IV

L’existence continuait la même à Garralda. L’honneur, la sobriété, l’obéissance à la loi paternelle fondue avec celle de Dieu, y présidaient. Mais bien que Manech ne s’en rendît pas tout à fait compte, ce qui entretenait sa mélancolie, c’était l’arrachement, de ces champs de blé voisins, du beau pavot sombre qu’était Yuana. Ce n’était point qu’il la recherchât, mais il ne l’y retrouvait plus, et la nuance est aussi délicate que possible. Elle revenait dans ses rêves, quoiqu’il fît tout pour bannir le gracieux fantôme.

Sans doute avait-il parlé de son mal au jeune abbé qui le dirigeait et qui avait comme lui la candeur des lis paysans. On les voyait ensemble jouer à la balle ou se promener, sûrs l’un de l’autre, laissant ainsi que des flocons de neige les paroles tomber doucement de leur cœur. Ils se recueillaient sur les collines, au pied des croix des rogations que le printemps recouvre de buis et de soucis, vers lesquelles tout un peuple se dirige au pas de course en répondant aux litanies. Tous deux aimaient ces hauteurs choisies d’où les prêtres bénissent la rose des vents dans la fraîcheur de l’aube. Ils s’arrêtaient auprès des sources vives qu’ils mêlaient à leurs élévations, et tout se faisait prière pour ces âmes contemplatives, et jusqu’à la pelote même qui s’envolait vers le but couleur de brique, telle qu’une petite planète tout encerclée d’azur.

Parfois, devant des fermes semblables à Garralda, ils saluaient quelque Vierge de bois, ils nommaient un missionnaire qui en était parti ou un Américain de retour. La même simplicité régnait dans ces demeures basques. On eût en vain recherché des mystères sous ces toits. Là, croissaient de hautes vertus et, s’il y avait des pécheurs, ils se faisaient repentants et humbles, en redescendant les gazons trop glissants où l’on croyait entendre les clarines elles-mêmes prononcer les mots si doux : « Pais mes brebis, pais mes agneaux. »

C’était le poème vécu, ressemblant jour par jour à l’almanach du colporteur : le soleil, la lune, le beau temps, la pluie, la grêle, la neige, les nuées, les semailles et les récoltes. Et d’abord, les renoncules avaient salué de leurs continuelles révérences les graminées de la prairie. Ensuite, la voix de la batteuse s’était enflée dans la cour de Garralda où les petites sœurs de Manech avaient lutté à bras le corps avec leurs sœurs les gerbes. Il y avait eu le repas où l’on mange la poule au pot, le veau en sauce, le boudin de brebis et les piments. Les voisins y assistaient. Plus d’une fois Yuana y avait pris part. On devinait sa présence lorsque la voix de cuivre des jeunes moissonneurs sonnait plus fort, cependant que son rire leur répondait, brillant comme un coquelicot.

Elle ne viendrait plus maintenant, celle qui égayait les vieillards eux-mêmes. En la voyant, il leur semblait revivre leur adolescence, chausser de blanches sandales pour danser sous les chênes luisants, au son d’une musique naïve et confuse, dont le vent brise les éclats. Eux, en apprenant son départ pour Bayonne, avaient hoché la tête. Elle s’en était allée avec la belle saison.

Une singulière solitude pesait sur le cœur de Manech tandis que l’année s’avançait. Mais cette solitude même n’allait pas sans un redoublement d’angoisse. Ne lui avait-elle pas jeté un sort ? Elle avait su lui dire certains mots, le regarder d’une certaine manière. Pour exorciser son ombre, il lui arrivait de faire le signe de la croix, et aussi de s’exposer encore aux éléments dans la violence des attaques. Il recourait à ces remèdes afin d’apaiser une fièvre dont la nature l’inquiétait comme d’une présence diabolique. Il redoutait bien moins que le fantôme de la nuit le fantôme du jour. Il savait que, pour conjurer celui-ci, il suffisait d’une promenade vers le moulin, de regarder couler l’eau du torrent dont il avait reçu un si doux bienfait quand la cardamine était en fleurs.

Il trouvait maintenant, à la place des fraîches corolles, lorsqu’il allait s’asseoir sur le mur en ruine, la fille la plus jeune du meunier.

Elle avait quatorze ans. Elle se nommait Kattalin. Elle était encore une enfant qui, à la saison nouvelle, dépouille de son écorce, pour en faire un sifflet, le bois tendre de l’aulne ou du peuplier. Elle était rousse et bleue, telle qu’une poignée de froment que la faulx rase en y mêlant deux campanules. Elle courait nu-pieds, dépeignée, après le bétail et les canards, mordant avec des dents sans ombre à la chair neigeuse des pommes ou dans un lourd morceau de pain. Elle n’avait rien de commun avec Yuana qui, trois ou quatre ans plus tôt, au même âge, était déjà comme la palombe fougueuse, au col changeant, qui fait naître la guerre dans la forêt où elle roucoule. Kattalin n’était que l’humble bergeronnette qui longe sans bruit la berge sableuse et caillouteuse. Rien ne l’avait le moins du monde émue. Elle était faite d’innocence et portait aux garçons de son âge, qui grimpaient avec elle aux arbres, la même amitié qu’à ses compagnes. Au catéchisme, on lui avait parlé de la vertu de modestie. Elle en avait retenu que, pour assister aux offices, il lui fallait enfermer, en des bas tricotés par sa mère, ses jambes aux hâles d’or, jeter une mantille sur la paille de ses cheveux rétifs. Elle regardait tout avec simplicité. Elle s’intéressait aux mules qui traînent les chariots du moulin, à l’entrée des sacs de blé, à la sortie de la farine qui souvent la poudrait ; au départ d’une génisse pour le marché ; au prix qu’on en avait retiré ; à la recherche des œufs ; aux couvées dans le foin des étables ; à la bonne cuisson de la soupe qu’elle allait servir aux hommes quand ils désertaient un moment le blutage pour les travaux pressés des champs. Elle était née dans le bruit d’argent des roues qui déchirent l’eau claire. Dès son premier jour, elle en avait été bercée. La rivière lui parlait comme une nourrice qui montre des images : la truite qui se dissimule en chassant, dont on doute si elle n’est qu’une ombre sur les galets et qui happe la sauterelle et le grillon ; les petites lamproies qui ondulent sur place et que l’on confond avec les herbes submergées ; les légions d’alevins, pareils à de courtes épingles ; les insectes savetiers, si légers qu’ils marchent à la surface sans enfoncer ; le rat qui glisse, plonge et ressort ; la poule d’eau qui s’envole en faisant jaillir des perles, et en laissant à peine admirer le jade de ses pattes ensoleillées ; la nacre, plus belle que tous les arcs-en-ciel, de la grosse moule d’eau douce ; les aulnes qui poissent les doigts, mais dont l’ombre est reposante.

Manech disait à Kattalin :

— Je crois que tu passes ta vie au bord du ruisseau.

Elle disait :

— Oui, plutôt que de lire et d’écrire, j’aime mieux faire briller le cuivre des chaudrons avec le sable. Je suis heureuse lorsque je vois le soleil danser dedans. On ne peut pas le regarder longtemps.

Il disait :

— L’oiseau-bleu qui vient de passer est celui qui va le plus vite. As-tu jamais vu son nid ?

Elle disait :

— Il fait son nid au fond de la Joyeuse où il emporte du ciel sous ses ailes. Là, il pond et il couve ses œufs. Il se bat avec les anguilles.

Il disait :

— Ton père et tes frères sont habiles à pêcher la truite. Moi, avec cette gaule, je n’attrape rien que de tout petits poissons qui sont amers au goût. Je suis un maladroit.

Elle disait :

— Non, tu n’es pas un maladroit. Ta réputation de pilotari est venue jusqu’à notre moulin. Tu as battu, le même jour, un monsieur d’Amérique et Arnaud le postillon. Je le sais. Mais tu as l’air triste, et tu ne joues presque plus.

Il disait :

— Je n’aime pas jouer avec ceux qui y mettent de la malice. Je joue avec monsieur l’abbé du patronage.

Elle disait :

— C’est lui qui m’a fait apprendre le catéchisme. Il sait comment on fait la farine, parce qu’il est, comme moi, l’enfant d’un meunier, du meunier de Hélette.

Il disait :

— Je le sais.

Elle disait :

— Il vient quelquefois à notre moulin pour voir ma grand’mère qui ne se lève plus. Il lui a apporté plusieurs fois la sainte communion.

Il disait :

— Je le sais, et je sais encore que ton père lui a fait don d’un sac de farine pour que les religieuses préparent les hosties.

Elle disait :

— Et ton père a donné du vin et deux agneaux à monsieur le curé.

Il disait :

— On ne parle pas de ce que l’on donne, mais mon père est juste.

Elle disait :

— On ne voit plus Yuana. Elle venait parfois jusqu’ici. Elle échangeait avec moi des sucres d’orge contre du miel de nos ruches. Elle est gourmande, on dit qu’elle est placée à la ville.

Il disait :

— Peut-être. Il y en a qui s’en vont. Il y en a qui restent.

Elle disait :

— Est-ce que tu voudrais partir ?

Il ne répondit pas. Un grand frisson le parcourut, tel que celui qui ride la surface de la mer. Il regardait cette campagne pareille à il y a des mille ans. Il regardait la rivière. Il regardait Ursuya qui s’allongeait dans la nacre du ciel comme un promontoire attentif aux nefs des nuages. Il sentit les racines de son cœur se nouer plus fortement à ce sein maternel, dans cet amour qu’il portait à sa terre naïve et fruste, à ceux qui l’y avaient engendré, à ses frères et sœurs, à Yuana peut-être, peut-être à Kattalin. Mais, en même temps, il entendait le même appel que les oiseaux sauvages quand leur aile est agitée par le souffle des expatriements. Ainsi, sur le bord de son nid qu’il a rempli de sa tendresse et de ses plumes, le blanc voilier. Il cède à l’attrait de sa douleur. Il part, et ce qui fait son cercle si doux autour du monde, c’est qu’avant de s’en aller il a songé à revenir.

Ils poursuivaient la même pensée.

— On trouve de l’or aux Amériques, reprit-elle ; on le ramasse dans la rivière comme ici les cailloux.

Il avait fait ce rêve d’être riche, qui hante chaque Basque et le pousse aux lointaines aventures. Cette âme étrange, douce et mystique, était possédée et fascinée par le métal qui se soumet les choses de la terre. Ah ! il savait bien, s’il la réalisait jamais, à quoi il emploierait sa fortune. Il ferait bâtir un trinquet où il n’inviterait que tel et tel. Il se ferait faire un costume à Bayonne, et il porterait une montre qui sonne les heures et marque les jours de la semaine. Il se rendrait en voiture ici et là pour assister aux parties de longue ou de blaid. Mais au mariage il ne songeait pas, il n’avait jamais songé, songerait-il jamais ?

Le voyant absorbé, le regard fixé sur le liège qu’il abandonnait au courant, elle rompit de nouveau le silence :

— Si tu vas aux Amériques et si tu en reviens riche, Manech, tu seras fier et tu ne me parleras plus. Tu ne fréquenteras que des élégantes comme Yuana.

Elle disait cela sans malice aucune, sans le moindre soupçon, simplement parce qu’elle avait été éblouie par les robes de sa voisine. Cependant il en éprouva du malaise. L’ombre de Yuana, évoquée par ces simples mots, rida l’eau pure.

Il dit :

— Laisse-moi, Kattalin !

Et, triste de le sentir fâché, elle s’en alla tenant sa petite gaule et poussant ses canards devant elle.

Manech ne revit plus, jusqu’à la Toussaint, Yuana qui ne manqua pas de se rendre alors sur la tombe de ses parents.

Le cimetière basque est si simple, si beau, qu’on ne saurait concevoir un lieu où les vivants communient davantage avec les morts. Là, rien ne cherche à masquer la vérité. La terre est celle du jardin d’à côté, seulement un peu plus fleurie. Les plus vieilles tombes sont surmontées de disques de pierre dont on dirait, à la nuit tombante, de têtes dressées hors du sol, image peut-être de la résurrection. Sur ces disques sont gravés des signes du zodiaque, signifiant sans doute le Ciel, et des objets ayant trait aux professions : un marteau, une quenouille, une arbalète, une pelote. Les sépultures les plus récentes, surchargées de lettres et d’ornements noirs, ressemblent à d’étranges faire-part. Ce peuple attend la renaissance des cendres, plus fermement qu’il ne compte sur la poussée des chênes. Les inhumations ont lieu sans phrases. Les capes des affligés retombent sans qu’aucun geste en dérange les plis. Seule révèle quelque signe extérieur de sensibilité l’étroite caisse blanche à galons d’argent qu’un fossoyeur emporte sous le bras, telle qu’une boîte à dragées, et dans laquelle la jeune mère en pleurs a couché son enfant. Parmi les tertres, les cierges laissent ruisseler leur cire en cette fête des élus. Çà et là des sièges où les vivants continuent de causer avec ceux qui, fatigués du grand soleil, se sont étendus dans la nuit.

Les tombes des êtres qui vécurent à Garralda et la tombe des parents de Yuana étaient adossées. Mais quel contraste ! Les hôtes de Garralda conservaient, jusque sur leur dernière demeure, cette distance, cet ordre, cette fierté de la noblesse paysanne, qui se lisent sur le marbre en caractères profonds et réguliers. Plusieurs desservants et personnages municipaux y figuraient.

Devant cette table de pierre qui témoignait pour sa race, Manech se tenait debout. Il priait. Lorsqu’il releva son visage, il vit Yuana en face de lui, sa chevelure plus sombre que sa mantille.

Ainsi que Manech, elle était devant ses morts. De tout temps, les siens avaient été un peu des miséreux, des fermiers qui n’ont pas réussi. Les noms gravés sur leurs tombes étaient rares, les dates récentes. L’origine suspecte n’était pas éloignée, croyait-on. Et, d’ailleurs, n’assurait-on pas que, jusqu’à ces dernières années, on n’entendait jamais dire qu’un seul des Bohémiens eût trépassé ? Le démon leur prêtait-il, afin de les mieux damner, une survie singulière, ou bien leur clan confiait-il ses ossements aux secrets des vallons boisés qui s’attachent aux flancs d’Ursuya ? Avaient-ils possédé même un nom, ces ancêtres mal vus, ces parasites, ces empoisonneurs de porcs et de poissons, ces tresseurs de paniers, ces diseurs de bonne aventure, jusqu’à ce que l’alliance, bien rare avec de vrais Basques, eût conféré un état civil à leur lignée ? Tel avait été le cas de la famille maternelle de Yuana. Et c’est pourquoi, dans la contrée, un singulier mépris pesait même sur la jolie descendante des disciples de Mahomet, encore que jeunes et vieux se montrassent à l’occasion épris de son enjouement.

Là, sur la pauvre fosse de ses parents les plus avouables, en face de Manech, au cours de ce triste après-midi qui se clôt par les pleurs espacés du glas, elle se sentait jugée. Son sang de rose rouge, presque noire, était indigne, pensait-elle, de se mêler, dans cette terre sainte, au sang clair qui donnait à Manech ce teint d’églantine à l’aube. Elle eut honte d’elle-même. Et cette honte ne fit qu’accroître, dans son cœur de petite esclave, l’amour et la déférence qu’elle vouait à Manech. Le coup d’œil qu’il lui lança était chargé d’orgueil et de reproche, mais le regard ne parle pas toujours le même langage que l’âme. Il se signa devant la tombe de Garralda, qui était pour lui comme un titre d’honneur et, tournant le dos à Yuana, sans lui accorder d’autre attention, il s’en alla.

A quelques semaines de là, Arnaud et lui se rencontrèrent. Ils avaient recommencé de jouer ensemble, en assez bons camarades, depuis que Yuana n’habitait plus sa ferme. Leur rivalité n’était plus hargneuse, d’autant moins que leurs victoires s’égalisaient, et que l’Américain, préoccupé par ailleurs, ne les excitait plus l’un contre l’autre.

Arnaud dit à Manech :

— Tu sais… Yuana ?

— Eh bien ?

— Elle a quitté le vieux et s’est mise avec un danseur qui fait la contrebande à Ainhoa.

Manech avait compris.

Arnaud ajouta :

— Elle m’a donné de l’eau-de-vie et du tabac.

Yuana avait dit à Arnaud qui l’avait rencontrée à Espelette :

— Puisque tu conduis le courrier qui dessert Espelette, tu ferais mieux d’y demeurer que d’y venir en passant. J’habite tout près, Ainhoa. Je m’y trouve fort bien. Je m’y suis mariée.

Elle donnait à ce dernier mot un sens libre, mais le jeune postillon ne prit pas le change.

Elle eut un silence, puis :

— Si tu avais encore tes père et mère là-bas, je le comprendrais. Mais puisque tu es seul ! Ainhoa est à deux kilomètres de la frontière. On y peut faire la contrebande qui rapporte beaucoup sans nuire à une autre profession que l’on peut exercer. Ainsi il y a des gens qui labourent ; ils conviennent de prendre en charge, à un endroit déterminé, sous un rocher, dans la fougère, des bidons d’alcool ou des ballots que les Espagnols y déposent. Ou bien ce sont les Français qui leur amènent des chevaux de Souraïde ou de Louhossoa. Mais, l’autre jour, deux étalons se sont enfuis dans la montagne et, comme nous les poursuivions, on nous a tiré dessus.

— Tu étais donc avec les contrebandiers ?

— Oui ; souvent, j’accompagne mon mari et les autres qui passent les marchandises pendant que je fais causer les douaniers qui sont une mauvaise race. Tout de même, nous sommes bien organisés contre eux. La garde a beau surveiller la vallée, nos hommes se cachent dans les sentiers. Et si tu savais, à la moindre alerte, comme ils sifflent. Mais, souvent, il faut abandonner les allumettes, le raisin, la soie, tout ce qui s’ensuit, à ces démons bleus et rouges dont le pays est infesté. On croirait qu’ils sortent de terre. Jour et nuit, ils épient. On dirait de chatards en train de guetter des palombes. Comme si nous étions un gibier ! Si toi, Arnaud, tu faisais le service d’Ainhoa, d’accord avec notre parti, tu nous rendrais bien des services, tu gagnerais de l’argent et je serais heureuse de ne pas vivre loin de toi. Si tu veux me suivre à l’auberge qui est là, je le donnerai du rhum et des cigares que j’ai rapportés sous ma robe.

Arnaud avait considéré le costume de Yuana. Elle n’était plus l’élégante de naguère. La Bohémienne avait repris le dessus. Une jupe, cousue dans une sorte d’indienne à fleurs encore voyantes, mais frippée, boueuse, effilochée, qui descendait en s’évasant sur des bas blancs et de mauvaises bottines, lui restituait cette forme inimitable de ses pareilles dont les hanches roulent au moindre effort. On comprenait que la jeune fille était tombée fort bas en peu de temps. Les mèches de ses cheveux, qui n’étaient que folles, étaient maintenant crispées et nouées, et elle les avait ointes de je ne sais quelle huile rance qui sentait le jasmin. Dans son cœur violent comme le grenadier, il y avait un nom, un nom qu’elle aurait voulu faire s’envoler de ses lèvres. Mais, ayant éprouvé dans les bois la jalousie d’Arnaud, elle n’osa lui demander des nouvelles de Manech.


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