans son récit de l’expédition du duc de Lancastre en France pendant la seconde moitié de 1373. Par conséquent, la rédaction de cette dernière partie de son premier livre ne peut être antérieure à la fin de 1376 ou au commencement de 1377. La mention de la mort d’Édouard Spencer, décédé au mois de novembre 1375, que l’on trouvera un peu plus loin, vient encore confirmer l’exactitude de cette conclusion (Voy. p.CIII,note 311).[301]Guichard d’Angle, maréchal d’Aquitaine, avait été fait prisonnier ainsi que le comte de Pembroke dans la bataille navale livrée devant la Rochelle le 23 juin 1372 (Voy. plus haut, p.XXVI,XXVII).[302]Mathieu, seigneur de Roye et de Germigny, envoyé comme otage en Angleterre après le traité de Brétigny, n’avait pas encore recouvré sa liberté à la date du 5 novembre 1371 (Rymer, III, 928). Au mois d’octobre 1368, Charles V, voulant dédommager ce chevalier d’une captivité aussi longue et aussi onéreuse, avait fondé à Germigny (Marne, arr. Reims, c. Ville-en-Tardenois) une foire annuelle qui se tenait depuis la veille de Saint-Simon et Saint-Jude jusqu’au deuxième jour après la dite fête (Arch. Nat., JJ 100, no165).[303]Ce ne fut pas Olivier de Mauny, ce fut Alain de Mauny, neveu à la mode de Bretagne de Du Guesclin, qui épousa en 1374 Marie de Roye, fille unique de Mathieu, seigneur de Roye, et de Iolande de Hangest (P. Anselme,Hist. généal. de la maison de France, VIII, 9, 10).[304]Les Anglais arrivèrent sans doute devant Troyes, comme nous l’avons dit plus haut, du 21 au 26 septembre. Un peu avant le 29 de ce mois, on les signalait portant des enseignes ou croix de drap rouge et des sachets pleins de soufre à Brienne et à Dienville (Aube, arr. Bar-sur-Aube, c. Brienne), dont les habitants étaient réduits à se cacher dans les bois (Arch. Nat., JJ 105, no31, fo24 vo). Ils passèrent la Seine à Gyé (Gyé-sur-Seine, Aube, arr. Bar-sur-Seine, c. Mussy-sur-Seine, au sud-est et en amont de Troyes), se dirigeant d’abord vers Sens. Il semble résulter de la narration de Cabaret d’Orville que l’un des corps de l’armée anglaise, sans doute l’aile droite, franchit l’Aube près de Plancy (Aube, arr. Arcis, c. Méry-sur-Seine), où plusieurs des hommes d’armes de l’entourage du duc de Bourbon tuèrent sept Anglais devant laBarrière amoureuseet taillèrent en pièces un détachement d’éclaireurs de l’avant-garde ennemie, en effectuant leur retour de Plancy à Troyes (La chron. du bon duc Loys de Bourbon, p. 50-52). D’après ce même chroniqueur, deux mille hommes d’armes renfermés dans Troyes opérèrent, sous les ordres de Louis, duc de Bourbon, et d’Olivier, seigneur de Clisson, une sortie où l’on tua 100 ennemis et où furent faits 120 prisonniers, notamment Jean Burleigh (Ibid., p. 53).[305]Une lettre datée de Paris le 12 octobre 1373 et adressée par Pierre de Villiers-Herbisse (Aube, arr. et c. Arcis), confesseur de Charles V, évêque de Nevers, et par le célèbre avocat Jean des Marès, conseiller du roi, aux habitants de Troyes, mentionne «les grans dommages que les diz habitans et tout le pais de environ ont euz ou fait de la guerre» (D’Arbois,Voyage paléographique, p. 151, 152). Les faubourgs de la capitale de la Champagne eurent beaucoup à souffrir et, le 19 avril 1374, Charles V amortit 50 livres tournois de rente annuelle en faveur de la maison des Chartreux lez Troyes: «cum vix poterit dicta domus reparari, propter dampna et nonnulla gravamina per gentes nostras armorum in bonis suis illata,dum dux Lancastrie, inimicus noster, cum suo exercitu per partes Campanie transitum faceret» (Arch. Nat., JJ 106, no397, fo205 vo).[306]Vers la fin de septembre 1373, le bailli du pays d’Auxois pour le duc de Bourgogne ordonna de faire rentrer les vivres dans les châteaux et d’enlever les fers des moulins par crainte des Anglais dont on signalait la présence à Pothières (Côte-d’Or, arr. et c. Châtillon-sur-Seine), à Pontaubert (Yonne, arr. et c. Avallon) et à Vaux (Arch. de la Côte-d’Or, B 2760;Invent., 305). A cette même date, pendant la saison des vendanges, Bertrand du Guesclin et Philippe, duc de Bourgogne, donnèrent la chasse à l’un des détachements de l’armée du duc de Lancastre qui s’était avancé dans la direction de Joigny et de Sens, comme on le voit par une lettre de rémission octroyée en décembre 1373 à Jean Tenrieau, de Brion près de Joigny, où il est fait mention de «aucuns pillars suivans,environ vendanges derrain passées, les routes des gens d’armesen la compaigniede notre très cher et très amé frèrele duc de Bourgoigneet de nostre amé et fealconnestable estans ou pais de Bourgoignepour contrester à l’entreprise de nos ennemis.» (Arch. Nat., JJ 105, no95, fo59). D’après Cabaret d’Orville, les Anglais se seraient avancés dans cette direction jusqu’aux faubourgs de Sens, où Olivier, seigneur de Clisson, les aurait fait tomber dans une embuscade, en aurait tué 600 et leur aurait ainsi infligé le plus grave échec de toute l’expédition (La chronique du bon duc Loys de Bourbon, p. 54, 55). Ce fut peut-être cet échec qui détermina le duc de Lancastre à rebrousser chemin, à remonter le cours de la Loire jusqu’à Marcigny pour gagner Bordeaux en traversant l’Auvergne et le Limousin. Voici, d’après l’Itinéraire de Philippe le Hardi, dressé par M. Petit, la route que suivit le duc de Bourgogne depuis Troyes jusqu’en Auvergne; comme le duc poursuivait Lancastre, cet itinéraire nous indique avec quelques jours seulement de retard la marche et les étapes successives des Anglais eux-mêmes. Le mardi 27 septembre, Philippe le Hardi, qui venait de quitter Troyes, dîna à Villemaur (Aube, arr. Troyes, c. Estissac) et coucha à Joigny; le lendemain 28, il alla dîner à Villemer (Yonne, arr. Joigny, c. Aillant), soupa et coucha à Auxerre, où il passa les deux derniers jours du mois de septembre. Il passa le 2 octobre à Druyes (Yonne, arr. Auxerre, c. Courson), le 3 à Varzy (Nièvre, arr. Clamecy), du 4 au 6 à Prémery (Nièvre, arr. Cosne), du 7 au 9 à Decize (Nièvre, arr. Nevers); le 10, il fut réduit à coucher en rase campagne; il passa le 11 et 12 octobre à Roanne, dans le comté de Forez, quelques jours après que les Anglais avaient effectué le passage de la Loire à Marcigny, un peu en aval de Roanne; le 13, il alla coucher à Saint-Haon (Loire, arr. Roanne), le 14 à Cusset (Allier, arr. La Palisse), le 18 à Saint-Pourçain (Allier, arr. Gannat). Arrivé le dimanche 19 octobre à Souvigny (Allier, arr. Moulins), il y passa quatre jours dans la magnifique résidence du duc de Bourbon, frère de sa belle-sœur la reine de France. Revenu le 24 à Saint-Pourçain, il y prolongea son séjour jusqu’au dimanche 30 et n’arriva que le lundi 31 dernier jour d’octobre à Aigueperse, en Auvergne.[307]Arrivé à Aigueperse (Puy-de-Dôme, arr. Riom) le 31 octobre, le duc de Bourgogne passa les deux premiers jours de novembre dans cette localité, située sur le bord de l’ancienne voie romaine qui, contournant le massif du Puy de Dôme, conduisait de temps immémorial par la vallée de la Dordogne en Limousin et en Périgord. D’Aigueperse, Philippe le Hardi se rendit à Riom, où il passa également deux jours, le jeudi 3 et le vendredi 4 novembre. Le samedi 5, il vint souper et coucher à Clermont, où il séjourna jusqu’au mercredi 9. Renonçant à poursuivre plus loin l’armée anglaise, il revint le 10 coucher à Aigueperse, d’où il se dirigea vers Bourges en passant par Montagu en Combraille, Montluçon, Hérisson, Ainay-le-Château et Meillant; le 16, il arriva dans la capitale du Berry, où il fut rejoint le 24 par la duchesse de Bourgogne, qui y tint compagnie à son mari jusqu’au 29, jour où l’on célébra dans la cathédrale de Sens un service solennel pour le repos de l’âme de la reine de Navarre, récemment décédée. Le vendredi 2 décembre suivant, le duc de Bourgogne était à Paris, où il rendit compte au roi son frère de tous les incidents d’une campagne qui durait depuis quatre mois. En novembre 1373, plusieurs lettres de rémission retracent les ravages exercés par les Anglais en Bourgogne, en Nivernais, en Berry et en Auvergne (Arch. Nat., JJ 105, nos288, 305; JJ 115, no104; KK 252, fo25).[308]Le Limousin fut la seule province où le duc de Lancastre réussit à s’emparer, pendant le cours de son expédition, de places de quelque importance. Sans parler d’un chevalier nommé Pierre de Maumont, dont Charles V donna les biens à Gui d’Aubusson, en mars 1374, parce que le dit Pierre s’était rallié aux Anglais «pour le temps que le duc de Lanclastre avecques sa compaignie a derrain chevauchié par le pais de Lymozin» (Arch. Nat., JJ 105, no204), lequel Pierre de Maumont réussit à obtenir sa grâce dès le mois de juillet suivant (Ibid., no420), la ville de Tulle se rendit aux envahisseurs, comme on le voit par des lettres de rémission datées du 15 mars 1374 (n. st.), où on lit que «nostre ennemi le duc de Lencastre, comme il passast derrain avecques ses gens par le pais de Lymosin, eust pris la cité de Tuelle» (Arch. Nat., JJ 105, no238, fo131 vo; JJ 108, no27, fo18). Brives la Gaillarde suivit l’exemple de Tulle et ouvrit ses portes aux Anglais que les Français poursuivaient (JJ 105, no491, fo250 vo). Cette dernière ville ne fut reprise que vers la fin du mois de juillet de l’année suivante; Louis, duc de Bourbon, l’emporta d’assaut (JJ 105, no578, fo290; JJ 106, no339, fo179 vo). Ces opérations en Limousin, où Bertrand du Guesclin, du côté des Français, et Bernard de la Sale, du côté des Anglais, nous apparaissent dans les actes comme ayant joué un rôle actif, durent avoir lieu, d’après Cabaret d’Orville, assez bien renseigné sur cette fin de l’expédition du duc de Lancastre, un peu avant Noël ou le 25 décembre (La chronique du bon duc Loys de Bourbon, p. 55), en d’autres termes, pendant la seconde quinzaine de novembre et les vingt premiers jours de décembre 1373. Cf.Bulletin de la Société archéologique de la Corrèze, t. I (1878-1879), p. 130 et suiv.[309]Le Rouergue n’était pas sur le chemin du duc de Lancastre, qui devait être pressé de rentrer directement à Bordeaux après avoir fait campagne en Limousin dans une saison déjà rigoureuse. Il est plus probable qu’après la prise de Tulle et de Brives les Anglais continuèrent de suivre la vallée de la Dordogne et se dirigèrent vers le Bordelais en passant par Sarlat, Limeuil, Lalinde et Bergerac. Tel est du reste l’itinéraire que Guillaume de Saint-André fait suivre à Jean de Montfort, duc de Bretagne, qui, s’étant séparé du gros de l’armée anglaise à la suite d’une querelle avec le ducdeLancastre au sujet du payement de la solde des troupes et sans doute aussi au sujet de l’occupation du Limousin sur lequel Montfort élevait des prétentions, avait pris les devants et, accompagné seulement de soixante Bretons fidèles, s’était frayé à part un passage pour gagner Bordeaux (Le livre du bon duc Jehan de Bretaigne, vers 2011 à 2361).[310]Un acte d’Édouard III, daté du 8 janvier 1374, mentionne le retour à Bordeaux, ou du moins en Guyenne, du duc de Lancastre, «par ce que nous fumes certifiez qe nostre très cher fitz Johan, roi de Castille et de Leon, duc de Lancastre, liquel a esté grant piece ovesque pluseurs nobles seignours et grantz et autres gentz d’armes en sa compaignie assemblez en grant host es parties de France,est de presente en nostre seignourie d’Aquitaigne» (Delpit,Documents français en Angleterre, p. 190). Le duc de Lancastre mit fin à son expédition et rentra à Bordeaux dans les derniers jours de 1373 ou les premiers jours de 1374.[311]Édouard Spencer, l’un des protecteurs de Froissart, qui avait été chargé dans l’expédition du duc de Lancastre de l’office de connétable de l’armée, ne survécut pas deux ans à cette expédition; il mourut à Cardiff au mois de novembre 1375.[312]Parti de Gien-sur-Loire le 28 octobre 1373 (Voy. plus haut, p.XCIV,note 293), Louis, duc d’Anjou, était à Lyon le 27 novembre, à Roquemaure (Gard, arr. Uzès) du 29 du même mois au 2 décembre, à Avignon du 2 au 12 de ce mois, à Nîmes (où il fêta le jour de Noël dans l’hôtel de Pierre Scatisse, trésorier de France) du 13 décembre au 2 janvier; il partit de Nîmes ce jour-là en compagnie de Pierre Scatisse pour se rendre à Toulouse, où il arriva le dimanche 8 janvier 1374 (Journal de Pierre Scatisse de 1369 à 1374, publié par Ménard,Histoire de Nismes, II; Preuves, p. 2-7).[313]Bertrand du Guesclin n’accompagna point le duc d’Anjou dans ce voyage; il employa les deux derniers mois de 1373 à donner la chasse aux Anglais du duc de Lancastre. Treize jours après l’arrivée du duc à Toulouse, le samedi 21 janvier 1374, Bertrand, devenu veuf par le décès de sa première femme Tiphaine Raguenel, morte peu après le 23 juillet de l’année précédente, se remaria à Rennes à Jeanne de Laval, dame de Tinténiac, fille de Jean de Laval, sire de Châtillon, et d’Isabeau, dame de Tinténiac, de Bécherel et de Romillé (Hay de Chastelet,Hist. de B. du Guesclin, p. 250; P. Anselme,Hist. généal., VI, 186). Le connétable passa en Bretagne et en basse Normandie, à Pontorson, avec sa jeune femme, la fin de janvier ainsi que les mois de février et de mars, et n’alla rejoindre le duc d’Anjou en Languedoc que dans le courant du mois d’avril. Une quittance d’une somme de 1000 francs qu’il délivra à Étienne de Montmejan, trésorier des guerres du roi de France et du duc d’Anjou, atteste sa présence à Toulouse le 25 avril 1374 (Bibl. Nat., Pièces Originales, vol. 1433, dossierDu Guesclin).[314]Ce corps d’armée, dont Froissart exagère beaucoup l’effectif, ne fut pas formé à Périgueux, mais à Toulouse, et nous possédons les montres des principaux hommes d’armes enrôlés à cette occasion par le duc d’Anjou (D. Vaissete,Hist. de Languedoc, Toulouse, 1885, X, col. 1503-1509).[315]Auj. Saint-Sever-de-Rustau, Hautes-Pyrénées, arr. Tarbes, c. Rabastens, sur l’Arros, à 22 kil. au nord-est de Tarbes. Le cloître de l’abbaye bénédictine de Saint-Sever au diocèse de Tarbes subsistait en partie, quoique à moitié ruiné, il y a quelques années. «Les châteaux du Bigorre, écrivait en 1885 M. A. Molinier, étaient tenus par les Anglais au nom du captal de Buch, celui-ci ayant été gratifié de ce comté par le roi d’Angleterre et son fils le duc d’Aquitaine» (Hist. de Languedoc, IX, 843, note 1). Le consciencieux annotateur de dom Vaissete commet ici une petite erreur. Le 27 juin 1369, le prince de Galles avait en effet donné au captal le comté de Bigorre, et cette donation avait été confirmée par Édouard III le 20 avril de l’année suivante (Rymer, III, 890). Mais trois mois après la prise du captal de Buch à Soubise, le 20 novembre 1372, Édouard III avait donné la viguerie de Mauvezin en l’évêché de Tarbes et la terre de Maransin à Roger Bernard de Foix, vicomte de Castelbon et seigneur de Navailles (Bibl. Nat., Collect. de Bréquigny, XXX, fos134, 136).[316]Hautes-Pyrénées, arr. Argelès, à 19 kil. au sud-ouest de Tarbes. Quoi qu’en ait dit dom Vaissete, dont le principal annotateur de la nouvelle édition de l’Histoire générale de Languedoc, M. A. Molinier, a accepté sur ce point les conclusions (IX, 835, 843, note 1; X, 117), il n’y a point lieu de distinguer deux expéditions du duc d’Anjou contre les places anglo-gasconnes du comté de Bigorre, l’une qui se fit réellement du milieu de juin au 7 juillet 1373, l’autre que l’on aurait recommencée du 14 juin au 8 juillet de l’année suivante. Quant à l’expédition très réelle de 1373, trois actes vidimés dans les registres du Trésor des Chartes l’établissent avec la dernière évidence. Le premier de ces actes par lequel Louis, duc d’Anjou, donne au comte d’Armagnac la viguerie de Goudon en Bigorre (Hautes-Pyrénées, arr. Tarbes, c. Tournay) est daté «en nos tentes devant Mauvoisin», le 20 juin 1373 (Arch. Nat., JJ 105, no55, fo37 vo). Le second acte, par lequel ce même duc gratifie le dit comte d’une autre viguerie du comté de Bigorre, celle de Mauvezin, et aussi de la cité de Capvern, confisquées sur le vicomte de Castelbon rebelle, a été dressé «en nos tentes devant Lourdes», le dernier jour de juin, c’est-à-dire le 30 juin suivant (Ibid., no73, fo47). Enfin, la date d’une confirmation faite par le duc d’Anjou d’un acte antérieur est ainsi conçue: «in tentis nostris ante Lourdam, anno Domini millesimo trecentesimo septuagesimo tercio, mense junii» (Ibid., JJ 149, no296, fo148 vo). Dès 1867, un érudit du Bigorre, M. Curie-Seimbres, avait assigné sa véritable date à la campagne du duc d’Anjou en Bigorre; malheureusement, il s’est trompé à son tour en faisant assiéger Lourdes, au mois de juin 1373, par Du Guesclin qui guerroyait alors en Bretagne (Mém. de la Soc. des Hautes-Pyrénées, année 1867, p. 104, 105). Quoi qu’il en soit, il demeure certain que le siège de Mauvezin, puis de Lourdes, par le duc d’Anjou, pendant la seconde quinzaine de juin 1373, est établi par des actes et ne saurait être contesté, tandis que la prétendue expédition de ce même duc et de Du Guesclin contre Saint-Sever et Lourdes en 1374, soit du 8 juillet au 1eraoût, soit, comme le suppose M. A. Molinier, du 14 juin au 8 juillet, est en contradiction avec des documents authentiques, au moins en ce qui concerne le connétable de France. Froissart, ayant commis l’erreur de faire guerroyer le duc d’Anjou en Bretagne pendant la première moitié de 1373, a rapporté sans doute à l’année 1374 des faits de guerre qui s’étaient passés précisément un an auparavant et qu’il n’aurait pu, sans se contredire, mentionner à leur date véritable. L’erreur de dom Vaissete et des nouveaux éditeurs de l’Histoire générale de Languedocest d’autant plus singulière qu’ils ont connu deux des pièces dont nous venons de donner l’analyse (Hist. de Languedoc, IX, 835, note 5).[317]Un peu avant le mois de juillet 1374, Roger Bernard de Foix, vicomte de Castelbon, entama des négociations avec le duc d’Anjou et fit présenter à celui-ci par son procureur des propositions d’accommodement dont nous possédons le texte publié pour la première fois en 1885 sous la date erronée de 1369 par M. A. Molinier (Hist. de Languedoc, X, col. 1420 et 1421); mais l’éditeur a reconnu qu’il faut faire descendre en 1374 la rédaction de ces propositions (Ibid., IX, 843, note 2). Dans le courant du mois de juillet de cette année, ces négociations aboutirent à un traité conclu à Toulouse, dont Vaissete a publié le texte (Ibid., X, col. 1482-1486). En dédommagement du château de Mauvezin en Bigorre dont il s’était emparé, le duc assigna au vicomte: 1o500 livres de rente annuelle assises sur les château et châtellenie de Sauveterre de Bercodan en la sénéchaussée de Toulouse (Haute-Garonne, arr. Saint-Gaudens, c. Saint-Bertrand); 2ole droit de battre monnaie; 3o1000 livres de rente à prendre sur la conquête à faire de la Guyenne; 4ole lieu de Bonnegarde en la sénéchaussée des Landes (Landes, arr. Saint-Sever, c. Amou); 5ola restitution d’une rente annuelle de 600 livres dont Géraude de Navailles, femme du vicomte, devait jouir sur la recette de Toulouse.[318]Raymond Bernard, seigneur de Castelnau-Tursan (Landes, arr. Saint-Sever, c. Geaune).[319]Basses-Pyrénées, arr. Oloron, c. Accous.[320]Sault-de-Navailles, Basses-Pyrénées, arr. et c. Orthez. Dans les propositions transmises par son procureur, le vicomte de Castelbon exprimait le vœu que le duc d’Anjou le chargeât de la garde de Sault avec 60 lances et de celle de Mauvezin avec 30 lances, mais le lieutenant du roi en Languedoc se garda bien de faire droit à ces deux demandes.[321]Cette journée n’était point assignée, du moins à l’origine, à la mi-août, mais au lendemain de Pâques, c’est-à-dire au lundi 3 avril 1374. Froissart a entraîné dans son erreur le judicieux dom Vaissete lui-même, ainsi que le très diligent annotateur de la nouvelle édition de l’Histoire générale de Languedoc, qui aurait dû peut-être prendre plus garde au passage suivant du journal de Pierre Scatisse publié en 1751 par Ménard: «... tout pour le grant besoing de finence que monseigneur avoit pour payer les gens d’armes qu’il avoit mandés estre devers luià lendemain de Pasques, pour la dite journée qu’il entendoit à tenir contre le duc de Lancastre sur les champs» (Hist. de Nismes, II; Preuves, p. 6). Walsingham fixe cette journée au 10 avril 1374.[322]Les légats que Grégoire XI avait chargés de s’entremettre de la paix, vers le milieu de 1373, étaient Simon, cardinal, archevêque de Canterbury, et Jean de Dormans, chancelier de France, dit le cardinal de Beauvais (Rymer, III, 969, 970); mais ce dernier mourut le 7 novembre de cette année. En 1374, le pape confia la même mission à Pileus de Prata, archevêque de Ravenne, et à Guillaume de Lestrange, évêque de Carpentras.[323]Dom Vaissete a supposé que cette trêve ou suspension d’armes avait été conclue vers le 15 juin 1374 par l’entremise du comte de Foix et du vicomte de Castelbon (Hist. de Languedoc, IX, 843; X, 117). C’est une erreur. La trêve dont il s’agit est antérieure au 4 avril 1374, puisqu’il en est fait mention dans une «endenture» entre le duc de Lancastre et les deux capitaines anglais de Lusignan qui porte cette date: «pour cause de cestes trevez qe au present ont esté pris par mon dit seigneur de Castille (le duc de Lancastre) et ses adversaires de France» (Delpit,Documents français en Angleterre, p. 191). Antérieurement au 9 mars de cette année, Du Guesclin, qui se disposait à quitter la Bretagne pour se rendre en Languedoc, est mentionné comme ayant conclu de son côté un arrangement avec le duc de Lancastre (Arch. Nat., X1a1470, fo110 vo), lequel arrangement n’est autre sans doute que la trêve mal datée par dom Vaissete. D’après Thomas Walsingham, cette trêve, conclue à l’insu d’Édouard III, devait durer jusqu’au 20 mai 1374 (Historia anglicana, p. 316). D’après le rédacteur desGrandes Chroniques de France(VI, 343), elle avait été négociée par Bertrand du Guesclin, du côté des Français, par Robert, seigneur d’Aubeterre, et par Thierry, dit le Chanoine de Robersart, du côté des Anglais; elle prit fin le 21 mai 1374, le jour de la fête de la Pentecôte, et l’on voit que cette date finale est la même à un jour près que celle qui est donnée par Walsingham.[324]D’après le rédacteur desGrandes Chroniques de France(VI, 342), Jean, duc de Lancastre, quitta Bordeaux pour retourner en Angleterre dans le courant du mois d’avril 1374. Ce départ eut lieu sans doute peu de jours après le 4 avril, date de l’endenture qui fut passée à Bordeaux entre le duc et les deux capitaines anglais de Lusignan (Voy. plus haut, p.LXIII,note 196).[325]Thomas de Felton fut confirmé par Édouard III dans son office de sénéchal d’Aquitaine par un acte passé à Westminster le 6 mars 1374 (Rymer, III, 1000). Avant son départ de Bordeaux, Jean, duc de Lancastre, nomma lieutenants en Aquitaine pendant son absence, outre Thomas de Felton, Florimond, seigneur de Lesparre, et Robert Roux, maire de Bordeaux (Delpit,Documents français en Angleterre, p. 328).[326]Le 20 août 1373, Bertrand du Guesclin avait ordonné la levée d’un subside de 1 franc par feu dans les cinq diocèses de Rennes, de Dol, de Saint-Malo, de Saint-Brieuc et de Vannes, «pour paier certaine somme à messire Robert Richier à cause de Becherel» (Voy. p.LXXXV,note 267, et p.LXXXVI.). Cette phrase semblerait indiquer qu’à la date du mandement le château de Bécherel s’était déjà rendu aux Français par composition, c’est-à-dire moyennant le payement d’une somme déterminée.[327]A l’origine, comme nous l’avons établi plus haut, la journée sur les champs entre Montauban et Moissac, entre les rivières de Garonne et de Tarn, avait été fixée au lundi 3 avril 1374. Il est vrai que, trois semaines avant le terme convenu, le 17 mars, le duc d’Anjou dépêcha un docteur en lois et deux de ses chambellans auprès de Gaston Phœbus, comte de Foix, par l’intermédiaire duquel il négociait avec le duc de Lancastre, pour entamer des négociations sur de nouvelles bases et suspendre, continuer, proroger ou même au besoin faire tenir comme nulle et non avenue la journée primitivement fixée au 3 avril (Rymer, III, 1000). Si l’on admet la version de Froissart, ces nouveaux pourparlers auraient eu pour résultat de faire proroger la journée de Moissac du 3 avril au 15 août. Arrivé de Bretagne à Toulouse au plus tard le 25 avril 1374, Du Guesclin employa les mois de mai, de juin et de juillet à mettre en bon état de défense les places fortes du bas Languedoc et à donner la chasse aux Compagnies qui infestaient cette région. Le 19 mai, il était à Narbonne, où il fut consulté par le duc d’Anjou sur les mesures à prendre pour fortifier cette ville (Hist. de Languedoc, X, noteXXVIII, p. 115), le 26 du même mois et le 2 juin à Carcassonne, le 19 et le 20 juin à Montpellier; dès le 8 juillet, il était de retour à Toulouse, où il se trouvait encore le 26 de ce mois (Bibl. Nat., Pièces Originales, vol. 1433, dossierDu Guesclin). Le 1eraoût suivant, il partit sans doute de Toulouse avec les ducs d’Anjou et de Bourbon pour aller mettre le siège devant la Réole (Journal de Scatisse publié dansHist. de Nismes, II; Preuves, p. 6). Dès le 4 août, Louis, duc d’Anjou, était déjà arrivé à Agen, où il fit un cadeau à un homme d’armes nommé Robert Sadot (Hist. de Languedoc, X, col. 1506), et il est probable qu’à cette même date Du Guesclin se trouvait aussi dans cette ville. Le 10 de ce mois, la présence du connétable de France à Agen est attestée par une quittance qu’il y donna de ses gages et de ceux de 100 hommes d’armes de sa compagnie, dont 12 chevaliers et entre autres son cousin Hervé de Mauny (Hay du Chastelet,Hist. de B. du Guesclin, p. 384; dom Morice,Preuves de l’histoire de Bretagne, II, col. 81). Dans aucun de ces documents il n’est question d’une prétendue journée de Moissac qui aurait été prorogée au 15 août.[328]La trêve, qui expira le 21 mai 1374, n’aurait pu s’appliquer à une journée de Moissac prorogée au 15 août suivant.[329]Gaston Phœbus, comte de Foix, ne fit sa soumission définitive au roi de France qu’en 1375.[330]Louis, duc d’Anjou, qui vers le 15 août 1374, à la date de la prétendue journée de Moissac prorogée, se trouvait à Agen ou près d’Agen, et non à Périgueux, ne retourna pas alors à Toulouse, mais continua sa marche vers la Réole. Il n’eut pas besoin de prendre possession de la ville de Moissac, qui était redevenue française dès le 23 juillet 1370 (Voy. le tome VII de notre édition, sommaire, p.LXVIII,note 211, et p.LXIX). Nous ignorons sur quoi se fonde dom Vaissete lorsqu’il mentionne un siège de «la ville de Marziac, au diocèse d’Auch», vers la fin de juin 1374, par le duc d’Anjou (Hist. de Languedoc, IX, 843).[331]On a vu par la note précédente que Louis, duc d’Anjou, accompagné de Louis, duc de Bourbon, et de Bertrand du Guesclin, avait quitté Toulouse dès le 1eraoût, non le 7 ou le 17 septembre, et qu’il était déjà arrivé à Agen le 4 de ce même mois d’août. Certains manuscrits assignent en effet à son départ de Toulouse, les uns la date du 7, d’autres celle du 17 septembre. On voit que ces deux dates sont inexactes.[332]Auj. chef-lieu d’arrondissement de la Gironde, sur la rive droite de la Garonne, à 51 kil. en amont et au sud-est de Bordeaux. La garnison de cette place était alors commandée par Hugh de Calverly, auquel Florimond, seigneur de Lesparre, et le maire de Bordeaux Robert Roux, lieutenants en Aquitaine pour le duc de Lancastre, avaient fait délivrer, dès le 4 août, des munitions, «ad redeundum ad villam Regule contra adventum ducis Andegavie» (Arch. hist. de la Gironde, XII, 338). Du 3 août au 21 septembre, Regnaut de Montléon, l’un des maîtres d’hôtel du duc de Berry, alla de Lusignan à la Réole et revint de cette ville à Poitiers par l’ordre de son maître qui l’avait chargé d’une mission auprès du duc d’Anjou au sujet de Thomas de Percy (Arch. Nat., KK 252, fo37). Dès le 21 août, la ville proprement dite se rendit «gracieusement et grandement» au duc d’Anjou (Arch. Nat., JJ 107, no18; JJ 126, no104), qui, le 27 de ce mois, témoigna sa reconnaissance aux habitants en confirmant leurs privilèges (Ordonn., VI, 105 à 108); le lendemain 28, le duc d’Anjou partit de la Réole après avoir fait promettre à la garnison anglaise qui tenait bon dans le château que, si elle n’était secourue avant le 8 septembre suivant, elle rendrait à cette date le dit château au roi de France (Grandes Chroniques, VI, 343). Du Guesclin fut sans doute chargé de continuer le blocus et de tenir la main à l’exécution de cette convention, car plusieurs des hommes d’armes de sa compagnie, tels que Colart d’Estouteville, seigneur de Torcy (Bibl. Nat., Titres scellés de Clairambault, reg. 45, p. 3373), et l’arbalétrier génois Louis Doria, écuyer (Ibid., reg. 41, p. 3071), furent payés de leur solde à la Réole le 4 septembre, et nous possédons une quittance du connétable de France datée également de la Réole le 11 du même mois (Ibid.,Collect. des Pièces originales, vol. 1433, dossierDu Guesclin). Le 15 septembre, le duc d’Anjou lui-même, après une chevauchée où il s’était fait rendre sans doute quelques-unes des petites places des environs de la Réole indiquées par Froissart, était de retour dans cette ville, où il fit remise de 10 000 francs d’or au duc de Bourbon sur les 30 000 stipulés en échange de la renonciation à ses prétentions sur le comté de Forez (Huillard-Bréholles,Titres de la maison de Bourbon, I, 573).[333]Gironde, arr. Bazas, sur la rive gauche de la Garonne, presque en face de Saint-Macaire.[334]Gironde, arr. la Réole, à l’ouest et en aval de cette ville, sur la rive droite de la Garonne. Le 13 septembre 1374, Bertrand de Pomiers était capitaine de la garnison anglaise de Saint-Macaire (Arch. hist. de la Gironde, XII, 331).[335]Condom (Gers) est assez éloigné de cette région et avait fait sa soumission au roi de France du 1erau 13 mai 1369. Cabaret d’Orville (édit. Chazaud, p. 59, 60) désigne aussi Condom et ajoute à la liste de Froissart le Port-Sainte-Marie (Lot-et-Garonne, arr. Agen), Penne-d’Agenais (Lot-et-Garonne, arr. Villeneuve), Penne-d’Albigeois (Tarn, arr. Gaillac, c. Vaour), Florence (Gironde, arr. Libourne, c. Poujols) et Genas (écart de Pellegrue, Gironde, arr. la Réole).[336]Lot-et-Garonne, arr. et c. Marmande, sur la rive droite de la Garonne, au sud-est et en amont de la Réole.[337]Ce nom de lieu, que l’on trouve écrit, tantôt «Prudaire», tantôt «Praudaire», dans les divers manuscrits de Froissart, est inconnu.[338]Le 15 septembre 1373, Thomas de Felton, sénéchal d’Aquitaine, donna l’ordre de délivrer 12 arcs, 12 gerbes de flèches et 24 cordes d’arcs à Amanieu «de Balfada», chevalier, châtelain de Bourg et gardien du château de Montléon dans la sénéchaussée de Saintonge (Arch. hist. de la Gironde, XII, 320, 328). Le Montléon mentionné ici est évidemment le «Mautlion» de Froissart, dont c’est affaire aux érudits locaux de déterminer l’emplacement.[339]M. Kervyn de Lettenhove (Œuvres de Froissart, XXIV, 269) propose d’identifier «Dion» avec le château de Dieu-la-Volt signalé par M. Léo Drouyn dans la vallée du Drot, presque en face de Monségur (Gironde, arr. la Réole). «Dion» n’est peut-être qu’une mauvaise leçon pour Rioms (Gironde, arr. Bordeaux, c. Cadillac, sur la rive droite de la Garonne, en aval de la Réole), forteresse où les Anglais tenaient garnison en août et septembre 1374 (Arch. hist. de la Gironde, XII, 338).[340]«Sebillach» désigne peut-être Savignac (Gironde, arr. Bazas, c. Auros), sur la Bassanne, affluent de la rive gauche de la Garonne.[341]La forteresse d’Auberoche est aujourd’hui un simple lieu-dit de la commune du Change (Dordogne, arr. Périgueux, c. Savignac-les-Églises), sur la Haute-Vézère, à 15 kil. à l’est de Périgueux. Cabaret d’Orville ne dit rien de cette prétendue expédition contre Auberoche qui aurait obligé le duc d’Anjou à s’éloigner beaucoup de la vallée de la Garonne, son centre d’opérations pendant toute cette campagne qui ne dura que deux mois.[342]Comment le duc d’Anjou et Du Guesclin auraient-ils pu s’éloigner du Rouergue, puisqu’ils venaient de faire campagne dans la vallée de la Garonne, vers les confins de l’Agenais et du Bordelais? Auberoche, la dernière place qu’ils auraient prise, si l’on admet la version du chroniqueur, est située en Périgord, non dans le Rouergue.[343]Quoi qu’en dise ici Froissart, le duc d’Anjou retourna certainement à Toulouse, où il était rentré dès le commencement d’octobre; il en partit le 8 en compagnie de la duchesse pour aller à Nîmes, où il séjourna jusqu’au 30 du même mois. De Nîmes, il se dirigea vers Villeneuve-lez-Avignon (Ordonn., VI, 70, 71), où il donna, le lundi 27 novembre, à quinze cardinaux, ce somptueux dîner pour les apprêts duquel Pierre Scatisse, trésorier du duc, revint à Nîmes faire provision de sauvagines (Ménard,Hist. de Nismes, II; Preuves, p. 6, 7). Du Guesclin, au contraire, dut se rendre auprès de Charles V en toute hâte et par la voie la plus directe, ainsi que Froissart le raconte. Dès le 2 octobre 1374 il était arrivé à Paris, et donna ce jour-là à Jeannet d’Estouteville, frère de Colart d’Estouteville, seigneur de Torcy, varlet tranchant du roi, lesquels Colart etJeannetvenaient de servir sous ses ordres devant la Réole, les biens confisqués de Guillaume de Briançon, justicié pour ses démérites par ordre du bailli de Rouen (Arch. Nat., JJ 106, no49, fo29 vo. Cf.Revue hist.,XXXV, 288-92).[344]A la date du 16 septembre 1373, au lendemain du passage en Vermandois de l’armée du duc de Lancastre, Hue ou Hugue de Châtillon, maître des arbalétriers de France, était à Saint-Quentin, où il donna l’ordre de faire payer les gages de Jean d’Audenfort, écuyer, capitaine du fort d’Audrehem (Bibl. Nat., Collect, de Clairambault, reg. 4, p. 161).[345]Henri, seigneur des Isles (Clairambault, reg. 62, p. 4767).[346]Jean de Longvillers, seigneur d’Engoudsent (auj. hameau de Beussent, Pas-de-Calais, arr. Montreuil-sur-Mer, c. Hucqueliers).[347]Cette rencontre dut avoir lieu vers la fin de janvier ou dans les premiers jours de février 1375. Le 16 février, Édouard III donna l’ordre à Alain de Buxhull, connétable de sa Tour de Londres, de préparer sans retard les chambres et salles nécessaires pour servir à l’habitation de noble homme le comte de Saint-Pol de France, prisonnier de son amé et féal chambrier, Guillaume de Latymer (Rymer, III, 1024).[348]Jean, seigneur de Poix (Clairambault, reg. 87, p. 6833).[349]Hugues, seigneur de Clary (Clairambault, reg. 32, p. 2397).[350]Jean, seigneur de Chepoix (Oise, arr. Clermont, c. Breteuil), fit montre à Reims le 3 mars 1376 et prit part à la poursuite des routiers (Clairambault, reg. 103, p. 7983).[351]Vers 1375, Gauvinet ou Gauvainet, des seigneurs de Bailleul en Artois (Pas-de-Calais, arr. Arras, c. Vimy), donna quittance de gages pour services de guerre rendus à la frontière de Picardie (Ibid., reg. 9, p. 501).[352]Cette trêve, qui fut conclue à Bourbourg le 11 février 1375, ne devait durer que jusqu’aux fêtes de Pâques; elle fut le prélude de négociations qui s’échangèrent à Bruges pendant les mois de mai et de juin suivants. Le roi de France s’y fit représenter par son frère Philippe, duc de Bourgogne, et par Jean de la Grange, évêque d’Amiens, auxquels il avait délégué ses pleins pouvoirs par acte en date du 1ermars 1375 (Rymer, III, 1031;Gr. Chr., VI, 344). Édouard III, de son côté, dès le 20 février précédent, avait choisi comme ses ambassadeurs Jean, duc de Lancastre, son fils, l’évêque de Londres, le comte de Salisbury, Jean Cobham, Frank de Hale et Arnaud Sauvage, chevaliers, Jean de Shepey et Simon de Multon, docteurs en droit (Rymer, III, 1024). Le résultat de ces négociations fut, d’abord un projet de trêves rédigé à Bruges le 26 mai et portant levée, sous certaines conditions, du siège mis par les Français depuis le milieu de 1374 devant Saint-Sauveur-le-Vicomte (Ibid., 1038), ensuite un traité définitif arrêté le 27 juin, par lequel une trêve d’une année était conclue entre les parties belligérantes en même temps que les Anglais s’engageaient à remettre au roi de France, le 15 juin de l’année suivante, Saint-Sauveur-le-Vicomte moyennant le payement préalable opéré à Bruges d’une somme de 40 000 francs (Ibid., 1031, 1034, 1035). C’est par une erreur évidente que Froissart semble avoir confondu ces négociations, tenues à Bruges pendant la première moitié de 1375, auxquelles le duc de Bourgogne présida seul, avec celles qui s’ouvrirent à Saint-Omer sous les auspices des deux ducs d’Anjou et de Bourgogne vers la fin de cette même année.[353]Le 25 octobre 1375, Charles V envoya de Senlis Charles de Poitiers, l’un de ses chambellans, vers Louis, comte de Flandre, en le chargeant de remettre au dit comte une lettre close où le roi de France invitait son vassal à rejoindre à Saint-Omer ses «très amez frères d’Anjou et de Bourgoigne, vostre filz, es traictiez encommenciez pour le bien de paix entre nous et nostre adversaire d’Angleterre» (Delisle,Mandements de Charles V, p. 610, 611, no1174a). Le 2 novembre suivant, Louis, duc d’Anjou, qui se rendait à Saint-Omer, était de passage à Guise, ville qui lui avait été apportée en dot par Marie de Bretagne, fille de Charles de Blois, sa femme (Bibl. Nat.,Quittances, XXI, no1706).[354]Ces deux légats étaient Pileus de Prata, archevêque de Ravenne, et Guillaume de Lestrange, d’abord évêque de Carpentras, promu à l’archevêché de Rouen à la fin de 1375. C’est également à l’instigation de ces deux légats que l’on avait entamé les premières négociations à Bruges dès les premiers mois de cette année.[355]Par acte daté de Bruges le 4 février 1376, Louis, duc d’Anjou, fit payer une somme de 400 francs à Gui, seigneur de Laval et de Châteaubriand, pour ses gages «en la compagnie de monseigneur le duc ou voyage de Bruges que mon dit seigneur y fist pour le traité de la paix» (Arch. Nat., KK 245, fo47).[356]Dès la fin de 1372, Charles V avait arrêté le projet de reprendre aux Anglais Saint-Sauveur-le-Vicomte; l’usufruit de cette vicomté fut promis dès lors à Louis de Harcourt, vicomte de Châtellerault, par des traités passés les 20 novembre, 1eret 15 décembre de cette année (Voy. plus haut, p.LV,note 177, et p.LVI). Le 27 décembre 1372, il chargea Louis Thesart, évêque de Bayeux, Silvestre de la Cervelle, évêque de Coutances, ses conseillers, maître Thomas Graffart, archidiacre d’Auge, l’un de ses secrétaires, Raoul Paynel, capitaine de Coutances, Jean Martel, capitaine de Falaise, les baillis de Caen et de Cotentin, Raoul Campion, son receveur général en basse Normandie, Robert Assire, vicomte d’Auge, Robert Aupois, maire de Falaise, Nicolas le Prestrel, bourgeois de Saint-Lô, de lever dans la partie de la Normandie située à l’ouest et au midi de la Seine une imposition de 40 000 francs pour le recouvrement du château de Saint-Sauveur-le-Vicomte occupé par les Anglais (Arch. Nat., K 49, no69; Delisle,Hist. de Saint-Sauveur, 208 à 210). Toutefois, le siège de cette forteresse ne commença réellement que vers le milieu de 1374. Le 1eraoût de cette année, Jean de Vienne, vice-amiral de la mer, fut chargé de diriger les opérations avec le titre de capitaine général, et Milon de Dormans, qui avait succédé sur le siège de Bayeux à Louis Thesart, Silvestre de la Cervelle, évêque de Coutances, Jean le Mercier et le Bègue de Fayel furent adjoints comme commissaires du roi à ce capitaine général, tant pour le seconder dans la direction des opérations que pour présider à la levée des aides, à la confection des engins, au recrutement, à l’armement, à l’approvisionnement et au payement de la solde des troupes (Arch. Nat., K 50, no9; Delisle,Hist. de Saint-Sauveur, p. 212 à 215). Comme Jean de Vienne, mis à la tête des forces assiégeantes, portait le titre de vice-amiral, Froissart, aussi peu familier avec la géographie de la Normandie qu’avec celle de la Bretagne, a supposé que le château de Saint-Sauveur-le-Vicomte, situé à plusieurs lieues de la mer, pouvait être bloqué par une flotte. En réalité, la rivière d’Ouve, qui fait communiquer ce château avec la baie des Veys, n’est navigable que pour de simples barques, et ce fut surtout pour enlever aux assiégés tout moyen de se ravitailler par cette voie que Jean de Vienne fit construire, dès le début du siège, les bastilles du Pont-d’Ouve (auj. écart de Saint-Côme-du-Mont, Manche, arr. Saint-Lô, c. Carentan), de Beuzeville (Manche, arr. Valognes, c. Sainte-Mère-Eglise, sur la rive droite de l’Ouve), de Pont-l’Abbé (auj. écart de Picauville, Manche, arr. Valognes, sur la rive gauche de l’Ouve) et de Pierrepont (auj. Saint-Sauveur-de-Pierrepont, Manche, arr. Coutances, c. la Haye-du-Puits). En septembre et octobre 1374, Milon de Dormans, évêque de Bayeux, se tenait en personne dans la bastille de Beuzeville, tandis que le vice-amiral Jean de Vienne, bloquant d’un peu plus près la place assiégée, avait son quartier général à Pont-l’Abbé. Cf. Delisle,Hist. de Saint-Sauveur, p. 188, 189.
[274]Thierry de Robersart, dit le Chanoine, seigneur d’Écaillon (Nord, arr. et c. Douai), attiré en Angleterre comme Eustache d’Auberchicourt et tant d’autres chevaliers du Hainaut par la reine Philippa.
[275]Le 9 août 1373, Charles V donna l’ordre au bailli de Vermandois de prendre sans nul retard toutes les mesures que réclamait l’invasion des ennemis dont on était menacé (Varin,Archives administratives de Reims, III, 385).
[276]Aisne, arr. Saint-Quentin. On voit par des lettres de rémission datées du 11 mai 1374 que les Anglais passèrent à Ribemont «environ la première semaine du mois de septembre derrenierement passé», après avoir mis le feu aux villages de Moy (Moy-de-l’Aisne, arr. Saint-Quentin) et d’Alaincourt (Aisne, arr. Saint-Quentin, c. Moy), et qu’ils furent poursuivis par Philippe, duc de Bourgogne, Bertrand du Guesclin, Jacques de Werchin, fils du sénéchal de Hainaut, Floridas de Moreuil, Floridas de Cramaille, Gontlart de Moy, fils du seigneur de Moy, chevaliers, et Alemant de Sissy (Aisne, arr. Saint-Quentin, c. Ribemont), écuyer (Arch. Nat., JJ 105, no298, fo159 vo). Il semblerait résulter de la mention faite dans cette pièce de la part prise à la défense du Vermandois par le connétable de France que celui-ci, dont un acte signale la présence à Paris en septembre, sans doute dans les premiers jours de ce mois, ne fit que traverser cette ville et courut rejoindre le duc de Bourgogne et Jean de Vienne, spécialement chargés de harceler les Anglais du duc de Lancastre et de leur donner la chasse. Outre Moy et Alaincourt, quatre autres villages de la même région, Remigny, Vendeuil, Essigny-le-Grand et «Royeglise», furent également la proie des flammes (Delisle,Mandements de Charles V, nos1092, 1093, p. 565, 566).
[277]Chin fait aujourd’hui partie du royaume de Belgique (prov. Hainaut, arr. Tournai, c. Templeuve) et Bousies du département du Nord (arr. Avesnes, c. Landrecies).
[278]En 1380, Gilles de Chin (Bibl. Nat., Collect. Clairambault, reg. 32, p. 2351) et Jean, seigneur de Fosseux (Ibid., reg. 49, p. 3649), servaient ès guerres de Picardie.
[279]Aisne, arr. Laon, c. Rozoy-sur-Serre. Ce seigneur de Soize s’appelait Gérard.
[280]Hugues, seigneur de Clary (Nord, arr. Cambrai).
[281]Tant que les Anglais avaient occupé la Picardie et menacé Amiens, le duc de Bourgogne s’était tenu renfermé dans cette ville. Il en partit le mercredi 17 août pour harceler l’aile droite des Anglais qui avait envahi le Vermandois; ce jour-là, il vint souper et gîter à Montdidier.
[282]Vaux est un faubourg de la ville de Laon.
[283]Charles avait établi des garnisons non seulement à Laon, mais encore dans les petites places des environs, telles que Crépy-en-Laonnois (Aisne, arr. et c. Laon). Nous lisons dans une lettre de rémission datée de novembre 1373 que, «environ la derreniere sepmaine du mois d’aoust derrain passée», Gui, comte de Blois, le protecteur de Froissart, tenait garnison à Crépy, «pour le garder contre nos ennemis qui lors estoient sur le pays» (Arch. Nat., JJ 104, no373, fo152).
[284]Les Anglais, dans leur marche de Laon à Soissons, passèrent à Vailly-sur-Aisne (Grandes Chroniques, VI, 340). Le 25 août 1373, les élus au Conseil de Châlons écrivirent à leurs bons amis de Troyes qu’ils avaient appris, grâce à des nouvelles reçues de Reims, que l’avant-garde des Anglais, après avoir passé l’Oise, développait ses lignes et lançait ses coureurs dans toute la région comprise entre Pont-l’Évêque (Oise, arr. Compiègne, c. Noyon) et Vailly (Aisne, arr. Soissons), se préparant à traverser l’Aisne pour continuer sa marche dans la direction de Reims et de Châlons (Arch. mun. de Troyes, série AA, 58ecarton, 3eliasse; Boutiot, Hist. de Troyes, II, 235). Mon très savant confrère, M. d’Arbois de Jubainville, a publié pour la première fois les deux lettres des habitants de Reims et de Châlons (Voyage paléographique dans le département de l’Aube, Troyes, 1855, p. 148 et 151). Le duc de Bourgogne, qui continuait de surveiller l’aile droite anglaise, se tint à Compiègne du jeudi 18 au samedi 20 août.
[285]Parti de Compiègne le 20 au matin, le duc de Bourgogne vint souper et gîter à Ambleny (Aisne, arr. Soissons, c. Vic-sur-Aisne), le dimanche 21 et se tint à Soissons depuis le lundi 22 août jusqu’au vendredi 9 septembre (Itinéraire de Philippe le Hardi, par M. Ernest Petit.)
[286]Henri, fils de Henri de Percy et de Marie de Lancastre, marié successivement à Marguerite Nevill et à Mathilde de Lucy, maréchal d’Angleterre en 1376, fut créé comte de Northumberland par Richard III en 1377. Il était le frère aîné de Thomas de Percy, sénéchal de Poitou, fait prisonnier à Soubise en 1372, et fut le père de Henri, surnommé Hotspur, immortalisé par Shakspeare, mort en 1403; le comte de Northumberland survécut quatre ans à son fils.
[287]Guillaume, comte de Namur, quatrième fils de Jean Ieret de Marie d’Artois, dont Robert de Namur, seigneur de Beaufort, l’un des protecteurs de Froissart, n’était que le sixième fils, touchait une pension de 1000 livres de rente annuelle sur le trésor du roi à Paris.
[288]Enguerrand VII, seigneur de Coucy, servait alors en Italie à la solde du pape Grégoire XI.
[289]Oulchy-le-Château, Aisne, arr. Soissons, sur la route et à peu près à moitié chemin de cette ville à Château-Thierry.
[290]Dans le courant du mois de septembre, et sans doute dans les premiers jours de ce mois, Louis, duc d’Anjou, qui était de passage à Blois et qui arrivait du Périgord où il se trouvait encore à Limeuil (Dordogne, arr. Bergerac, c. Saint-Alvère) le 30 août précédent, donna des ordres à Pierre Scatisse, trésorier de France à Toulouse, pour le payement de la solde d’un corps d’armée, composé de 2000 hommes d’armes et de 500 arbalétriers, qu’il amenait du Languedoc à marches forcées au secours du roi de France son frère contre le duc de Lancastre (D. Vaissete,Hist. de Languedoc, IV, 352). Jean de Beuil, sénéchal de Beaucaire et de Nîmes, devait être l’un des principaux chefs de ces troupes de renfort. Aussi n’est-il pas sans intérêt de remarquer le rôle prêté ici par Froissart à ce chevalier, parce qu’il y a là un indice que le corps auxiliaire amené par le duc d’Anjou venait d’entrer en ligne et de se joindre aux gens d’armes du duc de Bourgogne pour harceler les Anglais et leur donner la chasse. L’affaire d’Oulchy eut lieu le vendredi 9 septembre, au matin. Sans parler de Gautier ou Walter Hewet tué les armes à la main, les Anglais ainsi surpris, qui formaient un petit détachement de 50 lances et de 20 archers, laissèrent entre les mains des vainqueurs 10 chevaliers de grand état et 24 écuyers (Grandes Chroniques, VI, 340). Ce beau fait d’armes ne contribua pas médiocrement à la haute fortune de Jean de Vienne, qui fut pourvu le 27 décembre suivant de la charge d’amiral de France, dont Aimeri, vicomte de Narbonne, avait été investi pendant quatre ans depuis le 28 décembre 1369 (Jean de Vienne, amiral de France, par le marquis Terrier de Loray, Paris, 1878, p. 65).
[291]Au moment du combat d’Oulchy, livré, comme on l’a vu ci-dessus, le 9 septembre, ni Du Guesclin ni le duc d’Anjou ne se tenaient devant le château de Derval. Arrivé à Paris depuis une dizaine de jours, puisque ses deux maréchaux, Jean de Beaumanoir et Robert de Guitté, avaient passé une revue à Saint-Cloud le 1eraoût précédent (Dom Morice,Preuves, II, col. 64, 65), le connétable de France a daté de Paris,au mois de septembre, des lettres de grâce ou de rémission qu’il octroya à un écuyer du comté de Longueville nommé Wautier du Mesnil, au sujet d’un homicide dont cet écuyer s’était rendu coupable (Arch. Nat., JJ 104, no310, fo129). D’ailleurs un acte, postérieur à l’événement de moins d’une année, nous montre Bertrand guerroyant contre les Anglais dans le Vermandois dès la première semaine de septembre (Voy. plus haut, p.LXXXVIII,note 276, et p.LXXXIX). Quant au duc d’Anjou, qui venait d’arriver précipitamment du Languedoc par le Périgord, il ne se dirigea, selon toute apparence, vers l’Anjou et la Bretagne qu’après avoir touché barre à Paris, où il prit les instructions du roi de France son frère, auquel il amenait les importants renforts dont il a été question plus haut. Comme le raconte Froissart, il dut aller ensuite devant le château de Derval, mais il n’y alla que pour prendre possession de cette place dont la reddition devait avoir lieu, aux termes du traité de capitulation, le 29 septembre seulement (Voy. la note suivante).
[292]Un mandement de Charles V en date du 8 octobre 1373 établit que la reddition du château de Derval avait été fixée par le traité de capitulation au 29 septembre précédent ou à la Saint-Michel, et que Bureau, seigneur de la Rivière, premier chambellan du roi de France, avait été chargé de faire escorte au duc d’Anjou, avec une nombreuse compagnie de gens d’armes, de Blois à Derval, «pour l’accompagner à tenircertaine journée que monseigneur de Cliçon avoit emprinse d’estre devant le chastel de Derval à ceste Saint Michel dernière passée, à laquelle journée ceux qui le tenoient le devoient rendre au roy.» (Delisle,Mandements de Charles V, no984, p. 510). Les sanglantes exécutions dont parle Froissart eurent lieu sans doute, soit le soir du jour fixé pour la reddition, soit plutôt le lendemain, c’est-à-dire le 30 septembre 1373.
[293]La mention de la présence à cette mémorable séance du duc d’Anjou, de Du Guesclin et de Clisson, ainsi que du rôle prépondérant qu’y jouèrent ces trois grands personnages, nous permet d’en déterminer la date au moins approximative. Elle ne put avoir lieu que dans le courant du mois de septembre, puisque aucun des trois orateurs qui y prirent la parole n’était arrivé à Paris avant cette date (Voy. ci-dessus, p.LXXXV,note 266, et p.XCII,note 291), et vraisemblablement vers la fin de la première quinzaine de ce mois, puisque, d’une part, Clisson rejoignit le corps d’armée du duc de Bourgogne à Sézanne le 13 septembre (Voy. p.LXXXV,note 266), et que, d’autre part, le duc d’Anjou ne put guère partir de Paris beaucoup après cette date pour se trouver devant Derval à la Saint-Michel (Voy. p.XCII,note 291, et p.XCIII). Nous inclinerions à fixer au 10 septembre la tenue de ce grand Conseil de guerre, précisément au lendemain de l’affaire d’Oulchy, dont l’heureuse issue venait de relever le crédit des partisans d’une offensive plus énergique. La présence de Du Guesclin et de Clisson à Paris, à la date que nous indiquons, est d’autant plus probable que cette même journée du 10 septembre 1373 fut marquée par les faveurs dont Charles V gratifia un certain nombre de chevaliers ou écuyers bretons, tels que Guillaume, seigneur de Penhoet (Hay du Chastelet, p. 383), Sevestre Campson, capitaine de Morlaix (Arch. Nat., J 621, no82), Maurice de Plusquellec (Ibid., no792), Hervé de Saint-Gouëno (Ibid., no793), enfin Olivier le Moine (Ibid., no79).—Quant aux ducs de Bourgogne et de Berry, dont Froissart mentionne également la présence, sans indiquer du reste l’avis qu’ils n’auraient certainement pas manqué d’émettre s’ils avaient réellement assisté à ce grand Conseil, ils étaient absents de Paris l’un et l’autre et ne purent par conséquent être consultés, du moins de vive voix. Quoi qu’il en soit, ce que dit Froissart de l’intimité qui s’établit dès lors entre le duc d’Anjou et Du Guesclin est confirmé par les faits. Le 28 octobre suivant, le jour même où Louis, duc d’Anjou, qui regagnait son gouvernement de Languedoc par Avignon, était de passage à Gien sur Loire (D. Vaissete,Hist. de Languedoc, Toulouse, 1885, X, 1495), Charles V, inspiré sans doute par son connétable, institua l’aîné de ses frères son lieutenant général dans tout le duché de Bretagne (Hay du Chastelet,Hist. de B. du Guesclin, p. 453).
[294]Des lettres de rémission, datées de novembre 1373, mentionnent le passage du duc de Lancastre et en particulier du connétable de son armée Édouard Spencer à Damery-sur-Marne (Marne, arr. et c. Épernay), où les deux ménestrels du dit connétable, originaires de la châtellenie d’Ypres, s’enfuirent en déserteurs du camp anglais avec leur valet (Arch. Nat., JJ 105, no68, fo44).
[295]Marne, arr. Châlons-sur-Marne. Eustache des Champs, dit Morel, a décrit dans quelques-unes de ses poésies les ravages commis par les Anglais aux environs de Vertus, d’où il était originaire.
[296]Le 18 octobre 1373, quelques-uns des hommes d’armes préposés à la défense de la Champagne, Béraud, comte dauphin d’Auvergne, Hugues de Melun, seigneur d’Antoing, Louis, seigneur de Sully et de Grez, Jacques Win, dit le Poursuivant d’Amours, furent passés en revue à Melun (La Roque,Hist. de la maison d’Harcourt, IV, 1452). Dès le 1erde ce mois, Jean, vicomte de Melun, comte de Tancarville, était à Pont-sur-Yonne (Yonne, arr. Sens) avec 50 hommes d’armes (Ibid., 1431, 1432). C’est à ce dernier grand seigneur que Charles V donna en 1379, à titre viager, le château de Beaufort (auj. Montmorency, Aube, arr. Arcis-sur-Aube, c. Chavanges), confisqué sur Jean, duc de Lancastre, qui le tenait du chef de sa femme (Arch. de la Côte-d’Or, série B, carton 3112).
[297]De Sézanne, qu’il quitta pendant la nuit du mardi 13, le duc de Bourgogne vint dîner et camper à Saint-Just (Saint-Just-Sauvage, Marne, arr. Épernay, c. Anglure) et, pressé de couvrir Troyes devenu l’objectif de l’ennemi, fit une telle diligence qu’il arriva dans la capitale de la Champagne le jeudi soir 15 septembre. Il y resta onze jours du jeudi 15 au lundi 26; le mardi 20, il alla coucher à Juilly (Côte-d’Or, arr. et c. Semur), où la duchesse de Bourgogne vint à sa rencontre; mais il était de retour à Troyes dès le lendemain. Cette excursion matrimoniale du duc de Bourgogne nous est un indice que les Anglais passèrent devant Troyes, selon toute apparence, entre le mercredi 21 et le lundi 26 septembre. Cf.Revue de Champagne et Brie, VI, 1879, p. 58.
[298]Jean de Hastings, comte de Pembroke, nommé lieutenant du roi d’Angleterre en la principauté d’Aquitaine le 20 avril 1372, avait été battu et fait prisonnier par la flotte de Castille à la bataille navale livrée devant la Rochelle le 23 juin suivant (Voy. plus haut, p.XXIIIàXXVII).
[299]Aux termes de «l’endenture» faite le 11 janvier 1375 (n. st.) entre Du Guesclin et le comte de Pembroke, le chiffre de la rançon s’élevait, non à 120 000, comme le dit Froissart, mais à 130 000 francs d’or du coin de France, payables: 50 000 francs avant la Purification ou le 2 février suivant, 10 000 francs six semaines après la rentrée du comte en Angleterre, et 70 000 en obligations munies des sceaux de cinq comtes et de cinq chevaliers anglais, lesquelles obligations seraient remboursables 35 000 francs à Noël ou le 25 décembre 1375, 35 000 francs le 24 juin ou à la Saint-Jean-Baptiste 1376. Il était convenu en outre que Jean de Hastings se pourrait armer et faire tout ce qui appartient à bon et loyal chevalier, aussitôt qu’il aurait payé les 10 000 francs pour lesquels il s’était personnellement obligé. A l’échéance du 2 février 1375, le comte de Pembroke n’ayant pu réunir tout l’argent dont il avait besoin pour faire son premier payement, Du Guesclin consentit d’autant plus facilement à accorder un délai à son prisonnier que l’évêque de Bayeux et le comte de Saarbruck furent bientôt appelés à se rendre à Bruges pour sceller chez un marchand lucquois nommé Fortiguerra le sac où l’on avait mis en dépôt, non seulement 23 135 nobles et demi et 2 gros valant 50 000 francs, mais encore deux obligations représentant une somme de 70 000 francs et revêtues de la garantie des cinq comtes et des cinq chevaliers anglais désignés dans l’endenture. Le comte de Pembroke était mort sur ces entrefaites, le lundi 16 avril 1375; et les gens du connétable avaient eu beau faire diligence, le malheureux prisonnier avait rendu le dernier soupir à Moreuil en Picardie (Somme, arr. Montdidier), et non à Arras, suivant la version de Froissart, avant d’avoir touché une terre anglaise. Sur l’ordre du duc de Lancastre, qui savait que le roi son père avait fait l’avance des sommes déposées chez Fortiguerra, la garnison anglaise de Guines avait refusé de prendre livraison d’un cadavre qui aurait coûté si cher, de telle sorte que les restes du comte auraient pu être abandonnés sur la voie publique si on ne les eût pas recueillis par pitié dans une abbaye située à deux lieues de Calais. Aussitôt qu’il fut informé du décès de son gendre, Édouard III n’eut rien de plus pressé que de se faire restituer par les échevins de Bruges ou plutôt de faire restituer à son fils le duc de Lancastre les sommes mises en dépôt chez Fortiguerra. Ce fut alors que le Breton Yves de Kerambars, procureur de Bertrand du Guesclin, adressa à ces mêmes échevins de Bruges, à l’appui des réclamations du connétable, un long mémoire conservé aux Archives Nationales dans un des registres du Trésor des Chartes (J 381, no16), mémoire dont M. Kervyn de Lettenhove a publié le texte en 1874 (Œuvres de Froissart, XVIII, 511-543). Le 20 juillet 1375, Charles V, prenant en considération l’appel interjeté par Du Guesclin contre la décision des échevins, fit ajourner ces derniers devant le Parlement de Paris. Les magistrats de Bruges n’ayant point comparu, furent condamnés par défaut, et le profit de ce défaut fut adjugé au connétable. Ce profit, purement de style, fut la seule satisfaction que Bertrand parvint à obtenir, quoique le procès en revendication qu’il avait intenté ait continué de figurer sur les rôles du Parlement pendant les années 1376 et 1377. La somme de 120 000 francs, chiffre de la rançon imposée par D. Enrique de Trastamar, roi de Castille, au comte de Pembroke, son prisonnier, avait été accepté par Du Guesclin en déduction du montant du produit de la vente de son duché de Molina et de son comté de Soria, rachetés par le dit roi de Castille. Comme le connétable n’avait fait cette vente que pour rester au service de Charles V, ce prince éprouva le besoin de dédommager, au moins dans une certaine mesure, son fidèle et loyal serviteur, auquel il donna, par acte daté de Paris, le lundi 30 mars 1377, une somme de 50 000 francs, exigible à raison de 5000 francs par mois jusqu’à parfait payement, en retour de quoi Bertrand lui transporta le 27 novembre suivant tout le droit qu’il pouvait avoir contre les échevins de Bruges (Hay du Chastelet,Hist. de B. du Guesclin, p. 454, 456, 457).
[300]Jean de Hastings, comte de Pembroke, mourut à Moreuil le 16 avril 1375, et Du Guesclin fit de vains efforts, dans le cours des années 1375 et 1376, pour se faire payer la rançon de son prisonnier. Froissart connaissait tous ces faits lorsqu’il en a intercalé la mention dans son récit de l’expédition du duc de Lancastre en France pendant la seconde moitié de 1373. Par conséquent, la rédaction de cette dernière partie de son premier livre ne peut être antérieure à la fin de 1376 ou au commencement de 1377. La mention de la mort d’Édouard Spencer, décédé au mois de novembre 1375, que l’on trouvera un peu plus loin, vient encore confirmer l’exactitude de cette conclusion (Voy. p.CIII,note 311).
[301]Guichard d’Angle, maréchal d’Aquitaine, avait été fait prisonnier ainsi que le comte de Pembroke dans la bataille navale livrée devant la Rochelle le 23 juin 1372 (Voy. plus haut, p.XXVI,XXVII).
[302]Mathieu, seigneur de Roye et de Germigny, envoyé comme otage en Angleterre après le traité de Brétigny, n’avait pas encore recouvré sa liberté à la date du 5 novembre 1371 (Rymer, III, 928). Au mois d’octobre 1368, Charles V, voulant dédommager ce chevalier d’une captivité aussi longue et aussi onéreuse, avait fondé à Germigny (Marne, arr. Reims, c. Ville-en-Tardenois) une foire annuelle qui se tenait depuis la veille de Saint-Simon et Saint-Jude jusqu’au deuxième jour après la dite fête (Arch. Nat., JJ 100, no165).
[303]Ce ne fut pas Olivier de Mauny, ce fut Alain de Mauny, neveu à la mode de Bretagne de Du Guesclin, qui épousa en 1374 Marie de Roye, fille unique de Mathieu, seigneur de Roye, et de Iolande de Hangest (P. Anselme,Hist. généal. de la maison de France, VIII, 9, 10).
[304]Les Anglais arrivèrent sans doute devant Troyes, comme nous l’avons dit plus haut, du 21 au 26 septembre. Un peu avant le 29 de ce mois, on les signalait portant des enseignes ou croix de drap rouge et des sachets pleins de soufre à Brienne et à Dienville (Aube, arr. Bar-sur-Aube, c. Brienne), dont les habitants étaient réduits à se cacher dans les bois (Arch. Nat., JJ 105, no31, fo24 vo). Ils passèrent la Seine à Gyé (Gyé-sur-Seine, Aube, arr. Bar-sur-Seine, c. Mussy-sur-Seine, au sud-est et en amont de Troyes), se dirigeant d’abord vers Sens. Il semble résulter de la narration de Cabaret d’Orville que l’un des corps de l’armée anglaise, sans doute l’aile droite, franchit l’Aube près de Plancy (Aube, arr. Arcis, c. Méry-sur-Seine), où plusieurs des hommes d’armes de l’entourage du duc de Bourbon tuèrent sept Anglais devant laBarrière amoureuseet taillèrent en pièces un détachement d’éclaireurs de l’avant-garde ennemie, en effectuant leur retour de Plancy à Troyes (La chron. du bon duc Loys de Bourbon, p. 50-52). D’après ce même chroniqueur, deux mille hommes d’armes renfermés dans Troyes opérèrent, sous les ordres de Louis, duc de Bourbon, et d’Olivier, seigneur de Clisson, une sortie où l’on tua 100 ennemis et où furent faits 120 prisonniers, notamment Jean Burleigh (Ibid., p. 53).
[305]Une lettre datée de Paris le 12 octobre 1373 et adressée par Pierre de Villiers-Herbisse (Aube, arr. et c. Arcis), confesseur de Charles V, évêque de Nevers, et par le célèbre avocat Jean des Marès, conseiller du roi, aux habitants de Troyes, mentionne «les grans dommages que les diz habitans et tout le pais de environ ont euz ou fait de la guerre» (D’Arbois,Voyage paléographique, p. 151, 152). Les faubourgs de la capitale de la Champagne eurent beaucoup à souffrir et, le 19 avril 1374, Charles V amortit 50 livres tournois de rente annuelle en faveur de la maison des Chartreux lez Troyes: «cum vix poterit dicta domus reparari, propter dampna et nonnulla gravamina per gentes nostras armorum in bonis suis illata,dum dux Lancastrie, inimicus noster, cum suo exercitu per partes Campanie transitum faceret» (Arch. Nat., JJ 106, no397, fo205 vo).
[306]Vers la fin de septembre 1373, le bailli du pays d’Auxois pour le duc de Bourgogne ordonna de faire rentrer les vivres dans les châteaux et d’enlever les fers des moulins par crainte des Anglais dont on signalait la présence à Pothières (Côte-d’Or, arr. et c. Châtillon-sur-Seine), à Pontaubert (Yonne, arr. et c. Avallon) et à Vaux (Arch. de la Côte-d’Or, B 2760;Invent., 305). A cette même date, pendant la saison des vendanges, Bertrand du Guesclin et Philippe, duc de Bourgogne, donnèrent la chasse à l’un des détachements de l’armée du duc de Lancastre qui s’était avancé dans la direction de Joigny et de Sens, comme on le voit par une lettre de rémission octroyée en décembre 1373 à Jean Tenrieau, de Brion près de Joigny, où il est fait mention de «aucuns pillars suivans,environ vendanges derrain passées, les routes des gens d’armesen la compaigniede notre très cher et très amé frèrele duc de Bourgoigneet de nostre amé et fealconnestable estans ou pais de Bourgoignepour contrester à l’entreprise de nos ennemis.» (Arch. Nat., JJ 105, no95, fo59). D’après Cabaret d’Orville, les Anglais se seraient avancés dans cette direction jusqu’aux faubourgs de Sens, où Olivier, seigneur de Clisson, les aurait fait tomber dans une embuscade, en aurait tué 600 et leur aurait ainsi infligé le plus grave échec de toute l’expédition (La chronique du bon duc Loys de Bourbon, p. 54, 55). Ce fut peut-être cet échec qui détermina le duc de Lancastre à rebrousser chemin, à remonter le cours de la Loire jusqu’à Marcigny pour gagner Bordeaux en traversant l’Auvergne et le Limousin. Voici, d’après l’Itinéraire de Philippe le Hardi, dressé par M. Petit, la route que suivit le duc de Bourgogne depuis Troyes jusqu’en Auvergne; comme le duc poursuivait Lancastre, cet itinéraire nous indique avec quelques jours seulement de retard la marche et les étapes successives des Anglais eux-mêmes. Le mardi 27 septembre, Philippe le Hardi, qui venait de quitter Troyes, dîna à Villemaur (Aube, arr. Troyes, c. Estissac) et coucha à Joigny; le lendemain 28, il alla dîner à Villemer (Yonne, arr. Joigny, c. Aillant), soupa et coucha à Auxerre, où il passa les deux derniers jours du mois de septembre. Il passa le 2 octobre à Druyes (Yonne, arr. Auxerre, c. Courson), le 3 à Varzy (Nièvre, arr. Clamecy), du 4 au 6 à Prémery (Nièvre, arr. Cosne), du 7 au 9 à Decize (Nièvre, arr. Nevers); le 10, il fut réduit à coucher en rase campagne; il passa le 11 et 12 octobre à Roanne, dans le comté de Forez, quelques jours après que les Anglais avaient effectué le passage de la Loire à Marcigny, un peu en aval de Roanne; le 13, il alla coucher à Saint-Haon (Loire, arr. Roanne), le 14 à Cusset (Allier, arr. La Palisse), le 18 à Saint-Pourçain (Allier, arr. Gannat). Arrivé le dimanche 19 octobre à Souvigny (Allier, arr. Moulins), il y passa quatre jours dans la magnifique résidence du duc de Bourbon, frère de sa belle-sœur la reine de France. Revenu le 24 à Saint-Pourçain, il y prolongea son séjour jusqu’au dimanche 30 et n’arriva que le lundi 31 dernier jour d’octobre à Aigueperse, en Auvergne.
[307]Arrivé à Aigueperse (Puy-de-Dôme, arr. Riom) le 31 octobre, le duc de Bourgogne passa les deux premiers jours de novembre dans cette localité, située sur le bord de l’ancienne voie romaine qui, contournant le massif du Puy de Dôme, conduisait de temps immémorial par la vallée de la Dordogne en Limousin et en Périgord. D’Aigueperse, Philippe le Hardi se rendit à Riom, où il passa également deux jours, le jeudi 3 et le vendredi 4 novembre. Le samedi 5, il vint souper et coucher à Clermont, où il séjourna jusqu’au mercredi 9. Renonçant à poursuivre plus loin l’armée anglaise, il revint le 10 coucher à Aigueperse, d’où il se dirigea vers Bourges en passant par Montagu en Combraille, Montluçon, Hérisson, Ainay-le-Château et Meillant; le 16, il arriva dans la capitale du Berry, où il fut rejoint le 24 par la duchesse de Bourgogne, qui y tint compagnie à son mari jusqu’au 29, jour où l’on célébra dans la cathédrale de Sens un service solennel pour le repos de l’âme de la reine de Navarre, récemment décédée. Le vendredi 2 décembre suivant, le duc de Bourgogne était à Paris, où il rendit compte au roi son frère de tous les incidents d’une campagne qui durait depuis quatre mois. En novembre 1373, plusieurs lettres de rémission retracent les ravages exercés par les Anglais en Bourgogne, en Nivernais, en Berry et en Auvergne (Arch. Nat., JJ 105, nos288, 305; JJ 115, no104; KK 252, fo25).
[308]Le Limousin fut la seule province où le duc de Lancastre réussit à s’emparer, pendant le cours de son expédition, de places de quelque importance. Sans parler d’un chevalier nommé Pierre de Maumont, dont Charles V donna les biens à Gui d’Aubusson, en mars 1374, parce que le dit Pierre s’était rallié aux Anglais «pour le temps que le duc de Lanclastre avecques sa compaignie a derrain chevauchié par le pais de Lymozin» (Arch. Nat., JJ 105, no204), lequel Pierre de Maumont réussit à obtenir sa grâce dès le mois de juillet suivant (Ibid., no420), la ville de Tulle se rendit aux envahisseurs, comme on le voit par des lettres de rémission datées du 15 mars 1374 (n. st.), où on lit que «nostre ennemi le duc de Lencastre, comme il passast derrain avecques ses gens par le pais de Lymosin, eust pris la cité de Tuelle» (Arch. Nat., JJ 105, no238, fo131 vo; JJ 108, no27, fo18). Brives la Gaillarde suivit l’exemple de Tulle et ouvrit ses portes aux Anglais que les Français poursuivaient (JJ 105, no491, fo250 vo). Cette dernière ville ne fut reprise que vers la fin du mois de juillet de l’année suivante; Louis, duc de Bourbon, l’emporta d’assaut (JJ 105, no578, fo290; JJ 106, no339, fo179 vo). Ces opérations en Limousin, où Bertrand du Guesclin, du côté des Français, et Bernard de la Sale, du côté des Anglais, nous apparaissent dans les actes comme ayant joué un rôle actif, durent avoir lieu, d’après Cabaret d’Orville, assez bien renseigné sur cette fin de l’expédition du duc de Lancastre, un peu avant Noël ou le 25 décembre (La chronique du bon duc Loys de Bourbon, p. 55), en d’autres termes, pendant la seconde quinzaine de novembre et les vingt premiers jours de décembre 1373. Cf.Bulletin de la Société archéologique de la Corrèze, t. I (1878-1879), p. 130 et suiv.
[309]Le Rouergue n’était pas sur le chemin du duc de Lancastre, qui devait être pressé de rentrer directement à Bordeaux après avoir fait campagne en Limousin dans une saison déjà rigoureuse. Il est plus probable qu’après la prise de Tulle et de Brives les Anglais continuèrent de suivre la vallée de la Dordogne et se dirigèrent vers le Bordelais en passant par Sarlat, Limeuil, Lalinde et Bergerac. Tel est du reste l’itinéraire que Guillaume de Saint-André fait suivre à Jean de Montfort, duc de Bretagne, qui, s’étant séparé du gros de l’armée anglaise à la suite d’une querelle avec le ducdeLancastre au sujet du payement de la solde des troupes et sans doute aussi au sujet de l’occupation du Limousin sur lequel Montfort élevait des prétentions, avait pris les devants et, accompagné seulement de soixante Bretons fidèles, s’était frayé à part un passage pour gagner Bordeaux (Le livre du bon duc Jehan de Bretaigne, vers 2011 à 2361).
[310]Un acte d’Édouard III, daté du 8 janvier 1374, mentionne le retour à Bordeaux, ou du moins en Guyenne, du duc de Lancastre, «par ce que nous fumes certifiez qe nostre très cher fitz Johan, roi de Castille et de Leon, duc de Lancastre, liquel a esté grant piece ovesque pluseurs nobles seignours et grantz et autres gentz d’armes en sa compaignie assemblez en grant host es parties de France,est de presente en nostre seignourie d’Aquitaigne» (Delpit,Documents français en Angleterre, p. 190). Le duc de Lancastre mit fin à son expédition et rentra à Bordeaux dans les derniers jours de 1373 ou les premiers jours de 1374.
[311]Édouard Spencer, l’un des protecteurs de Froissart, qui avait été chargé dans l’expédition du duc de Lancastre de l’office de connétable de l’armée, ne survécut pas deux ans à cette expédition; il mourut à Cardiff au mois de novembre 1375.
[312]Parti de Gien-sur-Loire le 28 octobre 1373 (Voy. plus haut, p.XCIV,note 293), Louis, duc d’Anjou, était à Lyon le 27 novembre, à Roquemaure (Gard, arr. Uzès) du 29 du même mois au 2 décembre, à Avignon du 2 au 12 de ce mois, à Nîmes (où il fêta le jour de Noël dans l’hôtel de Pierre Scatisse, trésorier de France) du 13 décembre au 2 janvier; il partit de Nîmes ce jour-là en compagnie de Pierre Scatisse pour se rendre à Toulouse, où il arriva le dimanche 8 janvier 1374 (Journal de Pierre Scatisse de 1369 à 1374, publié par Ménard,Histoire de Nismes, II; Preuves, p. 2-7).
[313]Bertrand du Guesclin n’accompagna point le duc d’Anjou dans ce voyage; il employa les deux derniers mois de 1373 à donner la chasse aux Anglais du duc de Lancastre. Treize jours après l’arrivée du duc à Toulouse, le samedi 21 janvier 1374, Bertrand, devenu veuf par le décès de sa première femme Tiphaine Raguenel, morte peu après le 23 juillet de l’année précédente, se remaria à Rennes à Jeanne de Laval, dame de Tinténiac, fille de Jean de Laval, sire de Châtillon, et d’Isabeau, dame de Tinténiac, de Bécherel et de Romillé (Hay de Chastelet,Hist. de B. du Guesclin, p. 250; P. Anselme,Hist. généal., VI, 186). Le connétable passa en Bretagne et en basse Normandie, à Pontorson, avec sa jeune femme, la fin de janvier ainsi que les mois de février et de mars, et n’alla rejoindre le duc d’Anjou en Languedoc que dans le courant du mois d’avril. Une quittance d’une somme de 1000 francs qu’il délivra à Étienne de Montmejan, trésorier des guerres du roi de France et du duc d’Anjou, atteste sa présence à Toulouse le 25 avril 1374 (Bibl. Nat., Pièces Originales, vol. 1433, dossierDu Guesclin).
[314]Ce corps d’armée, dont Froissart exagère beaucoup l’effectif, ne fut pas formé à Périgueux, mais à Toulouse, et nous possédons les montres des principaux hommes d’armes enrôlés à cette occasion par le duc d’Anjou (D. Vaissete,Hist. de Languedoc, Toulouse, 1885, X, col. 1503-1509).
[315]Auj. Saint-Sever-de-Rustau, Hautes-Pyrénées, arr. Tarbes, c. Rabastens, sur l’Arros, à 22 kil. au nord-est de Tarbes. Le cloître de l’abbaye bénédictine de Saint-Sever au diocèse de Tarbes subsistait en partie, quoique à moitié ruiné, il y a quelques années. «Les châteaux du Bigorre, écrivait en 1885 M. A. Molinier, étaient tenus par les Anglais au nom du captal de Buch, celui-ci ayant été gratifié de ce comté par le roi d’Angleterre et son fils le duc d’Aquitaine» (Hist. de Languedoc, IX, 843, note 1). Le consciencieux annotateur de dom Vaissete commet ici une petite erreur. Le 27 juin 1369, le prince de Galles avait en effet donné au captal le comté de Bigorre, et cette donation avait été confirmée par Édouard III le 20 avril de l’année suivante (Rymer, III, 890). Mais trois mois après la prise du captal de Buch à Soubise, le 20 novembre 1372, Édouard III avait donné la viguerie de Mauvezin en l’évêché de Tarbes et la terre de Maransin à Roger Bernard de Foix, vicomte de Castelbon et seigneur de Navailles (Bibl. Nat., Collect. de Bréquigny, XXX, fos134, 136).
[316]Hautes-Pyrénées, arr. Argelès, à 19 kil. au sud-ouest de Tarbes. Quoi qu’en ait dit dom Vaissete, dont le principal annotateur de la nouvelle édition de l’Histoire générale de Languedoc, M. A. Molinier, a accepté sur ce point les conclusions (IX, 835, 843, note 1; X, 117), il n’y a point lieu de distinguer deux expéditions du duc d’Anjou contre les places anglo-gasconnes du comté de Bigorre, l’une qui se fit réellement du milieu de juin au 7 juillet 1373, l’autre que l’on aurait recommencée du 14 juin au 8 juillet de l’année suivante. Quant à l’expédition très réelle de 1373, trois actes vidimés dans les registres du Trésor des Chartes l’établissent avec la dernière évidence. Le premier de ces actes par lequel Louis, duc d’Anjou, donne au comte d’Armagnac la viguerie de Goudon en Bigorre (Hautes-Pyrénées, arr. Tarbes, c. Tournay) est daté «en nos tentes devant Mauvoisin», le 20 juin 1373 (Arch. Nat., JJ 105, no55, fo37 vo). Le second acte, par lequel ce même duc gratifie le dit comte d’une autre viguerie du comté de Bigorre, celle de Mauvezin, et aussi de la cité de Capvern, confisquées sur le vicomte de Castelbon rebelle, a été dressé «en nos tentes devant Lourdes», le dernier jour de juin, c’est-à-dire le 30 juin suivant (Ibid., no73, fo47). Enfin, la date d’une confirmation faite par le duc d’Anjou d’un acte antérieur est ainsi conçue: «in tentis nostris ante Lourdam, anno Domini millesimo trecentesimo septuagesimo tercio, mense junii» (Ibid., JJ 149, no296, fo148 vo). Dès 1867, un érudit du Bigorre, M. Curie-Seimbres, avait assigné sa véritable date à la campagne du duc d’Anjou en Bigorre; malheureusement, il s’est trompé à son tour en faisant assiéger Lourdes, au mois de juin 1373, par Du Guesclin qui guerroyait alors en Bretagne (Mém. de la Soc. des Hautes-Pyrénées, année 1867, p. 104, 105). Quoi qu’il en soit, il demeure certain que le siège de Mauvezin, puis de Lourdes, par le duc d’Anjou, pendant la seconde quinzaine de juin 1373, est établi par des actes et ne saurait être contesté, tandis que la prétendue expédition de ce même duc et de Du Guesclin contre Saint-Sever et Lourdes en 1374, soit du 8 juillet au 1eraoût, soit, comme le suppose M. A. Molinier, du 14 juin au 8 juillet, est en contradiction avec des documents authentiques, au moins en ce qui concerne le connétable de France. Froissart, ayant commis l’erreur de faire guerroyer le duc d’Anjou en Bretagne pendant la première moitié de 1373, a rapporté sans doute à l’année 1374 des faits de guerre qui s’étaient passés précisément un an auparavant et qu’il n’aurait pu, sans se contredire, mentionner à leur date véritable. L’erreur de dom Vaissete et des nouveaux éditeurs de l’Histoire générale de Languedocest d’autant plus singulière qu’ils ont connu deux des pièces dont nous venons de donner l’analyse (Hist. de Languedoc, IX, 835, note 5).
[317]Un peu avant le mois de juillet 1374, Roger Bernard de Foix, vicomte de Castelbon, entama des négociations avec le duc d’Anjou et fit présenter à celui-ci par son procureur des propositions d’accommodement dont nous possédons le texte publié pour la première fois en 1885 sous la date erronée de 1369 par M. A. Molinier (Hist. de Languedoc, X, col. 1420 et 1421); mais l’éditeur a reconnu qu’il faut faire descendre en 1374 la rédaction de ces propositions (Ibid., IX, 843, note 2). Dans le courant du mois de juillet de cette année, ces négociations aboutirent à un traité conclu à Toulouse, dont Vaissete a publié le texte (Ibid., X, col. 1482-1486). En dédommagement du château de Mauvezin en Bigorre dont il s’était emparé, le duc assigna au vicomte: 1o500 livres de rente annuelle assises sur les château et châtellenie de Sauveterre de Bercodan en la sénéchaussée de Toulouse (Haute-Garonne, arr. Saint-Gaudens, c. Saint-Bertrand); 2ole droit de battre monnaie; 3o1000 livres de rente à prendre sur la conquête à faire de la Guyenne; 4ole lieu de Bonnegarde en la sénéchaussée des Landes (Landes, arr. Saint-Sever, c. Amou); 5ola restitution d’une rente annuelle de 600 livres dont Géraude de Navailles, femme du vicomte, devait jouir sur la recette de Toulouse.
[318]Raymond Bernard, seigneur de Castelnau-Tursan (Landes, arr. Saint-Sever, c. Geaune).
[319]Basses-Pyrénées, arr. Oloron, c. Accous.
[320]Sault-de-Navailles, Basses-Pyrénées, arr. et c. Orthez. Dans les propositions transmises par son procureur, le vicomte de Castelbon exprimait le vœu que le duc d’Anjou le chargeât de la garde de Sault avec 60 lances et de celle de Mauvezin avec 30 lances, mais le lieutenant du roi en Languedoc se garda bien de faire droit à ces deux demandes.
[321]Cette journée n’était point assignée, du moins à l’origine, à la mi-août, mais au lendemain de Pâques, c’est-à-dire au lundi 3 avril 1374. Froissart a entraîné dans son erreur le judicieux dom Vaissete lui-même, ainsi que le très diligent annotateur de la nouvelle édition de l’Histoire générale de Languedoc, qui aurait dû peut-être prendre plus garde au passage suivant du journal de Pierre Scatisse publié en 1751 par Ménard: «... tout pour le grant besoing de finence que monseigneur avoit pour payer les gens d’armes qu’il avoit mandés estre devers luià lendemain de Pasques, pour la dite journée qu’il entendoit à tenir contre le duc de Lancastre sur les champs» (Hist. de Nismes, II; Preuves, p. 6). Walsingham fixe cette journée au 10 avril 1374.
[322]Les légats que Grégoire XI avait chargés de s’entremettre de la paix, vers le milieu de 1373, étaient Simon, cardinal, archevêque de Canterbury, et Jean de Dormans, chancelier de France, dit le cardinal de Beauvais (Rymer, III, 969, 970); mais ce dernier mourut le 7 novembre de cette année. En 1374, le pape confia la même mission à Pileus de Prata, archevêque de Ravenne, et à Guillaume de Lestrange, évêque de Carpentras.
[323]Dom Vaissete a supposé que cette trêve ou suspension d’armes avait été conclue vers le 15 juin 1374 par l’entremise du comte de Foix et du vicomte de Castelbon (Hist. de Languedoc, IX, 843; X, 117). C’est une erreur. La trêve dont il s’agit est antérieure au 4 avril 1374, puisqu’il en est fait mention dans une «endenture» entre le duc de Lancastre et les deux capitaines anglais de Lusignan qui porte cette date: «pour cause de cestes trevez qe au present ont esté pris par mon dit seigneur de Castille (le duc de Lancastre) et ses adversaires de France» (Delpit,Documents français en Angleterre, p. 191). Antérieurement au 9 mars de cette année, Du Guesclin, qui se disposait à quitter la Bretagne pour se rendre en Languedoc, est mentionné comme ayant conclu de son côté un arrangement avec le duc de Lancastre (Arch. Nat., X1a1470, fo110 vo), lequel arrangement n’est autre sans doute que la trêve mal datée par dom Vaissete. D’après Thomas Walsingham, cette trêve, conclue à l’insu d’Édouard III, devait durer jusqu’au 20 mai 1374 (Historia anglicana, p. 316). D’après le rédacteur desGrandes Chroniques de France(VI, 343), elle avait été négociée par Bertrand du Guesclin, du côté des Français, par Robert, seigneur d’Aubeterre, et par Thierry, dit le Chanoine de Robersart, du côté des Anglais; elle prit fin le 21 mai 1374, le jour de la fête de la Pentecôte, et l’on voit que cette date finale est la même à un jour près que celle qui est donnée par Walsingham.
[324]D’après le rédacteur desGrandes Chroniques de France(VI, 342), Jean, duc de Lancastre, quitta Bordeaux pour retourner en Angleterre dans le courant du mois d’avril 1374. Ce départ eut lieu sans doute peu de jours après le 4 avril, date de l’endenture qui fut passée à Bordeaux entre le duc et les deux capitaines anglais de Lusignan (Voy. plus haut, p.LXIII,note 196).
[325]Thomas de Felton fut confirmé par Édouard III dans son office de sénéchal d’Aquitaine par un acte passé à Westminster le 6 mars 1374 (Rymer, III, 1000). Avant son départ de Bordeaux, Jean, duc de Lancastre, nomma lieutenants en Aquitaine pendant son absence, outre Thomas de Felton, Florimond, seigneur de Lesparre, et Robert Roux, maire de Bordeaux (Delpit,Documents français en Angleterre, p. 328).
[326]Le 20 août 1373, Bertrand du Guesclin avait ordonné la levée d’un subside de 1 franc par feu dans les cinq diocèses de Rennes, de Dol, de Saint-Malo, de Saint-Brieuc et de Vannes, «pour paier certaine somme à messire Robert Richier à cause de Becherel» (Voy. p.LXXXV,note 267, et p.LXXXVI.). Cette phrase semblerait indiquer qu’à la date du mandement le château de Bécherel s’était déjà rendu aux Français par composition, c’est-à-dire moyennant le payement d’une somme déterminée.
[327]A l’origine, comme nous l’avons établi plus haut, la journée sur les champs entre Montauban et Moissac, entre les rivières de Garonne et de Tarn, avait été fixée au lundi 3 avril 1374. Il est vrai que, trois semaines avant le terme convenu, le 17 mars, le duc d’Anjou dépêcha un docteur en lois et deux de ses chambellans auprès de Gaston Phœbus, comte de Foix, par l’intermédiaire duquel il négociait avec le duc de Lancastre, pour entamer des négociations sur de nouvelles bases et suspendre, continuer, proroger ou même au besoin faire tenir comme nulle et non avenue la journée primitivement fixée au 3 avril (Rymer, III, 1000). Si l’on admet la version de Froissart, ces nouveaux pourparlers auraient eu pour résultat de faire proroger la journée de Moissac du 3 avril au 15 août. Arrivé de Bretagne à Toulouse au plus tard le 25 avril 1374, Du Guesclin employa les mois de mai, de juin et de juillet à mettre en bon état de défense les places fortes du bas Languedoc et à donner la chasse aux Compagnies qui infestaient cette région. Le 19 mai, il était à Narbonne, où il fut consulté par le duc d’Anjou sur les mesures à prendre pour fortifier cette ville (Hist. de Languedoc, X, noteXXVIII, p. 115), le 26 du même mois et le 2 juin à Carcassonne, le 19 et le 20 juin à Montpellier; dès le 8 juillet, il était de retour à Toulouse, où il se trouvait encore le 26 de ce mois (Bibl. Nat., Pièces Originales, vol. 1433, dossierDu Guesclin). Le 1eraoût suivant, il partit sans doute de Toulouse avec les ducs d’Anjou et de Bourbon pour aller mettre le siège devant la Réole (Journal de Scatisse publié dansHist. de Nismes, II; Preuves, p. 6). Dès le 4 août, Louis, duc d’Anjou, était déjà arrivé à Agen, où il fit un cadeau à un homme d’armes nommé Robert Sadot (Hist. de Languedoc, X, col. 1506), et il est probable qu’à cette même date Du Guesclin se trouvait aussi dans cette ville. Le 10 de ce mois, la présence du connétable de France à Agen est attestée par une quittance qu’il y donna de ses gages et de ceux de 100 hommes d’armes de sa compagnie, dont 12 chevaliers et entre autres son cousin Hervé de Mauny (Hay du Chastelet,Hist. de B. du Guesclin, p. 384; dom Morice,Preuves de l’histoire de Bretagne, II, col. 81). Dans aucun de ces documents il n’est question d’une prétendue journée de Moissac qui aurait été prorogée au 15 août.
[328]La trêve, qui expira le 21 mai 1374, n’aurait pu s’appliquer à une journée de Moissac prorogée au 15 août suivant.
[329]Gaston Phœbus, comte de Foix, ne fit sa soumission définitive au roi de France qu’en 1375.
[330]Louis, duc d’Anjou, qui vers le 15 août 1374, à la date de la prétendue journée de Moissac prorogée, se trouvait à Agen ou près d’Agen, et non à Périgueux, ne retourna pas alors à Toulouse, mais continua sa marche vers la Réole. Il n’eut pas besoin de prendre possession de la ville de Moissac, qui était redevenue française dès le 23 juillet 1370 (Voy. le tome VII de notre édition, sommaire, p.LXVIII,note 211, et p.LXIX). Nous ignorons sur quoi se fonde dom Vaissete lorsqu’il mentionne un siège de «la ville de Marziac, au diocèse d’Auch», vers la fin de juin 1374, par le duc d’Anjou (Hist. de Languedoc, IX, 843).
[331]On a vu par la note précédente que Louis, duc d’Anjou, accompagné de Louis, duc de Bourbon, et de Bertrand du Guesclin, avait quitté Toulouse dès le 1eraoût, non le 7 ou le 17 septembre, et qu’il était déjà arrivé à Agen le 4 de ce même mois d’août. Certains manuscrits assignent en effet à son départ de Toulouse, les uns la date du 7, d’autres celle du 17 septembre. On voit que ces deux dates sont inexactes.
[332]Auj. chef-lieu d’arrondissement de la Gironde, sur la rive droite de la Garonne, à 51 kil. en amont et au sud-est de Bordeaux. La garnison de cette place était alors commandée par Hugh de Calverly, auquel Florimond, seigneur de Lesparre, et le maire de Bordeaux Robert Roux, lieutenants en Aquitaine pour le duc de Lancastre, avaient fait délivrer, dès le 4 août, des munitions, «ad redeundum ad villam Regule contra adventum ducis Andegavie» (Arch. hist. de la Gironde, XII, 338). Du 3 août au 21 septembre, Regnaut de Montléon, l’un des maîtres d’hôtel du duc de Berry, alla de Lusignan à la Réole et revint de cette ville à Poitiers par l’ordre de son maître qui l’avait chargé d’une mission auprès du duc d’Anjou au sujet de Thomas de Percy (Arch. Nat., KK 252, fo37). Dès le 21 août, la ville proprement dite se rendit «gracieusement et grandement» au duc d’Anjou (Arch. Nat., JJ 107, no18; JJ 126, no104), qui, le 27 de ce mois, témoigna sa reconnaissance aux habitants en confirmant leurs privilèges (Ordonn., VI, 105 à 108); le lendemain 28, le duc d’Anjou partit de la Réole après avoir fait promettre à la garnison anglaise qui tenait bon dans le château que, si elle n’était secourue avant le 8 septembre suivant, elle rendrait à cette date le dit château au roi de France (Grandes Chroniques, VI, 343). Du Guesclin fut sans doute chargé de continuer le blocus et de tenir la main à l’exécution de cette convention, car plusieurs des hommes d’armes de sa compagnie, tels que Colart d’Estouteville, seigneur de Torcy (Bibl. Nat., Titres scellés de Clairambault, reg. 45, p. 3373), et l’arbalétrier génois Louis Doria, écuyer (Ibid., reg. 41, p. 3071), furent payés de leur solde à la Réole le 4 septembre, et nous possédons une quittance du connétable de France datée également de la Réole le 11 du même mois (Ibid.,Collect. des Pièces originales, vol. 1433, dossierDu Guesclin). Le 15 septembre, le duc d’Anjou lui-même, après une chevauchée où il s’était fait rendre sans doute quelques-unes des petites places des environs de la Réole indiquées par Froissart, était de retour dans cette ville, où il fit remise de 10 000 francs d’or au duc de Bourbon sur les 30 000 stipulés en échange de la renonciation à ses prétentions sur le comté de Forez (Huillard-Bréholles,Titres de la maison de Bourbon, I, 573).
[333]Gironde, arr. Bazas, sur la rive gauche de la Garonne, presque en face de Saint-Macaire.
[334]Gironde, arr. la Réole, à l’ouest et en aval de cette ville, sur la rive droite de la Garonne. Le 13 septembre 1374, Bertrand de Pomiers était capitaine de la garnison anglaise de Saint-Macaire (Arch. hist. de la Gironde, XII, 331).
[335]Condom (Gers) est assez éloigné de cette région et avait fait sa soumission au roi de France du 1erau 13 mai 1369. Cabaret d’Orville (édit. Chazaud, p. 59, 60) désigne aussi Condom et ajoute à la liste de Froissart le Port-Sainte-Marie (Lot-et-Garonne, arr. Agen), Penne-d’Agenais (Lot-et-Garonne, arr. Villeneuve), Penne-d’Albigeois (Tarn, arr. Gaillac, c. Vaour), Florence (Gironde, arr. Libourne, c. Poujols) et Genas (écart de Pellegrue, Gironde, arr. la Réole).
[336]Lot-et-Garonne, arr. et c. Marmande, sur la rive droite de la Garonne, au sud-est et en amont de la Réole.
[337]Ce nom de lieu, que l’on trouve écrit, tantôt «Prudaire», tantôt «Praudaire», dans les divers manuscrits de Froissart, est inconnu.
[338]Le 15 septembre 1373, Thomas de Felton, sénéchal d’Aquitaine, donna l’ordre de délivrer 12 arcs, 12 gerbes de flèches et 24 cordes d’arcs à Amanieu «de Balfada», chevalier, châtelain de Bourg et gardien du château de Montléon dans la sénéchaussée de Saintonge (Arch. hist. de la Gironde, XII, 320, 328). Le Montléon mentionné ici est évidemment le «Mautlion» de Froissart, dont c’est affaire aux érudits locaux de déterminer l’emplacement.
[339]M. Kervyn de Lettenhove (Œuvres de Froissart, XXIV, 269) propose d’identifier «Dion» avec le château de Dieu-la-Volt signalé par M. Léo Drouyn dans la vallée du Drot, presque en face de Monségur (Gironde, arr. la Réole). «Dion» n’est peut-être qu’une mauvaise leçon pour Rioms (Gironde, arr. Bordeaux, c. Cadillac, sur la rive droite de la Garonne, en aval de la Réole), forteresse où les Anglais tenaient garnison en août et septembre 1374 (Arch. hist. de la Gironde, XII, 338).
[340]«Sebillach» désigne peut-être Savignac (Gironde, arr. Bazas, c. Auros), sur la Bassanne, affluent de la rive gauche de la Garonne.
[341]La forteresse d’Auberoche est aujourd’hui un simple lieu-dit de la commune du Change (Dordogne, arr. Périgueux, c. Savignac-les-Églises), sur la Haute-Vézère, à 15 kil. à l’est de Périgueux. Cabaret d’Orville ne dit rien de cette prétendue expédition contre Auberoche qui aurait obligé le duc d’Anjou à s’éloigner beaucoup de la vallée de la Garonne, son centre d’opérations pendant toute cette campagne qui ne dura que deux mois.
[342]Comment le duc d’Anjou et Du Guesclin auraient-ils pu s’éloigner du Rouergue, puisqu’ils venaient de faire campagne dans la vallée de la Garonne, vers les confins de l’Agenais et du Bordelais? Auberoche, la dernière place qu’ils auraient prise, si l’on admet la version du chroniqueur, est située en Périgord, non dans le Rouergue.
[343]Quoi qu’en dise ici Froissart, le duc d’Anjou retourna certainement à Toulouse, où il était rentré dès le commencement d’octobre; il en partit le 8 en compagnie de la duchesse pour aller à Nîmes, où il séjourna jusqu’au 30 du même mois. De Nîmes, il se dirigea vers Villeneuve-lez-Avignon (Ordonn., VI, 70, 71), où il donna, le lundi 27 novembre, à quinze cardinaux, ce somptueux dîner pour les apprêts duquel Pierre Scatisse, trésorier du duc, revint à Nîmes faire provision de sauvagines (Ménard,Hist. de Nismes, II; Preuves, p. 6, 7). Du Guesclin, au contraire, dut se rendre auprès de Charles V en toute hâte et par la voie la plus directe, ainsi que Froissart le raconte. Dès le 2 octobre 1374 il était arrivé à Paris, et donna ce jour-là à Jeannet d’Estouteville, frère de Colart d’Estouteville, seigneur de Torcy, varlet tranchant du roi, lesquels Colart etJeannetvenaient de servir sous ses ordres devant la Réole, les biens confisqués de Guillaume de Briançon, justicié pour ses démérites par ordre du bailli de Rouen (Arch. Nat., JJ 106, no49, fo29 vo. Cf.Revue hist.,XXXV, 288-92).
[344]A la date du 16 septembre 1373, au lendemain du passage en Vermandois de l’armée du duc de Lancastre, Hue ou Hugue de Châtillon, maître des arbalétriers de France, était à Saint-Quentin, où il donna l’ordre de faire payer les gages de Jean d’Audenfort, écuyer, capitaine du fort d’Audrehem (Bibl. Nat., Collect, de Clairambault, reg. 4, p. 161).
[345]Henri, seigneur des Isles (Clairambault, reg. 62, p. 4767).
[346]Jean de Longvillers, seigneur d’Engoudsent (auj. hameau de Beussent, Pas-de-Calais, arr. Montreuil-sur-Mer, c. Hucqueliers).
[347]Cette rencontre dut avoir lieu vers la fin de janvier ou dans les premiers jours de février 1375. Le 16 février, Édouard III donna l’ordre à Alain de Buxhull, connétable de sa Tour de Londres, de préparer sans retard les chambres et salles nécessaires pour servir à l’habitation de noble homme le comte de Saint-Pol de France, prisonnier de son amé et féal chambrier, Guillaume de Latymer (Rymer, III, 1024).
[348]Jean, seigneur de Poix (Clairambault, reg. 87, p. 6833).
[349]Hugues, seigneur de Clary (Clairambault, reg. 32, p. 2397).
[350]Jean, seigneur de Chepoix (Oise, arr. Clermont, c. Breteuil), fit montre à Reims le 3 mars 1376 et prit part à la poursuite des routiers (Clairambault, reg. 103, p. 7983).
[351]Vers 1375, Gauvinet ou Gauvainet, des seigneurs de Bailleul en Artois (Pas-de-Calais, arr. Arras, c. Vimy), donna quittance de gages pour services de guerre rendus à la frontière de Picardie (Ibid., reg. 9, p. 501).
[352]Cette trêve, qui fut conclue à Bourbourg le 11 février 1375, ne devait durer que jusqu’aux fêtes de Pâques; elle fut le prélude de négociations qui s’échangèrent à Bruges pendant les mois de mai et de juin suivants. Le roi de France s’y fit représenter par son frère Philippe, duc de Bourgogne, et par Jean de la Grange, évêque d’Amiens, auxquels il avait délégué ses pleins pouvoirs par acte en date du 1ermars 1375 (Rymer, III, 1031;Gr. Chr., VI, 344). Édouard III, de son côté, dès le 20 février précédent, avait choisi comme ses ambassadeurs Jean, duc de Lancastre, son fils, l’évêque de Londres, le comte de Salisbury, Jean Cobham, Frank de Hale et Arnaud Sauvage, chevaliers, Jean de Shepey et Simon de Multon, docteurs en droit (Rymer, III, 1024). Le résultat de ces négociations fut, d’abord un projet de trêves rédigé à Bruges le 26 mai et portant levée, sous certaines conditions, du siège mis par les Français depuis le milieu de 1374 devant Saint-Sauveur-le-Vicomte (Ibid., 1038), ensuite un traité définitif arrêté le 27 juin, par lequel une trêve d’une année était conclue entre les parties belligérantes en même temps que les Anglais s’engageaient à remettre au roi de France, le 15 juin de l’année suivante, Saint-Sauveur-le-Vicomte moyennant le payement préalable opéré à Bruges d’une somme de 40 000 francs (Ibid., 1031, 1034, 1035). C’est par une erreur évidente que Froissart semble avoir confondu ces négociations, tenues à Bruges pendant la première moitié de 1375, auxquelles le duc de Bourgogne présida seul, avec celles qui s’ouvrirent à Saint-Omer sous les auspices des deux ducs d’Anjou et de Bourgogne vers la fin de cette même année.
[353]Le 25 octobre 1375, Charles V envoya de Senlis Charles de Poitiers, l’un de ses chambellans, vers Louis, comte de Flandre, en le chargeant de remettre au dit comte une lettre close où le roi de France invitait son vassal à rejoindre à Saint-Omer ses «très amez frères d’Anjou et de Bourgoigne, vostre filz, es traictiez encommenciez pour le bien de paix entre nous et nostre adversaire d’Angleterre» (Delisle,Mandements de Charles V, p. 610, 611, no1174a). Le 2 novembre suivant, Louis, duc d’Anjou, qui se rendait à Saint-Omer, était de passage à Guise, ville qui lui avait été apportée en dot par Marie de Bretagne, fille de Charles de Blois, sa femme (Bibl. Nat.,Quittances, XXI, no1706).
[354]Ces deux légats étaient Pileus de Prata, archevêque de Ravenne, et Guillaume de Lestrange, d’abord évêque de Carpentras, promu à l’archevêché de Rouen à la fin de 1375. C’est également à l’instigation de ces deux légats que l’on avait entamé les premières négociations à Bruges dès les premiers mois de cette année.
[355]Par acte daté de Bruges le 4 février 1376, Louis, duc d’Anjou, fit payer une somme de 400 francs à Gui, seigneur de Laval et de Châteaubriand, pour ses gages «en la compagnie de monseigneur le duc ou voyage de Bruges que mon dit seigneur y fist pour le traité de la paix» (Arch. Nat., KK 245, fo47).
[356]Dès la fin de 1372, Charles V avait arrêté le projet de reprendre aux Anglais Saint-Sauveur-le-Vicomte; l’usufruit de cette vicomté fut promis dès lors à Louis de Harcourt, vicomte de Châtellerault, par des traités passés les 20 novembre, 1eret 15 décembre de cette année (Voy. plus haut, p.LV,note 177, et p.LVI). Le 27 décembre 1372, il chargea Louis Thesart, évêque de Bayeux, Silvestre de la Cervelle, évêque de Coutances, ses conseillers, maître Thomas Graffart, archidiacre d’Auge, l’un de ses secrétaires, Raoul Paynel, capitaine de Coutances, Jean Martel, capitaine de Falaise, les baillis de Caen et de Cotentin, Raoul Campion, son receveur général en basse Normandie, Robert Assire, vicomte d’Auge, Robert Aupois, maire de Falaise, Nicolas le Prestrel, bourgeois de Saint-Lô, de lever dans la partie de la Normandie située à l’ouest et au midi de la Seine une imposition de 40 000 francs pour le recouvrement du château de Saint-Sauveur-le-Vicomte occupé par les Anglais (Arch. Nat., K 49, no69; Delisle,Hist. de Saint-Sauveur, 208 à 210). Toutefois, le siège de cette forteresse ne commença réellement que vers le milieu de 1374. Le 1eraoût de cette année, Jean de Vienne, vice-amiral de la mer, fut chargé de diriger les opérations avec le titre de capitaine général, et Milon de Dormans, qui avait succédé sur le siège de Bayeux à Louis Thesart, Silvestre de la Cervelle, évêque de Coutances, Jean le Mercier et le Bègue de Fayel furent adjoints comme commissaires du roi à ce capitaine général, tant pour le seconder dans la direction des opérations que pour présider à la levée des aides, à la confection des engins, au recrutement, à l’armement, à l’approvisionnement et au payement de la solde des troupes (Arch. Nat., K 50, no9; Delisle,Hist. de Saint-Sauveur, p. 212 à 215). Comme Jean de Vienne, mis à la tête des forces assiégeantes, portait le titre de vice-amiral, Froissart, aussi peu familier avec la géographie de la Normandie qu’avec celle de la Bretagne, a supposé que le château de Saint-Sauveur-le-Vicomte, situé à plusieurs lieues de la mer, pouvait être bloqué par une flotte. En réalité, la rivière d’Ouve, qui fait communiquer ce château avec la baie des Veys, n’est navigable que pour de simples barques, et ce fut surtout pour enlever aux assiégés tout moyen de se ravitailler par cette voie que Jean de Vienne fit construire, dès le début du siège, les bastilles du Pont-d’Ouve (auj. écart de Saint-Côme-du-Mont, Manche, arr. Saint-Lô, c. Carentan), de Beuzeville (Manche, arr. Valognes, c. Sainte-Mère-Eglise, sur la rive droite de l’Ouve), de Pont-l’Abbé (auj. écart de Picauville, Manche, arr. Valognes, sur la rive gauche de l’Ouve) et de Pierrepont (auj. Saint-Sauveur-de-Pierrepont, Manche, arr. Coutances, c. la Haye-du-Puits). En septembre et octobre 1374, Milon de Dormans, évêque de Bayeux, se tenait en personne dans la bastille de Beuzeville, tandis que le vice-amiral Jean de Vienne, bloquant d’un peu plus près la place assiégée, avait son quartier général à Pont-l’Abbé. Cf. Delisle,Hist. de Saint-Sauveur, p. 188, 189.