Toutes nos idées sur les femmes nous viennent en France du catéchisme de trois sous; et ce qu'il y a de plaisant, c'est que beaucoup de gens qui n'admettraient pas l'autorité de ce livre pour régler une affaire de cinquante francs, la suivent à la lettre et stupidement pour l'objet qui, dans l'état de vanité des habitudes duXIXesiècle, importe peut-être le plus à leur bonheur.
Il ne faut pas de divorce parce que le mariage est unmystère, et quel mystère? l'emblème de l'union de Jésus-Christ avec son église. Et que devenait ce mystère si l'Églisese fût trouvée un nom du genre masculin[196]? Mais quittons des préjugés qui tombent[197], observons seulement ce spectacle singulier, la racine de l'arbre a été sapée par la hache du ridicule; mais les branches continuent à fleurir. Pour revenir à l'observation des faits et de leurs conséquences:
[196]Tu es Petrus, et super hanc petramÆdificabo Ecclesiam meam.(Voir M. de Potter,Histoire de l'Église.)
[196]
Tu es Petrus, et super hanc petramÆdificabo Ecclesiam meam.
Tu es Petrus, et super hanc petram
Ædificabo Ecclesiam meam.
(Voir M. de Potter,Histoire de l'Église.)
[197]La religion est une affaire entre chaque homme et la Divinité. De quel droit venez-vous vous placer entre mon Dieu et moi? Je ne prends de procureur fondé par le contrat social que pour les choses que je ne puis pas faire moi-même.Pourquoi un Français ne payerait-il pas son p*** comme son boulanger? Si nous avons du bon pain à Paris, c'est que l'État ne s'est pas encore avisé de déclarer gratuite la fourniture du pain et de mettre tous les boulangers à la charge du trésor.Aux États-Unis, chacun paye son prêtre, ces messieurs sont obligés d'avoir du mérite, et mon voisin ne s'avise pas de mettre son bonheur à m'imposer son prêtre (Lettre de Birkbeck).Que sera-ce si j'ai la conviction, comme nos p…s, que mon prêtre est l'allié intime de mon é…? Donc, à moins d'un Luther, il n'y aura plus de catholicisme en F… en 1850. Cette religion ne pouvait être sauvée, en 1820, que par M. Grégoire: voyez comme on le traite.
[197]La religion est une affaire entre chaque homme et la Divinité. De quel droit venez-vous vous placer entre mon Dieu et moi? Je ne prends de procureur fondé par le contrat social que pour les choses que je ne puis pas faire moi-même.
Pourquoi un Français ne payerait-il pas son p*** comme son boulanger? Si nous avons du bon pain à Paris, c'est que l'État ne s'est pas encore avisé de déclarer gratuite la fourniture du pain et de mettre tous les boulangers à la charge du trésor.
Aux États-Unis, chacun paye son prêtre, ces messieurs sont obligés d'avoir du mérite, et mon voisin ne s'avise pas de mettre son bonheur à m'imposer son prêtre (Lettre de Birkbeck).
Que sera-ce si j'ai la conviction, comme nos p…s, que mon prêtre est l'allié intime de mon é…? Donc, à moins d'un Luther, il n'y aura plus de catholicisme en F… en 1850. Cette religion ne pouvait être sauvée, en 1820, que par M. Grégoire: voyez comme on le traite.
Dans les deux sexes, c'est de la manière dont on a employé la jeunesse que dépend le sort de l'extrême vieillesse; cela est vrai de meilleure heure pour les femmes. Comment une femme de quarante-cinq ans est-elle reçue dans le monde? d'une manière sévère et plutôt inférieure à son mérite; on les flatte à vingt ans, on les abandonne à quarante.
Une femme de quarante-cinq ans n'a d'importance que par ses enfants ou son amant.
Une mère qui excelle dans les beaux-arts ne peut communiquer son talent à son fils que dans le cas extrêmement rare où ce fils a reçu de la nature précisément l'âme de ce talent. Une mère qui a l'esprit cultivé donnera à son jeune fils une idée, non seulement de tous les talents purement agréables, mais encore de tous les talents utiles à l'homme en société, et il pourra choisir. La barbarie des Turcs tient en grande partie à l'état d'abrutissement moral des belles Géorgiennes. Les jeunes gens nés à Paris doivent à leurs mères l'incontestable supériorité qu'ils ont à seize ans sur les jeunes gens provinciaux de leur âge. C'est de seize à vingt-cinq ans que la chance tourne.
Tous les jours les gens qui ont inventé le paratonnerre, l'imprimerie, l'art de faire le drap, contribuent à notre bonheur, et il en est de même des Montesquieu, des Racine, des la Fontaine. Or, le nombre des génies que produit une nation est proportionnel au nombre d'hommes qui reçoivent une culture suffisante[198], et rien ne me prouve que mon bottier n'ait pas l'âme qu'il faut pour écrire comme Corneille: il lui manque l'éducation nécessaire pour développer ses sentiments et lui apprendre à les communiquer au public.
[198]Voir les généraux en 1795.
[198]Voir les généraux en 1795.
D'après le système actuel de l'éducation des jeunes filles, tous les génies qui naissentfemmessont perdus pour le bonheur du public; dès que le hasard leur donne les moyens de se montrer, voyez-les atteindre aux talents les plus difficiles; voyez de nos jours une Catherine II, qui n'eut d'autre éducation que le danger et le c…; une MmeRoland, une Alessandra Mari, qui, dans Arezzo, lève un régiment et le lance contre les Français; une Caroline, reine de Naples, qui sait arrêter la contagion du libéralisme mieux que nos Castlereagh et nos P… Quant à ce qui met obstacle à la supériorité des femmes dans les ouvrages de l'esprit, on peut voir le chapitre de la pudeur,article 9. Où ne fût pas arrivée miss Edgeworth si la considération nécessaire à une jeune miss anglaise ne lui eût fait une nécessité, lorsqu'elle débuta, de transporter la chaire dans le roman[199]?
[199]Sous le rapport des arts, c'est là le grand défaut d'un gouvernement raisonnable, et aussi le seul éloge raisonnable de la monarchie à la Louis XIV. Voir la stérilité littéraire de l'Amérique. Pas une seule romance comme celles de Robert Burns ou des Espagnols duXIIIesiècle[200].
[199]Sous le rapport des arts, c'est là le grand défaut d'un gouvernement raisonnable, et aussi le seul éloge raisonnable de la monarchie à la Louis XIV. Voir la stérilité littéraire de l'Amérique. Pas une seule romance comme celles de Robert Burns ou des Espagnols duXIIIesiècle[200].
[200]Voir les admirables romances des Grecs modernes, celles des Espagnols et des Danois duXIIIesiècle, et encore mieux les poésies arabes duVIIesiècle.
[200]Voir les admirables romances des Grecs modernes, celles des Espagnols et des Danois duXIIIesiècle, et encore mieux les poésies arabes duVIIesiècle.
Quel est l'homme, dans l'amour ou dans le mariage, qui a le bonheur de pouvoir communiquer ses pensées, telles qu'elles se présentent à lui, à la femme avec laquelle il passe sa vie? Il trouve un bon cœur qui partage ses peines, mais toujours il est obligé de mettre ses pensées en petite monnaie s'il veut être entendu, et il serait ridicule d'attendre des conseils raisonnables d'un esprit qui a besoin d'un tel régiment pour saisir les objets. La femme la plus parfaite, suivant les idées de l'éducation actuelle, laisse son partenaire isolé dans les dangers de la vie, et bientôt court risque de l'ennuyer.
Quel excellent conseiller un homme ne trouverait-il pas dans sa femme si elle savait penser! un conseiller dont, après tout, hors un seul objet, et qui ne dure que le matin de la vie, les intérêts sont exactement identiques avec les siens!
Une des plus belles prérogatives de l'esprit, c'est qu'il donne de la considération à la vieillesse. Voyez l'arrivée de Voltaire à Paris faire pâlir la majesté royale. Mais, quant aux pauvres femmes, dès qu'elles n'ont plus le brillant de la jeunesse, leur unique et triste bonheur est de pouvoir se faire illusion sur le rôle qu'elles jouent dans le monde.
Les débris des talents de la jeunesse ne sont plus qu'un ridicule, et ce serait un bonheur pour nos femmes actuelles de mourir à cinquante ans. Quant à la vraie morale, plus on a d'esprit et plus on voit clairement que la justice est le seul chemin du bonheur. Le génie est un pouvoir, mais il est encore plus un flambeau pour découvrir le grand art d'être heureux.
La plupart des hommes ont un moment dans leur vie où ils peuvent faire de grandes choses, c'est celui où rien ne leur semble impossible. L'ignorance des femmes fait perdre au genre humain cette chance magnifique. L'amour fait tout au plus aujourd'hui bien monter à cheval, ou bien choisir son tailleur.
Je n'ai pas le temps de garder les avenues contre la critique, si j'étais maître d'établir des usages, je donnerais aux jeunes filles, autant que possible, exactement la même éducation qu'aux jeunes garçons. Comme je n'ai pas l'intention de faire un livre à propos de botte, on n'exigera pas que je dise en quoi l'éducation actuelle des hommes est absurde. (On ne leur enseigne pas les deux premières sciences, la logique et la morale.) La prenant telle qu'elle est, cette éducation, je dis qu'il vaut mieux la donner aux jeunes filles que de leur montrer uniquement à faire de la musique, des aquarelles et de la broderie.
Donc, apprendre aux jeunes filles à lire, à écrire et l'arithmétique par l'enseignement mutuel dans les écoles-centrales-couvents, où la présence de tout homme, les professeurs exceptés, serait sévèrement punie. Le grand avantage de réunir les enfants, c'est que, quelque bornés que soient les professeurs, les enfants apprennent malgré eux de leurs petits camarades l'art de vivre dans le monde et de ménager les intérêts. Un professeur sensé devrait expliquer aux enfants leurs petites querelles et leurs amitiés, et commencer ainsi son cours de morale plutôt que par l'histoire duVeau d'or[201].
[201]Mon cher élève, monsieur votre père a de la tendresse pour vous; c'est ce qui fait qu'il me donne quarante francs par mois pour que je vous apprenne les mathématiques, le dessin, en un mot à gagner de quoi vivre. Si vous aviez froid faute d'un petit manteau, monsieur votre père souffrirait. Il souffrirait parce qu'il a de la sympathie, etc., etc. Mais, quand vous aurez dix-huit ans, il faudra que vous gagniez vous-même l'argent nécessaire pour acheter ce manteau. Monsieur votre père a, dit-on, vingt-cinq mille livres de rente, mais vous êtes quatre enfants; donc il faudra vous déshabituer de la voiture dont vous jouissez chez monsieur votre père, etc., etc.
[201]Mon cher élève, monsieur votre père a de la tendresse pour vous; c'est ce qui fait qu'il me donne quarante francs par mois pour que je vous apprenne les mathématiques, le dessin, en un mot à gagner de quoi vivre. Si vous aviez froid faute d'un petit manteau, monsieur votre père souffrirait. Il souffrirait parce qu'il a de la sympathie, etc., etc. Mais, quand vous aurez dix-huit ans, il faudra que vous gagniez vous-même l'argent nécessaire pour acheter ce manteau. Monsieur votre père a, dit-on, vingt-cinq mille livres de rente, mais vous êtes quatre enfants; donc il faudra vous déshabituer de la voiture dont vous jouissez chez monsieur votre père, etc., etc.
Sans doute, d'ici à quelques années l'enseignement mutuel sera appliqué à tout ce qui s'apprend; mais, prenant les choses dans leur état actuel, je voudrais que les jeunes filles étudiassent le latin comme les petits garçons; le latin est bon parce qu'il apprend à s'ennuyer; avec le latin, l'histoire, les mathématiques, la connaissance des plantes utiles comme nourriture ou comme remède, ensuite la logique et les sciences morales, etc. La danse, la musique et le dessin doivent se commencer à cinq ans.
A seize ans, une jeune fille doit songer à se trouver un mari et recevoir de sa mère des idées justes sur l'amour, le mariage et le peu de probité des hommes[202].
[202]Hier soir, j'ai vu deux charmantes petites filles de quatre ans chanter des chansons d'amour fort vives dans une escarpolette que je faisais aller. Les femmes de chambre leur apprennent ces chansons, et leur mère leur dit qu'amouretamantsont des mots vides de sens.
[202]Hier soir, j'ai vu deux charmantes petites filles de quatre ans chanter des chansons d'amour fort vives dans une escarpolette que je faisais aller. Les femmes de chambre leur apprennent ces chansons, et leur mère leur dit qu'amouretamantsont des mots vides de sens.
La fidélité des femmes dans le mariage, lorsqu'il n'y a pas d'amour, est probablement une chose contre nature[203].
[203]Anzi certamente. Coll'amore uno non trova gusto a bevere acqua altra che quella di questo fonte prediletto. Resta naturale allora la fedeltà.Coll matrimonio senza amore, in men di due anni l'acqua di questo fonte diventa amara. Esiste sempre pero in natura il bisogno d'acqua. I costumi fanno superare la natura, ma solamente quando si puo vincerla in un instante: la moglie indiana che si abruccia(21 octobre 1821)dopo la morte del vecchio marito che odiava, la ragazza europea che trucida barbaramente il tenero bambino al quale testè diede vita. Senza l'altissimo muro dell monistero le monache anderebbero via.
[203]Anzi certamente. Coll'amore uno non trova gusto a bevere acqua altra che quella di questo fonte prediletto. Resta naturale allora la fedeltà.
Coll matrimonio senza amore, in men di due anni l'acqua di questo fonte diventa amara. Esiste sempre pero in natura il bisogno d'acqua. I costumi fanno superare la natura, ma solamente quando si puo vincerla in un instante: la moglie indiana che si abruccia(21 octobre 1821)dopo la morte del vecchio marito che odiava, la ragazza europea che trucida barbaramente il tenero bambino al quale testè diede vita. Senza l'altissimo muro dell monistero le monache anderebbero via.
On a essayé d'obtenir cette chose contre nature par la peur de l'enfer et les sentiments religieux; l'exemple de l'Espagne et de l'Italie montre jusqu'à quel point on a réussi.
On a voulu l'obtenir en France par l'opinion, c'était la seule digue capable de résister; mais on l'a mal construite. Il est absurde de dire à une jeune fille: «Vous serez fidèle à l'époux de votre choix»; et ensuite de la marier par force à un vieillard ennuyeux[204].
[204]Même les minuties, tout chez nous est comique en ce qui concerne l'éducation des femmes. Par exemple, en 1820, sous le règne de ces mêmes nobles qui ont proscrit le divorce, le ministère envoie à la ville de Laon un buste et une statue de Gabrielle d'Estrées. La statue sera placée sur la place publique, apparemment pour répandre parmi les jeunes filles l'amour des Bourbons, et les engager, en cas de besoin, à n'être pas cruelles aux rois aimables, et à donner des rejetons à cette illustre famille.Mais, en revanche, le même ministère refuse à la ville de Laon le buste du maréchal Serrurier, brave homme qui n'était pas galant, et qui de plus avait grossièrement commencé sa carrière par le métier de simple soldat. (Discours du général Foy,Courrierdu 17 juin 1820. Dulaure, dans sa curieuseHistoire de Paris, article:Amours de Henri IV.)
[204]Même les minuties, tout chez nous est comique en ce qui concerne l'éducation des femmes. Par exemple, en 1820, sous le règne de ces mêmes nobles qui ont proscrit le divorce, le ministère envoie à la ville de Laon un buste et une statue de Gabrielle d'Estrées. La statue sera placée sur la place publique, apparemment pour répandre parmi les jeunes filles l'amour des Bourbons, et les engager, en cas de besoin, à n'être pas cruelles aux rois aimables, et à donner des rejetons à cette illustre famille.
Mais, en revanche, le même ministère refuse à la ville de Laon le buste du maréchal Serrurier, brave homme qui n'était pas galant, et qui de plus avait grossièrement commencé sa carrière par le métier de simple soldat. (Discours du général Foy,Courrierdu 17 juin 1820. Dulaure, dans sa curieuseHistoire de Paris, article:Amours de Henri IV.)
Mais les jeunes filles se marient avec plaisir.—C'est que, dans le système contraint de l'éducation actuelle, l'esclavage qu'elles subissent dans la maison de leur mère est d'un intolérable ennui; d'ailleurs elles manquent de lumières; enfin c'est le vœu de la nature. Il n'y a qu'un moyen d'obtenir plus de fidélité des femmes dans le mariage: c'est de donner la liberté aux jeunes filles et le divorce aux gens mariés.
Une femme perd toujours dans un premier mariage les plus beaux jours de la jeunesse, et par le divorce elle donne aux sots quelque chose à dire contre elle.
Les jeunes femmes qui ont beaucoup d'amants n'ont que faire du divorce. Les femmes d'un certain âge qui ont eu beaucoup d'amants croient réparer leur réputation, et en France y réussissent toujours, en se montrant extrêmement sévères envers des erreurs qui les ont quittées. Ce sera quelque pauvre jeune femme vertueuse et éperdument amoureuse qui demandera le divorce et qui se fera honnir par des femmes qui ont eu cinquante hommes.
Moi, j'honore du nom de vertu l'habitude de faire des actions pénibles et utiles aux autres.
Saint Siméon Stylite, qui se tient vingt-deux ans sur le haut d'une colonne et qui se donne les étrivières, n'est guère vertueux à mes yeux, j'en conviens, et c'est ce qui donne un ton trop leste à cet essai.
Je n'estime guère non plus un chartreux qui ne mange que du poisson et qui ne se permet de parler que le jeudi. J'avoue que j'aime mieux le général Carnot, qui, dans un âge avancé, supporte les rigueurs de l'exil dans une petite ville du Nord plutôt que de faire une bassesse.
J'ai quelque espoir que cette déclaration extrêmement vulgaire portera à sauter le reste du chapitre.
Ce matin, jour de fête, à Pesaro (7 mai 1819), étant obligé d'aller à la messe, je me suis fait donner un missel et je suis tombé sur ces paroles:
Joanna, Alphonsi quinti Lusitaniæ regis filia, tanta divini amoris flamma præventa fuit, ut ab ipsa pueritia rerum caducarum pertæsa, solo cœlestis patriæ desiderio flagraret.
Joanna, Alphonsi quinti Lusitaniæ regis filia, tanta divini amoris flamma præventa fuit, ut ab ipsa pueritia rerum caducarum pertæsa, solo cœlestis patriæ desiderio flagraret.
La vertu si touchante prêchée par les phrases si belles duGénie du christianismese réduit donc à ne pas manger de truffes de peur des crampes d'estomac. C'est un calcul fort raisonnable si l'on croit à l'enfer, mais calcul de l'intérêt le plus personnel et le plus prosaïque. La vertuphilosophiquequi explique si bien le retour de Régulus à Carthage, et qui a amené des traits semblables dans notre révolution[205], prouve au contraire générosité dans l'âme.
[205]Mémoires de MmeRoland. M. Grangeneuve qui va se promener à huit heures dans une certaine rue pour se faire tuer par le capucin Chabot. On croyait une mort utile à la cause de la liberté.
[205]Mémoires de MmeRoland. M. Grangeneuve qui va se promener à huit heures dans une certaine rue pour se faire tuer par le capucin Chabot. On croyait une mort utile à la cause de la liberté.
C'est uniquement pour ne pas être brûlée en l'autre monde, dans une grande chaudière d'huile bouillante, que Mmede Tourvel résiste à Valmont. Je ne conçois pas comment l'idée d'être le rival d'une chaudière d'huile bouillante n'éloigne pas Valmont par le mépris.
Combien Julie d'Étanges, respectant ses serments et le bonheur de M. de Wolmar, n'est-elle pas plus touchante?
Ce que je dis de Mmede Tourvel, je le trouve applicable à la haute vertu de Mistress Hutchinson. Quelle âme le puritanisme enleva à l'amour!
Un des travers les plus plaisants dans le monde, c'est que les hommes croient toujours savoir ce qu'il leur est évidemment nécessaire de savoir. Voyez-les parler de politique, cette science si compliquée; voyez-les parler de mariage et de mœurs.
Jusqu'ici nous n'avons traité la question du mariage que par le raisonnement[206]; la voici traitée par les faits.
[206]L'auteur avait lu un chapitre intitulédell' Amore, dans la traduction italienne de l'idéologie de M. de Tracy. Le lecteur trouvera dans ce chapitre des idées d'une bien autre portée philosophique que tout ce qu'il peut rencontrer ici.
[206]L'auteur avait lu un chapitre intitulédell' Amore, dans la traduction italienne de l'idéologie de M. de Tracy. Le lecteur trouvera dans ce chapitre des idées d'une bien autre portée philosophique que tout ce qu'il peut rencontrer ici.
Quel est le pays du monde où il y a le plus de mariages heureux? incontestablement c'est l'Allemagne protestante.
J'extrais le morceau suivant du journal du capitaine Salviati, sans y changer un seul mot:
«Halberstadt, 25 juin 1807… M. de Bulow cependant est bonnement et ouvertement amoureux de Mllede Feltheim; il la suit partout et toujours, lui parle sans cesse, et très souvent la retient à dix pas de nous. Cette préférence ouverte choque la société, la rompt, et aux rives de la Seine passerait pour le comble de l'indécence. Les Allemands songent bien moins que nous à ce qui rompt la société, et l'indécence n'est presque qu'un mal de convention. Il y a cinq ans que M. de Bulow fait ainsi la cour à Mina, qu'il n'a pas pu épouser à cause de la guerre. Toutes les demoiselles de la société ont leur amant connu de tout le monde; mais aussi, parmi les Allemands de la connaissance de mon ami M. de Mermann, il n'en est pas un seul qui ne se soit marié par amour, savoir:
«Mermann, son frère George, M. de Voigt, M. de Lazing, etc. Il vient de m'en nommer une douzaine.
«La manière ouverte et passionnée dont tous ces amants font la cour à leurs maîtresses serait le comble de l'indécence, du ridicule et de la malhonnêteté en France.
«Mermann me disait ce soir, en revenant duChasseur vert, que, de toutes les femmes de sa famille très nombreuse, il ne croyait pas qu'il y en eût une seule qui eût trompé son mari. Mettons qu'il se trompe de moitié, c'est encore un pays singulier.
«Sa proposition scabreuse à sa belle-sœur, Mmede Munichow, dont la famille va s'éteindre faute d'héritiers mâles et les biens très considérables retourner au prince, reçue avec froideur, mais «ne m'en reparlez jamais.»
«Il en dit quelque chose en termes très couverts à la céleste Philippine (qui vient d'obtenir le divorce contre son mari, qui voulait simplement la vendre au souverain); indignation non jouée, diminuée dans les termes au lieu d'être exagérée: «Vous n'avez donc plus d'estime du tout pour notre sexe? Je crois pour votre honneur que vous plaisantez.»
«Dans un voyage au Brocken avec cette vraiment belle femme, elle s'appuyait sur son épaule en dormant, ou feignant de dormir; un cahot la jette un peu sur lui, il lui serre la taille, elle se jette de l'autre côté de la voiture; il ne pense pas qu'elle soit inséductible, mais il croit qu'elle se tuerait le lendemain de sa faute. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il l'a aimée passionnément, qu'il en a été aimé de même, qu'ils se voyaient sans cesse et qu'elle est sans reproche; mais le soleil est bien pâle à Halberstadt, le gouvernement bien minutieux, et ces deux personnages bien froids. Dans leurs tête-à-tête les plus passionnés, Kant et Klopstock étaient toujours de la partie.
«Mermann me contait qu'un homme marié convaincu d'adultère peut être condamné par les tribunaux de Brunswick à dix ans de prison; la loi est tombée en désuétude, mais fait du moins que l'on ne plaisante point sur ces sortes d'affaires; la qualité d'homme à aventures galantes est bien loin d'être, comme en France, un avantage que l'on ne peut presque dénier en face à un mari sans l'insulter.
«Quelqu'un qui dirait à mon colonel ou à Ch… qu'ils n'ont plus de femmes depuis leur mariage en serait fort mal reçu.
«Il y a quelques années qu'une femme de ce pays, dans un retour de religion, dit à son mari, homme de la cour de Brunswick, qu'elle l'avait trompé six ans de suite. Ce mari, aussi sot que sa femme, alla conter le propos au duc; le galant fut obligé de donner sa démission de tous ses emplois et de quitter le pays dans les vingt-quatre heures, sur la menace du duc de faire agir les lois.»
«Halberstadt, 7 juillet 1807.
«Ici les maris ne sont pas trompés, il est vrai, mais quelles femmes, grands dieux! des statues, des masses à peine organisées. Avant le mariage elles sont fort agréables, lestes comme des gazelles, et un œil vif et tendre qui comprend toujours les allusions de l'amour. C'est qu'elles sont à la chasse d'un mari. A peine ce mari trouvé, elles ne sont plus exactement que des faiseuses d'enfant, en perpétuelle adoration devant le faiseur. Il faut que dans une famille de quatre ou cinq enfants il y en ait toujours un de malade, puisque la moitié des enfants meurt avant sept ans, et dans ce pays, dès qu'un des bambins est malade, la mère ne sort plus. Je les vois trouver un plaisir indicible à être caressées par leurs enfants. Peu à peu elles perdent toutes leurs idées. C'est comme à Philadelphie. Des jeunes filles de la gaieté la plus folle et la plus innocente y deviennent, en moins d'un an, les plus ennuyeuses des femmes. Pour en finir sur les mariages de l'Allemagne protestante, la dot de la femme est à peu près nulle à cause des fiefs. Mllede Diesdorff, fille d'un homme qui a quarante mille livres de rente, aura peut-être deux mille écus de dot (sept mille cinq cents francs).
«M. de Mermann a eu quatre mille écus de sa femme.
«Le supplément de dot est payable en vanité à la cour. «On trouverait dans la bourgeoisie, me disait Mermann, des partis de cent ou cent cinquante mille écus (six cent mille francs au lieu de quinze). Mais on ne peut plus être présenté à la cour; on est séquestré de toute société où se trouve un prince ou une princesse:c'est affreux.» Ce sont ses termes, et c'était le cri du cœur.
«Une femme allemande qui aurait l'âme de Phi***, avec son esprit, sa figure noble et sensible, le feu qu'elle devait avoir à dix-huit ans (elle en a vingt-sept), étant honnête et pleine de naturel par les mœurs du pays, n'ayant, par la même cause, que la petite dose utile de religion, rendrait sans doute son mari fort heureux. Mais comment se flatter d'être constant auprès de mères de famille si insipides?»
«—Mais il était marié,» m'a-t-elle répondu ce matin comme je blâmais les quatre ans de silence de l'amant de Corinne, lord Oswald. Elle a veillé jusqu'à trois heures pour lire Corinne; ce roman lui a donné une profonde émotion, et elle me répond avec sa touchante candeur: «Mais il était marié.»
«Phi*** a tant de naturel et une sensibilité si naïve, que, même en ce pays du naturel, elle semble prude aux petits esprits montés sur de petites âmes. Leurs plaisanteries lui font mal au cœur, et elle ne le cache guère.
«Quand elle est en bonne compagnie, elle rit comme une folle des plaisanteries les plus gaies. C'est elle qui m'a conté l'histoire de cette jeune princesse de seize ans, depuis si célèbre, qui entreprenait souvent de faire monter dans son appartement l'officier de garde à sa porte.»
Je connais peu de familles plus heureuses que celles de l'Oberland, partie de la Suisse située près de Berne, et il est de notoriété publique (1816) que les jeunes filles y passent avec leurs amants les nuits du samedi au dimanche.
Les sots qui connaissent le monde pour avoir fait le voyage de Paris à Saint-Cloud vont se récrier; heureusement je trouve dans un écrivain suisse la confirmation de ce que j'ai vu moi-même[207]pendant quatre mois.
[207]Principes philosophiques du colonel Weiss, septième édition, tome II, page 245.
[207]Principes philosophiques du colonel Weiss, septième édition, tome II, page 245.
«Un bon paysan se plaignait de quelques dégâts faits dans son verger; je lui demandai pourquoi il n'avait pas de chien: «Mes filles ne se marieraient jamais.» Je ne comprenais pas sa réponse; il me conte qu'il avait eu un chien si méchant, qu'il n'y avait plus de garçons qui osassent escalader ses fenêtres.
«Un autre paysan, maire de son village, pour me faire l'éloge de sa femme, me disait que, du temps qu'elle était fille, il n'y en avait point qui eût plus dekilterouveilleurs(qui eût plus de jeunes gens qui allassent passer la nuit avec elle).
«Un colonel généralement estimé fut obligé, dans une course de montagnes, de passer la nuit au fond d'une des vallées les plus solitaires et les plus pittoresques du pays. Il logea chez le premier magistrat de la vallée, homme riche et accrédité. L'étranger remarqua en entrant une jeune fille de seize ans, modèle de grâce, de fraîcheur et de simplicité: c'était la fille du maître de la maison. Il y avait ce soir-là bal champêtre: l'étranger fit la cour à la jeune fille, qui était réellement d'une beauté frappante. Enfin, se faisant courage, il osa lui demander s'il ne pourrait pasveilleravec elle. «Non, répondit la jeune fille, je couche avec ma cousine; mais je viendrai moi-même chez vous.» Qu'on juge du trouble que causa cette réponse. On soupe, l'étranger se lève, la jeune fille prend le flambeau et le suit dans sa chambre; il croit toucher au bonheur. «Non, lui dit-elle avec candeur; il faut d'abord que je demande permission à maman.» La foudre l'eût moins atterré. Elle sort; il reprend courage et se glisse autour du salon de bois de ces bonnes gens; il entend la fille, qui, d'un ton caressant, priait sa mère de lui accorder la permission qu'elle désirait; elle l'obtient enfin. «N'est-ce pas, vieux, dit la mère à son mari, qui était déjà au lit, tu consens que Trineli passe la nuit avec M. le colonel?—De bon cœur, répond le père; je crois qu'à un tel homme je prêterais encore ma femme.—Eh bien! va, dit la mère à Trineli; mais sois brave fille, et n'ôte pas ta jupe…» Au point du jour, Trineli, respectée par l'étranger, se leva vierge; elle arrangea les coussins du lit, prépara du café et de la crème pour son veilleur, et, après que, assise sur le lit, elle eut déjeuné avec lui, elle coupe un petit morceau de sonbroustpletz(pièce de velours qui couvre le sein). «Tiens, lui dit-elle, conserve ce souvenir d'une nuit heureuse; je ne l'oublierai jamais. Pourquoi es-tu colonel?» Et, lui ayant donné un dernier baiser, elle s'enfuit: il ne put plus la revoir[208].» Voilà l'excès exposé à nos mœurs françaises et que je suis loin d'approuver.
[208]Je suis heureux de pouvoir dire avec les paroles d'un autre des faits extraordinaires que j'ai eu l'occasion d'observer. Certainement sans M. de Weiss je n'eusse pas rapporté ce trait de mœurs. J'en ai omis d'aussi caractéristiques à Valence et à Vienne.
[208]Je suis heureux de pouvoir dire avec les paroles d'un autre des faits extraordinaires que j'ai eu l'occasion d'observer. Certainement sans M. de Weiss je n'eusse pas rapporté ce trait de mœurs. J'en ai omis d'aussi caractéristiques à Valence et à Vienne.
Je voudrais, si j'étais législateur, qu'on prît en France, comme en Allemagne, l'usage des soirées dansantes. Trois fois par semaine, les jeunes filles iraient avec leurs mères à un bal commencé à sept heures, finissant à minuit, et exigeant pour tous frais un violon et des verres d'eau. Dans une pièce voisine, les mères, peut-être un peu jalouses de l'heureuse éducation de leurs filles, joueraient au boston; dans une troisième, les pères trouveraient les journaux et parleraient politique. Entre minuit et une heure, toutes les familles se réuniraient et regagneraient le toit paternel. Les jeunes filles apprendraient à connaître les jeunes hommes; la fatuité et l'indiscrétion qui la suit leur deviendraient bien vite odieuses; enfin,elles se choisiraient un mari. Quelques jeunes filles auraient des amours malheureuses, mais le nombre des maris trompés et des mauvais ménages diminuerait dans une immense proportion. Alors il serait moins absurde de chercher à punir l'infidélité par la honte, la loi dirait aux jeunes femmes: «Vous avez choisi votre mari; soyez-lui fidèle.» Alors j'admettrais la poursuite et la punition par les tribunaux de ce que les Anglais appellentcriminal conversation. Les tribunaux pourraient imposer, au profit des prisons et des hôpitaux, une amende égale aux deux tiers de la fortune du séducteur et une prison de quelques années.
Une femme pourrait être poursuivie pour adultère devant un jury. Le jury devrait d'abord déclarer que la conduite du mari a été irréprochable.
La femme convaincue pourrait être condamnée à la prison pour la vie. Si le mari avait été absent plus de deux ans, la femme ne pourrait être condamnée qu'à une prison de quelques années. Les mœurs publiques se modèleraient bientôt sur ces lois et les perfectionneraient[209].
[209]L'Examiner, journal anglais, en rendant compte du procès de la reine (no662. du 3 septembre 1820), ajoute:«We have a system of sexual morality, under which thousands of women become mercenary prostitutes whom virtuous women are taught to scorn, while virtuous men retain the privilege of frequenting those very women, without its being regarded as any thing more than a venial offence.»Il y a une noble hardiesse dans le pays duCantà oser exprimer, sur cet objet une vérité, quelque triviale et palpable qu'elle soit; cela est encore plus méritoire à un pauvre journal qui ne peut espérer de succès qu'en étant acheté par les gens riches, lesquels regardent les évêques et la Bible comme l'unique sauvegarde de leurs belles livrées.
[209]L'Examiner, journal anglais, en rendant compte du procès de la reine (no662. du 3 septembre 1820), ajoute:
«We have a system of sexual morality, under which thousands of women become mercenary prostitutes whom virtuous women are taught to scorn, while virtuous men retain the privilege of frequenting those very women, without its being regarded as any thing more than a venial offence.»
Il y a une noble hardiesse dans le pays duCantà oser exprimer, sur cet objet une vérité, quelque triviale et palpable qu'elle soit; cela est encore plus méritoire à un pauvre journal qui ne peut espérer de succès qu'en étant acheté par les gens riches, lesquels regardent les évêques et la Bible comme l'unique sauvegarde de leurs belles livrées.
Alors les nobles et les prêtres, tout en regrettant amèrement les siècles décents de Mmede Montespan ou de Mmedu Barry, seraient forcés de permettre le divorce[210].
[210]Mmede Sévigné écrivait à sa fille, le 23 décembre 1671: «Je ne sais si vous avez appris que Villarceaux, en parlant au roi d'une charge pour son fils, prit habilement l'occasion de lui dire qu'il y avait des gens qui se mêlaient de dire à sa nièce (Mllede Rouxel), que Sa Majesté avait quelque dessein pour elle; que si cela était, il le suppliait de se servir de lui, que l'affaire serait mieux entre ses mains que dans celles des autres, et qu'il s'y emploierait avec succès. Le roi se mit à rire, et dit:Villarceaux, nous sommes trop vieux, vous et moi, pour attaquer des demoiselles de quinze ans. Et comme un galant homme se moqua de lui et conta ce discours chez les dames (Tome II, page 340).Mémoires de Lauzun, de Bezenval, de Mmed'Épinay, etc., etc. Je supplie qu'on ne me condamne pas tout à fait sans relire ces mémoires.
[210]Mmede Sévigné écrivait à sa fille, le 23 décembre 1671: «Je ne sais si vous avez appris que Villarceaux, en parlant au roi d'une charge pour son fils, prit habilement l'occasion de lui dire qu'il y avait des gens qui se mêlaient de dire à sa nièce (Mllede Rouxel), que Sa Majesté avait quelque dessein pour elle; que si cela était, il le suppliait de se servir de lui, que l'affaire serait mieux entre ses mains que dans celles des autres, et qu'il s'y emploierait avec succès. Le roi se mit à rire, et dit:Villarceaux, nous sommes trop vieux, vous et moi, pour attaquer des demoiselles de quinze ans. Et comme un galant homme se moqua de lui et conta ce discours chez les dames (Tome II, page 340).
Mémoires de Lauzun, de Bezenval, de Mmed'Épinay, etc., etc. Je supplie qu'on ne me condamne pas tout à fait sans relire ces mémoires.
Il y aurait dans un village, en vue de Paris, un élysée pour les femmes malheureuses, une maison de refuge où, sous peine des galères, il n'entrerait d'autre homme que le médecin et l'aumônier. Une femme qui voudrait obtenir le divorce serait tenue, avant tout, d'aller se constituer prisonnière dans cet élysée; elle y passerait deux années sans sortir une seule fois. Elle pourrait écrire, sans jamais recevoir de réponse.
Un conseil composé de pairs de France et de quelques magistrats estimés dirigerait, au nom de la femme, les poursuites pour le divorce, et réglerait la pension à payer par le mari à l'établissement. La femme qui succomberait dans sa demande devant les tribunaux serait admise à passer le reste de sa vie à l'élysée. Le gouvernement compléterait à l'administration de l'élysée deux mille francs par femme réfugiée. Pour être reçue à l'élysée, il faudrait avoir eu une dot de plus de vingt mille francs. La sévérité du régime moral serait extrême.
Après deux ans d'une totale séparation du monde, une femme divorcée pourrait se remarier.
Une fois arrivées à ce point, les chambres pourraient examiner si, pour établir l'émulation du mérite entre les jeunes filles, il ne conviendrait pas d'attribuer aux garçons une part double de celles des sœurs dans le partage de l'héritage paternel. Les filles qui ne trouveraient pas à se marier auraient une part égale à celles des mâles. On peut remarquer en passant que ce système détruirait peu à peu l'habitude des mariages de convenance trop inconvenants. La possibilité du divorce rendrait inutiles les excès de bassesse.
Il faudrait établir sur divers points de la France, et dans des villages pauvres, trente abbayes pour les vieilles filles. Le gouvernement chercherait à entourer ces établissements de considération, pour consoler un peu la tristesse des pauvres filles qui y achèveraient leur vie. Il faudrait leur donner tous les hochets de la dignité.
Mais laissons ces chimères.