NOTES[1]Bertrand du Guesclin avait été institué connétable de France, le 2 octobre 1370 (voyez le tome VII de cette édition, sommaire, p.CXVI,note 341). Le 24 du même mois, il était à Pontorson, où il conclut un pacte d’alliance et de fraternité d’armes avec Olivier, seigneur de Clisson, naguère partisan de Jean de Montfort et des Anglais, mais rallié complètement à la cause de Jeanne de Penthièvre et de Charles V depuis 1369 (Dom Morice,Preuves de l’hist. de Bretagne, I, col. 1631 et 1632; Secousse,Recueil de pièces relatives à Charles II, dit le Mauvais, roi de Navarre, p. 380 et 381). Le texte de ce curieux pacte a été publié par dom Morice d’après l’original conservé aux archives du château de Blain (Ibid., col. 1642 et 1643) et réimprimé par M. de Fréminville (Hist. de du Guesclin, p. 475 à 477). Le 6 novembre suivant, Bertrand se trouvait à Caen, où il reçut la montre de Jean de Mauquenchy, dit Mouton, seigneur de Blainville, maréchal de France, qui servit du 6 novembre au 6 décembre sous le connétable avec 7 chevaliers bacheliers et 24 écuyers (Bibl. Nat., Pièces originales, vol. 1433, dossierDu Guesclin, no30). Ce fut alors que le connétable, s’il faut en croire Cuvelier, distribua l’argent qu’il avait rapporté d’Espagne, engagea ou vendit sa vaisselle pour assurer la solde du corps d’armée en voie de formation (Chronique rimée de B. du Guesclin, II, p. 159 à 162, vers 17 969 à 18 064). Ce qui rend cette assertion très vraisemblable, c’est que, par acte en date du 7 janvier 1371 (n. st.), Charles V, dont la générosité était le moindre défaut, donna une somme de 2000 francs d’or à Thiphaine Raguenel, duchesse de Molina et comtesse de Longueville, «pour lui aidier à soustenir son estat» (Delisle,Mandements de Charles V, no742, p. 381 et 382). D’après l’auteur de laChronique rimée de B. du Guesclin(II, p. 158, vers 17 951 à 17 959), ce serait Bertrand qui aurait conseillé au roi de France de soumettre à un emprunt forcé ses officiers et les «chaperons fourrés», c’est-à-dire les gens de son Parlement et de la Chambre des Comptes. Ici encore le témoignage de Cuvelier est confirmé par les documents originaux. Il résulte, en effet, d’une foule d’actes que, de la fin d’octobre aux derniers jours de décembre 1370, Charles V soumit à un emprunt forcé les bourgeois de quelques-unes de ses bonnes villes, notamment de Paris, de Rouen, de Gournay, les conseillers au Parlement et les officiers de sa maison, entre autres le fameux Guillaume Tirel, dit Taillevent, son cuisinier (Delisle,Mandements de Charles V, p. 372 et 373; voyez aussi le discours que nous avons prononcé à la séance publique annuelle de la Société de l’histoire de Normandie, le 21 mars 1882, p. 10 et 11 du tirage à part). Soit qu’il crût la basse Normandie menacée par des bandes de l’armée d’invasion conduite par Robert Knolles, soit qu’il n’eût pas encore achevé la concentration de ses forces, le connétable resta à Caen jusqu’au 1erdécembre 1370, jour où il envoya de cette ville aux trésoriers des guerres la montre de sa compagnie d’hommes d’armes composée de 23 chevaliers bacheliers et de 270 écuyers (Hay du Chastelet,Histoire de B. du Guesclin, p. 333 à 335; La Roque,Histoire de la maison de Harcourt, IV, 2305; dom Morice,Preuves, I, col. 1644 et 1645).[2]Après avoir ravagé les environs de Paris à la fin de septembre 1370 (voy. t. VII, sommaire, p.CVII,note 316), le gros de l’armée de Robert Knolles s’était certainement avancé dans la direction de Vendôme, en passant par Chartres et Châteaudun. Dans les premiers jours du mois de novembre, les Anglais étaient arrivés dans le Vendômois «le jour de la Toussains derrain passée, lit-on dans une lettre de rémission datée de Paris en mai 1371,environ le temps que Robert Canole, Engloiz, et ses adherenz noz ennemiz estoient ou pays de Vendomoys» (Arch. Nat., section hist., JJ 109, no15, fo128). Robert Knolles paraît avoir employé la plus grande partie du mois de novembre à s’emparer d’un certain nombre de petites places situées dans la vallée du Loir, vallée qu’il suivait pour se rendre du Vendômois à son château de Derval en Bretagne. Chemin faisant, il occupa successivement Ruillé (auj. Ruillé-sur-le-Loir, Sarthe, arr. Saint-Calais, c. la Chartre-sur-le-Loir), l’abbaye fortifiée de Notre-Dame de Vaas (Vaas, Sarthe, arr. la Flèche, c. Mayet) (Bibl. de l’Arsenal, fonds des Belles-Lettres, ms. fr. no168;Arch. Nat., J 179B, no12; KK 241, fo1; JJ 109, no15), l’abbaye fortifiée de Notre-Dame du Loroux, aujourd’hui écart de Vernantes, Maine-et-Loire, arr. Baugé, c. Longue (Bibl. Nat., collection de dom Housseau, à la date du 8 janvier 1371, n. st.) et la ville du Lude (Sarthe, arr. la Flèche). Nous disons la ville, et non le château du Lude, car une lettre de rémission du mois de septembre 1371 établit que ce château, défendu par Guillaume de Meron, résista à toutes les attaques des Anglais (Arch. Nat., JJ 103, no214). Quoi qu’en dise Froissart, il paraît peu probable que Robert Knolles, pour gagner la Bretagne et son château de Derval, ait pris la route du Mans par où il savait peut-être que le corps d’armée rassemblé par Du Guesclin devait s’avancer à marches forcées pour le rejoindre; menacé d’être acculé entre le connétable de France, au nord, et Jean de Beuil, lieutenant de Louis, duc d’Anjou, au midi, le capitaine anglais dut s’échapper à l’ouest dans la direction de la Flèche, de Sablé et de Château-Gontier; c’était du reste la route la plus directe qu’il pût suivre pour se rendre à Derval.[3]Pendant les semaines qui précédèrent la journée de Pontvallain, Bertrand du Guesclin ne tint point garnison au Mans, et Olivier de Clisson n’occupa point une forteresse voisine du Mans, comme le raconte Froissart. Deux documents, indiqués dans une des notes précédentes, établissent que, le 6 novembre et le 1erdécembre 1370, le connétable de France était encore à Caen. Bertrand dut quitter cette ville dans la journée du dimanche 1erdécembre et ne put guère arriver au Mans que le surlendemain mardi, dans l’après-midi du 3. Là, il apprit que l’arrière-garde de Robert Knolles, forte d’environ 600 combattants et placée sous les ordres de Thomas de Granson, était encore à Mayet (Sarthe, arr. la Flèche), gros bourg situé à une dizaine de lieues au sud du Mans. Ce fut pour barrer la route aux Anglais et les écraser au passage que Bertrand, après avoir fait au Mans une simple halte, alla coucher avec sa troupe en un lieu que Cuvelier (II, 164) appelle le «chastel de Villé». C’est aujourd’hui Fillé (Sarthe, arr. le Mans, c. la Suze), sur la Sarthe, à quatre lieues au sud du Mans dans la direction de Pontvallain et de Mayet.[4]Jean de Menstreworth figure parmi les onze chevaliers anglais qui, par acte daté de Westminster le 10 juillet 1370, jurèrent de servir fidèlement dans l’expédition projetée en France sous Robert Knolles, Alain de Buxhull, Thomas de Granson et Jean Bourchier (Rymer, III, 897 et 898).[5]Robert Knolles, qui se dirigeait en toute hâte vers la Bretagne pour s’enfermer dans son château de Derval, se trouvait à une grande distance du Mans au moment où Du Guesclin arriva dans le Maine pour couper le capitaine anglais de son arrière-garde et écraser cette dernière: «Le dit monseigneur Bertran, nouvel connestable, fit sa semonce des nobles et parsuy monsigneur Robert Canole,maiz le dit Canole estoit ja entré en Bretaingne.»Chronique des quatre premiers Valois, p. 208.[6]Abbaye fondée vers le milieu du sixième siècle par saint Maur, disciple de saint Benoît, dont on voit encore aujourd’hui les ruines en la commune du Thoureil, Maine-et-Loire, arr. Saumur, c. Gennes. Chassés de Saumur en 1369, Hugh de Calverly et Jean Cressewell avaient occupé et fortifié l’abbaye de Saint-Maur, d’où ils rançonnaient le pays environnant. Cf.Chroniques de J. Froissart, VII, sommaire, p.LXXXII,note 244.[7]Pontvallain, Sarthe, arr. la Flèche, à 30 kilomètres au sud du Mans.[8]Selon toute vraisemblance, la bataille de Pontvallain fut livrée, non le 10 octobre, mais le 4 décembre 1370. Arrivé à Fillé, à 16 kilomètres au sud du Mans, sur la route de cette ville à Angers, le 3 décembre, au soir, Bertrand fut informé pendant la nuit que les Anglais, venant de Mayet, essayaient de s’échapper par la route qui va de Mayet et de Pontvallain au Lude, afin de mettre le cours du Loir entre eux et les Français; il voulut aussitôt déjouer cette tentative en accomplissant le mercredi 4 décembre une marche forcée de nuit, de grand matin, sous une pluie battante. Cuvelier nous dit que Du Guesclin et plusieurs de ses compagnons d’armes y crevèrent leurs chevaux déjà harassés par la marche rapide des jours précédents. Après avoir traversé la petite rivière d’Aune, affluent de la rive droite du Loir, le connétable atteignit les Anglais près du «château de la Fagne», mentionné dans laChronique normande(éd. Molinier, p. 107) et marqué sur la carte de Cassini. Poursuivi à travers la lande de Rigalet et les prairies qui bordent l’Aune un peu avant son confluent avec le Loir, l’ennemi prit la fuite dans la direction du Lude et de Vaas. Une croix en bois, dite laCroix Brette, élevée peu après l’événement à l’endroit où Du Guesclin passait pour avoir enterré ses morts, indiquait sans doute le théâtre principal de l’action. Cette croix, qui se trouvait à peu près à moitié chemin sur la route de Pontvallain au Lude, a été remplacée en 1828 par un obélisque en pierre.[9]Loin de revenir sur ses pas et de ramener ses prisonniers au Mans, Bertrand du Guesclin donna la chasse aux fuyards jusqu’en Anjou et même au delà de la Loire; il contraignit Hugh de Calverly et Jean Cressewell à évacuer l’abbaye fortifiée de Saint-Maur-sur-Loire, moyennant, il est vrai, une assez forte rançon, pour le payement de laquelle Bertrand leva sur les marchandises passant en Loire entre Cande et Champtoceaux un subside qui se maintint jusqu’au XVIIIesiècle sous le nom deTrépas de Loire(voyez notre tome VII, sommaire, p.LXXXII,note 244). Le 6 décembre 1370, deux jours seulement après sa victoire à Pontvallain, le connétable de France était à Saumur, où il passa en revue la compagnie de Mouton de Blainville, maréchal de France (voyez plus haut, p.IV,en note). Il poursuivit l’ennemi jusqu’à Bressuire en Poitou (Grandes Chroniques, VI, 326;Chronique normande, p. 199; Cabaret d’Orville, éd. Chazaud, p. 27 et 28;Chronique rimée de B. du Guesclin, II, p. 178 à 185, vers 18 507 à 18 704).[10]Les plus importants parmi ces prisonniers étaient Thomas de Granson, Gilbert Giffard, Geoffroi Worseley, Philippe de Courtney, Guillaume de Nevill et Hugh Spencer, neveu d’Édouard Spencer. LaChronique normande(p. 197) ajoute à ces noms ceux de Richard, de David de Green et de Thomas Fillefort. Sur la prise de Granson, voyez un acte de donation fait par Charles V en septembre 1371 (Arch. Nat., JJ 101, no130).[11]Un acte par lequel Édouard, prince d’Aquitaine et de Galles, donne à son frère Jean, duc de Lancastre, les château, ville et châtellenie de Bergerac, est daté de Cognac le 8 octobre 1370. Delpit,Documents français en Angleterre, p. 130 et 131.[12]Urbain V mourut à Avignon le jeudi 19 décembre 1370. Le conclave se réunit au palais papal le dimanche 29, à six heures, et dès le lendemain, le lundi 30, Pierre Roger de Beaufort, cardinal diacre, neveu de Clément VI, fut élu pape et prit le nom de Grégoire XI. Ordonné prêtre le 4 janvier 1371, Grégoire XI fut sacré et couronné à Avignon le lendemain 5 (Thalamus parvus, p. 384 et 385).[13]Louis, duc d’Anjou, partit de Toulouse le 21 décembre, arriva à Nîmes le 26 et se trouvait à Avignon le 29, lorsque s’ouvrit le conclave. Dom Vaissete,Hist. de Languedoc, IV, 346.[14]Haute-Vienne, arr. Limoges. Eustache d’Auberchicourt, qualifié lieutenant en Périgord et Limousin d’Édouard III, roi d’Angleterre, avait mis le siège devant Rochechouart (Haute-Vienne) avec 400 combattants; Étienne, bâtard de Rochechouart, s’était engagé à livrer la place aux Anglais. Sur ces entrefaites, Louis, vicomte de Rochechouart, chevalier, chambellan de Charles V, appela à son secours Bertrand du Guesclin au moment où le vainqueur de Pontvallain était occupé à poursuivre les Anglais sur la rive gauche de la Loire. Le connétable dépêcha aussitôt vers le vicomte de Rochechouart un vaillant écuyer breton nommé Thibaud du Pont, qui fit lever le siège de Rochechouart, retint prisonniers les traîtres qui avaient voulu livrer cette place et instruisit leur procès le 14 décembre 1370 (Bibl. Nat., Trésor généalogique de dom Villevieille, t. LXV,au motGUESCLINd’après le carton 1erdes Archives de la vicomté de Rochechouart). Le 4 septembre 1371, Charles V fit payer 40 francs d’or à Jean du Rocher, écuyer de Bretagne, député vers le roi de France par Thibaud du Pont, écuyer, capitaine de Rochechouart (Delisle,Mandements de Charles V, p. 419, no818).[15]Manche, arr. Saint-Lô. La vicomté de Carentan avait été cédée à Charles II, dit le Mauvais, roi de Navarre, en vertu du traité de Mantes conclu le 22 février 1354 (n. st.). Dix ans après la conclusion de ce traité, dans les premiers jours de juillet 1364, Bertrand du Guesclin, pendant le cours de son expédition en basse Normandie, avait repris Carentan; cette ville fut de nouveau cédée à Charles le Mauvais, moyennant le payement d’un subside, vers le milieu de 1365 (E. Izarn,Compte des recettes et dépenses du roi de Navarre de 1367 à 1370, Paris, 1885, 1 vol. in-8o, p. 33); et la garde de cette place fut dès lors confiée par le roi de Navarre à Eustache d’Auberchicourt, qui y tint grand état en compagnie d’Isabelle de Juliers, comtesse de Kent, qu’il épousa avant le 6 janvier 1366 (Ibid., p. 324 et 325).[16]D’après l’opinion la plus vraisemblable, Arnoul d’Audrehem mourut à Saumur entre le 6 et le 25 décembre 1370. Les funérailles d’Arnoul et celles de Geoffroi de Charny, qui avaient été tous les deux porte-oriflamme de France, furent célébrées en même temps à Paris, dans le courant de janvier 1371; le 31 de ce mois, Ymbert le Damoisel, valet de chambre et «armurier» de Charles V, donna quittance de 370 francs pour des travaux d’armoiries, de tapisserie et de dorure exécutés à l’occasion de ces obsèques. Voyez Émile Molinier,Étude sur la vie d’Arnoul d’Audrehem, dansMémoires des savants étrangers présentés a l’Académie des Inscriptions, deuxième série, VI, p. 189 à 191, 342.[17]Raymond de Mareuil paraît avoir eu ses possessions en Périgord, sur les confins de cette province et de l’Angoumois, bien plutôt qu’en Limousin. Par acte daté de Paris en mai 1354, Jean II fit don de 400 florins à l’écu et de 100 livres de rente à prendre sur le comté d’Angoulême à Raymond de Mareuil, écuyer, lequel avait servi sous le connétable Charles d’Espagne et avait repris sur les Anglais les châteaux de Mareuil (auj. Mareuil-sur-Belle, Dordogne, arr. Nontron), de Paluel (auj. Palluaud, Charente, arr. Barbézieux, c. Montmoreau) et d’Agonac (Dordogne, arr. Périgueux, c. Brantôme), situés en Périgord (Arch. Nat., JJ 82, no196).[18]Raymond de Mareuil s’était rallié au parti français dès le 29 juin 1369 (voyez t. VII, sommaire, p.LXXXVIII,note 263). Par divers actes datés de Paris au mois de juillet de cette année, Charles V avait donné à Raymond de Mareuil, chevalier, les châteaux de Villebois en Périgord (auj. Villebois-Lavallette, Charente, arr. Angoulême) et de Courtenay (Arch. Nat., JJ 100, fos205, 223, 288; J 426, no21). Palluaud et Villebois, rattachés actuellement à la Charente, ont toujours fait partie du diocèse de Périgueux et du Périgord.[19]Le manuscrit d’Amiens ajoute que Hugh de Calverly était sénéchal de Limousin.[20]Le manuscrit d’Amiens ne mentionne pas Geoffroi d’Argenton et parle seulement «d’un fort château où Raymond de Mareuil fut enfermé sous la garde de Thomas Percy, sénéchal de Poitou».[21]D’après le manuscrit d’Amiens, cette forteresse aurait été la Roche-Posay (Vienne, arr. Châtellerault, c. Pleumartin), où Guillaume des Bordes et Charuel, chevaliers du parti français, auraient tenu garnison.[22]Cf.Le prince Noir, poème du héraut Chandos, édit. de M. Francisque Michel, 1883, p. 277 et 278, vers 4081 à 4096. Édouard, prince d’Aquitaine et de Galles, s’embarqua à Bordeaux pour retourner en Angleterre avant le 15 janvier 1371, «circa principium mensis januarii», dit le moine de Saint-Albans, jour où Jean de Lancastre, institué lieutenant d’Aquitaine par son frère aîné, est mentionné dans un acte comme chargé du gouvernement de cette province pendant l’absence d’Édouard; le duc de Lancastre se démit de sa lieutenance dès le 21 juillet de la même année (Delpit,Documents français en Angleterre, p. 179).[23]Edmond, comte de Cambridge, n’accompagna point le prince de Galles, il resta en Aquitaine avec Jean, duc de Lancastre: «relinquens post se, dit le moine de Saint-Albans, racontant le départ du prince de Galles pour l’Angleterre,in Vasconia duos fratres suos, Johannem ducem Lancastriæ et Edmundum comitem Cambrigiæ.» (Chronicon Angliæ(1328-1388), éd. Edward Maunde Thompson, London, 1874, p. 67 et 68).[24]A Plymouth, d’après le moine de Saint-Albans.[25]Berkhampstead se trouve dans le comté de Hertford, à la distance de 26 milles anglais au nord-ouest de Londres; cette distance est donc en réalité moitié moindre que celle qui est indiquée par Froissart. C’est à titre de duc de Cornouaille qu’Édouard, prince de Galles, possédait le château de Berkhampstead, qui n’a pas cessé depuis lors d’appartenir aux héritiers présomptifs de la couronne d’Angleterre.[26]Dordogne, arr. Périgueux. c. Ribérac. Montpont était le chef-lieu d’une châtellenie comprenant dix-huit paroisses.Montpaon, que l’on trouve dans le texte de Froissart, est conforme à l’étymologie; les plus anciennes formes de ce nom de lieu sontMontpaoetMonspavo(Dictionnaire topographique de la Dordogne, par le vicomte de Gourgues, au motMontpont).[27]A la date du 4 janvier 1371, le siège de Montpont par les Anglais durait déjà depuis un certain temps, puisqu’à cette date Louis, duc d’Anjou, qui se trouvait alors à Avignon, envoya Pierre Scatisse et Milon de Dormans, archidiacre de Meaux, demander aux États de Languedoc assemblés à Nîmes un subside de 2 francs par feupour faire lever le siège de Montpont(Dom Vaissete,Hist. de Languedoc, IV, 346). Le 10 février suivant, le duc d’Anjou était en marche avec Menaud de Barbazan, maréchal de son ost,pour faire lever le dit siège(Ibid., 346 et 347). Nous établirons plus loin que Montpont tomba au pouvoir des Anglais à la fin du mois de février; et comme Froissart fait remarquer à cette occasion que le siège avait duré onze semaines, il y a tout lieu d’ajouter foi au témoignage d’un chroniqueur contemporain qui rapporte que le duc de Lancastre mit le siège devant Montpont au moment où fut livrée la bataille de Pontvallain, c’est-à-dire dans les premiers jours de décembre 1370 (Chronique normande, éd. Molinier, p. 200).[28]Gironde, arr. la Réole. L’anecdote racontée ici par Froissart est très jolie, mais certaines circonstances du récit du chroniqueur sont certainement inexactes. Outre que Saint-Macaire se trouve à une assez grande distance de Montpont, la première de ces deux localités était encore au pouvoir des Anglais en 1371. Du reste, le manuscrit d’Amiens donne une version différente de celle qui est résumée plus haut; ce manuscrit ne fait aucune mention de Jean de Malestroit et fait partir Silvestre Budes, non de Saint-Macaire, mais de Sainte-Bazeille (Lot-et-Garonne, arr. de Marmande). Sainte-Bazeille, dont le seigneur, Berard d’Albret, s’était rallié au roi de France pendant la première moitié de 1370 (voyez notre t. VII, sommaire, p.XCIX,note 293), avait pu recevoir une garnison bretonne et, en outre, cette petite place est à moindre distance de Montpont que Saint-Macaire. Par conséquent, la version du manuscrit d’Amiens est moins invraisemblable, sinon plus vraie, que celle des manuscrits de la première rédaction. A la fin de 1371, un chevalier du Périgord, nommé Pierre «de Montibus», seigneur de Saint-Jean-de-Côle (Dordogne, arr. Nontron, c. Thiviers), avait traduit devant le Parlement de Paris Silvestre Budes, écuyer, qui s’était emparé de sa forteresse de Saint-Jean-de-Côle et qui continuait de l’occuper (Arch. Nat., sect. jud., X2a8, fo262). En présence des deux versions de Froissart, on peut se demander si Silvestre Budes, pris à l’improviste par l’arrivée des Anglais devant Montpont, n’occupait pas alors Saint-Jean-de-Côle.[29]D’après Froissart, la garnison de Montpont se composait de Bretons, et le nom de Guillaume de Longueval semble étranger à la Bretagne. Nous inclinons à croire que le chroniqueur de Valenciennes, plus familier avec les noms de famille de la Picardie qu’avec ceux de la Bretagne, a commis ici une confusion et qu’il a écrit peut-être Guillaume de Longueval au lieu de Guillaume de Laval. Ce qui nous le fait croire, c’est qu’un écuyer breton, nommé Guillaume de Morieux, qui fut fait prisonnier à Montpont par les Anglais et qui déposa dans le procès pour la canonisation de Charles de Blois, cite parmi ses compagnons d’armesGuillaume de Laval, chevalier, et Fralin de Combray, écuyer (Bibl. Nat., ms. lat. 5381, t. II, fos107 et 108). Toutefois, nous devons faire remarquer que Louis de Mailly, cité aussi comme l’un des quatre chefs de la garnison de Montpont, appartenait lui-même à une famille picarde.[30]Eustache et Alain de la Houssaye figurent dans presque toutes les montres de Bertrand du Guesclin.[31]Louis de Mailly était le quatrième fils de Jean de Mailly, seigneur de Talmas (Somme, arr. Doullens, c. Domart), et de Jeanne de Picquigny (P. Anselme,Hist. généal., VIII, 653).[32]L’auteur de laChronique normande(p. 200) appelle cet homme d’armes: «Fouques Boules, sire d’Assi.»[33]D’après la chronique romane de Montpellier, le château de Montpont tomba au pouvoir des Anglais dans le courant de février. «Aquel an meteyss (1371),en lo mes de febrier,foupres e destrug lo castel de Montpaon en Peiragorc per lo duc de Lencastre e mossen Aymo, frayre del dich princep, losquals y avian tengut seti per alcun temps» (Thalamus parvus, p. 385). Vers le milieu de ce mois, Louis, duc d’Anjou, faisait porter des provisions à Montauban pour ravitailler la place (Bibl. Nat., Quittances, XVIII, no831); mais le vendredi 28 février, il était de passage à Albi et se dirigeait vers Paris, en passant par Avignon (Vaissete,Hist. du Languedoc, IV, 347). Par conséquent, à cette dernière date, le château de Montpont était au pouvoir des Anglais; il faut donc placer la prise de cette forteresse par le duc de Lancastre vers la fin de février 1371.[34]Dordogne, arr. Périgueux, c. Brantôme.[35]Tandis que Périgueux était redevenu français dès le mois d’août 1369 (voy. t. VII, sommaire, p.CII), les Anglais continuaient d’occuper Bergerac, donné par le prince de Galles, le 8 octobre 1370, au duc de Lancastre qui, par acte en date du 15 janvier 1371, «au siège devant Montpaon», avait confié la garde de cette place à Heliot Buade (Delpit,Documents français en Angleterre, p. 177).[36]Le fief de la Grézille, d’où la famille à laquelle appartenait Pierre tirait son nom, était situé en la paroisse d’Ambillou (Maine-et-Loire, arr. Saumur, c. Gennes). En 1369 et 1370, Pierre de la Grézille fut gratifié par Charles V de plusieurs terres situées en Anjou et dans le Maine, que le roi avait confisquées sur des seigneurs partisans des Anglais. D’après une montre de 1371, il avait dans sa compagnie 14 chevaliers bacheliers et 63 écuyers (Bibl. Nat., Trésor généalogique, par Dom Villevieille, au motLa Grézille).[37]Moncontour-de-Poitou, Vienne, arr. Loudun.[38]Jourdain de Coulonges, que Froissart appelle Jourdain «de Coulongne», appartenait, comme Pierre de Grézille, à une famille établie de vieille date sur les frontières du Poitou et de l’Anjou. On sait que les localités du nom de Coulonges (Coulonges-sur-la-Renaize, dans le dép. de la Vienne, Coulonges-Thouarsais et sur l’Authise, dans les Deux-Sèvres) sont nombreuses dans cette région.[39]La distance de Moncontour à Poitiers est de 45 kilomètres ou onze lieues anciennes, moitié plus considérable, par conséquent, que celle qui est indiquée par Froissart.[40]C’est Jean de Kerlouet, non Éven Charuel, qui commandait la garnison de Châtellerault depuis la prise de cette forteresse dans les premiers jours de juillet 1370, comme Froissart l’a dit avec plus d’exactitude dans un autre endroit de sa chronique (cf. notre tome VII, p.)212.[41]Vienne, arr. Châtellerault, c. Pleumartin. Jean de Kerlouet s’était emparé de la Roche-Posay vers le mois de juillet 1369 (cf. t. VII, sommaire, p.LXIV).[42]Vienne, arr. Montmorillon. En 1369, l’abbaye fortifiée de Saint-Savin avait été livrée par l’un de ses moines au capitaine français Louis de Saint-Julien (cf. t. VII, sommaire, p.LXXXIII).[43]Charente-Inférieure, arr. Saintes. Renaud, seigneur de Pons et de Ribérac, vicomte de Turenne et de Carladez, s’était décidé à faire acte de soumission au roi de France dès le mois de mai 1369 (cf. t. VII, p.LXXXVIII,note 263).[44]La nouvelle du siège mis par les Anglais devant Moncontour parvint à Paris pendant la seconde moitié du mois d’août 1371, car les premiers mandements adressés par Charles V pour réunir un corps d’armée de secours sont datés du 26 de ce mois (Delisle,Mandements de Charles V, p. 417 et 418, nos813 à 815).[45]Moncontour dut se rendre aux Anglais à la fin d’août ou dans les premiers jours de septembre 1371. Bertrand du Guesclin et Olivier, seigneur de Clisson, envoyés au secours de la place assiégée, après avoir opéré la concentration de leurs forces dans le Maine, en Anjou et en Touraine, n’arrivèrent à Saumur que le 5 septembre. A cette date, Jean, comte de Sancerre, les maréchaux de France, Louis de Sancerre et Mouton de Blainville, étaient encore à Tours; ils ne rejoignirent Du Guesclin et Clisson que le lendemain. Le manque d’arbalétriers les empêcha de reprendre la forteresse de Moncontour, qui était déjà tombée au pouvoir des Anglais (Delaville le Roulx,Comptes municipaux de Tours, II, 111, nos506 à 509; cf.Chronique normande, p. 202).[46]Le 1erjanvier 1371, Bertrand du Guesclin, de retour de la chevauchée dont Pontvallain, Saumur et Bressuire avaient marqué les principales étapes, se trouvait à Paris, d’où il envoya, enclose sous son sceau du secret, au trésorier des guerres, Étienne Braque, la montre de 1135 hommes d’armes qu’il avait retenus pour servir sous ses ordres, dont 4 chevaliers bannerets, 51 chevaliers bacheliers et 1080 écuyers (Dom Morice,Preuves de l’hist. de Bretagne, I, col. 1647). Avant la fin de janvier, il dut se mettre en route pour porter secours à la garnison de Montpont, assiégée par les Anglais, car diverses compagnies du corps d’armée qu’il avait réuni pour cette expédition furent passées en revue à Blois du 27 au 29 de ce mois, notamment celles d’Alain de Taillecol, dit l’Abbé de Malepaye, de Girard, seigneur de Rais, d’Olivier, seigneur de Montauban, et de Pierre, seigneur de la Hunaudaie (Hay du Chastelet,Hist. de Du Guesclin, p. 340, 341, 344, 345; Dom Morice,Preuves de l’hist. de Bretagne, I, col. 1645 à 1647). Froissart se trompe lorsqu’il dit que Du Guesclin n’entreprit l’expédition tendant à la levée du siège de Montpont et marquée par le siège d’Ussel qu’après la Chandeleur ou le 2 février; il se trompe encore davantage lorsqu’il la fait coïncider avec le retour du printemps.[47]Auj. chef-lieu d’arrondissement de la Corrèze, sur les confins du Limousin et de l’Auvergne. Ussel est bâti sur une colline de plus de 600 mètres d’élévation, près du confluent de la Sarzonne et de la Diège, affluent de la rive droite de la Dordogne, et les halles actuelles occupent l’emplacement de l’ancien château-fort. Tous les manuscrits de Froissart portent par erreurUzès. Comme quelques-uns de ces manuscrits placentUzèsen Auvergne, dom Vaissete en avait conclu qu’il faut lireUsson(Hist. du Languedoc, IV, 347). En réalité, il s’agit d’Ussel, ainsi que le prouve la déclaration d’un chevalier nommé Geoffroi Budes, originaire d’Uzel-près-l’Oust, en Bretagne, qui déposa à Angers en septembre 1371 dans l’enquête pour la canonisation de Charles de Blois: «Nobilis vir dominus Gauffridus Budes, miles, de parochia de Usello, dicit quodin quadragesima ultimo preterita(fin de février 1371)iste testis, in societate domini constabularii Francie, ibat apud castrum Montis Pavonis(Montpont)quod tenebatur a gentibus domini nostri regis Francie, obsessum a gentibus regis Anglie et principis Aquitanie, et ibant pro dicta obsidione levanda. Contigit quod in itinere inveneruntcastrum vocatumUsselab hostibus regis Francie detentum, cui castro constabularius cum suis gentibus dedit insultum» (Dom Morice,Preuves de l’hist. de Bretagne, II, 26). Les comptes de Jean, duc de Berry, contiennent plusieurs mentions relatives à des chevaliers ou écuyers blessés au siège d’Ussel (Arch. Nat., sect. hist., KK 251, fos31, 32 et 71 vo). Une lettre de rémission, délivrée le 18 novembre 1372 à un homme d’armes de la compagnie de Juhel Rolland, fait également mention du siège mis devant Ussel en 1371 par Du Guesclin (Ibid., JJ 103, fo134, no285).[48]Dès le 18 février 1371, les Français avaient mis le siège devant Ussel, puisqu’à cette date Bethon de Marcenac, chevalier et conseiller de Jean, duc de Berry, donna quittance de 40 livres tournois, que le dit duc lui avait allouées pour ses frais et dépens devant le fort d’Ussel (Arch. Nat., KK 251, fo71 vo). Le 26 du même mois, les ménétriers de Bertrand du Guesclin jouaient devant le duc de Berry qui leur faisait donner 20 livres (Ibid., fo31 vo). Mais le 1ermars suivant, les maréchaux de France, Louis de Sancerre et Mouton de Blainville, recevaient des montres d’hommes d’armes à Clermont, en Auvergne, où se trouvait sans doute aussi le connétable (A. du Chastellier,Invasions de l’étranger, Paris, 1872, in-12, p. 21). La neige, qui se mit à tomber en grande abondance, contraria les opérations des Français et les contraignit à lever le siège d’Ussel: «Tanta nix supervenit quod oportuit quod totus exercitus deslogiaret».On sedirigea vers Clermont, où Du Guesclin apprit, s’il ne le savait déjà, que Montpont, qu’il allait débloquer, était tombé au pouvoir des Anglais (D. Morice,Preuves, II, col. 26). Le duc de Bourgogne se tint deux jours, le dimanche 2 et le lundi 3 mars, au siège devant Ussel.[49]Cette mention relative à Waleran de Ligny ne se trouve que dans la rédaction d’Amiens (p. 271).[50]Après avoir essayé vainement de porter secours à la garnison de Montpont, Louis, duc d’Anjou, avait repris le chemin d’Avignon pendant la seconde moitié du mois de mars 1371; le 4 avril suivant, il faisait sa résidence à Villeneuve-lez-Avignon, d’où il manda de faire payer 30 francs aux frères de Notre-Dame du Carmel de Lodève pour être associé à leurs prières (Bibl. Nat., Quittances, t. XIX, no1164); d’Avignon, il se rendit à Paris. Dans les derniers jours du mois de mars, un écuyer de Bertrand du Guesclin, qui était resté malade à Avignon, reçut du duc de Berry une aumône de 4 livres tournois (Arch. Nat., KK 251, fo32 vo).[51]Thomas de Walkefare, sénéchal anglais du Quercy, avait été pendu à Toulouse par ordre du duc d’Anjou en septembre 1370, cinq jours au moins avant l’expédition de Du Guesclin en Auvergne (Dom Vaissete, IV, 346).[52]Millau avait ouvert ses portes au duc d’Anjou dès le mois de mai 1370 (Cf. notre tome VII, p.LXIII,note 196).[53]Le château de la Roque-Valsergue (Aveyron, arr. Millau, c. Campagnac) avait été emporté d’assaut par les Français dès les premiers jours de janvier 1369 (Ibid., p.LXIII,note 197). Cette prétendue campagne du connétable en Rouergue au commencement de 1371 est purement imaginaire.[54]Nous avons rapporté plus haut, sur les circonstances du siège d’Ussel, le témoignage d’un témoin oculaire, Geoffroi Budes. Ce témoignage confirme de point en point la version de laChronique normande(p. 201) et de laChronique des quatre premiers Valois(p. 210); il n’est fait aucune mention de la reddition d’Ussel par les rédacteurs de ces deux chroniques, dont le silence rend fort suspecte l’affirmation de Froissart.[55]Sainte-Sévère-Indre, Indre, arr. la Châtre.[56]A la date du 18 mars 1371, Bertrand du Guesclin était de retour à Paris, où il fit montre de 120 hommes d’armes (Hay du Chastelet,Hist. de du Guesclin, p. 347 et 348). On a vu plus haut que le siège d’Ussel se place pendant la seconde quinzaine de février; par conséquent le connétable, qui était sans doute encore à Clermont le 1ermars, n’avait pu trouver le temps, avant de rentrer à Paris, de faire une expédition dans le Rouergue.[57]Édouard III ne rendit ses bonnes grâces à Robert Knolles qu’après lui avoir fait payer dix mille marcs.[58]Arrêté en Navarre, près de Pampelune, par un écuyer que leMoine de Saint-Albansnomme dans sa chronique Louis de Saint-Gilles (éd. Maunde-Thompson, 1874, p. 135), Jean de Menstreworth, envoyé par Charles V en Espagne, où il allait remplir une mission secrète auprès du roi de Castille, fut conduit en Angleterre et enfermé, en 1377, dans la prison de la Tour de Londres sous l’inculpation de haute trahison; on l’accusa surtout d’avoir arrêté, de concert avec Owen de Galles, le plan et dirigé les préparatifs d’une descente en Angleterre. Le 21 mars 1377, il fut écartelé; sa tête fut mise au bout d’une pique sur le pont de Londres, et les quatre quartiers de son corps envoyés, pour y être exposés, à Newcastle, à Caermarthen, à Bristol et à Douvres; le compte des dépenses nécessitées par cet envoi est conservé auRecord Office. Une lettre destinée au roi d’Angleterre seul, que Jean de Menstreworth avait écrite quelques instants avant de subir le dernier supplice, fut interceptée par Henri Percy et par Jean, duc de Lancastre. Cf.Thomæ Walsingham, quondam monachi Sancti Albani, Historia anglicana, éd. Riley, t. I, p. 326.[59]Édouard, troisième duc de Gueldre, supplanta, en 1361, son frère Renaud III, et fut blessé mortellement à la bataille de Bastweiler, le 22 août 1371.[60]Guillaume VI, duc de Juliers, succéda en 1361 à son père Guillaume V et mourut le 13 décembre 1393.[61]Humphrey de Bohun, l’un des protecteurs de Froissart, fils de Guillaume de Bohun, comte de Northampton, et d’Élisabeth de Badlesmore, marié à Jeanne d’Arundel, était devenu, en 1361, comte de Hereford par la mort de son oncle Humphrey, auquel appartenait ce comté; il était connétable d’Angleterre.[62]La Baieest le nom sous lequel on avait coutume de désigner dans les actes de la chancellerie anglaise, auXIVesiècle, la baie de Bourgneuf (Bourgneuf-en-Retz, Loire-Inférieure, arr. Paimbœuf), fermée du côté de la mer par l’île de Noirmoutier. Les navires flamands revenaient de la Rochelle, où sans doute ils avaient chargé des vins et avaient fait escale à Beauvoir (Beauvoir-sur-Mer, Vendée, arr. les Sables-d’Olonne), pour compléter leur chargement avec du sel. D’après les chroniques flamandes, le combat naval de la Baie de Bourgneuf fut livré le 1eraoût 1371, et cette date est confirmée, sinon par les chroniques anglaises, qui placent la défaite des Flamands en 1372, du moins par plusieurs actes de la chancellerie d’Édouard III. Le 1erjuillet de cette année, le roi anglais chargeait deux commissaires de demander réparation des dommages dont ses sujets avaient à se plaindre de la part des Flamands, et le 26 août suivant il donnait l’ordre d’arrêter tous les individus de cette nation (Rymer, vol. III, parsII, p. 920 et 921).[63]Froissart commet ici une légère erreur de date. La Saint-Barthélemy tombe le 24 août, tandis que la bataille de Bastweiler fut livrée le vendredi 22 août 1371.[64]Notamment Robert et Louis de Namur, sixième et septième fils de Jean Ier, comte de Namur, et de Marie d’Artois, ainsi que leur neveu Guillaume, seigneur de l’Écluse, fils de Guillaume Ier, comte de Namur, quatrième fils de Jean Ieret de Catherine de Savoie.[65]Henri VI, comte de Salm, marié à Adélaïde de Schoonvorst.[66]Jacques de Bourbon, seigneur de Préaux, troisième fils de Jacques Ier, comte de la Marche, et de Jeanne de Saint-Pol.[67]Gui de Luxembourg, fils de Jean, seigneur de Ligny, et d’Alioe de Flandre, avait épousé Mahaut de Châtillon, sœur et héritière de Gui, comte de Saint-Pol; en septembre 1367 il avait été créé comte de Ligny par Charles V.[68]Après de longs pourparlers, un traité de paix définitif fut conclu entre Édouard III et les Flamands le 5 avril 1372 (Rymer, vol. III, parsII, p. 939).[69]D. Jayme d’Aragon, roi nominal de Majorque, comte de Roussillon et de Cerdagne, fils de D. Jayme II et de Constance d’Aragon, s’était marié, par contrat en date du 14 décembre 1362, à Jeanne, reine de Naples, veuve en premières noces d’André de Hongrie, assassiné le 18 septembre 1345, et en secondes noces de Louis de Tarente, mort le 16 mai 1362. D. Jayme fut fait prisonnier dans le courant de mars 1368, en même temps que D. Pèdre, roi de Castille, à la cour duquel il s’était retiré.[70]Jeanne, reine de Naples, paya pour la rançon de son troisième mari soixante mille ducats d’or.[71]Isabelle d’Aragon, fille de D. Jayme II, roi de Majorque, et de Constance d’Aragon, avait épousé en 1358, neuf ans après la mort de son père, Jean II, marquis de Montferrat.[72]D. Pèdre IV, roi d’Aragon, avait enlevé dès 1343 les îles de Majorque, de Minorque et d’Iviça à D. Jayme II, qui fut tué, au cours d’une expédition entreprise pour les recouvrer, le 25 octobre 1349.[73]D. Jayme mourut vers la fin de 1375 et, dès le 25 mars de l’année suivante, Jeanne, reine de Naples, sa veuve, se remaria en quatrièmes noces à Othon de Brunswick, fils aîné de Henri, duc de Brunswick-Grubenhagen. Le val de Soria, indiqué par Froissart comme le lieu où mourut D. Jayme, se trouve en Vieille-Castille; cette vallée, qui tire son nom de la ville de Soria, est arrosée par le Douro. On sait que la reine de Naples, par un testament en date du 23 juin 1380, institua Louis d’Anjou, frère de Charles V, son héritier universel et qu’elle mourut le 22 mai 1382, assassinée par l’ordre de Charles de Duras, compétiteur du duc d’Anjou.[74]Blanche de Derby, fille de Henri, comte de Derby, et d’Isabelle de Beaumont, première femme de Jean de Gand, duc de Lancastre, quatrième fils d’Édouard III, était morte de la peste en 1369 et avait été enterrée à Londres dans la cathédrale de Saint-Paul; elle avait protégé Froissart, qui a exprimé sa reconnaissance en vers touchants dans leBuisson de Jonèce. Le mariage de Blanche avec Jean, dit de Gand, avait été célébré à Reading au mois de juin 1359.[75]Constance et Isabelle, filles de D. Pèdre et de Marie de Padilla.[76]Roquefort, Landes, arr. Mont-de-Marsan, entre Bayonne, lieu de résidence des filles de D. Pèdre, et Bordeaux. Le mariage de Jean, duc de Lancastre, avec Constance, l’aînée des filles de D. Pèdre, est antérieur au 25 juin 1372, car dans un acte qui porte cette date, le fils d’Édouard III prend le titre de roi de Castille (Delpit,Documents français en Angleterre, p. 184). Constance mourut avant son mari et fut enterrée à Leicester. Catherine de Rœulx, veuve de Hugues de Swinford et fille d’un simple héraut d’armes, Paon de Rœulx (Nord, arr. Valenciennes, c. Bouchain), que la reine Philippa de Hainaut avait amené de son pays natal, devint, du vivant même de Constance, la maîtresse du duc de Lancastre, qui l’épousa dans les premiers jours de janvier 1390. Catherine, morte et enterrée à Lincoln le 10 mai 1403, fut par son fils, Jean de Beaufort, comte de Somerset et marquis de Dorset, la bisaïeule, du côté maternel, de Henri VII, fondateur de la dynastie des Tudors.[77]Les négociations auxquelles il est fait allusion ici eurent pour principal résultat de provoquer l’envoi de la flotte espagnole, qui battit dans les eaux de la Rochelle, au mois de juin 1372, la flotte anglaise commandée par Jean, comte de Pembroke, marié en premières noces à Marguerite, quatrième fille d’Édouard III. L’un des négociateurs envoyés en Castille par Charles V fut Macé de Fresnes, chevalier, à qui le roi de France fit payer 200 francs d’or, par mandement en date du 10 août 1371, pour son voyage «es partiesd’Avignon, d’Arragon etd’Espaigneet à Saint Jaques de Galice,où nous l’envoions hastivement pour certaines besoingnes qui nous touchent» (Delisle,Mandements de Charles V, p. 411, no803).[78]Dès le 21 juillet 1371, Jean, duc de Lancastre, s’était démis de ses fonctions de lieutenant en Aquitaine du prince de Galles, son frère aîné (Delpit,Documents français en Angleterre, p. 179); mais il paraît avoir attendu, pour quitter le pays et retourner en Angleterre, qu’Édouard III, par acte en date du 13 avril 1372, eût nommélieutenanten la principauté d’Aquitaine Jean, comte de Pembroke (Rymer, III, 941). Cf. Thomas Walsingham,Historia anglicana, p. 813.[79]Gautier de Masny, dont le chroniqueur de Valenciennes parle avec une complaisance particulière, parce que ce chevalier était originaire du Hainaut, où se trouve le village de Masny (Nord, arr. et c. Douai), mourut le mardi 13 janvier 1372 et fut enterré dans une chapelle des Chartreux de Smithfield, près Londres. Froissart n’oublie pas de dire, dans leBuisson de Jonèce, qu’il avait reçu les bienfaits de son valeureux compatriote.[80]Jean de Hastings, comte de Pembroke, veuf de Marguerite, fille d’Édouard III, s’était remarié à Anne de Masny, fille unique de Gautier et de Marguerite de Norfolk.[81]Ces seigneuries étaient Masny, Boucourt (Nord, arr. et c. Douai) et Wasnes (Nord, arr. Valenciennes, c. Bouchain).[82]Les préparatifs maritimes des Anglais commencèrent vers la fin de 1371. Le 6 octobre de cette année, Édouard III institua deux amiraux, Raoul de Ferrers et Robert de Assheton, chevaliers (Rymer, III, 923 et 924). Le 25 du même mois, il prit des mesures pour assurer la défense des côtes contre les entreprises des Français dont la flotte tenait déjà la mer et passait pour menacer surtout la ville de Yarmouth (Ibid., 925). Le 21 décembre, il défendait de vendre des navires à des marchands étrangers (Ibid., 930). Le 26 janvier 1372, il concluait un traité d’alliance perpétuelle avec les Génois, dont les navires et les arbalétriers pouvaient lui être si utiles dans la guerre qu’il se préparait à entreprendre (Ibid., 931). Enfin, le 6 février suivant, il faisait saisir dans les ports d’Angleterre tous les bateaux jaugeant 20 tonneaux et au-dessus pour les employer au transport de ses troupes (Ibid., 933).[83]Un mandement en date du 31 janvier 1372 (n. st.) nous prouve que Charles V n’ignorait rien des préparatifs du roi d’Angleterre. Voici les premières lignes de ce mandement. «Comme nous aions entendu par pluseurs personnes dignes de foy que nostre adversaire d’Angleterre a entencion et volenté de briefment venir par mer et par terre et entrer au plus grant effort que il pourra en nostre royalme pour grever et dommagier nous, nostre royaume et noz subgiés.» En prévision de ces attaques, Charles V organisa tout un système de défense. Dans chaque bailliage, il délégua deux ou trois chevaliers qui devaient s’adjoindre au bailli pour visiter toutes les places fortes du ressort; le roi donnait l’ordre de démolir celles que l’on ne jugerait pas capables de résister aux assauts de l’ennemi et au contraire de remettre les autres en parfait état, en ayant soin de les munir de provisions et d’artillerie (Delisle,Mandements de Charles V, p. 439 à 442).[84]Jean, comte de Pembroke, fut nommé lieutenant en la principauté d’Aquitaine le 20 avril 1372 (Rymer, III, 941).[85]Par acte daté de Westminster le 7 février 1372, Édouard III donna l’ordre de réunir, d’armer et d’approvisionner des navires dans tous les ports d’Angleterre; ces préparatifs devaient être terminés et les navires prêts à prendre la mer le 1ermai suivant (Rymer, III, 933).[86]La famille de Granson ou Grandson tire son nom de la petite ville de ce nom située dans le pays de Vaud, sur les bords du lac de Neuchâtel: voilà pourquoi Froissart fait remarquer qu’Othe était originaire d’outre-Saône. Grandison est la forme anglaise du nom de cette famille dont une branche s’établit en Angleterre pendant la seconde moitié duXIIIesiècle.[87]Par acte daté du bois de Vincennes le 10 mars 1372 (n. st.), Charles V avait accordé des privilèges aux Castillans qui fréquentaient le royaume (Delisle,Mandements, p. 449).[88]La flotte espagnole se composait de vingt galées d’après laChronique des quatre premiers Valois(p. 232) et de douze seulement d’après D. Pedro Lopez de Avala: «Este año (1372), ovo nuevas el Rey Don Enrique como Micer Ambrosio Bocanegra su Almirante, con doce galeas suyas, las quales él avia enviado en ayuda del Rey de Francia, estando cerca de la Rochela, que estaba entonce por Inglaterra, llegára y el Conde de Peñabroch, que venia por Lugar teniente del Rey de Inglaterra en Guiana, con treinta é seis naos é con mucha compaña de caballeros é escuderos é omes de armas é con grand tesoro que el Rey de Inglaterra le diera para facer guerra in Francia, é que llegando el dicho Conde de Peñabroch á la villa de la Rochela con las dichas naos, las doce galeas de Castilla palearon con él, é le desbarataron, é prendieronle á él, é á todos los caballeros é omes de armas que con él venian, é tomaron todos los navios é tesoros que traian.» (Crónica del Rey Don Enrique segundo, dansCronicas de los Reyes de Castilla, Madrid, 1877, gr. in-8o, 11, 12).[89]Ambrosio Boccanegra était d’origine génoise comme Barbavara, amiral au service de Philippe de Valois, et comme un certain nombre d’amiraux de Castille auxXIVeetXVesiècles. Par acte daté de Zamora le 5 novembre 1372, D. Enrique fit don à Ambrosio Boccanegra, pour le récompenser de la victoire remportée devant la Rochelle, de la petite ville de Linarès, en Andalousie (Catalogo de los Señores y Condes de Fernan Nuñez).[90]Pedro-Fernandez Cabeça de Vaca était maître de l’ordre de Saint-Jacques.[91]Les chroniques de Castille ne mentionnent à cette époque aucun amiral de ce nom. Ferrand de Pion serait-il, comme l’a supposé Buchon, une altération de Hernando de Léon? En 1377, D. Ferrand Sanchez de Tovar, amiral de Castille, prit part à une expédition dirigée par l’amiral français Jean de Vienne contre l’île de Wight.[92]Le nom véritable de ce chevalier est Rui Diaz de Rojas; il était originaire de cette partie de la Biscaye qu’on appelle le Guipuscoa.[93]Cette date est confirmée par une chronique anglaise contemporaine qui rapporte cet événement à la veille de la Saint-Jean-Baptiste, jour de la fête de sainte Ethelrède: «Contigit autem istud infortunium in Vigilia Nativitatis Sancti Johannis Baptistæ, in qua festiva Sanctæ Ethelredæ virginis occurrit.» (Thomæ Walsingham, Quondam monachi Sancti Albani, Historia anglicana, ed. Riley, 1863, p. 314). On se rappela à cette occasion que le comte de Pembroke, alors âgé d’environ vingt-cinq ans, avait profané un jour une église placée sous l’invocation de sainte Ethelrède, et l’on considéra la défaite de la Rochelle comme un châtiment infligé au coupable par cette sainte; on y vit aussi une punition des mœurs dissolues du jeune comte et de son hostilité contre le clergé anglais.[94]D’après l’auteur de laChronique des quatre premiers Valois, les navires des Anglais étaient, au contraire, plus grands et plus pesants que ceux des Castillans: «Nos galées sont legieres, fait-il dire à l’amiral espagnol, et leurs grans nefz et leurs grans barges sont pesantes et fort chargées.»Chronique des quatre premiers Valois, p. 233.[95]Suivant la rédaction d’Amiens (p. 295), les Anglais auraient perdu, dans cette première rencontre, non point deux navires, mais quatre, avec le chargement de provisions que portaient ces navires.[96]Le rédacteur desGrandes Chroniques de France(VI, 335) dit que la flotte anglaise se composait de trente-six navires; c’est également le chiffre donné par Ayala.[97]Élu maire de la Rochelle le 21 avril 1370, Jean Chauderer ou Chauderier avait été remplacé le 13 avril 1371 par Guillaume Boullard. Le 4 avril 1372, Guillaume Boullard lui-même avait eu pour successeur Pierre Boudré. Par conséquent, c’est Pierre Boudré, et non Jean Chauderier, qui était maire de la Rochelle à la date de la défaite navale du comte de Pembroke devant la Rochelle et de la reddition de cette ville au roi de France. Jean Chauderier ne redevint maire que le 24 avril 1373 (communication de M. de Richemond, archiviste de la Charente-Inférieure). Cf. Arcère,Hist. de la ville de la Rochelle, I, 253, 254, 607.[98]Cette assertion de Froissart est confirmée par le passage suivant de laChronique des quatre premiers Valois(p. 234): «De ceulx de la Rochelle en y oult il moult de mors et noyez qui s’estoient mis en bateaulz petiz pour secourir les Anglois.»[99]Gérard de Tartas, seigneur de Poyanne (Landes, arr. Dax, c. Montfort). Par acte daté du mois de mars 1373 (n. st.), Charles V donna à Arnaud Amanieu, seigneur d’Albret, son beau-frère, les hôtels et vignobles confisqués que le dit seigneur de Poyanne possédait à Capbreton (Landes, arr. Dax, c. Saint-Vincent-de-Tyrosse), «comme il ait esté pris derrenierement en la compaignie du conte de Penebroc devant nostre bonne ville de la Rochelle par nos gens et les gens de Castille noz bienveillans et aliez.» (Arch. Nat., sect. hist., JJ 104, fo53, no107.)[100]La chronique de Thomas Walsingham ajoute à ces noms celui de Florimond, seigneur de Lesparre: «Hispani... captum comitem (de Pembroke) cum viginti millibus marcarum susceptarum a rege Anglie ad continuandam ibidem guerram,nec non dominum de La Spaer, aliosque multos nobiles et robustos in Hispaniam abduxerunt.» (Thomæ Walsingham, Hist. Angl., p. 314). Le rédacteur desGrandes Chroniques de Francedit que le nombre des prisonniers dépassa cent soixante, et D. Pedro Lopez de Ayala fait remarquer qu’il y avait dans ce nombre soixante-dix chevaliers, «los quales eran setenta Caballeros de espuelas doradas.»[101]Thomas Walsingham, dans un passage rapporté plus haut, évalue à vingt mille marcs les sommes trouvées par les Espagnols à bord des navires anglais. Le rédacteur desGrandes Chroniques de Francedit que les marins de Castille «gaignèrent moult grant finance», et D. Pedro Lopez de Ayala rapporte que tout le trésor «todo el tesoro» recueilli par les vainqueurs fut envoyé à D. Enrique à Burgos.[102]On rassembla les navires et les équipages qui devaient composer cette flotte à Harfleur du 15 avril au 15 mai 1372; le 8 mai, Charles V manda à Jean le Mareschal, receveur général des aides en Normandie, de remettre toutes les sommes dont il pourrait disposer à Jean le Mercier, trésorier des guerres, chargé de pourvoir aux frais de l’expédition (Delisle,Mandements de Charles V, p. 457). Par acte daté de Paris le 10 mai 1372, Owen de Galles, dans une charte où il revendique ses droits héréditaires et proteste contre l’occupation du pays de Galles par les rois anglais, se reconnaît redevable envers Charles V d’une somme de 300 000 francs d’or et plus «tant en gaiges de gens d’armes, d’archiers et d’arbalestriers comme en navire et en gaiges et despens de marigniers, en hernois et en autres frais, missions et despens plusieurs» (Arch. Nat., sect. hist., JJc, no27, fo55; publiée par M. Kervyn,Œuvres de Froissart, VIII, 435 et 436). Le 22 avril précédent, Jacques de Montmor, chevalier, et Morelet de Montmor, écuyer, frère de Jacques, qui jouèrent un rôle important dans l’expédition maritime commandée par Owen de Galles, avaient fait montre à Harfleur de 125 hommes d’armes, «lesquelz entrèrent en mer en plusieurs barges et vaisseaux pour servir le roy de France ou faict de la dicte armée» (Arch. Nat., sect. hist., J 475, no1001). L’auteur de laChronique des quatre premiers Valois, le mieux informé de tous les chroniqueurs au sujet de cette expédition, dit que la flottille placée sous les ordres d’Owen de Galles et des frères de Montmor se composait d’environ 15 barges ou gros vaisseaux, non compris les petits navires, et qu’elle était montée par 600 hommes d’armes, sans compter les mariniers (p. 230). Ces données sont à peu près les mêmes que celles de Froissart, qui parle de 3000 combattants.[103]Le gardien et capitaine des îles de Jersey, Guernesey, Serk et Aurigny était, à la date du 6 septembre 1371 et probablement aussi en 1372, Gautier Hewet, ce même chevalier qui guerroyait alors en Saintonge (Rymer, III, 922).[104]Les habitants de Guernesey furent excités à la résistance par les jeunes femmes et les jeunes filles oubasselettes(diminutif debasse, jeune servante, en patois bas-normand) de l’île: «Et sachiez que jeunes femmes et les baisselettes des dictes ysles avoient en ce printemps de lors fait chapeaulx de flours et de violettes et les avoient donnés aux jeunez hommes et leur disoient que cil se devoient bien deffendre qui les avoient à amies.» Les Guernesiais se battirent si bien que plusieurs centaines d’entre eux restèrent sur le champ de bataille; en revanche, la garnison du château Cornet fit une sortie où elle tua par surprise un certain nombre de gamins de Paris enrôlés dans l’expédition lesquels s’étaient couchés et sans doute endormis devant un grand feu allumé en vue de la dite forteresse (Chronique des quatre premiers Valois, p. 230 et 231).[105]L’auteur de laChronique des quatre premiers Valoisrapporte également qu’après une descente à Guernesey la flotte française cingla vers les côtes d’Espagne. Les actes originaux confirment de point en point la version des deux chroniqueurs. On lit, en effet, dans un compte des recettes et dépenses de l’expédition arrêté à la date du 23 août 1372, que Jacques de Montmor, qui partageait avec Owen de Galles la direction des opérations, fit montre «à saint Ander leXXIIejour de juilletCCCLXXII.» (Arch. Nat., J 475, no1001.) On en peut conclure que la descente opérée à Guernesey par les Français eut lieu sans doute dans le courant de juin 1372, saison qui explique les chapeaux de violettes donnés par les Guernésiaises à leurs amoureux, et que la flotte placée sous les ordres d’Owen de Galles jeta l’ancre devant Santander vers le milieu du mois suivant.[106]Une ligue offensive et défensive fut alors conclue entre Édouard III, roi d’Angleterre, et Jean V, duc de Bretagne et comte de Montfort. Cette ligue fut signée dans la chapelle royale de Westminster le 19 juillet 1372 (Rymer, III, 953 à 955). Par ce traité, Édouard III donnait à son gendre le comté de Richmond, s’engageait à envoyer en Bretagne 300 hommes d’armes et 300 archers et promettait de livrer au duc la marche d’entre Bretagne et Poitou. En retour, si le roi anglais venait en personne guerroyer au royaume de France, Jean V devait se joindre à l’expédition avec un corps d’armée de 1000 hommes d’armes dont chacun recevrait une indemnité annuelle de 160 francs.
[1]Bertrand du Guesclin avait été institué connétable de France, le 2 octobre 1370 (voyez le tome VII de cette édition, sommaire, p.CXVI,note 341). Le 24 du même mois, il était à Pontorson, où il conclut un pacte d’alliance et de fraternité d’armes avec Olivier, seigneur de Clisson, naguère partisan de Jean de Montfort et des Anglais, mais rallié complètement à la cause de Jeanne de Penthièvre et de Charles V depuis 1369 (Dom Morice,Preuves de l’hist. de Bretagne, I, col. 1631 et 1632; Secousse,Recueil de pièces relatives à Charles II, dit le Mauvais, roi de Navarre, p. 380 et 381). Le texte de ce curieux pacte a été publié par dom Morice d’après l’original conservé aux archives du château de Blain (Ibid., col. 1642 et 1643) et réimprimé par M. de Fréminville (Hist. de du Guesclin, p. 475 à 477). Le 6 novembre suivant, Bertrand se trouvait à Caen, où il reçut la montre de Jean de Mauquenchy, dit Mouton, seigneur de Blainville, maréchal de France, qui servit du 6 novembre au 6 décembre sous le connétable avec 7 chevaliers bacheliers et 24 écuyers (Bibl. Nat., Pièces originales, vol. 1433, dossierDu Guesclin, no30). Ce fut alors que le connétable, s’il faut en croire Cuvelier, distribua l’argent qu’il avait rapporté d’Espagne, engagea ou vendit sa vaisselle pour assurer la solde du corps d’armée en voie de formation (Chronique rimée de B. du Guesclin, II, p. 159 à 162, vers 17 969 à 18 064). Ce qui rend cette assertion très vraisemblable, c’est que, par acte en date du 7 janvier 1371 (n. st.), Charles V, dont la générosité était le moindre défaut, donna une somme de 2000 francs d’or à Thiphaine Raguenel, duchesse de Molina et comtesse de Longueville, «pour lui aidier à soustenir son estat» (Delisle,Mandements de Charles V, no742, p. 381 et 382). D’après l’auteur de laChronique rimée de B. du Guesclin(II, p. 158, vers 17 951 à 17 959), ce serait Bertrand qui aurait conseillé au roi de France de soumettre à un emprunt forcé ses officiers et les «chaperons fourrés», c’est-à-dire les gens de son Parlement et de la Chambre des Comptes. Ici encore le témoignage de Cuvelier est confirmé par les documents originaux. Il résulte, en effet, d’une foule d’actes que, de la fin d’octobre aux derniers jours de décembre 1370, Charles V soumit à un emprunt forcé les bourgeois de quelques-unes de ses bonnes villes, notamment de Paris, de Rouen, de Gournay, les conseillers au Parlement et les officiers de sa maison, entre autres le fameux Guillaume Tirel, dit Taillevent, son cuisinier (Delisle,Mandements de Charles V, p. 372 et 373; voyez aussi le discours que nous avons prononcé à la séance publique annuelle de la Société de l’histoire de Normandie, le 21 mars 1882, p. 10 et 11 du tirage à part). Soit qu’il crût la basse Normandie menacée par des bandes de l’armée d’invasion conduite par Robert Knolles, soit qu’il n’eût pas encore achevé la concentration de ses forces, le connétable resta à Caen jusqu’au 1erdécembre 1370, jour où il envoya de cette ville aux trésoriers des guerres la montre de sa compagnie d’hommes d’armes composée de 23 chevaliers bacheliers et de 270 écuyers (Hay du Chastelet,Histoire de B. du Guesclin, p. 333 à 335; La Roque,Histoire de la maison de Harcourt, IV, 2305; dom Morice,Preuves, I, col. 1644 et 1645).
[2]Après avoir ravagé les environs de Paris à la fin de septembre 1370 (voy. t. VII, sommaire, p.CVII,note 316), le gros de l’armée de Robert Knolles s’était certainement avancé dans la direction de Vendôme, en passant par Chartres et Châteaudun. Dans les premiers jours du mois de novembre, les Anglais étaient arrivés dans le Vendômois «le jour de la Toussains derrain passée, lit-on dans une lettre de rémission datée de Paris en mai 1371,environ le temps que Robert Canole, Engloiz, et ses adherenz noz ennemiz estoient ou pays de Vendomoys» (Arch. Nat., section hist., JJ 109, no15, fo128). Robert Knolles paraît avoir employé la plus grande partie du mois de novembre à s’emparer d’un certain nombre de petites places situées dans la vallée du Loir, vallée qu’il suivait pour se rendre du Vendômois à son château de Derval en Bretagne. Chemin faisant, il occupa successivement Ruillé (auj. Ruillé-sur-le-Loir, Sarthe, arr. Saint-Calais, c. la Chartre-sur-le-Loir), l’abbaye fortifiée de Notre-Dame de Vaas (Vaas, Sarthe, arr. la Flèche, c. Mayet) (Bibl. de l’Arsenal, fonds des Belles-Lettres, ms. fr. no168;Arch. Nat., J 179B, no12; KK 241, fo1; JJ 109, no15), l’abbaye fortifiée de Notre-Dame du Loroux, aujourd’hui écart de Vernantes, Maine-et-Loire, arr. Baugé, c. Longue (Bibl. Nat., collection de dom Housseau, à la date du 8 janvier 1371, n. st.) et la ville du Lude (Sarthe, arr. la Flèche). Nous disons la ville, et non le château du Lude, car une lettre de rémission du mois de septembre 1371 établit que ce château, défendu par Guillaume de Meron, résista à toutes les attaques des Anglais (Arch. Nat., JJ 103, no214). Quoi qu’en dise Froissart, il paraît peu probable que Robert Knolles, pour gagner la Bretagne et son château de Derval, ait pris la route du Mans par où il savait peut-être que le corps d’armée rassemblé par Du Guesclin devait s’avancer à marches forcées pour le rejoindre; menacé d’être acculé entre le connétable de France, au nord, et Jean de Beuil, lieutenant de Louis, duc d’Anjou, au midi, le capitaine anglais dut s’échapper à l’ouest dans la direction de la Flèche, de Sablé et de Château-Gontier; c’était du reste la route la plus directe qu’il pût suivre pour se rendre à Derval.
[3]Pendant les semaines qui précédèrent la journée de Pontvallain, Bertrand du Guesclin ne tint point garnison au Mans, et Olivier de Clisson n’occupa point une forteresse voisine du Mans, comme le raconte Froissart. Deux documents, indiqués dans une des notes précédentes, établissent que, le 6 novembre et le 1erdécembre 1370, le connétable de France était encore à Caen. Bertrand dut quitter cette ville dans la journée du dimanche 1erdécembre et ne put guère arriver au Mans que le surlendemain mardi, dans l’après-midi du 3. Là, il apprit que l’arrière-garde de Robert Knolles, forte d’environ 600 combattants et placée sous les ordres de Thomas de Granson, était encore à Mayet (Sarthe, arr. la Flèche), gros bourg situé à une dizaine de lieues au sud du Mans. Ce fut pour barrer la route aux Anglais et les écraser au passage que Bertrand, après avoir fait au Mans une simple halte, alla coucher avec sa troupe en un lieu que Cuvelier (II, 164) appelle le «chastel de Villé». C’est aujourd’hui Fillé (Sarthe, arr. le Mans, c. la Suze), sur la Sarthe, à quatre lieues au sud du Mans dans la direction de Pontvallain et de Mayet.
[4]Jean de Menstreworth figure parmi les onze chevaliers anglais qui, par acte daté de Westminster le 10 juillet 1370, jurèrent de servir fidèlement dans l’expédition projetée en France sous Robert Knolles, Alain de Buxhull, Thomas de Granson et Jean Bourchier (Rymer, III, 897 et 898).
[5]Robert Knolles, qui se dirigeait en toute hâte vers la Bretagne pour s’enfermer dans son château de Derval, se trouvait à une grande distance du Mans au moment où Du Guesclin arriva dans le Maine pour couper le capitaine anglais de son arrière-garde et écraser cette dernière: «Le dit monseigneur Bertran, nouvel connestable, fit sa semonce des nobles et parsuy monsigneur Robert Canole,maiz le dit Canole estoit ja entré en Bretaingne.»Chronique des quatre premiers Valois, p. 208.
[6]Abbaye fondée vers le milieu du sixième siècle par saint Maur, disciple de saint Benoît, dont on voit encore aujourd’hui les ruines en la commune du Thoureil, Maine-et-Loire, arr. Saumur, c. Gennes. Chassés de Saumur en 1369, Hugh de Calverly et Jean Cressewell avaient occupé et fortifié l’abbaye de Saint-Maur, d’où ils rançonnaient le pays environnant. Cf.Chroniques de J. Froissart, VII, sommaire, p.LXXXII,note 244.
[7]Pontvallain, Sarthe, arr. la Flèche, à 30 kilomètres au sud du Mans.
[8]Selon toute vraisemblance, la bataille de Pontvallain fut livrée, non le 10 octobre, mais le 4 décembre 1370. Arrivé à Fillé, à 16 kilomètres au sud du Mans, sur la route de cette ville à Angers, le 3 décembre, au soir, Bertrand fut informé pendant la nuit que les Anglais, venant de Mayet, essayaient de s’échapper par la route qui va de Mayet et de Pontvallain au Lude, afin de mettre le cours du Loir entre eux et les Français; il voulut aussitôt déjouer cette tentative en accomplissant le mercredi 4 décembre une marche forcée de nuit, de grand matin, sous une pluie battante. Cuvelier nous dit que Du Guesclin et plusieurs de ses compagnons d’armes y crevèrent leurs chevaux déjà harassés par la marche rapide des jours précédents. Après avoir traversé la petite rivière d’Aune, affluent de la rive droite du Loir, le connétable atteignit les Anglais près du «château de la Fagne», mentionné dans laChronique normande(éd. Molinier, p. 107) et marqué sur la carte de Cassini. Poursuivi à travers la lande de Rigalet et les prairies qui bordent l’Aune un peu avant son confluent avec le Loir, l’ennemi prit la fuite dans la direction du Lude et de Vaas. Une croix en bois, dite laCroix Brette, élevée peu après l’événement à l’endroit où Du Guesclin passait pour avoir enterré ses morts, indiquait sans doute le théâtre principal de l’action. Cette croix, qui se trouvait à peu près à moitié chemin sur la route de Pontvallain au Lude, a été remplacée en 1828 par un obélisque en pierre.
[9]Loin de revenir sur ses pas et de ramener ses prisonniers au Mans, Bertrand du Guesclin donna la chasse aux fuyards jusqu’en Anjou et même au delà de la Loire; il contraignit Hugh de Calverly et Jean Cressewell à évacuer l’abbaye fortifiée de Saint-Maur-sur-Loire, moyennant, il est vrai, une assez forte rançon, pour le payement de laquelle Bertrand leva sur les marchandises passant en Loire entre Cande et Champtoceaux un subside qui se maintint jusqu’au XVIIIesiècle sous le nom deTrépas de Loire(voyez notre tome VII, sommaire, p.LXXXII,note 244). Le 6 décembre 1370, deux jours seulement après sa victoire à Pontvallain, le connétable de France était à Saumur, où il passa en revue la compagnie de Mouton de Blainville, maréchal de France (voyez plus haut, p.IV,en note). Il poursuivit l’ennemi jusqu’à Bressuire en Poitou (Grandes Chroniques, VI, 326;Chronique normande, p. 199; Cabaret d’Orville, éd. Chazaud, p. 27 et 28;Chronique rimée de B. du Guesclin, II, p. 178 à 185, vers 18 507 à 18 704).
[10]Les plus importants parmi ces prisonniers étaient Thomas de Granson, Gilbert Giffard, Geoffroi Worseley, Philippe de Courtney, Guillaume de Nevill et Hugh Spencer, neveu d’Édouard Spencer. LaChronique normande(p. 197) ajoute à ces noms ceux de Richard, de David de Green et de Thomas Fillefort. Sur la prise de Granson, voyez un acte de donation fait par Charles V en septembre 1371 (Arch. Nat., JJ 101, no130).
[11]Un acte par lequel Édouard, prince d’Aquitaine et de Galles, donne à son frère Jean, duc de Lancastre, les château, ville et châtellenie de Bergerac, est daté de Cognac le 8 octobre 1370. Delpit,Documents français en Angleterre, p. 130 et 131.
[12]Urbain V mourut à Avignon le jeudi 19 décembre 1370. Le conclave se réunit au palais papal le dimanche 29, à six heures, et dès le lendemain, le lundi 30, Pierre Roger de Beaufort, cardinal diacre, neveu de Clément VI, fut élu pape et prit le nom de Grégoire XI. Ordonné prêtre le 4 janvier 1371, Grégoire XI fut sacré et couronné à Avignon le lendemain 5 (Thalamus parvus, p. 384 et 385).
[13]Louis, duc d’Anjou, partit de Toulouse le 21 décembre, arriva à Nîmes le 26 et se trouvait à Avignon le 29, lorsque s’ouvrit le conclave. Dom Vaissete,Hist. de Languedoc, IV, 346.
[14]Haute-Vienne, arr. Limoges. Eustache d’Auberchicourt, qualifié lieutenant en Périgord et Limousin d’Édouard III, roi d’Angleterre, avait mis le siège devant Rochechouart (Haute-Vienne) avec 400 combattants; Étienne, bâtard de Rochechouart, s’était engagé à livrer la place aux Anglais. Sur ces entrefaites, Louis, vicomte de Rochechouart, chevalier, chambellan de Charles V, appela à son secours Bertrand du Guesclin au moment où le vainqueur de Pontvallain était occupé à poursuivre les Anglais sur la rive gauche de la Loire. Le connétable dépêcha aussitôt vers le vicomte de Rochechouart un vaillant écuyer breton nommé Thibaud du Pont, qui fit lever le siège de Rochechouart, retint prisonniers les traîtres qui avaient voulu livrer cette place et instruisit leur procès le 14 décembre 1370 (Bibl. Nat., Trésor généalogique de dom Villevieille, t. LXV,au motGUESCLINd’après le carton 1erdes Archives de la vicomté de Rochechouart). Le 4 septembre 1371, Charles V fit payer 40 francs d’or à Jean du Rocher, écuyer de Bretagne, député vers le roi de France par Thibaud du Pont, écuyer, capitaine de Rochechouart (Delisle,Mandements de Charles V, p. 419, no818).
[15]Manche, arr. Saint-Lô. La vicomté de Carentan avait été cédée à Charles II, dit le Mauvais, roi de Navarre, en vertu du traité de Mantes conclu le 22 février 1354 (n. st.). Dix ans après la conclusion de ce traité, dans les premiers jours de juillet 1364, Bertrand du Guesclin, pendant le cours de son expédition en basse Normandie, avait repris Carentan; cette ville fut de nouveau cédée à Charles le Mauvais, moyennant le payement d’un subside, vers le milieu de 1365 (E. Izarn,Compte des recettes et dépenses du roi de Navarre de 1367 à 1370, Paris, 1885, 1 vol. in-8o, p. 33); et la garde de cette place fut dès lors confiée par le roi de Navarre à Eustache d’Auberchicourt, qui y tint grand état en compagnie d’Isabelle de Juliers, comtesse de Kent, qu’il épousa avant le 6 janvier 1366 (Ibid., p. 324 et 325).
[16]D’après l’opinion la plus vraisemblable, Arnoul d’Audrehem mourut à Saumur entre le 6 et le 25 décembre 1370. Les funérailles d’Arnoul et celles de Geoffroi de Charny, qui avaient été tous les deux porte-oriflamme de France, furent célébrées en même temps à Paris, dans le courant de janvier 1371; le 31 de ce mois, Ymbert le Damoisel, valet de chambre et «armurier» de Charles V, donna quittance de 370 francs pour des travaux d’armoiries, de tapisserie et de dorure exécutés à l’occasion de ces obsèques. Voyez Émile Molinier,Étude sur la vie d’Arnoul d’Audrehem, dansMémoires des savants étrangers présentés a l’Académie des Inscriptions, deuxième série, VI, p. 189 à 191, 342.
[17]Raymond de Mareuil paraît avoir eu ses possessions en Périgord, sur les confins de cette province et de l’Angoumois, bien plutôt qu’en Limousin. Par acte daté de Paris en mai 1354, Jean II fit don de 400 florins à l’écu et de 100 livres de rente à prendre sur le comté d’Angoulême à Raymond de Mareuil, écuyer, lequel avait servi sous le connétable Charles d’Espagne et avait repris sur les Anglais les châteaux de Mareuil (auj. Mareuil-sur-Belle, Dordogne, arr. Nontron), de Paluel (auj. Palluaud, Charente, arr. Barbézieux, c. Montmoreau) et d’Agonac (Dordogne, arr. Périgueux, c. Brantôme), situés en Périgord (Arch. Nat., JJ 82, no196).
[18]Raymond de Mareuil s’était rallié au parti français dès le 29 juin 1369 (voyez t. VII, sommaire, p.LXXXVIII,note 263). Par divers actes datés de Paris au mois de juillet de cette année, Charles V avait donné à Raymond de Mareuil, chevalier, les châteaux de Villebois en Périgord (auj. Villebois-Lavallette, Charente, arr. Angoulême) et de Courtenay (Arch. Nat., JJ 100, fos205, 223, 288; J 426, no21). Palluaud et Villebois, rattachés actuellement à la Charente, ont toujours fait partie du diocèse de Périgueux et du Périgord.
[19]Le manuscrit d’Amiens ajoute que Hugh de Calverly était sénéchal de Limousin.
[20]Le manuscrit d’Amiens ne mentionne pas Geoffroi d’Argenton et parle seulement «d’un fort château où Raymond de Mareuil fut enfermé sous la garde de Thomas Percy, sénéchal de Poitou».
[21]D’après le manuscrit d’Amiens, cette forteresse aurait été la Roche-Posay (Vienne, arr. Châtellerault, c. Pleumartin), où Guillaume des Bordes et Charuel, chevaliers du parti français, auraient tenu garnison.
[22]Cf.Le prince Noir, poème du héraut Chandos, édit. de M. Francisque Michel, 1883, p. 277 et 278, vers 4081 à 4096. Édouard, prince d’Aquitaine et de Galles, s’embarqua à Bordeaux pour retourner en Angleterre avant le 15 janvier 1371, «circa principium mensis januarii», dit le moine de Saint-Albans, jour où Jean de Lancastre, institué lieutenant d’Aquitaine par son frère aîné, est mentionné dans un acte comme chargé du gouvernement de cette province pendant l’absence d’Édouard; le duc de Lancastre se démit de sa lieutenance dès le 21 juillet de la même année (Delpit,Documents français en Angleterre, p. 179).
[23]Edmond, comte de Cambridge, n’accompagna point le prince de Galles, il resta en Aquitaine avec Jean, duc de Lancastre: «relinquens post se, dit le moine de Saint-Albans, racontant le départ du prince de Galles pour l’Angleterre,in Vasconia duos fratres suos, Johannem ducem Lancastriæ et Edmundum comitem Cambrigiæ.» (Chronicon Angliæ(1328-1388), éd. Edward Maunde Thompson, London, 1874, p. 67 et 68).
[24]A Plymouth, d’après le moine de Saint-Albans.
[25]Berkhampstead se trouve dans le comté de Hertford, à la distance de 26 milles anglais au nord-ouest de Londres; cette distance est donc en réalité moitié moindre que celle qui est indiquée par Froissart. C’est à titre de duc de Cornouaille qu’Édouard, prince de Galles, possédait le château de Berkhampstead, qui n’a pas cessé depuis lors d’appartenir aux héritiers présomptifs de la couronne d’Angleterre.
[26]Dordogne, arr. Périgueux. c. Ribérac. Montpont était le chef-lieu d’une châtellenie comprenant dix-huit paroisses.Montpaon, que l’on trouve dans le texte de Froissart, est conforme à l’étymologie; les plus anciennes formes de ce nom de lieu sontMontpaoetMonspavo(Dictionnaire topographique de la Dordogne, par le vicomte de Gourgues, au motMontpont).
[27]A la date du 4 janvier 1371, le siège de Montpont par les Anglais durait déjà depuis un certain temps, puisqu’à cette date Louis, duc d’Anjou, qui se trouvait alors à Avignon, envoya Pierre Scatisse et Milon de Dormans, archidiacre de Meaux, demander aux États de Languedoc assemblés à Nîmes un subside de 2 francs par feupour faire lever le siège de Montpont(Dom Vaissete,Hist. de Languedoc, IV, 346). Le 10 février suivant, le duc d’Anjou était en marche avec Menaud de Barbazan, maréchal de son ost,pour faire lever le dit siège(Ibid., 346 et 347). Nous établirons plus loin que Montpont tomba au pouvoir des Anglais à la fin du mois de février; et comme Froissart fait remarquer à cette occasion que le siège avait duré onze semaines, il y a tout lieu d’ajouter foi au témoignage d’un chroniqueur contemporain qui rapporte que le duc de Lancastre mit le siège devant Montpont au moment où fut livrée la bataille de Pontvallain, c’est-à-dire dans les premiers jours de décembre 1370 (Chronique normande, éd. Molinier, p. 200).
[28]Gironde, arr. la Réole. L’anecdote racontée ici par Froissart est très jolie, mais certaines circonstances du récit du chroniqueur sont certainement inexactes. Outre que Saint-Macaire se trouve à une assez grande distance de Montpont, la première de ces deux localités était encore au pouvoir des Anglais en 1371. Du reste, le manuscrit d’Amiens donne une version différente de celle qui est résumée plus haut; ce manuscrit ne fait aucune mention de Jean de Malestroit et fait partir Silvestre Budes, non de Saint-Macaire, mais de Sainte-Bazeille (Lot-et-Garonne, arr. de Marmande). Sainte-Bazeille, dont le seigneur, Berard d’Albret, s’était rallié au roi de France pendant la première moitié de 1370 (voyez notre t. VII, sommaire, p.XCIX,note 293), avait pu recevoir une garnison bretonne et, en outre, cette petite place est à moindre distance de Montpont que Saint-Macaire. Par conséquent, la version du manuscrit d’Amiens est moins invraisemblable, sinon plus vraie, que celle des manuscrits de la première rédaction. A la fin de 1371, un chevalier du Périgord, nommé Pierre «de Montibus», seigneur de Saint-Jean-de-Côle (Dordogne, arr. Nontron, c. Thiviers), avait traduit devant le Parlement de Paris Silvestre Budes, écuyer, qui s’était emparé de sa forteresse de Saint-Jean-de-Côle et qui continuait de l’occuper (Arch. Nat., sect. jud., X2a8, fo262). En présence des deux versions de Froissart, on peut se demander si Silvestre Budes, pris à l’improviste par l’arrivée des Anglais devant Montpont, n’occupait pas alors Saint-Jean-de-Côle.
[29]D’après Froissart, la garnison de Montpont se composait de Bretons, et le nom de Guillaume de Longueval semble étranger à la Bretagne. Nous inclinons à croire que le chroniqueur de Valenciennes, plus familier avec les noms de famille de la Picardie qu’avec ceux de la Bretagne, a commis ici une confusion et qu’il a écrit peut-être Guillaume de Longueval au lieu de Guillaume de Laval. Ce qui nous le fait croire, c’est qu’un écuyer breton, nommé Guillaume de Morieux, qui fut fait prisonnier à Montpont par les Anglais et qui déposa dans le procès pour la canonisation de Charles de Blois, cite parmi ses compagnons d’armesGuillaume de Laval, chevalier, et Fralin de Combray, écuyer (Bibl. Nat., ms. lat. 5381, t. II, fos107 et 108). Toutefois, nous devons faire remarquer que Louis de Mailly, cité aussi comme l’un des quatre chefs de la garnison de Montpont, appartenait lui-même à une famille picarde.
[30]Eustache et Alain de la Houssaye figurent dans presque toutes les montres de Bertrand du Guesclin.
[31]Louis de Mailly était le quatrième fils de Jean de Mailly, seigneur de Talmas (Somme, arr. Doullens, c. Domart), et de Jeanne de Picquigny (P. Anselme,Hist. généal., VIII, 653).
[32]L’auteur de laChronique normande(p. 200) appelle cet homme d’armes: «Fouques Boules, sire d’Assi.»
[33]D’après la chronique romane de Montpellier, le château de Montpont tomba au pouvoir des Anglais dans le courant de février. «Aquel an meteyss (1371),en lo mes de febrier,foupres e destrug lo castel de Montpaon en Peiragorc per lo duc de Lencastre e mossen Aymo, frayre del dich princep, losquals y avian tengut seti per alcun temps» (Thalamus parvus, p. 385). Vers le milieu de ce mois, Louis, duc d’Anjou, faisait porter des provisions à Montauban pour ravitailler la place (Bibl. Nat., Quittances, XVIII, no831); mais le vendredi 28 février, il était de passage à Albi et se dirigeait vers Paris, en passant par Avignon (Vaissete,Hist. du Languedoc, IV, 347). Par conséquent, à cette dernière date, le château de Montpont était au pouvoir des Anglais; il faut donc placer la prise de cette forteresse par le duc de Lancastre vers la fin de février 1371.
[34]Dordogne, arr. Périgueux, c. Brantôme.
[35]Tandis que Périgueux était redevenu français dès le mois d’août 1369 (voy. t. VII, sommaire, p.CII), les Anglais continuaient d’occuper Bergerac, donné par le prince de Galles, le 8 octobre 1370, au duc de Lancastre qui, par acte en date du 15 janvier 1371, «au siège devant Montpaon», avait confié la garde de cette place à Heliot Buade (Delpit,Documents français en Angleterre, p. 177).
[36]Le fief de la Grézille, d’où la famille à laquelle appartenait Pierre tirait son nom, était situé en la paroisse d’Ambillou (Maine-et-Loire, arr. Saumur, c. Gennes). En 1369 et 1370, Pierre de la Grézille fut gratifié par Charles V de plusieurs terres situées en Anjou et dans le Maine, que le roi avait confisquées sur des seigneurs partisans des Anglais. D’après une montre de 1371, il avait dans sa compagnie 14 chevaliers bacheliers et 63 écuyers (Bibl. Nat., Trésor généalogique, par Dom Villevieille, au motLa Grézille).
[37]Moncontour-de-Poitou, Vienne, arr. Loudun.
[38]Jourdain de Coulonges, que Froissart appelle Jourdain «de Coulongne», appartenait, comme Pierre de Grézille, à une famille établie de vieille date sur les frontières du Poitou et de l’Anjou. On sait que les localités du nom de Coulonges (Coulonges-sur-la-Renaize, dans le dép. de la Vienne, Coulonges-Thouarsais et sur l’Authise, dans les Deux-Sèvres) sont nombreuses dans cette région.
[39]La distance de Moncontour à Poitiers est de 45 kilomètres ou onze lieues anciennes, moitié plus considérable, par conséquent, que celle qui est indiquée par Froissart.
[40]C’est Jean de Kerlouet, non Éven Charuel, qui commandait la garnison de Châtellerault depuis la prise de cette forteresse dans les premiers jours de juillet 1370, comme Froissart l’a dit avec plus d’exactitude dans un autre endroit de sa chronique (cf. notre tome VII, p.)212.
[41]Vienne, arr. Châtellerault, c. Pleumartin. Jean de Kerlouet s’était emparé de la Roche-Posay vers le mois de juillet 1369 (cf. t. VII, sommaire, p.LXIV).
[42]Vienne, arr. Montmorillon. En 1369, l’abbaye fortifiée de Saint-Savin avait été livrée par l’un de ses moines au capitaine français Louis de Saint-Julien (cf. t. VII, sommaire, p.LXXXIII).
[43]Charente-Inférieure, arr. Saintes. Renaud, seigneur de Pons et de Ribérac, vicomte de Turenne et de Carladez, s’était décidé à faire acte de soumission au roi de France dès le mois de mai 1369 (cf. t. VII, p.LXXXVIII,note 263).
[44]La nouvelle du siège mis par les Anglais devant Moncontour parvint à Paris pendant la seconde moitié du mois d’août 1371, car les premiers mandements adressés par Charles V pour réunir un corps d’armée de secours sont datés du 26 de ce mois (Delisle,Mandements de Charles V, p. 417 et 418, nos813 à 815).
[45]Moncontour dut se rendre aux Anglais à la fin d’août ou dans les premiers jours de septembre 1371. Bertrand du Guesclin et Olivier, seigneur de Clisson, envoyés au secours de la place assiégée, après avoir opéré la concentration de leurs forces dans le Maine, en Anjou et en Touraine, n’arrivèrent à Saumur que le 5 septembre. A cette date, Jean, comte de Sancerre, les maréchaux de France, Louis de Sancerre et Mouton de Blainville, étaient encore à Tours; ils ne rejoignirent Du Guesclin et Clisson que le lendemain. Le manque d’arbalétriers les empêcha de reprendre la forteresse de Moncontour, qui était déjà tombée au pouvoir des Anglais (Delaville le Roulx,Comptes municipaux de Tours, II, 111, nos506 à 509; cf.Chronique normande, p. 202).
[46]Le 1erjanvier 1371, Bertrand du Guesclin, de retour de la chevauchée dont Pontvallain, Saumur et Bressuire avaient marqué les principales étapes, se trouvait à Paris, d’où il envoya, enclose sous son sceau du secret, au trésorier des guerres, Étienne Braque, la montre de 1135 hommes d’armes qu’il avait retenus pour servir sous ses ordres, dont 4 chevaliers bannerets, 51 chevaliers bacheliers et 1080 écuyers (Dom Morice,Preuves de l’hist. de Bretagne, I, col. 1647). Avant la fin de janvier, il dut se mettre en route pour porter secours à la garnison de Montpont, assiégée par les Anglais, car diverses compagnies du corps d’armée qu’il avait réuni pour cette expédition furent passées en revue à Blois du 27 au 29 de ce mois, notamment celles d’Alain de Taillecol, dit l’Abbé de Malepaye, de Girard, seigneur de Rais, d’Olivier, seigneur de Montauban, et de Pierre, seigneur de la Hunaudaie (Hay du Chastelet,Hist. de Du Guesclin, p. 340, 341, 344, 345; Dom Morice,Preuves de l’hist. de Bretagne, I, col. 1645 à 1647). Froissart se trompe lorsqu’il dit que Du Guesclin n’entreprit l’expédition tendant à la levée du siège de Montpont et marquée par le siège d’Ussel qu’après la Chandeleur ou le 2 février; il se trompe encore davantage lorsqu’il la fait coïncider avec le retour du printemps.
[47]Auj. chef-lieu d’arrondissement de la Corrèze, sur les confins du Limousin et de l’Auvergne. Ussel est bâti sur une colline de plus de 600 mètres d’élévation, près du confluent de la Sarzonne et de la Diège, affluent de la rive droite de la Dordogne, et les halles actuelles occupent l’emplacement de l’ancien château-fort. Tous les manuscrits de Froissart portent par erreurUzès. Comme quelques-uns de ces manuscrits placentUzèsen Auvergne, dom Vaissete en avait conclu qu’il faut lireUsson(Hist. du Languedoc, IV, 347). En réalité, il s’agit d’Ussel, ainsi que le prouve la déclaration d’un chevalier nommé Geoffroi Budes, originaire d’Uzel-près-l’Oust, en Bretagne, qui déposa à Angers en septembre 1371 dans l’enquête pour la canonisation de Charles de Blois: «Nobilis vir dominus Gauffridus Budes, miles, de parochia de Usello, dicit quodin quadragesima ultimo preterita(fin de février 1371)iste testis, in societate domini constabularii Francie, ibat apud castrum Montis Pavonis(Montpont)quod tenebatur a gentibus domini nostri regis Francie, obsessum a gentibus regis Anglie et principis Aquitanie, et ibant pro dicta obsidione levanda. Contigit quod in itinere inveneruntcastrum vocatumUsselab hostibus regis Francie detentum, cui castro constabularius cum suis gentibus dedit insultum» (Dom Morice,Preuves de l’hist. de Bretagne, II, 26). Les comptes de Jean, duc de Berry, contiennent plusieurs mentions relatives à des chevaliers ou écuyers blessés au siège d’Ussel (Arch. Nat., sect. hist., KK 251, fos31, 32 et 71 vo). Une lettre de rémission, délivrée le 18 novembre 1372 à un homme d’armes de la compagnie de Juhel Rolland, fait également mention du siège mis devant Ussel en 1371 par Du Guesclin (Ibid., JJ 103, fo134, no285).
[48]Dès le 18 février 1371, les Français avaient mis le siège devant Ussel, puisqu’à cette date Bethon de Marcenac, chevalier et conseiller de Jean, duc de Berry, donna quittance de 40 livres tournois, que le dit duc lui avait allouées pour ses frais et dépens devant le fort d’Ussel (Arch. Nat., KK 251, fo71 vo). Le 26 du même mois, les ménétriers de Bertrand du Guesclin jouaient devant le duc de Berry qui leur faisait donner 20 livres (Ibid., fo31 vo). Mais le 1ermars suivant, les maréchaux de France, Louis de Sancerre et Mouton de Blainville, recevaient des montres d’hommes d’armes à Clermont, en Auvergne, où se trouvait sans doute aussi le connétable (A. du Chastellier,Invasions de l’étranger, Paris, 1872, in-12, p. 21). La neige, qui se mit à tomber en grande abondance, contraria les opérations des Français et les contraignit à lever le siège d’Ussel: «Tanta nix supervenit quod oportuit quod totus exercitus deslogiaret».On sedirigea vers Clermont, où Du Guesclin apprit, s’il ne le savait déjà, que Montpont, qu’il allait débloquer, était tombé au pouvoir des Anglais (D. Morice,Preuves, II, col. 26). Le duc de Bourgogne se tint deux jours, le dimanche 2 et le lundi 3 mars, au siège devant Ussel.
[49]Cette mention relative à Waleran de Ligny ne se trouve que dans la rédaction d’Amiens (p. 271).
[50]Après avoir essayé vainement de porter secours à la garnison de Montpont, Louis, duc d’Anjou, avait repris le chemin d’Avignon pendant la seconde moitié du mois de mars 1371; le 4 avril suivant, il faisait sa résidence à Villeneuve-lez-Avignon, d’où il manda de faire payer 30 francs aux frères de Notre-Dame du Carmel de Lodève pour être associé à leurs prières (Bibl. Nat., Quittances, t. XIX, no1164); d’Avignon, il se rendit à Paris. Dans les derniers jours du mois de mars, un écuyer de Bertrand du Guesclin, qui était resté malade à Avignon, reçut du duc de Berry une aumône de 4 livres tournois (Arch. Nat., KK 251, fo32 vo).
[51]Thomas de Walkefare, sénéchal anglais du Quercy, avait été pendu à Toulouse par ordre du duc d’Anjou en septembre 1370, cinq jours au moins avant l’expédition de Du Guesclin en Auvergne (Dom Vaissete, IV, 346).
[52]Millau avait ouvert ses portes au duc d’Anjou dès le mois de mai 1370 (Cf. notre tome VII, p.LXIII,note 196).
[53]Le château de la Roque-Valsergue (Aveyron, arr. Millau, c. Campagnac) avait été emporté d’assaut par les Français dès les premiers jours de janvier 1369 (Ibid., p.LXIII,note 197). Cette prétendue campagne du connétable en Rouergue au commencement de 1371 est purement imaginaire.
[54]Nous avons rapporté plus haut, sur les circonstances du siège d’Ussel, le témoignage d’un témoin oculaire, Geoffroi Budes. Ce témoignage confirme de point en point la version de laChronique normande(p. 201) et de laChronique des quatre premiers Valois(p. 210); il n’est fait aucune mention de la reddition d’Ussel par les rédacteurs de ces deux chroniques, dont le silence rend fort suspecte l’affirmation de Froissart.
[55]Sainte-Sévère-Indre, Indre, arr. la Châtre.
[56]A la date du 18 mars 1371, Bertrand du Guesclin était de retour à Paris, où il fit montre de 120 hommes d’armes (Hay du Chastelet,Hist. de du Guesclin, p. 347 et 348). On a vu plus haut que le siège d’Ussel se place pendant la seconde quinzaine de février; par conséquent le connétable, qui était sans doute encore à Clermont le 1ermars, n’avait pu trouver le temps, avant de rentrer à Paris, de faire une expédition dans le Rouergue.
[57]Édouard III ne rendit ses bonnes grâces à Robert Knolles qu’après lui avoir fait payer dix mille marcs.
[58]Arrêté en Navarre, près de Pampelune, par un écuyer que leMoine de Saint-Albansnomme dans sa chronique Louis de Saint-Gilles (éd. Maunde-Thompson, 1874, p. 135), Jean de Menstreworth, envoyé par Charles V en Espagne, où il allait remplir une mission secrète auprès du roi de Castille, fut conduit en Angleterre et enfermé, en 1377, dans la prison de la Tour de Londres sous l’inculpation de haute trahison; on l’accusa surtout d’avoir arrêté, de concert avec Owen de Galles, le plan et dirigé les préparatifs d’une descente en Angleterre. Le 21 mars 1377, il fut écartelé; sa tête fut mise au bout d’une pique sur le pont de Londres, et les quatre quartiers de son corps envoyés, pour y être exposés, à Newcastle, à Caermarthen, à Bristol et à Douvres; le compte des dépenses nécessitées par cet envoi est conservé auRecord Office. Une lettre destinée au roi d’Angleterre seul, que Jean de Menstreworth avait écrite quelques instants avant de subir le dernier supplice, fut interceptée par Henri Percy et par Jean, duc de Lancastre. Cf.Thomæ Walsingham, quondam monachi Sancti Albani, Historia anglicana, éd. Riley, t. I, p. 326.
[59]Édouard, troisième duc de Gueldre, supplanta, en 1361, son frère Renaud III, et fut blessé mortellement à la bataille de Bastweiler, le 22 août 1371.
[60]Guillaume VI, duc de Juliers, succéda en 1361 à son père Guillaume V et mourut le 13 décembre 1393.
[61]Humphrey de Bohun, l’un des protecteurs de Froissart, fils de Guillaume de Bohun, comte de Northampton, et d’Élisabeth de Badlesmore, marié à Jeanne d’Arundel, était devenu, en 1361, comte de Hereford par la mort de son oncle Humphrey, auquel appartenait ce comté; il était connétable d’Angleterre.
[62]La Baieest le nom sous lequel on avait coutume de désigner dans les actes de la chancellerie anglaise, auXIVesiècle, la baie de Bourgneuf (Bourgneuf-en-Retz, Loire-Inférieure, arr. Paimbœuf), fermée du côté de la mer par l’île de Noirmoutier. Les navires flamands revenaient de la Rochelle, où sans doute ils avaient chargé des vins et avaient fait escale à Beauvoir (Beauvoir-sur-Mer, Vendée, arr. les Sables-d’Olonne), pour compléter leur chargement avec du sel. D’après les chroniques flamandes, le combat naval de la Baie de Bourgneuf fut livré le 1eraoût 1371, et cette date est confirmée, sinon par les chroniques anglaises, qui placent la défaite des Flamands en 1372, du moins par plusieurs actes de la chancellerie d’Édouard III. Le 1erjuillet de cette année, le roi anglais chargeait deux commissaires de demander réparation des dommages dont ses sujets avaient à se plaindre de la part des Flamands, et le 26 août suivant il donnait l’ordre d’arrêter tous les individus de cette nation (Rymer, vol. III, parsII, p. 920 et 921).
[63]Froissart commet ici une légère erreur de date. La Saint-Barthélemy tombe le 24 août, tandis que la bataille de Bastweiler fut livrée le vendredi 22 août 1371.
[64]Notamment Robert et Louis de Namur, sixième et septième fils de Jean Ier, comte de Namur, et de Marie d’Artois, ainsi que leur neveu Guillaume, seigneur de l’Écluse, fils de Guillaume Ier, comte de Namur, quatrième fils de Jean Ieret de Catherine de Savoie.
[65]Henri VI, comte de Salm, marié à Adélaïde de Schoonvorst.
[66]Jacques de Bourbon, seigneur de Préaux, troisième fils de Jacques Ier, comte de la Marche, et de Jeanne de Saint-Pol.
[67]Gui de Luxembourg, fils de Jean, seigneur de Ligny, et d’Alioe de Flandre, avait épousé Mahaut de Châtillon, sœur et héritière de Gui, comte de Saint-Pol; en septembre 1367 il avait été créé comte de Ligny par Charles V.
[68]Après de longs pourparlers, un traité de paix définitif fut conclu entre Édouard III et les Flamands le 5 avril 1372 (Rymer, vol. III, parsII, p. 939).
[69]D. Jayme d’Aragon, roi nominal de Majorque, comte de Roussillon et de Cerdagne, fils de D. Jayme II et de Constance d’Aragon, s’était marié, par contrat en date du 14 décembre 1362, à Jeanne, reine de Naples, veuve en premières noces d’André de Hongrie, assassiné le 18 septembre 1345, et en secondes noces de Louis de Tarente, mort le 16 mai 1362. D. Jayme fut fait prisonnier dans le courant de mars 1368, en même temps que D. Pèdre, roi de Castille, à la cour duquel il s’était retiré.
[70]Jeanne, reine de Naples, paya pour la rançon de son troisième mari soixante mille ducats d’or.
[71]Isabelle d’Aragon, fille de D. Jayme II, roi de Majorque, et de Constance d’Aragon, avait épousé en 1358, neuf ans après la mort de son père, Jean II, marquis de Montferrat.
[72]D. Pèdre IV, roi d’Aragon, avait enlevé dès 1343 les îles de Majorque, de Minorque et d’Iviça à D. Jayme II, qui fut tué, au cours d’une expédition entreprise pour les recouvrer, le 25 octobre 1349.
[73]D. Jayme mourut vers la fin de 1375 et, dès le 25 mars de l’année suivante, Jeanne, reine de Naples, sa veuve, se remaria en quatrièmes noces à Othon de Brunswick, fils aîné de Henri, duc de Brunswick-Grubenhagen. Le val de Soria, indiqué par Froissart comme le lieu où mourut D. Jayme, se trouve en Vieille-Castille; cette vallée, qui tire son nom de la ville de Soria, est arrosée par le Douro. On sait que la reine de Naples, par un testament en date du 23 juin 1380, institua Louis d’Anjou, frère de Charles V, son héritier universel et qu’elle mourut le 22 mai 1382, assassinée par l’ordre de Charles de Duras, compétiteur du duc d’Anjou.
[74]Blanche de Derby, fille de Henri, comte de Derby, et d’Isabelle de Beaumont, première femme de Jean de Gand, duc de Lancastre, quatrième fils d’Édouard III, était morte de la peste en 1369 et avait été enterrée à Londres dans la cathédrale de Saint-Paul; elle avait protégé Froissart, qui a exprimé sa reconnaissance en vers touchants dans leBuisson de Jonèce. Le mariage de Blanche avec Jean, dit de Gand, avait été célébré à Reading au mois de juin 1359.
[75]Constance et Isabelle, filles de D. Pèdre et de Marie de Padilla.
[76]Roquefort, Landes, arr. Mont-de-Marsan, entre Bayonne, lieu de résidence des filles de D. Pèdre, et Bordeaux. Le mariage de Jean, duc de Lancastre, avec Constance, l’aînée des filles de D. Pèdre, est antérieur au 25 juin 1372, car dans un acte qui porte cette date, le fils d’Édouard III prend le titre de roi de Castille (Delpit,Documents français en Angleterre, p. 184). Constance mourut avant son mari et fut enterrée à Leicester. Catherine de Rœulx, veuve de Hugues de Swinford et fille d’un simple héraut d’armes, Paon de Rœulx (Nord, arr. Valenciennes, c. Bouchain), que la reine Philippa de Hainaut avait amené de son pays natal, devint, du vivant même de Constance, la maîtresse du duc de Lancastre, qui l’épousa dans les premiers jours de janvier 1390. Catherine, morte et enterrée à Lincoln le 10 mai 1403, fut par son fils, Jean de Beaufort, comte de Somerset et marquis de Dorset, la bisaïeule, du côté maternel, de Henri VII, fondateur de la dynastie des Tudors.
[77]Les négociations auxquelles il est fait allusion ici eurent pour principal résultat de provoquer l’envoi de la flotte espagnole, qui battit dans les eaux de la Rochelle, au mois de juin 1372, la flotte anglaise commandée par Jean, comte de Pembroke, marié en premières noces à Marguerite, quatrième fille d’Édouard III. L’un des négociateurs envoyés en Castille par Charles V fut Macé de Fresnes, chevalier, à qui le roi de France fit payer 200 francs d’or, par mandement en date du 10 août 1371, pour son voyage «es partiesd’Avignon, d’Arragon etd’Espaigneet à Saint Jaques de Galice,où nous l’envoions hastivement pour certaines besoingnes qui nous touchent» (Delisle,Mandements de Charles V, p. 411, no803).
[78]Dès le 21 juillet 1371, Jean, duc de Lancastre, s’était démis de ses fonctions de lieutenant en Aquitaine du prince de Galles, son frère aîné (Delpit,Documents français en Angleterre, p. 179); mais il paraît avoir attendu, pour quitter le pays et retourner en Angleterre, qu’Édouard III, par acte en date du 13 avril 1372, eût nommélieutenanten la principauté d’Aquitaine Jean, comte de Pembroke (Rymer, III, 941). Cf. Thomas Walsingham,Historia anglicana, p. 813.
[79]Gautier de Masny, dont le chroniqueur de Valenciennes parle avec une complaisance particulière, parce que ce chevalier était originaire du Hainaut, où se trouve le village de Masny (Nord, arr. et c. Douai), mourut le mardi 13 janvier 1372 et fut enterré dans une chapelle des Chartreux de Smithfield, près Londres. Froissart n’oublie pas de dire, dans leBuisson de Jonèce, qu’il avait reçu les bienfaits de son valeureux compatriote.
[80]Jean de Hastings, comte de Pembroke, veuf de Marguerite, fille d’Édouard III, s’était remarié à Anne de Masny, fille unique de Gautier et de Marguerite de Norfolk.
[81]Ces seigneuries étaient Masny, Boucourt (Nord, arr. et c. Douai) et Wasnes (Nord, arr. Valenciennes, c. Bouchain).
[82]Les préparatifs maritimes des Anglais commencèrent vers la fin de 1371. Le 6 octobre de cette année, Édouard III institua deux amiraux, Raoul de Ferrers et Robert de Assheton, chevaliers (Rymer, III, 923 et 924). Le 25 du même mois, il prit des mesures pour assurer la défense des côtes contre les entreprises des Français dont la flotte tenait déjà la mer et passait pour menacer surtout la ville de Yarmouth (Ibid., 925). Le 21 décembre, il défendait de vendre des navires à des marchands étrangers (Ibid., 930). Le 26 janvier 1372, il concluait un traité d’alliance perpétuelle avec les Génois, dont les navires et les arbalétriers pouvaient lui être si utiles dans la guerre qu’il se préparait à entreprendre (Ibid., 931). Enfin, le 6 février suivant, il faisait saisir dans les ports d’Angleterre tous les bateaux jaugeant 20 tonneaux et au-dessus pour les employer au transport de ses troupes (Ibid., 933).
[83]Un mandement en date du 31 janvier 1372 (n. st.) nous prouve que Charles V n’ignorait rien des préparatifs du roi d’Angleterre. Voici les premières lignes de ce mandement. «Comme nous aions entendu par pluseurs personnes dignes de foy que nostre adversaire d’Angleterre a entencion et volenté de briefment venir par mer et par terre et entrer au plus grant effort que il pourra en nostre royalme pour grever et dommagier nous, nostre royaume et noz subgiés.» En prévision de ces attaques, Charles V organisa tout un système de défense. Dans chaque bailliage, il délégua deux ou trois chevaliers qui devaient s’adjoindre au bailli pour visiter toutes les places fortes du ressort; le roi donnait l’ordre de démolir celles que l’on ne jugerait pas capables de résister aux assauts de l’ennemi et au contraire de remettre les autres en parfait état, en ayant soin de les munir de provisions et d’artillerie (Delisle,Mandements de Charles V, p. 439 à 442).
[84]Jean, comte de Pembroke, fut nommé lieutenant en la principauté d’Aquitaine le 20 avril 1372 (Rymer, III, 941).
[85]Par acte daté de Westminster le 7 février 1372, Édouard III donna l’ordre de réunir, d’armer et d’approvisionner des navires dans tous les ports d’Angleterre; ces préparatifs devaient être terminés et les navires prêts à prendre la mer le 1ermai suivant (Rymer, III, 933).
[86]La famille de Granson ou Grandson tire son nom de la petite ville de ce nom située dans le pays de Vaud, sur les bords du lac de Neuchâtel: voilà pourquoi Froissart fait remarquer qu’Othe était originaire d’outre-Saône. Grandison est la forme anglaise du nom de cette famille dont une branche s’établit en Angleterre pendant la seconde moitié duXIIIesiècle.
[87]Par acte daté du bois de Vincennes le 10 mars 1372 (n. st.), Charles V avait accordé des privilèges aux Castillans qui fréquentaient le royaume (Delisle,Mandements, p. 449).
[88]La flotte espagnole se composait de vingt galées d’après laChronique des quatre premiers Valois(p. 232) et de douze seulement d’après D. Pedro Lopez de Avala: «Este año (1372), ovo nuevas el Rey Don Enrique como Micer Ambrosio Bocanegra su Almirante, con doce galeas suyas, las quales él avia enviado en ayuda del Rey de Francia, estando cerca de la Rochela, que estaba entonce por Inglaterra, llegára y el Conde de Peñabroch, que venia por Lugar teniente del Rey de Inglaterra en Guiana, con treinta é seis naos é con mucha compaña de caballeros é escuderos é omes de armas é con grand tesoro que el Rey de Inglaterra le diera para facer guerra in Francia, é que llegando el dicho Conde de Peñabroch á la villa de la Rochela con las dichas naos, las doce galeas de Castilla palearon con él, é le desbarataron, é prendieronle á él, é á todos los caballeros é omes de armas que con él venian, é tomaron todos los navios é tesoros que traian.» (Crónica del Rey Don Enrique segundo, dansCronicas de los Reyes de Castilla, Madrid, 1877, gr. in-8o, 11, 12).
[89]Ambrosio Boccanegra était d’origine génoise comme Barbavara, amiral au service de Philippe de Valois, et comme un certain nombre d’amiraux de Castille auxXIVeetXVesiècles. Par acte daté de Zamora le 5 novembre 1372, D. Enrique fit don à Ambrosio Boccanegra, pour le récompenser de la victoire remportée devant la Rochelle, de la petite ville de Linarès, en Andalousie (Catalogo de los Señores y Condes de Fernan Nuñez).
[90]Pedro-Fernandez Cabeça de Vaca était maître de l’ordre de Saint-Jacques.
[91]Les chroniques de Castille ne mentionnent à cette époque aucun amiral de ce nom. Ferrand de Pion serait-il, comme l’a supposé Buchon, une altération de Hernando de Léon? En 1377, D. Ferrand Sanchez de Tovar, amiral de Castille, prit part à une expédition dirigée par l’amiral français Jean de Vienne contre l’île de Wight.
[92]Le nom véritable de ce chevalier est Rui Diaz de Rojas; il était originaire de cette partie de la Biscaye qu’on appelle le Guipuscoa.
[93]Cette date est confirmée par une chronique anglaise contemporaine qui rapporte cet événement à la veille de la Saint-Jean-Baptiste, jour de la fête de sainte Ethelrède: «Contigit autem istud infortunium in Vigilia Nativitatis Sancti Johannis Baptistæ, in qua festiva Sanctæ Ethelredæ virginis occurrit.» (Thomæ Walsingham, Quondam monachi Sancti Albani, Historia anglicana, ed. Riley, 1863, p. 314). On se rappela à cette occasion que le comte de Pembroke, alors âgé d’environ vingt-cinq ans, avait profané un jour une église placée sous l’invocation de sainte Ethelrède, et l’on considéra la défaite de la Rochelle comme un châtiment infligé au coupable par cette sainte; on y vit aussi une punition des mœurs dissolues du jeune comte et de son hostilité contre le clergé anglais.
[94]D’après l’auteur de laChronique des quatre premiers Valois, les navires des Anglais étaient, au contraire, plus grands et plus pesants que ceux des Castillans: «Nos galées sont legieres, fait-il dire à l’amiral espagnol, et leurs grans nefz et leurs grans barges sont pesantes et fort chargées.»Chronique des quatre premiers Valois, p. 233.
[95]Suivant la rédaction d’Amiens (p. 295), les Anglais auraient perdu, dans cette première rencontre, non point deux navires, mais quatre, avec le chargement de provisions que portaient ces navires.
[96]Le rédacteur desGrandes Chroniques de France(VI, 335) dit que la flotte anglaise se composait de trente-six navires; c’est également le chiffre donné par Ayala.
[97]Élu maire de la Rochelle le 21 avril 1370, Jean Chauderer ou Chauderier avait été remplacé le 13 avril 1371 par Guillaume Boullard. Le 4 avril 1372, Guillaume Boullard lui-même avait eu pour successeur Pierre Boudré. Par conséquent, c’est Pierre Boudré, et non Jean Chauderier, qui était maire de la Rochelle à la date de la défaite navale du comte de Pembroke devant la Rochelle et de la reddition de cette ville au roi de France. Jean Chauderier ne redevint maire que le 24 avril 1373 (communication de M. de Richemond, archiviste de la Charente-Inférieure). Cf. Arcère,Hist. de la ville de la Rochelle, I, 253, 254, 607.
[98]Cette assertion de Froissart est confirmée par le passage suivant de laChronique des quatre premiers Valois(p. 234): «De ceulx de la Rochelle en y oult il moult de mors et noyez qui s’estoient mis en bateaulz petiz pour secourir les Anglois.»
[99]Gérard de Tartas, seigneur de Poyanne (Landes, arr. Dax, c. Montfort). Par acte daté du mois de mars 1373 (n. st.), Charles V donna à Arnaud Amanieu, seigneur d’Albret, son beau-frère, les hôtels et vignobles confisqués que le dit seigneur de Poyanne possédait à Capbreton (Landes, arr. Dax, c. Saint-Vincent-de-Tyrosse), «comme il ait esté pris derrenierement en la compaignie du conte de Penebroc devant nostre bonne ville de la Rochelle par nos gens et les gens de Castille noz bienveillans et aliez.» (Arch. Nat., sect. hist., JJ 104, fo53, no107.)
[100]La chronique de Thomas Walsingham ajoute à ces noms celui de Florimond, seigneur de Lesparre: «Hispani... captum comitem (de Pembroke) cum viginti millibus marcarum susceptarum a rege Anglie ad continuandam ibidem guerram,nec non dominum de La Spaer, aliosque multos nobiles et robustos in Hispaniam abduxerunt.» (Thomæ Walsingham, Hist. Angl., p. 314). Le rédacteur desGrandes Chroniques de Francedit que le nombre des prisonniers dépassa cent soixante, et D. Pedro Lopez de Ayala fait remarquer qu’il y avait dans ce nombre soixante-dix chevaliers, «los quales eran setenta Caballeros de espuelas doradas.»
[101]Thomas Walsingham, dans un passage rapporté plus haut, évalue à vingt mille marcs les sommes trouvées par les Espagnols à bord des navires anglais. Le rédacteur desGrandes Chroniques de Francedit que les marins de Castille «gaignèrent moult grant finance», et D. Pedro Lopez de Ayala rapporte que tout le trésor «todo el tesoro» recueilli par les vainqueurs fut envoyé à D. Enrique à Burgos.
[102]On rassembla les navires et les équipages qui devaient composer cette flotte à Harfleur du 15 avril au 15 mai 1372; le 8 mai, Charles V manda à Jean le Mareschal, receveur général des aides en Normandie, de remettre toutes les sommes dont il pourrait disposer à Jean le Mercier, trésorier des guerres, chargé de pourvoir aux frais de l’expédition (Delisle,Mandements de Charles V, p. 457). Par acte daté de Paris le 10 mai 1372, Owen de Galles, dans une charte où il revendique ses droits héréditaires et proteste contre l’occupation du pays de Galles par les rois anglais, se reconnaît redevable envers Charles V d’une somme de 300 000 francs d’or et plus «tant en gaiges de gens d’armes, d’archiers et d’arbalestriers comme en navire et en gaiges et despens de marigniers, en hernois et en autres frais, missions et despens plusieurs» (Arch. Nat., sect. hist., JJc, no27, fo55; publiée par M. Kervyn,Œuvres de Froissart, VIII, 435 et 436). Le 22 avril précédent, Jacques de Montmor, chevalier, et Morelet de Montmor, écuyer, frère de Jacques, qui jouèrent un rôle important dans l’expédition maritime commandée par Owen de Galles, avaient fait montre à Harfleur de 125 hommes d’armes, «lesquelz entrèrent en mer en plusieurs barges et vaisseaux pour servir le roy de France ou faict de la dicte armée» (Arch. Nat., sect. hist., J 475, no1001). L’auteur de laChronique des quatre premiers Valois, le mieux informé de tous les chroniqueurs au sujet de cette expédition, dit que la flottille placée sous les ordres d’Owen de Galles et des frères de Montmor se composait d’environ 15 barges ou gros vaisseaux, non compris les petits navires, et qu’elle était montée par 600 hommes d’armes, sans compter les mariniers (p. 230). Ces données sont à peu près les mêmes que celles de Froissart, qui parle de 3000 combattants.
[103]Le gardien et capitaine des îles de Jersey, Guernesey, Serk et Aurigny était, à la date du 6 septembre 1371 et probablement aussi en 1372, Gautier Hewet, ce même chevalier qui guerroyait alors en Saintonge (Rymer, III, 922).
[104]Les habitants de Guernesey furent excités à la résistance par les jeunes femmes et les jeunes filles oubasselettes(diminutif debasse, jeune servante, en patois bas-normand) de l’île: «Et sachiez que jeunes femmes et les baisselettes des dictes ysles avoient en ce printemps de lors fait chapeaulx de flours et de violettes et les avoient donnés aux jeunez hommes et leur disoient que cil se devoient bien deffendre qui les avoient à amies.» Les Guernesiais se battirent si bien que plusieurs centaines d’entre eux restèrent sur le champ de bataille; en revanche, la garnison du château Cornet fit une sortie où elle tua par surprise un certain nombre de gamins de Paris enrôlés dans l’expédition lesquels s’étaient couchés et sans doute endormis devant un grand feu allumé en vue de la dite forteresse (Chronique des quatre premiers Valois, p. 230 et 231).
[105]L’auteur de laChronique des quatre premiers Valoisrapporte également qu’après une descente à Guernesey la flotte française cingla vers les côtes d’Espagne. Les actes originaux confirment de point en point la version des deux chroniqueurs. On lit, en effet, dans un compte des recettes et dépenses de l’expédition arrêté à la date du 23 août 1372, que Jacques de Montmor, qui partageait avec Owen de Galles la direction des opérations, fit montre «à saint Ander leXXIIejour de juilletCCCLXXII.» (Arch. Nat., J 475, no1001.) On en peut conclure que la descente opérée à Guernesey par les Français eut lieu sans doute dans le courant de juin 1372, saison qui explique les chapeaux de violettes donnés par les Guernésiaises à leurs amoureux, et que la flotte placée sous les ordres d’Owen de Galles jeta l’ancre devant Santander vers le milieu du mois suivant.
[106]Une ligue offensive et défensive fut alors conclue entre Édouard III, roi d’Angleterre, et Jean V, duc de Bretagne et comte de Montfort. Cette ligue fut signée dans la chapelle royale de Westminster le 19 juillet 1372 (Rymer, III, 953 à 955). Par ce traité, Édouard III donnait à son gendre le comté de Richmond, s’engageait à envoyer en Bretagne 300 hommes d’armes et 300 archers et promettait de livrer au duc la marche d’entre Bretagne et Poitou. En retour, si le roi anglais venait en personne guerroyer au royaume de France, Jean V devait se joindre à l’expédition avec un corps d’armée de 1000 hommes d’armes dont chacun recevrait une indemnité annuelle de 160 francs.