CHANSON DU SPAHI

(Sur la route de Géryville.)

Écoute, ami, le récit de ma peineEntre les peines du monde,Écoute ce qui est arrivé à ton frère,Au fils de ta tribu,Écoute, et demande-toi d’où me vient la patience…Le chagrin de mon cœur pouvait tuer dix hommes !J’étais jeune, le cadet dans la tente de mon père,Le cadet de ses fils beaux comme des lions.Quand le duvet d’homme eut noirci ma lèvre,Mon père me donna un fusil et un cheval gris,Un cheval ardent.Il me donna aussi une épouse au front clair,Aux yeux de nuit.Son nom devait apporter la chance sous la tente :On l’appelait Saïda, du nom de la ville de nos aïeux,Saïda, une perle parmi les filles des Rzaïn !Mais il était écrit sur la page de mon destin :Celui-ci ne connaîtra que la souffrance,Et la tristesse !Il vint une heure que moi je n’avais pas prévue :L’heure de l’ange de la mort tombanteQuand il toucha de l’aile le front de Saïda.Je pleurai, tel une femme,Trois jours et trois nuits je pleurai :Puis mon sang bouillonna comme un vin de palmier,Et je sentais son feu qui me brûlait le cœur.Il y eut des paroles entre moi et mon frère ;Sans l’aide de Dieu la poudre eût parlé.Je partis seul, errant comme un fou,Je cherchais le mâle qui me tuerait…Enfin, las de la misère et de la vie, je me suis vendu.Je suis allé à SaïdaParce que ce nom m’avait blessé,Je me suis engagé pour un peu d’argent,J’ai caché mes origines sous le burnous rouge.Maintenant j’ignore si on naît ou si on meurtSous ma tente.Je ne cherche pas à savoir, je ne demande rien.Sans doute les femmes ont pleuré sur moiComme sur un mort.Sans doute mon père s’est détourné de moi,Et mes frères m’ont renié…Mais je ne reviendrai pas.Nous allons dans le Sud, au pays de la poudre !Si je tombe là-bas, dans le pays désert,L’aigle et le chacal l’apprendront bientôt.Dis-moi, fais-moi savoir qui lavera mon corps,Qui pleurera sur la tombe du soldat orphelin,Qui saura que mon cœur trembla comme un ramierEntre les mains des jeunes filles.Dis-moi, fais-moi savoir…

Écoute, ami, le récit de ma peineEntre les peines du monde,Écoute ce qui est arrivé à ton frère,Au fils de ta tribu,Écoute, et demande-toi d’où me vient la patience…Le chagrin de mon cœur pouvait tuer dix hommes !J’étais jeune, le cadet dans la tente de mon père,Le cadet de ses fils beaux comme des lions.Quand le duvet d’homme eut noirci ma lèvre,Mon père me donna un fusil et un cheval gris,Un cheval ardent.Il me donna aussi une épouse au front clair,Aux yeux de nuit.Son nom devait apporter la chance sous la tente :On l’appelait Saïda, du nom de la ville de nos aïeux,Saïda, une perle parmi les filles des Rzaïn !Mais il était écrit sur la page de mon destin :Celui-ci ne connaîtra que la souffrance,Et la tristesse !Il vint une heure que moi je n’avais pas prévue :L’heure de l’ange de la mort tombanteQuand il toucha de l’aile le front de Saïda.Je pleurai, tel une femme,Trois jours et trois nuits je pleurai :Puis mon sang bouillonna comme un vin de palmier,Et je sentais son feu qui me brûlait le cœur.Il y eut des paroles entre moi et mon frère ;Sans l’aide de Dieu la poudre eût parlé.Je partis seul, errant comme un fou,Je cherchais le mâle qui me tuerait…Enfin, las de la misère et de la vie, je me suis vendu.Je suis allé à SaïdaParce que ce nom m’avait blessé,Je me suis engagé pour un peu d’argent,J’ai caché mes origines sous le burnous rouge.Maintenant j’ignore si on naît ou si on meurtSous ma tente.Je ne cherche pas à savoir, je ne demande rien.Sans doute les femmes ont pleuré sur moiComme sur un mort.Sans doute mon père s’est détourné de moi,Et mes frères m’ont renié…Mais je ne reviendrai pas.Nous allons dans le Sud, au pays de la poudre !Si je tombe là-bas, dans le pays désert,L’aigle et le chacal l’apprendront bientôt.Dis-moi, fais-moi savoir qui lavera mon corps,Qui pleurera sur la tombe du soldat orphelin,Qui saura que mon cœur trembla comme un ramierEntre les mains des jeunes filles.Dis-moi, fais-moi savoir…

Écoute, ami, le récit de ma peine

Entre les peines du monde,

Écoute ce qui est arrivé à ton frère,

Au fils de ta tribu,

Écoute, et demande-toi d’où me vient la patience…

Le chagrin de mon cœur pouvait tuer dix hommes !

J’étais jeune, le cadet dans la tente de mon père,

Le cadet de ses fils beaux comme des lions.

Quand le duvet d’homme eut noirci ma lèvre,

Mon père me donna un fusil et un cheval gris,

Un cheval ardent.

Il me donna aussi une épouse au front clair,

Aux yeux de nuit.

Son nom devait apporter la chance sous la tente :

On l’appelait Saïda, du nom de la ville de nos aïeux,

Saïda, une perle parmi les filles des Rzaïn !

Mais il était écrit sur la page de mon destin :

Celui-ci ne connaîtra que la souffrance,

Et la tristesse !

Il vint une heure que moi je n’avais pas prévue :

L’heure de l’ange de la mort tombante

Quand il toucha de l’aile le front de Saïda.

Je pleurai, tel une femme,

Trois jours et trois nuits je pleurai :

Puis mon sang bouillonna comme un vin de palmier,

Et je sentais son feu qui me brûlait le cœur.

Il y eut des paroles entre moi et mon frère ;

Sans l’aide de Dieu la poudre eût parlé.

Je partis seul, errant comme un fou,

Je cherchais le mâle qui me tuerait…

Enfin, las de la misère et de la vie, je me suis vendu.

Je suis allé à Saïda

Parce que ce nom m’avait blessé,

Je me suis engagé pour un peu d’argent,

J’ai caché mes origines sous le burnous rouge.

Maintenant j’ignore si on naît ou si on meurt

Sous ma tente.

Je ne cherche pas à savoir, je ne demande rien.

Sans doute les femmes ont pleuré sur moi

Comme sur un mort.

Sans doute mon père s’est détourné de moi,

Et mes frères m’ont renié…

Mais je ne reviendrai pas.

Nous allons dans le Sud, au pays de la poudre !

Si je tombe là-bas, dans le pays désert,

L’aigle et le chacal l’apprendront bientôt.

Dis-moi, fais-moi savoir qui lavera mon corps,

Qui pleurera sur la tombe du soldat orphelin,

Qui saura que mon cœur trembla comme un ramier

Entre les mains des jeunes filles.

Dis-moi, fais-moi savoir…


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