Ce n’est pas assez d’avoir monstré les occasions que l’on peut avoir d’entreprendre ces stratagemes, si nous ne passons plus outre, & que nous ne declarions aussi de quelles notions & persuasions il faut estre persuadé, pour les executer avec hardiesse, & en venir à bout heureusement. Et bien que ce titre semble plûtost appartenir aux qualitez & conditions du Ministre qui les peut conseiller, je ne lairray toutefois de coucher icy les principales, puis que ce sont des maximes tres-certaines, universelles & infaillibles, que non seulement les conseillers, mais les Princes & toutes personnes de bon sens & de jugement doivent suivre & observer en toutes les affaires qui leur peuvent survenir ; & au defaut desquelles les raisonnemens que l’on fait en matiere d’Estat, sont bien souvent cornus, estropiez, & plus semblables à des contes de vieilles, & de gens grossiers & mechaniques, qu’à des discours de personnes sages & experimentées aux affaires du monde.
Boëce ce grand Conseiller d’Estat du Roy Theodoric, nous fournira la premiere, qu’il exprime en ces termes au livre de la consolation :[179]Constat æterna positumque lege est, in mundo constans genitum esse nihil; à quoy s’accorde pareillement Saint Hierôme lors qu’il dit en ses epistres,[180]omnia orta occidunt & aucta senescunt: Les Poëtes aussi ont esté de ce même sentiment.
[181]Immortale nihil mundi compage tenetur,Non Urbes, non Regna hominum, non aurea Roma.
[181]Immortale nihil mundi compage tenetur,
Non Urbes, non Regna hominum, non aurea Roma.
[179]C’est un axiome fondé sur une loy eternelle, qu’il n’y a rien d’engendré au monde qui ne soit sujet à quelque changement.
[179]C’est un axiome fondé sur une loy eternelle, qu’il n’y a rien d’engendré au monde qui ne soit sujet à quelque changement.
[180]Il n’y a rien qui prenne naissance qui ne meure & tout ce qui prend accroissement vieillit.
[180]Il n’y a rien qui prenne naissance qui ne meure & tout ce qui prend accroissement vieillit.
[181]Il n’y a rien d’immortel dans le monde, non pas même les villes, ny les royaumes des humains, ny Rome qui estoit si opulente.
[181]Il n’y a rien d’immortel dans le monde, non pas même les villes, ny les royaumes des humains, ny Rome qui estoit si opulente.
Et tous ceux-là generalement ne s’en éloignent gueres, qui considerent avec attention, comme ce grand cercle de l’univers depuis qu’il a une fois commencé son cours, n’a point cessé d’emporter & faire rouler quant & soy les Monarchies, les Religions, les sectes, les villes, les hommes, les bestes, arbres, pierres, & generalement tout ce qui se trouve compris & enfermé dans cette grande machine ; les cieux même ne sont pas exempts des changemens ny de corruption. Le premier Empire des Assyriens, celuy des Perses, qui le suivit, ont aussi cessé des premiers ; le Grec & le Romain ne l’ont pas fait plus longue. Ces puissantes familles de Ptolomée, d’Attalus, de Seleucides ne servent plus que de fables,
[182]Miramur periisse homines, monimenta fatiscunt ;Mors etiam saxis nominibusque venit.
[182]Miramur periisse homines, monimenta fatiscunt ;
Mors etiam saxis nominibusque venit.
(Rutil. in Itiner.)
[182]Nous nous étonnons de la mort des hommes ; les sepulcres s’ouvrent, car la mort vient attaquer les rochers & les noms.
[182]Nous nous étonnons de la mort des hommes ; les sepulcres s’ouvrent, car la mort vient attaquer les rochers & les noms.
Cette Isle de Crete où il y avoit cent villes, cette ville de Thebes, où il y avoit cent portes, cette Troye bastie par les mains des Dieux, cette Rome qui triompha de tout le monde, où sont-elles maintenant ?[183]Jam seges est ubi Troia fuit.Il ne faut doncques pas croupir en l’erreur de ces foibles esprits, qui s’imaginent que Rome sera toujours le siege des saints Peres, & Paris celuy des Roys de France.[184]Byzantium illud vides quod sibi placet duplicis imperii sede ? Venetias istas quæ superbiunt mille annorum firmitate ? Veniet illis sua dies, & tu Antvverpia, ocelle urbium, aliquando non eris, disoit judicieusement Lipse. De maniere que cette maxime estant tres-veritable, un bon esprit ne desesperera jamais de pouvoir surmonter toutes les difficultez, qui empescheroient peut-estre quelque autre d’executer ou d’entreprendre ces affaires d’importance. Comme par exemple, s’il est question qu’un Ministre, soit pour le service de Dieu, ou pour celuy de son Maistre, songe aux moyens de ruiner quelque Republique ou Empire, cette maxime generale luy fera croire de premier abord, qu’une telle entreprise n’est pas impossible, puis qu’il n’y en a pas une qui jouïsse du privilege de pouvoir toujours durer & subsister. Et si au contraire, il est question d’en établir quelque autre, il se servira encore du même axiome pour se resoudre à l’entreprendre, & il se persuadera d’en pouvoir venir aussi facilement à bout, comme ont fait les Suisses, les Lucquois, les Hollandois, & ceux de Geneve, non dans les siecles dont nous n’avons plus de memoire, mais dans les deux derniers, & quasi de fraische date. Aussi en est-il de même des Estats, que des hommes, il en meurt & naist bien souvent, les uns sont étouffez en leurs principes, les autres passent un peu plus outre, & prennent force & consistance aux dépens de leurs voisins, beaucoup parviennent même jusques en vieillesse ; mais enfin les forces viennent à leur manquer, ils font place aux autres, & quittent la partie pour ne la pouvoir plus defendre :
[185]Sic omnia vertiCernimus, atque alias assumere pondera gentes,Concidere has.
[185]Sic omnia verti
Cernimus, atque alias assumere pondera gentes,
Concidere has.
[183]Il croist maintenant du bled là où estoit autrefois Troye.
[183]Il croist maintenant du bled là où estoit autrefois Troye.
[184]Vois-tu cette Constantinople qui se flate du siege d’un double empire ? & Venise qui se glorifie d’une fermeté de mille ans ? Leur jour viendra ; & toy Anvers, qui es l’œillet de toutes les villes, le temps viendra que tu ne seras plus.
[184]Vois-tu cette Constantinople qui se flate du siege d’un double empire ? & Venise qui se glorifie d’une fermeté de mille ans ? Leur jour viendra ; & toy Anvers, qui es l’œillet de toutes les villes, le temps viendra que tu ne seras plus.
[185]Ainsi voyons nous bouleverser toutes choses ; ces nations s’affoiblir, & d’autres s’acquerir du pouvoir.
[185]Ainsi voyons nous bouleverser toutes choses ; ces nations s’affoiblir, & d’autres s’acquerir du pouvoir.
Et alors les premieres maladies les émeuvent, les secondes les ébranlent, les troisiémes les emportent ; Gracchus, Sertorius, Spartacus donnerent le premier Coup à la Romaine ; Sylla, Marius, Pompée, Jules Cæsar la porterent sur le panchant, à deux doigts de sa ruine, & Auguste aprés les furies du Triumvirat l’ensevelit,[186]Urgentibus scilicet Imperii Romani fatis: & de la plus celebre Republique du monde il en fit le plus grand Empire, tout ainsi que des plus grands Empires qui sont aujourd’huy, il s’en fera quelque jour des fameuses Republiques. Mais il faut encore observer que ces changemens, ces revolutions des Estats, cette mort des Empires, ne se fait pas sans entraisner avec soy les Loix, la Religion & les Sectes : s’il n’est toutefois plus veritable de dire, que ces trois principes internes des Estats venant à vieillir & se corrompre, la religion par les heresies ou atheismes ; la justice par la venalité des offices, la faveur des grands, l’autorité des Souverains ; & les Sectes par la liberté qu’un chacun prend d’introduire de nouveaux dogmes, ou de rétablir les anciens, ils font aussi tomber & perir tout ce qui estoit basty dessus, & disposent les affaires à quelque revolte ou changement memorable. Certes si l’on considere bien maintenant, quel est l’Estat de l’Europe, il ne sera pas aussi difficile de juger qu’elle doit bien-tost servir de Theatre où se joüeront beaucoup de semblables tragedies, puis que la pluspart des Estats qu’elle contient ne sont pas beaucoup éloignez de l’âge qui a fait perir tous les autres, & que tant de longues & fascheuses guerres ont fait naistre, & ont augmenté les causes mentionnées cy-dessus, qui peuvent ruiner la justice ; comme le trop grand nombre de Colleges, seminaires, étudians, joints à la facilité d’imprimer & transporter les livres, ont déja bien ébranlé les Sectes & la Religion. Et en effet c’est une chose hors de doute, qu’il s’est fait plus de nouveaux systemes dedans l’Astronomie, que plus de nouveautez se sont introduites dans la Philosophie, Medecine & Theologie, que le nombre des Athées s’est plus fait paroistre depuis l’année 1452, qu’aprés la prise de Constantinople tous les Grecs, & les sciences avec eux se refugierent en Europe, & particulierement en France & en Italie, qu’il ne s’en estoit fait pendant les mille années precedentes. Pour moy je défie les mieux versez en nostre Histoire de France, de m’y monstrer que quelqu’un ait esté accusé d’Atheïsme, auparavant le Regne de François I, surnommé le Restaurateur des lettres, & peut-estre encore seroit-on bien empesché de me montrer le même dans l’Histoire d’Italie, auparavant les caresses que Cosme & Laurens de Medicis firent aux hommes lettrez ; ce fut de même sous le siecle d’Auguste que le Poëte Horace (lib.1. OdeXXXIV.) disoit de soy-même :
[187]Parcus Deorum cultor, & infrequens,Insanientis dum sapientiæConsultus erro.
[187]Parcus Deorum cultor, & infrequens,
Insanientis dum sapientiæ
Consultus erro.
[186]Les fatalités de l’Empire Romain estant enfin arrivées.
[186]Les fatalités de l’Empire Romain estant enfin arrivées.
[187]L’estude que j’ay faite d’une sagesse insensée, m’avoit rendu si peu soigneux d’honorer les Dieux, que je les adorois rarement.
[187]L’estude que j’ay faite d’une sagesse insensée, m’avoit rendu si peu soigneux d’honorer les Dieux, que je les adorois rarement.
Que Lucrece pensoit bien se concilier la bienveillance de ses lecteurs, en leur disant qu’il les vouloit delivrer des gesnes & des peines que leur donnoit la religion,
[188]Dum relligionum animos vinclis exsolvere pergo.
[188]Dum relligionum animos vinclis exsolvere pergo.
[188]Pendant que je continue à rompre les liens dont la religion a embarrassé vos esprits.
[188]Pendant que je continue à rompre les liens dont la religion a embarrassé vos esprits.
Et que S. Paul disoit aux Romains,[189]tunc veni cum Deus non erat in vobis. Ce fut enfin sous les Rois Almansor & Miramolin, plus studieux & lettrez que n’avoient esté tous leurs Predecesseurs, que les Aladinistes ou libertins, eurent grande vogue parmy les Arabes : en suite de quoy nous pouvons bien dire avec Seneque,[190]ut rerum omnium sic literarum intemperantia laboramus.
[189]Je suis venu à vous, en un temps qu’il n’y avoit point de Dieu parmy vous.
[189]Je suis venu à vous, en un temps qu’il n’y avoit point de Dieu parmy vous.
[190]Nous sommes aussi-bien travaillez de l’intemperance des lettres que de celle de toutes autres choses.
[190]Nous sommes aussi-bien travaillez de l’intemperance des lettres que de celle de toutes autres choses.
La seconde opinion de laquelle on doit estre persuadé pour bien reüssir aux Coups d’Estat, est de croire qu’il ne faut pas remüer tout le monde pour occasionner les changemens des plus grands Empires, ils arrivent bien souvent sans qu’on y pense, ou au moins sans que l’on fasse de si grands preparatifs. Et comme Archimede remuoit les plus pesans fardeaux, avec trois ou quatre bastons industrieusement joints ensemble, aussi peut-on quelquefois remüer, voire même ruiner ou faire naistre des grandes affaires, par des moyens qui sont presque de nulle consideration. C’est de quoy Ciceron (Philip.5.) nous avertit lors qu’il dit,[191]quis nesciat, minimis fieri momentis maximas temporum inclinationes; le monde suivant la doctrine de Moyse a esté fait de rien, & en celle d’Epicure il n’a esté composé que du concours de divers atomes : Et ces grands fleuves qui roulent avec impetuosité presque d’un bout de la terre à l’autre, sont d’ordinaire si petits vers leurs sources qu’un enfant les peut facilement traverser,
[192]Flumina quanta vides parvis è fontibus orta ?
[192]Flumina quanta vides parvis è fontibus orta ?
[191]Qui est-ce qui ignore que dans un moment il peut arriver de grands changemens aux temps.
[191]Qui est-ce qui ignore que dans un moment il peut arriver de grands changemens aux temps.
[192]Quelles grandes rivieres ne voit on pas qui prenent leur naissance de fort petites fontaines ?
[192]Quelles grandes rivieres ne voit on pas qui prenent leur naissance de fort petites fontaines ?
Il en est de même aux affaires Politiques, une petite flammeche negligée excite bien souvent un grand feu,
[193]Dum neglecta solent incendia sumere vires.
[193]Dum neglecta solent incendia sumere vires.
[193]Lors que les embrasemens ont coustume de se renforcer à mesure qu’on les neglige.
[193]Lors que les embrasemens ont coustume de se renforcer à mesure qu’on les neglige.
Et comme il ne fallut qu’une petite pierre arrachée de la montagne, pour ruiner la grande statue, ou plutost le grand colosse de Nabuchodonosor ; de même une petite chose peut facilement renverser de grandes Monarchies. Qui eust jamais creu que le ravissement de Helene, le violement de Lucrece par Tarquin, & celuy de la fille du Comte Julien par le Roy Roderic, eussent produit des effets si notables tant en Grece, qu’Italie & Espagne ? Mais qui eust jamais pensé que les Etoles & Arcades se fussent acharnez à la guerre pour une hure de Sanglier ; ceux de Carthage & de Bisague pour le fust d’un brigantin ; le Duc de Bourgogne & les Suisses pour un chariot de peaux de Mouton ; les Frisons & les Romains du temps de Drusus pour des cuirs de Bœuf ; & les Pictes & Escossois pour quelques Chiens perdus ? Ou que du temps de Justinian toutes les villes de l’Empire eussent pû se diviser & concevoir une haine mortelle les unes contre les autres, pour le differend des couleurs qui se portoient aux jeux & recreations publiques ? La nature même semble avoir agreable cette façon de proceder, lors qu’elle produit les grands & spacieux Cedres d’un petit germe ; & les Elephans & Balenes, d’un atome s’il faut ainsi dire de semence. C’est en quoy elle s’efforce d’imiter son Createur, qui a coustume de tirer la grandeur de ses actions, de la foiblesse de leurs principes, & de les mener d’un commencement debile au progrez d’une perfection accomplie. Et en effet lors qu’il voulut delivrer son peuple de la captivité de Pharaon, il n’envoya pas quelque Roy, ou quelque Prince, accompagné d’une puissante armée, mais il se servit d’un simple homme[194]impeditioris & tardioris linguæ, qui pascebat oves Jethro soceri sui; (Exod. 3. & 4.) lors qu’il voulut chastier & épouvanter les Egyptiens, il ne se servit pas du foudre ny du tonnerre,[195]sed immisit tantum ranas, cyniphes & locustas & omne genus muscarum; lors qu’il fallut delivrer les Philistins, ce fut par les mains de Saül qu’il fit couronner Roy de son peuple, au même temps qu’il ne pensoit qu’à chercher[196]asinas patris sui Cis; (1 Reg. 11.) ainsi pour combattre Goliath, il choisit David[197]dum ambulabat post gregem patris sui; (c. 17.) & pour delivrer Bethulie de la persecution d’Holofernes, il n’employa point de puissans & courageux soldats,[198]sed manus fœminæ dejecit eum. (Judith. 9.) Mais puis que ces actions sont autant de miracles, & que nous ne pouvons pas les tirer en consequence, faisons un peu de reflexion sur la grandeur de l’Empire du Turc, & sur les merveilleux progrez que font tous les jours les Lutheriens & Calvinistes, & je m’asseure que l’on sera contraint d’admirer comme le dépit de deux Moines qui n’avoient pour toutes armes que la langue & la plume, ont pû estre cause de si grandes revolutions, & de changemens en la Police & en la Religion si extraordinaires. Aprés quoy il faut avoüer que les Ambassadeurs des Scythes avoient bonne raison de remonstrer à Alexandre, que[199]fortis Leo aliquando minimarum avium pabulum est, ferrum rubigo consumit, & nihil est cui periculum non immineat ab invalido. C’est doncques le devoir du bon Politique, de considerer toutes les moindres circonstances qui se rencontrent aux affaires serieuses & difficiles, pour s’en servir, en les augmentant, & en faisant quelquefois d’une Mouche un Elefant, d’une petite égratignure une grande playe, & d’une étincelle un grand feu ; ou bien en diminuant toutes ces choses suivant qu’il en sera besoin pour favoriser ses intentions. Et à ce propos il me souvient d’un accident peu remarqué qui se passa aux Estats tenus à Paris l’an 1615, lequel neanmoins estoit capable de ruiner la France, & de luy faire changer sa façon de Gouvernement, si l’on n’y eust promptement remedié ; car la Noblesse ayant inseré dans son cahier de remonstrances un article pour faire comprendre le bien qui pouvoit revenir à la France de la cassation du droit annuel, ou pour estre mieux entendu de la Polette, le Tiers Estat qui se croyoit grandement lesé par cette proposition, en coucha un autre dans le sien, par lequel le Roy estoit supplié, de retrancher les pensions qu’il donnoit à beaucoup de Gentilshommes qui ne luy rendoient aucun service ; là-dessus chaque partie commence à s’alterer, & chacun de son costé envoye des deputez pour faire entendre ses raisons ; ils se rencontrent, & en viennent aux injures, les deputez de la Noblesse appellant ceux du Tiers Estat des Rustres, & les menaçant de les traitter à coups d’éperon ; ceux-cy répondent qu’ils n’avoient pas la hardiesse de le faire, & que s’ils y avoient seulement songé, il y avoit 100000 hommes dans Paris, qui en tireroient la raison sur le champ : cependant quelques Magistrats & Ecclesiastiques qui estoient presens à ces discours, jugeant bien des dangereuses consequences qui en pouvoient arriver, vont à bride abbatue au Louvre, avertissent le Roy de ce qui se passe, le prient & conjurent d’y remedier promptement, & font en sorte que Sa Majesté, les Reynes & tous les Princes y interposant leur autorité, defenses furent faites sur peine de la vie, de plus parler de ces deux articles, ny de plus tenir aucun discours de tout ce qui s’estoit passé à leur sujet ; & bien nous prit de ce qu’on y apporta si promptement remede : car si les deputez de la Noblesse eussent passé des paroles aux effets, ceux du Tiers Estat se fussent peut-estre rencontrez si violents, obstinez & vindicatifs, & le peuple de Paris en telle verve & disposition, que toute la Noblesse qui y estoit, eust couru grande risque d’estre sacagée, & peut-estre qu’en suite on eust fait le même par toutes les autres villes du Royaume, qui suivent d’ordinaire l’exemple de la Capitale.
[194]Qui n’avoit pas la langue bien pendue & avoit peine à parler, & qui paissoit les brebis de son beaupere Jethro.
[194]Qui n’avoit pas la langue bien pendue & avoit peine à parler, & qui paissoit les brebis de son beaupere Jethro.
[195]Mais leur envoya des grenoüilles, des sauterelles, des mouches à chien, & toutes autres sortes de mouches.
[195]Mais leur envoya des grenoüilles, des sauterelles, des mouches à chien, & toutes autres sortes de mouches.
[196]Les ânesses de Cis son pere.
[196]Les ânesses de Cis son pere.
[197]Lors qu’il alloit aprés le troupeau de son pere.
[197]Lors qu’il alloit aprés le troupeau de son pere.
[198]Mais il fut abbatu par la main d’une femme.
[198]Mais il fut abbatu par la main d’une femme.
[199]Quelquefois le Lion courageux sert de pasture aux plus petits oiseaux, que la roüillure consume le fer, & qu’il n’y a rien qui ne coure risque d’estre endommagé de la plus foible chose.
[199]Quelquefois le Lion courageux sert de pasture aux plus petits oiseaux, que la roüillure consume le fer, & qu’il n’y a rien qui ne coure risque d’estre endommagé de la plus foible chose.
Or parce que si cet accident fust arrivé, c’eust esté par le moyen de la populace, laquelle sans juger & connoistre ce qui estoit de la raison, se fust jettée à l’impourveu & à l’étourdie, sur ceux qu’on luy auroit mis les premiers en butte de sa fureur ; il n’est pas hors de propos d’avertir & de mettre pour une troisiéme persuasion, que les meilleurs Coups d’Estat se faisant par son moyen on doit aussi particulierement connoistre, quel est son naturel, & avec combien de hardiesse & d’asseurance on s’en peut servir, & la tourner & disposer à ses desseins. Ceux qui en ont fait la plus entiere & la plus particuliere description, la representent à bon droit comme une beste à plusieurs testes, vagabonde, errante, folle, étourdie, sans conduite, sans esprit, ny jugement. Et en effet si l’on prend garde à sa raison, Palingenius dit, que
[200]Judicium vulgi insulsum, imbecillaque mens est.
[200]Judicium vulgi insulsum, imbecillaque mens est.
(in Piscib.)
[200]Le jugement du commun peuple est toujours sot, & son entendement foible.
[200]Le jugement du commun peuple est toujours sot, & son entendement foible.
Si à ses passions, le même ajouste,
[201]Quod furit atque ferit sævissima bellua vulgus.
[201]Quod furit atque ferit sævissima bellua vulgus.
(in Sagitt.)
[201]Que la populace est une tres-cruelle beste, & qu’elle devient furieuse & frape le plus souvent.
[201]Que la populace est une tres-cruelle beste, & qu’elle devient furieuse & frape le plus souvent.
Si à ses mœurs & façons de faire,[202]Hi vulgi mores, odisse præsentia, ventura cupere, præterita celebrare.Si à toutes ses autres qualitez, Saluste nous la represente,[203]ingenio mobili, seditiosam, discordiosam, cupidam rerum novarum, quieti & otio adversam. Mais moy je passe plus outre, & dis qu’elle est inferieure aux bestes, pire que les bestes, & plus sotte cent fois que les bestes mêmes ; car les bestes n’ayant point l’usage de la raison, elles se laissent conduire à l’instinct que la Nature leur donne pour regle de leur vie, actions, passions & façons de faire, dont elles ne se departent jamais, sinon lors que la méchanceté des hommes les en fait sortir. Là où le peuple (j’entens par ce mot le vulgaire ramassé, la tourbe & lie populaire, gens sous quelque couvert que ce soit de basse, servile, & mechanique condition) estant doüé de la raison ; il en abuse en mille sortes, & devient par son moyen le Theatre où les Orateurs, les Predicateurs, les faux Prophetes, les imposteurs, les rusez politiques, les mutins, les seditieux, les dépitez, les superstitieux, les ambitieux, bref tous ceux qui ont quelque nouveau dessein, representent leurs plus furieuses & sanglantes tragedies. Aussi sçavons nous que cette populace est comparée à une mer sujette à toutes sortes de vents & de tempestes : au Cameleon qui peut recevoir toutes sortes de couleurs excepté la blanche ; & à la sentine & cloaque dans laquelle coulent toutes les ordures de la maison. Ses plus belles parties sont d’estre inconstante & variable, approuver & improuver quelque chose en même temps, courir toujours d’un contraire à l’autre, croire de leger, se mutiner promptement, toujours gronder & murmurer : bref tout ce qu’elle pense n’est que vanité, tout ce qu’elle dit est faux & absurde, ce qu’elle improuve est bon, ce qu’elle approuve mauvais, ce qu’elle louë infame, & tout ce qu’elle fait & entreprend n’est que pure folie. Aussi est-ce ce qui a fait dire à Seneque, (de vita B. cap.2.)[204]Non tam bene cum rebus humanis geritur ut meliora pluribus placeant : argumentum pessimi est turba.Et le même ne donne autre avis pour connoistre les bonnes opinions & comme parle le Poëte Satyrique,[205]quid solidum crepet, sinon de ne pas suivre celle du peuple,[206]Sanabimur si modo separemur à cœtu.Que Postel luy persuade que Jesus-Christ n’a sauvé que les hommes, & que sa mere Jeanne doit sauver les femmes, il le croira soudain. Que David George se dise fils de Dieu, il l’adorera. Qu’un tailleur enthousiaste & fanatique contrefasse le Roy dans Munster, & dise que Dieu l’a destiné pour chastier toutes les Puissances de la terre, il luy obeïra & le respectera comme le plus grand Monarque du monde. Que le Pere Domptius luy annonce la venuë de l’Antechrist, qu’il est âgé de dix ans, qu’il a des cornes, il témoignera de s’en effrayer. Que des imposteurs & Charlatans se qualifient freres de la Rose-Croix, il courra aprés eux. Qu’on luy rapporte que Paris doit bien-tost abismer, il s’enfuira. Que tout le monde doit estre submergé, il bastira des Arches & des basteaux de bonne heure pour n’estre pas surpris. Que la mer se doit secher & que des chariots pourront aller de Genes à Jerusalem, il se preparera pour faire le voyage. Qu’on luy conte les fables de Melusine, du sabat des sorcieres, des loups garoux, des lutins, des fées, des Paredres, il les admirera. Que la matrice tourmente quelque pauvre fille, il dira qu’elle est possedée, ou croira à quelque Prestre ignorant ou méchant, qui la fait passer pour telle. Que quelque Alchimiste, Magicien, Astrologue, Lulliste, Cabaliste, commencent un peu à la cajoller, il les prendra pour les plus sçavans, & pour les plus honnestes gens du monde. Qu’un Pierre l’Hermite vienne prescher la croisade, il fera des reliques du poil de son mulet. Qu’on luy dise en riant qu’une Canne ou un Oison sont inspirées du S. Esprit, il le croira serieusement. Que la peste ou la tempeste ruine une province, il en accusera soudain des graisseurs ou Magiciens. Bref si on le trompe & befle aujourd’huy, il se lairra encore surprendre demain, ne faisant jamais profit des rencontres passez, pour se gouverner dans les presentes ou futures ; & en ces choses consistent les principaux signes de sa grande foiblesse & imbecillité. Pour ce qui est de son inconstance, nous en avons un bel exemple dans les Actes des Apostres en ce que les habitans de Lystrie & de Derben, n’eurent pas plutost apperceu S. Paul & S. Barnabé, que[207]levaverunt vocem suam Lycaonicè dicentes ; Dii similes facti hominibus descendunt ad nos ; & vocabant Barnabam Jovem, Paulum quoque Mercurium; & neanmoins incontinent aprés voila que[208]lapidantes Paulum, traxerunt eum extra civitatem, existimantes mortuum esse. Les Romains adorent le matin Seianus, & le soir
[209]Ducitur uncoSpectandus.
[209]Ducitur unco
Spectandus.
(Juven. Sat. 10.)
[202]Voicy les mœurs du menu peuple, haïr les choses presentes, desirer les futures, & celebrer celles qui sont passées.
[202]Voicy les mœurs du menu peuple, haïr les choses presentes, desirer les futures, & celebrer celles qui sont passées.
[203]D’un naturel inconstant, seditieuse, querelleuse, convoiteuse de choses nouvelles, & ennemie du repos & de la tranquillité.
[203]D’un naturel inconstant, seditieuse, querelleuse, convoiteuse de choses nouvelles, & ennemie du repos & de la tranquillité.
[204]Les choses humaines n’ont pas tant de bonne fortune, que les plus saines & les meilleures soient agreables au plus grand nombre : La foule est ordinairement une marque du peu de prix que valent les choses.
[204]Les choses humaines n’ont pas tant de bonne fortune, que les plus saines & les meilleures soient agreables au plus grand nombre : La foule est ordinairement une marque du peu de prix que valent les choses.
[205]Qu’est-ce qu’il y a de solide.
[205]Qu’est-ce qu’il y a de solide.
[206]Nous serons gueris pourveu que nous nous separions de la foule.
[206]Nous serons gueris pourveu que nous nous separions de la foule.
[207]Ils éleverent leur voix & dirent en langue Lycaonienne : Les Dieux sont descendus vers nous sous la forme d’hommes : Et ils appeloient Barnabé Jupiter & Paul Mercure.
[207]Ils éleverent leur voix & dirent en langue Lycaonienne : Les Dieux sont descendus vers nous sous la forme d’hommes : Et ils appeloient Barnabé Jupiter & Paul Mercure.
[208]Ayant lapidé Paul, ils le traisnerent hors de la ville croyant qu’il fust mort.
[208]Ayant lapidé Paul, ils le traisnerent hors de la ville croyant qu’il fust mort.
[209]Il est traîné avec un croc pour servir de spectacle au peuple.
[209]Il est traîné avec un croc pour servir de spectacle au peuple.
Les Parisiens en font de même du Marquis d’Ancre, & aprés avoir déchiré la robe du Pere à Jesus Maria, pour en conserver les pieces comme reliques, ils le befflent, & s’en mocquent deux jours aprés. Que s’il entre en colere, ce sera comme le jeune homme de Horace, lequel
[210]IramColligit & ponit temerè, & mutatur in horas.
[210]Iram
Colligit & ponit temerè, & mutatur in horas.
(ad Pison.)
[210]Se courrouce & s’appaise facilement, & change à toute heure.
[210]Se courrouce & s’appaise facilement, & change à toute heure.
S’il rencontre quelque homme d’autorité lors qu’il est en sa plus boüillante mutinerie & sedition, il s’enfuira & abandonnera tout ; s’il se presente quelque gueux temeraire, ou hardy qui luy remette, comme on dit communément, le cœur au ventre, & le feu aux étoupes, il reviendra plus furieux qu’auparavant ; bref nous luy pouvons particulierement attribüer ce que disoit Seneque (de vita B. cap.28.) de tous les hommes,[211]fluctuat, aliud ex alio comprehendit, petita relinquit, relicta repetit, alternæ inter cupiditatem suam, & pœnitentiam vices sunt. Or d’autant que la force gist toujours de son costé, & que c’est luy qui donne le plus grand branle à tout ce qui se fait d’extraordinaire dans l’Estat, il faut que les Princes ou leurs Ministres s’estudient à le manier & persuader par belles paroles, le seduire & tromper par les apparences, le gagner & tourner à ses desseins par des predicateurs & miracles sous pretexte de sainteté, ou par le moyen des bonnes plumes, en leur faisant faire des livrets clandestins, des manifestes, apologies & declarations artistement composées pour le mener par le nez, & luy faire approuver ou condamner sur l’etiquete du sac tout ce qu’il contient.
[211]Il est toujours en doute, il fait toujours de nouveaux desseins, il quitte ce qu’il avoit demandé, & il redemande aussi-tost ce qu’il vient de quitter : le desir & le repentir commandent chez luy tour à tour, & possedent l’un aprés l’autre la domination de son ame.
[211]Il est toujours en doute, il fait toujours de nouveaux desseins, il quitte ce qu’il avoit demandé, & il redemande aussi-tost ce qu’il vient de quitter : le desir & le repentir commandent chez luy tour à tour, & possedent l’un aprés l’autre la domination de son ame.
Mais comme il n’y a jamais eu que deux moyens capables de maintenir les hommes en leur devoir, sçavoir la rigueur des supplices établis par les anciens legislateurs pour reprimer les crimes, dont les juges pouvoient avoir connoissance ; & la crainte des Dieux & de leur foudre, pour empescher ceux dont par faute de témoins ils ne pouvoient estre suffisamment informez, conformément à ce que dit le Poëte Palingenius : (in Libra.)
[212]Semiferum vulgus frænandum est relligionePœnarumque metu, nam fallax atque malignumIllius ingenium est semper, nec sponte moveturAd rectum.
[212]Semiferum vulgus frænandum est relligione
Pœnarumque metu, nam fallax atque malignum
Illius ingenium est semper, nec sponte movetur
Ad rectum.
[212]C’est par la religion & par la crainte des supplices, qu’il faut brider la populace à demy sauvage, car son esprit est toujours trompeur & malin, & de soi-même ne se porte point à ce qui est droit.
[212]C’est par la religion & par la crainte des supplices, qu’il faut brider la populace à demy sauvage, car son esprit est toujours trompeur & malin, & de soi-même ne se porte point à ce qui est droit.
Aussi les mêmes Legislateurs ont bien reconnu, qu’il n’y avoit rien qui dominast avec plus de violence les esprits des peuples que ce dernier, lequel venant à se trouver en butte de quelque action, il porte soudain toute la poursuite que l’on en peut faire à l’extremité ; la prudence se change en passion, la colere, s’il y en a tant soit peu, se tourne en rage, toute la conduite s’en va en confusion, les biens mêmes & la vie ne se mettent pas en consideration, s’il les faut perdre pour defendre la divinité de quelque dent de singe, d’un bœuf, d’un chat, d’un oignon, ou de quelque autre idole encore plus ridicule,[213]nulla siquidem res efficacius multitudinem movet quàm superstitio. (Q. Curt. l. 4.) Et en effet ç’a toujours esté le premier masque que l’on a donné à toutes les ruses & tromperies pratiques aux trois differences de vie, ausquelles nous avons déja dit, que l’on pouvoit rapporter les Coups d’Estat. Car pour ce qui est de la Monastique, nous avons l’exemple dans S. Hierôme (epist.13. lib.2.) de ces vieux moines de la Thebaïde, qui[214]dæmonum contra se pugnantium portenta fingunt, ut apud imperitos & vulgi homines miracula sui faciant & lucra sectentur. A quoy nous pouvons rapporter la tromperie que firent les prestres du Dieu Canopus, pour le rendre superieur au feu qui estoit le Dieu des Perses ; l’invention du Chevalier Romain Monde, pour jouïr de la belle Pauline sous le nom d’Esculape, les visions supposées des Jacobins de Berne, & les fausses apparitions des Cordeliers d’Orleans, qui sont toutes trop communes & triviales pour en faire icy un plus long recit. Que si l’on doute qu’il ne se commette un pareil abus dans l’œconomie, il ne faut que lire ce que Rabby Moses écrit des Prestres de l’Idole Thamuz ou Adonis, qui pour augmenter leurs offrandes, le faisoient bien souvent pleurer sur les iniquitez du peuple, mais avec des larmes de plomb fondu, au moyen d’un feu qu’ils allumoient derriere son image ; & certes il n’y aura plus d’occasion d’en douter, aprés avoir leu dans le dernier Chapitre de Daniel, comme en couvrant de cendres le pavé de la Chapelle de l’Idole Bel, il découvrit que les Prestres avec leurs femmes & enfans venoient enlever de nuict par des conduits sousterrains, tout ce que le pauvre peuple abusé croyoit estre mangé par ce Dieu qu’ils adoroient sous la figure d’un dragon. Finalement pour ce qui est de la Politique, il faut un peu s’y étendre davantage, puis que c’est nostre principal dessein, & montrer en quelle façon les Princes ou leurs Ministres,[215]quibus quæstui sunt capti superstitione animi, (Livius l. 4.) ont bien sceu ménager la Religion, & s’en servir comme du plus facile & plus asseuré moyen, qu’ils eussent pour venir à bout de leurs entreprises plus relevées. Je trouve doncques qu’ils en ont usé en cinq façons principales, sous lesquelles par aprés on en peut rapporter beaucoup d’autres petites. La premiere & la plus commune & ordinaire est celle de tous les Legislateurs & Politiques, qui ont persuadé à leurs peuples, d’avoir la communication des dieux, pour venir plus facilement à bout de ce qu’ils avoient la volonté d’executer : comme nous voyons qu’outre ces anciens que nous avons rapportez cy-dessus, Scipion voulut faire croire qu’il n’entreprenoit rien sans le Conseil de Jupiter Capitolin, Sylla que toutes ses actions estoient favorisées par Apollon de Delphe, duquel il portoit toujours une petite image ; & Sertorius que sa biche luy apportoit les nouvelles de tout ce qui estoit conclu dans le concile des Dieux. Mais pour venir aux Histoires qui nous sont plus voisines, il est certain que par de semblables moyens Jacques Bussularius domina quelque temps à Pavie, Jean de Vicence à Boulogne, & Hierôme Savanarole à Florence, duquel nous avons cette remarque dans Machiavel : (sur T. Liv.)Le peuple de Florence n’est pas beste, auquel neanmoins F. Hierôme Savanarole a bien fait croire qu’il parloit à Dieu.Il n’y a pas plus de soixante ans que Guillaume Postel en voulut faire de même en France, & depuis peu encore Campanelle en la haute Calabre : mais ils n’en purent venir à bout, non plus que les precedens, pour n’avoir pas eu la force en main ; car comme dit Machiavel, cette condition est necessaire à tous ceux qui veulent établir quelque nouvelle Religion. Et en effet ce fut par son moyen que le Sophi Ismaël, ayant par l’avis de Treschel Cuselbas introduit une nouvelle secte en la religion de Mahomet, il usurpa en suite l’Empire de Perse, & il arriva presque en même temps, que l’Hermite Schacoculis, aprés avoir bien joüé son personnage l’espace de sept ans dans un desert, leva enfin le masque, & s’estant declaré autheur d’une nouvelle secte, il s’empara de plusieurs villes, defit le Bascha d’Anatolie, avec Corcut fils de Bajazet, & eut bien passé plus outre, s’il n’eust irrité par le sac d’une caravane le Sophi de Perse, qui le fit tailler en pieces par ses soldats. Lipse met encore avec ceux-cy un certain Calender, qui par une devotion simulée ébranla toute la Natolie, & tint les Turcs en cervelle, jusques à ce qu’il fust défait en une bataille rangée ; & un Ismaël Africain qui prit cette voye pour ravir le sceptre à son maistre le Roy de Maroc.