CHAPITRE IX

A, tomate et BB’ oseille du Soudan(Dessin de A. M. Marrot, d’après nature).

A, tomate et BB’ oseille du Soudan(Dessin de A. M. Marrot, d’après nature).

A, tomate et BB’ oseille du Soudan(Dessin de A. M. Marrot, d’après nature).

Nous croyons, à ce sujet, devoir mentionner ici combien dans les pays chauds notre tomate d’Europe dégénère, afin de bien faire ressortir que ce fruit, tel que nous l’obtenons, n’est absolument qu’un produit de la culture. La première année, les plantations donnent un fruit absolument identique quant à la forme, à la grosseur, au goût et à la couleur à notre tomate. Si on sème l’année suivante les graines récoltées sur place, on n’obtient plus qu’une tomate de la grosseur d’une noix au plus et dont la forme, au lieu d’être discoïde, est devenue parfaitement oblongue. L’acidité est moins prononcée aussi. Semons des graines de cette dernière récolte et nous n’avons plus alors que la tomate cerise. Quels que soient les procédés de culture que l’on emploie, c’est à cet inévitable résultat que l’on arrive toujours fatalement. Nul doute que le climat et la nature du sol n’influent sur ces transformations rapides. Deux années suffisent pour ramener la plante améliorée chez nous par la culture, à l’échantillon origine. Nous avons observé ce fait sur bien d’autres végétaux, et nous sommes persuadé que, sous les climats tropicaux, tout ce qui vit et se cultive sous les climats tempérés ne tarde pas à s’étioler et à dégénérer. Le règne végétal suit en cela les mêmes règles que le règne animal.

Oseilles.— Dans les jardinets qui entourent généralement les villages, on trouve deux variétés d’oseilles dont les indigènes sont excessivement friands. Les Noirs de la Gambie leur donnent le nom de «Dakissé». Elles sont ainsi appelées par les peuples d’origine Mandingue aussi bien que par les peuples de race Peulhe. Elles diffèrent cependant profondément. L’une n’est qu’unRumex(Polygonées) de la section desAcetosella, dont elle présente tous les caractères. Elle est surtout cultivée dans les jardins. L’autre est, au contraire, une Malvacée. C’est l’Hibiscus SabdariffaL., connu surtout sous le nom d’oseille de Guinée. On la rencontre particulièrement dans les lougans d’arachides, où elle est semée en bordure. Ses feuilles, sa tige et son fruit, très acides, sont utilisés comme condiments. Ses différentes parties ont, à un haut degré, les caractères propres des Malvacées. Ses graines sont très appréciées et entrent dans la composition des sauces avec lesquelles sont mangés les couscouss. Elles sont auparavant soumises à une préparation toute spéciale. Aussitôt après la récolte, elles sont mises, alors qu’elles ne sont pas encore sèches, à bouillir dans l’eau pendant quelques minutes. Retirées du liquide et bien égouttées, elles sont étendues sur des nattes fines et séchées au soleil. Elles exhalent alors une odeur épouvantable, et telle que deux ou trois kilogrammes suffisent pour empoisonner un village entier. On juge ce que ce doit être quand, dans chaque famille, on se livre à cette opération. Quand elles sont bien séchées, elles sont enveloppées dans du calicot ou de la guinée, et les petits paquets sont suspendus à l’intérieur de la case, aux rayons du toit qui la recouvre. Elles peuvent, ainsi préparées, se conserver indéfiniment. Quand on veut s’en servir, on en pile, dans le mortier à couscouss, la quantité dont on a besoin, et on les réduit en poudre absolument impalpable. Cette poudre sert à assaisonner certaines sauces. Il faut avoir soin de n’en fabriquer que la quantité dont on a strictement besoin, car elle perd rapidement son arome et devient absolument insipide. Le goût qu’elle donne aux aliments est loin d’être succulent, mais, somme toute, il est parfaitement supportable. Je doute cependant qu’il ait quelque succès dans la cuisine européenne.

4 décembre.— Ma santé s’améliore de plus en plus et je sens les forces revenir rapidement. Je n’ai plus de fièvre et, grâce à la douceur de la température, l’appétit est devenu meilleur. A 5 h. 45 du matin, nous quittons Goundiourou et nous prenons en bon ordre la route de Daouadi, village où j’ai décidé de camper ce jour-là et qui est situé à 16 kilomètres environ de Goundiourou, dans l’Est-Nord-Est. J’aurais pu prendre un chemin plus court, mais je tenais à visiter ce village, dans lequel un seul Européen, M. le pharmacien de deuxième classe de la marine Liotard, était entré avant moi.

La route se fit sans aucun incident et sans fatigue pour moi. A 6 h. 55, nous traversons le village de Guiriméo sans nous y arrêter.

Guiriméo.— Il possède environ 250 habitants. Sa population est uniquement composée de Ouolofs venus du Saloum. Il m’a paru si sale et si mal entretenu qu’au premier abord je l’ai pris pour un village Malinké. Il est entouré d’un sagné assez solide et on y voit encore les ruines d’un petit tata. Tous ses environs sont bien cultivés, et il possède de riches lougans de mil, coton, arachides et maïs ; à quelques centaines de mètres du village principal, se trouve un petit village de cinquante habitants environ qui dépend du premier.

Mansa-Bakari-Counda.— A 8 h. 30 nous traversons encore, sans nous y arrêter, le petit village ouolof de Mansa-Bakari-Counda, dont la population s’élève à deux cents habitants environ venus du Saloum comme ceux de Guiriméo. Ces deux villages sont, malgré leur petit nombre d’habitants, les plus riches du Kalonkadougou. Ils possèdent les plus belles cultures de la région et la famine vient rarement les visiter. Mansa-Bakari-Counda ne possède aucun moyen de défense. Il est absolument ouvert.

Saré-Dadi.— A un kilomètre de là environ se trouve le petit village de Saré-Dadi, dont la population, entièrement composée de Peulhs, ne dépasse pas 60 habitants. Il est, comme tous les villages Peulhs, construit en paille et ne présente rien de particulier que son troupeau de plus de deux cents bœufs. Il possède, en outre, un grand nombre de chèvres et de moutons.

Daouadi.— A 9 h. 20 enfin nous sommes à Daouadi, où nous allons passer la journée et camper. C’est un village de 350 habitants environ. La population est Malinkée de la famille des N’Dao. Il mérite une mention honorable, car il est un peu moins sale que les villages Malinkés visités jusqu’à ce jour et ses cases sont mieux entretenues. Il est entouré des ruines d’un ancien tata qui devait être assez sérieux. A l’intérieur, se trouve un second tata concentrique au premier qui entoure les cases du chef et qui a été tout récemment construit. Je suis bien reçu et bien logé autant qu’on peut l’être dans un village noir. La journée se passe bien pour tout le monde. Je n’ai pas besoin de dire que je reçois de nombreuses visites. Tous les chefs desenvirons sont venus me saluer, et celui de Coutia, où je dois aller demain, m’a envoyé son fils pour me conduire chez lui ; on n’est pas plus prévenant.

Pendant mon séjour à Diambour, j’avais expédié à Mac-Carthy un courrier pour y aller chercher différents objets qui m’étaient nécessaires et dont j’avais, au moment du départ, oublié de me prémunir. J’étais à peine installé à Daouadi qu’il arriva, ayant accompli la mission dont je l’avais chargé. Il avait fait, aller et retour, cent-dix-huit kilomètres en moins de 24 heures. D’après les calculs que je fis, il avait dû marcher à une allure de près de six kilomètres à l’heure. Ces exemples de vitesse chez les noirs ne sont pas rares. Nous en avons connu qui parcouraient en un temps relativement court des distances vraiment fabuleuses. Quand je lui demandai comment il avait pu faire pour marcher aussi vite, il me répondit qu’il avait « mangé du Kola pendant toute la route et que « cela l’avait fait marcher ». Nous reviendrons dans le cours de cette relation sur cette importante question. Notre homme était bien un peu fourbu en arrivant à Daouadi, mais après d’abondantes ablutions et un massage vigoureux, il repartit dans la soirée pour Diambour, où il habitait. Outre ce que j’avais demandé à Mac-Carthy, M. Frey avait eu l’extrême obligeance de m’envoyer en plus une dizaine de kilogs. de pommes de terre et cent citrons environ. Je n’ai pas besoin de dire avec quel plaisir et quelle reconnaissance j’accueillis ce précieux présent. Ceux qui ont voyagé dans ces contrées déshéritées en seront aisément convaincus. Une lettre fort aimable l’accompagnait. Entre autres choses, elle m’annonçait que M. Joannon était de nouveau malade. M. Frey lui-même gardait le lit depuis mon départ. La fièvre l’avait terrassé le soir même du jour où je les avais quittés. J’appris peu de jours après, avec satisfaction, par un noir qui revenait de George-Town, qu’ils avaient été tous les deux gravement atteints, mais qu’ils s’étaient rapidement rétablis.

La route de Goundiourou à Daouadi ne présente rien de bien particulier. La nature du terrain se modifie de plus en plus et nous n’avons maintenant que des argiles compactes. C’est absolument le sol du Ferlo et du Bondou. Pas de marigots. A partir de Guiriméo, le sol s’élève un peu et Daouadi est situé au milieu d’un plateaud’où l’on aperçoit au loin, vers le Nord et le Nord-Est, quelques petites collines qui paraissent assez boisées.

Le mil, coton, oseille, arachides, tomates sont les plantes alimentaires qui y sont principalement cultivées. La flore devient de plus en plus pauvre. Les Mimosées et les Acacias deviennent de plus en plus fréquents. Par-ci, par-là nous trouvons quelques gommiers et, d’après les dires des habitants, on trouverait aussi, dans la brousse, quelques échantillons du végétal qui donne la gomme de Kellé.

Gomme et Gommiers.— La gomme arabique est l’objet, chacun le sait, de transactions commerciales importantes au Sénégal. Elle y est surtout apportée aux escales du fleuve par les Maures de la rive droite. C’est dans leur pays que les végétaux qui la donnent sont particulièrement abondants. Cette gomme est produite par plusieurs variétés d’Acacias, dont les principales sont les suivantes :Verek,neboueb,adstringens,tomentosa,fasciculataetSeyal. La plus estimée est donnée par l’Acacia VerekG. et P. Cette exsudation n’apparaîtrait que sous l’influence de certaines conditions morbides des végétaux et serait souvent aidée, sinon provoquée par une plante parasite nommée leLoranthus Senegalensis[18]. L’Acacia Verekhabite surtout le pays des Maures. Il est très rare dans les contrées situées sur la rive gauche du fleuve. On n’en trouve que quelques échantillons dans le Bondou et le Ferlo. Nous en avons trouvé quelques-uns dans le Kalonkadougou également. Mais ce sont surtout les autres variétés qui y sont plus communes. Elles donnent une gomme généralement peu estimée. Les indigènes, du reste, ne la récoltent pas.

Gomme de Kellé.— Il existe encore, dans le Bondou notamment, le Bambouk et les pays avoisinants, une autre espèce de gomme que les Toucouleurs nommentKelléet les MalinkésKelli. Ce n’est pas, à proprement parler, une gomme véritable. Ses caractères la rapprocheraient davantage de la gutta-percha. Il nous a été impossible de nous en procurer. Les indigènes lui donnent, en effet, des vertus remarquables. D’après eux, tout noir qui posséderait dans sa case un fragment de Kellé serait assuréde voir tout lui réussir et d’acquérir une grosse fortune. Aussi, quand ils en possèdent, ils la cachent précieusement avec un soin jaloux. De même, quand ils connaissent l’existence quelque part d’un échantillon du végétal qui la produit, ils se gardent bien d’en faire part à qui que ce soit. Je n’ai jamais pu le voir ; mais j’ai tout lieu de croire, à la description qui m’en a été faite, que ce serait une Légumineuse. Je ne puis cependant pas l’affirmer. Quoiqu’il en soit, cette plante est excessivement rare et regardée comme fétiche dans toutes les régions où on la rencontre.

5 décembre.— A 5 heures 45, nous quittons Daouadi par une température excessivement fraîche et nous nous dirigeons à l’Est-Sud-Est vers Coutia, où j’ai décidé d’aller passer la journée et où je suis attendu.

La route se fait rapidement et sans encombre. A 6 heures 15, nous traversons le petit village deBoulou, dont la population, d’une centaine d’habitants environ, est uniquement formée de Malinkés. Il est entouré de vastes lougans d’arachides. — De Boulou à Coutia, nous marchons au milieu des lougans de mil de ce dernier village. Ils sont immenses et s’étendent à perte de vue. A 7 heures 15, nous mettons pied à terre à Coutia.

Coutia.— C’est un gros village Malinké, dont la population s’élève à 900 habitants environ. Il se compose de deux villages, un gros et un petit, séparés par quelques centaines de mètres à peine. Le village principal, où nous avons campé, est un village Malinké dans toute l’acception du mot. Il est entouré d’un mauvais sagné et son tata tombe partout en ruines. Le tata intérieur qui entoure les cases du chef est cependant bien entretenu et assez sérieux. La place principale du village est encombrée par des ordures et des détritus de toutes sortes.

Coutia est la résidence du chef de cette partie du Kalonkadougou. Massa-Coutia, de la famille Malinkée des N’Dao, est un vieillard d’environ soixante-dix ans, repoussant de saleté. Il est relativement intelligent, ivrogne au plus haut degré et fort malhonnête, paraît-il, dans ses relations privées. Comme tous les chefs Malinkés, il ne jouit absolument d’aucune autorité. Pour moi particulièrement, je n’ai nullement eu à m’en plaindre. Il m’a bien reçu et ne nous a laissé manquer de rien. Mes hommes y ontété bien traités et tous y font bombance, sauf Almoudo, mon interprète, qui, pendant toute la journée, n’a absolument mangé que les restes de mes repas, ce qui, pour un noir, est une faible pitance. Je lui demandai, bien entendu, les causes d’une semblable abstinence. Il me répondit que les N’Dao étaient ennemis nés de sa famille et qu’un Massassi de pouvait rien accepter d’eux. Je lui fis remarquer que, dans le cas présent, il n’avait aucune obligation envers les N’Dao de Coutia, puisque je payais tout ce qu’ils me donnaient pour nourrir mes hommes. Il me répondit que cela ne faisait rien et qu’un Massassi ne devait jamais rien manger de ce qu’aurait touché un N’Dao. Je n’insistai pas et je pus constater qu’il ne toucha à rien de ce qu’ils m’apportèrent. J’étais loin de supposer que la haine pût entrer aussi profondément dans le cœur d’un noir.

J’aurais passé à Coutia une excellente journée, si je n’avais eu pour voisin un tisserand. Il me fallut jusqu’à la nuit tombante supporter le grincement agaçant de son métier. Au Soudan, les tisserands forment une caste peu en honneur. Ce sont pourtant, en général, de bons travailleurs. Peut-être est-ce pour cela que leurs compatriotes ne leur accordent pas leur estime. Du matin au soir ils font activement marcher la navette et gagnent ainsi deux francs ou deux francs cinquante centimes par jour. Il faut voir avec quelle adresse ils font manœuvrer leurs métiers, cependant bien primitifs. Ces appareils sont surtout très étroits et ressemblent à ceux dont on se servait autrefois en Europe. Ils ne peuvent servir qu’à fabriquer des étoffes dont la largeur ne dépasse pas quinze à vingt centimètres. Ils mettent en œuvre du coton récolté dans le pays et qui a été préalablement filé par les ménagères. Le tissu ainsi obtenu est d’une solidité remarquable. En réunissant ensemble ces petites bandes d’étoffes, on peut en faire des vêtements et même des couvertures. Les boubous lomas et les couvertures de Ségou et du Macina sont particulièrement recherchés. Dans les régions de la Gambie et dans le Sud du Bambouck, ces petites bandes d’étoffes de coton servent de monnaie courante pour les échanges. L’unité est lepagne, qui équivaut à deux coudées au carré d’étoffes. Sa valeur est d’environ deux francs. Rarement les tisserands tissent la laine de leurs moutons. Il n’y a guère que dans le Nord de nos possessions soudaniennes, dans le Grand-Bélédougou,le Macina, le pays de Ségou, etc., que l’on peut trouver une sorte de manteau à capuchon que l’on peut facilement transformer en couverture et que les indigènes désignent sous le nom decassan. Cette étoffe est excessivement chaude et a le grand avantage de ne s’imprégner que difficilement d’humidité.

C’est dans un pays uniquement formé d’argiles alluvionnaires compactes que se déroule la route de Daouadi à Coutia. Nous avons affaire là aux mêmes terrains et à la même flore que dans le reste du Kalonkadougou. Aussi n’insisterons-nous pas plus longuement. Vers l’Est, le sol s’affaisse légèrement. Les cultures sont les mêmes et Coutia possède de beaux lougans de coton, de mil, d’arachides et quelques jardinets où l’on cultive courges, tomates, oseille, patates douces, etc., etc.

Le Coton.— Le cotonnier (Gossypium punctatumGuil. et Perrotet) de la famille des Malvacées, pousse d’une façon remarquable dans tout le bassin de la Gambie. Les indigènes, dans le Kalonkadougou, en font de superbes lougans, auxquels ils apportent un soin relativement attentif. Ces lougans sont généralement situés aux alentours du village, afin que les femmes et les enfants, auxquels incombe la cueillette, ne s’écartent et ne s’éloignent pas trop au moment de la récolte.

Le terrain est, au préalable, bien débarrassé de toutes les herbes qui pourraient entraver le bon développement du végétal. Quand elles sont sèches, on les réunit en tas et on les brûle. Les cendres sont répandues sur le sol et contribuent à le fertiliser. Puis, à l’aide de la pioche, on pratique des sillons distants les uns des autres d’environ quarante centimètres. La terre en est bien relevée en dôme et, quand tout est fini, on croirait que tout ce travail a été fait à la charrue.

C’est sur le point culminant de ces sillons que sont faits les semis. On pratique simplement à l’aide d’un morceau de bois, un trou de cinq à six centimètres de profondeur, dans lequel on introduit deux ou trois graines. Le coton lève deux semaines environ après avoir été semé. Il rapporte six ou sept mois après. Une plantation faite en juin fleurit vers la fin d’octobre et la récolte peut être faite en janvier ou février. Ce n’est guère que lorsque la capsule s’est ouverte et que les soies s’en échappent que l’on y procède. Ce travail peu pénible est fait par les femmes et les enfants.La cueillette terminée, le coton est étendu sur des nattes au soleil afin de le bien sécher et de le faire blanchir. Puis, les graines sont enlevées, séparées de la bourre. Celle-ci, si on ne l’emploie pas immédiatement, est placée dans des vases en terre, où elle est absolument à l’abri de l’humidité. A leurs moments perdus, le soir notamment dans les dernières heures du jour, les femmes le filent à l’aide de petits fuseaux analogues à ceux dont on se sert encore dans nos campagnes et fabriquent un fil très résistant avec lequel les tisserands tissent ces étoffes dont nous avons parlé plus haut.

De tout temps, les indigènes ont cultivé et utilisé le coton, et bien avant notre installation dans le pays, ils savaient en fabriquer des étoffes. Mais pour cela, comme pour tout le reste, ils font preuve de la plus grande imprévoyance et ne récoltent que ce qui leur est absolument nécessaire pour leurs besoins. La production, depuis que ces régions sont soumises à notre autorité, n’a pas augmenté d’un kilog. Il faut dire aussi que nous n’avons rien fait pour cela.

Le coton le plus commun en Gambie est le coton à courte soie (Gossypium punctatumG. et P.). Il est loin d’être aussi beau qu’on a bien voulu le dire. Si l’on ne regarde que la couleur, il est d’une blancheur éclatante. Mais il est peu souple, difficile à filer, et surtout le rendement en est peu considérable. En résumé, un coton de cette valeur n’est pas commercial en Europe. En 1827, on a bien tenté d’acclimater, au Sénégal, les espèces les plus estimées sur nos marchés. Successivement on y a cultivé les espècesindicumLk.,hirsutumL.,barbadenseL.,acuminatumRoxb. Mais aucune n’a donné de résultats satisfaisants. Les essais ont dû être abandonnés. Il en sera encore de même aujourd’hui. Seule, l’espèce indigène y réussira. Le climat, la nature du sol n’ont pas changé et ne permettront jamais aux cotons de qualité supérieure d’y prospérer. Bien plus, nous sommes intimement persuadé qu’ils y dégénèreront aussi bien que les autres végétaux que l’on a voulu y importer. Il serait bien plus logique d’améliorer par la culture celui qui y croît déjà que de tenter des expériences qui ne seront jamais, quoiqu’il arrive, rémunératrices.

Outre les espèces dont nous venons de parler, il en existe encore une autre diteGossypium intermediumTod. Peu abondante dans le bassin de la Gambie, elle est surtout cultivée au Sénégal et dans leGrand Bélédougou. Elle donne un coton plus grossier, de couleur jaune sale et dont les soies adhèrent fortement aux graines. Le tissu que l’on en obtient est plus grossier et de moins bonne qualité que le tissu que donne la première.

Les graines sont peu utilisées en dehors des semis. En Gambie, on en extrait parfois l’huile et l’on s’en sert dans la thérapeutique courante, surtout pour le pansement des plaies. En temps de disette, les indigènes mangent parfois les jeunes feuilles de coton sous forme de bouillie. On en fait également des cataplasmes très émollients, et elles servent à préparer des bains, souverains, disent-ils, contre les douleurs rhumatismales des extrémités.

Tigalo N’galoouNiébé gherté.— Il existe en abondance dans toute cette région une Légumineuse qui peut être considérée comme la plante qui forme la transition entre l’arachide (Arachis hypogæaL.) et le Haricot (Phaseolus vulgarisL.), avec lesquels elle a des caractères communs. Du reste, les indigènes lui ont donné un nom composé de ceux de ces deux plantes. Les peuplades de race Mandingue la nomment : Tigalo N’galo. Arachide en Malinké se ditTigoetTigasuivant les régions. N’galo est le nom d’un petit haricot très commun dans tout le Soudan. Les peuplades d’origine Peulhe la nommentNiébé-gherté. En PeulhNiébésignifie haricot etghertéarachides. Elle est très cultivée dans tout le Soudan et ses graines constituent un aliment recherché des indigènes et apprécié des Européens eux-mêmes. Le port de cette Légumineuse diffère de celui de l’arachide et rappellerait plutôt celui de nos petits haricots nains. On la sème au commencement de juin dans un terrain bien préparé et souvent aussi en bordure autour des lougans de mil, maïs et arachides. Elle demande une humidité assez prononcée et donne vers le commencement de novembre un fruit sec, indéhiscent. Si on en brise la coque, il s’en échappe une graine ronde d’une blancheur nacrée de la grosseur d’une noisette, dont elle a un peu la forme. Cette graine est munie d’une enveloppe épaisse dure, coriace et qui se détache à la cuisson. De blanche qu’elle était, elle prend une couleur violacée très prononcée et qui colore fortement le bouillon dans lequel on la fait cuire. Cette enveloppen’est pas comestible. On l’enlève dès qu’elle n’adhère plus aux cotylédons qui sont volumineux et très savoureux. Les indigènes mangent les Niébés-ghertés bouillis et, dans nos postes, on en fait de bonnes purées et d’excellents potages. Elle remplace avantageusement le haricot.

Patates douces.— La patate (Ipomœa BatatasPoir.), est très cultivée également, mais surtout dans les régions humides et bien arrosées. On en fait de beaux lougans dans le Sandougou, le Niani, le Kalonkadougou et à Mac-Carthy. Elle pousse très rapidement et ses ramifications souterraines prennent en peu de temps un développement si rapide qu’il est difficile d’en débarrasser le terrain où elle s’est implantée. Les indigènes la plantent de deux façons : ou bien par boutures ou bien encore par une méthode mixte qui consiste à faire germer en terre des tubercules sur lesquels on prend ensuite des boutures que l’on pique à environ soixante centimètres les unes des autres. En peu de temps, elles émettent en tout sens des rameaux qui rampent sur le sol où ils s’implantent par des racines adventives multiples. Au bout de deux ou trois mois, il se forme au pied de la plante des tubercules farineux qui grossissent pendant toute la saison des pluies et que l’on récolte au début de la saison sèche, quand les feuilles commencent à jaunir. La sécheresse est préjudiciable à la patate, aussi ne la cultive-t-on que pendant l’hivernage.

Il en existe un grand nombre de variétés qui ne diffèrent, du reste, entre elles, que par la forme et la couleur. Il en est de longues et de rondes ou plutôt ovoïdes. Les unes sont blanches, les autres jaunâtres, d’autres enfin légèrement rosées. Ces dernières sont d’ailleurs d’une qualité supérieure. Le goût de la patate rappelle un peu celui de la pomme de terre ; mais il est plus sucré. De plus, sa chair est parsemée de nombreux filaments désagréables quand on la mange. Les indigènes la font bouillir ou cuire sous la cendre. Les Européens en font de bonnes fritures, d’excellents potages et de succulentes purées. Cuites dans un sirop de sucre, elle sert à confectionner un entremêt dont le goût rappelle celui du marron glacé.

Les feuilles constituent un excellent fourrage pour les animaux. La patate se conserve peu de temps pendant la saison sèche. Elle est attaquée par les insectes et pourrit rapidement.

Le Kalonkadougou. — Limites-frontières. — Description géographique. — Aspect général. — Constitution géologique du sol. — Flore. — Productions du sol. — Cultures. — Faune. — Animaux domestiques. — Populations. — Ethnographie. — Situation et organisation politiques actuelles. — Rapports avec les autorités françaises. — Conclusions.

On désigne sous le nom de Kalonkadougou un pays vaste, peu peuplé en raison de son étendue, et dont les limites géographiques sont peu nettes et mal déterminées. Il est compris à peu près entre les 13° 40′ et 14° 50′ de latitude Nord et les 16° 20′ et 17° de longitude à l’Ouest du méridien de Paris.

Il confine au Nord au Ferlo-Fouta et au Fouta-Toro, à l’Ouest au Niani, au Sud au Niani, Sandougou et Ouli, et enfin, à l’est au Ferlo-Bondou. Il est séparé de ces différents pays, notamment du Fouta-Toro au Nord et du Ferlo-Bondou à l’Est, par d’immenses plaines désertes, inondées pendant l’hivernage et qui constituent pour lui les meilleures frontières. Il en est de même à l’Ouest et au Sud, mais là ces espaces ne dépassent pas 40 ou 50 kilomètres au plus, néanmoins ils suffisent à établir une séparation assez tranchée pour qu’il n’y ait pas de contestations avec les pays voisins.

Description géographique : Aspect général.— Le Kalonkadougou est un pays plat, par excellence. C’est à peine si le sol est vallonné en quelques rares endroits. Pas le moindre marigot, de ce fait, que le terrain y est plus élevé que le niveau des plus hautes eaux de la Gambie. A peine quelques collines peu élevées aux environs de Goundiourou et de Daouadi. Partout des plaines nues et brûlées où pousse une herbe pauvre et rabougrie. Pas de forêts. Les arbres y sont clairsemés et la haute futaie y est absolument inconnue. Par contre, des arbres aux formes contournées, bizarres, véritables rachitiques qui n’ont pu se développer normalement dans ce sol ingrat et pauvre.

Constitution géologique du sol.— Le Kalonkadougou peut être, au point de vue géologique, considéré comme un vaste plateau formé d’argiles alluvionnaires compactes. Il fait partie de cetensemble d’alluvions anciennes qui comprend le Ferlo, le Bondou, la partie Nord du Niani et la plus grande partie du Fouta-Toro. Par-ci par-là, nous voyons bien émerger quelques rares îlots de latérite, mais la plus grande partie du sous-sol est uniquement formée de terrain ardoisier.

Il est facile de voir comment se modifie, d’une façon sensible, la nature du terrain à mesure que l’on s’élève dans le Nord. Sur les rives de la Gambie, nous sommes en présence de marécages et de terrains d’alluvions récentes. A mesure que l’on s’avance dans le Nord, le sol s’élève d’une façon sensible. Les alluvions récentes disparaissent pour faire place d’abord à une étroite bande de latérite à peu près au niveau de Kountata. Çà et là émergent quelques roches ferrugineuses. Enfin, aux environs de Goundiourou, la latérite disparaît complètement et on ne trouve plus que des argiles. Nous sommes là sur le plateau proprement dit du Kalonkadougou. D’après ce qui précède, on ne saurait mieux le comparer qu’à un mamelon dont le terrain est formé d’argiles alluvionnaires, mais dont les flancs sont recouverts par une couche peu épaisse de latérite.

Il résulte évidemment de cette disposition toute particulière du sol que le Kalonkadougou ne doit posséder ni marigot ni cours d’eau. Les habitants ne se servent que de l’eau des puits, qui sont excessivement profonds et qui atteignent, en certains endroits, jusqu’à cinquante mètres de profondeur. Grâce à ces puits, nous avons pu nous rendre un compte exact de la nature du sol et de la superposition des différentes couches géologiques. Nous en avons examiné attentivement un grand nombre et nous avons constaté partout une même disposition invariable. La nappe d’eau souterraine se trouve à une profondeur variant de 45 à 50 mètres. Elle est séparée de la surface du sol : 1opar une couche peu épaisse de sables produits par la désagrégation de l’argile ; 2oargiles compactes (3 ou 4 mètres d’épaisseur) ; 3oterrain ardoisier (couche très épaisse) ; 4ocouche de sables non constante et enfin la masse aqueuse reposant sur un lit très épais d’argiles compactes. L’eau est très abondante et de bonne qualité. Cela n’est pas étonnant, car elle est une eau d’infiltration, et elle a filtré à travers les sables de la couche inférieure. Telle est, dans son ensemble, la constitution géologique du sol du Kalonkadougou. C’est, à peu de chose près, du reste, celle de toutes les steppes Soudaniennes.

Flore.—Productions du sol.—Cultures.— De la constitution géologique que nous venons d’esquisser, nous pouvons facilement déduire ce que doit être la flore de ce pays et quelles sont les productions du sol. Dans son ensemble, la flore est excessivement pauvre. Cela se comprendra aisément, car l’humus fait partout presque absolument défaut. A mesure que nous nous avançons dans le Nord, nous voyons disparaître les belles essences que l’on remarque dans les terrains d’alluvions récentes des bords de la Gambie. Les Sterculiacées, N’tabas et autres, les Légumineuses gigantesques disparaissent peu à peu pour faire place aux Mimosées et à une végétation maigre et pauvre. On dirait que le sol n’a pas la force de nourrir la plante. Plus de Nétés, plus de Caïl-Cédrats et, à la place, des Mimosas et des Acacias de toutes sortes aux dards acérés. La brousse elle-même est profondément modifiée. Ce ne sont plus ces excellents fourrages que l’on rencontre dans les terrains dont la latérite forme l’élément principal ; mais de gigantesques Joncées et Cypéracées qui ont poussé par touffes épaisses pendant l’hivernage et qui ont prospéré pendant tout le temps que le sol a été couvert par les eaux que les argiles n’absorbent pas. Plus de ces lianes énormes que l’on rencontre sur les bords des marigots du Sandougou et du Niani ; mais seulement quelques rares échantillons de lianes qui ont peine à vivre et à se développer dans un terrain qui, pendant sept mois de l’année, ne peut leur donner la nourriture dont elles ont besoin pour vivre.

On comprendra aisément que les productions du sol et les cultures soient peu variées. Ce sont des productions de terrains pauvres en humus. Pas de riz. Il n’y a pas d’eau. Le mil est la principale culture et encore sont-ce surtout les variétés désignées sous les noms deBaciba,Guessékélé,Sanioqui sont particulièrement cultivées ; sans doute, parce qu’elles n’ont pas besoin pour prospérer de terres fortes. Avec le mil, du maïs, des haricots, oseille, arachides, patates, calebasses, courges, tomates et tabac. Voilà à peu près tout. Quant aux procédés de culture, ils ne diffèrent pas de ceux employés dans tout le Soudan.

Faune.—Animaux domestiques.— La faune est la même que dans les autres pays du Soudan. Les animaux sauvages y sont rares cependant. Citons : biches, antilopes, gazelles, girafes dansla partie Nord. Quelques sangliers dans le Sud. Parmi les animaux nuisibles : hyènes, chacals, panthères, guépards. Peu ou point de serpents. Enfin, une grande variété d’oiseaux de toutes sortes : perdrix, cailles de Barbarie, outardes, pigeons, tourterelles, oiseaux aux plumages variés et aux brillantes couleurs qui sont chassés pendant l’hivernage, par des chasseurs spéciaux et sont l’objet d’un petit commerce dont Bathurst surtout a le monopole.

Parmi les animaux domestiques, nous citerons, en première ligne, le bœuf. Il est élevé par les Peulhs surtout. Les Malinkés n’en élèvent pas. La taille est petite ; mais sa chair est savoureuse et les vaches donnent un lait très riche en matières grasses et d’excellente qualité. Par contre, si le Malinké n’élève pas de bœufs, il élève en quantité poulets, chèvres et moutons. Tout cela ne vaut pas cher comme viande de boucherie. Les chats sont peu nombreux ; les chiens, au contraire, pullulent. Ils sont chargés de la voirie, dans les villages.

Populations.—Ethnographie.— On trouve trois races dans le Kalonkadougou : 1oMalinkés, 2oPeulhs, 3oOuolofs.

1oMalinkés.— Les Malinkés sont maîtres du pays par le droit de premiers occupants. D’après les renseignements que nous avons pu recueillir, tout porte à croire qu’ils sont venus des bords de la Falémé, chassés par la guerre continuelle que leur faisaient les Almamys du Bondou. Nous les avons trouvés là tels que nous les avons vus partout, dans le Bambouck, le Manding, le Ouli, etc., etc... Voleurs, menteurs, ivrognes, ils sont d’une saleté repoussante et couverts de vermine. Là, comme ailleurs, le Malinké ne rêve qu’une seule chose, avoir assez de captifs pour faire ses lougans et ne pas travailler lui-même. Aussi, je ne crois pas exagérer en disant que, dans ce pays, la moitié de la population est captive de l’autre moitié et réciproquement. Leurs villages sont d’une malpropreté révoltante. Ils tombent littéralement en ruines, et cela, par défaut de soins et d’entretien. Une case menace-t-elle ruines, son chapeau est-il en mauvais état, on se gardera bien de les réparer. On construira plutôt une case neuve à côté de la première. Presque tous les villages Malinkés du Kalonkadougou sont entourés par les ruines de leurs anciens tatas. Les villages n’ayant plus, depuis notre protectorat, àredouter les attaques du voisin, on n’a plus entretenu le tata, devenu inutile. Celui qui entoure à l’intérieur les cases du chef est encore en assez bon état. Dans quelques villages, les parties écroulées du tata sont remplacées par un sagné. Mais tout cela est bien mal fait et bien insuffisant. On accède, en général, au village par une route étroite bordée de pieux de chaque côté formant une palissade derrière laquelle se trouvent les jardins du village. Toutes ces routes forment autour des habitations une sorte d’enchevêtrement qui peut en rendre l’attaque difficile pour des Noirs.

Le plus grand bonheur du Malinké du Kalonkadougou est de s’enivrer et de rester des journées entières sous l’arbre à palabres à causer et à priser, ou plutôt à chiquer des prises de tabac qu’ils se placent sur la langue à l’aide d’une sorte de petite cuiller en cuivre. Les femmes les placent entre la lèvre et l’arcade dentaire inférieures. Quant à la femme, comme dans tous les pays nègres, elle ne compte pas. C’est la bête de somme de la case.

2oPeulhs.— Les Peulhs du Kalonkadougou présentent absolument les mêmes caractères que ceux des autres pays du Soudan. Ils sont nomades, ne font jamais de villages définitifs et sont grands cultivateurs et grands éleveurs de bestiaux. C’est la richesse du pays où ils se trouvent. On connaît le Peulh, nous n’en ferons pas une nouvelle description, nous nous contenterons de signaler ses traits distinctifs. Grand généralement, élancé, bien fait, son visage ne présente aucun des attributs de celui du nègre. Les lèvres sont minces, le nez aquilin, le visage régulier. Sa couleur est plutôt jaune que noire. La femme est réellement femme et ne présente aucun des traits masculins qui sont le propre de la négresse. Les attaches sont fines, les extrémités petites et tout, dans son individu, révèle qu’elle occupe dans l’échelle des êtres un rang plus élevé que la négresse. Elle a le même rang qu’elle, par exemple, dans la société Peulhe. Le Peulh est d’une saleté repoussante et, de loin, on le reconnaît facilement à l’odeur toute particulière qu’exhale sa dégoûtante personne. Cette odeur est due à ce qu’ils ont l’habitude de s’enduire les cheveux et le corps de beurre et beaucoup aussi à ce qu’ils ignorent que l’eau sert aussi bien pour se laver que pour se désaltérer.

Les Peulhs forment, en général, des villages de peu d’importance. Ils construisent deux ou trois cases, au plus, séparées les unes des autres par des lougans. Chaque chef de case vit séparé des autres avec sa famille. Tout est provisoire chez eux, et ils sont toujours prêts à partir. Aussi leurs habitations sont-elles des plus rudimentaires et construites uniquement et complètement en paille.

Les Peulhs du Kalonkadougou sont des émigrés du Fouladougou. Ils ont quitté leur pays depuis quelques années déjà pour fuir les exactions de Moussa-Molo et de sa famille.

A l’encontre de leurs congénères du Kaarta, du Macina et du Fouta-Djallon, les Peulhs du Kalonkadougou sont des ivrognes fieffés, et la plus grande partie de leurs récoltes sont échangées, dans les factoreries de la Gambie, contre du gin ou de l’alcool frelaté.

Le Peulh est, dans le Kalonkadougou, ce qu’il est dans les autres pays où nous le rencontrons, la bonne vache à lait des maîtres du pays. Le Malinké ne se contente pas de lui faire payer l’impôt, mais encore il le pressure à chaque instant de telle façon que ceux-ci, exaspérés, parlent d’émigrer à nouveau et de retourner dans le Fouladougou. Il faut dire toutefois que, sous ce rapport, je n’ai pas entendu, dans le Kalonkadougou, des plaintes aussi vives que dans le Ouli.

Outre ces Peulhs nomades, il en est d’autres qui sont installés depuis fort longtemps dans le pays, mais toujours d’une façon toute provisoire. Ils se sont attachés aux Malinkés du pays, qui leur ont jadis donné l’hospitalité, et ceux-ci ne les tourmentent pas. L’impôt payé (le dixième de la récolte), ils ne réclament plus rien. Ces Peulhs sont, avec les Ouolofs, les grands cultivateurs du pays. Leurs lougans sont immenses et toujours fort bien entretenus.

3oOuolofs.— Les villages ouolofs du Kalonkadougou sont peu nombreux. On sera étonné peut-être de les voir établis si loin de leurs lieux d’origine. Parmi eux, les uns sont venus du Bondou pour fuir l’etat de guerre perpétuelle qui y régna du temps des Almamys, et surtout pour se soustraire à leurs exactions. Les autres sont venus du Saloum, chassés par l’arbitraire des chefs du pays. Ce sont des gens calmes, paisibles, qui cultivent leurs vastes lougans, élèvent leurs bestiaux et ne s’occupent nullement des affairespolitiques. Ils payent l’impôt au chef Malinké dont ils dépendent et qui les a reçus sur son territoire. Ils jouissent d’une indépendance et d’une liberté absolues.

Leurs villages sont un peu comme les villages Peulhs. Tout y est provisoire. Le Ouolof, du reste, ne construit pas en terre, et ses cases sont, en général, en paille. Elles sont construites soit avec des tiges de maïs, de mil, de bambou, ou simplement en chaume de Joncées et de Cypéracées. Les tiges sont placées de façon à être absolument jointives ; mais, malgré le soin qu’ils y apportent, elles laissent filtrer le soleil de partout, et la pluie y pénètre aisément. Parfois ils appliquent à l’extérieur une sorte de revêtement en argile, mais le cas est rare. Le chapeau est en chaume et fait généralement avec grand soin. Les cases sont rondes. Autre chose est le Ouolof, suivant qu’on le voit dans un des centres civilisés de notre colonie ou dans l’intérieur. Là, il est policé, civilisé. Ici, c’est absolument le nègre de la brousse. Les villages sont mal entretenus, sales, dégoûtants et lui-même ne le cède en rien au Peulh et au Malinké en malpropreté. Malgré cela, il est de beaucoup plus intelligent que les autres peuples du Soudan, et n’est pas rebelle comme le Malinké à tout progrès. Ses lougans sont avec ceux des Peulhs les plus riches du pays et les plus étendus. De plus, il élève force bestiaux, chose que n’a jamais su faire un Malinké.

C’est un fait que j’ai remarqué depuis longtemps, à savoir que moins un village possédait de captifs, et plus il cultivait. Ainsi le Peulh et le Ouolof n’ont que peu ou pas de captifs et ce sont eux qui possèdent les plus riches cultures et les mieux faites. Cela tient uniquement à ce qu’ils font tout par eux-mêmes.

Outre les Malinkés, Peulhs et Ouolofs dont nous venons de parler, il existe encore dans le Kalonkadougou un village,Cissé-Counda, qui est habité par des Malinkés marabouts. Ils vivent là absolument indépendants, ne payant l’impôt à aucun des chefs Malinkés et ne reconnaissent en rien leur suprématie. Ils sont, du reste, en fort bonne intelligence avec leurs voisins. Marabouts fanatiques, comme le sont tous les convertis à l’Islamisme, ils se contentent de faire leurs lougans et n’ont jamais avec leurs voisins que des relations de bon voisinage.

Telle est la population du Kalonkadougou. Les Malinkés et les Peulhs ne sont pas musulmans. Les Ouolofs pratiquent, au contraire, la religion du prophète, mais ils sont, en général, assez tièdes. Ouolofs, Malinkés, Peulhs et Marabouts de Cissé-Counda forment une population dont le total peut être estimé à environ 8.000 individus.

Situation et organisation politiques actuelles.—Rapports du Kalonkadougou avec les autorités françaises.— Comme nous l’avons dit plus haut, le pouvoir territorial et politique est, dans le Kalonkadougou, entre les mains des Malinkés. Il y est partagé entre deux familles également puissantes, les Camara et les N’Dao. Leur autorité est à peu près égale, et ils se partagent également le territoire. Les Camara sont à l’Ouest et les N’Dao à l’Est. Les chefs de ces pays portent le nom deMassa, auquel on ajoute celui du village où ils résident. Ainsi on dit :Massa-Diambour, pour le chef des Camara etMassa-Coutiapour le chef des N’Dao. Ces chefs ne sont chefs que de nom car ils n’ont jamais été obéis par aucun de leurs sujets. Ce sont plutôt des juges : ils tranchent les différends qui peuvent survenir entre les particuliers et même entre les villages. A ce sujet le chef de Diambour aurait sur celui de Coutia une certaine suprématie, à telles enseignes, que si Massa-Coutia avait un différend, ce serait à Massa-Diambour qu’il devrait en appeler. Quoiqu’il en soit, ces deux chefs vivent absolument indépendants l’un de l’autre et on peut dire qu’il règne entre les deux familles une sorte d’hostilité jalouse.

Nous pouvons donc dire que, dans le Kalonkadougou, il n’y a aucune autorité réellement constituée. Chaque village est, pour ainsi dire, indépendant, et même dans les villages, les chefs eux-mêmes ne sont pas obéis. De plus, les captifs y tendent chaque jour davantage à s’affranchir de la domination de leurs maîtres.

Le nombre des villages qui appartiennent à chaque famille est à peu près le même des deux côtés ; mais, si l’on considère la surface en terrains cultivés, les N’Dao l’emportent de beaucoup et cela grâce à ce qu’ils ont dans leur sphère plus de villages Ouolofs et Peulhs que les Camaras. Nous donnons ci-dessous la liste des villages qui appartiennent à chaque famille.

Ce n’est que depuis 1886 que le Kalonkadougou a été placé sous notre protectorat par Monsieur le colonel Galliéni, commandant supérieur du Soudan français. Il fut alors visité une première fois par M. Liotard, pharmacien de deuxième classe de la Marine. Mais, en réalité, ce n’est que depuis 1889 que notre protectorat se fait sentir efficacement dans ce pays. Jusqu’à cette époque le Kalonkadougou n’était qu’un véritable repaire de bandits et de voleurs. Le vol et le pillage sont, on le sait, deux penchants favoris des Malinkés. Un dioula ne pouvait s’aventurer dans le pays sans être au moins mis à rançon, souvent complètement dépouillé et bien heureux lorsqu’il s’en tirait sans recevoir des coups. Les Peulhs eux-mêmes se mettaient de la partie et allaient en expéditions régulières enlever les bœufs des villages des pays voisins. Un semblable état de choses ne pouvait durer. Aussi en 1889, M. lecapitaine Briquelot de l’infanterie de marine fut-il chargé de mettre tout ce monde-là à la raison. Des exemples furent faits, on désarma le pays. Tous les fusils furent brisés, on prit des otages et on infligea de justes amendes aux pillards. Une action aussi énergique ne devait pas tarder à porter ses fruits. En effet, le calme et la sécurité sont revenus dans le pays et les transactions commerciales peuvent s’y faire maintenant en toute liberté pour les marchands qui s’aventurent dans ces tristes régions.

Au point de vue administratif, politique et judiciaire, le Kalonkadougou relevait autrefois du commandant du cercle de Bakel, auquel devaient être soumises toutes les questions qui pouvaient intéresser le pays et ses habitants. Mais depuis les dernières dispositions prises par le gouvernement, le Kalonkadougou fait partie de la zone de terrain qui a été placée sous l’autorité du gouverneur du Sénégal.

Conclusions.— De tout ce que nous venons de dire, nous pouvons conclure que le Kalonkadougou n’est certes pas un pays d’avenir, mais qu’il serait facile d’augmenter sa production dans une notable mesure. Il suffirait pour cela d’y attirer le plus possible de Peulhs et de Ouolofs ; ce sont les grands producteurs du pays. De plus, il nous faut rendre aux chefs leur autorité et favoriser autant que possible l’émancipation des captifs. Réduits à leurs propres ressources, les Malinkés se mettront au travail et la production en sera augmentée d’autant. Il est urgent surtout d’y régler, d’une façon définitive, les questions de redevances et impôts à payer aux chefs, afin que ceux-ci, n’ayant plus une trop grande latitude, ne soient plus tentés de pressurer leurs sujets ; tenir enfin la main à ce que bonne et prompte justice y soit toujours rendue. Il serait bon enfin que, chaque année, un fonctionnaire quelconque, muni des pouvoirs nécessaires, visitât le pays et réglât sur place les affaires en litige. En agissant ainsi, nous croyons que notre protectorat sera réellement effectif et que le pays pourra se développer plus qu’il ne l’a fait jusqu’à ce jour. Nous ne parlerons pas ici des améliorations qu’il y aurait à apporter au mode de culture employé ; cela nous entraînerait trop loin et nous ferait dépasser le but que nous nous sommes proposé.

Départ de Coutia. — Kalibiron. — Diabaké. — Paquira. — Arrivée à Koussanar. — Description de la route de Coutia à Koussanar. — Géologie. — Botanique. — Cultures. — Koussanar. — Aspect du village. — Nombreuses variétés d’acacias. — Beaux jardins de tabac. — De Koussanar à Goundiourou. — Coumbidian. — Ahmady-Faali-Counda. — Description de la route suivie. — Goundiourou. — Remarquable propreté du village. — Nombreuses visites. — Belles plantations de haricots. — De Goundiourou à Sini. — Siouoro. — Massara vient à mon avance. — Arrivée à Sini. — Cordiale réception. — Description de la route de Goundiourou à Sini. — Géologie. — Botanique. — Départ de Sini. — Arrivée à Nétéboulou. — Séjour à Nétéboulou. — Grands préparatifs. — Organisation d’un convoi pour Kayes. — Pas de courrier. — Un voyage extraordinaire. — Étrange superstition. — Le génie du foyer. — Départ de Nétéboulou. — Arrivée à Passamassi. — Belle réception. — Belle case. — Description de la route de Nétéboulou à Passamassi. — Belles plantations d’indigo. — De Passamassi à Son-Counda. — Yabouteguenda. — Le traitant Niamé-Lamine. — Passage de la Gambie. — Les caïmans. — Arrivée à Son-Counda. — Description de la route de Passamassi à Son-Counda. — Nous sommes dans le Kantora. — Le vieux chef du pays. — Aspect du village. — Courges. — Calebasses. — Gombos. — Je me dispose à partir pour Damentan.

6 décembre 1891.— Je passai à Coutia une excellente nuit. Le vent de Nord-Est commence à se faire sentir un peu, et c’est à cela que j’attribue la notable amélioration qui s’est produite dans mon état depuis mon départ de Diambour. Je réveille tout mon monde à quatre heures du matin et, à cinq heures, nous nous mettons en route pour Koussanar, où j’avais décidé d’aller camper ce jour-là. Nous marchons d’une bonne allure pour nous réchauffer, car le vent a subitement sauté au Nord-Ouest, et il fait une brise relativement froide. Je constate douze degrés à mon thermomètre, en pleine campagne. A deux kilomètres et demi de Coutia, nous traversons, sans nous y arrêter, le petit village deKalibiron. Il dépend de Coutia, et sa population, qui peut s’élever à 150 habitants environ, est uniquement composée de Malinkés de la famille des N’Dao, il ne présente rien de particulier. On y remarque encore les derniers vestiges d’un sagné rudimentaire. Nous avons réveillé les habitants,quelques têtes se montrent au-dessus des tapades et nous regardent d’un air ahuri. Deux heures après, nous sommes àDiabaké, village Ouolof de 350 habitants. Il est construit sur le modèle des villages Toucouleurs, c’est-à-dire que les cases de chaque chef de famille sont fort espacées les unes des autres et séparées par des lougans de mil et de petits jardins ; seules, les cases du chef de village sont entourées d’un rudiment de sagné. Ces Ouolofs, venus du Bondou, s’adonnent à la culture et à l’élevage. Ils possèdent les plus beaux lougans que j’ai vus et un beau troupeau de deux cents têtes de bétail environ. Diabaké est considéré comme le grenier de toute cette région.

A neuf heures quarante-cinq, nous traversons sans nous y arrêter le petit village Ouolof dePaquira, dont la population s’élève à environ deux cents habitants. Il est construit en paille et absolument ouvert. Là, nous quittons le Kalonkadougou et entrons dans le Ouli. La chaleur devient très forte et c’est avec plaisir qu’à onze heures cinq minutes, après avoir fait une étape de près de 28 kilomètres, nous arrivons enfin à Koussanar, où nous allons passer la journée.

Un peu avant d’arriver à Paquira nous avions trouvé sur la route une captive qui, pendant la nuit, s’était enfuie de Coutia parce que, disait-elle, son maître la frappait, elle venait me demander protection. Fidèle à la ligne de conduite que je m’étais imposée dès le début de mon voyage, je l’emmenai avec moi et la confiai aux hommes de son village qui m’avaient accompagné et qui devaient retourner chez eux le lendemain. Je les chargeai de la remettre entre les mains de son propriétaire. Je n’ai pas besoin de dire que pendant tout le trajet entre Paquira et Koussanar un de mes hommes, celui qui portait le colis le plus lourd, lui plaça sa charge sur la tête. Il n’y avait rien à dire, c’était une captive et mon porteur était un homme libre. D’ailleurs, c’était « manière noire » et il eût été inopportun de faire du sentiment en cette circonstance.

De Coutia à Koussanar, la route suit une direction Sud-Sud-Est. Tout d’abord, jusqu’à Diabaké rien à signaler de particulier. La nature du terrain n’a pas changé, ce sont toujours les argiles compactes signalées précédemment. La flore a également peu varié, ce sont toujours les mêmes essences, et les légumineusesmimosées sont en majorité. A six kilomètres de Coutia, on laisse sur la droite la mare deBambi, sorte de cuvette rocheuse de 150 mètres de long sur 100 mètres de large et 1 mètre 50 de profondeur. Les roches qui la forment sont des grès de la période secondaire.

Peu à peu en approchant de Diabaké, nous voyons apparaître de nouveau la latérite. En quittant le village qui est encore construit sur un plateau d’argiles, la route suit une vallée de huit cents mètres de largeur dont le terrain est uniquement formé de latérite. De chaque côté ce ne sont que des argiles. Aussi les indigènes ont-ils mis à profit pour leur culture cet excellent terrain. De Diabaké à Koussanar, c’est une suite de beaux lougans de mil interrompus seulement entre Diabaké et Paquira par une forêt de beaux bambous de quatre kilomètres environ de longueur. A deux kilomètres de Paquira, la route quitte la vallée pour conduire au village qui est situé sur une petite colline à gauche ; mais elle la suit de nouveau à un kilomètre de Paquira et cela jusqu’à Koussanar.

La flore, depuis Diabaké, s’est sensiblement modifiée, et nous commençons à retrouver les essences que nous signalions dans le Sud, dans le Ouli et le Sandougou. A noter quelques beaux nétés et caïl-cédrats. Les lianes apparaissent de nouveau ; mais elles sont encore bien maigres. La brousse change également d’aspect à mesure que nous avançons dans le Sud. Les cypéracées deviennent de plus en plus rares et les graminées commencent à prendre un plus grand développement.

Koussanar, où nous faisons étape ce jour-là, est un village Malinké de 250 habitants environ. C’est le village Malinké dans tout ce qu’il y a de sale, puant et repoussant. Il est situé sur le sommet d’une petite éminence qui domine la fertile vallée dont nous avons parlé plus haut, et au pied de laquelle passe la branche la plus septentrionale du Sandougou. Il est entouré d’un tata de faible épaisseur dont la hauteur est d’environ trois mètres et qui ne tombe pas trop en ruines. Par contre, les cases du village ne sont absolument que des amas de décombres. On ne saurait se faire une idée d’une pareille décrépitude. Je fus bien reçu à Koussanar et on me logea dans une case à peu près convenable, la seule du village qui fût présentable. Elle était située sur la place principale, à l’ombre de deux magnifiques fromagers.

Le chef est un homme relativement jeune, mais absolument abruti par l’abus des liqueurs fermentées. Pendant les quelques heures que j’ai été son hôte, je n’ai pu en tirer aucun renseignement utile.

La famille des Légumineuses Mimosées est abondamment représentée dans les environs de Koussanar et on y trouve une grande variété d’Acacias. Outre les Acacias à gomme, dont nous avons parlé plus haut, on y trouve encore legonakié(Acacia AdansoniiG. et P. ouastringensCunning), dont le bois est très dur, très fin, et se conserve longtemps. Il est difficile à travailler à sec. A Kayes, c’est de ce bois dont on se sert pour fabriquer les membrures des chalands de la flottille du Haut-Sénégal. On a tenté également de l’utiliser pour fabriquer des traverses de chemin de fer ; mais il est attaqué par les termites aussi bien que les autres essences. De plus, certains insectes l’affectionnent particulièrement et le rongent rapidement. Aussi ne l’emploie-t-on que fort peu dans les constructions. Par contre, il possède la propriété de durcir dans l’eau et de ne s’y corrompre que lentement. On pourrait alors s’en servir avec avantage pour la construction des pilotis. Il donne une gomme rouge, ditegomme de gonakié, qui est peu estimée dans le commerce.

LeKhadd(Acacia albicansKunth) y est très commun. Son bois est très dur, à grains fins et serrés. Il donne une gomme de couleur foncée de mauvaise qualité et qu’on ne récolte même pas. Les indigènes se servent de ses tiges pour fabriquer des manches de pioches et de haches, qui ont le grand défaut de se briser trop facilement.

Citons encore leSouroure(Acaciaspecies), relativement peu commun et qui sert surtout au Sénégal pour la menuiserie fine. Son bois est d’une belle couleur jaunâtre ; il est moins dur que le gonakié et se laisse plus facilement travailler.

Autour du village de Koussanar et sur les rives du Sandougou se trouvent de belles plantations de tabac. Les indigènes y apportent un soin tout particulier.

La variété de tabac qui est cultivée au Soudan est laNicotiane rustiqueoutabac à feuilles rondes(Nicotiana rusticaL.). Il diffère sensiblement duNicotiana TabacumL. C’est une plante glutineuse et velue, dont les feuilles sont ovales-obtuses, pétiolées. Les fleurs sont en cymes paniculées denses. La corolle, d’un vert jaunâtre, est à tube court et velu. Son fruit est une capsule arrondie. De toutesles solanées, c’est la plus commune au Soudan et celle qui est cultivée avec le plus de soin. Elle croît surtout à merveille dans les terrains riches en humus et aime un climat chaud et humide. On conçoit dès lors qu’elle prospère d’une façon remarquable dans toute la Haute-Gambie.


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